Structure du Bloc V, clôture de la Sourate 11. Le Bloc s’ouvre sur un rappel bref : Mūsā reçut lui aussi le Kitāb, et un désaccord (ikhtilāf) survint déjà à son sujet — chacun recevra pourtant, sans exception, le plein retour de ses actes (S11:110–111). Vient ensuite une série d’ordres adressés au nabī Muḥammad lui-même : tenir la istiqāma sans transgresser, ne pas s’appuyer sur les injustes, établir la ṣalāt aux deux extrémités du jour et à des heures de la nuit — les bonnes actions effaçant les mauvaises —, et patienter (S11:112–115). Le texte revient alors sur l’ensemble des récits qui composent cette sourate (Nūḥ, Hūd, Ṣāliḥ, Lūṭ, Shuʿayb) pour en tirer un enseignement général : le petit nombre, dans les générations passées, qui s’opposait à la corruption, et le principe que ton Rabb n’anéantit pas une cité dont les habitants restent des correcteurs (muṣliḥūn) — S11:116–117. Le Bloc referme ensuite la question de l’ikhtilāf ouverte à S11:110 par une méditation générale sur l’humanité tout entière : l’unité originelle qu’Allaah aurait pu imposer, le désaccord qui persiste, l’exception de ceux à qui Il accorde la raḥma, et la parole accomplie sur Jahannam — point théologique majeur (S11:118–119). La sourate se referme sur la fonction des récits prophétiques eux-mêmes (affermir le cœur du nabī, S11:120), sur le même défi déjà lancé par Shuʿayb (« agissez selon votre position », S11:121–122), et sur l’affirmation finale que le ghayb des cieux et de la terre n’appartient qu’à Allaah, vers qui tout retourne (S11:123).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.11:110 Mūsā et le Kitāb — le désaccord déjà survenu
S.11:111 Chacun recevra intégralement le fruit de ses actes
S.11:112 L’ordre d’istiqāma — ne pas transgresser
S.11:113 Ne pas s’appuyer sur les injustes — le Feu vous toucherait
S.11:114 La ṣalāt aux deux extrémités du jour — les ḥasanāt effacent les sayyiʾāt
S.11:115 La patience — nul mérite des muḥsinūn n’est perdu
S.11:116 Le petit nombre qui s’opposait à la corruption, parmi les générations passées
S.11:117 Ton Rabb n’anéantit pas une cité dont les habitants restent des correcteurs
S.11:118–119 Si ton Rabb avait voulu — l’unique umma, le désaccord perpétué, l’exception de la raḥma
S.11:120 Les récits des rusul — affermir le cœur du nabī
S.11:121–122 « Agissez selon votre position » — l’attente réciproque
S.11:123 Le ghayb des cieux et de la terre appartient à Allaah — clôture de la sourate

Mūsā et le Kitāb, le désaccord déjà survenu · S11:110–111

Note de structure — un envelopment (inclusio) autour du Bloc. Ce Bloc s’ouvre sur le rappel qu’un désaccord (ikhtulifa) survint au sujet du Kitāb donné à Mūsā, et se referme (S11:118–119) sur une méditation générale : l’humanité elle-même demeure en désaccord (mukhtalifīn), sauf exception. La même racine kh-l-f encadre ainsi l’ouverture et la clôture du Bloc. La formule fa-lawlā kalimatun sabaqat min rabbika la-quḍiya baynahum (S11:110) est celle de S10:19, où elle s’applique à l’humanité tout entière.

