Structure du Bloc I — ouverture de la Sourate 15. Quatre ensembles. D’abord l’exorde — les lettres séparées Alif-Lām-Rāʾ, le Kitāb et le Qurʾān explicite, et le regret futur des kāfirūn qui voudront avoir été muslimūn (S15:1–3). Puis le terme fixé et consigné de chaque cité, la moquerie envers le Rappel (adh-dhikr) et envers les rusul anciens, et la déclaration d’Allaah selon laquelle c’est Lui qui a fait descendre ce Rappel et qui en est le gardien (S15:4–13). Puis la démonstration que même un signe cosmique spectaculaire — une porte ouverte dans le ciel — ne convaincrait pas les kāfirūn, suivie du ciel orné de constellations et préservé de tout shayṭān banni, sauf celui qui dérobe l’écoute et qu’un projectile manifeste poursuit (S15:14–18). Enfin la terre étendue et mesurée, les subsistances, les vents fécondants, la vie et la mort, et le rassemblement final devant un Rabb Ḥakīm, ʿAlīm (S15:19–25).

Note de méthode — trois points de continuité. (1) S15:1, Alif-Lām-Rāʾ : même combinaison de lettres séparées que S10:1, S11:1, S12:1 (à distinguer de la forme élargie Alif-Lām-Mīm-Rāʾ de S13:1) — aucun sens n’est attribué à ces lettres ; voir l’étude Les Muqaṭṭaʿāt, qui répertorie cette occurrence (S15:1) dans son inventaire complet. (2) S15:9, la préservation du Dhikr : ce verset, souvent invoqué de façon isolée, est traité en détail dans deux études de ce site — Le sens exact du naskh, qui s’appuie sur lui comme argument décisif contre toute abrogation textuelle, et Les récitations, qui précise que la préservation porte sur le dhikr dans son essence, non sur al-lafẓ al-ʿarabī pris isolément — ce Bloc s’appuie sur ces deux études plutôt que de rouvrir la question. (3) S15:16–18, le ciel préservé des shayāṭīn : voir l’étude La Lapidation, qui inventorie les six occurrences coraniques de ash-shayṭāni r-rajīm (dont S15:17 et S15:34, nommément) et distingue ce sens de bannissement du sens littéral de jet de pierres.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.15:1 Lettres séparées — Alif-Lām-Rāʾ — le Kitāb et le Qurʾān explicite
S.15:2 Le regret futur des kāfirūn — auraient voulu être muslimūn
S.15:3 Laisse-les jouir — l’espoir qui distrait — ils sauront bientôt
S.15:4 Nulle cité détruite sans un terme consigné
S.15:5 Nulle communauté ne devance ni ne retarde son terme
S.15:6 L’accusation de folie envers celui qui reçoit le Dhikr
S.15:7 La demande de faire descendre les malāʾika
S.15:8 Les malāʾika ne descendent qu’avec le ḥaqq — plus de délai alors
S.15:9 C’est Nous qui avons fait descendre le Dhikr, et Nous en sommes les gardiens
S.15:10 Des rusul envoyés avant, parmi les factions des anciens
S.15:11 Nul rasūl ne leur venait sans qu’ils ne s’en moquent
S.15:12 Ainsi Nous le faisons pénétrer dans les cœurs des mujrimūn
S.15:13 Ils n’y croient pas — la voie constante des anciens est déjà passée
S.15:14 Même une porte ouverte dans le ciel, avec ascension visible
S.15:15 Ils diraient : nos regards sont enivrés, nous sommes ensorcelés
S.15:16 Le ciel orné de constellations
S.15:17 Le ciel préservé de tout shayṭān banni
S.15:18 Sauf celui qui dérobe l’écoute — le projectile manifeste
S.15:19 La terre étendue, les ancrages, toute chose selon une mesure
S.15:20 Les subsistances pour vous, et pour qui vous n’êtes pas pourvoyeurs
S.15:21 Les trésors de toute chose auprès d’Allaah — mesure connue
S.15:22 Les vents fécondants, l’eau du ciel — vous n’en êtes pas dépositaires
S.15:23 Nous faisons vivre et mourir — Nous sommes les héritiers
S.15:24 Nous connaissons ceux qui devancent et ceux qui retardent
S.15:25 Ton Rabb les rassemblera — Il est Ḥakīm, ʿAlīm

