Structure du Bloc II, dernier Bloc de la Sourate 14. Cinq ensembles. D’abord la création rappelée, le rassemblement devant Allaah et le discours de désaveu du shayṭān (S14:19–23). Puis la parabole jumelle de la bonne parole — l’arbre bon à la racine ferme — et de la mauvaise parole — l’arbre mauvais sans stabilité (S14:24–27). Puis ceux qui ont substitué le niʿma d’Allaah par le kufr, l’appel lancé aux croyants sur la ṣalāt et la dépense, et le rappel de la création, du rizq et du taskhīr (S14:28–34). Puis l’invocation d’Ibrāhīm pour La Mecque, pour sa descendance installée près de la Maison, et pour les siens (S14:35–41). Enfin l’avertissement final — le jour où les regards se figent, la manœuvre des ẓālimūn mise en regard de la promesse d’Allaah à Ses rusul, le jour où la terre sera changée — et la clôture de la sourate sur une communication pour les gens (S14:42–52).

Avertissement de méthode — quatre points appelant une vigilance particulière. (1) S14:41, wa-li-wālidayya : l’invocation d’Ibrāhīm pour le pardon de « ses deux parents » — ce Bloc renvoie à l’étude Rapports aux parents, qui cartographie l’ensemble de l’architecture coranique concernant Ibrāhīm et son père, plutôt que de trancher ici une question qui excéderait ce que ce seul verset affirme ; voir le callout dédié à l’endroit du verset. (2) S14:46, wa-in kāna makruhum : crux syntaxique sur la particule in — deux lectures grammaticales nommées, sans trancher ; voir le callout dédié. (3) S14:48, al-Wāḥid al-Qahhār : même traitement que pour al-Qahhār en S12:39 et S13:16 — translittération conservée. (4) S14:43, wa-afʾidatuhum hawāʾ : image du cœur « comme de l’air » — crux lexical sur la portée exacte de la métaphore ; voir le callout dédié.

Note de méthode — « Ce qui » pour Allaah. Pour Allaah, l’expression « Celui qui » est remplacée par « Ce qui » — un neutre absolu qu’en français seule la locution « ce qui »/« ce que » peut porter, un pronom comme « celui » désignant grammaticalement une personne. Ce Bloc l’applique dès S14:32 (Allāhu lladhī khalaqa → « Allaah, Ce qui a créé »). Le pronom ordinaire « Il »/« Lui » reste employé normalement pour les verbes et les compléments dont Allaah est simplement sujet ou objet.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.14:19 La création des cieux et de la terre avec le ḥaqq — le pouvoir de substitution
S.14:20 Cela n’est pas ardu pour Allaah
S.14:21 Le rassemblement — les faibles et ceux qui se sont enflés d’orgueil
S.14:22 Le discours de désaveu du shayṭān
S.14:23 Les croyants dans les jardins — la salutation « Salām »
S.14:24 La parabole de la bonne parole — l’arbre à la racine ferme
S.14:25 Son fruit à tout moment, avec la permission de son Rabb
S.14:26 La parabole de la mauvaise parole — l’arbre sans stabilité
S.14:27 Allaah affermit les croyants par la parole ferme
S.14:28 Ceux qui ont substitué le niʿma d’Allaah par le kufr
S.14:29 Jahannam — quelle détestable stabilité
S.14:30 Les andād assignés à Allaah — jouissance brève
S.14:31 L’appel aux croyants — ṣalāt et dépense avant le jour sans négoce ni khilāl
S.14:32 Allaah, Ce qui a créé — le rizq, les vaisseaux et les fleuves assujettis
S.14:33 Le soleil et la lune assujettis, la nuit et le jour
S.14:34 Le niʿma qu’on ne saurait dénombrer — l’humain injuste et ingrat
S.14:35 L’invocation d’Ibrāhīm — sécurité pour le balad, éloignement des idoles
S.14:36 Les idoles ont égaré beaucoup de gens — qui me suit, qui me désobéit
S.14:37 La descendance installée près de la Maison interdite
S.14:38 Rien n’échappe à Allaah, ni sur terre ni dans le ciel
S.14:39 Louange pour Ismāʿīl et Isḥāq donnés dans la vieillesse
S.14:40 La demande d’établir la ṣalāt, pour lui et sa descendance
S.14:41 La demande de pardon — pour lui, ses parents et les croyants
S.14:42 Allaah n’est pas dans l’inattention de ce que font les ẓālimūn
S.14:43 Le jour du regard figé — les cœurs comme de l’air
S.14:44 La demande de délai des ẓālimūn — le serment antérieur rappelé
S.14:45 Les demeures de ceux qui se sont fait tort à eux-mêmes
S.14:46 Leur manœuvre — le crux de « in kāna »
S.14:47 Allaah ne manque pas à Sa promesse envers Ses rusul
S.14:48 Le jour où la terre sera changée — comparution devant al-Wāḥid al-Qahhār
S.14:49 Les mujrimūn enchaînés
S.14:50 Vêtements de goudron, visages recouverts par le Feu
S.14:51 La rétribution selon ce que chaque âme a acquis
S.14:52 Clôture — une communication pour les gens, un ilāh unique

La création, le rassemblement et le discours de désaveu du shayṭān · S14:19–23

S.14:19 · La création des cieux et de la terre avec le ḥaqq — le pouvoir de substitution

S.14:19
أَلَمْ تَرَ أَنَّ اللَّهَ خَلَقَ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضَ بِالْحَقِّ ۚ إِنْ يَشَأْ يُذْهِبْكُمْ وَيَأْتِ بِخَلْقٍ جَدِيدٍ
A-lam tara anna llāha khalaqa s-samāwāti wa-l-arḍa bi-l-ḥaqqi in yashaʾ yudhhibkum wa-yaʾti bi-khalqin jadīd N’as-tu pas vu qu’Allaah a créé les cieux et la terre avec le ḥaqq ? S’Il veut, Il vous fait disparaître (yudhhibkum) et fait venir une création nouvelle (khalqin jadīd).
Notes lexicales
bi-l-ḥaqqi
racine *ḥ-q-q* : ce qui est fixé, établi, ce qui ne peut être ébranlé — conservé en translittération (voir S2:119, S3:108). La création des cieux et de la terre est ici qualifiée de ce même *ḥaqq* — non un acte arbitraire ou vain.
in yashaʾ yudhhibkum wa-yaʾti bi-khalqin jadīd
même structure conditionnelle qu'en S4:133 (« *in yashaʾ yudhhibkum ayyuhā n-nāsu wa-yaʾti bi-ākharīn* », « S'Il le veut, Il vous fera disparaître, ô les humains, et en fera venir d'autres »), ici avec « une création nouvelle » (*khalqin jadīd*) plutôt que « d'autres » (*ākharīn*), sans écart de sens. **Non-dit** : ce seul verset ne précise ni le moment ni le mécanisme de cette substitution possible.