S.11:110 · Mūsā et le Kitāb — le désaccord déjà survenu

S.11:110
وَلَقَدْ آتَيْنَا مُوسَى الْكِتَابَ فَاخْتُلِفَ فِيهِ ۚ وَلَوْلَا كَلِمَةٌ سَبَقَتْ مِنْ رَبِّكَ لَقُضِيَ بَيْنَهُمْ ۚ وَإِنَّهُمْ لَفِي شَكٍّ مِنْهُ مُرِيبٍ
Wa-la-qad ātaynā mūsā l-kitāba fa-khtulifa fīhi wa-lawlā kalimatun sabaqat min rabbika la-quḍiya baynahum wa-innahum la-fī shakkin minhu murīb Et Nous avons certes donné à Mūsā le Kitāb — puis on fut en désaccord (fa-khtulifa) à son sujet — et sans une parole (kalima) déjà arrêtée de ton Rabb, il aurait déjà été tranché entre eux — et ils sont certes, à son propos, dans un doute profond qui inquiète (shakkin murīb).
Notes lexicales
fa-khtulifa fīhi
racine *kh-l-f*, forme VIII, à la voix passive. **Dit** : le texte affirme qu'un désaccord survint au sujet du Kitāb donné à Mūsā. **Non-dit** : ni l'identité de ceux qui divergèrent, ni la nature précise de ce désaccord (le contenu du Kitāb, son authenticité, ou son application) ne sont précisés par ce seul verset.
wa-lawlā kalimatun sabaqat min rabbika la-quḍiya baynahum
formule identique, mot pour mot, à S10:19 (appliquée à l'humanité entière) : *kalima*, la parole ou le décret déjà arrêté (*sabaqat*, « qui a précédé ») — un délai accordé avant tout jugement définitif, de même famille que l'*ajal* fixé (voir S6:2, S11:104).
shakkin murīb
*shakk* (le doute) ; *murīb*, forme IV de la racine *r-y-b* (*rayb*, S2:2 : « nul doute en cela », appliqué au Kitāb ; S6:12, appliqué au jour de la résurrection) — ici sous une forme intensive, désignant un doute qui inquiète, qui fait soupçonner.

S.11:111 · Chacun recevra intégralement le fruit de ses actes

S.11:111
وَإِنَّ كُلًّا لَمَّا لَيُوَفِّيَنَّهُمْ رَبُّكَ أَعْمَالَهُمْ ۚ إِنَّهُ بِمَا يَعْمَلُونَ خَبِيرٌ
Wa-inna kullan lammā la-yuwaffiyannahum rabbuka aʿmālahum innahu bimā yaʿmalūna khabīr Et chacun d’eux, ton Rabb leur versera certainement et pleinement (la-yuwaffiyannahum) [le fruit de] leurs actes — Il est, de ce qu’ils font, parfaitement informé (khabīr).
Notes lexicales
la-yuwaffiyannahum … aʿmālahum
racine *w-f-y* : verser intégralement, sans manque — voir S3:57, S4:173 (« *fa-yuwaffīhim ujūrahum* », « Il leur versera pleinement leurs rétributions ») — ici à la forme emphatique (*la-…-anna*), portant sur « chacun » (*kullan*) sans exception.

L’ordre d’istiqāma, la ṣalāt, la patience · S11:112–115

S.11:112 · L’ordre d’istiqāma — ne pas transgresser

S.11:112
فَاسْتَقِمْ كَمَا أُمِرْتَ وَمَنْ تَابَ مَعَكَ وَلَا تَطْغَوْا ۚ إِنَّهُ بِمَا تَعْمَلُونَ بَصِيرٌ
Fa-staqim kamā umirta wa-man tāba maʿaka wa-lā taṭghaw innahu bimā taʿmalūna baṣīr Tiens-toi donc fermement droit (fa-staqim), comme il t’a été ordonné, ainsi que ceux qui sont revenus (tāba) avec toi — et ne dépassez pas les limites (lā taṭghaw) — Il est, de ce que vous faites, parfaitement voyant (baṣīr).
Notes lexicales
fa-staqim kamā umirta
racine *q-w-m*, forme X (*istaqāma*) : se tenir droit, ferme, sans dévier. **Dit** : le texte ordonne au nabī une droiture ferme, « comme il lui a été ordonné » (*kamā umirta*). **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas le contenu exact de cet ordre antérieur — on ne l'identifie pas au-delà de ce que le texte affirme lui-même, sans importer les élaborations ultérieures d'une partie de la tradition.
wa-man tāba maʿaka
même racine *t-w-b* que le couple *istighfār*/*tawba* (voir S9:104) — ici appliquée à un groupe qui accompagne le nabī dans ce même retour vers Allaah.
lā taṭghaw
même racine *ṭ-gh-y* que *ṭughyān* (S2:15 : le dépassement des limites, le débordement hors de la juste mesure) — ici à l'impératif négatif, adressé collectivement au nabī et à ceux qui l'accompagnent.

