Structure du Bloc III — S10:41–70. Quinze ensembles. D’abord la désolidarisation des œuvres — « à moi mon œuvre, à vous la vôtre » (S10:41). Puis la question rhétorique des sourds et des aveugles qui n’entendent ni ne voient au sens profond, et le rappel qu’Allaah ne lèse jamais les hommes, qui se lèsent eux-mêmes (S10:42–44). Puis le Jour du rassemblement, aussi bref qu’une heure du jour (S10:45). Puis l’alternative laissée ouverte au nabī — voir une part de ce qui est promis, ou être repris avant — et chaque umma pourvue de son rasūl, jugée selon le qisṭ (S10:46–47). Puis la demande impatiente « quand cette promesse ? », et le rappel qu’un ajal est fixé pour chaque umma (S10:48–49). Puis le châtiment qui peut venir de nuit ou de jour, l’ironie de n’y croire qu’une fois advenu, et le châtiment de la perpétuité (S10:50–52). Puis la demande « est-ce vrai ? », la rançon impossible de toute la terre, et le qisṭ de nouveau (S10:53–54). Puis ce qui appartient à Allaah dans les cieux et la terre, et la vie et la mort qu’Il donne (S10:55–56). Puis le Qurʾān qualifié de rappel, de guérison, de guidance et de miséricorde (S10:57–58). Puis le ḥalāl et le ḥarām déclarés sans l’autorisation d’Allaah, et l’accusation de forger un mensonge contre Lui (S10:59–60). Puis la science exhaustive d’Allaah, à qui rien n’échappe, pas même le poids d’un atome (S10:61). Puis les awliyāʾ d’Allaah, sans crainte ni tristesse (S10:62–64). Puis l’appel à ne pas s’attrister de la parole des autres, la puissance tout entière à Allaah, et les associés qui ne suivent que la conjecture (S10:65–66). Puis la nuit pour le repos, le jour pour voir (S10:67). Enfin la prétention qu’Allaah aurait pris un enfant (walad), écartée par la même formule qu’en S4:171, et la clôture sur la jouissance limitée d’ici-bas (S10:68–70).
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.10:41 | Désolidarisation des œuvres — « à moi mon œuvre, à vous la vôtre » |
| S.10:42–44 | Sourds et aveugles qui ne raisonnent ni ne voient — Allaah ne lèse pas |
| S.10:45 | Le Jour du rassemblement, aussi bref qu’une heure du jour |
| S.10:46–47 | Voir une part de la promesse, ou être repris avant — chaque umma et son rasūl |
| S.10:48–49 | « Quand cette promesse ? » — un ajal fixé pour chaque umma |
| S.10:50–52 | Le châtiment de nuit ou de jour — croire seulement une fois advenu — le châtiment de la perpétuité |
| S.10:53–54 | « Est-ce vrai ? » — la rançon impossible de toute la terre — le qisṭ, de nouveau |
| S.10:55–56 | À Allaah ce qui est dans les cieux et la terre — Il donne la vie et la mort |
| S.10:57–58 | Le Qurʾān : rappel, guérison, guidance, miséricorde |
| S.10:59–60 | Le ḥalāl et le ḥarām sans l’autorisation d’Allaah |
| S.10:61 | Rien n’échappe à ton Rabb, pas même le poids d’un atome |
| S.10:62–64 | Les awliyāʾ d’Allaah — nulle crainte, nulle tristesse |
| S.10:65–66 | Que leur parole ne t’attriste pas — la conjecture, non la certitude |
| S.10:67 | La nuit pour le repos, le jour pour voir |
| S.10:68–70 | « Allaah a pris un enfant » — gloire à Lui, al-Ghaniyy |
Désolidarisation des œuvres · S10:41
S.10:41 · « À moi mon œuvre, à vous la vôtre »
- barīʾūn … barīʾ
- racine *b-r-ʾ* (voir aussi *yarmi bihi barīʾan*, S4:112 : accuser un innocent) — ici au sens d'être exempt, dégagé de toute responsabilité envers ce qui n'est pas soi. Dit : le texte désolidarise strictement les œuvres, non les personnes — la relation d'avertissement du *nabī* envers eux ne cesse pas pour autant, seule la responsabilité de chaque acte reste propre à celui qui l'accomplit.
