Structure du Bloc II, dernier Bloc de la Sourate 14. Cinq ensembles. D’abord la création rappelée, le rassemblement devant Allaah et le discours de désaveu du shayṭān (S14:19–23). Puis la parabole jumelle de la bonne parole — l’arbre bon à la racine ferme — et de la mauvaise parole — l’arbre mauvais sans stabilité (S14:24–27). Puis ceux qui ont substitué le niʿma d’Allaah par le kufr, l’appel lancé aux croyants sur la ṣalāt et la dépense, et le rappel de la création, du rizq et du taskhīr (S14:28–34). Puis l’invocation d’Ibrāhīm pour La Mecque, pour sa descendance installée près de la Maison, et pour les siens (S14:35–41). Enfin l’avertissement final — le jour où les regards se figent, la manœuvre des ẓālimūn mise en regard de la promesse d’Allaah à Ses rusul, le jour où la terre sera changée — et la clôture de la sourate sur une communication pour les gens (S14:42–52).
Avertissement de méthode — quatre points appelant une vigilance particulière. (1) S14:41, wa-li-wālidayya : l’invocation d’Ibrāhīm pour le pardon de « ses deux parents » — ce Bloc renvoie à l’étude Rapports aux parents, qui cartographie l’ensemble de l’architecture coranique concernant Ibrāhīm et son père, plutôt que de trancher ici une question qui excéderait ce que ce seul verset affirme ; voir le callout dédié à l’endroit du verset. (2) S14:46, wa-in kāna makruhum : crux syntaxique sur la particule in — deux lectures grammaticales nommées, sans trancher ; voir le callout dédié. (3) S14:48, al-Wāḥid al-Qahhār : même traitement que pour al-Qahhār en S12:39 et S13:16 — translittération conservée. (4) S14:43, wa-afʾidatuhum hawāʾ : image du cœur « comme de l’air » — crux lexical sur la portée exacte de la métaphore ; voir le callout dédié.
Note de méthode — « Ce qui » pour Allaah. Pour Allaah, l’expression « Celui qui » est remplacée par « Ce qui » — un neutre absolu qu’en français seule la locution « ce qui »/« ce que » peut porter, un pronom comme « celui » désignant grammaticalement une personne. Ce Bloc l’applique dès S14:32 (Allāhu lladhī khalaqa → « Allaah, Ce qui a créé »). Le pronom ordinaire « Il »/« Lui » reste employé normalement pour les verbes et les compléments dont Allaah est simplement sujet ou objet.
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.14:19 | La création des cieux et de la terre avec le ḥaqq — le pouvoir de substitution |
| S.14:20 | Cela n’est pas ardu pour Allaah |
| S.14:21 | Le rassemblement — les faibles et ceux qui se sont enflés d’orgueil |
| S.14:22 | Le discours de désaveu du shayṭān |
| S.14:23 | Les croyants dans les jardins — la salutation « Salām » |
| S.14:24 | La parabole de la bonne parole — l’arbre à la racine ferme |
| S.14:25 | Son fruit à tout moment, avec la permission de son Rabb |
| S.14:26 | La parabole de la mauvaise parole — l’arbre sans stabilité |
| S.14:27 | Allaah affermit les croyants par la parole ferme |
| S.14:28 | Ceux qui ont substitué le niʿma d’Allaah par le kufr |
| S.14:29 | Jahannam — quelle détestable stabilité |
| S.14:30 | Les andād assignés à Allaah — jouissance brève |
| S.14:31 | L’appel aux croyants — ṣalāt et dépense avant le jour sans négoce ni khilāl |
| S.14:32 | Allaah, Ce qui a créé — le rizq, les vaisseaux et les fleuves assujettis |
| S.14:33 | Le soleil et la lune assujettis, la nuit et le jour |
| S.14:34 | Le niʿma qu’on ne saurait dénombrer — l’humain injuste et ingrat |
| S.14:35 | L’invocation d’Ibrāhīm — sécurité pour le balad, éloignement des idoles |
| S.14:36 | Les idoles ont égaré beaucoup de gens — qui me suit, qui me désobéit |