Exorde — le Kitāb et le Qurʾān explicite, le regret futur des kāfirūn · S15:1–3

S.15:1 · Lettres séparées — Alif-Lām-Rāʾ — le Kitāb et le Qurʾān explicite

S.15:1
الر ۚ تِلْكَ آيَاتُ الْكِتَابِ وَقُرْآنٍ مُبِينٍ
Alif · Lām · Rāʾ — tilka āyātu l-kitābi wa-qurʾānin mubīn Alif, Lām, Rāʾ. Voilà les āyāt du Kitāb, et d’une Lecture (Qurʾān) explicite (mubīn).
Notes lexicales
Alif · Lām · Rāʾ
lettres séparées (*ḥurūf muqaṭṭaʿāt*) — même combinaison que S10:1, S11:1, S12:1 (à distinguer de la forme élargie *Alif-Lām-Mīm-Rāʾ* de S13:1). Aucun sens n'est attribué à ces lettres — voir l'étude Les Muqaṭṭaʿāt, qui inventorie cette occurrence.
qurʾānin mubīn
*mubīn*, racine *b-y-n* (rendre manifeste, expliciter) — voir S5:16 (« *kitāb mubīn* », « un Livre explicite »), ici appliqué non au Kitāb lui-même (déjà nommé juste avant) mais à sa qualité de Lecture (*Qurʾān*) — les deux noms, Kitāb et Qurʾān, désignant le même texte sous deux aspects distincts.

S.15:2 · Le regret futur des kāfirūn — auraient voulu être muslimūn

S.15:2
رُبَمَا يَوَدُّ الَّذِينَ كَفَرُوا لَوْ كَانُوا مُسْلِمِينَ
Rubbamā yawaddu lladhīna kafarū law kānū muslimīn Souvent (rubbamā), ceux qui ont commis le kufr voudront avoir été muslimūn (soumis).
Notes lexicales
rubbamā
particule *rubba* suivie de *mā* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : particule qui présente un fait comme occasionnel dans sa forme, mais dont l'usage classique atteste qu'elle peut affirmer, sur ce mode rhétorique, la certitude d'un événement à venir. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas le moment de ce regret (à la mort, lors du rassemblement, ou à tout autre instant) — ce Bloc ne tranche pas au-delà de l'affirmation elle-même.
muslimīn
conservé en translittération, comme *al-islām* (S3:19/85) — « les soumis », participe actif de la racine *s-l-m* (l'intégrité, la remise entière de soi), non un nom confessionnel figé.

S.15:3 · Laisse-les jouir — l’espoir qui distrait — ils sauront bientôt

S.15:3
ذَرْهُمْ يَأْكُلُوا وَيَتَمَتَّعُوا وَيُلْهِهِمُ الْأَمَلُ ۖ فَسَوْفَ يَعْلَمُونَ
Dharhum yaʾkulū wa-yatamattaʿū wa-yulhihimu l-amalu fa-sawfa yaʿlamūn Laisse-les manger et jouir (yatamattaʿū) — que l’espoir (al-amal) les distraie (yulhihim) : ils sauront bientôt (fa-sawfa yaʿlamūn).
Notes lexicales
yulhihimu l-amal
*yulhī*, racine *l-h-w* : distraire, détourner l'attention par un divertissement. *Al-amal* : l'attente prolongée, l'espoir tourné vers l'avenir — à distinguer de *rajāʾ* (l'espoir positif), non rencontré ici.
fa-sawfa yaʿlamūn
formule de menace différée — **dit** : le texte ne précise pas ici la nature de ce qu'ils « sauront », laissant peser l'annonce elle-même comme avertissement.