S.11:113 · Ne pas s’appuyer sur les injustes — le Feu vous toucherait

S.11:113
وَلَا تَرْكَنُوا إِلَى الَّذِينَ ظَلَمُوا فَتَمَسَّكُمُ النَّارُ وَمَا لَكُمْ مِنْ دُونِ اللَّهِ مِنْ أَوْلِيَاءَ ثُمَّ لَا تُنْصَرُونَ
Wa-lā tarkanū ilā lladhīna ẓalamū fa-tamassakumu n-nāru wa-mā lakum min dūni llāhi min awliyāʾa thumma lā tunṣarūn Et ne vous appuyez pas (lā tarkanū) sur ceux qui ont commis l’injustice (ẓalamū), sinon le Feu vous toucherait (fa-tamassakumu n-nāru) — vous n’avez, en dehors d’Allaah, aucun walī — vous ne seriez alors plus secourus (lā tunṣarūn).
Notes lexicales
lā tarkanū
racine *r-k-n* : s'appuyer sur, prendre appui, incliner vers. Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) rattache cette racine à l'idée d'un soutien matériel (le *rukn*, l'angle porteur d'un édifice) transposée ici au soutien moral ou politique recherché auprès des injustes.
fa-tamassakumu n-nāru
même racine *m-s-s* que *in yamsaska llāhu bi-ḍurrin* (S10:107), mais ici le sujet grammatical de ce verbe de contact est le Feu lui-même (*an-nār*), non Allaah.
awliyāʾa … lā tunṣarūn
*walī* : voir S3:150, S10:30/62. *Naṣr* : voir S3:56.

S.11:114 · La ṣalāt aux deux extrémités du jour — les ḥasanāt effacent les sayyiʾāt

S.11:114
وَأَقِمِ الصَّلَاةَ طَرَفَيِ النَّهَارِ وَزُلَفًا مِنَ اللَّيْلِ ۚ إِنَّ الْحَسَنَاتِ يُذْهِبْنَ السَّيِّئَاتِ ۚ ذَٰلِكَ ذِكْرَىٰ لِلذَّاكِرِينَ
Wa-aqimi ṣ-ṣalāta ṭarafayi n-nahāri wa-zulafan mina l-layli inna l-ḥasanāti yudhhibna s-sayyiʾāti dhālika dhikrā li-dh-dhākirīn Et établis la ṣalāt aux deux extrémités du jour (ṭarafayi n-nahār) et à des heures rapprochées de la nuit (zulafan mina l-layl) — les bonnes actions (al-ḥasanāt), certes, font s’en aller (yudhhibna) les mauvaises actions (as-sayyiʾāt) — voilà un rappel (dhikrā) pour ceux qui se rappellent (li-dh-dhākirīn).
Notes lexicales
ṣalāt
terme conservé en translittération — désigne l'ensemble structuré de gestes et de paroles rituelles, distinct d'une simple « prière » informelle (voir l'étude Le rituel de la Ṣalāt dans le Coran).
ṭarafayi n-nahāri wa-zulafan mina l-layli
*ṭaraf* (l'extrémité, le bord) au duel — les deux bouts du jour ; *zulaf*, pluriel de *zulfa* (racine *z-l-f*, la proximité, ce qui s'approche), désignant des heures de la nuit qui s'en rapprochent. **Dit** : le texte indique des moments précis par leur position dans le cycle du jour et de la nuit. **Non-dit** : ce seul verset ne fait correspondre ces indications à aucun nombre déterminé de *ṣalawāt* ni à leurs désignations rituelles ultérieures — on s'en tient à la seule indication temporelle que le texte formule lui-même.
al-ḥasanāti yudhhibna s-sayyiʾāti
couple *ḥasana*/*sayyiʾa* (voir S4:78–79, S4:85) ; *yudhhibna*, racine *dh-h-b* (s'en aller, faire disparaître), ici à la forme causative : l'effacement des mauvaises actions par les bonnes.
dhikrā li-dh-dhākirīn
même racine *dh-k-r* que *dhikr*, ici sous la forme substantive *dhikrā* (le rappel), adressée à ceux qui se rappellent (*dhākirīn*).

