Structure du Bloc II — clôture de la Sourate 13. Cinq ensembles. D’abord ceux dotés du minimum de raison (ulū l-albāb) : ils honorent le pacte d’Allaah, relient ce qu’Il a commandé de relier, endurent dans la seule quête de leur Rabb, et entrent dans les jannāt d’ʿAdn avec ceux des leurs qui ont agi dans la droiture (S13:19–24). Puis, en contraste net, ceux qui rompent ce même pacte et sèment le fasād (S13:25). Puis le rizq qu’Allaah étend ou resserre, la vie d’ici-bas comme simple objet de jouissance passagère, et l’apaisement des cœurs par le dhikr d’Allaah (S13:26–29). Puis l’envoi du nabī au sein d’une communauté déjà précédée d’autres, le défi rhétorique d’un Qurʾān qui déplacerait les montagnes, la moquerie déjà subie par les rusul d’avant lui, et le principe que la manœuvre (makr) appartient tout entière à Allaah (S13:30–34, où ce dernier point rejoint S13:42, ce Bloc). Enfin la parabole du jardin promis aux muttaqūn, ceux qui ont reçu le Kitāb et s’en réjouissent, l’envoi de rusul avant lui pourvus d’épouses et de descendance, Allaah qui efface et confirme auprès de la Mère du Livre, et la clôture de la sourate sur le témoignage suffisant d’Allaah et de qui détient la science du Kitāb (S13:35–43).

Avertissement de méthode — trois points appelant une vigilance particulière. (1) S13:31, wa-law anna qurʾānan : la condition posée par ce verset n’a pas de proposition principale explicitement formulée dans le texte — un phénomène grammatical connu (ḥadhf al-jawāb, l’ellipse de la réponse à une condition) que les grammairiens classiques résolvent de deux manières distinctes ; ce Bloc nomme les deux lectures sans en écarter aucune — voir le callout dédié à l’endroit du verset. (2) S13:39, yamḥū llāhu mā yashāʾu wa-yuthbitu : ce verset est cité nommément et traité en détail dans l’étude Le sens exact du naskh, qui établit que l’effacement et la confirmation qu’il pose relèvent d’Allaah seul, sans qu’aucun critère humain d’identification n’y soit donné. (3) S13:43, man ʿindahu ʿilmu l-kitāb : ce seul verset ne nomme aucune personne précise ; ce Bloc n’importe aucun nom ni récit de la tradition exégétique pour combler cette identité — voir le callout dédié.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.13:19 Celui qui sait que c’est al-Ḥaqq — seuls se remémorent les ulū l-albāb
S.13:20 Ceux qui honorent pleinement le pacte d’Allaah, ne rompent pas le mīthāq
S.13:21 Ceux qui relient ce qu’Allaah a commandé de relier — khashya et crainte du pire compte
S.13:22 Endurance en quête du Rabb, ṣalāt, dépense secrète et publique, repousser le mal par le bien
S.13:23 Les jannāt d’ʿAdn — entrée des ancêtres, épouses, descendants justes — les malāʾika par chaque porte
S.13:24 « Paix sur vous, pour ce que vous avez enduré »
S.13:25 Ceux qui rompent le pacte et sèment le fasād — la laʿna et le pire de la Demeure
S.13:26 Allaah étend ou resserre le rizq — la vie d’ici-bas n’est qu’un objet de jouissance
S.13:27 La demande d’un signe supplémentaire — Allaah égare qui Il veut, guide qui se tourne vers Lui
S.13:28 Les cœurs s’apaisent par le dhikr d’Allaah
S.13:29 Foi et œuvres droites — ṭūbā et un bon retour
S.13:30 L’envoi du nabī dans une communauté — le kufr envers ar-Raḥmān
S.13:31 Le Qurʾān qui déplacerait les montagnes — crux syntaxique — le mecr et la promesse tenue
S.13:32 La moquerie déjà subie par des rusul avant toi — le délai puis la saisie
S.13:33 Ce qui est en charge de chaque être — les shurakāʾ sommés d’être nommés — qui Allaah égare n’a pas de guide
S.13:34 Le châtiment d’ici-bas et le plus rude châtiment de l’Ākhira
S.13:35 La parabole du jardin promis aux muttaqūn — face au Feu des kāfirūn
S.13:36 Ceux qui ont reçu le Kitāb se réjouissent — les factions qui en renient une partie
S.13:37 Un jugement en langue arabe — ne pas suivre leurs penchants après la science
S.13:38 Des rusul avant toi, pourvus d’épouses et de descendance — à chaque terme son écrit
S.13:39 Allaah efface ce qu’Il veut et confirme — auprès de Lui, la Mère du Livre
S.13:40 Que tu voies une partie de ce qui leur est promis, ou que Nous te rappelions — à toi la balāgh
S.13:41 La terre réduite par ses extrémités — nul ne fait revenir Son jugement
S.13:42 La manœuvre des anciens — elle appartient tout entière à Allaah
S.13:43 Clôture — « tu n’es pas mursal » — Allaah suffit comme témoin, et qui détient la science du Kitāb

Les ulū l-albāb — ceux qui honorent le pacte, la jannātu ʿadn · S13:19–24

S.13:19 · Celui qui sait que c’est al-Ḥaqq — seuls se remémorent les ulū l-albāb

S.13:19
۞ أَفَمَنْ يَعْلَمُ أَنَّمَا أُنْزِلَ إِلَيْكَ مِنْ رَبِّكَ الْحَقُّ كَمَنْ هُوَ أَعْمَىٰ ۚ إِنَّمَا يَتَذَكَّرُ أُولُو الْأَلْبَابِ
Afa-man yaʿlamu annamā unzila ilayka min rabbika l-ḥaqqu ka-man huwa aʿmā innamā yatadhakkaru ulū l-albāb Celui qui sait que ce qui a été fait descendre vers toi, de la part de ton Rabb, est al-Ḥaqq, est-il comparable à celui qui est aveugle ? Seuls se remémorent (yatadhakkaru) ceux qui sont dotés du minimum de raison (ulū l-albāb).
Notes lexicales
ka-man huwa aʿmā
reprise du même couple rhétorique qu'en S13:16 (« l'aveugle et le voyant sont-ils égaux ? ») — ici appliqué non plus à Allaah et aux *shurakāʾ*, mais à celui qui reconnaît al-Ḥaqq et celui qui ne le reconnaît pas.
ulū l-albāb
voir S3:7 et l'étude Ulū l-albāb, qui cite nommément ce même verset (S13:19) parmi ses cinq arguments : *ulū l-albāb* ne désigne pas une élite intellectuelle, mais « ceux qui sont dotés du minimum de raison qu'un humain pourrait posséder pour entrer dans la catégorie des êtres humains » — le plancher de la raison commune à tout être humain, activé par ceux qui consentent à l'utiliser honnêtement, non son plafond réservé à quelques-uns.