Sourds et aveugles, Allaah ne lèse pas · S10:42–44
S.10:42–43 · Qui entend sans raisonner, qui regarde sans voir
- yastamiʿūna / yanẕuru — yaʿqilūn / yubṣirūn
- Note de linguistique pure. Le texte distingue, pour chaque paire, l'acte physique (l'écoute effective, *yastamiʿūna* ; le regard effectif, *yanẕuru* — même racine *n-ẕ-r* que *li-nanẕura*, S10:14, verbe d'observation) de sa portée profonde manquante (raisonner, *yaʿqilūn* ; percevoir avec discernement, *yubṣirūn*, racine *b-ṣ-r* distincte de la simple vue). Dit : le texte n'attribue aucune surdité ni cécité physique à ces interlocuteurs — l'écoute et le regard sont bien exercés — mais nie que cette perception physique, seule, débouche sur le raisonnement ou le discernement. La question rhétorique porte sur les limites du rôle du *nabī* : il ne peut, par lui-même, produire cette conversion intérieure.
S.10:44 · Allaah ne lèse pas — les hommes se lèsent eux-mêmes
- lā yaẕlimu … yaẕlimūn
- Cohérence intra-coranique : même principe sous d'autres formes — *lā yuẕlamūn* (S10:47), le poids d'une *dharra* (S4:40 : « Allaah ne lèse pas, même du poids d'une *dharra* »), et l'excès (*baghy*) qui « ne retombe que sur vous-mêmes » (S10:23). Le *ẕulm* est ici retiré d'Allaah et rapporté exclusivement à l'agir humain.
Le Jour du rassemblement · S10:45
S.10:45 · Aussi bref qu’une heure du jour
- liqāʾi llāh
- voir S6:31, S10:7, S10:11 et S10:15 : le fait de se trouver mis en présence, la réalité effective et inéluctable de la reddition de comptes.
- yataʿārafūna baynahum
- racine *ʿ-r-f* : se reconnaître mutuellement. Dit : le texte affirme une reconnaissance mutuelle entre les rassemblés, sans en préciser davantage la nature (une simple identification, ou un échange plus développé) — ce Bloc ne tranche pas au-delà de ce que ce seul verset affirme.
Voir une part de la promesse, ou être repris avant — chaque umma et son rasūl · S10:46–47
S.10:46 · Que Nous te montrions, ou que Nous te reprenions
- natawaffayannaka
- racine *w-f-y*, forme V (voir S4:15, *ḥattā yatawaffāhunna l-mawt* : « jusqu'à ce que la mort les reprenne » ; S4:97, *tawaffāhumu l-malāʾika* : les *malāʾika* comme instrument de la reprise). Note de méthode. Ici, Allaah est directement le sujet grammatical du verbe ; comme dans les occurrences citées, *tawaffā* désigne une fonction (mettre un terme à la vie), non un acte physique ou spatial. Dit : le texte pose une alternative binaire — voir de son vivant une part de ce qui est promis à ses interlocuteurs, ou en être repris avant — sans indiquer laquelle des deux advient. Non-dit : ce seul verset ne tranche pas.
S.10:47 · Chaque umma et son rasūl, jugés selon le qisṭ
- li-kulli ummatin rasūl
- Cohérence intra-coranique : principe voisin de *rusulun minkum* appliqué aux *jinn* (S6:130) — ici formulé de façon générale pour toute *umma* humaine. *Qisṭ* : la juste répartition (voir S10:4).
« Quand cette promesse ? » — un ajal fixé pour chaque umma · S10:48–49
S.10:48–49 · Ni tort ni profit pour moi-même — un terme pour chaque umma
- lā amliku li-nafsī ḑarran wa-lā nafʿan
- Cohérence intra-coranique : le *nabī* nie encore, comme en S10:15–16 (*min tilqāʾi nafsī*), toute maîtrise personnelle — ici non sur le texte révélé, mais sur le moment de la promesse elle-même.
- ajal … yastaʾkhirūna … yastaqdimūn
- *ajal* : voir S6:2. *Yastaʾkhirūna/yastaqdimūn*, racines *ʾ-kh-r* et *q-d-m* : retarder, avancer — paire antithétique appliquée au terme fixé de chaque *umma*, non de chaque individu.
Le châtiment de nuit ou de jour — croire seulement une fois advenu — la perpétuité · S10:50–52
S.10:50–51 · « Qu’est-ce qui vous fait tant hâter ? » — « Maintenant ? »
- yastaʿjilu … tastaʿjilūn
- même racine *ʿ-j-l* que *yuʿajjilu … stiʿjālahum* (S10:11) : la hâte. Dit : le texte souligne la contradiction — réclamer par bravade la venue du châtiment, puis n'y croire qu'une fois celui-ci advenu — sans juger davantage cette attitude au-delà de ce constat.
S.10:52 · Le châtiment de la perpétuité
- ʿadhāba l-khuld
- racine *kh-l-d*, même racine que *khālidūn* (S10:26–27). Ici substantivée : la perpétuité elle-même comme qualificatif du châtiment.