| S.14:37 | La descendance installée près de la Maison interdite |
| S.14:38 | Rien n’échappe à Allaah, ni sur terre ni dans le ciel |
| S.14:39 | Louange pour Ismāʿīl et Isḥāq donnés dans la vieillesse |
| S.14:40 | La demande d’établir la ṣalāt, pour lui et sa descendance |
| S.14:41 | La demande de pardon — pour lui, ses parents et les croyants |
| S.14:42 | Allaah n’est pas dans l’inattention de ce que font les ẓālimūn |
| S.14:43 | Le jour du regard figé — les cœurs comme de l’air |
| S.14:44 | La demande de délai des ẓālimūn — le serment antérieur rappelé |
| S.14:45 | Les demeures de ceux qui se sont fait tort à eux-mêmes |
| S.14:46 | Leur manœuvre — le crux de « in kāna » |
| S.14:47 | Allaah ne manque pas à Sa promesse envers Ses rusul |
| S.14:48 | Le jour où la terre sera changée — comparution devant al-Wāḥid al-Qahhār |
| S.14:49 | Les mujrimūn enchaînés |
| S.14:50 | Vêtements de goudron, visages recouverts par le Feu |
| S.14:51 | La rétribution selon ce que chaque âme a acquis |
| S.14:52 | Clôture — une communication pour les gens, un ilāh unique |
La création, le rassemblement et le discours de désaveu du shayṭān · S14:19–23
S.14:19 · La création des cieux et de la terre avec le ḥaqq — le pouvoir de substitution
- bi-l-ḥaqqi
- racine *ḥ-q-q* : ce qui est fixé, établi, ce qui ne peut être ébranlé — conservé en translittération (voir S2:119, S3:108). La création des cieux et de la terre est ici qualifiée de ce même *ḥaqq* — non un acte arbitraire ou vain.
- in yashaʾ yudhhibkum wa-yaʾti bi-khalqin jadīd
- même structure conditionnelle qu'en S4:133 (« *in yashaʾ yudhhibkum ayyuhā n-nāsu wa-yaʾti bi-ākharīn* », « S'Il le veut, Il vous fera disparaître, ô les humains, et en fera venir d'autres »), ici avec « une création nouvelle » (*khalqin jadīd*) plutôt que « d'autres » (*ākharīn*), sans écart de sens. **Non-dit** : ce seul verset ne précise ni le moment ni le mécanisme de cette substitution possible.
S.14:20 · Cela n’est pas ardu pour Allaah
- bi-ʿazīz
- **Point de vigilance lexicale.** Même racine *ʿ-z-z* que le nom *al-ʿAzīz*, conservé en translittération pour Allaah (voir S14:1) — mais ici l'adjectif *ʿazīz* est employé dans son second sens attesté par Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : ce qui est rare, difficile à atteindre, ardu. Fonction grammaticale distincte (attribut prédicatif ordinaire, non un nom qui qualifierait Allaah) : rendu ici par « chose ardue ».
S.14:21 · Le rassemblement — les faibles et ceux qui se sont enflés d’orgueil
- barazū li-llāhi
- racine *b-r-z* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : sortir à découvert, se manifester à ciel ouvert, sans obstacle qui dissimule. Le verbe qualifie ici la position des créatures — leur exposition intégrale au jugement — non une position ou un lieu occupé par Allaah Lui-même. Rendu par « comparaître devant Allaah », dans la continuité du sens posé pour *maqām* (« comparution », S14:14).
- tabaʿan
- racine *t-b-ʿ* : ce qui suit, vient à la suite — les faibles se qualifient eux-mêmes de simples suiveurs, non d'agents responsables au même titre.
- mughnūna ʿannā min shayʾin
- racine *gh-n-y*, forme IV (*aghnā*) : être de quelque utilité, suffire à écarter un mal. Sens distinct de *Ghaniyy* (l'autosuffisance d'Allaah, S14:8) — même racine, fonction grammaticale et sujet différents.
- maḥīṣ
- racine *ḥ-y-ṣ* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : lieu d'échappée, refuge où se détourner d'un péril. **Dit** : le texte pose une équivalence totale entre l'impatience et la patience à ce stade — aucune des deux n'ouvre plus d'issue.