S.13:20 · Ceux qui honorent pleinement le pacte d’Allaah, ne rompent pas le mīthāq

S.13:20
الَّذِينَ يُوفُونَ بِعَهْدِ اللَّهِ وَلَا يَنْقُضُونَ الْمِيثَاقَ
Alladhīna yūfūna bi-ʿahdi llāhi wa-lā yanquḍūna l-mīthāq [ce sont] ceux qui honorent pleinement (yūfūna) le pacte (ʿahd) d’Allaah, et ne rompent pas (lā yanquḍūna) l’engagement solennel (al-mīthāq).
Notes lexicales
yūfūna
racine *w-f-y* : accomplir intégralement un engagement, ne rien laisser en reste. Voir S2:40 (« respectez Mon pacte ») et S5:1 (« honorez pleinement les *ʿuqūd* ») : ce Bloc reprend la formule « honorer pleinement ».
al-mīthāq
racine *w-th-q* : l'engagement solennellement scellé (voir S2:27 et *passim*). Conservé en translittération, faute d'un seul mot français qui porte à la fois l'idée d'engagement et celle de scellement solennel.

S.13:21 · Ceux qui relient ce qu’Allaah a commandé de relier — khashya et crainte du pire compte

S.13:21
وَالَّذِينَ يَصِلُونَ مَا أَمَرَ اللَّهُ بِهِ أَنْ يُوصَلَ وَيَخْشَوْنَ رَبَّهُمْ وَيَخَافُونَ سُوءَ الْحِسَابِ
Wa-lladhīna yaṣilūna mā amara llāhu bihi an yūṣala wa-yakhshawna rabbahum wa-yakhāfūna sūʾa l-ḥisāb et ceux qui relient (yaṣilūna) ce qu’Allaah a commandé d’être relié (mā amara llāhu bihi an yūṣal), qui éprouvent la khashya envers leur Rabb, et redoutent (yakhāfūna) le pire des comptes (sūʾ al-ḥisāb).
Notes lexicales
yaṣilūna … an yūṣal
racine *w-ṣ-l* : relier, ne pas rompre un lien prescrit. L'image inverse, exacte, se trouve en S13:25 (ce Bloc) : ceux qui *rompent* (*yaqṭaʿūna*) ce même objet — formule qui apparaît aussi en S2:27 pour désigner les *khāsirūn*. Le texte ne restreint pas ici cet objet à la seule parenté (à distinguer de la *ṣilat ar-raḥim*, emploi plus spécifique de la même racine) : il s'agit plus largement de tout ce qu'Allaah a commandé de relier — pacte, engagement, lien social.
yakhshawna … yakhāfūna
deux racines distinctes (voir S2:74, S3:173, S4:75) : *khashya* (racine *kh-sh-y*), la crainte empreinte de reconnaissance envers ce que l'on sait puissant — conservée en translittération ; *khawf* (racine *kh-w-f*), la crainte au sens le plus général — rendue par « redouter ». Le texte emploie ici les deux racines dans la même phrase, en distinguant explicitement leur objet respectif : la khashya s'adresse au Rabb Lui-même, la crainte (*khawf*) porte sur le compte à venir.

S.13:22 · Endurance en quête du Rabb, ṣalāt, dépense secrète et publique, repousser le mal par le bien

Note de méthode — wajhi rabbihim. Voir S6:52 sur l’expression yurīdu/ibtighāʾ + wajh. La racine w-j-h possède, chez les lexicographes classiques (Ibn Fāris, Maqāyīs al-Lugha), un second sens tout aussi attesté que le visage concret : wajh ash-shayʾ, ce vers quoi une chose fait face, sa réalité la plus essentielle. Dans cet idiome constant, wajh Allaah/Rabb désigne une visée exclusivement tournée vers Allaah Lui-même, sans intérêt intermédiaire — non une image corporelle. Ce Bloc écarte donc « visage »/« face », toute caractéristique corporelle étant exclue à propos d’Allaah.

S.13:22
وَالَّذِينَ صَبَرُوا ابْتِغَاءَ وَجْهِ رَبِّهِمْ وَأَقَامُوا الصَّلَاةَ وَأَنْفَقُوا مِمَّا رَزَقْنَاهُمْ سِرًّا وَعَلَانِيَةً وَيَدْرَءُونَ بِالْحَسَنَةِ السَّيِّئَةَ أُولَٰئِكَ لَهُمْ عُقْبَى الدَّارِ
Wa-lladhīna ṣabarū btighāʾa wajhi rabbihim wa-aqāmū ṣ-ṣalāta wa-anfaqū mimmā razaqnāhum sirran wa-ʿalāniyatan wa-yadraʾūna bi-l-ḥasanati s-sayyiʾata ulāʾika lahum ʿuqbā d-dār et ceux qui ont enduré (ṣabarū) dans la seule quête de leur Rabb Lui-même (ibtighāʾa wajhi rabbihim), ont dressé la ṣalāt, dépensé de ce que Nous leur avons attribué (razaqnāhum) — secrètement et ouvertement — et repoussent le mal par le bien (yadraʾūna bi-l-ḥasanati s-sayyiʾah) : ceux-là ont pour eux l’issue de la Demeure (ʿuqbā d-dār).
Notes lexicales
wajhi rabbihim
voir le callout dédié ci-dessus.
yadraʾūna bi-l-ḥasanati s-sayyiʾah
racine *d-r-ʾ* : repousser, écarter par anticipation — le bien posé comme ce qui repousse activement le mal, non une simple compensation ultérieure.
ʿuqbā d-dār
racine *ʿ-q-b*, comme en S13:11 pour *muʿaqqibāt* (ce qui vient en relais, en aboutissement) — ici sous la forme nominale *ʿuqbā*, l'issue finale, ce à quoi la Demeure (*ad-dār*, l'Ākhira) aboutit pour chacun. Cette formule revient à plusieurs reprises dans ce Bloc (S13:22, 24, 25, 35, 42).