Le terme des cités, la moquerie envers le Dhikr et les rusul anciens · S15:4–13

S.15:4 · Nulle cité détruite sans un terme consigné

S.15:4
وَمَا أَهْلَكْنَا مِنْ قَرْيَةٍ إِلَّا وَلَهَا كِتَابٌ مَعْلُومٌ
Wa-mā ahlaknā min qaryatin illā wa-lahā kitābun maʿlūm Et Nous n’avons détruit aucune cité (qarya) sans qu’elle n’ait eu un terme consigné (kitābun maʿlūm).
Notes lexicales
qarya
l'agglomération humaine, distincte de *balad* (l'étendue de terre, S14:35).
kitābun maʿlūm
même famille que *ajalin musamman* (S6:2, S10:11, S13:2), mais formulée ici sous l'image d'un « écrit connu » plutôt que d'un simple terme fixé. **Non-dit** : la nature exacte de ce *kitāb* — registre céleste ou simple figure de la fixité inéluctable du terme — n'est pas précisée par ce seul verset ; ce Bloc ne tranche pas au-delà de l'image posée.

S.15:5 · Nulle communauté ne devance ni ne retarde son terme

S.15:5
مَا تَسْبِقُ مِنْ أُمَّةٍ أَجَلَهَا وَمَا يَسْتَأْخِرُونَ
Mā tasbiqu min ummatin ajalahā wa-mā yastaʾkhirūn Nulle communauté (umma) ne devance son terme (ajalahā), ni ne le retarde (yastaʾkhirūn).
Notes lexicales
mā tasbiqu … wa-mā yastaʾkhirūn
reprise, sous une formulation négative et symétrique, du principe de *ajal musamman* — un terme qui ne peut être ni précédé ni différé. Ce même verbe *istaʾkhara* reviendra à S15:24 (ce Bloc), appliqué non plus aux communautés mais aux individus.

S.15:6 · L’accusation de folie envers celui qui reçoit le Dhikr

S.15:6
وَقَالُوا يَا أَيُّهَا الَّذِي نُزِّلَ عَلَيْهِ الذِّكْرُ إِنَّكَ لَمَجْنُونٌ
Wa-qālū yā ayyuhā lladhī nuzzila ʿalayhi dh-dhikru innaka la-majnūn Et ils dirent : « Ô toi sur qui le Dhikr (le Rappel) a été descendu, tu es certes fou (la-majnūn) ! »
Notes lexicales
adh-dhikr
racine *dh-k-r* : le rappel, ce qui est gardé présent à l'esprit — nom appelé à revenir avec insistance dans ce Bloc (S15:9) ; voir l'étude Comprendre avant de mémoriser, qui traite S15:9.
majnūn
racine *j-n-n* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : ce qui est voilé, recouvert, caché à la vue (d'où *janna*, le jardin dont la végétation dissimule le sol, et *jinn*, ce qui échappe à la perception). *Majnūn* : dont la raison serait ainsi recouverte, obscurcie.

S.15:7 · La demande de faire descendre les malāʾika

S.15:7
لَوْ مَا تَأْتِينَا بِالْمَلَائِكَةِ إِنْ كُنْتَ مِنَ الصَّادِقِينَ
Law mā taʾtīnā bi-l-malāʾikati in kunta mina ṣ-ṣādiqīn « Que ne nous amènes-tu pas les malāʾika, si tu es du nombre des véridiques (aṣ-ṣādiqīn) ! »
Notes lexicales
law mā taʾtīnā
structure d'incitation/reproche (« que ne... pas ») formée par *law mā*.

