Structure du Bloc I — ouverture de la Sourate 14. Six ensembles. D’abord l’exorde — les lettres séparées Alif-Lām-Rāʾ, le Kitāb envoyé pour faire sortir les gens des ẓulumāt vers le nūr, Allaah à qui appartient ce qui est dans les cieux et sur la terre, et chaque rasūl envoyé dans la langue de son peuple (S14:1–4). Puis le récit de Mūsā — envoyé pour faire sortir son peuple des ẓulumāt vers le nūr, le rappel des jours d’Allaah, le niʿma de la délivrance de Firʿawn, la proclamation sur le shukr et le kufr, et la réponse de Mūsā à la menace du kufr collectif (S14:5–8). Puis le rappel des peuples anciens — Nūḥ, ʿĀd, Thamūd — et le dialogue entre leurs rusul et ceux qui commirent le kufr, sur le doute, la preuve demandée et le tawakkul (S14:9–12). Puis la menace d’exil, la révélation faite aux rusul, et la promesse d’installation sur la terre pour qui craint (S14:13–14). Puis la demande d’ouverture et le sort de tout tyran récalcitrant, détaillé dans le tourment qui le suit (S14:15–17). Enfin la parabole des œuvres des kāfirūn, semblables à une cendre emportée par le vent (S14:18).
Avertissement de méthode — trois points appelant une vigilance particulière. (1) S14:9, raddū aydiyahum fī afwāhihim : geste dont le sens précis est débattu par les lexicographes classiques — voir le callout dédié à l’endroit du verset. (2) S14:14, khāfa maqāmī : construction où le terme maqām (la station, le fait de se tenir debout) est grammaticalement rattaché à Allaah par le pronom possessif de la première personne (« Ma station ») — ce Bloc applique ici la prudence maximale pour tout terme susceptible d’installer une connotation de lieu à propos d’Allaah ; voir le callout dédié. (3) S14:15, wa-staftaḥū : l’identité du sujet grammatical de ce verbe (les rusul, ou un sujet plus large) n’est pas nommée explicitement par ce seul verset — voir le callout dédié.
Note de méthode — « Ce qui » pour Allaah. Pour Allaah, l’expression « Celui qui » est remplacée par « Ce qui » — un neutre absolu qu’en français seule la locution « ce qui »/« ce que » peut porter, un pronom comme « celui » désignant grammaticalement une personne. Ce Bloc l’applique dès S14:2 (Allāhi lladhī lahu → « Allaah, Ce qui possède »). Le pronom ordinaire « Il »/« Lui » reste employé normalement pour les verbes et les compléments dont Allaah est simplement sujet ou objet.
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.14:1 | Lettres séparées — le Kitāb pour faire sortir des ẓulumāt vers le nūr |
| S.14:2 | Allaah, Ce qui possède les cieux et la terre — malheur aux kāfirūn |
| S.14:3 | Ceux qui préfèrent la vie d’ici-bas — le sabīl rendu tortueux |
| S.14:4 | Chaque rasūl envoyé dans la langue de son peuple — égarer, guider |
| S.14:5 | Mūsā envoyé — faire sortir son peuple des ẓulumāt vers le nūr — les jours d’Allaah |
| S.14:6 | Le niʿma rappelé — la délivrance de la famille de Firʿawn |
| S.14:7 | La proclamation — si vous êtes reconnaissants, si vous êtes kāfirūn |
| S.14:8 | La réponse de Mūsā — Allaah, Ghaniyy, Ḥamīd |
| S.14:9 | Le récit des peuples anciens — Nūḥ, ʿĀd, Thamūd — le rejet des rusul |
| S.14:10 | La réponse des rusul — Fāṭir des cieux et de la terre — la demande d’une preuve |
| S.14:11 | Nous ne sommes que des humains — le tawakkul sur Allaah |
| S.14:12 | Pourquoi ne pas s’en remettre à Allaah — l’endurance promise |
| S.14:13 | La menace d’exil — la révélation faite aux rusul |
| S.14:14 | La promesse d’installation — la crainte de Ma station et de Ma menace |
| S.14:15 | La demande d’ouverture — tout tyran récalcitrant déçu |
| S.14:16 | Jahannam derrière lui — l’eau purulente |
| S.14:17 | Il l’avale sans pouvoir l’ingérer — la mort de partout sans mourir |
| S.14:18 | La parabole de la cendre emportée par le vent |
Exorde — le Kitāb, le rasūl, la langue des peuples · S14:1–4
S.14:1 · Lettres séparées — le Kitāb pour faire sortir des ẓulumāt vers le nūr
- Alif · Lām · Rāʾ
- lettres séparées (*ḥurūf muqaṭṭaʿāt*) — même combinaison qu'en S10:1, S11:1 et S12:1. Aucun sens n'est attribué à ces lettres.
