Structure du Bloc I — ouverture de la Sourate 13. Six ensembles. D’abord l’exorde — les lettres séparées Alif-Lām-Mīm-Rāʾ, la rubūbiyya d’Allaah sur les cieux et la terre, l’istiwāʾ sur le ʿArsh, et les signes de la terre étendue, des couples et des palmiers d’une même souche (S13:1–4). Puis l’étonnement rejeté devant le déni de la résurrection, les entraves des kāfirūn, le châtiment déjà passé sur d’autres peuples, et le rappel que le nabī n’est qu’un avertisseur (S13:5–7). Puis la science exhaustive d’Allaah — ce que porte chaque femelle, ce que les matrices retranchent ou ajoutent —, refermée sur al-Kabīr, al-Mutaʿāl (S13:8–9). Puis l’égalité, devant cette science, de qui dissimule ou déclare sa parole, les muʿaqqibāt qui préservent chaque personne par l’ordre d’Allaah, et le principe du changement qui commence par l’intérieur d’un peuple (S13:10–11). Puis l’éclair montré entre crainte et espoir, le tonnerre et les malāʾika qui glorifient par crainte de Lui, et la parabole de celui qui tend ses mains vers l’eau sans jamais l’atteindre (S13:12–14). Enfin la prosternation universelle — jusqu’aux ombres —, l’appel rhétorique à l’unicité opposant l’aveugle au voyant, et la double parabole de l’écume emportée et du bien qui demeure (S13:15–18).

Avertissement de méthode — trois points appelant une vigilance particulière. (1) S13:2, istiwāʾ ʿalā l-ʿarsh : même formule que S7:54 (où elle est analysée en détail) et S10:3 ; ce Bloc applique la même lecture idiomatique de pleine possession d’un pouvoir, non spatiale, sans reprendre l’argumentation complète. (2) S13:9, al-Mutaʿāl : ce nom appartient à la même racine (ʿ-l-w) que taʿālā (rendu « transcende », S6:100 et passim) et que al-Aʿlā, conservé en arabe pour écarter toute connotation de lieu ou de hauteur spatiale à propos d’Allaah. Voir le callout dédié à l’endroit même du verset. (3) S13:11, muʿaqqibāt : verset pivot sur l’identité de ces « relayeurs » qui préservent chaque personne par l’ordre d’Allaah, et sur le principe du changement intérieur d’un peuple — voir le callout dédié.

Note de méthode — « Ce qui » pour Allaah. Pour Allaah, l’expression « Celui qui » est remplacée par « Ce qui » — un neutre absolu qu’en français seule la locution « ce qui »/« ce que » peut porter, un pronom comme « celui » désignant grammaticalement une personne. Ce Bloc l’applique dès S13:2 (Allāhu lladhī rafaʿa → « Allaah est Ce qui a élevé »). Le pronom ordinaire « Il » reste employé normalement pour les verbes dont Allaah est simplement sujet.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.13:1 Lettres séparées — Alif-Lām-Mīm-Rāʾ — le Kitāb, al-Ḥaqq
S.13:2 La rubūbiyya — les cieux sans piliers visibles, l’istiwāʾ, la gestion de l’affaire
S.13:3 La terre étendue, les ancrages, les couples de fruits
S.13:4 Les parcelles voisines, les palmiers d’une même souche, le goût différencié
S.13:5 L’étonnement rejeté — le déni de la résurrection — les entraves des kāfirūn
S.13:6 Ils hâtent le mal avant le bien — le pardon malgré le ẓulm
S.13:7 La demande d’un signe — tu n’es qu’un avertisseur
S.13:8 Ce que porte chaque femelle — ce que les matrices retranchent ou ajoutent
S.13:9 Ce qui connaît le ghayb et le témoignage — al-Kabīr, al-Mutaʿāl
S.13:10 Égal devant Lui — dissimuler ou déclarer, se cacher ou s’avancer
S.13:11 Les muʿaqqibāt — le changement qui commence par l’intérieur d’un peuple
S.13:12 L’éclair entre crainte et espoir — les nuées lourdes
S.13:13 Le tonnerre et les malāʾika glorifient par crainte de Lui — shadīdu l-miḥāl
S.13:14 La parabole de celui qui tend ses mains vers l’eau sans l’atteindre
S.13:15 La prosternation universelle — jusqu’aux ombres
S.13:16 L’aveugle et le voyant — les ténèbres et la lumière — al-Wāḥid, al-Qahhār
S.13:17 La parabole de l’eau et de l’écume — al-ḥaqq et al-bāṭil
S.13:18 La meilleure part et le pire compte — Jahannam, misérable lit

Exorde — lettres séparées, la rubūbiyya, l’istiwāʾ · S13:1–2

S.13:1 · Lettres séparées — le Kitāb, al-Ḥaqq

S.13:1
المر ۚ تِلْكَ آيَاتُ الْكِتَابِ ۗ وَالَّذِي أُنْزِلَ إِلَيْكَ مِنْ رَبِّكَ الْحَقُّ وَلَٰكِنَّ أَكْثَرَ النَّاسِ لَا يُؤْمِنُونَ
Alif · Lām · Mīm · Rāʾ — tilka āyātu l-kitābi wa-lladhī unzila ilayka min rabbika l-ḥaqqu wa-lākinna akthara n-nāsi lā yuʾminūn Alif, Lām, Mīm, Rāʾ. Voilà les āyāt du Kitāb — et ce qui a été fait descendre vers toi de la part de ton Rabb est al-Ḥaqq ; mais la plupart des gens ne croient pas.
Notes lexicales
Alif · Lām · Mīm · Rāʾ
lettres séparées (*ḥurūf muqaṭṭaʿāt*) — combinaison distincte de *Alif-Lām-Mīm* (S2/S3), de *Alif-Lām-Mīm-Ṣād* (S7:1) et de *Alif-Lām-Rāʾ* (S10:1, S11:1, S12:1). Aucun sens n'est attribué à ces lettres — le texte donne les lettres elles-mêmes en position d'ouverture, et ce Bloc s'en tient à cette observation.
al-ḥaqq
voir S10:4, S10:17/24/30/32/36 et *passim* : ce qui est fermement établi, conforme au réel — conservé en translittération.