S.15:8 · Les malāʾika ne descendent qu’avec le ḥaqq — plus de délai alors

S.15:8
مَا نُنَزِّلُ الْمَلَائِكَةَ إِلَّا بِالْحَقِّ وَمَا كَانُوا إِذًا مُنْظَرِينَ
Mā nunazzilu l-malāʾikata illā bi-l-ḥaqqi wa-mā kānū idhan munẓarīn Nous ne faisons descendre les malāʾika qu’avec le ḥaqq — et alors, ils n’auraient plus de délai (munẓarīn).
Notes lexicales
wa-mā kānū idhan munẓarīn
**Dit** : ce verset répond directement à la demande de S15:7 (ce Bloc) — faire descendre les malāʾika signifierait la fin du délai accordé (*munẓarīn*), non une simple preuve supplémentaire à leur disposition. Même racine que *fa-anẓirnī* (Iblīs demandant un délai, S15:36–38, Bloc II de cette sourate) — écho lexical sur un mode inversé : ici, le délai des kāfirūn cesserait avec la venue des anges ; là, un délai est au contraire accordé à Iblīs.

S.15:9 · C’est Nous qui avons fait descendre le Dhikr, et Nous en sommes les gardiens

Point de méthode — S15:9, traité par deux études dédiées. Ce verset, souvent invoqué isolément dans les débats sur la préservation du texte coranique, est analysé en détail dans deux études de ce site : Le sens exact du naskh, qui en fait un argument décisif contre toute abrogation textuelle (un texte qu’Allaah garantit préservé ne saurait contenir des āyāt qu’Il aurait Lui-même vidées de leur sens) ; et Les récitations, qui précise que le pronom lahu (« pour lui ») renvoie à adh-dhikr dans son essence — le message, le rappel — et non à al-lafẓ al-ʿarabī, la formulation arabe spécifique prise isolément. Ce Bloc s’appuie sur ces deux analyses plutôt que de rouvrir la question.

S.15:9
إِنَّا نَحْنُ نَزَّلْنَا الذِّكْرَ وَإِنَّا لَهُ لَحَافِظُونَ
Innā naḥnu nazzalnā dh-dhikra wa-innā lahu la-ḥāfiẓūn C’est Nous qui avons fait descendre le Dhikr, et c’est Nous qui en sommes les gardiens (la-ḥāfiẓūn).
Notes lexicales
la-ḥāfiẓūn
racine *ḥ-f-ẓ* — même racine que *ḥafiẓnāhā* (S15:17, ce Bloc), appliquée là au ciel préservé des shayāṭīn : la préservation, dans cette sourate, s'exerce aussi bien sur le texte que sur l'ordre cosmique.

S.15:10 · Des rusul envoyés avant, parmi les factions des anciens

S.15:10
وَلَقَدْ أَرْسَلْنَا مِنْ قَبْلِكَ فِي شِيَعِ الْأَوَّلِينَ
Wa-laqad arsalnā min qablika fī shiyaʿi l-awwalīn Et Nous avons certes envoyé, avant toi, [des rusul] parmi les factions (shiyaʿ) des anciens (al-awwalīn).
Notes lexicales
shiyaʿi l-awwalīn
racine *sh-y-ʿ*, déjà vue à propos du *shirk* factionnel (étude Le Shirk : *shiyaʿ*, les factions qui divisent un même *dīn*) — emploi ici distinct : non des factions religieuses rivales, mais les groupes et générations successifs des peuples anciens auxquels des rusul furent envoyés. Même racine, sens contextuel différent, signalé pour éviter toute confusion entre les deux emplois.

S.15:11 · Nul rasūl ne leur venait sans qu’ils ne s’en moquent

S.15:11
وَمَا يَأْتِيهِمْ مِنْ رَسُولٍ إِلَّا كَانُوا بِهِ يَسْتَهْزِئُونَ
Wa-mā yaʾtīhim min rasūlin illā kānū bihi yastahziʾūn Et il ne leur venait aucun rasūl sans qu’ils ne s’en moquent (yastahziʾūn).
Notes lexicales
yastahziʾūn
même racine que *yastahziʾu* (S2:14–15 : « Allaah les rend dérisoires », jamais « Se moque ») — mais emploi ici distinct : ce sont les gens qui se moquent des rusul, un sens ordinaire, humain, de la racine, sans aucune question méthodologique concernant Allaah.

