Structure du Bloc II. Six ensembles. D’abord la création de l’humain à partir d’une argile sonore (ṣalṣāl), et celle du jānn, avant lui, à partir du feu du samūm (S15:26–27). Puis le récit complet de l’ordre de prosternation donné aux malāʾika devant l’humain façonné et animé du rūḥ d’Allaah, le refus d’Iblīs, l’interrogation qui lui est adressée, son raisonnement, la sentence qui le bannit, et la malédiction posée sur lui jusqu’au jour de la rétribution (S15:28–35). Puis sa demande de délai, accordée jusqu’à un moment connu (S15:36–38). Puis le programme d’égarement qu’il déclare vouloir mener sur terre, l’exemption des serviteurs qu’Allaah rend purs, la réponse d’Allaah qui pose cette exemption comme un engagement qui Lui incombe, et la limite de tout pouvoir d’Iblīs, restreint à qui le suivra librement parmi les égarés (S15:39–42). Puis jahannam, son rendez-vous fixé et ses sept portes, chacune recevant une part déterminée (S15:43–44). Enfin la janna promise aux muttaqīn — jardins et sources, entrée en paix et en sécurité, rancœur arrachée des poitrines, fraternité, et absence de toute fatigue et de toute expulsion (S15:45–48).
Note de méthode — quatre points de continuité. (1) S15:28–34, le récit de la prosternation et du refus d’Iblīs : ce récit reprend, avec des variantes lexicales mineures signalées à leur place, la trame de S2:34 (Bloc II de la Sourate 2) et surtout de S7:11–18 (Bloc I de la Sourate 7), où la même prudence méthodologique est appliquée à la parole d’Iblīs imputant à Allaah la cause de son égarement — ce Bloc applique cette même prudence à S15:39 (bimā aghwaytanī), formule identique à S7:16. (2) S15:29, wa-nafakhtu fīhi min rūḥī : même racine et même prudence de traduction que pour rūḥ al-qudus (S2:87) et rūḥun minhu (S4:171) — le texte ne précise pas la nature de ce rūḥ, et toute identification à une entité déterminée excède ce que ces versets disent ; ce principe est appliqué ici à l’insufflation en l’humain. (3) S15:36–38, la demande de délai : quasi mot pour mot S7:14–15 (anẓirnī … al-munẓarīn). (4) S15:45, al-muttaqīn : conservé en translittération — voir l’étude Al-Muttaqūn ne signifie pas « les pieux », qui établit que la racine w-q-y désigne une action active de mise à l’abri, non un état de piété rituelle. Un point de méthode documenté en note à son emplacement : S15:41, hādhā ṣirāṭun ʿalayya mustaqīm — la préposition ʿalā y est lue au sens d’obligation/garantie (« ce qui M’incombe »), non au sens directionnel (« qui mène à Moi »), afin d’éviter toute lecture spatiale impliquant qu’Allaah serait un point d’arrivée localisable ; voir le callout dédié à cet endroit.
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.15:26 | La création de l’humain — argile sonore, boue sombre et changée |
| S.15:27 | La création du jānn, avant l’humain — le feu du samūm |
| S.15:28 | L’annonce de la création de l’humain aux malāʾika |
| S.15:29 | La mise en forme, l’insufflation du rūḥ, l’ordre de prosternation |
| S.15:30 | Les malāʾika se prosternent, tous ensemble |
| S.15:31 | Sauf Iblīs — il refuse |
| S.15:32 | L’interrogation adressée à Iblīs |
| S.15:33 | Le raisonnement d’Iblīs — il ne se prosternera pas devant l’argile |
| S.15:34 | La sentence — sors, tu es banni |
| S.15:35 | La malédiction jusqu’au jour de la rétribution |
| S.15:36 | La demande de délai d’Iblīs |
| S.15:37 | Le délai accordé |
| S.15:38 | Jusqu’au jour du moment connu |
| S.15:39 | « Puisque Tu m’as égaré » — le programme sur terre |
| S.15:40 | Sauf Tes serviteurs rendus purs |
| S.15:41 | La réponse d’Allaah — un engagement qui Lui incombe |
| S.15:42 | Aucun pouvoir sur Mes serviteurs, sauf qui suivra librement |
| S.15:43 | Jahannam, rendez-vous fixé pour eux tous |
| S.15:44 | Les sept portes, chacune sa part déterminée |
| S.15:45 | Les muttaqīn — jardins et sources |
| S.15:46 | Entrez-y en paix, en sécurité |
| S.15:47 | La rancœur arrachée des poitrines — frères, face à face |
| S.15:48 | Nulle fatigue, jamais d’expulsion |
La création de l’humain et celle du jānn · S15:26–27
S.15:26 · La création de l’humain — argile sonore, boue sombre et changée
- ṣalṣāl
- racine *ṣ-l-ṣ-l* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) et Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : le bruit sec et clair que rend un corps dur qu'on heurte (le tintement du métal ou de la poterie). *Ṣalṣāl* désigne, par extension, une argile suffisamment séchée pour résonner au contact — un état intermédiaire entre la boue humide et la poterie cuite (comparer S55:14, qui la compare explicitement à *al-fakhkhār*, la poterie).