S.13:2 · La rubūbiyya — les cieux sans piliers visibles, l’istiwāʾ, la gestion de l’affaire

Note de méthode — S13:2, deux points. (1) bi-ghayri ʿamadin tarawnahā : la syntaxe de ce seul verset admet deux lectures, toutes deux rapportées par les grammairiens classiques. Première lecture : « sans piliers que vous puissiez voir » — c’est-à-dire que vous constatez vous-mêmes qu’il n’y en a aucun (négation totale de tout pilier, la proposition relative confirmant l’absence). Seconde lecture : « sans piliers visibles [pour vous] » — c’est-à-dire qu’il existerait des piliers, mais d’une nature qui échappe à la vue humaine (la proposition relative restreignant, non confirmant, la négation). Ce Bloc nomme les deux lectures sans en écarter aucune — aucune des deux n’installe, en elle-même, de connotation supplémentaire concernant Allaah au-delà de l’image des cieux et de leur soutien. (2) thumma-stawā ʿalā l-ʿarsh : voir l’avertissement de méthode en tête de ce Bloc (même traitement qu’en S7:54 et S10:3).

S.13:2
اللَّهُ الَّذِي رَفَعَ السَّمَاوَاتِ بِغَيْرِ عَمَدٍ تَرَوْنَهَا ۖ ثُمَّ اسْتَوَىٰ عَلَى الْعَرْشِ ۖ وَسَخَّرَ الشَّمْسَ وَالْقَمَرَ ۖ كُلٌّ يَجْرِي لِأَجَلٍ مُسَمًّى ۚ يُدَبِّرُ الْأَمْرَ يُفَصِّلُ الْآيَاتِ لَعَلَّكُمْ بِلِقَاءِ رَبِّكُمْ تُوقِنُونَ
Allāhu lladhī rafaʿa s-samāwāti bi-ghayri ʿamadin tarawnahā thumma-stawā ʿalā l-ʿarshi wa-sakhkhara sh-shamsa wa-l-qamara kullun yajrī li-ajalin musamman yudabbiru l-amra yufaṣṣilu l-āyāti laʿallakum bi-liqāʾi rabbikum tūqinūn Allaah est Ce qui a élevé les cieux sans piliers que vous puissiez voir — puis a pris pleinement possession (istawā) du ʿArsh — et a assujetti (sakhkhara) le soleil et la lune, chacun courant vers un terme fixé (li-ajalin musamman). Il administre l’affaire (yudabbiru l-amr), Il détaille (yufaṣṣilu) les āyāt, afin que vous soyez certains (tūqinūn) de la Rencontre de votre Rabb.
Notes lexicales
bi-ghayri ʿamadin tarawnahā
voir le callout dédié ci-dessus. *ʿAmad*, pluriel de *ʿimād* : le pilier, le support qui tient une structure élevée.
thumma-stawā ʿalā l-ʿarsh
voir l'avertissement de méthode en tête de ce Bloc (S7:54, S10:3).
sakhkhara sh-shamsa wa-l-qamar
racine *s-kh-r* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : assujettir une chose, la mettre au service d'une autre sans qu'elle résiste. Appliquée ici au soleil et à la lune mis au service de l'ordre cosmique.
li-ajalin musamman
même construction qu'en S6:2 et S10:11 : un terme fixé et nommé.
yudabbiru l-amr … yufaṣṣilu l-āyāt
mêmes formules qu'en S10:3 (pour *yudabbiru l-amr*) et S6:97/98, S7:133/174 (pour *yufaṣṣilu l-āyāt*).
tūqinūn
racine *y-q-n* : la certitude ferme, sans reste de doute.

Les signes de la terre — extension, ancrages, couples, palmiers · S13:3–4

S.13:3 · La terre étendue, les ancrages, les couples de fruits

S.13:3
وَهُوَ الَّذِي مَدَّ الْأَرْضَ وَجَعَلَ فِيهَا رَوَاسِيَ وَأَنْهَارًا ۖ وَمِنْ كُلِّ الثَّمَرَاتِ جَعَلَ فِيهَا زَوْجَيْنِ اثْنَيْنِ ۖ يُغْشِي اللَّيْلَ النَّهَارَ ۚ إِنَّ فِي ذَٰلِكَ لَآيَاتٍ لِقَوْمٍ يَتَفَكَّرُونَ
Wa-huwa lladhī madda l-arḍa wa-jaʿala fīhā rawāsiya wa-anhāran wa-min kulli th-thamarāti jaʿala fīhā zawjayni thnayni yughshi l-layla n-nahāra inna fī dhālika la-āyātin li-qawmin yatafakkarūn Et Ce qui a étendu (madda) la terre, y a placé des ancrages fermes (rawāsiya) et des rivières, et de tous les fruits y a placé des couples de deux (zawjayni thnayni). Il enveloppe (yughshī) le jour de la nuit. Il y a certes en cela des āyāt pour un peuple qui réfléchit.
Notes lexicales
madda l-arḍ
racine *m-d-d* : étendre, déployer en longueur.
rawāsiya
racine *r-s-w* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : la fixité, l'ancrage stable de ce qui ne vacille pas ; désigne ici les montagnes comme ancrages de la terre.
zawjayni thnayni
même construction qu'en S11:40 (« *min kullin zawjayni thnayni* », à propos des espèces embarquées dans l'arche) : « un couple de deux », repris ici pour les fruits de la terre.
yughshi l-layla n-nahār
presque mot pour mot comme en S7:54 (« *yughshi l-layla n-nahāra yaṭlubuhu ḥathīthan* », au sein même du verset sur l'*istiwāʾ*), sans la précision supplémentaire de la poursuite hâtive.

