Structure du Bloc III. Quatre ensembles. D’abord une annonce brève adressée aux ʿibād d’Allaah : Il est al-Ghafūr, ar-Raḥīm, et Son châtiment est le châtiment douloureux (S15:49–50). Puis le récit des hôtes d’Ibrāhīm : leur salut, l’appréhension d’Ibrāhīm, l’annonce d’un garçon empreint de science, son étonnement devant la vieillesse qui l’a atteint, l’insistance des envoyés à ne pas désespérer de la raḥma d’Allaah, la question d’Ibrāhīm sur leur mission, et leur réponse — un peuple d’artisans de faute, sauf la famille de Lūṭ tout entière, hormis son épouse, décrétée du nombre de ceux qui restent en arrière (S15:51–60). Puis les mêmes envoyés chez la famille de Lūṭ : son trouble devant des inconnus, leur annonce du ḥaqq, l’ordre de partir de nuit, et le décret du retranchement au matin (S15:61–66). Enfin l’irruption des gens de la cité, l’appel de Lūṭ à ne pas le déshonorer devant ses hôtes, leur reproche d’avoir déjà été mis en garde contre quiconque venu du dehors, l’offre de ses filles, un serment sur sa vie et leur ivresse d’égarement, le Cri au lever du jour, le bouleversement de la cité sous une pluie de pierres de sijjīl, et les signes qu’elle laisse pour ceux qui savent discerner et pour les muʾminūn (S15:67–77).
Note de méthode — cinq points de continuité. (1) S15:65, fa-asri bi-ahlika bi-qiṭʿin mina l-layli … wa-lā yaltafit : formule presque mot pour mot identique à S11:81 pour le même épisode — ce Bloc en ajoute deux éléments propres à cette version (wa-ttabiʿ adbārahum, wa-mḍū ḥaythu tuʾmarūn), signalés à leur place. (2) S15:69, wa-ttaqu llāha wa-lā tukhzūni : reprise mot pour mot de S11:78 (fa-ttaqū llāha wa-lā tukhzūni). (3) S15:71, hāʾulāʾi banātī : même prudence maximale que pour S11:78 — sens lexical premier (les filles biologiques de Lūṭ), sans trancher au-delà de ce que le texte donne ; voir le callout dédié à cet endroit. (4) S15:74, ḥijāratan min sijjīl : précédent exact S11:82–83, y compris le crux lexical sur sijjīl (deux lectures nommées, sans trancher). (5) aṣ-ṣayḥa (S15:73) : « le Cri » (S7:78/91, S11:67/94) — mais ce verset emploie ici un complément circonstanciel distinct (mushriqīn, « au lever du jour ») là où les versions parallèles employaient jāthimīn (« gisant à terre, immobiles ») ; voir la note à cet endroit.
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.15:49 | L’annonce aux ʿibād — al-Ghafūr, ar-Raḥīm |
| S.15:50 | Le châtiment douloureux |
| S.15:51 | Les hôtes d’Ibrāhīm |
| S.15:52 | Le salut, et l’appréhension d’Ibrāhīm |
| S.15:53 | L’annonce d’un garçon empreint de science |
| S.15:54 | L’étonnement d’Ibrāhīm devant la vieillesse |
| S.15:55 | « Ne sois pas de ceux qui désespèrent » |
| S.15:56 | Qui désespère de la raḥma, sinon les égarés ? |
| S.15:57 | « Quelle est votre affaire, ô les envoyés ? » |
| S.15:58 | Envoyés vers un peuple d’artisans de faute |
| S.15:59 | Sauf la famille de Lūṭ, sauvée tout entière |
| S.15:60 | Sauf son épouse — décrétée parmi ceux qui restent en arrière |
| S.15:61 | Les envoyés arrivent chez la famille de Lūṭ |
| S.15:62 | « Vous êtes des gens que je ne reconnais pas » |
| S.15:63 | « Nous t’apportons ce dont ils doutaient » |
| S.15:64 | « Nous t’avons apporté le ḥaqq » |
| S.15:65 | L’ordre de partir de nuit |
| S.15:66 | Le décret — retranchés au matin |
| S.15:67 | Les habitants de la cité, exultants |
| S.15:68 | « Ce sont mes hôtes — ne me déshonorez pas » |
| S.15:69 | « Constituez-vous une taqwā — ne m’humiliez pas » |
| S.15:70 | « Ne t’avions-nous pas interdit quiconque venu du dehors ? » |
| S.15:71 | « Voici mes filles, si vous voulez agir » |
| S.15:72 | Par ta vie — plongés dans leur ivresse égarée |
| S.15:73 | Le Cri les saisit au lever du jour |
| S.15:74 | Le bouleversement de la cité — pierres de sijjīl |
| S.15:75 | Des signes pour qui sait discerner |
| S.15:76 | Sur un chemin qui subsiste |
| S.15:77 | Un signe pour les muʾminūn |
L’annonce aux ʿibād d’Allaah — al-Ghafūr et le châtiment douloureux · S15:49–50
S.15:49 · L’annonce aux ʿibād — al-Ghafūr, ar-Raḥīm
- nabbiʾ
- racine *n-b-ʾ* : faire savoir une chose d'une certaine importance — même racine que *yunabbiʾukum*. Ici à l'impératif, ordre donné directement au nabī Muḥammad de transmettre.