S.14:22 · Le discours de désaveu du shayṭān
Point de méthode — le désaveu du shayṭān (S14:22). Ce verset rapporte, en discours direct, la propre déclaration du shayṭān une fois « l’affaire tranchée » : il n’avait sur les gens aucun sulṭān (autorité, pouvoir de contrainte) — sinon celui de les avoir appelés, et qu’ils lui aient répondu. Dit : le texte circonscrit ainsi lui-même la nature de cette influence à un appel accepté, non à une contrainte exercée. Non-dit : ce seul verset ne développe pas davantage le mécanisme de cet appel ni la part exacte de responsabilité qui en découle pour chacun — cette question relève de la famille plus large de la mashīʾa/du qadar (voir S14:4).
- sulṭān
- racine *s-l-ṭ* : ici au sens de la maîtrise, de l'autorité contraignante exercée sur autrui — à distinguer de l'emploi de ce même terme en S14:10, où *sulṭānin mubīn* désignait une « preuve manifeste » demandée par les peuples anciens. Même racine, deux sens attestés : la preuve qui établit, et le pouvoir qui contraint.
- muṣrikh
- racine *ṣ-r-kh* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : porter secours à qui pousse un cri de détresse.
- kafartu bi-mā ashraktumūni
- **Dit** : le shayṭān « renie » explicitement le shirk dont il a été l'occasion — un désaveu formel de toute responsabilité partagée, prononcé après coup.
S.14:23 · Les croyants dans les jardins — la salutation « Salām »
- taḥiyyatuhum fīhā salām
- *taḥiyya*, racine *ḥ-y-y* (la vie) : la formule de salutation qui souhaite la vie et le bien à autrui. *Salām*, racine *s-l-m* : l'intégrité préservée, l'absence de tout mal.
La parabole de la bonne et de la mauvaise parole · S14:24–27
S.14:24 · La parabole de la bonne parole — l’arbre à la racine ferme
- ḍaraba llāhu mathalan
- formule présente en S2:26 et S13:17 (« *yaḍribu llāhu … al-amthāl* ») — ici sous sa forme la plus développée, ouvrant une double parabole sur deux versets.
- ṭayyiba
- racine *ṭ-y-b* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : ce qui est bon, pur, sain, agréable par nature ; antonyme direct de *khabīth* (S14:26).
- aṣluhā thābitun
- *aṣl*, racine *ʾ-ṣ-l* : la racine, le fondement d'une chose. *Thābit*, racine *th-b-t* : ce qui est stable, fixé — même racine que *yuthabbitu* et *al-qawl ath-thābit* (S14:27) : écho lexical délibéré entre l'arbre et la parole des croyants.
S.14:25 · Son fruit à tout moment, avec la permission de son Rabb
- bi-idhni rabbihā
- **Point grammatical.** Le pronom suffixe féminin (« *-hā* », « son Rabb ») renvoie ici à l'arbre (*shajara*, féminin), non aux croyants ni à un référent humain — même construction que « bi-idhni rabbihim » pour les gens (S14:1) : la permission d'Allaah encadre aussi bien l'action humaine que le processus naturel de la parabole.
S.14:26 · La parabole de la mauvaise parole — l’arbre sans stabilité
- khabītha
- racine *kh-b-th* : ce qui est vicié, corrompu, mauvais par nature — antonyme direct de *ṭayyib* (S14:24).
- ujtuthat
- racine *j-th-th* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : arracher une chose avec sa racine, la déraciner entièrement.
- mā lahā min qarārin
- racine *q-r-r* : la stabilité, le lieu où une chose se fixe durablement — exact inverse de *aṣluhā thābitun* (S14:24). Ce même mot *qarār* reviendra, en écho ironique, pour qualifier Jahannam (S14:29).
S.14:27 · Allaah affermit les croyants par la parole ferme
- al-qawl ath-thābit
- même racine que *aṣluhā thābitun* (S14:24) : la parabole de l'arbre à la racine ferme trouve ici son application directe — la fermeté de la parole des croyants répond structurellement à la fermeté décrite dans l'image végétale.