S.14:20 · Cela n’est pas ardu pour Allaah

S.14:20
وَمَا ذَٰلِكَ عَلَى اللَّهِ بِعَزِيزٍ
Wa-mā dhālika ʿalā llāhi bi-ʿazīz Et cela n’est pas, pour Allaah, chose ardue (bi-ʿazīz).
Notes lexicales
bi-ʿazīz
**Point de vigilance lexicale.** Même racine *ʿ-z-z* que le nom *al-ʿAzīz*, conservé en translittération pour Allaah (voir S14:1) — mais ici l'adjectif *ʿazīz* est employé dans son second sens attesté par Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : ce qui est rare, difficile à atteindre, ardu. Fonction grammaticale distincte (attribut prédicatif ordinaire, non un nom qui qualifierait Allaah) : rendu ici par « chose ardue ».

S.14:21 · Le rassemblement — les faibles et ceux qui se sont enflés d’orgueil

S.14:21
وَبَرَزُوا لِلَّهِ جَمِيعًا فَقَالَ الضُّعَفَاءُ لِلَّذِينَ اسْتَكْبَرُوا إِنَّا كُنَّا لَكُمْ تَبَعًا فَهَلْ أَنْتُمْ مُغْنُونَ عَنَّا مِنْ عَذَابِ اللَّهِ مِنْ شَيْءٍ ۚ قَالُوا لَوْ هَدَانَا اللَّهُ لَهَدَيْنَاكُمْ ۖ سَوَاءٌ عَلَيْنَا أَجَزِعْنَا أَمْ صَبَرْنَا مَا لَنَا مِنْ مَحِيصٍ
Wa-barazū li-llāhi jamīʿan fa-qāla ḍ-ḍuʿafāʾu li-lladhīna stakbarū innā kunnā lakum tabaʿan fa-hal antum mughnūna ʿannā min ʿadhābi llāhi min shayʾin qālū law hadānā llāhu la-hadaynākum sawāʾun ʿalaynā a-jaziʿnā am ṣabarnā mā lanā min maḥīṣ Et ils comparaîtront devant Allaah, tous ensemble — les faibles (aḍ-ḍuʿafāʾ) diront à ceux qui se sont enflés d’orgueil (istakbarū) : « Nous étions, pour vous, des suiveurs (tabaʿan) — pouvez-vous donc nous être de quelque utilité contre le châtiment d’Allaah ? » Ils diront : « Si Allaah nous avait guidés, nous vous aurions guidés. Il nous est égal (sawāʾun ʿalaynā) que nous nous impatientions ou que nous patientions — nous n’avons aucune échappée (maḥīṣ). »
Notes lexicales
barazū li-llāhi
racine *b-r-z* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : sortir à découvert, se manifester à ciel ouvert, sans obstacle qui dissimule. Le verbe qualifie ici la position des créatures — leur exposition intégrale au jugement — non une position ou un lieu occupé par Allaah Lui-même. Rendu par « comparaître devant Allaah », dans la continuité du sens posé pour *maqām* (« comparution », S14:14).
tabaʿan
racine *t-b-ʿ* : ce qui suit, vient à la suite — les faibles se qualifient eux-mêmes de simples suiveurs, non d'agents responsables au même titre.
mughnūna ʿannā min shayʾin
racine *gh-n-y*, forme IV (*aghnā*) : être de quelque utilité, suffire à écarter un mal. Sens distinct de *Ghaniyy* (l'autosuffisance d'Allaah, S14:8) — même racine, fonction grammaticale et sujet différents.
maḥīṣ
racine *ḥ-y-ṣ* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : lieu d'échappée, refuge où se détourner d'un péril. **Dit** : le texte pose une équivalence totale entre l'impatience et la patience à ce stade — aucune des deux n'ouvre plus d'issue.

S.14:22 · Le discours de désaveu du shayṭān

Point de méthode — le désaveu du shayṭān (S14:22). Ce verset rapporte, en discours direct, la propre déclaration du shayṭān une fois « l’affaire tranchée » : il n’avait sur les gens aucun sulṭān (autorité, pouvoir de contrainte) — sinon celui de les avoir appelés, et qu’ils lui aient répondu. Dit : le texte circonscrit ainsi lui-même la nature de cette influence à un appel accepté, non à une contrainte exercée. Non-dit : ce seul verset ne développe pas davantage le mécanisme de cet appel ni la part exacte de responsabilité qui en découle pour chacun — cette question relève de la famille plus large de la mashīʾa/du qadar (voir S14:4).

S.14:22
وَقَالَ الشَّيْطَانُ لَمَّا قُضِيَ الْأَمْرُ إِنَّ اللَّهَ وَعَدَكُمْ وَعْدَ الْحَقِّ وَوَعَدْتُكُمْ فَأَخْلَفْتُكُمْ ۖ وَمَا كَانَ لِيَ عَلَيْكُمْ مِنْ سُلْطَانٍ إِلَّا أَنْ دَعَوْتُكُمْ فَاسْتَجَبْتُمْ لِي ۖ فَلَا تَلُومُونِي وَلُومُوا أَنْفُسَكُمْ ۖ مَا أَنَا بِمُصْرِخِكُمْ وَمَا أَنْتُمْ بِمُصْرِخِيَّ ۖ إِنِّي كَفَرْتُ بِمَا أَشْرَكْتُمُونِ مِنْ قَبْلُ ۗ إِنَّ الظَّالِمِينَ لَهُمْ عَذَابٌ أَلِيمٌ
Wa-qāla sh-shayṭānu lammā quḍiya l-amru inna llāha waʿadakum waʿda l-ḥaqqi wa-waʿadtukum fa-akhlaftukum wa-mā kāna liya ʿalaykum min sulṭānin illā an daʿawtukum fa-stajabtum lī fa-lā talūmūnī wa-lūmū anfusakum mā anā bi-muṣrikhikum wa-mā antum bi-muṣrikhiyya innī kafartu bi-mā ashraktumūni min qablu inna ẓ-ẓālimīna lahum ʿadhābun alīm Et le shayṭān dira, quand l’affaire aura été tranchée (qudiya l-amru) : « Allaah vous a promis une promesse de ḥaqq, et moi je vous ai promis, puis j’ai manqué à ma promesse envers vous (akhlaftukum). Je n’avais sur vous aucune autorité (sulṭān), sinon que je vous ai appelés et que vous m’avez répondu. Ne me blâmez donc pas — blâmez-vous vous-mêmes. Je ne suis pas votre secours (bi-muṣrikhikum), ni vous n’êtes mon secours (bi-muṣrikhiyya). Je renie (kafartu) ce en quoi vous m’avez associé (ashraktumūni) auparavant. » Les ẓālimūn ont certes un châtiment douloureux.
Notes lexicales
sulṭān
racine *s-l-ṭ* : ici au sens de la maîtrise, de l'autorité contraignante exercée sur autrui — à distinguer de l'emploi de ce même terme en S14:10, où *sulṭānin mubīn* désignait une « preuve manifeste » demandée par les peuples anciens. Même racine, deux sens attestés : la preuve qui établit, et le pouvoir qui contraint.
muṣrikh
racine *ṣ-r-kh* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : porter secours à qui pousse un cri de détresse.
kafartu bi-mā ashraktumūni
**Dit** : le shayṭān « renie » explicitement le shirk dont il a été l'occasion — un désaveu formel de toute responsabilité partagée, prononcé après coup.