S.13:4 · Les parcelles voisines, les palmiers d’une même souche, le goût différencié

S.13:4
وَفِي الْأَرْضِ قِطَعٌ مُتَجَاوِرَاتٌ وَجَنَّاتٌ مِنْ أَعْنَابٍ وَزَرْعٌ وَنَخِيلٌ صِنْوَانٌ وَغَيْرُ صِنْوَانٍ يُسْقَىٰ بِمَاءٍ وَاحِدٍ وَنُفَضِّلُ بَعْضَهَا عَلَىٰ بَعْضٍ فِي الْأُكُلِ ۚ إِنَّ فِي ذَٰلِكَ لَآيَاتٍ لِقَوْمٍ يَعْقِلُونَ
Wa-fi l-arḍi qiṭaʿun mutajāwirātun wa-jannātun min aʿnābin wa-zarʿun wa-nakhīlun ṣinwānun wa-ghayru ṣinwānin yusqā bi-māʾin wāḥidin wa-nufaḍḍilu baʿḍahā ʿalā baʿḍin fi l-akli inna fī dhālika la-āyātin li-qawmin yaʿqilūn Et il y a, sur la terre, des parcelles voisines (qiṭaʿun mutajāwirāt), des jardins de vignes, des cultures et des palmiers issus d’une même souche (ṣinwān) ou séparés (ghayr ṣinwān), arrosés d’une seule et même eau — et Nous favorisons (nufaḍḍilu) les uns par rapport aux autres quant au goût (al-akl). Il y a certes en cela des āyāt pour un peuple qui raisonne.
Notes lexicales
ṣinwānun wa-ghayru ṣinwān
racine *ṣ-n-w* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : le *ṣinw*, rejet de palmier poussant d'une souche et d'une racine communes à un autre (par extension, deux frères de même père sont dits *sinwān*). Aucun mot français à lui seul ne couvre cette image précise (des troncs multiples partageant une seule racine) ; ce Bloc conserve donc *ṣinwān* en translittération, glosé par « issus d'une même souche ». **Dit** : le texte pose ce contraste — souche commune ou séparée, mais eau identique — comme condition du signe qui suit : une même cause apparente (la même eau) produisant des effets différenciés.
fi l-ukul
racine *ʾ-k-l*, ici au sens du goût, de la saveur du fruit — non de l'acte de manger lui-même (à distinguer de l'usage direct du verbe « manger », par exemple S2:35) : ce Bloc rend donc le terme par « le goût », un groupe de sens que le seul mot « nourriture » ne porterait pas ici avec la même précision.

L’étonnement rejeté, le châtiment déjà passé, l’avertisseur · S13:5–7

S.13:5 · L’étonnement rejeté — le déni de la résurrection — les entraves des kāfirūn

S.13:5
۞ وَإِنْ تَعْجَبْ فَعَجَبٌ قَوْلُهُمْ أَإِذَا كُنَّا تُرَابًا أَإِنَّا لَفِي خَلْقٍ جَدِيدٍ ۗ أُولَٰئِكَ الَّذِينَ كَفَرُوا بِرَبِّهِمْ ۖ وَأُولَٰئِكَ الْأَغْلَالُ فِي أَعْنَاقِهِمْ ۖ وَأُولَٰئِكَ أَصْحَابُ النَّارِ ۖ هُمْ فِيهَا خَالِدُونَ
Wa-in taʿjab fa-ʿajabun qawluhum a-idhā kunnā turāban a-innā la-fī khalqin jadīdin ulāʾika lladhīna kafarū bi-rabbihim wa-ulāʾika l-aghlālu fī aʿnāqihim wa-ulāʾika aṣḥābu n-nāri hum fīhā khālidūn Et si tu t’étonnes, alors ce qui est étonnant, c’est bien leur propos : « Quand nous serons poussière, serons-nous vraiment dans une création nouvelle ? » Ceux-là sont ceux qui ont commis le kufr envers leur Rabb ; ceux-là ont les entraves (al-aghlāl) à leur cou ; ceux-là sont les compagnons du Feu, où ils demeurent (khālidūn).
Notes lexicales
al-aghlālu fī aʿnāqihim
racine *gh-l-l* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : lier, resserrer, retenir fermement ; d'où *ghull*, le carcan. Voir aussi S3:161 (*yaghulla* : détourner par soustraction dissimulée). **Note de cohérence intra-coranique** : S7:157 présente l'image inverse — les *aghlāl* qui pesaient sur un peuple et que le message du *nabī* leur ôte (*yaḍaʿu ʿanhum … al-aghlāla llatī kānat ʿalayhim*). Ici, l'entrave reste fixée au cou de ceux qui nient la résurrection : l'image d'un lien qui retient captif. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas si cette entrave désigne une réalité physique de l'Ākhira ou l'état de contrainte, dès ici-bas, d'un déni qui enferme celui qui le professe — ce Bloc nomme les deux possibilités sans en importer une conclusion supplémentaire.
aṣḥābu n-nāri hum fīhā khālidūn
formule récurrente (S2:39, S3:116 et *passim*).