- ḥamaʾin masnūn
- *ḥamaʾ*, racine *ḥ-m-ʾ* : la boue sombre, noircie, telle qu'elle se dépose au fond d'un puits ou d'un lit de rivière (comparer S18:86, *ʿaynin ḥamiʾah*, une source à l'eau boueuse). *Masnūn*, racine *s-n-n* : Ibn Manẓūr rapporte pour cette racine, appliquée à ce verset précis, deux sens attestés chez les lexicographes anciens — (1) *al-muṣawwar*, ce qui a reçu une forme, un contour façonné (de *sanna sh-shayʾa*, donner à une chose sa figure) ; (2) *al-mutaghayyir*, ce qui a changé de couleur ou d'odeur avec le temps (de *sanna l-māʾ*, l'eau qui s'est altérée en stagnant). **Deux lectures lexicographiques attestées, non tranchées** : « façonnée » (une boue mise en forme) ou « changée/altérée » (une boue qui a subi une transformation par le temps) — ce Bloc nomme les deux, sans en écarter une sans justification textuelle.
S.15:27 · La création du jānn, avant l’humain
- al-jānn
- racine *j-n-n* — même racine que *majnūn* (S15:6, Bloc I de cette sourate : ce qui est voilé, caché à la vue). *Al-jānn* désigne ici un genre de créature soustraite à la perception ordinaire, distinct de l'humain et créé antérieurement à lui. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas le rapport exact entre *al-jānn* comme genre et Iblīs comme individu, dont le récit va suivre immédiatement — cette question n'est pas tranchée au-delà de ce que d'autres versets pourront préciser en leur temps.
- nāri s-samūm
- racine *s-m-m* : le vent brûlant qui pénètre par les pores (*samm*, le pore) — un feu qualifié par cette pénétration, non par une simple intensité.
L’ordre de prosternation, le refus d’Iblīs et sa sentence · S15:28–35
S.15:28 · L’annonce de la création de l’humain aux malāʾika
- bashar
- racine *b-sh-r* — désigne l'être humain sous l'aspect de son enveloppe visible, sa surface (*al-bashara*, la peau) : premier des deux noms employés dans ce récit pour l'humain, avant *insān* (S15:26, ce Bloc, appliqué à l'humanité en général) et *ādam* (nom propre, S15:33, ce Bloc).
S.15:29 · La mise en forme, l’insufflation du rūḥ, l’ordre de prosternation
Point de méthode — S15:29, wa-nafakhtu fīhi min rūḥī. Comme pour rūḥ al-qudus (S2:87) et rūḥun minhu (S4:171), le texte ne précise pas la nature de ce rūḥ, et toute identification à une entité déterminée excède ce que ces versets disent. Ce principe est appliqué ici : l’insufflation d’un rūḥ rattaché à Allaah par le pronom possessif de la première personne (rūḥī, « Mon rūḥ ») est rendue telle quelle, sans réduction à une notion précise (souffle vital, âme au sens philosophique, ou autre) que ce seul verset ne fournit pas — et sans qu’aucune image corporelle (un souffle qui sortirait d’un corps) ne soit importée dans la traduction française.
- sawwaytuhu
- racine *s-w-y*, forme II : mettre en ordre, achever une mise en forme équilibrée.