S.11:115 · La patience — nul mérite des muḥsinūn n’est perdu

S.11:115
وَاصْبِرْ فَإِنَّ اللَّهَ لَا يُضِيعُ أَجْرَ الْمُحْسِنِينَ
Wa-ṣbir fa-inna llāha lā yuḍīʿu ajra l-muḥsinīn Et patiente (iṣbir) — Allaah, certes, ne perd pas (lā yuḍīʿu) la rétribution (ajr) de ceux qui agissent avec excellence (al-muḥsinīn).
Notes lexicales
lā yuḍīʿu ajra l-muḥsinīn
même construction qu'en S3:171 (« *anna llāha lā yuḍīʿu ajra l-muʾminīn* »), ici étendue mot pour mot aux *muḥsinūn* : racine *ḍ-y-ʿ* (se perdre, aller à vau-l'eau), niée pour la rétribution de quiconque agit avec excellence (*iḥsān*).

Le petit nombre qui s’opposait à la corruption, la justice envers les cités · S11:116–117

Note de cohérence intra-coranique — le sens des récits qui précèdent. Ces deux versets tirent un enseignement général de l’ensemble des récits racontés dans cette sourate (Nūḥ, Hūd, Ṣāliḥ, Ibrāhīm et Lūṭ, Shuʿayb, Blocs II à IV) : parmi les générations passées, seul un petit nombre s’opposait activement à la corruption (al-fasād), la majorité ayant suivi le confort matériel qui leur était donné ; et ton Rabb n’anéantit une cité que si l’injustice y est réellement générale, non si ses habitants restent des correcteurs (muṣliḥūn). Ces deux versets se lisent comme la clef de lecture du reste de la sourate, sans y ajouter de conclusion supplémentaire que le texte ne formule pas lui-même.

S.11:116 · Le petit nombre qui s’opposait à la corruption

S.11:116
فَلَوْلَا كَانَ مِنَ الْقُرُونِ مِنْ قَبْلِكُمْ أُولُو بَقِيَّةٍ يَنْهَوْنَ عَنِ الْفَسَادِ فِي الْأَرْضِ إِلَّا قَلِيلًا مِمَّنْ أَنْجَيْنَا مِنْهُمْ ۗ وَاتَّبَعَ الَّذِينَ ظَلَمُوا مَا أُتْرِفُوا فِيهِ وَكَانُوا مُجْرِمِينَ
Fa-lawlā kāna mina l-qurūni min qablikum ulū baqiyyatin yanhawna ʿani l-fasādi fi l-arḍi illā qalīlan mimman anjaynā minhum wa-ttabaʿa lladhīna ẓalamū mā utrifū fīhi wa-kānū mujrimīn Pourquoi n’y eut-il pas, parmi les générations d’avant vous, des possesseurs d’un reste [de discernement] (ulū baqiyyatin) interdisant la corruption (al-fasād) sur la terre — hormis un petit nombre parmi ceux que Nous avons sauvés ? Et ceux qui ont commis l’injustice ont suivi ce qui leur avait été donné en confort (mā utrifū fīhi), et ils étaient des mujrimūn.
Notes lexicales
ulū baqiyyatin
racine *b-q-y* (voir S2:248 : « *baqiyyatun mimmā taraka* » ; S11:86 : « *baqiyyatu llāh* ») — ici « ceux qui possèdent un reste », c'est-à-dire un fond de discernement subsistant malgré la corruption ambiante. Groupe de mots retenu faute d'équivalent français en un seul mot.
yanhawna ʿani l-fasādi fi l-arḍi
même famille lexicale que *fasād*/*mufsidūn* : voir l'étude Fasād et muṣliḥūn.
mā utrifū fīhi
racine *t-r-f* (forme passive : être placé dans l'aisance, le confort matériel qui amollit).