- li-tukhrija n-nāsa mina ẓ-ẓulumāti ilā n-nūri
- même formule qu'en S2:257 et S5:16 : « faire sortir des ẓulumāt vers le nūr » — l'obscurité et la clarté conservées en translittération, comme couple de référence pour le passage de l'égarement à la guidance. **Dit** : ici, l'agent grammatical de cette sortie est le *nabī* lui-même (« pour que tu fasses sortir »), mais aussitôt borné par « avec la permission de leur Rabb » (*bi-idhni rabbihim*) — non une action autonome.
- bi-idhni rabbihim
- racine *ʾ-dh-n* : la permission, l'autorisation accordée. **Dit** : le texte pose explicitement cette permission comme condition de l'action même du *nabī* — non une capacité qui lui serait propre.
S.14:2 · Allaah, Ce qui possède les cieux et la terre — malheur aux kāfirūn
- Allāhi lladhī lahu mā fi s-samāwāti wa-mā fi l-arḍi
- voir la note de méthode en tête de ce Bloc sur « Ce qui » substitué à « Celui qui » pour Allaah. **Cohérence syntaxique** : ce verset prolonge, en apposition, le chemin d'al-ʿAzīz al-Ḥamīd nommé à la fin de S14:1 — Allaah y est identifié comme Ce qui possède ce qui est dans les cieux et sur la terre, formule déjà rencontrée en S6:12.
- waylun
- racine *w-y-l* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : cri de détresse, appel au malheur ; formule d'avertissement figée que l'on rencontre abondamment dans le Coran.
S.14:3 · Ceux qui préfèrent la vie d’ici-bas — le sabīl rendu tortueux
- yastaḥibbūna
- forme X de la racine *ḥ-b-b*, ici au sens de « préférer », « donner sa préférence à » — construction distincte de *yuḥibbu*/*aḥabba* (rendu par « honorer » lorsqu'Allaah en est le sujet ou l'objet). Ici, le sujet est humain et l'objet est « la vie d'ici-bas » : un emploi ordinaire de la racine, traduit par « préférer ».
- yabghūnahā ʿiwajan
- racine *ʿ-w-j* : la tortuosité, la déviation d'une ligne droite. **Dit** : le texte distingue deux actes distincts — détourner autrui du sabīl, et chercher activement à le rendre lui-même tortueux (non simplement s'en écarter).
S.14:4 · Chaque rasūl envoyé dans la langue de son peuple — égarer, guider
- bi-lisāni qawmihi li-yubayyina lahum
- racine *b-y-n* : rendre clair, distinct. **Dit** : le texte pose la langue du peuple comme condition de la clarté même de l'exposé (*bayān*) — non comme un choix accessoire.
- fa-yuḍillu llāhu man yashāʾu wa-yahdī man yashāʾu
- formule présente à plusieurs reprises (S6:35, S8:17, S10:88, S11:34, S13:11) : elle relève de la famille plus large de la *mashīʾa* et du *qadar*, dont le sens n'est pas tranché ici.
- al-ʿazīz al-ḥakīm
- couple de noms fréquent dans le Coran, conservé en translittération.
Le récit de Mūsā — niʿma, shukr, kufr · S14:5–8
S.14:5 · Mūsā envoyé — faire sortir son peuple des ẓulumāt vers le nūr — les jours d’Allaah
- an akhrij qawmaka mina ẓ-ẓulumāti ilā n-nūri
- même formule qu'en S14:1 — voir la note lexicale qui y est posée.
- bi-ayyāmi llāh
- racine *y-w-m*. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas le contenu exact de ces « jours d'Allaah » — le verset suivant (S14:6) en donne un exemple concret (la délivrance de Firʿawn), sans que l'expression elle-même ne se limite nécessairement à ce seul épisode.
- li-kulli ṣabbārin shakūr
- racine *ṣ-b-r* (l'endurance constante, la forme intensive *ṣabbār* insistant sur la répétition) et racine *sh-k-r* (la gratitude pour un bienfait reçu, à distinguer du *ḥamd* : voir S1:2).
S.14:6 · Le niʿma rappelé — la délivrance de la famille de Firʿawn
- yasūmūnakum sūʾa l-ʿadhābi … yudhabbiḥūna abnāʾakum wa-yastaḥyūna nisāʾakum … balāʾun min rabbikum ʿaẓīm
- formule presque mot pour mot identique à S2:49 — reprise ici par Mūsā lui-même, en discours direct rapporté au peuple.
- niʿmata llāh
- racine *n-ʿ-m* : le bienfait accordé (voir aussi S5 et *passim*).