S.14:23 · Les croyants dans les jardins — la salutation « Salām »

S.14:23
وَأُدْخِلَ الَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ جَنَّاتٍ تَجْرِي مِنْ تَحْتِهَا الْأَنْهَارُ خَالِدِينَ فِيهَا بِإِذْنِ رَبِّهِمْ ۖ تَحِيَّتُهُمْ فِيهَا سَلَامٌ
Wa-udkhila lladhīna āmanū wa-ʿamilū ṣ-ṣāliḥāti jannātin tajrī min taḥtihā l-anhāru khālidīna fīhā bi-idhni rabbihim taḥiyyatuhum fīhā salām Et ceux qui ont cru et accompli les œuvres droites (aṣ-ṣāliḥāt) seront introduits dans des jardins sous lesquels coulent les rivières, y demeurant à jamais avec la permission de leur Rabb — leur salutation (taḥiyyatuhum) y sera : « Salām ! »
Notes lexicales
taḥiyyatuhum fīhā salām
*taḥiyya*, racine *ḥ-y-y* (la vie) : la formule de salutation qui souhaite la vie et le bien à autrui. *Salām*, racine *s-l-m* : l'intégrité préservée, l'absence de tout mal.

La parabole de la bonne et de la mauvaise parole · S14:24–27

S.14:24 · La parabole de la bonne parole — l’arbre à la racine ferme

S.14:24
أَلَمْ تَرَ كَيْفَ ضَرَبَ اللَّهُ مَثَلًا كَلِمَةً طَيِّبَةً كَشَجَرَةٍ طَيِّبَةٍ أَصْلُهَا ثَابِتٌ وَفَرْعُهَا فِي السَّمَاءِ
A-lam tara kayfa ḍaraba llāhu mathalan kalimatan ṭayyibatan ka-shajaratin ṭayyibatin aṣluhā thābitun wa-farʿuhā fi s-samāʾ N’as-tu pas vu comment Allaah propose un exemple (ḍaraba mathalan) : une parole bonne (kalimatan ṭayyibatan) est comme un arbre bon, dont la racine (aṣluhā) est fermement fixée (thābitun), et dont la ramure (farʿuhā) est dans le ciel.
Notes lexicales
ḍaraba llāhu mathalan
formule présente en S2:26 et S13:17 (« *yaḍribu llāhu … al-amthāl* ») — ici sous sa forme la plus développée, ouvrant une double parabole sur deux versets.
ṭayyiba
racine *ṭ-y-b* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : ce qui est bon, pur, sain, agréable par nature ; antonyme direct de *khabīth* (S14:26).
aṣluhā thābitun
*aṣl*, racine *ʾ-ṣ-l* : la racine, le fondement d'une chose. *Thābit*, racine *th-b-t* : ce qui est stable, fixé — même racine que *yuthabbitu* et *al-qawl ath-thābit* (S14:27) : écho lexical délibéré entre l'arbre et la parole des croyants.

S.14:25 · Son fruit à tout moment, avec la permission de son Rabb

S.14:25
تُؤْتِي أُكُلَهَا كُلَّ حِينٍ بِإِذْنِ رَبِّهَا ۗ وَيَضْرِبُ اللَّهُ الْأَمْثَالَ لِلنَّاسِ لَعَلَّهُمْ يَتَذَكَّرُونَ
Tuʾtī ukulahā kulla ḥīnin bi-idhni rabbihā wa-yaḍribu llāhu l-amthāla li-n-nāsi laʿallahum yatadhakkarūn Il donne son fruit (ukulahā) à tout moment (kulla ḥīnin), avec la permission de son Rabb (bi-idhni rabbihā) — et Allaah propose les exemples aux gens, peut-être se rappelleront-ils.
Notes lexicales
bi-idhni rabbihā
**Point grammatical.** Le pronom suffixe féminin (« *-hā* », « son Rabb ») renvoie ici à l'arbre (*shajara*, féminin), non aux croyants ni à un référent humain — même construction que « bi-idhni rabbihim » pour les gens (S14:1) : la permission d'Allaah encadre aussi bien l'action humaine que le processus naturel de la parabole.

S.14:26 · La parabole de la mauvaise parole — l’arbre sans stabilité

S.14:26
وَمَثَلُ كَلِمَةٍ خَبِيثَةٍ كَشَجَرَةٍ خَبِيثَةٍ اجْتُثَّتْ مِنْ فَوْقِ الْأَرْضِ مَا لَهَا مِنْ قَرَارٍ
Wa-mathalu kalimatin khabīthatin ka-shajaratin khabīthatin ijtuthshat min fawqi l-arḍi mā lahā min qarār Et l’exemple d’une parole mauvaise (kalimatin khabīthatin) est comme un arbre mauvais, arraché (ujtuthat) de la surface de la terre — il n’a aucune stabilité (mā lahā min qarārin).
Notes lexicales
khabītha
racine *kh-b-th* : ce qui est vicié, corrompu, mauvais par nature — antonyme direct de *ṭayyib* (S14:24).
ujtuthat
racine *j-th-th* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : arracher une chose avec sa racine, la déraciner entièrement.
mā lahā min qarārin
racine *q-r-r* : la stabilité, le lieu où une chose se fixe durablement — exact inverse de *aṣluhā thābitun* (S14:24). Ce même mot *qarār* reviendra, en écho ironique, pour qualifier Jahannam (S14:29).

S.14:27 · Allaah affermit les croyants par la parole ferme

S.14:27
يُثَبِّتُ اللَّهُ الَّذِينَ آمَنُوا بِالْقَوْلِ الثَّابِتِ فِي الْحَيَاةِ الدُّنْيَا وَفِي الْآخِرَةِ ۖ وَيُضِلُّ اللَّهُ الظَّالِمِينَ ۚ وَيَفْعَلُ اللَّهُ مَا يَشَاءُ
Yuthabbitu llāhu lladhīna āmanū bi-l-qawli th-thābiti fi l-ḥayāti d-dunyā wa-fi l-ākhirati wa-yuḍillu llāhu ẓ-ẓālimīna wa-yafʿalu llāhu mā yashāʾ Allaah affermit (yuthabbitu) ceux qui ont cru par la parole ferme (al-qawl ath-thābit), dans la vie d’ici-bas et dans l’Ākhira — et Allaah égare (yuḍillu) les ẓālimūn — et Allaah fait ce qu’Il veut.
Notes lexicales
al-qawl ath-thābit
même racine que *aṣluhā thābitun* (S14:24) : la parabole de l'arbre à la racine ferme trouve ici son application directe — la fermeté de la parole des croyants répond structurellement à la fermeté décrite dans l'image végétale.
yuḍillu llāhu ẓ-ẓālimīna … wa-yafʿalu llāhu mā yashāʾ
formule rattachée à la famille plus large de la *mashīʾa*/du *qadar* (voir S14:4).