S.11:117 · Ton Rabb n’anéantit pas une cité dont les habitants restent des correcteurs

S.11:117
وَمَا كَانَ رَبُّكَ لِيُهْلِكَ الْقُرَىٰ بِظُلْمٍ وَأَهْلُهَا مُصْلِحُونَ
Wa-mā kāna rabbuka li-yuhlika l-qurā bi-ẓulmin wa-ahluhā muṣliḥūn Et ton Rabb n’est pas de nature à anéantir (li-yuhlika) les cités par injustice (bi-ẓulm), tant que leurs habitants restent des correcteurs (muṣliḥūn).
Notes lexicales
wa-mā kāna rabbuka li-
même construction que *mā kāna llāhu li-yadhara l-muʾminīn* (S3:179) et *mā kāna hādhā l-qurʾānu an yuftarā* (S10:37) — formule servant à nier qu'un acte relève de ce que ferait Allaah.
muṣliḥūn
même racine *ṣ-l-ḥ* que *al-iṣlāḥ* (S11:85/88, Bloc IV : Shuʿayb) — ici au participe actif, désignant ceux qui œuvrent activement à corriger, non seulement l'absence d'injustice.

Si ton Rabb avait voulu — l’unique umma, le désaccord perpétué, l’exception de la raḥma · S11:118–119

Point théologique majeur — S11:119, « et li-dhālika Il les a créés ». Ces deux versets posent quatre affirmations : (1) si ton Rabb avait voulu, Il aurait fait de l’humanité une seule umma (même construction contrefactuelle qu’en S5:48 : « wa-law shāʾa llāhu la-jaʿalakum ummatan wāḥidatan ») ; (2) elle ne cesse pourtant d’être en désaccord (mukhtalifīn) ; (3) sauf ceux à qui ton Rabb a accordé la raḥma — raḥma s’entendant ici comme ce que l’on peut dire lorsqu’on parle d’Allaah à propos d’une détermination fixée envers Sa création, non comme un trait affectif (voir S6:12/54 : kataba ʿalā nafsihi r-raḥmata) ; (4) « et li-dhālika Il les a créés » (wa-li-dhālika khalaqahum).

Crux grammatical réel, non tranché. L’antécédent du pronom démonstratif dhālika (« cela ») n’est pas fixé par la seule syntaxe de ce passage — deux lectures sont également défendables : (a) dhālika renvoie à la raḥma qui vient d’être nommée dans la proposition immédiatement précédente (« ceux à qui ton Rabb a accordé la raḥma ») — lecture qui ferait de la raḥma la finalité de la création de ce groupe, ou de l’humanité en général ; (b) dhālika renvoie au désaccord (ikhtilāf) qui structure toute la phrase depuis S11:118 — lecture qui rattacherait la création de l’humanité à cette même divergence, entendue comme la capacité de choix qui la rend possible. Aucune des deux lectures ne s’impose par la seule grammaire ; chacune trouve des défenseurs dans l’histoire de l’exégèse, précisément parce que le texte lui-même ne tranche pas explicitement entre elles. Ce Bloc ne retient aucune des deux et nomme les deux. Cette question rejoint la famille mashīʾa/qadar (voir S6:35/39, S8:17/23/24/53, S9:14/46/51, S10:88, S11:34/107–108) : l’articulation exacte entre la volonté d’Allaah, la raḥma qu’Il accorde à certains, et le désaccord qui persiste chez les autres, reste un point non tranché.

Second point, plus mineur — wa-tammat kalimatu rabbika : même précaution grammaticale qu’en S9:40 et S10:96 — le sujet grammatical de « s’est accomplie » (tammat) est ici la kalima (la parole) de ton Rabb, non Allaah Lui-même directement ; et le contenu de cette parole n’est autre que celui que la suite du verset énonce explicitement (l’emplissement de Jahannam), sans qu’aucune connotation supplémentaire ne soit à y ajouter.