- rūḥī
- voir le callout ci-dessus. Racine *r-w-ḥ* — conservé en translittération.
- sājidīn
- quasi mot pour mot S2:34, S7:11 (*usjudū li-ādama fa-sajadū*) — ici sous la forme d'un ordre anticipé, donné avant même que la création ne soit achevée dans le récit.
S.15:30 · Les malāʾika se prosternent, tous ensemble
- kulluhum ajmaʿūn
- double insistance sur la totalité (*kull*, « tout » ; *ajmaʿūn*, « rassemblés sans exception ») — **dit** : aucun *malak* ne fait exception à cet ordre ; le refus qui suit immédiatement (S15:31, ce Bloc) provient donc d'une créature d'une autre nature que les *malāʾika*, non de l'un d'entre eux.
S.15:31 · Sauf Iblīs — il refuse
- abā
- racine *ʾ-b-y* : refuser, se dérober avec fermeté — quasi mot pour mot S2:34, S7:11 (*illā iblīsa abā*). **Note de cohérence** : ce verset n'ajoute pas ici, comme le fait S2:34, la mention explicite de *stakbara* (l'orgueil) — variante lexicale mineure signalée par souci d'exhaustivité, l'orgueil d'Iblīs étant en revanche nommé dans le récit parallèle de S7:13 (*tatakabbara*).
S.15:32 · L’interrogation adressée à Iblīs
- mā laka allā takūna
- construction interrogative directe — variante de formulation par rapport au parallèle S7:12 (*mā manaʿaka allā tasjuda*, « qu'est-ce qui t'a empêché de te prosterner »), de portée équivalente.
S.15:33 · Le raisonnement d’Iblīs
- lam akun li-asjuda
- construction avec *li-* devant l'inaccompli subjonctif : « il ne m'était pas [approprié/possible] de » — tournure plus catégorique que la réponse parallèle de S7:12, qui développait un raisonnement comparatif explicite (« je suis meilleur que lui, Tu m'as créé de feu et Tu l'as créé d'argile »). **Dit** : ici, Iblīs ne développe pas la comparaison feu/argile — il pose seulement, sans l'expliciter davantage dans ce verset, l'impossibilité qu'il s'attribue à lui-même. Ce Bloc ne fusionne pas les deux versions, malgré leur parenté narrative évidente : chacune rapporte ce qu'elle rapporte.
S.15:34 · La sentence — sors, tu es banni
- rajīm
- voir S15:17 (Bloc I de cette sourate) et l'étude La Lapidation : « banni, chassé » — sens dérivé d'exclusion, jamais une mise à mort par jet de pierres au sens littéral dans cet emploi.
S.15:35 · La malédiction jusqu’au jour de la rétribution
- al-laʿnata
- racine *l-ʿ-n* : l'éloignement, le bannissement hors de la *raḥma*. Selon les occurrences, le mot est traduit (« la malédiction d'Allaah », S2:89, S3:87) ou conservé en translittération (*al-laʿna*, S2:161). **Précision propre à ce verset** : la construction ne comporte pas de génitif explicite *laʿnatu llāh* — c'est Allaah qui parle directement à Iblīs (« sur toi pèse la malédiction »), sans que le nom d'Allaah soit formellement accolé au mot par la construction grammaticale elle-même. Ce Bloc retient la traduction « malédiction », comme dans la majorité des occurrences, en signalant cet écart de traitement entre les occurrences.
- yawm ad-dīn
- racine *d-y-n* — *dīn* conservé en translittération ; ici dans l'expression consacrée « le jour de la rétribution/du jugement » (voir S1).
La demande de délai accordée · S15:36–38
S.15:36 · La demande de délai d’Iblīs
- anẓirnī
- quasi mot pour mot S7:14 (*qāla anẓirnī ilā yawmi yubʿathūn*, identique) — racine *n-ẓ-r* à la forme IV : accorder un délai, un répit.
S.15:37 · Le délai accordé
- al-munẓarīn
- identique à S7:15 ; et à S15:8 (Bloc I de cette sourate), où ce même terme désignait au contraire l'absence de délai pour les kāfirūn au moment de la venue des malāʾika — écho lexical relevé au Bloc I : ici, le délai est au contraire accordé à Iblīs.