S.13:23 · Les jannāt d’ʿAdn — entrée des ancêtres, épouses, descendants justes — les malāʾika par chaque porte

S.13:23
جَنَّاتُ عَدْنٍ يَدْخُلُونَهَا وَمَنْ صَلَحَ مِنْ آبَائِهِمْ وَأَزْوَاجِهِمْ وَذُرِّيَّاتِهِمْ ۖ وَالْمَلَائِكَةُ يَدْخُلُونَ عَلَيْهِمْ مِنْ كُلِّ بَابٍ
Jannātu ʿadnin yadkhulūnahā wa-man ṣalaḥa min ābāʾihim wa-azwājihim wa-dhurriyyātihim wa-l-malāʾikatu yadkhulūna ʿalayhim min kulli bāb les jannāt d’ʿAdn (jannātu ʿadn), où ils entreront, ainsi que ceux qui, parmi leurs pères, leurs épouses et leurs descendances, auront agi dans la droiture (ṣalaḥa) — et les malāʾika entreront auprès d’eux par chaque porte (bāb).
Notes lexicales
jannātu ʿadn
*janna*/*jannāt* : voir S2:25 — lieu de végétation si dense qu'elle en couvre le sol ; le texte ne précise ni l'emplacement ni la nature exacte de ce qui est promis, un **non-dit** que ce Bloc conserve en gardant le terme en translittération. *ʿAdn*, racine *ʿ-d-n* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : *al-ʿadn*, la résidence stable et durable (même mouvement de racine que *maʿdin*, la mine, lieu où le métal réside en permanence). Conservé en translittération, faute d'un mot français à lui seul qui porte l'idée de résidence sans glisser vers *khālidūn*, qui désigne la durée elle-même.
man ṣalaḥa min ābāʾihim wa-azwājihim wa-dhurriyyātihim
**Dit** : le texte pose une condition explicite à cette réunion familiale — « ceux qui auront agi dans la droiture » (*ṣalaḥa*) parmi les ascendants, épouses et descendants ; ce n'est donc pas la parenté en elle-même qui ouvre l'accès, mais la droiture de chacun, la parenté n'intervenant que pour la réunion de ceux qui la remplissent.

S.13:24 · « Paix sur vous, pour ce que vous avez enduré »

S.13:24
سَلَامٌ عَلَيْكُمْ بِمَا صَبَرْتُمْ ۚ فَنِعْمَ عُقْبَى الدَّارِ
Salāmun ʿalaykum bimā ṣabartum fa-niʿma ʿuqbā d-dār « Paix (salām) sur vous, pour ce que vous avez enduré (ṣabartum) » — que l’issue de la Demeure est donc excellente !
Notes lexicales
salāmun ʿalaykum
racine *s-l-m* : l'idée générale de paix/intégrité préservée (voir S5:16, *subul as-salām*). Ici, formule d'accueil adressée aux gens de la janna, en écho direct à l'endurance (*ṣabartum*) nommée à S13:22 (ce Bloc).

La rupture du pacte et le fasād · S13:25

S.13:25 · Ceux qui rompent le pacte et sèment le fasād — la laʿna et le pire de la Demeure

Note de méthode — laʿna. La racine l-ʿ-n désigne l’éloignement, l’exclusion de la raḥma ; un mot français comme « malédiction » installe une connotation d’incantation ou de sort magique que la racine arabe ne porte pas nécessairement. Ce Bloc retient donc la translittération laʿna (voir aussi S2:89 et S2:161).

S.13:25
وَالَّذِينَ يَنْقُضُونَ عَهْدَ اللَّهِ مِنْ بَعْدِ مِيثَاقِهِ وَيَقْطَعُونَ مَا أَمَرَ اللَّهُ بِهِ أَنْ يُوصَلَ وَيُفْسِدُونَ فِي الْأَرْضِ ۙ أُولَٰئِكَ لَهُمُ اللَّعْنَةُ وَلَهُمْ سُوءُ الدَّارِ
Wa-lladhīna yanquḍūna ʿahda llāhi min baʿdi mīthāqihi wa-yaqṭaʿūna mā amara llāhu bihi an yūṣala wa-yufsidūna fi l-arḍi ulāʾika lahumu l-laʿnatu wa-lahum sūʾu d-dār Et ceux qui rompent le pacte d’Allaah après l’avoir solidement scellé (min baʿdi mīthāqihi), qui rompent (yaqṭaʿūna) ce qu’Allaah a commandé d’être relié, et qui sèment la corruption sur la terre (yufsidūna fi l-arḍ) — ceux-là ont pour eux la laʿna, et pour eux le pire de la Demeure (sūʾ ad-dār).
Notes lexicales
yanquḍūna ʿahda llāhi … yaqṭaʿūna … yufsidūna fi l-arḍ
presque mot pour mot comme en S2:27 (« ceux qui rompent le pacte d'Allaah après l'avoir solidement scellé, qui rompent ce qu'Allaah a ordonné de relier, et qui sèment la corruption sur la terre — ceux-là sont les *khāsirūn* ») — seule la conséquence énoncée diffère ici (*al-laʿna* et *sūʾ ad-dār*, plutôt que *al-khāsirūn*). Voir aussi l'étude Fasād et muṣliḥūn pour la racine *f-s-d*.
al-laʿna
voir le callout dédié ci-dessus.