Substituer le niʿma par le kufr — l’appel aux croyants, la création rappelée · S14:28–34

S.14:28 · Ceux qui ont substitué le niʿma d’Allaah par le kufr

S.14:28
۞ أَلَمْ تَرَ إِلَى الَّذِينَ بَدَّلُوا نِعْمَتَ اللَّهِ كُفْرًا وَأَحَلُّوا قَوْمَهُمْ دَارَ الْبَوَارِ
A-lam tara ila lladhīna baddalū niʿmata llāhi kufran wa-aḥallū qawmahum dāra l-bawār N’as-tu pas vu ceux qui ont substitué (baddalū) le niʿma d’Allaah par le kufr, et qui ont installé (aḥallū) leur peuple dans la demeure de la ruine (dāra l-bawār) ?
Notes lexicales
baddalū niʿmata llāhi kufran
racine *b-d-l* : substituer, échanger une chose contre une autre — même racine que *yatabaddali l-kufra bi-l-īmāni* (S2:108), mais construction inverse : là, substituer le kufr à l'īmān ; ici, substituer le kufr au niʿma lui-même — le bienfait reçu est échangé contre son exact contraire.
aḥallū
racine *ḥ-l-l*, forme IV : faire descendre, installer en un lieu — sens spatial-causatif distinct de la paire *ḥalāl*/*ḥarām* (le licite/l'illicite), tirée de la même racine mais construction et sens différents ici.
dāra l-bawār
racine *b-w-r* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : le dépérissement, la ruine totale, ce qui ne trouve plus preneur (l'image commerciale de la marchandise invendable est première dans cette racine).

S.14:29 · Jahannam — quelle détestable stabilité

S.14:29
جَهَنَّمَ يَصْلَوْنَهَا ۖ وَبِئْسَ الْقَرَارُ
Jahannama yaṣlawnahā wa-biʾsa l-qarār Jahannam, où ils brûlent (yaṣlawnahā) — quelle détestable stabilité (bi’sa l-qarār) !
Notes lexicales
yaṣlawnahā
racine *ṣ-l-y* : être exposé au feu, y brûler directement.
biʾsa l-qarār
**Écho ironique délibéré** : le même mot *qarār* (la stabilité, le lieu où une chose se fixe) qui manquait à l'arbre mauvais (S14:26, « *mā lahā min qarārin* ») qualifie ici Jahannam — mais aussitôt disqualifié par « *biʾsa* » (quelle détestable chose) : une stabilité qui n'en est une que par dérision.

S.14:30 · Les andād assignés à Allaah — jouissance brève

S.14:30
وَجَعَلُوا لِلَّهِ أَنْدَادًا لِيُضِلُّوا عَنْ سَبِيلِهِ ۗ قُلْ تَمَتَّعُوا فَإِنَّ مَصِيرَكُمْ إِلَى النَّارِ
Wa-jaʿalū li-llāhi andādan li-yuḍillū ʿan sabīlihi qul tamattaʿū fa-inna maṣīrakum ila n-nār Et ils ont assigné à Allaah des andād (rivaux), pour égarer loin de Son sabīl. Dis : « Jouissez donc, le temps de cette vie (tamattaʿū) — votre destination (maṣīrakum) est certes vers le Feu. »
Notes lexicales
andād
même terme qu'en S2:22 : pluriel de *nidd*, ce qu'on assigne comme équivalent, comme rival, à Allaah — le shirk au sens structurel (voir l'étude Shirk).

S.14:31 · L’appel aux croyants — ṣalāt et dépense avant le jour sans négoce ni khilāl

S.14:31
قُلْ لِعِبَادِيَ الَّذِينَ آمَنُوا يُقِيمُوا الصَّلَاةَ وَيُنْفِقُوا مِمَّا رَزَقْنَاهُمْ سِرًّا وَعَلَانِيَةً مِنْ قَبْلِ أَنْ يَأْتِيَ يَوْمٌ لَا بَيْعٌ فِيهِ وَلَا خِلَالٌ
Qul li-ʿibādiya lladhīna āmanū yuqīmū ṣ-ṣalāta wa-yunfiqū mimmā razaqnāhum sirran wa-ʿalāniyatan min qabli an yaʾtiya yawmun lā bayʿun fīhi wa-lā khilāl Dis à Mes serviteurs (ʿibādī) qui ont cru : qu’ils établissent la ṣalāt, et qu’ils dépensent de ce que Nous leur avons octroyé, en secret (sirran) et ouvertement (ʿalāniyatan), avant que ne vienne un jour où il n’y a ni négoce (bayʿ) ni lien d’amitié (khilāl).
Notes lexicales
sirran wa-ʿalāniyatan
*sirr* (le secret) et *ʿalāniyya* (ce qui est rendu public) : couple qui embrasse la totalité des circonstances de la dépense.
khilāl
même racine *kh-l-l* que *khulla* en S2:254 (« le lien d'amitié intime, l'entrelacement d'une relation de proximité ») — *khilāl* en est une forme apparentée, désignant la même réalité de lien réciproque d'amitié. Le verset annonce ainsi, dans les mêmes termes que S2:254, un jour où ni l'échange commercial ni le lien d'amitié ne pourront plus être invoqués.

S.14:32 · Allaah, Ce qui a créé — le rizq, les vaisseaux et les fleuves assujettis

S.14:32
اللَّهُ الَّذِي خَلَقَ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضَ وَأَنْزَلَ مِنَ السَّمَاءِ مَاءً فَأَخْرَجَ بِهِ مِنَ الثَّمَرَاتِ رِزْقًا لَكُمْ ۖ وَسَخَّرَ لَكُمُ الْفُلْكَ لِتَجْرِيَ فِي الْبَحْرِ بِأَمْرِهِ ۖ وَسَخَّرَ لَكُمُ الْأَنْهَارَ
Allāhu lladhī khalaqa s-samāwāti wa-l-arḍa wa-anzala mina s-samāʾi māʾan fa-akhraja bihi mina th-thamarāti rizqan lakum wa-sakhkhara lakumu l-fulka li-tajriya fi l-baḥri bi-amrihi wa-sakhkhara lakumu l-anhār Allaah, Ce qui a créé les cieux et la terre, et a fait descendre du ciel une eau, par laquelle Il a fait sortir des fruits comme rizq pour vous — et Il a assujetti (sakhkhara) pour vous les vaisseaux (al-fulk), pour qu’ils voguent sur la mer par Son ordre — et Il a assujetti pour vous les fleuves.
Notes lexicales
Allāhu lladhī khalaqa
voir la note de méthode en tête de ce Bloc sur « Ce qui » substitué à « Celui qui » pour Allaah.
sakhkhara
même racine qu'en S2:164 (*musakhkhar*, « assujetti, mis au service ») — ici à la forme verbale active, appliquée successivement aux vaisseaux, aux fleuves (ce verset), puis au soleil, à la lune, à la nuit et au jour (S14:33).