« Est-ce vrai ? » — la rançon impossible de toute la terre — le qisṭ, de nouveau · S10:53–54
S.10:53 · « Oui, par mon Rabb »
- yastanbiʾūnaka
- même racine *n-b-ʾ* que *a-tunabbiʾūna llāha* (S10:18) : informer, apporter une nouvelle — ici ce sont eux qui demandent au *nabī* de les informer.
- muʿjizīn
- racine *ʿ-j-z* : être incapable, se soustraire à ce qui vous atteint. Note de linguistique pure. Le serment « par mon Rabb » (*wa-rabbī*) est ici celui du *nabī* lui-même, répondant à la première personne — non une formule qu'Allaah prononcerait sur Lui-même.
S.10:54 · La rançon impossible de toute la terre
- asarrū n-nadāma
- *asarrū*, racine *s-r-r* : dissimuler, tenir caché — non « exprimer » le regret, mais le retenir en soi. Non-dit : ce seul verset ne précise pas le motif de cette dissimulation (honte, inutilité perçue de l'exprimer, ou autre) — ce Bloc ne tranche pas au-delà du constat lui-même.
- bi-l-qisṭ … lā yuẕlamūn
- troisième occurrence de cette même clause de clôture dans cette seule sourate (S10:4 ; S10:47) — reprise constante plutôt que simple répétition rhétorique isolée.
À Allaah ce qui est dans les cieux et la terre — Il donne la vie et la mort · S10:55–56
S.10:55–56 · La promesse d’Allaah est vraie — Il donne la vie et la mort
- yuḥyī wa-yumītu
- racines *ḥ-y-y* et *m-w-t* : donner la vie, donner la mort — même paire de fonctions que dans S10:31 (*yukhriju l-ḥayya mina l-mayyiti*), ici énoncée de façon directe et absolue.
Le Qurʾān : rappel, guérison, guidance, miséricorde · S10:57–58
S.10:57–58 · Une guérison pour ce qui est dans les poitrines
- shifāʾun li-mā fī ṣ-ṣudūr
- racine *sh-f-y* : la guérison. Dit : le texte qualifie le Qurʾān de « guérison », mais précise lui-même l'objet de cette guérison — « ce qui est dans les poitrines » (les dispositions intérieures), non une guérison au sens médical d'une affection corporelle.
Le ḥalāl et le ḥarām sans l’autorisation d’Allaah · S10:59–60
Point de méthode — S10:59, déclarer ḥalāl et ḥarām sans l’autorisation (idhn) d’Allaah. Ce verset applique, sur un cas concret, le principe exposé dans l’étude Ḥalāl et Ḥarām dans le Coran : déclarer ḥalāl ou ḥarām sans fondement textuel est qualifié d’iftirāʾ ʿalā llāh (forger un mensonge contre Allaah), la racine f-r-y revenant à de nombreuses reprises dans cette sourate (S10:17, 30, 37, 38, 60, 69).
S.10:59–60 · « Est-ce Allaah qui vous l’a autorisé ? »
- adhina lakum
- même racine *ʾ-dh-n* que *idhn* (S10:3 : nul *shafīʿ* sans l'autorisation d'Allaah). Dit : le texte pose l'autorisation d'Allaah comme le seul fondement légitime d'une déclaration de *ḥarām*/*ḥalāl* — voir le point de méthode ci-dessus.
- yawm al-qiyāma
- expression conservée telle quelle, désignant techniquement le Jour du jugement — voir aussi *al-ākhira* et *yawm ad-dīn*.
- ẕann
- même racine que *ẕann* en S10:36 : la conjecture, par opposition au savoir assuré.
Rien n’échappe à ton Rabb, pas même le poids d’un atome · S10:61
S.10:61 · Le poids d’un atome, ni sur la terre ni dans le ciel
- mithqāli dharratin
- voir S4:40 : « Allaah ne lèse pas, même du poids d'une *dharra* ». Ici appliqué non à la rétribution mais à la connaissance elle-même — cohérence intra-coranique directe avec les « clefs du *ghayb* » (S6:59) : rien de la taille d'un atome, plus petit ou plus grand, n'échappe à cette science.
- yaʿzubu
- racine *ʿ-z-b* : échapper, se soustraire à.
Les awliyāʾ d’Allaah — nulle crainte, nulle tristesse · S10:62–64
Note de cohérence intra-coranique — S10:62, awliyāʾa llāh. Walī (au pluriel awliyāʾ), racine w-l-y (voir S3:150 et suiv. ; mawlā, S10:30) : la proximité qui engage, ce qui a la charge d’un autre, la proximité protectrice réciproque — non une amitié au sens affectif ordinaire du terme français, et non une position spatiale. Conservé en translittération, comme walī/mawlā aux endroits cités.