S.15:12 · Ainsi Nous le faisons pénétrer dans les cœurs des mujrimūn

S.15:12
كَذَٰلِكَ نَسْلُكُهُ فِي قُلُوبِ الْمُجْرِمِينَ
Kadhālika naslukuhu fī qulūbi l-mujrimīn C’est ainsi que Nous le faisons pénétrer (naslukuhu) dans les cœurs des mujrimūn (des artisans de faute).
Notes lexicales
naslukuhu
racine *s-l-k* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : faire entrer, faire cheminer à travers, insérer profondément. **Non-dit** : le référent du pronom *-hu* (« le ») n'est pas fixé par la seule syntaxe de ce verset — il peut renvoyer soit au déni/à la moquerie mentionnés au verset précédent, soit au Dhikr lui-même comme épreuve qui traverse les cœurs sans y être reçue ; ce Bloc nomme les deux lectures, attestées l'une et l'autre chez les grammairiens classiques, sans trancher.

S.15:13 · Ils n’y croient pas — la voie constante des anciens est déjà passée

S.15:13
لَا يُؤْمِنُونَ بِهِ ۖ وَقَدْ خَلَتْ سُنَّةُ الْأَوَّلِينَ
Lā yuʾminūna bihi wa-qad khalat sunnatu l-awwalīn Ils n’y croient pas — alors que ce qui s’est établi comme voie constante pour les peuples qui ont précédé (sunnatu l-awwalīn) est déjà passé.
Notes lexicales
sunnatu l-awwalīn
voir l'étude Sunna · Sunan · Sunnat Allāh, qui traite ce verset (S15:13) : la *sunnat al-awwalīn* désigne, dans les trois occurrences coraniques de cette formule, le sort déjà accompli des peuples précédents qui ont rejeté leurs rusul — la destruction, le châtiment. La formule *qad khalat* (« est déjà passée ») signale un fait accompli de l'histoire, non une promesse abstraite ; l'étude dédiée l'identifie par ailleurs, en S35:43, à la *sunnat Allāh* elle-même.

Le ciel qui ne convaincrait pas, le ciel orné et préservé · S15:14–18

S.15:14 · Même une porte ouverte dans le ciel, avec ascension visible

S.15:14
وَلَوْ فَتَحْنَا عَلَيْهِمْ بَابًا مِنَ السَّمَاءِ فَظَلُّوا فِيهِ يَعْرُجُونَ
Wa-law fataḥnā ʿalayhim bāban mina s-samāʾi fa-ẓallū fīhi yaʿrujūn Et même si Nous ouvrions sur eux une porte du ciel, par laquelle ils continueraient d’y monter (yaʿrujūn),
Notes lexicales
ẓallū … yaʿrujūn
construction « *ẓalla* + verbe à l'inaccompli » : persister, continuer sans relâche dans un état. *Yaʿrujūn*, racine *ʿ-r-j* : monter, gravir par degrés — même racine que le nom de la Sourate *al-Maʿārij* (S70).

S.15:15 · Ils diraient : nos regards sont enivrés, nous sommes ensorcelés

S.15:15
لَقَالُوا إِنَّمَا سُكِّرَتْ أَبْصَارُنَا بَلْ نَحْنُ قَوْمٌ مَسْحُورُونَ
La-qālū innamā sukkirat abṣārunā bal naḥnu qawmun masḥūrūn ils diraient certes : « Ce ne sont que nos regards qui ont été enivrés (sukkirat) — bien plus, nous sommes un peuple ensorcelé (masḥūrūn). »
Notes lexicales
sukkirat abṣārunā
racine *s-k-r* (même racine que *sukr*, l'ivresse) au passif : « nos regards ont été comme enivrés, embrumés ». **Dit** : le texte affirme ainsi que même un signe cosmique spectaculaire — une porte ouverte dans le ciel, une ascension constatée de leurs propres yeux — ne suffirait pas à convaincre les kāfirūn : leur déni se reporterait sur l'interprétation qu'ils en donneraient eux-mêmes (illusion des sens, ensorcellement), non sur un manque de preuve.
masḥūrūn
racine *s-ḥ-r* : l'ensorcellement, l'altération de la perception par un artifice.