S.14:33 · Le soleil et la lune assujettis, la nuit et le jour

S.14:33
وَسَخَّرَ لَكُمُ الشَّمْسَ وَالْقَمَرَ دَائِبَيْنِ ۖ وَسَخَّرَ لَكُمُ اللَّيْلَ وَالنَّهَارَ
Wa-sakhkhara lakumu sh-shamsa wa-l-qamara dāʾibayni wa-sakhkhara lakumu l-layla wa-n-nahār Et Il a assujetti pour vous le soleil et la lune, poursuivant sans relâche leur course (dāʾibayni) — et Il a assujetti pour vous la nuit et le jour.
Notes lexicales
dāʾibayni
racine *d-ʾ-b* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : persévérer sans cesse, sans relâche, dans une activité régulière.

S.14:34 · Le niʿma qu’on ne saurait dénombrer — l’humain injuste et ingrat

S.14:34
وَآتَاكُمْ مِنْ كُلِّ مَا سَأَلْتُمُوهُ ۚ وَإِنْ تَعُدُّوا نِعْمَتَ اللَّهِ لَا تُحْصُوهَا ۗ إِنَّ الْإِنْسَانَ لَظَلُومٌ كَفَّارٌ
Wa-ātākum min kulli mā saʾaltumūhu wa-in taʿuddū niʿmata llāhi lā tuḥṣūhā inna l-insāna la-ẓalūmun kaffār Et Il vous a donné de tout ce que vous Lui avez demandé. Et si vous comptiez (taʿuddū) le niʿma d’Allaah, vous ne pourriez le dénombrer (lā tuḥṣūhā) — l’humain est certes bien injuste (la-ẓalūmun), bien ingrat (kaffārun).
Notes lexicales
min kulli mā saʾaltumūhu
**Point de méthode.** La préposition partitive *min* (« de tout ce que ») borne, comme pour *min dhunūbikum* (S14:10), la portée exacte de ce qui est affirmé — non nécessairement la totalité absolue de toute demande possible, mais ce qui a été effectivement demandé et accordé.
lā tuḥṣūhā
racine *ḥ-ṣ-y* : dénombrer, compter avec exactitude.
la-ẓalūmun kaffār
formes intensives (schème *faʿūl*) : injuste et ingrat de façon caractéristique, habituelle — **écho intra-sourate** avec *li-kulli ṣabbārin shakūr* (S14:5, même schème intensif) : le texte oppose ainsi, dans la même sourate, l'endurant-reconnaissant à l'injuste-ingrat.

L’invocation d’Ibrāhīm pour La Mecque et pour les siens · S14:35–41

S.14:35 · L’invocation d’Ibrāhīm — sécurité pour le balad, éloignement des idoles

S.14:35
وَإِذْ قَالَ إِبْرَاهِيمُ رَبِّ اجْعَلْ هَٰذَا الْبَلَدَ آمِنًا وَاجْنُبْنِي وَبَنِيَّ أَنْ نَعْبُدَ الْأَصْنَامَ
Wa-idh qāla ibrāhīmu rabbi jʿal hādhā l-balada āminan wa-jnubnī wa-baniyya an naʿbuda l-aṣnām Et quand Ibrāhīm dit : « Mon Rabb, fais de ce balad un lieu de sécurité (āminan), et écarte-moi (ijnubnī), moi et mes fils, du fait de rendre notre dévotion aux idoles (al-aṣnām). »
Notes lexicales
hādhā l-balada āminan
même invocation qu'en S2:126 (« *hādhā baladan āminan* », « fais de ceci un balad en sécurité »), ici avec l'article défini, sur le même terme *balad* (racine *b-l-d*, l'étendue de terre qui demeure, conservé en translittération, une « ville » supposant à tort une structure urbaine déjà bâtie).
ijnubnī
racine *j-n-b* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : écarter, tenir à distance sur le côté.

S.14:36 · Les idoles ont égaré beaucoup de gens — qui me suit, qui me désobéit

S.14:36
رَبِّ إِنَّهُنَّ أَضْلَلْنَ كَثِيرًا مِنَ النَّاسِ ۖ فَمَنْ تَبِعَنِي فَإِنَّهُ مِنِّي ۖ وَمَنْ عَصَانِي فَإِنَّكَ غَفُورٌ رَحِيمٌ
Rabbi innahunna aḍlalna kathīran mina n-nāsi fa-man tabiʿanī fa-innahu minnī wa-man ʿaṣānī fa-innaka ghafūrun raḥīm « Mon Rabb, elles ont égaré (aḍlalna) beaucoup de gens — quiconque me suit (tabiʿanī) est certes des miens (minnī) ; et quiconque me désobéit (ʿaṣānī) — Toi, Tu es certes Ghafūr, Raḥīm. »
Notes lexicales
fa-innahu minnī
**Non-dit** : le texte ne précise pas ici la nature exacte de cette appartenance (« des miens ») — lignée biologique, communauté de foi, ou les deux — ce Bloc ne tranche pas au-delà de ce que ce seul verset affirme.
ghafūrun raḥīm
couple de noms fréquent dans le Coran, conservé en translittération.

S.14:37 · La descendance installée près de la Maison interdite

S.14:37
رَبَّنَا إِنِّي أَسْكَنْتُ مِنْ ذُرِّيَّتِي بِوَادٍ غَيْرِ ذِي زَرْعٍ عِنْدَ بَيْتِكَ الْمُحَرَّمِ رَبَّنَا لِيُقِيمُوا الصَّلَاةَ فَاجْعَلْ أَفْئِدَةً مِنَ النَّاسِ تَهْوِي إِلَيْهِمْ وَارْزُقْهُمْ مِنَ الثَّمَرَاتِ لَعَلَّهُمْ يَشْكُرُونَ
Rabbanā innī askantu min dhurriyyatī bi-wādin ghayri dhī zarʿin ʿinda baytika l-muḥarrami rabbanā li-yuqīmū ṣ-ṣalāta fa-jʿal afʾidatan mina n-nāsi tahwī ilayhim wa-rzuqhum mina th-thamarāti laʿallahum yashkurūn « Notre Rabb, j’ai installé une partie de ma descendance (min dhurriyyatī) dans une vallée dépourvue de culture (bi-wādin ghayri dhī zarʿin), auprès de Ta Maison interdite (ʿinda baytika l-muḥarram) — Notre Rabb, afin qu’ils établissent la ṣalāt. Fais donc que des cœurs (afʾidatan), parmi les gens, s’inclinent vers eux (tahwī ilayhim), et accorde-leur le rizq de fruits — peut-être seront-ils reconnaissants (yashkurūn). »
Notes lexicales
min dhurriyyatī … ʿinda baytika l-muḥarram
**Dit** : le texte affirme une installation d'une partie de la descendance d'Ibrāhīm — non de sa totalité (préposition partitive *min*) — dans une vallée sans culture, auprès de la Maison. **Non-dit** : ce seul verset ne nomme aucun lieu par son nom — aucun récit de la *sīra* n'est importé ici. Cette invocation répond à celle où Ibrāhīm et Ismāʿīl élèvent les fondations de la Maison (S2:125–129) — les deux passages se répondent, sans que l'un ne soit lu comme comblant un silence de l'autre au-delà de ce que chacun affirme.
afʾidatan mina n-nāsi tahwī ilayhim
racine *h-w-y* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : la pente, l'inclination du désir — même racine que *ahwāʾ* (S2:120), ici au sens d'une inclination du cœur, non d'un désir désordonné. Image figurée d'un mouvement intérieur des cœurs humains, sans aucun rapport avec la question de la connotation spatiale réservée à Allaah.