S.10:62–64 · Ceux qui ont cru et se prémunissaient
- alladhīna āmanū wa-kānū yattaqūn
- Dit : le texte définit lui-même, par cette apposition immédiate, qui sont les *awliyāʾ* d'Allaah — ceux qui ont cru et qui se prémunissaient (*taqwā*) — sans autre critère ajouté que ces deux éléments.
- kalimāti llāh … al-fawzu l-ʿaẕīm
- *kalimāt*, pluriel de *kalima* (voir S10:19). *Al-fawz al-ʿaẕīm* : même expression qu'en S4:13.
Que leur parole ne t’attriste pas — la conjecture, non la certitude · S10:65–66
S.10:65 · L’ʿizza appartient à Allaah tout entière
- inna l-ʿizzata li-llāhi jamīʿan
- formule identique à S4:139 : « l'*ʿizza* appartient à Allaah tout entière ».
- as-Samīʿ · al-ʿAlīm
- conservés en translittération (voir S2:244, S3:34).
S.10:66 · Les associés ne suivent que la conjecture
- yakhruṣūn
- racine *kh-r-ṣ* : estimer à vue, évaluer sans mesure exacte — les lexicographes classiques la rapprochent de la conjecture appliquée sans fondement solide, une nuance proche mais distincte de *ẕann* (l'opinion en général).
La nuit pour le repos, le jour pour voir · S10:67
S.10:67 · La nuit, le jour
- li-taskunū … mubṣiran
- *taskunū*, racine *s-k-n*, même famille que *sakīna*/*sakan* (voir S2:248) : le repos, l'apaisement. *Mubṣiran*, même racine *b-ṣ-r* que *tubṣirūn* (S10:43) : ici au sens concret de ce qui rend visible.
« Allaah a pris un enfant » — gloire à Lui, al-Ghaniyy · S10:68–70
Point majeur — S10:68, ittakhadha llāhu waladan (« Allaah a pris un walad [enfant] »). Ce verset reprend, presque mot pour mot, la formule de glorification de S4:171 : subḥānahu an yakūna lahu waladun — « gloire à Lui : il est exclu qu’Il ait un walad ». Deux précisions de méthode. (1) Le terme employé ici est walad — l’enfant, le descendant, indépendamment du sexe (voir S4:11–12) — et non ibn (fils), terme employé spécifiquement pour les prétentions visant le Messie ou ʿUzayr (S4:171, S9:30). Cette distinction lexicale est signalée sans conséquence doctrinale nouvelle : le rejet porte, ici comme aux endroits cités, sur toute descendance attribuée à Allaah, quel que soit le terme précis employé pour la nommer. (2) Non-dit : à la différence de S9:30 (ʿUzayr, chez une partie des Juifs) ou de S4:171 (le « trois », chez une partie des chrétiens), ce seul verset ne nomme pas le groupe visé par « ils disent » (qālū) — le contexte immédiat (S10:66, les shurakāʾ suivis par simple conjecture) pourrait suggérer plus largement les mushrikūn, mais ce Bloc ne l’affirme pas au-delà de ce que ce verset dit lui-même.
S.10:68 · « Allaah a pris un enfant » — Il est al-Ghaniyy
- walad
- voir le point majeur ci-dessus.
- al-Ghaniyy
- racine *gh-n-y* : l'autosuffisance, l'absence de tout besoin (voir S2:263) — conservé en translittération. Dit : le texte associe directement l'écartement de toute descendance à cette autosuffisance — un *walad* répondrait, dans l'usage ordinaire du terme, à un besoin (de continuité, de compagnie, de succession) qu'*al-Ghaniyy* exclut par définition.
- sulṭān
- racine *s-l-ṭ* (voir S4:153, *sulṭānan mubīnā*, à propos de Mūsā) : l'autorité, la preuve qui établit un droit à affirmer quelque chose.
S.10:69–70 · Ceux qui forgent ne réussissent pas — jouissance limitée, puis le retour
- lā yufliḥūn
- Cohérence intra-coranique directe avec S10:17 (« les *mujrimūn* ne réussissent certainement pas ») — même clôture rhétorique appliquée ici à ceux qui forgent le mensonge contre Allaah, racine *f-r-y* qui parcourt toute cette sourate (S10:17, 30, 37, 38, 60).
- matāʿun fi d-dunyā
- voir S10:23 (« jouissance de la vie d'ici-bas ») — ici réduit à sa forme la plus brève, en clôture de ce développement.