S.15:16 · Le ciel orné de constellations

S.15:16
وَلَقَدْ جَعَلْنَا فِي السَّمَاءِ بُرُوجًا وَزَيَّنَّاهَا لِلنَّاظِرِينَ
Wa-laqad jaʿalnā fi s-samāʾi burūjan wa-zayyannāhā li-n-nāẓirīn Et Nous avons certes placé, dans le ciel, des constellations (burūj), et Nous l’avons paré (zayyannāhā) pour ceux qui regardent (li-n-nāẓirīn).
Notes lexicales
burūj
racine *b-r-j* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : sens premier, la forteresse, la tour élevée et bien visible ; par extension, une position ou une étape astrale nettement marquée (d'où « constellation »). Même racine que le nom traditionnel de la Sourate *al-Burūj* (S85).
zayyannāhā
même racine et même image que *zayyannā s-samāʾa d-dunyā bi-maṣābīḥa* (S67:5, cité dans l'étude La Lapidation, à propos des étoiles-projectiles) — le ciel orné pour l'observation, avant que ce même Bloc n'en vienne, deux versets plus loin, à sa fonction de préservation contre les shayāṭīn.

S.15:17 · Le ciel préservé de tout shayṭān banni

S.15:17
وَحَفِظْنَاهَا مِنْ كُلِّ شَيْطَانٍ رَجِيمٍ
Wa-ḥafiẓnāhā min kulli shayṭānin rajīm Et Nous l’avons préservé (ḥafiẓnāhā) de tout shayṭān banni (rajīm).
Notes lexicales
ḥafiẓnāhā
même racine que *la-ḥāfiẓūn* (S15:9, ce Bloc), appliquée là au Dhikr préservé — ici, c'est le ciel lui-même qui reçoit cette même préservation.
shayṭānin rajīm
voir l'étude La Lapidation, où ce verset figure : *rajīm*, racine *r-j-m*, adjectif verbal passif — « banni, chassé, maudit » (sens premier : lapidé/repoussé par jet de pierres ; ici, sens dérivé d'exclusion et de bannissement, jamais une mise à mort). L'étude dédiée recense six occurrences de cette expression exacte dans le Coran, dont S15:17 et S15:34 (Bloc II de cette sourate).

S.15:18 · Sauf celui qui dérobe l’écoute — le projectile manifeste

S.15:18
إِلَّا مَنِ اسْتَرَقَ السَّمْعَ فَأَتْبَعَهُ شِهَابٌ مُبِينٌ
Illā mani staraqa s-samʿa fa-atbaʿahu shihābun mubīn sauf celui qui dérobe l’écoute (istaraqa s-samʿ) — un projectile manifeste (shihābun mubīn) le poursuit alors (fa-atbaʿahu).
Notes lexicales
istaraqa s-samʿ
racine *s-r-q* (voler, dérober), forme VIII : dérober furtivement, à la sauvette.
shihābun mubīn
racine *sh-h-b* : le météore, la flamme ardente — même thème que les *rujūm* (projectiles célestes contre les shayāṭīn, S67:5) recensés dans l'étude La Lapidation, ici au singulier annonçant une exception ponctuelle plutôt qu'une défense générale. **Non-dit** : ce seul verset ne précise ni le mécanisme exact de ce « vol d'écoute » ni la nature précise de ce *shihāb* (météorique ou d'une autre nature) — ce Bloc ne l'élabore pas davantage, renvoyant à l'étude dédiée pour l'inventaire complet de cette racine dans le Coran.