Le rizq mesuré, l’apaisement des cœurs par le dhikr · S13:26–29

S.13:26 · Allaah étend ou resserre le rizq — la vie d’ici-bas n’est qu’un objet de jouissance

S.13:26
اللَّهُ يَبْسُطُ الرِّزْقَ لِمَنْ يَشَاءُ وَيَقْدِرُ ۚ وَفَرِحُوا بِالْحَيَاةِ الدُّنْيَا وَمَا الْحَيَاةُ الدُّنْيَا فِي الْآخِرَةِ إِلَّا مَتَاعٌ
Allāhu yabsuṭu r-rizqa li-man yashāʾu wa-yaqdiru wa-fariḥū bi-l-ḥayāti d-dunyā wa-mā l-ḥayātu d-dunyā fi l-ākhirati illā matāʿ Allaah étend (yabsuṭu) le rizq pour qui Il veut, ou Il le resserre (yaqdiru) — et ils se sont réjouis de la vie d’ici-bas (al-ḥayāt ad-dunyā), alors que la vie d’ici-bas, en regard de l’Ākhira, n’est qu’un objet de jouissance passagère (matāʿ).
Notes lexicales
yabsuṭu … yaqdiru
*yabsuṭu*, même racine *b-s-ṭ* que S13:14 (*bāsiṭu kaffayhi*) : un emploi figuré ordinaire, « étendre/accroître » le rizq. *Yaqdiru*, même racine *q-d-r* que *miqdār* (S13:8) : mesurer strictement, resserrer par une mesure déterminée — l'exact opposé de *yabsuṭu* dans ce même verset.
matāʿ
racine *m-t-ʿ* : l'objet de jouissance limitée dans le temps, par opposition à ce qui demeure.

S.13:27 · La demande d’un signe supplémentaire — Allaah égare qui Il veut, guide qui se tourne vers Lui

S.13:27
وَيَقُولُ الَّذِينَ كَفَرُوا لَوْلَا أُنْزِلَ عَلَيْهِ آيَةٌ مِنْ رَبِّهِ ۗ قُلْ إِنَّ اللَّهَ يُضِلُّ مَنْ يَشَاءُ وَيَهْدِي إِلَيْهِ مَنْ أَنَابَ
Wa-yaqūlu lladhīna kafarū lawlā unzila ʿalayhi āyatun min rabbihi qul inna llāha yuḍillu man yashāʾu wa-yahdī ilayhi man anāb Et ceux qui sont kāfirūn disent : « Que n’a-t-on fait descendre sur lui un signe (āya) de la part de son Rabb ! » Dis : « Allaah égare (yuḍillu) qui Il veut, et guide vers Lui quiconque s’est tourné en repentir (anāba). »
Notes lexicales
lawlā unzila ʿalayhi āyatun min rabbihi
quasi-répétition de la demande de S13:7, qui recevait alors la même réponse de principe (« tu n'es qu'un avertisseur ») ; ici la réponse porte plus loin, sur le *yuḍillu*/*yahdī* — question de la *mashīʾa*/*qadar* (voir S6/S8/S9/S10/S11).
anāba
racine *n-w-b* : revenir, se tourner à nouveau vers quelqu'un après s'en être écarté.

S.13:28 · Les cœurs s’apaisent par le dhikr d’Allaah

S.13:28
الَّذِينَ آمَنُوا وَتَطْمَئِنُّ قُلُوبُهُمْ بِذِكْرِ اللَّهِ ۗ أَلَا بِذِكْرِ اللَّهِ تَطْمَئِنُّ الْقُلُوبُ
Alladhīna āmanū wa-taṭmaʾinnu qulūbuhum bi-dhikri llāh alā bi-dhikri llāhi taṭmaʾinnu l-qulūb Ceux qui ont cru, et dont les cœurs s’apaisent (taṭmaʾinnu) par le dhikr d’Allaah — n’est-ce pas par le dhikr d’Allaah que les cœurs s’apaisent ?
Notes lexicales
taṭmaʾinnu
racine *ṭ-m-ʾ-n* : le repos, l'apaisement d'une agitation antérieure.
dhikri llāh
racine *dh-k-r* : le rappel, l'évocation qui ramène une chose à l'esprit — même racine que *yatadhakkaru* (S13:19, ce Bloc). Conservé en translittération, faute d'un mot français unique qui porte à la fois l'idée de mémoire active et celle d'évocation verbale.

S.13:29 · Foi et œuvres droites — ṭūbā et un bon retour

S.13:29
الَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ طُوبَىٰ لَهُمْ وَحُسْنُ مَآبٍ
Alladhīna āmanū wa-ʿamilū ṣ-ṣāliḥāti ṭūbā lahum wa-ḥusnu maʾāb Ceux qui ont cru et accompli les œuvres droites (ʿamilū ṣ-ṣāliḥāt) : à eux ṭūbā, et un bon retour (ḥusn maʾāb).
Notes lexicales
ṭūbā
racine *ṭ-y-b* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : le bon, l'agréable, ce qui est exempt de tout défaut. Forme substantivée rare, désignant un état de bien-être total. Conservé en translittération : aucun mot français à lui seul (« bonheur », « félicité ») ne porte l'ensemble de ce champ sans restriction indue.
ḥusnu maʾāb
racine *ʾ-w-b* : le retour. Même racine que *matāb* (S13:30, ce Bloc) — deux formes nominales voisines du même mouvement de racine.

L’envoi du nabī, le défi rhétorique du Qurʾān, le mecr et le double châtiment · S13:30–34

S.13:30 · L’envoi du nabī dans une communauté — le kufr envers ar-Raḥmān

S.13:30
كَذَٰلِكَ أَرْسَلْنَاكَ فِي أُمَّةٍ قَدْ خَلَتْ مِنْ قَبْلِهَا أُمَمٌ لِتَتْلُوَ عَلَيْهِمُ الَّذِي أَوْحَيْنَا إِلَيْكَ وَهُمْ يَكْفُرُونَ بِالرَّحْمَٰنِ ۚ قُلْ هُوَ رَبِّي لَا إِلَٰهَ إِلَّا هُوَ عَلَيْهِ تَوَكَّلْتُ وَإِلَيْهِ مَتَابِ
Kadhālika arsalnāka fī ummatin qad khalat min qablihā umamun li-tatluwa ʿalayhimu lladhī awḥaynā ilayka wa-hum yakfurūna bi-r-Raḥmāni qul huwa rabbī lā ilāha illā huwa ʿalayhi tawakkaltu wa-ilayhi matāb C’est ainsi que Nous t’avons envoyé au sein d’une communauté (umma) avant laquelle d’autres communautés sont déjà passées (khalat), pour que tu leur récites ce que Nous t’avons révélé (awḥaynā) — alors qu’ils commettent le kufr envers ar-Raḥmān. Dis : « Il est mon Rabb, nul ilāh que Lui : sur Lui je m’en remets (tawakkaltu), et vers Lui est mon retour (matāb). »
Notes lexicales
yakfurūna bi-r-Raḥmān
ar-Raḥmān conservé en translittération, comme les autres noms de cette famille (al-Kabīr, al-Mutaʿāl, S13:9 ; al-Wāḥid, al-Qahhār, S13:16).
tawakkaltu
voir S3:159 et *passim*.
matāb
variante nominale de *maʾāb* (S13:29, ce Bloc), même racine *ʾ-w-b*, le retour.