S.14:7 · La proclamation — si vous êtes reconnaissants, si vous êtes kāfirūn
- taʾadhdhana rabbukum
- racine *ʾ-dh-n*, forme V — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : proclamer, faire savoir avec une fermeté qui ne laisse place à aucun doute — registre plus solennel que le simple *qāla* (dire).
- la-in shakartum la-azīdannakum
- **Dit** : le texte pose ici une relation conditionnelle explicite entre la gratitude (*shukr*) et un accroissement (*ziyāda*) — le contenu précis de cet accroissement n'est pas spécifié par ce seul verset (**non-dit**).
S.14:8 · La réponse de Mūsā — Allaah, Ghaniyy, Ḥamīd
- Ghaniyy, Ḥamīd
- même couple qu'en S2:263 et S4:131 : *Ghaniyy* (racine *gh-n-y*, ce qui se suffit à soi-même, sans besoin) et *Ḥamīd* (racine *ḥ-m-d*, ce à quoi revient toute louange méritée) — conservés en translittération, dans le registre de « ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah ».
Les peuples anciens, le dialogue des rusul avec les kāfirūn · S14:9–12
S.14:9 · Le récit des peuples anciens — Nūḥ, ʿĀd, Thamūd — le rejet des rusul
Crux lexical, deux lectures nommées — raddū aydiyahum fī afwāhihim. Le geste rapporté par ce verset (« ils replièrent leurs mains dans leurs bouches ») admet, chez les lexicographes classiques, deux lectures distinctes. Première lecture : un geste de rage rentrée ou de dépit, l’image de qui mord ses propres doigts de colère ou de dépit contenu devant un propos qu’il rejette. Seconde lecture, également rapportée par Ibn Manẓūr (Lisān al-ʿArab) : un geste signifiant l’ordre fait aux rusul de se taire — la main portée à la bouche d’autrui (ou, par transposition, à la sienne propre en signe de récusation) pour leur intimer le silence. Ce Bloc nomme les deux lectures sans en écarter aucune ; aucune des deux n’installe de connotation supplémentaire au-delà du rejet déjà exprimé par la suite du verset (« nous rejetons… nous sommes dans un doute troublant »).
- nabaʾu lladhīna min qablikum
- racine *n-b-ʾ* : le récit, la nouvelle importante (voir aussi S5:27).
- wa-lladhīna min baʿdihim lā yaʿlamuhum illā llāh
- **Dit** : le texte affirme explicitement une limite à la connaissance humaine de ces générations intermédiaires — seul Allaah les connaît. **Non-dit** : aucune identité ni aucun nombre n'est donné.
- fa-raddū aydiyahum fī afwāhihim
- voir le callout dédié ci-dessus.
S.14:10 · La réponse des rusul — Fāṭir des cieux et de la terre — la demande d’une preuve
- Fāṭir
- même rendu qu'en S6:14 et S12:101 : « Ce qui a fait éclore » — racine *f-ṭ-r*, fendre, ouvrir en scindant.
- li-yaghfira lakum min dhunūbikum
- **Point de méthode** : la préposition partitive *min* (« une part de vos fautes ») restreint ici la portée exacte de ce qui est annoncé — non l'effacement absolu de toute faute passée, mais un pardon dont ce seul verset ne précise pas l'étendue complète (**non-dit** sur ce qui resterait, le cas échéant, hors de ce pardon).
- ajalin musamman
- même construction qu'en S6:2, S10:11 et S13:2 : un terme fixé et nommé.
S.14:11 · Nous ne sommes que des humains — le tawakkul sur Allaah
- yamunnu ʿalā man yashāʾu min ʿibādihi
- même rendu qu'en S6:53 (« *manna llāhu ʿalayhim* », « favoriser »).
- wa-ʿalā llāhi fa-l-yatawakkali l-muʾminūn
- formule identique à S3:122 et S3:160 (« c'est sur Allaah que les muʾminūn doivent s'en remettre »), ici dans la bouche des rusul eux-mêmes.
S.14:12 · Pourquoi ne pas s’en remettre à Allaah — l’endurance promise
- wa-qad hadānā subulanā
- **Dit** : les rusul rattachent explicitement leur confiance (*tawakkul*) à une guidance déjà reçue — non à une espérance sans fondement.
- mā ādhaytumūnā
- racine *ʾ-dh-y* : le tort, la nuisance infligée.
L’exil menacé, la révélation, la promesse · S14:13–14
S.14:13 · La menace d’exil — la révélation faite aux rusul
- millatinā
- racine *m-l-l* : la *milla*, la voie de conduite suivie collectivement — terme distinct de *dīn*.