La terre étendue et mesurée, la vie et la mort, le rassemblement · S15:19–25

S.15:19 · La terre étendue, les ancrages, toute chose selon une mesure

S.15:19
وَالْأَرْضَ مَدَدْنَاهَا وَأَلْقَيْنَا فِيهَا رَوَاسِيَ وَأَنْبَتْنَا فِيهَا مِنْ كُلِّ شَيْءٍ مَوْزُونٍ
Wa-l-arḍa madadnāhā wa-alqaynā fīhā rawāsiya wa-anbatnā fīhā min kulli shayʾin mawzūn Et la terre, Nous l’avons étendue (madadnāhā), et Nous y avons placé des ancrages fermes (rawāsiya), et Nous y avons fait pousser (anbatnā) de toute chose selon une mesure (mawzūn).
Notes lexicales
madadnāhā … rawāsiya
voir S13:3 (« *madda l-arḍa … rawāsiya* ») — repris ici à l'identique.
min kulli shayʾin mawzūn
racine *w-z-n* (peser, équilibrer) — même racine que *al-mīzān* (étude Fasād et Mufsidūn, à propos de la mesure et du poids dans l'échange commercial, S7:85) : ce verset étend la même exigence de mesure de l'ordre commercial humain à l'ordre de la création elle-même.

S.15:20 · Les subsistances pour vous, et pour qui vous n’êtes pas pourvoyeurs

S.15:20
وَجَعَلْنَا لَكُمْ فِيهَا مَعَايِشَ وَمَنْ لَسْتُمْ لَهُ بِرَازِقِينَ
Wa-jaʿalnā lakum fīhā maʿāyisha wa-man lastum lahu bi-rāziqīn Et Nous y avons placé pour vous des subsistances (maʿāyish), ainsi que pour ce dont vous n’êtes pas les pourvoyeurs (rāziqīn).
Notes lexicales
maʿāyish
racine *ʿ-y-sh* : vivre, subsister — pluriel désignant les moyens concrets de subsistance.
wa-man lastum lahu bi-rāziqīn
**Dit** : le texte distingue deux bénéficiaires de ce que porte la terre — vous (les humains) d'une part, et un autre groupe dont vous n'êtes pas les pourvoyeurs d'autre part. **Non-dit** : l'identité précise de ce second groupe n'est pas nommée par ce seul verset — ce Bloc ne l'identifie pas au-delà de ce que le texte affirme (généralement compris, sans que ce verset seul ne le fixe, comme les bêtes et les autres créatures vivant de la terre).

S.15:21 · Les trésors de toute chose auprès d’Allaah — mesure connue

S.15:21
وَإِنْ مِنْ شَيْءٍ إِلَّا عِنْدَنَا خَزَائِنُهُ وَمَا نُنَزِّلُهُ إِلَّا بِقَدَرٍ مَعْلُومٍ
Wa-in min shayʾin illā ʿindanā khazāʾinuhu wa-mā nunazziluhu illā bi-qadarin maʿlūm Et il n’est rien dont Nous n’ayons, auprès de Nous, les trésors (khazāʾinuhu) — et Nous ne le faisons descendre que selon une mesure connue (bi-qadarin maʿlūm).
Notes lexicales
khazāʾinuhu
voir l'étude Le Nabī n'est pas législateur, S6:50 : le *nabī* désavoue lui-même posséder « les trésors d'Allaah » — ce verset en pose l'affirmation positive symétrique : ces trésors sont bien auprès d'Allaah, jamais auprès du *nabī* ni d'aucune créature.
bi-qadarin maʿlūm
même famille que la *mashīʾa*/le *qadar*. **Non-dit** : le mécanisme exact de cette « descente selon une mesure connue » n'est pas développé par ce seul verset au-delà de l'image posée — les versets suivants (pluie, vents) en donnent des illustrations concrètes sans épuiser la portée générale du principe.