- al-Ghafūru r-Raḥīm
- couple de ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah, conservé en translittération (S2, S3, S5, S10 et *passim*).
S.15:50 · Le châtiment douloureux
- al-ʿadhābu l-alīm
- racine *ʾ-l-m* (la douleur) — **dit** : le texte pose côte à côte, sans hiérarchie ni ordre de priorité exprimé entre elles, la qualité de *Ghafūr*/*Raḥīm* (S15:49, ce Bloc) et celle du châtiment douloureux — deux affirmations juxtaposées que ce Bloc rapporte telles quelles, sans importer de doctrine sur la préséance de l'une sur l'autre.
Les hôtes d’Ibrāhīm — l’annonce et le désespoir refusé · S15:51–60
S.15:51 · Les hôtes d’Ibrāhīm
- ḍayf
- racine *ḍ-y-f* : l'hôte reçu, celui qu'on accueille — à distinguer de *rusul*/*rusulunā*, employé dans le récit parallèle de S11:69–83 pour désigner ces mêmes visiteurs. **Non-dit** : ce seul mot ne précise ni le nombre ni la nature exacte de ces hôtes — ce Bloc ne l'anticipe pas au-delà de ce que le texte donne à lire ici.
S.15:52 · Le salut, et l’appréhension d’Ibrāhīm
- wajilūn
- racine *w-j-l* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) et Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : la frayeur soudaine, la saisie intérieure devant l'inconnu ou l'inattendu — à distinguer de *khawf* (la crainte au sens le plus général) et de *khashya* (la crainte empreinte de reconnaissance envers ce que l'on sait puissant). **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas la cause exacte de cette appréhension — le motif (des hôtes dont la main ne se porte pas vers la nourriture offerte) n'est pas relaté dans ce texte-ci, à la différence d'autres passages coraniques qui le développent.
S.15:53 · L’annonce d’un garçon empreint de science
- nubashshiruka
- racine *b-sh-r* (*bashīr*, S11:2/S12:96 ; *bushrā*, S11:71/74) — ici sous la forme verbale, l'annonce d'une heureuse nouvelle.
- ghulāmin ʿalīm
- racine *gh-l-m* : le jeune garçon, non encore parvenu à l'âge adulte. **Non-dit** : ce seul verset ne nomme pas ce fils — à la différence de S11:71, qui identifie explicitement Isḥāq, puis Yaʿqūb à sa suite — ce Bloc ne l'anticipe pas au-delà de ce que ce texte-ci donne à lire.
S.15:54 · L’étonnement d’Ibrāhīm devant la vieillesse
- ʿalā an massaniya l-kibar
- *ʿalā* introduit ici une circonstance concédée (« alors même que »), non un rapport spatial. *Massa*, racine *m-s-s* : au sens fonctionnel (« atteindre », S6:17, S10:107) plutôt qu'un contact physique littéral ; ici appliquée à un humain (la vieillesse qui l'a atteint), aucune vigilance méthodologique n'est requise. *Al-kibar* : la vieillesse.
S.15:55 · « Ne sois pas de ceux qui désespèrent »
- al-qāniṭīn
- racine *q-n-ṭ* — les lexicographes classiques la rattachent à l'idée d'un désespoir poussé à son terme, plus radical que le simple *yaʾs* (S12:87 : *lā tayʾasū min rawḥi llāh*, les fils de Yaʿqūb au sujet de Yūsuf). Ce Bloc en retrouve l'écho au verset suivant (S15:56), où elle est reprise sous une forme verbale appliquée cette fois à la *raḥma* elle-même.
S.15:56 · Qui désespère de la raḥma, sinon les égarés ?