- fa-awḥā ilayhim rabbuhum
- racine *w-ḥ-y* : faire parvenir une communication de façon directe et non ambiguë (voir l'étude Le nabī et la législation). **Point de méthode** : ce verset applique le *waḥy* aux *rusul* eux-mêmes, dans un contexte de réconfort et d'annonce d'un secours, non de législation — usage distinct mais non contradictoire de la définition générale.
S.14:14 · La promesse d’installation — la crainte de Ma station et de Ma menace
Point de méthode, prudence maximale — khāfa maqāmī. Le terme maqām (racine q-w-m, la station, le fait de se tenir debout) est ici grammaticalement rattaché à Allaah par le pronom possessif de la première personne (« maqāmī », littéralement « Ma station »). Un précédent verbal analogue existe ailleurs dans le Coran sous la forme khāfa maqāma rabbihi (« craindre la station de son Rabb »), où la construction se comprend non comme un lieu qu’Allaah occuperait, mais comme le fait, pour l’humain, de se tenir devant Allaah au moment du jugement — c’est-à-dire la comparution, la reddition de compte, plutôt qu’une position spatiale d’Allaah Lui-même. Faute d’un mot français à un seul terme qui rende à la fois le sens de comparution et écarte entièrement l’image d’un lieu tenu par Allaah, ce Bloc conserve maqāmī en translittération dans la traduction elle-même, glosé par « Ma station », et signale ici explicitement que le texte ne décrit pas un lieu occupé par Allaah, mais l’acte de se tenir devant Lui en rendant compte.
- maqāmī
- voir le callout dédié ci-dessus.
- waʿīd
- racine *w-ʿ-d* : l'annonce menaçante, distincte de *waʿd* (la promesse favorable) par le sens précis du terme, non par une racine différente.
La demande d’ouverture et le sort du tyran · S14:15–17
S.14:15 · La demande d’ouverture — tout tyran récalcitrant déçu
Point de méthode — l’identité du sujet de wa-staftaḥū. Ce seul verset ne nomme pas explicitement qui « demande l’ouverture » (istaftaḥa, racine f-t-ḥ : solliciter une décision, une victoire ou une issue). La continuité syntaxique la plus immédiate rattache ce verbe aux rusul du passage qui précède (S14:13–14), sollicitant l’issue promise par leur Rabb ; la même racine en S2:89 (yastaftiḥūna, « demander l’ouverture ») laisse également le contenu exact de la demande non-dit. Ce Bloc retient la lecture la plus continue avec le contexte immédiat (les rusul) sans exclure catégoriquement une lecture plus large.
- wa-staftaḥū
- voir le callout dédié ci-dessus ; même racine qu'en S2:89.
- jabbārin ʿanīd
- *jabbār* : même rendu qu'en S5:22 (« qui domine par la contrainte », racine *j-b-r*). *ʿAnīd*, racine *ʿ-n-d* : ce qui s'oppose obstinément, refuse de se ranger malgré l'évidence.
S.14:16 · Jahannam derrière lui — l’eau purulente
- ṣadīd
- racine *ṣ-d-d* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : l'écoulement mêlé de pus et de sang issu d'une plaie. Aucun mot français à un seul terme ne portant cette image précise, ce Bloc la rend par le groupe « eau purulente », glosé en translittération.
S.14:17 · Il l’avale sans pouvoir l’ingérer — la mort de partout sans mourir
- yatajarraʿuhu … yusīghuhu
- racine *j-r-ʿ* (avaler par petites gorgées, à contrecœur) et racine *s-w-gh* (faire passer aisément un liquide dans la gorge), combinées ici pour une image d'ingestion forcée et impossible.
- yaʾtīhi l-mawtu min kulli makānin wa-mā huwa bi-mayyit
- **Dit** : le texte pose explicitement cette tension — la mort qui vient de toutes parts sans jamais advenir — sans en préciser le mécanisme au-delà de cette affirmation elle-même.
La parabole de la cendre · S14:18
S.14:18 · La parabole de la cendre emportée par le vent
- mathal
- racine *m-th-l* : l'exemple, la parabole — rencontrée sous la forme dérivée *al-mathulāt* en S13:6 ; ici sous sa forme la plus courante, ouvrant une comparaison développée sur tout le verset.
- ramād … ishtaddat bihi r-rīḥu fī yawmin ʿāṣif
- racine *r-m-d* (la cendre) et racine *ʿ-ṣ-f* (la tempête, le vent violent). **Dit** : l'image pose une double fragilité — la cendre elle-même déjà sans consistance, et le vent qui en disperse jusqu'au dernier reste, ne laissant rien à retenir.
- lā yaqdirūna mimmā kasabū ʿalā shayʾin
- racine *q-d-r*, ici au sens de la capacité, du pouvoir de disposer d'une chose — distincte de *qadar* (la mesure, le décret), autre nuance de la même racine (voir S13:8).