S.13:31 · Le Qurʾān qui déplacerait les montagnes — crux syntaxique — le mecr et la promesse tenue

Crux syntaxique, deux lectures nommées — l’ellipse de la réponse à la condition (wa-law anna qurʾānan…). Ce verset pose une condition (law) dont la proposition principale (jawāb, la réponse à la condition) n’est pas explicitement formulée dans le texte arabe lui-même — un phénomène grammatical attesté (ḥadhf al-jawāb) que les grammairiens classiques traitent, pour ce verset précis, de deux manières distinctes. Première lecture : le jawāb sous-entendu serait « ce serait ce Qurʾān-ci » — la phrase suivante (« bal li-llāhi l-amru jamīʿan ») venant alors immédiatement corriger cette hypothèse : même un tel Qurʾān ne changerait rien, car l’affaire entière appartient à Allaah, non à un quelconque pouvoir du texte lui-même sur la matière. Seconde lecture : « bal » introduit directement la réponse à la condition posée, sans qu’aucun jawāb distinct ne soit à suppléer — le sens porté serait alors : quel que soit le pouvoir qu’on imagine à un Qurʾān, la question du hidāya (la guidance) ne dépend jamais d’un tel prodige, mais de la seule volonté d’Allaah, explicitée par la phrase qui suit immédiatement (« n’ont-ils donc pas compris que si Allaah avait voulu… »). Ce Bloc retient la première lecture pour la traduction proposée, par cohérence avec la ponctuation waqf du muṣḥaf (une pause marquée après « l-mawtā »), mais signale la seconde comme lecture grammaticale concurremment possible — aucune des deux n’important de sens supplémentaire sur la nature d’Allaah.

S.13:31
وَلَوْ أَنَّ قُرْآنًا سُيِّرَتْ بِهِ الْجِبَالُ أَوْ قُطِّعَتْ بِهِ الْأَرْضُ أَوْ كُلِّمَ بِهِ الْمَوْتَىٰ ۗ بَلْ لِلَّهِ الْأَمْرُ جَمِيعًا ۗ أَفَلَمْ يَيْأَسِ الَّذِينَ آمَنُوا أَنْ لَوْ يَشَاءُ اللَّهُ لَهَدَى النَّاسَ جَمِيعًا ۗ وَلَا يَزَالُ الَّذِينَ كَفَرُوا تُصِيبُهُمْ بِمَا صَنَعُوا قَارِعَةٌ أَوْ تَحُلُّ قَرِيبًا مِنْ دَارِهِمْ حَتَّىٰ يَأْتِيَ وَعْدُ اللَّهِ ۚ إِنَّ اللَّهَ لَا يُخْلِفُ الْمِيعَادَ
Wa-law anna qurʾānan suyyirat bihi l-jibālu aw quṭṭiʿat bihi l-arḍu aw kullima bihi l-mawtā bal li-llāhi l-amru jamīʿan afa-lam yayʾasi lladhīna āmanū an law yashāʾu llāhu la-hadā n-nāsa jamīʿan wa-lā yazālu lladhīna kafarū tuṣībuhum bi-mā ṣanaʿū qāriʿatun aw taḥullu qarīban min dārihim ḥattā yaʾtiya waʿdu llāhi inna llāha lā yukhlifu l-mīʿād Et si un Qurʾān devait déplacer les montagnes (suyyirat bihi l-jibāl), ou fendre la terre (quṭṭiʿat bihi l-arḍ), ou faire parler les morts (kullima bihi l-mawtā) — [ce serait celui-ci] — mais l’affaire (al-amr) appartient tout entière à Allaah. Ceux qui ont cru n’ont-ils donc pas compris que si Allaah avait voulu, Il aurait guidé les gens tous ensemble ? Et ceux qui sont kāfirūn ne cessent d’être atteints, pour ce qu’ils ont fait, par un choc soudain (qāriʿa), ou [ce choc] s’abat près de leur demeure — jusqu’à ce que vienne la promesse d’Allaah (waʿdu llāh). Allaah ne manque jamais à Sa promesse (al-mīʿād).
Notes lexicales
wa-law anna qurʾānan … bal li-llāhi l-amru jamīʿan
voir le callout dédié ci-dessus.
qāriʿa
racine *q-r-ʿ* : un choc violent et soudain, ce qui frappe et heurte. Elle donne son nom à la sourate 101.
inna llāha lā yukhlifu l-mīʿād
mot pour mot comme en S3:9 : « Allaah ne manque jamais à Sa promesse ».

S.13:32 · La moquerie déjà subie par des rusul avant toi — le délai puis la saisie

S.13:32
وَلَقَدِ اسْتُهْزِئَ بِرُسُلٍ مِنْ قَبْلِكَ فَأَمْلَيْتُ لِلَّذِينَ كَفَرُوا ثُمَّ أَخَذْتُهُمْ ۖ فَكَيْفَ كَانَ عِقَابِ
Wa-la-qadi stuhziʾa bi-rusulin min qablika fa-amlaytu li-lladhīna kafarū thumma akhadhtuhum fa-kayfa kāna ʿiqāb Et certes on s’est moqué (stuhziʾa) de rusul avant toi — J’ai accordé un délai (amlaytu) à ceux qui sont kāfirūn, puis Je les ai saisis (akhadhtuhum) — et combien fut Ma rétribution (ʿiqāb) !
Notes lexicales
stuhziʾa bi-rusulin
forme passive, l'agent de la moquerie n'est pas nommé mais désigne des êtres humains moquant des rusul humains — à distinguer strictement de *sakhira*/*yastahziʾu* appliqué à Allaah Lui-même (S2:15, S9:79 : rétribution en miroir, non un affect prêté à Allaah). Aucune vigilance particulière n'est requise ici.
amlaytu
voir S3:178 (« le délai que Nous leur accordons n'est pas un bien pour eux-mêmes ») ; ici à la première personne du singulier (discours direct d'Allaah) plutôt qu'au pluriel de majesté.