- yuḍillu llāhu ẓ-ẓālimīna … wa-yafʿalu llāhu mā yashāʾ
- formule rattachée à la famille plus large de la *mashīʾa*/du *qadar* (voir S14:4).
Substituer le niʿma par le kufr — l’appel aux croyants, la création rappelée · S14:28–34
S.14:28 · Ceux qui ont substitué le niʿma d’Allaah par le kufr
- baddalū niʿmata llāhi kufran
- racine *b-d-l* : substituer, échanger une chose contre une autre — même racine que *yatabaddali l-kufra bi-l-īmāni* (S2:108), mais construction inverse : là, substituer le kufr à l'īmān ; ici, substituer le kufr au niʿma lui-même — le bienfait reçu est échangé contre son exact contraire.
- aḥallū
- racine *ḥ-l-l*, forme IV : faire descendre, installer en un lieu — sens spatial-causatif distinct de la paire *ḥalāl*/*ḥarām* (le licite/l'illicite), tirée de la même racine mais construction et sens différents ici.
- dāra l-bawār
- racine *b-w-r* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : le dépérissement, la ruine totale, ce qui ne trouve plus preneur (l'image commerciale de la marchandise invendable est première dans cette racine).
S.14:29 · Jahannam — quelle détestable stabilité
- yaṣlawnahā
- racine *ṣ-l-y* : être exposé au feu, y brûler directement.
- biʾsa l-qarār
- **Écho ironique délibéré** : le même mot *qarār* (la stabilité, le lieu où une chose se fixe) qui manquait à l'arbre mauvais (S14:26, « *mā lahā min qarārin* ») qualifie ici Jahannam — mais aussitôt disqualifié par « *biʾsa* » (quelle détestable chose) : une stabilité qui n'en est une que par dérision.
S.14:30 · Les andād assignés à Allaah — jouissance brève
- andād
- même terme qu'en S2:22 : pluriel de *nidd*, ce qu'on assigne comme équivalent, comme rival, à Allaah — le shirk au sens structurel (voir l'étude Shirk).
S.14:31 · L’appel aux croyants — ṣalāt et dépense avant le jour sans négoce ni khilāl
- sirran wa-ʿalāniyatan
- *sirr* (le secret) et *ʿalāniyya* (ce qui est rendu public) : couple qui embrasse la totalité des circonstances de la dépense.
- khilāl
- même racine *kh-l-l* que *khulla* en S2:254 (« le lien d'amitié intime, l'entrelacement d'une relation de proximité ») — *khilāl* en est une forme apparentée, désignant la même réalité de lien réciproque d'amitié. Le verset annonce ainsi, dans les mêmes termes que S2:254, un jour où ni l'échange commercial ni le lien d'amitié ne pourront plus être invoqués.
S.14:32 · Allaah, Ce qui a créé — le rizq, les vaisseaux et les fleuves assujettis
- Allāhu lladhī khalaqa
- voir la note de méthode en tête de ce Bloc sur « Ce qui » substitué à « Celui qui » pour Allaah.
- sakhkhara
- même racine qu'en S2:164 (*musakhkhar*, « assujetti, mis au service ») — ici à la forme verbale active, appliquée successivement aux vaisseaux, aux fleuves (ce verset), puis au soleil, à la lune, à la nuit et au jour (S14:33).
S.14:33 · Le soleil et la lune assujettis, la nuit et le jour
- dāʾibayni
- racine *d-ʾ-b* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : persévérer sans cesse, sans relâche, dans une activité régulière.
S.14:34 · Le niʿma qu’on ne saurait dénombrer — l’humain injuste et ingrat
- min kulli mā saʾaltumūhu
- **Point de méthode.** La préposition partitive *min* (« de tout ce que ») borne, comme pour *min dhunūbikum* (S14:10), la portée exacte de ce qui est affirmé — non nécessairement la totalité absolue de toute demande possible, mais ce qui a été effectivement demandé et accordé.
- lā tuḥṣūhā
- racine *ḥ-ṣ-y* : dénombrer, compter avec exactitude.