S.13:6 · Ils hâtent le mal avant le bien — le pardon malgré le ẓulm

S.13:6
وَيَسْتَعْجِلُونَكَ بِالسَّيِّئَةِ قَبْلَ الْحَسَنَةِ وَقَدْ خَلَتْ مِنْ قَبْلِهِمُ الْمَثُلَاتُ ۗ وَإِنَّ رَبَّكَ لَذُو مَغْفِرَةٍ لِلنَّاسِ عَلَىٰ ظُلْمِهِمْ ۖ وَإِنَّ رَبَّكَ لَشَدِيدُ الْعِقَابِ
Wa-yastaʿjilūnaka bi-s-sayyiʾati qabla l-ḥasanati wa-qad khalat min qablihimu l-mathulātu wa-inna rabbaka la-dhū maghfiratin li-n-nāsi ʿalā ẓulmihim wa-inna rabbaka la-shadīdu l-ʿiqāb Et ils te réclament de hâter (yastaʿjilūnaka) le mal (as-sayyiʾa) avant le bien (al-ḥasana), alors que les exemples de châtiment (al-mathulāt) sont déjà passés avant eux. Ton Rabb est certes détenteur d’un pardon (maghfira) pour les gens malgré leur ẓulm — et ton Rabb est certes sévère en rétribution (shadīdu l-ʿiqāb).
Notes lexicales
yastaʿjilūnaka bi-s-sayyiʾati qabla l-ḥasanati
même racine *ʿ-j-l* que la hâte de S10:11 (« si Allaah hâtait pour les hommes le mal comme ils hâtent le bien ») — ici, non plus une hypothèse posée par le texte sur la conduite d'Allaah, mais une demande directement adressée par les hommes eux-mêmes, réclamant le châtiment avant la faveur, par dérision.
al-mathulāt
racine *m-th-l* — pluriel rare, désignant les châtiments exemplaires déjà survenus, qui auraient dû servir d'avertissement ; à rapprocher, sans s'y substituer, du terme plus courant *mathal* (l'exemple, la parabole, S13:17, ce Bloc).
dhū maghfiratin li-n-nāsi ʿalā ẓulmihim
**Dit** : le texte pose ce pardon comme s'exerçant malgré (*ʿalā*) le ẓulm des gens, non comme une annulation de la sévérité qui referme le verset — les deux affirmations sont posées conjointement, sans que l'une n'efface l'autre.

S.13:7 · La demande d’un signe — tu n’es qu’un avertisseur

S.13:7
وَيَقُولُ الَّذِينَ كَفَرُوا لَوْلَا أُنْزِلَ عَلَيْهِ آيَةٌ مِنْ رَبِّهِ ۗ إِنَّمَا أَنْتَ مُنْذِرٌ ۖ وَلِكُلِّ قَوْمٍ هَادٍ
Wa-yaqūlu lladhīna kafarū lawlā unzila ʿalayhi āyatun min rabbihi innamā anta mundhirun wa-li-kulli qawmin hād Et ceux qui sont kāfirūn disent : « Que n’a-t-on fait descendre sur lui un signe (āya) de son Rabb ! » Tu n’es qu’un avertisseur (mundhir) — et à chaque peuple, un guide (hād).
Notes lexicales
innamā anta mundhirun
voir S2:119, S11:2 et *passim* : la particule restrictive *innamā* pose ici, comme ailleurs, une limite explicite au rôle du *nabī* — un avertisseur, non le dispensateur des signes que ses interlocuteurs réclament.
wa-li-kulli qawmin hād
racine *h-d-y*. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas l'identité de ce « guide » propre à chaque peuple (un *rasūl* envoyé, ou une guidance d'une autre nature) — ce Bloc ne tranche pas au-delà de l'affirmation elle-même.

La science exhaustive — al-Kabīr, al-Mutaʿāl · S13:8–9

S.13:8 · Ce que porte chaque femelle — ce que les matrices retranchent ou ajoutent

S.13:8
اللَّهُ يَعْلَمُ مَا تَحْمِلُ كُلُّ أُنْثَىٰ وَمَا تَغِيضُ الْأَرْحَامُ وَمَا تَزْدَادُ ۖ وَكُلُّ شَيْءٍ عِنْدَهُ بِمِقْدَارٍ
Allāhu yaʿlamu mā taḥmilu kullu unthā wa-mā taghīḍu l-arḥāmu wa-mā tazdādu wa-kullu shayʾin ʿindahu bi-miqdār Allaah sait ce que porte chaque femelle (unthā), ce que les matrices (al-arḥām) retranchent (taghīḍu) et ce qu’elles ajoutent (tazdādu) — et toute chose, auprès de Lui, est selon une mesure (bi-miqdār).
Notes lexicales
mā taghīḍu l-arḥāmu wa-mā tazdādu
*taghīḍu*, racine *gh-y-ḍ* : le retrait, la diminution d'un liquide qui se retire de son niveau — appliquée ici, par extension, à ce que la gestation retranche (une durée écourtée, une insuffisance). *Tazdādu*, racine *z-y-d* : l'ajout, l'accroissement — son opposé exact dans ce même verset. Les deux racines sont appliquées conjointement à la variation de la gestation.
bi-miqdār
même racine *q-d-r* que *taqdīr* (S6:96 : « la détermination précise ») et que *qadarū* (S6:91) — ici sous la forme nominale *miqdār*, la mesure elle-même. **Dit** : le texte referme ce verset sur un principe général (« toute chose, auprès de Lui, est selon une mesure »), dont l'exemple de la gestation qui précède n'est qu'une illustration.

S.13:9 · Ce qui connaît le ghayb et le témoignage — al-Kabīr, al-Mutaʿāl

Point de méthode — al-Mutaʿāl. Racine ʿ-l-w, la même que taʿālā (S6:100, S9:40 et passim, toujours rendu par le verbe « transcende » dans la formule subḥānahu wa-taʿālā) et que al-Aʿlā, conservé en arabe pour écarter toute connotation de lieu ou de hauteur spatiale à propos d’Allaah. Al-Mutaʿāl est ici un nom substantivé (forme VI, participe actif), non un verbe conjugué dans une formule de glorification comme taʿālā : le rendre par un adjectif français isolé (« le Transcendant ») risquerait, dans une position de nom accolé à al-Kabīr plutôt que dans la syntaxe verbale où « transcende » convient, de glisser vers une lecture qui réintroduirait, par l’usage courant du mot « transcendant » (au-delà, par-delà, plus loin/plus haut que), l’image même de lieu qu’il faut écarter. Faute d’un mot français à la fois fidèle au sens de la racine (le dépassement radical de toute mesure et de toute comparaison) et entièrement dénué de cette connotation dans un emploi nominal, ce Bloc conserve al-Mutaʿāl en translittération, au même titre que al-Kabīr qui le précède dans ce verset (voir aussi al-Qahhār, S12:39 et S13:16).