S.11:118–119 · Si ton Rabb avait voulu — l’unique umma, le désaccord perpétué, l’exception de la raḥma

S.11:118
وَلَوْ شَاءَ رَبُّكَ لَجَعَلَ النَّاسَ أُمَّةً وَاحِدَةً ۖ وَلَا يَزَالُونَ مُخْتَلِفِينَ
Wa-law shāʾa rabbuka la-jaʿala n-nāsa ummatan wāḥidatan wa-lā yazālūna mukhtalifīn Et si ton Rabb l’avait voulu, Il aurait fait de l’humanité une seule umma — mais elle ne cesse d’être en désaccord (mukhtalifīn),
S.11:119
إِلَّا مَنْ رَحِمَ رَبُّكَ ۚ وَلِذَٰلِكَ خَلَقَهُمْ ۗ وَتَمَّتْ كَلِمَةُ رَبِّكَ لَأَمْلَأَنَّ جَهَنَّمَ مِنَ الْجِنَّةِ وَالنَّاسِ أَجْمَعِينَ
Illā man raḥima rabbuka wa-li-dhālika khalaqahum wa-tammat kalimatu rabbika la-amlaʾanna jahannama mina l-jinnati wa-n-nāsi ajmaʿīn sauf celui à qui ton Rabb a accordé la raḥma — et c’est pour cela [voir le callout ci-dessus sur les deux lectures possibles] qu’Il les a créés — et la parole de ton Rabb s’est accomplie : « J’emplirai certes Jahannam de jinn et d’humains, tous ensemble. »
Notes lexicales
wa-law shāʾa rabbuka la-jaʿala n-nāsa ummatan wāḥidatan
même construction contrefactuelle qu'en S5:48 (« *wa-law shāʾa llāhu la-jaʿalakum ummatan wāḥidatan* »).
mukhtalifīn
même racine *kh-l-f* que *fa-khtulifa fīhi* (S11:110, à propos du Kitāb de Mūsā) — voir la note de structure posée en tête de ce Bloc sur l'envelopment que cette racine forme entre l'ouverture et la clôture du Bloc.
illā man raḥima rabbuka … wa-li-dhālika khalaqahum
voir le callout de méthode ci-dessus.
wa-tammat kalimatu rabbika
voir le callout de méthode ci-dessus.
la-amlaʾanna jahannama mina l-jinnati wa-n-nāsi ajmaʿīn
même verbe (*la-amlaʾanna*, « J'emplirai certes ») que la sentence prononcée par Iblīs contre lui-même en S7:18 (« *la-amlaʾanna jahannama minkum ajmaʿīn* ») et même doublet *jinn*/humains dans le Feu qu'en S7:38 (« *mina l-jinni wa-l-insi fi n-nāri* »). **Précision** : ici, c'est la parole d'Allaah Lui-même qui s'accomplit (*tammat kalimatu rabbika*), non plus la menace autoproclamée d'Iblīs — ce contraste est signalé pour la traçabilité, sans en tirer de conclusion supplémentaire que le texte ne formule pas.

Les récits des rusul, l’affermissement du cœur du nabī · S11:120

S.11:120 · Les récits des rusul — affermir le cœur du nabī

S.11:120
وَكُلًّا نَقُصُّ عَلَيْكَ مِنْ أَنْبَاءِ الرُّسُلِ مَا نُثَبِّتُ بِهِ فُؤَادَكَ ۚ وَجَاءَكَ فِي هَٰذِهِ الْحَقُّ وَمَوْعِظَةٌ وَذِكْرَىٰ لِلْمُؤْمِنِينَ
Wa-kullan naquṣṣu ʿalayka min anbāʾi r-rusuli mā nuthabbitu bihi fuʾādaka wa-jāʾaka fī hādhihi l-ḥaqqu wa-mawʿiẓatun wa-dhikrā li-l-muʾminīn Et de chacun [de ces récits], Nous te racontons, parmi les annonces des rusul (anbāʾ ar-rusul), ce par quoi Nous affermissons ton cœur (nuthabbitu bihi fuʾādaka) — et t’est venu, dans ceci, le ḥaqq, une exhortation (mawʿiẓa) et un rappel (dhikrā) pour les croyants.
Notes lexicales
min anbāʾi r-rusuli
même racine *n-b-ʾ* que *min anbāʾi l-qurā* (S11:100, Bloc IV de cette sourate) — ici appliquée non aux cités mais aux *rusul* eux-mêmes, dont les récits viennent d'être racontés (Nūḥ, Hūd, Ṣāliḥ, Ibrāhīm, Lūṭ, Shuʿayb, Mūsā).
nuthabbitu bihi fuʾādaka
racine *th-b-t* (affermir, rendre stable) et *fuʾād* (le cœur, siège de la compréhension). **Dit** : le texte assigne explicitement une fonction à ces récits — affermir le cœur du nabī —, distincte d'une simple information historique.
fī hādhihi l-ḥaqqu wa-mawʿiẓatun wa-dhikrā
*mawʿiẓa*, racine *w-ʿ-ẓ* (exhorter, admonester). **Non-dit** : le pronom démonstratif « ceci » (*hādhihi*, au féminin, s'accordant avec *sūra*) désigne, sans que ce seul verset ne le précise davantage, cette sourate elle-même ou l'ensemble de la révélation reçue jusqu'ici.