S.15:22 · Les vents fécondants, l’eau du ciel — vous n’en êtes pas dépositaires

S.15:22
وَأَرْسَلْنَا الرِّيَاحَ لَوَاقِحَ فَأَنْزَلْنَا مِنَ السَّمَاءِ مَاءً فَأَسْقَيْنَاكُمُوهُ وَمَا أَنْتُمْ لَهُ بِخَازِنِينَ
Wa-arsalnā r-riyāḥa lawāqiḥa fa-anzalnā mina s-samāʾi māʾan fa-asqaynākumūhu wa-mā antum lahu bi-khāzinīn Et Nous avons envoyé les vents fécondants (riyāḥan lawāqiḥ), puis Nous avons fait descendre du ciel une eau, par laquelle Nous vous avons abreuvés (asqaynākumūhu) — et vous n’en êtes pas les dépositaires (khāzinīn).
Notes lexicales
riyāḥan lawāqiḥ
racine *l-q-ḥ* : féconder. **Non-dit** : le mécanisme précis de cette fécondation — des nuées, des plantes, ou les deux — n'est pas davantage élaboré par ce seul verset ; ce Bloc n'y importe aucune notion scientifique moderne.
mā antum lahu bi-khāzinīn
même racine que *khazāʾinuhu* (S15:21, ce Bloc, au sujet des trésors d'Allaah) : écho structurel au sein de ce même Bloc — les trésors demeurent auprès d'Allaah (v.21), et les humains, mêmes bénéficiaires de l'eau qui en descend, n'en sont à aucun moment les dépositaires (v.22).

S.15:23 · Nous faisons vivre et mourir — Nous sommes les héritiers

S.15:23
وَإِنَّا لَنَحْنُ نُحْيِي وَنُمِيتُ وَنَحْنُ الْوَارِثُونَ
Wa-innā la-naḥnu nuḥyī wa-numītu wa-naḥnu l-wārithūn Et c’est Nous, certes, qui faisons vivre (nuḥyī) et qui faisons mourir (numītu) — et c’est Nous qui sommes les héritiers (al-wārithūn).
Notes lexicales
al-wārithūn
racine *w-r-th* : hériter, recevoir en dernier ce qui reste après que tout le reste s'est retiré. **Dit** : cet héritage universel affirme que toute chose retourne finalement à Allaah — non un héritage au sens successoral humain, où un bien change de possesseur entre deux êtres du même ordre.

S.15:24 · Nous connaissons ceux qui devancent et ceux qui retardent

S.15:24
وَلَقَدْ عَلِمْنَا الْمُسْتَقْدِمِينَ مِنْكُمْ وَلَقَدْ عَلِمْنَا الْمُسْتَأْخِرِينَ
Wa-laqad ʿalimnā l-mustaqdimīna minkum wa-laqad ʿalimnā l-mustaʾkhirīn Et Nous connaissons certes ceux d’entre vous qui devancent (al-mustaqdimīn), et Nous connaissons certes ceux qui retardent (al-mustaʾkhirīn).
Notes lexicales
al-mustaqdimīna … al-mustaʾkhirīn
même racine que *yastaʾkhirūn* (S15:5, ce Bloc, à propos du terme des communautés) — écho direct, appliqué ici non plus aux communautés mais aux individus. **Non-dit** : ce seul verset ne fixe pas le référent précis de cette antériorité et de cette postériorité — succession des générations humaines dans le temps, ou toute autre forme de préséance — ce Bloc nomme la portée générale du principe (la science exhaustive d'Allaah s'étend à cet ordre) sans importer une identification plus précise que le texte ne fournit pas lui-même.

S.15:25 · Ton Rabb les rassemblera — Il est Ḥakīm, ʿAlīm

S.15:25
وَإِنَّ رَبَّكَ هُوَ يَحْشُرُهُمْ ۚ إِنَّهُ حَكِيمٌ عَلِيمٌ
Wa-inna rabbaka huwa yaḥshuruhum innahu ḥakīmun ʿalīm Et ton Rabb, c’est Lui qui les rassemblera (yaḥshuruhum) — Il est certes Ḥakīm, ʿAlīm.
Notes lexicales
yaḥshuruhum
racine *ḥ-sh-r* : rassembler, réunir en un même lieu ceux qui étaient dispersés — clôture de cette première section sur l'annonce du rassemblement final.
Ḥakīmun ʿAlīm
conservés en translittération, comme ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah (voir S3:54, S4:11 et *passim*).

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