S.14:38 · Rien n’échappe à Allaah, ni sur terre ni dans le ciel

S.14:38
رَبَّنَا إِنَّكَ تَعْلَمُ مَا نُخْفِي وَمَا نُعْلِنُ ۗ وَمَا يَخْفَىٰ عَلَى اللَّهِ مِنْ شَيْءٍ فِي الْأَرْضِ وَلَا فِي السَّمَاءِ
Rabbanā innaka taʿlamu mā nukhfī wa-mā nuʿlinu wa-mā yakhfā ʿalā llāhi min shayʾin fi l-arḍi wa-lā fi s-samāʾ « Notre Rabb, Tu sais certes ce que nous cachons (nukhfī) et ce que nous rendons public (nuʿlinu) » — et rien n’échappe à Allaah (mā yakhfā ʿalā llāhi min shayʾin), ni sur la terre ni dans le ciel.
Notes lexicales
mā yakhfā ʿalā llāhi min shayʾin fi l-arḍi wa-lā fi s-samāʾ
thème de la science exhaustive d'Allaah (voir S6:59 et *passim*) — le mérisme « ni sur la terre ni dans le ciel » couvre l'intégralité de ce qui existe, sans qu'aucune localisation d'Allaah Lui-même ne soit ici en cause : c'est l'étendue de Sa science, non Sa position, qui est affirmée.

S.14:39 · Louange pour Ismāʿīl et Isḥāq donnés dans la vieillesse

S.14:39
الْحَمْدُ لِلَّهِ الَّذِي وَهَبَ لِي عَلَى الْكِبَرِ إِسْمَاعِيلَ وَإِسْحَاقَ ۚ إِنَّ رَبِّي لَسَمِيعُ الدُّعَاءِ
Al-ḥamdu li-llāhi lladhī wahaba lī ʿala l-kibari ismāʿīla wa-isḥāqa inna rabbī la-samīʿu d-duʿāʾ « Louange à Allaah, Ce qui m’a fait don (wahaba), malgré la vieillesse (ʿalā l-kibar), d’Ismāʿīl et d’Isḥāq — mon Rabb entend certes l’invocation (la-samīʿu d-duʿāʾ). »
Notes lexicales
al-ḥamdu li-llāhi lladhī wahaba
voir la note de méthode en tête de ce Bloc sur « Ce qui » substitué à « Celui qui » pour Allaah.

S.14:40 · La demande d’établir la ṣalāt, pour lui et sa descendance

S.14:40
رَبِّ اجْعَلْنِي مُقِيمَ الصَّلَاةِ وَمِنْ ذُرِّيَّتِي ۚ رَبَّنَا وَتَقَبَّلْ دُعَاءِ
Rabbi jʿalnī muqīma ṣ-ṣalāti wa-min dhurriyyatī rabbanā wa-taqabbal duʿāʾ « Mon Rabb, fais de moi celui qui établit la ṣalāt (muqīma ṣ-ṣalāti), et de ma descendance aussi — Notre Rabb, et accepte mon invocation (taqabbal duʿāʾī). »
Notes lexicales
wa-min dhurriyyatī
préposition partitive *min* de nouveau (voir S14:37) : la demande porte sur une partie de la descendance, non sur sa totalité indifférenciée.

S.14:41 · La demande de pardon — pour lui, ses parents et les croyants

Point sensible — wa-li-wālidayya (S14:41). Ce Bloc applique ici la même prudence que pour l’istighfār d’Ibrāhīm en faveur de son père (S9:113–114). Le texte de ce seul verset ne nomme aucune personne : Ibrāhīm demande le pardon pour « ses deux parents » (wālidayya), sans préciser ici leur situation de foi ni le moment de sa propre vie où se situe cette invocation. L’étude Rapports aux parents cartographie l’ensemble de l’architecture coranique concernant Ibrāhīm et son père : le diagnostic direct (S6:74), le dialogue pédagogique (S19:41–47), l’arrêt de l’istighfār une fois l’inimitié établie avec certitude (S9:113–114), et la délimitation textuelle explicite qui exclut cette parole précise du « modèle accompli » (uswatun ḥasanah, S60:4). Ce Bloc ne tranche pas la chronologie de S14:41 par rapport à ces autres versets — un non-dit de ce seul verset — et renvoie à cette étude plutôt que d’importer ici une résolution qui excéderait ce que ce seul verset affirme.

S.14:41
رَبَّنَا اغْفِرْ لِي وَلِوَالِدَيَّ وَلِلْمُؤْمِنِينَ يَوْمَ يَقُومُ الْحِسَابُ
Rabbanā ghfir lī wa-li-wālidayya wa-li-l-muʾminīna yawma yaqūmu l-ḥisāb « Notre Rabb, pardonne-moi, ainsi qu’à mes deux parents (wa-li-wālidayya) et aux croyants, le jour où se dressera le compte (yawma yaqūmu l-ḥisāb). »
Notes lexicales
wa-li-wālidayya
voir le callout dédié ci-dessus.
yawma yaqūmu l-ḥisāb
racine *q-w-m* (la même que pour *Qiyāma* et *maqām*) : le jour où le compte « se dresse », s'établit — même image de la station et de la comparution posée pour *maqāmī* (S14:14).

L’avertissement final et la clôture de la sourate · S14:42–52

S.14:42 · Allaah n’est pas dans l’inattention de ce que font les ẓālimūn

S.14:42
وَلَا تَحْسَبَنَّ اللَّهَ غَافِلًا عَمَّا يَعْمَلُ الظَّالِمُونَ ۚ إِنَّمَا يُؤَخِّرُهُمْ لِيَوْمٍ تَشْخَصُ فِيهِ الْأَبْصَارُ
Wa-lā taḥsabanna llāha ghāfilan ʿammā yaʿmalu ẓ-ẓālimūna innamā yuʾakhkhiruhum li-yawmin tashkhaṣu fīhi l-abṣār Et ne pense surtout pas qu’Allaah soit dans l’inattention (ghāfilan) de ce que font les ẓālimūn — Il ne fait que les différer (yuʾakhkhiruhum) jusqu’à un jour où les regards resteront figés (tashkhaṣu fīhi l-abṣār).
Notes lexicales
ghāfilan
même idée qu'en S2:74 (« *wa-mā llāhu bi-ghāfilin ʿammā taʿmalūn* », « Allaah n'est pas inattentif à ce que vous faites »), sous une construction équivalente.
tashkhaṣu
racine *sh-kh-ṣ* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : se dresser fixement, rester béant sans ciller — l'œil qui ne peut plus se détourner.