« Agissez selon votre position » — l’attente réciproque · S11:121–122

S.11:121–122 · « Agissez selon votre position » — l’attente réciproque

S.11:121
وَقُلْ لِلَّذِينَ لَا يُؤْمِنُونَ اعْمَلُوا عَلَىٰ مَكَانَتِكُمْ إِنَّا عَامِلُونَ
Wa-qul li-lladhīna lā yuʾminūna ʿmalū ʿalā makānatikum innā ʿāmilūn Et dis à ceux qui ne croient pas : « Agissez selon votre position (ʿalā makānatikum) — nous, nous agissons. »
S.11:122
وَانْتَظِرُوا إِنَّا مُنْتَظِرُونَ
Wa-ntaẓirū innā muntaẓirūn « Et attendez (intaẓirū) — nous aussi, nous attendons. »
Notes lexicales
ʿmalū ʿalā makānatikum … innā ʿāmilūn
**Écho direct intra-sourate.** Reprise, mot pour mot, de la construction employée par Shuʿayb à son propre peuple (S11:93, Bloc IV : « *ʿmalū ʿalā makānatikum innī ʿāmilun* ») — ici adressée par le nabī Muḥammad à ceux qui ne croient pas, au pluriel (*innā*, « nous »), le nabī parlant avec ceux qui l'accompagnent, plutôt qu'à la première personne du singulier. Un même défi, dans les mêmes termes, lancé par deux envoyés distincts.
wa-ntaẓirū innā muntaẓirūn
racine *n-ẓ-r* (attendre, observer), ici à la forme réciproque.

Clôture de la sourate — le ghayb des cieux et de la terre appartient à Allaah · S11:123

S.11:123 · Le ghayb des cieux et de la terre appartient à Allaah — clôture de la sourate

S.11:123
وَلِلَّهِ غَيْبُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ وَإِلَيْهِ يُرْجَعُ الْأَمْرُ كُلُّهُ فَاعْبُدْهُ وَتَوَكَّلْ عَلَيْهِ ۚ وَمَا رَبُّكَ بِغَافِلٍ عَمَّا تَعْمَلُونَ
Wa-li-llāhi ghaybu s-samāwāti wa-l-arḍi wa-ilayhi yurjaʿu l-amru kulluhu fa-ʿbudhu wa-tawakkal ʿalayhi wa-mā rabbuka bi-ghāfilin ʿammā taʿmalūn Et à Allaah appartient le ghayb des cieux et de la terre — et c’est vers Lui que retourne l’affaire tout entière (yurjaʿu l-amru kulluhu) — sers-Le donc, et place en Lui ta confiance (tawakkal) — et ton Rabb n’est pas insouciant (ghāfil) de ce que vous faites.
Notes lexicales
wa-li-llāhi ghaybu s-samāwāti wa-l-arḍi
racine *gh-y-b* : voir S2:33 (« *innī aʿlamu ghayba s-samāwāti wa-l-arḍi* »).
wa-ilayhi yurjaʿu l-amru kulluhu
même formule que « *wa-ilā llāhi turjaʿu l-umūr* » (S2:210, S3:109) — ici précisée par l'ajout de *kulluhu* (« tout entière »), insistant sur l'exhaustivité du retour de toute affaire vers Allaah, sans exception.
tawakkal ʿalayhi
*tawakkul* : voir S11:56 (Hūd) et S11:88 (Shuʿayb), dans cette même sourate.
ghāfil
racine *gh-f-l* (voir S10:29/92 : *ghāfilūn*) — ici niée pour Allaah Lui-même, en clôture de la sourate : rien de ce que font les gens ne Lui échappe.

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