S.13:9
عَالِمُ الْغَيْبِ وَالشَّهَادَةِ الْكَبِيرُ الْمُتَعَالِ
ʿĀlimu l-ghaybi wa-sh-shahādati l-Kabīru l-Mutaʿāl Ce qui connaît le ghayb et le témoignage [ce qui est manifeste] (ash-shahāda) — al-Kabīr, al-Mutaʿāl.
Notes lexicales
ʿālimu l-ghaybi wa-sh-shahādati
*ghayb* : voir S6:59, S10:20 (ce qui échappe à la perception directe). *Shahāda*, racine *sh-h-d* : le témoignage, ce qui est directement constaté — ici en couple antithétique avec *ghayb*, désignant l'ensemble de ce qui est caché et de ce qui est manifeste.
al-Kabīr
racine *k-b-r* : la grandeur qui dépasse toute mesure comparable. Conservé en translittération, par cohérence avec *al-Mutaʿāl* qui le suit immédiatement dans ce même verset (voir le callout dédié ci-dessus).
al-Mutaʿāl
voir le callout dédié ci-dessus.

Égalité devant Lui, les muʿaqqibāt, le changement intérieur · S13:10–11

S.13:10 · Égal devant Lui — dissimuler ou déclarer, se cacher ou s’avancer

S.13:10
سَوَاءٌ مِنْكُمْ مَنْ أَسَرَّ الْقَوْلَ وَمَنْ جَهَرَ بِهِ وَمَنْ هُوَ مُسْتَخْفٍ بِاللَّيْلِ وَسَارِبٌ بِالنَّهَارِ
Sawāʾun minkum man asarra l-qawla wa-man jahara bihi wa-man huwa mustakhfin bi-l-layli wa-sāribun bi-n-nahār Il est égal (sawāʾ), parmi vous, que l’un dissimule sa parole ou la déclare ouvertement (jahara bihi), et que l’un se cache (mustakhfin) dans la nuit ou s’avance à découvert (sāribun) de jour.
Notes lexicales
sawāʾun
racine *s-w-y* (voir S5:100 : « *lā yastawi l-khabīthu wa-ṭ-ṭayyib* » ; S11:24) — ici pour poser une égalité de portée, non une comparaison de nature.
asarra l-qawla … jahara bihi
racine *s-r-r* (dissimuler intérieurement) et racine *j-h-r* (rendre manifeste, déclarer ouvertement) : un couple antithétique.
mustakhfin bi-l-layli wa-sāribun bi-n-nahār
racine *kh-f-y* (se dissimuler) et racine *s-r-b* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : couler, avancer librement, à découvert, sans se cacher.

S.13:11 · Les muʿaqqibāt — le changement qui commence par l’intérieur d’un peuple

Verset pivot — S13:11. Ce verset appelle deux précisions distinctes. Premièrement, les muʿaqqibāt : racine ʿ-q-b, ce qui vient après, en relais successif (le même sens de base que ʿāqiba, l’issue ou l’aboutissement d’une chose). Dit : le texte affirme que chaque personne a, devant elle et derrière elle, de tels relayeurs qui la préservent « de l’ordre d’Allaah » (min amri llāh) — une formule qui admet elle-même deux lectures : préserver par l’ordre d’Allaah (sur Son mandat), ou préserver de ce que l’ordre d’Allaah décrète (le décret lui-même, au sens d’un terme fixé qu’ils ne feraient que constater, non empêcher). Non-dit : ce seul verset ne nomme pas explicitement ces muʿaqqibāt comme des malāʾika — une identification que la tradition exégétique établit couramment, mais que ce Bloc n’importe pas comme une donnée du texte pris seul ; on peut rapprocher, sans les assimiler, une fonction de garde comparable exprimée par un terme distinct (ḥafaẓatan, S6:61). Deuxièmement, le principe du changement : « Allaah ne change rien de ce qui est chez un peuple jusqu’à ce qu’ils changent ce qui est en eux-mêmes (mā bi-anfusihim) » — ce principe, comme la clause qui referme le verset (« et quand Allaah veut du mal pour un peuple, nul ne peut le repousser »), relève de la question plus large de la mashīʾa/du qadar (voir S6:35/39, S8:17/23/24/53, S9:14/46/51, S10:88, S11:34/107–108/119).

S.13:11
لَهُ مُعَقِّبَاتٌ مِنْ بَيْنِ يَدَيْهِ وَمِنْ خَلْفِهِ يَحْفَظُونَهُ مِنْ أَمْرِ اللَّهِ ۗ إِنَّ اللَّهَ لَا يُغَيِّرُ مَا بِقَوْمٍ حَتَّىٰ يُغَيِّرُوا مَا بِأَنْفُسِهِمْ ۗ وَإِذَا أَرَادَ اللَّهُ بِقَوْمٍ سُوءًا فَلَا مَرَدَّ لَهُ ۚ وَمَا لَهُمْ مِنْ دُونِهِ مِنْ وَالٍ
Lahu muʿaqqibātun min bayni yadayhi wa-min khalfihi yaḥfaẓūnahu min amri llāhi inna llāha lā yughayyiru mā bi-qawmin ḥattā yughayyirū mā bi-anfusihim wa-idhā arāda llāhu bi-qawmin sūʾan fa-lā maradda lahu wa-mā lahum min dūnihi min wāl Chacun a des relayeurs (muʿaqqibāt) devant lui et derrière lui, qui le préservent selon l’ordre d’Allaah (min amri llāh). Allaah ne change rien de ce qui est chez un peuple jusqu’à ce qu’ils changent ce qui est en eux-mêmes (mā bi-anfusihim). Et quand Allaah veut du mal pour un peuple, nul ne peut le repousser (fa-lā maradda lahu) — et ils n’ont, en dehors de Lui, aucun protecteur (wāl).
Notes lexicales
muʿaqqibātun … min amri llāh
voir le callout dédié ci-dessus.
lā yughayyiru mā bi-qawmin ḥattā yughayyirū mā bi-anfusihim
racine *gh-y-r* : le changement, la substitution d'un état par un autre. **Dit** : le texte pose une condition explicite — le changement d'un peuple par Allaah suit, il ne précède pas, un changement que ce peuple opère lui-même en son for intérieur.
fa-lā maradda lahu … min wāl
*maradda*, racine *r-d-d* (voir S5:54, *yartadda* : le retour en arrière) — ici au sens de ce qui peut être repoussé, renvoyé. *Wāl*, racine *w-l-y*, même famille que *walī* et *awliyāʾ* — ici sous une forme active singulière, « protecteur ».