S.13:33 · Ce qui est en charge de chaque être — les shurakāʾ sommés d’être nommés — qui Allaah égare n’a pas de guide

S.13:33
أَفَمَنْ هُوَ قَائِمٌ عَلَىٰ كُلِّ نَفْسٍ بِمَا كَسَبَتْ ۗ وَجَعَلُوا لِلَّهِ شُرَكَاءَ قُلْ سَمُّوهُمْ ۚ أَمْ تُنَبِّئُونَهُ بِمَا لَا يَعْلَمُ فِي الْأَرْضِ أَمْ بِظَاهِرٍ مِنَ الْقَوْلِ ۗ بَلْ زُيِّنَ لِلَّذِينَ كَفَرُوا مَكْرُهُمْ وَصُدُّوا عَنِ السَّبِيلِ ۗ وَمَنْ يُضْلِلِ اللَّهُ فَمَا لَهُ مِنْ هَادٍ
Afa-man huwa qāʾimun ʿalā kulli nafsin bi-mā kasabat wa-jaʿalū li-llāhi shurakāʾa qul sammūhum am tunabbiʾūnahu bi-mā lā yaʿlamu fi l-arḍi am bi-ẓāhirin mina l-qawli bal zuyyina li-lladhīna kafarū makruhum wa-ṣuddū ʿani s-sabīli wa-man yuḍlili llāhu fa-mā lahu min hād Ce qui est en charge (qāʾim ʿalā) de chaque être (nafs) selon ce qu’il a acquis (kasabat) — [serait-Il comparable à qui n’a aucun pouvoir] ? Or ils ont attribué à Allaah des associés (shurakāʾ). Dis : « Nommez-les ! Ou bien voulez-vous L’informer (tunabbiʾūnahu) de quelque chose qu’Il ne connaîtrait pas sur la terre — ou n’est-ce là qu’une parole en apparence (ẓāhir min al-qawl) ? » Bien au contraire, leur manœuvre (makr) a été parée à leurs yeux (zuyyina) pour ceux qui sont kāfirūn, et ils ont été détournés du chemin (aṣ-ṣabīl). Et quiconque Allaah égare n’a plus aucun guide (hād).
Notes lexicales
afa-man huwa qāʾimun ʿalā kulli nafsin … wa-jaʿalū li-llāhi shurakāʾa
*qāʾim ʿalā*, racine *q-w-m* : être en charge de, assurer la prise en charge d'une chose — idiome de responsabilité, sans image de lieu ni de position à propos d'Allaah. **Non-dit** : la structure elliptique de cette comparaison rhétorique (« Ce qui est en charge de chaque être, est-Il comparable à… ») ne nomme pas explicitement le second terme de la comparaison — ce Bloc le rend entre crochets, par cohérence avec le parallèle immédiat de la phrase suivante (les *shurakāʾ*, incapables du même *qiyām*), sans ajouter ce contenu au texte arabe lui-même.
tunabbiʾūnahu
racine *n-b-ʾ* : informer d'une nouvelle importante — même racine que *nabī* (le porteur d'une nouvelle). Ici, au sens ironique d'informer Allaah Lui-même de quelque chose qu'Il ignorerait.
zuyyina
forme passive (voir S2) : l'agent de la parure n'est pas nommé — non comblé par inférence dans ce Bloc non plus.
makruhum
même racine *m-k-r* que S13:42 (ce Bloc, où *al-makr* est attribué à Allaah Lui-même en miroir) — ici la manœuvre humaine des *kāfirūn* elle-même, avant sa réponse.

S.13:34 · Le châtiment d’ici-bas et le plus rude châtiment de l’Ākhira

S.13:34
لَهُمْ عَذَابٌ فِي الْحَيَاةِ الدُّنْيَا ۖ وَلَعَذَابُ الْآخِرَةِ أَشَقُّ ۖ وَمَا لَهُمْ مِنَ اللَّهِ مِنْ وَاقٍ
Lahum ʿadhābun fi l-ḥayāti d-dunyā wa-la-ʿadhābu l-ākhirati ashaqqu wa-mā lahum mina llāhi min wāq Pour eux un châtiment (ʿadhāb) dans la vie d’ici-bas — et le châtiment de l’Ākhira est certes plus rude (ashaqq) — et ils n’ont, contre Allaah, aucun protecteur (wāq).
Notes lexicales
wāq
racine *w-q-y*, même racine que *muttaqūn*/*taqwā* — ici sous une forme active singulière désignant celui qui protégerait, préserverait d'un mal. À rapprocher, sans s'y substituer, de *walī* (S13:37, ce Bloc).

La parabole du jardin promis, Umm al-Kitāb, la clôture de la sourate · S13:35–43

S.13:35 · La parabole du jardin promis aux muttaqūn — face au Feu des kāfirūn

S.13:35
۞ مَثَلُ الْجَنَّةِ الَّتِي وُعِدَ الْمُتَّقُونَ ۖ تَجْرِي مِنْ تَحْتِهَا الْأَنْهَارُ ۖ أُكُلُهَا دَائِمٌ وَظِلُّهَا ۚ تِلْكَ عُقْبَى الَّذِينَ اتَّقَوْا ۖ وَعُقْبَى الْكَافِرِينَ النَّارُ
Mathalu l-jannati llatī wuʿida l-muttaqūna tajrī min taḥtihā l-anhāru ukuluhā dāʾimun wa-ẓilluhā tilka ʿuqbā lladhīna ttaqaw wa-ʿuqbā l-kāfirīna n-nār L’exemple (mathal) de la janna promise aux muttaqūn : sous elle coulent les rivières, son goût (ukul) est permanent (dāʾim), ainsi que son ombre (ẓill) — telle est l’issue de ceux qui se sont prémunis (ittaqaw) ; et l’issue des kāfirūn est le Feu.
Notes lexicales
ukuluhā
même racine *ʾ-k-l* que *fi l-ukul* (S13:4) : le goût, la saveur du fruit.