S.15:38 · Jusqu’au jour du moment connu
- al-waqt al-maʿlūm
- racine *w-q-t* : le moment précis, déterminé. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas si ce « jour du moment connu » désigne le même jour que celui de la résurrection déjà nommé au verset précédent (S15:36, ce Bloc), ou un instant distinct, connu d'Allaah seul, antérieur à celui-ci — ce Bloc ne tranche pas entre ces deux lectures, faute d'indication textuelle supplémentaire dans ce seul passage.
Le programme d’Iblīs et l’exemption des ʿibād rendus purs · S15:39–42
Point de méthode — S15:39, bimā aghwaytanī, en continuité directe avec S7:16. Ce verset reprend la formule exacte de S7:16 — fa-bi-mā aghwaytanī (« puisque Tu m’as égaré ») — parole d’Iblīs imputant à Allaah la cause de son propre égarement, immédiatement après le récit de son refus délibéré (S15:31–33, ce Bloc). Comme à S7:16, ce Bloc traite cette parole comme ce qu’Iblīs dit — un discours direct rapporté tel quel par le texte — non comme une explication que le texte donnerait lui-même sur la cause dernière de sa déchéance. Le rapport entre la mashīʾa d’Allaah et la responsabilité propre d’Iblīs n’est pas tranché ici.
S.15:39 · « Puisque Tu m’as égaré » — le programme sur terre
- bimā aghwaytanī
- voir le callout ci-dessus — mot pour mot S7:16.
- la-uzayyinanna
- racine *z-y-n* (voir *zayyana*, S6:108/122/137 ; *zīnatakum*, S7:31) — ici appliquée à l'action même qu'Iblīs déclare vouloir mener : embellir, rendre attrayant ce qui égare. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas l'objet exact de cette parure (les actes mauvais eux-mêmes, ou la vie d'ici-bas en général) — le complément reste implicite dans la construction arabe elle-même.
S.15:40 · Sauf Tes serviteurs rendus purs
- al-mukhlaṣīn
- racine *kh-l-ṣ* (la pureté, l'absence de mélange) — pour la forme active *mukhliṣīn*, voir S2:139, S6:139, S7:29 (« ceux qui vouent [le dīn] sans mélange », de leur propre initiative). **Distinction morphologique** : ce verset emploie la forme passive *mukhlaṣ* (participe passif de la forme IV), non la forme active *mukhliṣ* — « ceux qui sont rendus purs [par Allaah] », et non « ceux qui se rendent purs [eux-mêmes] ». Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) atteste cette distinction pour la racine : le passif désigne une pureté conférée, choisie de l'extérieur, tandis que l'actif désigne un effort propre au sujet.
S.15:41 · La réponse d’Allaah — un engagement qui Lui incombe
Point de méthode — S15:41, hādhā ṣirāṭun ʿalayya mustaqīm. La préposition ʿalā porte, en arabe classique, plusieurs sens distincts : un sens spatial (« sur, au-dessus de »), et un sens d’obligation ou de garantie assumée par un sujet (« il incombe à un tel de… », comme dans l’expression courante ʿalayya dayn, « j’ai une dette qui m’incombe »). Ce Bloc retient ici le second sens — « cela M’incombe » — plutôt qu’une lecture qui ferait de ce ṣirāṭ un chemin menant vers Allaah au sens d’une destination localisable, afin de ne reconduire, même par un simple choix de préposition en français, aucune image spatiale concernant Allaah. Le texte affirme ainsi qu’Allaah prend Lui-même en charge, comme un engagement tenu droit, la protection des serviteurs qu’Il a rendus purs.
- ṣirāṭun … ʿalayya
- voir le callout ci-dessus. *Ṣirāṭ* (cf. *aṣ-ṣirāṭ al-mustaqīm*, S1) — ici employé dans un sens dérivé, non comme le chemin que suit un marcheur, mais comme l'engagement même qu'Allaah pose et garantit. À distinguer de son emploi dans la bouche d'Iblīs (S7:16 : *ṣirāṭaka l-mustaqīm*, « Ton chemin droit », visé comme lieu de son embuscade) — ici c'est Allaah qui parle, et le mot désigne la fermeté de Sa propre garantie, non un chemin extérieur à Lui.