L’éclair, le tonnerre, la parabole de l’eau tendue · S13:12–14

S.13:12 · L’éclair entre crainte et espoir — les nuées lourdes

S.13:12
هُوَ الَّذِي يُرِيكُمُ الْبَرْقَ خَوْفًا وَطَمَعًا وَيُنْشِئُ السَّحَابَ الثِّقَالَ
Huwa lladhī yurīkumu l-barqa khawfan wa-ṭamaʿan wa-yunshiʾu s-saḥāba th-thiqāl Ce qui vous montre l’éclair (al-barq), suscitant crainte (khawf) et espoir (ṭamaʿ), et qui fait naître (yunshiʾu) les nuées lourdes (as-saḥāb ath-thiqāl).
Notes lexicales
al-barq
racine *b-r-q* : l'éclair.
khawfan wa-ṭamaʿan
*khawf* (la crainte) et *ṭamaʿ* (l'espoir tourné vers un bienfait attendu) — couple antithétique désignant l'ambivalence de l'éclair, signe à la fois de l'orage redouté et de la pluie espérée.
yunshiʾu s-saḥāba th-thiqāl
même racine *n-sh-ʾ* que *anshaʾakum* (S6:98 : faire naître, faire croître) — ici appliquée à la formation des nuées. *Thiqāl*, pluriel de *thaqīl* : ce qui est lourd, alourdi — ici par la charge d'eau qu'elles portent.

S.13:13 · Le tonnerre et les malāʾika glorifient par crainte de Lui — shadīdu l-miḥāl

Crux lexical, deux lectures nommées — shadīdu l-miḥāl. Racine m-h-l (ou, selon d’autres lexicographes, une racine à part, m-ḥ-l, distincte de m-h-l, le délai/répit). Les dictionnaires anciens rapportent, pour ce terme précis employé dans ce verset, deux sens attestés et concurrents. Première lecture : Ibn Manẓūr (Lisān al-ʿArab) et Ibn Fāris (Maqāyīs al-Lugha) donnent al-mihāl comme apparenté à al-kayd et al-makr — la manœuvre, le stratagème conduit avec une fermeté qui ne laisse aucune échappatoire (même registre que makr appliqué à Allaah en S3:54, comme réponse en miroir, non un affect). Seconde lecture, également rapportée par les mêmes lexicographes comme d’origine dialectale (himyarite) : al-mihāl au sens de al-quwwa, la force, la puissance d’exécution. Ce Bloc nomme les deux lectures sans en écarter aucune — ni l’une ni l’autre n’installe de connotation supplémentaire concernant Allaah.

S.13:13
وَيُسَبِّحُ الرَّعْدُ بِحَمْدِهِ وَالْمَلَائِكَةُ مِنْ خِيفَتِهِ وَيُرْسِلُ الصَّوَاعِقَ فَيُصِيبُ بِهَا مَنْ يَشَاءُ وَهُمْ يُجَادِلُونَ فِي اللَّهِ وَهُوَ شَدِيدُ الْمِحَالِ
Wa-yusabbiḥu r-raʿdu bi-ḥamdihi wa-l-malāʾikatu min khīfatihi wa-yursilu ṣ-ṣawāʿiqa fa-yuṣību bihā man yashāʾu wa-hum yujādilūna fi llāhi wa-huwa shadīdu l-miḥāl Et le tonnerre (ar-raʿd) glorifie par Sa louange (bi-ḥamdihi), ainsi que les malāʾika, par crainte de Lui (min khīfatihi). Il envoie les foudres (aṣ-ṣawāʿiq) et en frappe qui Il veut, alors qu’eux disputent au sujet d’Allaah — et Il est ferme dans Sa manœuvre (shadīdu l-miḥāl).
Notes lexicales
yusabbiḥu r-raʿdu bi-ḥamdihi
racine *r-ʿ-d* : le tonnerre, qui donne son nom traditionnel à cette sourate. *Yusabbiḥu*, même racine que *subḥānahu* (S6:100 et *passim*).
wa-l-malāʾikatu min khīfatihi
**Dit** : ce verset attribue la crainte (*khīfa*) aux *malāʾika*, non à Allaah — la crainte est le fait des créatures envers Allaah, non l'inverse.
aṣ-ṣawāʿiq
racine *ṣ-ʿ-q* : la foudre qui frappe et foudroie.
shadīdu l-miḥāl
voir le callout dédié ci-dessus.