S.13:36 · Ceux qui ont reçu le Kitāb se réjouissent — les factions qui en renient une partie

S.13:36
وَالَّذِينَ آتَيْنَاهُمُ الْكِتَابَ يَفْرَحُونَ بِمَا أُنْزِلَ إِلَيْكَ ۖ وَمِنَ الْأَحْزَابِ مَنْ يُنْكِرُ بَعْضَهُ ۚ قُلْ إِنَّمَا أُمِرْتُ أَنْ أَعْبُدَ اللَّهَ وَلَا أُشْرِكَ بِهِ ۚ إِلَيْهِ أَدْعُو وَإِلَيْهِ مَآبِ
Wa-lladhīna ātaynāhumu l-kitāba yafraḥūna bi-mā unzila ilayka wa-mina l-aḥzābi man yunkiru baʿḍahu qul innamā umirtu an aʿbuda llāha wa-lā ushrika bihi ilayhi adʿū wa-ilayhi maʾāb Et ceux à qui Nous avons donné le Kitāb se réjouissent (yafraḥūna) de ce qui a été fait descendre vers toi — mais, parmi les factions (al-aḥzāb), certains en renient (yunkiru) une partie. Dis : « Il m’est seulement ordonné d’adorer (aʿbuda) Allaah et de ne rien Lui associer (lā ushrika bihi) — c’est vers Lui que j’appelle (adʿū), et vers Lui est mon retour (maʾāb). »
Notes lexicales
al-aḥzāb
racine *ḥ-z-b* : un groupe uni par un intérêt ou une allégeance commune. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas l'identité de ces factions (parmi les *ahl al-kitāb* eux-mêmes, ou un groupe distinct) — ce Bloc ne tranche pas. Cette racine donne son nom à la sourate 33.

S.13:37 · Un jugement en langue arabe — ne pas suivre leurs penchants après la science

S.13:37
وَكَذَٰلِكَ أَنْزَلْنَاهُ حُكْمًا عَرَبِيًّا ۚ وَلَئِنِ اتَّبَعْتَ أَهْوَاءَهُمْ بَعْدَمَا جَاءَكَ مِنَ الْعِلْمِ مَا لَكَ مِنَ اللَّهِ مِنْ وَلِيٍّ وَلَا وَاقٍ
Wa-kadhālika anzalnāhu ḥukman ʿarabiyyan wa-la-ini ttabaʿta ahwāʾahum baʿdamā jāʾaka mina l-ʿilmi mā laka mina llāhi min waliyyin wa-lā wāq Et c’est ainsi que Nous l’avons fait descendre comme un jugement (ḥukm) en langue arabe — et si tu suivais leurs penchants (ahwāʾahum) après que la connaissance te soit venue, tu n’aurais, contre Allaah, ni walī ni protecteur (wāq).
Notes lexicales
ḥukman ʿarabiyyan
racine *ḥ-k-m* (voir *ini l-ḥukmu illā li-llāh*, S12:40/67) — ici sous la forme d'un jugement/une décision rendue, qualifiée d'« arabe » : la langue de la révélation elle-même, non une restriction de sa portée.
ahwāʾahum
voir S2:120/145, S5:48 : « leurs penchants », racine *h-w-y*, ce qui incline sans fondement de savoir.

S.13:38 · Des rusul avant toi, pourvus d’épouses et de descendance — à chaque terme son écrit

S.13:38
وَلَقَدْ أَرْسَلْنَا رُسُلًا مِنْ قَبْلِكَ وَجَعَلْنَا لَهُمْ أَزْوَاجًا وَذُرِّيَّةً ۚ وَمَا كَانَ لِرَسُولٍ أَنْ يَأْتِيَ بِآيَةٍ إِلَّا بِإِذْنِ اللَّهِ ۗ لِكُلِّ أَجَلٍ كِتَابٌ
Wa-la-qad arsalnā rusulan min qablika wa-jaʿalnā lahum azwājan wa-dhurriyyatan wa-mā kāna li-rasūlin an yaʾtiya bi-āyatin illā bi-idhni llāhi li-kulli ajalin kitāb Et Nous avons certes envoyé des rusul avant toi, et Nous leur avons donné des épouses (azwāj) et une descendance (dhurriyya) — et il n’appartenait à aucun rasūl d’apporter un signe (āya) si ce n’est avec la permission d’Allaah (bi-idhni llāh) : à chaque terme (ajal) son écrit (kitāb).
Notes lexicales
wa-jaʿalnā lahum azwājan wa-dhurriyyatan
**Dit** : le texte pose que les rusul antérieurs avaient des épouses et une descendance, êtres humains ordinaires par ailleurs — répondant directement à toute objection contre la nature humaine du nabī.
li-kulli ajalin kitāb
*ajal* : un terme fixé (voir S6:2, S10:11 et *passim*). **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas le contenu exact de cet « écrit » propre à chaque terme, à distinguer de la Mère du Livre (*umm al-kitāb*, S13:39, ce Bloc).

S.13:39 · Allaah efface ce qu’Il veut et confirme — auprès de Lui, la Mère du Livre

S.13:39
يَمْحُو اللَّهُ مَا يَشَاءُ وَيُثْبِتُ ۖ وَعِنْدَهُ أُمُّ الْكِتَابِ
Yamḥū llāhu mā yashāʾu wa-yuthbitu wa-ʿindahu ummu l-kitāb Allaah efface (yamḥū) ce qu’Il veut, et Il confirme (yuthbitu) — et auprès de Lui se trouve la Mère du Livre (umm al-kitāb).
Notes lexicales
yamḥū llāhu mā yashāʾu wa-yuthbitu
ce verset est cité nommément dans l'étude Le sens exact du naskh, qui établit que l'effacement et la confirmation qu'il pose relèvent d'Allaah seul, et que la doctrine classique prétendant identifier des *āyāt* précisément abrogées et abrogeantes ne trouve pas de fondement textuel univoque dans ce seul verset.
ummu l-kitāb
même expression qu'en S3:7 (« ils sont la mère du Livre » pour les *āyāt muḥkamāt*).