- la-ẓalūmun kaffār
- formes intensives (schème *faʿūl*) : injuste et ingrat de façon caractéristique, habituelle — **écho intra-sourate** avec *li-kulli ṣabbārin shakūr* (S14:5, même schème intensif) : le texte oppose ainsi, dans la même sourate, l'endurant-reconnaissant à l'injuste-ingrat.
L’invocation d’Ibrāhīm pour La Mecque et pour les siens · S14:35–41
S.14:35 · L’invocation d’Ibrāhīm — sécurité pour le balad, éloignement des idoles
- hādhā l-balada āminan
- même invocation qu'en S2:126 (« *hādhā baladan āminan* », « fais de ceci un balad en sécurité »), ici avec l'article défini, sur le même terme *balad* (racine *b-l-d*, l'étendue de terre qui demeure, conservé en translittération, une « ville » supposant à tort une structure urbaine déjà bâtie).
- ijnubnī
- racine *j-n-b* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : écarter, tenir à distance sur le côté.
S.14:36 · Les idoles ont égaré beaucoup de gens — qui me suit, qui me désobéit
- fa-innahu minnī
- **Non-dit** : le texte ne précise pas ici la nature exacte de cette appartenance (« des miens ») — lignée biologique, communauté de foi, ou les deux — ce Bloc ne tranche pas au-delà de ce que ce seul verset affirme.
- ghafūrun raḥīm
- couple de noms fréquent dans le Coran, conservé en translittération.
S.14:37 · La descendance installée près de la Maison interdite
- min dhurriyyatī … ʿinda baytika l-muḥarram
- **Dit** : le texte affirme une installation d'une partie de la descendance d'Ibrāhīm — non de sa totalité (préposition partitive *min*) — dans une vallée sans culture, auprès de la Maison. **Non-dit** : ce seul verset ne nomme aucun lieu par son nom — aucun récit de la *sīra* n'est importé ici. Cette invocation répond à celle où Ibrāhīm et Ismāʿīl élèvent les fondations de la Maison (S2:125–129) — les deux passages se répondent, sans que l'un ne soit lu comme comblant un silence de l'autre au-delà de ce que chacun affirme.
- afʾidatan mina n-nāsi tahwī ilayhim
- racine *h-w-y* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : la pente, l'inclination du désir — même racine que *ahwāʾ* (S2:120), ici au sens d'une inclination du cœur, non d'un désir désordonné. Image figurée d'un mouvement intérieur des cœurs humains, sans aucun rapport avec la question de la connotation spatiale réservée à Allaah.
S.14:38 · Rien n’échappe à Allaah, ni sur terre ni dans le ciel
- mā yakhfā ʿalā llāhi min shayʾin fi l-arḍi wa-lā fi s-samāʾ
- thème de la science exhaustive d'Allaah (voir S6:59 et *passim*) — le mérisme « ni sur la terre ni dans le ciel » couvre l'intégralité de ce qui existe, sans qu'aucune localisation d'Allaah Lui-même ne soit ici en cause : c'est l'étendue de Sa science, non Sa position, qui est affirmée.
S.14:39 · Louange pour Ismāʿīl et Isḥāq donnés dans la vieillesse
- al-ḥamdu li-llāhi lladhī wahaba
- voir la note de méthode en tête de ce Bloc sur « Ce qui » substitué à « Celui qui » pour Allaah.
S.14:40 · La demande d’établir la ṣalāt, pour lui et sa descendance
- wa-min dhurriyyatī
- préposition partitive *min* de nouveau (voir S14:37) : la demande porte sur une partie de la descendance, non sur sa totalité indifférenciée.
S.14:41 · La demande de pardon — pour lui, ses parents et les croyants
Point sensible — wa-li-wālidayya (S14:41). Ce Bloc applique ici la même prudence que pour l’istighfār d’Ibrāhīm en faveur de son père (S9:113–114). Le texte de ce seul verset ne nomme aucune personne : Ibrāhīm demande le pardon pour « ses deux parents » (wālidayya), sans préciser ici leur situation de foi ni le moment de sa propre vie où se situe cette invocation. L’étude Rapports aux parents cartographie l’ensemble de l’architecture coranique concernant Ibrāhīm et son père : le diagnostic direct (S6:74), le dialogue pédagogique (S19:41–47), l’arrêt de l’istighfār une fois l’inimitié établie avec certitude (S9:113–114), et la délimitation textuelle explicite qui exclut cette parole précise du « modèle accompli » (uswatun ḥasanah, S60:4). Ce Bloc ne tranche pas la chronologie de S14:41 par rapport à ces autres versets — un non-dit de ce seul verset — et renvoie à cette étude plutôt que d’importer ici une résolution qui excéderait ce que ce seul verset affirme.