S.13:14 · La parabole de celui qui tend ses mains vers l’eau sans l’atteindre

S.13:14
لَهُ دَعْوَةُ الْحَقِّ ۖ وَالَّذِينَ يَدْعُونَ مِنْ دُونِهِ لَا يَسْتَجِيبُونَ لَهُمْ بِشَيْءٍ إِلَّا كَبَاسِطِ كَفَّيْهِ إِلَى الْمَاءِ لِيَبْلُغَ فَاهُ وَمَا هُوَ بِبَالِغِهِ ۚ وَمَا دُعَاءُ الْكَافِرِينَ إِلَّا فِي ضَلَالٍ
Lahu daʿwatu l-ḥaqqi wa-lladhīna yadʿūna min dūnihi lā yastajībūna lahum bi-shayʾin illā ka-bāsiṭi kaffayhi ilā l-māʾi li-yablugha fāhu wa-mā huwa bi-bālighihi wa-mā duʿāʾu l-kāfirīna illā fī ḍalāl À Lui la véritable invocation (daʿwatu l-ḥaqq) — et ceux qu’ils invoquent en dehors de Lui ne leur répondent en rien, si ce n’est à la manière de celui qui tend ses deux paumes (bāsiṭu kaffayhi) vers l’eau pour qu’elle atteigne sa bouche, alors qu’elle ne l’atteindra jamais. Et l’invocation des kāfirūn n’est que dans l’égarement (ḍalāl).
Notes lexicales
daʿwatu l-ḥaqq
racine *d-ʿ-w* (l'appel, l'invocation) et *al-ḥaqq* (voir S13:1, ce Bloc) : l'invocation qui s'adresse à ce qui est réellement fondé — par contraste avec les invocations vaines qui suivent.
ka-bāsiṭi kaffayhi ilā l-māʾ
racine *b-s-ṭ*. Le sujet du geste est ici un humain quelconque, dans une image de vanité (tendre les mains vers l'eau sans jamais l'atteindre) : emploi purement narratif et parabolique. Pour la même racine dans un autre contexte, voir S5:64.

La prosternation universelle, l’appel à l’unicité, la parabole de l’écume · S13:15–18

S.13:15 · La prosternation universelle — jusqu’aux ombres

S.13:15
وَلِلَّهِ يَسْجُدُ مَنْ فِي السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ طَوْعًا وَكَرْهًا وَظِلَالُهُمْ بِالْغُدُوِّ وَالْآصَالِ ۩
Wa-li-llāhi yasjudu man fi s-samāwāti wa-l-arḍi ṭawʿan wa-karhan wa-ẓilāluhum bi-l-ghuduwwi wa-l-āṣāl Et c’est à Allaah que se prosterne (yasjudu) qui est dans les cieux et sur la terre, de gré ou de force (ṭawʿan wa-karhan), ainsi que leurs ombres (ẓilāl), au matin et au soir (bi-l-ghuduwwi wa-l-āṣāl).
Notes lexicales
ṭawʿan wa-karhan
même construction qu'en S3:83 (« *wa-lahu aslama man fi s-samāwāti wa-l-arḍi ṭawʿan wa-karhan* »), reprise ici pour la prosternation, comme S3:83 la posait pour la soumission (*islām*).
wa-ẓilāluhum bi-l-ghuduwwi wa-l-āṣāl
**Dit** : le texte étend la prosternation, image de soumission totale à l'ordre cosmique, jusqu'aux ombres elles-mêmes — un registre non volontaire, distinct de la prosternation rituelle et consciente. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas le mécanisme de cette « prosternation » des ombres au-delà de l'image posée ; ce Bloc ne l'assimile pas à un acte de conscience, mais à la soumission universelle d'un ordre physique observable (l'ombre suivant nécessairement le mouvement du soleil, sans résistance possible).

S.13:16 · L’aveugle et le voyant — les ténèbres et la lumière — al-Wāḥid, al-Qahhār

S.13:16
قُلْ مَنْ رَبُّ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ قُلِ اللَّهُ ۚ قُلْ أَفَاتَّخَذْتُمْ مِنْ دُونِهِ أَوْلِيَاءَ لَا يَمْلِكُونَ لِأَنْفُسِهِمْ نَفْعًا وَلَا ضَرًّا ۚ قُلْ هَلْ يَسْتَوِي الْأَعْمَىٰ وَالْبَصِيرُ أَمْ هَلْ تَسْتَوِي الظُّلُمَاتُ وَالنُّورُ ۗ أَمْ جَعَلُوا لِلَّهِ شُرَكَاءَ خَلَقُوا كَخَلْقِهِ فَتَشَابَهَ الْخَلْقُ عَلَيْهِمْ ۚ قُلِ اللَّهُ خَالِقُ كُلِّ شَيْءٍ وَهُوَ الْوَاحِدُ الْقَهَّارُ
Qul man rabbu s-samāwāti wa-l-arḍi quli llāhu qul afa-ttakhadhtum min dūnihi awliyāʾa lā yamlikūna li-anfusihim nafʿan wa-lā ḍarran qul hal yastawi l-aʿmā wa-l-baṣīru am hal tastawi ẓ-ẓulumātu wa-n-nūru am jaʿalū li-llāhi shurakāʾa khalaqū ka-khalqihi fa-tashābaha l-khalqu ʿalayhim quli llāhu khāliqu kulli shayʾin wa-huwa l-Wāḥidu l-Qahhār Dis : « Qui est le Rabb des cieux et de la terre ? » Dis : « Allaah. » Dis : « Avez-vous donc pris, en dehors de Lui, des awliyāʾ qui ne possèdent pour eux-mêmes ni profit (nafʿ) ni dommage (ḍarr) ? » Dis : « L’aveugle et le voyant sont-ils égaux (hal yastawī), ou les ténèbres (aẓ-ẓulumāt) et la lumière (an-nūr) sont-elles égales ? Ou ont-ils attribué à Allaah des associés (shurakāʾ) qui auraient créé comme Sa création, en sorte que la création leur serait apparue semblable (fa-tashābaha l-khalqu ʿalayhim) ? » Dis : « Allaah est le créateur (khāliq) de toute chose, et Il est al-Wāḥid, al-Qahhār. »
Notes lexicales
hal yastawi l-aʿmā wa-l-baṣīru … aẓ-ẓulumātu wa-n-nūru
même racine *s-w-y* que S13:10 (ce Bloc), S5:100 et S11:24 ; pour *ẓulumāt*/*nūr*, voir S6:1.
al-Wāḥid, al-Qahhār
même traitement qu'en S12:39 (voir le callout qui y est posé) : *al-Wāḥid* rendu par « l'Unique », *al-Qahhār* conservé en translittération.