S.14:43 · Le jour du regard figé — les cœurs comme de l’air

Crux lexical — wa-afʾidatuhum hawāʾ (S14:43). L’image finale de ce verset (« et leurs cœurs, de l’air ») admet, chez les lexicographes classiques, une portée qu’il convient de préciser sans l’amplifier. Hawāʾ, racine h-w-y — Ibn Manẓūr (Lisān al-ʿArab) : l’air, l’espace vide, ce qui n’a aucune consistance ni contenu propre. Appliqué au cœur (fuʾād, siège de l’entendement et de l’affect dans le lexique coranique), l’image décrit un état de vidage total sous l’effet de la terreur — un cœur qui ne contient plus rien, ni pensée ni résolution, comme suspendu dans le vide. Ce Bloc retient ce sens attesté sans lui ajouter de mécanisme physiologique ou psychologique que le texte ne précise pas davantage (non-dit sur la nature exacte de cet état, au-delà de l’image elle-même).

S.14:43
مُهْطِعِينَ مُقْنِعِي رُءُوسِهِمْ لَا يَرْتَدُّ إِلَيْهِمْ طَرْفُهُمْ ۖ وَأَفْئِدَتُهُمْ هَوَاءٌ
Muhṭiʿīna muqniʿī ruʾūsihim lā yartaddu ilayhim ṭarfuhum wa-afʾidatuhum hawāʾ Courant tête levée (muhṭiʿīna muqniʿī ruʾūsihim), leur regard ne revenant plus vers eux (lā yartaddu ilayhim ṭarfuhum) — et leurs cœurs, comme de l’air (hawāʾ).
Notes lexicales
muhṭiʿīn
racine *h-ṭ-ʿ* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : se précipiter, courir tendu vers un point, tête tendue en avant.
muqniʿī ruʾūsihim
racine *q-n-ʿ*, forme IV : lever la tête en la renversant en arrière, dans une position figée — geste d'attente terrifiée.
hawāʾ
voir le callout dédié ci-dessus.

S.14:44 · La demande de délai des ẓālimūn — le serment antérieur rappelé

S.14:44
وَأَنْذِرِ النَّاسَ يَوْمَ يَأْتِيهِمُ الْعَذَابُ فَيَقُولُ الَّذِينَ ظَلَمُوا رَبَّنَا أَخِّرْنَا إِلَىٰ أَجَلٍ قَرِيبٍ نُجِبْ دَعْوَتَكَ وَنَتَّبِعِ الرُّسُلَ ۗ أَوَلَمْ تَكُونُوا أَقْسَمْتُمْ مِنْ قَبْلُ مَا لَكُمْ مِنْ زَوَالٍ
Wa-andhiri n-nāsa yawma yaʾtīhimu l-ʿadhābu fa-yaqūlu lladhīna ẓalamū rabbanā akhkhirnā ilā ajalin qarībin nujib daʿwataka wa-nattabiʿi r-rusula a-wa-lam takūnū aqsamtum min qablu mā lakum min zawāl Et avertis les gens du jour où le châtiment leur viendra — ceux qui ont commis l’injustice (ẓalamū) diront : « Notre Rabb, accorde-nous un délai (akhkhirnā) jusqu’à un terme proche — nous répondrons à Ton appel (nujib daʿwataka) et nous suivrons les rusul. » — N’aviez-vous donc pas juré (aqsamtum), auparavant, que vous n’auriez aucun déclin (mā lakum min zawāl) ?
Notes lexicales
zawāl
racine *z-w-l* : le déclin, la cessation, ce qui s'efface et disparaît.
nujib daʿwataka wa-nattabiʿi r-rusula
**Dit** : la promesse formulée dans l'urgence porte sur deux actes précis — répondre à l'appel, suivre les rusul — sans qu'aucune circonstance ne permette d'en vérifier la sincérité, le texte l'opposant aussitôt au serment contraire déjà prononcé auparavant.

S.14:45 · Les demeures de ceux qui se sont fait tort à eux-mêmes

S.14:45
وَسَكَنْتُمْ فِي مَسَاكِنِ الَّذِينَ ظَلَمُوا أَنْفُسَهُمْ وَتَبَيَّنَ لَكُمْ كَيْفَ فَعَلْنَا بِهِمْ وَضَرَبْنَا لَكُمُ الْأَمْثَالَ
Wa-sakantum fī masākini lladhīna ẓalamū anfusahum wa-tabayyana lakum kayfa faʿalnā bihim wa-ḍarabnā lakumu l-amthāl Et vous avez habité (sakantum) les demeures (masākin) de ceux qui se sont fait tort à eux-mêmes (ẓalamū anfusahum), et il vous est devenu manifeste (tabayyana) comment Nous avons agi envers eux — et Nous vous avons proposé les exemples.
Notes lexicales
ẓalamū anfusahum
même formule qu'en S3:117 (« *qawmin ẓalamū anfusahum* »), appliquée ici aux peuples anciens dont les demeures ont été habitées par les générations suivantes.

S.14:46 · Leur manœuvre — le crux de « in kāna »

Crux syntaxique — wa-in kāna makruhum li-tazūla minhu l-jibāl (S14:46). La particule in admet ici deux lectures grammaticales distinctes, toutes deux attestées dans l’usage classique de l’arabe. Première lecture (in concessive) : « même si leur manœuvre avait été de nature à faire disparaître les montagnes » — une hyperbole soulignant l’ampleur apparente du dessein des ẓālimūn, aussitôt relativisée par son impuissance devant Allaah. Seconde lecture (in négative, usage archaïque équivalent à mā, également attesté par les grammairiens classiques) : « leur manœuvre n’était pas de nature à faire disparaître les montagnes » — c’est-à-dire que leur manœuvre, malgré les apparences, était en réalité sans portée réelle. Ce Bloc nomme les deux lectures sans trancher entre elles ; les deux convergent sur le même constat d’ensemble — l’impuissance de la manœuvre humaine face à Allaah — sans qu’aucune ne l’emporte de façon décisive sur la seule base de ce verset.

S.14:46
وَقَدْ مَكَرُوا مَكْرَهُمْ وَعِنْدَ اللَّهِ مَكْرُهُمْ وَإِنْ كَانَ مَكْرُهُمْ لِتَزُولَ مِنْهُ الْجِبَالُ
Wa-qad makarū makrahum wa-ʿinda llāhi makruhum wa-in kāna makruhum li-tazūla minhu l-jibāl Ils ont certes usé de leur manœuvre (makarū makrahum), mais leur manœuvre relève d’Allaah (ʿinda llāhi makruhum — ʿinda ne désigne pas ici un lieu) — [même si / quand bien même] leur manœuvre eût été telle que les montagnes en auraient disparu.
Notes lexicales
makarū makrahum … ʿinda llāhi makruhum
racine *m-k-r*, comme en S3:54, S10:21 et S12:76. Construction distincte ici : le texte ne dit pas qu'Allaah « use de manœuvre » en retour, mais que leur manœuvre est *ʿinda llāh* — à Sa connaissance et sous Son emprise. *ʿInda* est ici une préposition de relation (« chez, relevant de, aux yeux de »), non l'indication d'un lieu où se trouverait Allaah. Pas de jeu de miroir verbal (*jinās*) comme en S3:54.
in kāna … li-tazūla
voir le callout dédié ci-dessus.