S.13:40 · Que tu voies une partie de ce qui leur est promis, ou que Nous te rappelions — à toi la balāgh

S.13:40
وَإِنْ مَا نُرِيَنَّكَ بَعْضَ الَّذِي نَعِدُهُمْ أَوْ نَتَوَفَّيَنَّكَ فَإِنَّمَا عَلَيْكَ الْبَلَاغُ وَعَلَيْنَا الْحِسَابُ
Wa-in mā nuriyannaka baʿḍa lladhī naʿiduhum aw natawaffayannaka fa-innamā ʿalayka l-balāghu wa-ʿalaynā l-ḥisāb Et soit Nous te montrons une partie de ce que Nous leur promettons [comme châtiment], soit Nous te rappelons à Nous (natawaffayannaka) — il ne t’incombe, dans tous les cas, que la transmission menée à son terme (al-balāgh) ; le compte (al-ḥisāb) Nous incombe.
Notes lexicales
al-balāgh
même terme qu'en S3:20 : « la transmission menée à son terme, sans obligation de résultat sur son accueil ».
natawaffayannaka
même racine *w-f-y* que *yūfūna* (S13:20, ce Bloc), mais à la forme V (*tawaffā*, reprendre entièrement, faire revenir en totalité) — emploi pour la mort (S4:97 et *passim*). **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas le moment exact de cet événement par rapport à ce qu'il annonce.

S.13:41 · La terre réduite par ses extrémités — nul ne fait revenir Son jugement

S.13:41
أَوَلَمْ يَرَوْا أَنَّا نَأْتِي الْأَرْضَ نَنْقُصُهَا مِنْ أَطْرَافِهَا ۚ وَاللَّهُ يَحْكُمُ لَا مُعَقِّبَ لِحُكْمِهِ ۚ وَهُوَ سَرِيعُ الْحِسَابِ
Awalam yaraw annā naʾti l-arḍa nanquṣuhā min aṭrāfihā wa-llāhu yaḥkumu lā muʿaqqiba li-ḥukmihi wa-huwa sarīʿu l-ḥisāb N’ont-ils donc pas vu que Nous venons à la terre, la réduisant (nanquṣuhā) par ses extrémités (aṭrāf) ? Allaah juge (yaḥkumu), et nul ne peut faire revenir Son jugement (lā muʿaqqiba li-ḥukmihi) — et Il est prompt en compte (sarīʿ al-ḥisāb).
Notes lexicales
lā muʿaqqiba li-ḥukmihi
même racine *ʿ-q-b* que *muʿaqqibāt* (S13:11) — cohérence intra-coranique directe : là, les « relayeurs » qui préservent chaque personne par l'ordre d'Allaah ; ici, l'absence de tout relayeur capable de faire revenir (défaire, retarder) Son propre jugement — le même mouvement de racine (ce qui vient à la suite, en aboutissement ou en retour) éclaire les deux emplois sans les confondre.
naʾtī l-arḍa nanquṣuhā min aṭrāfihā
**Non-dit** : ce seul verset ne précise pas l'identité exacte de cette réduction — une partie de la tradition exégétique y voit un recul territorial (la terre non soumise se réduisant progressivement), d'autres une image cosmologique plus générale — ce Bloc n'importe aucune des deux lectures comme une donnée du texte lui-même, qui pose seulement l'image d'un rétrécissement progressif venant des bords.

S.13:42 · La manœuvre des anciens — elle appartient tout entière à Allaah

S.13:42
وَقَدْ مَكَرَ الَّذِينَ مِنْ قَبْلِهِمْ فَلِلَّهِ الْمَكْرُ جَمِيعًا ۖ يَعْلَمُ مَا تَكْسِبُ كُلُّ نَفْسٍ ۗ وَسَيَعْلَمُ الْكُفَّارُ لِمَنْ عُقْبَى الدَّارِ
Wa-qad makara lladhīna min qablihim fa-li-llāhi l-makru jamīʿan yaʿlamu mā taksibu kullu nafsin wa-sa-yaʿlamu l-kuffāru li-man ʿuqbā d-dār Et certes, ceux d’avant eux ont usé de manœuvre (makara) — mais la manœuvre (al-makr) appartient tout entière à Allaah : Il sait ce que chaque être (nafs) acquiert — et les kuffār sauront bientôt à qui revient l’issue de la Demeure (ʿuqbā d-dār).
Notes lexicales
fa-li-llāhi l-makru jamīʿan
voir S3:54, S10:21, S12:76 : *makr* appliqué à Allaah comme réponse en miroir à la manœuvre humaine, non un affect ni une ruse au sens moral. Même racine que *makruhum* (S13:33, ce Bloc, pour la manœuvre humaine elle-même).

S.13:43 · Clôture — « tu n’es pas mursal » — Allaah suffit comme témoin, et qui détient la science du Kitāb

Point de prudence — man ʿindahu ʿilmu l-kitāb. Ce seul verset ne nomme aucune personne précise. Une partie de la tradition exégétique y voit une ou plusieurs figures individuelles (des personnes converties, connaissant les Écritures antérieures) attestant la véracité du message. Face à des identifications individuelles que le texte lui-même ne donne pas, ce Bloc n’importe ici aucun nom ni récit : le texte affirme seulement l’existence de « qui détient la science du Kitāb », sans en préciser l’identité.

S.13:43
وَيَقُولُ الَّذِينَ كَفَرُوا لَسْتَ مُرْسَلًا ۚ قُلْ كَفَىٰ بِاللَّهِ شَهِيدًا بَيْنِي وَبَيْنَكُمْ وَمَنْ عِنْدَهُ عِلْمُ الْكِتَابِ
Wa-yaqūlu lladhīna kafarū lasta mursalan qul kafā bi-llāhi shahīdan baynī wa-baynakum wa-man ʿindahu ʿilmu l-kitāb Et ceux qui sont kāfirūn disent : « Tu n’es pas mursal (envoyé). » Dis : « Allaah suffit comme shahīd (témoin) entre moi et vous — ainsi que quiconque détient la science du Kitāb (man ʿindahu ʿilmu l-kitāb). »
Notes lexicales
lasta mursalan
négation directe adressée au nabī par ses contradicteurs — racine *r-s-l*.
kafā bi-llāhi shahīdan
voir S4:79 et *passim* : « Allaah suffit comme shahīd ».
man ʿindahu ʿilmu l-kitāb
voir le callout dédié ci-dessus.

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