S.13:17 · La parabole de l’eau et de l’écume — al-ḥaqq et al-bāṭil

S.13:17
أَنْزَلَ مِنَ السَّمَاءِ مَاءً فَسَالَتْ أَوْدِيَةٌ بِقَدَرِهَا فَاحْتَمَلَ السَّيْلُ زَبَدًا رَابِيًا ۚ وَمِمَّا يُوقِدُونَ عَلَيْهِ فِي النَّارِ ابْتِغَاءَ حِلْيَةٍ أَوْ مَتَاعٍ زَبَدٌ مِثْلُهُ ۚ كَذَٰلِكَ يَضْرِبُ اللَّهُ الْحَقَّ وَالْبَاطِلَ ۚ فَأَمَّا الزَّبَدُ فَيَذْهَبُ جُفَاءً ۖ وَأَمَّا مَا يَنْفَعُ النَّاسَ فَيَمْكُثُ فِي الْأَرْضِ ۚ كَذَٰلِكَ يَضْرِبُ اللَّهُ الْأَمْثَالَ
Anzala mina s-samāʾi māʾan fa-sālat awdiyatun bi-qadarihā fa-ḥtamala s-saylu zabadan rābiyan wa-mimmā yūqidūna ʿalayhi fi n-nāri btighāʾa ḥilyatin aw matāʿin zabadun mithluhu kadhālika yaḍribu llāhu l-ḥaqqa wa-l-bāṭila fa-ammā z-zabadu fa-yadhhabu jufāʾan wa-ammā mā yanfaʿu n-nāsa fa-yamkuthu fi l-arḍi kadhālika yaḍribu llāhu l-amthāl Il fait descendre du ciel une eau, et des vallées se mettent à couler selon leur mesure (bi-qadarihā) — le flot (as-sayl) charrie alors une écume (zabad) qui s’enfle (rābiyan). Et de ce que l’on chauffe au feu, en quête d’une parure (ḥilya) ou d’un objet utile (matāʿ), sort de même une écume semblable (zabadun mithluhu). C’est ainsi qu’Allaah frappe l’exemple (yaḍribu) du ḥaqq et du bāṭil : quant à l’écume, elle s’en va, rejetée (jufāʾan) ; quant à ce qui profite (yanfaʿu) aux gens, cela demeure (yamkuthu) sur la terre. C’est ainsi qu’Allaah frappe les exemples (al-amthāl).
Notes lexicales
zabad … rābiyan
racine *z-b-d* (l'écume, ce qui monte à la surface sans consistance propre) et racine *r-b-w* (croître, s'enfler — même racine que *ribā*, l'accroissement usuraire, dans un registre entièrement différent).
kadhālika yaḍribu llāhu l-ḥaqqa wa-l-bāṭila … al-amthāl
même idiome qu'en S2:26 (« *inna llāha lā yastaḥyī an yaḍriba mathalan* », « frapper » une parabole/un exemple) — repris ici pour opposer *al-ḥaqq* et *al-bāṭil* (ce dernier voir S7:118/139 : *al-mubṭilūn*).
jufāʾan … yamkuthu fi l-arḍ
racine *j-f-ʾ* (rejeter, écarter comme un déchet) et racine *m-k-th* (demeurer, séjourner durablement), en contraste direct l'une avec l'autre au sein de cette parabole.

S.13:18 · La meilleure part et le pire compte — Jahannam, misérable lit

S.13:18
لِلَّذِينَ اسْتَجَابُوا لِرَبِّهِمُ الْحُسْنَىٰ ۚ وَالَّذِينَ لَمْ يَسْتَجِيبُوا لَهُ لَوْ أَنَّ لَهُمْ مَا فِي الْأَرْضِ جَمِيعًا وَمِثْلَهُ مَعَهُ لَافْتَدَوْا بِهِ ۚ أُولَٰئِكَ لَهُمْ سُوءُ الْحِسَابِ وَمَأْوَاهُمْ جَهَنَّمُ ۖ وَبِئْسَ الْمِهَادُ
Li-lladhīna stajābū li-rabbihimu l-ḥusnā wa-lladhīna lam yastajībū lahu law anna lahum mā fi l-arḍi jamīʿan wa-mithlahu maʿahu la-ftadaw bihi ulāʾika lahum sūʾu l-ḥisābi wa-maʾwāhum jahannamu wa-biʾsa l-mihād Pour ceux qui ont répondu (istajābū) à leur Rabb, la meilleure part (al-ḥusnā) ; et ceux qui ne Lui ont pas répondu — s’ils possédaient tout ce qui est sur la terre, et autant encore avec, ils s’en rachèteraient (la-ftadaw bihi) — ceux-là auront le pire des comptes (sūʾu l-ḥisāb), et leur refuge (maʾwā) est Jahannam : combien est misérable ce lit d’accueil (al-mihād) !
Notes lexicales
al-ḥusnā
même terme qu'en S10:26 (« *li-lladhīna aḥsanū l-ḥusnā wa-ziyādah* », « la meilleure part, et un surcroît ») — ici sans le surcroît qui y était nommé, appliqué plus largement à quiconque répond à son Rabb.
maʾwāhum jahannam
formule récurrente (S3:162, S5:86, S10:8).
al-mihād
racine *m-h-d* : le lit préparé, la couche disposée pour accueillir — à distinguer de *al-mahd* (le berceau, autre forme de la même racine, non rencontrée ici).

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