- wa-li-wālidayya
- voir le callout dédié ci-dessus.
- yawma yaqūmu l-ḥisāb
- racine *q-w-m* (la même que pour *Qiyāma* et *maqām*) : le jour où le compte « se dresse », s'établit — même image de la station et de la comparution posée pour *maqāmī* (S14:14).
L’avertissement final et la clôture de la sourate · S14:42–52
S.14:42 · Allaah n’est pas dans l’inattention de ce que font les ẓālimūn
- ghāfilan
- même idée qu'en S2:74 (« *wa-mā llāhu bi-ghāfilin ʿammā taʿmalūn* », « Allaah n'est pas inattentif à ce que vous faites »), sous une construction équivalente.
- tashkhaṣu
- racine *sh-kh-ṣ* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : se dresser fixement, rester béant sans ciller — l'œil qui ne peut plus se détourner.
S.14:43 · Le jour du regard figé — les cœurs comme de l’air
Crux lexical — wa-afʾidatuhum hawāʾ (S14:43). L’image finale de ce verset (« et leurs cœurs, de l’air ») admet, chez les lexicographes classiques, une portée qu’il convient de préciser sans l’amplifier. Hawāʾ, racine h-w-y — Ibn Manẓūr (Lisān al-ʿArab) : l’air, l’espace vide, ce qui n’a aucune consistance ni contenu propre. Appliqué au cœur (fuʾād, siège de l’entendement et de l’affect dans le lexique coranique), l’image décrit un état de vidage total sous l’effet de la terreur — un cœur qui ne contient plus rien, ni pensée ni résolution, comme suspendu dans le vide. Ce Bloc retient ce sens attesté sans lui ajouter de mécanisme physiologique ou psychologique que le texte ne précise pas davantage (non-dit sur la nature exacte de cet état, au-delà de l’image elle-même).
- muhṭiʿīn
- racine *h-ṭ-ʿ* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : se précipiter, courir tendu vers un point, tête tendue en avant.
- muqniʿī ruʾūsihim
- racine *q-n-ʿ*, forme IV : lever la tête en la renversant en arrière, dans une position figée — geste d'attente terrifiée.
- hawāʾ
- voir le callout dédié ci-dessus.
S.14:44 · La demande de délai des ẓālimūn — le serment antérieur rappelé
- zawāl
- racine *z-w-l* : le déclin, la cessation, ce qui s'efface et disparaît.
- nujib daʿwataka wa-nattabiʿi r-rusula
- **Dit** : la promesse formulée dans l'urgence porte sur deux actes précis — répondre à l'appel, suivre les rusul — sans qu'aucune circonstance ne permette d'en vérifier la sincérité, le texte l'opposant aussitôt au serment contraire déjà prononcé auparavant.
S.14:45 · Les demeures de ceux qui se sont fait tort à eux-mêmes
- ẓalamū anfusahum
- même formule qu'en S3:117 (« *qawmin ẓalamū anfusahum* »), appliquée ici aux peuples anciens dont les demeures ont été habitées par les générations suivantes.
S.14:46 · Leur manœuvre — le crux de « in kāna »
Crux syntaxique — wa-in kāna makruhum li-tazūla minhu l-jibāl (S14:46). La particule in admet ici deux lectures grammaticales distinctes, toutes deux attestées dans l’usage classique de l’arabe. Première lecture (in concessive) : « même si leur manœuvre avait été de nature à faire disparaître les montagnes » — une hyperbole soulignant l’ampleur apparente du dessein des ẓālimūn, aussitôt relativisée par son impuissance devant Allaah. Seconde lecture (in négative, usage archaïque équivalent à mā, également attesté par les grammairiens classiques) : « leur manœuvre n’était pas de nature à faire disparaître les montagnes » — c’est-à-dire que leur manœuvre, malgré les apparences, était en réalité sans portée réelle. Ce Bloc nomme les deux lectures sans trancher entre elles ; les deux convergent sur le même constat d’ensemble — l’impuissance de la manœuvre humaine face à Allaah — sans qu’aucune ne l’emporte de façon décisive sur la seule base de ce verset.