S.14:47 · Allaah ne manque pas à Sa promesse envers Ses rusul

S.14:47
فَلَا تَحْسَبَنَّ اللَّهَ مُخْلِفَ وَعْدِهِ رُسُلَهُ ۗ إِنَّ اللَّهَ عَزِيزٌ ذُو انْتِقَامٍ
Fa-lā taḥsabanna llāha mukhlifa waʿdihi rusulahu inna llāha ʿazīzun dhū ntiqām Ne pense donc surtout pas qu’Allaah manque à Sa promesse (mukhlifa waʿdihi) envers Ses rusul — Allaah est certes al-ʿAzīz, Détenteur de rétribution (dhū ntiqām).
Notes lexicales
mukhlifa waʿdihi
même négation qu'en S3:9 (« *inna llāha lā yukhlifu l-mīʿād* ») et S13:31, sous une autre construction grammaticale (*mukhlifa*, participe, plutôt que le verbe conjugué), sans écart de sens.
dhū ntiqām
racine *n-q-m* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : la rétribution en retour d'un tort commis, la réponse juste qui rétablit ce qui a été rompu. **Point de méthode** : ce terme désigne une fonction rétributive, non une émotion de vengeance prêtée à Allaah.

S.14:48 · Le jour où la terre sera changée — comparution devant al-Wāḥid al-Qahhār

S.14:48
يَوْمَ تُبَدَّلُ الْأَرْضُ غَيْرَ الْأَرْضِ وَالسَّمَاوَاتُ ۖ وَبَرَزُوا لِلَّهِ الْوَاحِدِ الْقَهَّارِ
Yawma tubaddalu l-arḍu ghayra l-arḍi wa-s-samāwātu wa-barazū li-llāhi l-wāḥidi l-qahhār Le jour où la terre sera changée en une autre terre, et les cieux [de même] — et ils comparaîtront devant Allaah, al-Wāḥid (l’Unique), al-Qahhār.
Notes lexicales
tubaddalu l-arḍu ghayra l-arḍi
**Non-dit** : ce seul verset affirme un changement de la terre et des cieux, sans en préciser le mécanisme, l'étendue ni la nature exacte — ce Bloc ne comble pas ce silence par une élaboration extérieure au texte.
barazū li-llāhi
même racine et même traitement qu'en S14:21 — voir la note qui y est posée.
al-Wāḥid al-Qahhār
*al-Wāḥid* : l'Unique, rencontré sous la forme *ilāhun wāḥid* en S4:171. *Al-Qahhār* : même traitement qu'en S12:39 et S13:16 — aucun mot français à un seul terme ne porte le sens de cette racine sans connotation de violence physique ; conservé en translittération.

S.14:49 · Les mujrimūn enchaînés

S.14:49
وَتَرَى الْمُجْرِمِينَ يَوْمَئِذٍ مُقَرَّنِينَ فِي الْأَصْفَادِ
Wa-tara l-mujrimīna yawmaʾidhin muqarranīna fi l-aṣfād Et tu verras les mujrimūn, ce jour-là, liés ensemble (muqarranīna) dans les chaînes (al-aṣfād).
Notes lexicales
muqarranīn
racine *q-r-n* : lier, accoupler deux choses ensemble.
al-aṣfād
racine *ṣ-f-d* : les chaînes, les entraves qui lient les membres.

S.14:50 · Vêtements de goudron, visages recouverts par le Feu

S.14:50
سَرَابِيلُهُمْ مِنْ قَطِرَانٍ وَتَغْشَىٰ وُجُوهَهُمُ النَّارُ
Sarābīluhum min qaṭirānin wa-taghshā wujūhahumu n-nār Leurs vêtements (sarābīluhum) seront de goudron (qaṭirān), et le Feu recouvrira (taghshā) leurs visages.
Notes lexicales
sarābīl
racine *s-r-b-l* : le vêtement qui enveloppe le corps entier.
qaṭirān
le goudron, la poix — substance inflammable.

S.14:51 · La rétribution selon ce que chaque âme a acquis

S.14:51
لِيَجْزِيَ اللَّهُ كُلَّ نَفْسٍ مَا كَسَبَتْ ۚ إِنَّ اللَّهَ سَرِيعُ الْحِسَابِ
Li-yajziya llāhu kulla nafsin mā kasabat inna llāha sarīʿu l-ḥisāb Afin qu’Allaah rétribue (li-yajziya) chaque âme selon ce qu’elle a acquis (mā kasabat) — Allaah est certes prompt dans le compte (sarīʿu l-ḥisāb).
Notes lexicales
li-yajziya llāhu kulla nafsin mā kasabat … sarīʿu l-ḥisāb
formule de rétribution fréquente dans le Coran, rendue à l'identique à chaque occurrence.

S.14:52 · Clôture — une communication pour les gens, un ilāh unique

S.14:52
هَٰذَا بَلَاغٌ لِلنَّاسِ وَلِيُنْذَرُوا بِهِ وَلِيَعْلَمُوا أَنَّمَا هُوَ إِلَٰهٌ وَاحِدٌ وَلِيَذَّكَّرَ أُولُو الْأَلْبَابِ
Hādhā balāghun li-n-nāsi wa-li-yundharū bihi wa-li-yaʿlamū annamā huwa ilāhun wāḥidun wa-li-yadhdhakkara ulū l-albāb Ceci est une communication (balāgh) pour les gens — afin qu’ils en soient avertis, qu’ils sachent qu’Il n’est qu’un ilāh unique (ilāhun wāḥidun), et que se rappellent ceux qui sont dotés d’un noyau d’entendement (ulū l-albāb).
Notes lexicales
balāgh
même rendu qu'en S3:20 : « la transmission menée à son terme, sans obligation de résultat sur son accueil » — repris ici pour clore la sourate.
annamā huwa ilāhun wāḥidun
même déclaration d'unicité qu'en S4:171 (« *innamā llāhu ilāhun wāḥidun* ») et que la structure de S2:163 (voir l'étude Kitmān et Bayān) — une phrase nominale, assertion directe, sans justification ni condition préalable.
ulū l-albāb
« ceux qui sont dotés du minimum de raison qu'un humain pourrait posséder » (S13:19) — voir l'étude Ulū l-albāb. La sourate se referme ainsi sur le même terme qui, dans la Sourate 13, qualifiait ceux à qui le rappel s'adresse en propre.

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