S.15:42 · Aucun pouvoir sur Mes serviteurs
- sulṭān
- racine *s-l-ṭ*, employée ailleurs (S3:151, S4:91/144/153, S7:33) dans un sens distinct : là, *sulṭān* désignait une preuve/autorité qu'Allaah ferait descendre pour justifier un culte ; ici, il désigne l'emprise, le pouvoir de contrainte — Iblīs n'a sur les serviteurs d'Allaah aucune emprise de cet ordre. **Dit** : le texte pose une exception unique et conditionnelle — seul qui *suit librement* (*ittabaʿaka*, un verbe d'action volontaire du côté de l'humain) parmi les égarés se trouve concerné ; l'emprise d'Iblīs n'est donc affirmée que comme la conséquence d'un choix humain, non comme une contrainte qu'il exercerait de son propre chef.
- al-ghāwīn
- racine *gh-w-y*, même racine que *aghwaytanī*/*ughwiyannahum* (S15:39, ce Bloc) et que *aghwaytanī* (S7:16) — ici sous la forme du participe substantivé, « les égarés/pervertis ».
Jahannam et ses sept portes · S15:43–44
S.15:43 · Jahannam, rendez-vous fixé pour eux tous
- mawʿiduhum
- racine *w-ʿ-d* (la promesse, l'échéance fixée) — *mawʿid*, le lieu ou le moment de rendez-vous, appliqué ici à *jahannam* elle-même.
S.15:44 · Les sept portes, chacune sa part déterminée
- sabʿatu abwāb … juzʾun maqsūm
- *juzʾ*, racine *j-z-ʾ* (la part, la portion découpée d'un tout) ; *maqsūm*, racine *q-s-m* (partagé, réparti selon une mesure). **Non-dit** : ce seul verset ne précise ni le critère de répartition entre les sept portes, ni l'identité des groupes ainsi répartis — ce Bloc ne l'élabore pas au-delà de l'affirmation d'un ordre déterminé (*maqsūm*), sans importer aucune classification extérieure au texte.
La Janna promise aux muttaqīn · S15:45–48
S.15:45 · Les muttaqīn — jardins et sources
- al-muttaqīn
- conservé en translittération, comme depuis l'ouverture de la Sourate 2 (« ceux qui se constituent une protection, une mise à l'abri » — racine *w-q-y*, une action active de préservation de soi, non un état de piété rituelle). → Voir l'étude Les muttaqūn.
S.15:46 · Entrez-y en paix, en sécurité
- bi-salāmin āminīn
- *salām*, racine *s-l-m* (l'intégrité, la sûreté — même racine que *muslimīn*, S15:2, Bloc I de cette sourate) ; *āminīn*, racine *ʾ-m-n* (la sécurité, l'absence de crainte) — deux qualifications distinctes juxtaposées : la paix comme état, la sécurité comme absence de menace.
S.15:47 · La rancœur arrachée des poitrines — frères, face à face
- ghill
- racine *gh-l-l* — même racine que *ghulla/ghalla* (S3:161 : soustraire furtivement) : *ghill* en est le sens dérivé, le ressentiment dissimulé, tapi sous la surface, tel qu'il est nommé dans l'invocation de S59:10 (« ne mets pas dans nos poitrines de *ghill* envers ceux qui ont cru »).
- mutaqābilīn
- racine *q-b-l*, forme VI (l'action réciproque, se faire face mutuellement). **Dit** : le texte associe explicitement l'arrachement de la rancœur à la fraternité (*ikhwānan*) et à une disposition physique de face-à-face — non de dos tourné ni de hiérarchie de préséance.
S.15:48 · Nulle fatigue, jamais d’expulsion
- naṣab
- racine *n-ṣ-b* : la fatigue, la peine physique.
- mukhrajīn
- racine *kh-r-j*, même racine que *tukhrajūn* (S7:25, appliquée à l'extraction de la terre au jour de la résurrection) — ici la négation explicite de toute expulsion, clôturant ce Bloc sur l'antithèse exacte de la sortie forcée qui a frappé Iblīs (*fa-khruj minhā*, S15:34, ce Bloc) et Ādam (*ihbiṭū*, S7:24) : la demeure des muttaqīn, à la différence de ces deux sorties, n'admet aucune expulsion.