- makarū makrahum … ʿinda llāhi makruhum
- racine *m-k-r*, comme en S3:54, S10:21 et S12:76. Construction distincte ici : le texte ne dit pas qu'Allaah « use de manœuvre » en retour, mais que leur manœuvre est *ʿinda llāh* — à Sa connaissance et sous Son emprise. *ʿInda* est ici une préposition de relation (« chez, relevant de, aux yeux de »), non l'indication d'un lieu où se trouverait Allaah. Pas de jeu de miroir verbal (*jinās*) comme en S3:54.
- in kāna … li-tazūla
- voir le callout dédié ci-dessus.
S.14:47 · Allaah ne manque pas à Sa promesse envers Ses rusul
- mukhlifa waʿdihi
- même négation qu'en S3:9 (« *inna llāha lā yukhlifu l-mīʿād* ») et S13:31, sous une autre construction grammaticale (*mukhlifa*, participe, plutôt que le verbe conjugué), sans écart de sens.
- dhū ntiqām
- racine *n-q-m* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : la rétribution en retour d'un tort commis, la réponse juste qui rétablit ce qui a été rompu. **Point de méthode** : ce terme désigne une fonction rétributive, non une émotion de vengeance prêtée à Allaah.
S.14:48 · Le jour où la terre sera changée — comparution devant al-Wāḥid al-Qahhār
- tubaddalu l-arḍu ghayra l-arḍi
- **Non-dit** : ce seul verset affirme un changement de la terre et des cieux, sans en préciser le mécanisme, l'étendue ni la nature exacte — ce Bloc ne comble pas ce silence par une élaboration extérieure au texte.
- barazū li-llāhi
- même racine et même traitement qu'en S14:21 — voir la note qui y est posée.
- al-Wāḥid al-Qahhār
- *al-Wāḥid* : l'Unique, rencontré sous la forme *ilāhun wāḥid* en S4:171. *Al-Qahhār* : même traitement qu'en S12:39 et S13:16 — aucun mot français à un seul terme ne porte le sens de cette racine sans connotation de violence physique ; conservé en translittération.
S.14:49 · Les mujrimūn enchaînés
- muqarranīn
- racine *q-r-n* : lier, accoupler deux choses ensemble.
- al-aṣfād
- racine *ṣ-f-d* : les chaînes, les entraves qui lient les membres.
S.14:50 · Vêtements de goudron, visages recouverts par le Feu
- sarābīl
- racine *s-r-b-l* : le vêtement qui enveloppe le corps entier.
- qaṭirān
- le goudron, la poix — substance inflammable.
S.14:51 · La rétribution selon ce que chaque âme a acquis
- li-yajziya llāhu kulla nafsin mā kasabat … sarīʿu l-ḥisāb
- formule de rétribution fréquente dans le Coran, rendue à l'identique à chaque occurrence.
S.14:52 · Clôture — une communication pour les gens, un ilāh unique
- balāgh
- même rendu qu'en S3:20 : « la transmission menée à son terme, sans obligation de résultat sur son accueil » — repris ici pour clore la sourate.
- annamā huwa ilāhun wāḥidun
- même déclaration d'unicité qu'en S4:171 (« *innamā llāhu ilāhun wāḥidun* ») et que la structure de S2:163 (voir l'étude Kitmān et Bayān) — une phrase nominale, assertion directe, sans justification ni condition préalable.
- ulū l-albāb
- « ceux qui sont dotés du minimum de raison qu'un humain pourrait posséder » (S13:19) — voir l'étude Ulū l-albāb. La sourate se referme ainsi sur le même terme qui, dans la Sourate 13, qualifiait ceux à qui le rappel s'adresse en propre.