- yaqnaṭu min raḥmati rabbihi … aḍ-ḍāllūn
- construction parallèle à S12:87 (*lā yayʾasu min rawḥi llāhi illā l-qawmu l-kāfirūn*), mais avec deux différences signalées par souci de précision : la racine employée ici (*q-n-ṭ*, non *y-ʾ-s*), et l'objet du désespoir (*raḥma*, non *rawḥ* — deux racines distinctes, *r-ḥ-m* et *r-w-ḥ*, déjà différenciées en S12:87). Le groupe exclu de ce désespoir n'est ici pas nommé *kāfirūn* mais *ḍāllūn* — l'égarement plutôt que le déni.
S.15:57 · « Quelle est votre affaire, ô les envoyés ? »
- khaṭbukum
- racine *kh-ṭ-b* : l'affaire d'importance, ce qui appelle une explication.
- al-mursalūn
- racine *r-s-l*, même famille que *rusul*/*mursalūn* en son sens le plus large (envoyé, dépêché vers un but — voir l'étude Nabī et Rasūl, et S11:69–83 pour ces mêmes visiteurs).
S.15:58 · Envoyés vers un peuple d’artisans de faute
- mujrimīn
- voir S15:12 (Bloc I de cette même sourate).
S.15:59 · Sauf la famille de Lūṭ, sauvée tout entière
- āl Lūṭ
- racine *ʾ-w-l* (ou, selon d'autres grammairiens, apparentée à *ʾ-h-l*) — Ibn Fāris : *āl*, employé le plus souvent pour désigner la proche parenté ou l'entourage rattaché à une personne de rang, se distingue légèrement d'*ahl* (le terme employé pour la même réalité au récit parallèle de S11:81), sans qu'on y attache de conséquence de sens supplémentaire dans ce contexte narratif précis.
- munajjūhum
- racine *n-j-w* (*najjaynā*, S7:72, S11:58/66/94).
S.15:60 · Sauf son épouse — décrétée parmi ceux qui restent en arrière
- qaddarnā
- racine *q-d-r*, même famille que la *mashīʾa*/le *qadar* — appliquée ici à un fait narratif précis (le sort de l'épouse de Lūṭ).
- al-ghābirīn
- racine *gh-b-r* : rester en arrière, ne pas suivre ceux qui partent. **Précision propre à cette version du récit** : là où S11:81 rapportait seulement, par la négative, l'exception faite à l'ordre de ne pas se retourner (« sauf ta femme »), ce verset précise explicitement, par un terme distinct, qu'elle est du nombre de ceux qui *restent* — deux versets qui se complètent sans se contredire.
Les mêmes envoyés chez la famille de Lūṭ — l’ordre de départ · S15:61–66
S.15:61 · Les envoyés arrivent chez la famille de Lūṭ
- āla lūṭin il-mursalūn
- reprise des deux termes déjà rencontrés dans ce même Bloc (*āl Lūṭ*, S15:59 ; *al-mursalūn*, S15:57).
S.15:62 · « Vous êtes des gens que je ne reconnais pas »
- munkarūn
- racine *n-k-r* : ce qui n'est pas reconnu, ce qui demeure étranger à la connaissance qu'on en a (à distinguer d'autres emplois de la même racine, ailleurs dans le Coran, pour le blâme ou le désaveu moral, non rencontrés ici). **Dit** : Lūṭ ne reconnaît pas ses visiteurs — le texte ne précise pas, à ce stade du récit, s'il s'agit d'une simple méconnaissance de personnes inconnues ou d'un trouble plus profond ; la suite du récit (S15:68, ce Bloc) montrera qu'il les traite d'emblée comme ses hôtes.
S.15:63 · « Nous t’apportons ce dont ils doutaient »
- yamtarūn
- racine *m-r-y* : le doute contesté, la mise en discussion. **Dit** : ce peuple doutait de quelque chose que le texte ne nomme pas encore explicitement à cet endroit. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas la teneur exacte de ce doute ; les versets suivants de ce Bloc (le Cri, le bouleversement de la cité) en donnent l'objet par leur suite narrative — le châtiment annoncé — sans que ce verset-ci ne le nomme lui-même.
S.15:64 · « Nous t’avons apporté le ḥaqq »
- bi-l-ḥaqqi … ṣādiqūn
- écho direct, au sein même de ce Bloc, à la formule employée pour Ibrāhīm (S15:55 : *bashsharnāka bi-l-ḥaqqi*) — le même *ḥaqq* structure les deux annonces, l'une heureuse, l'autre de châtiment.
S.15:65 · L’ordre de partir de nuit
- fa-asri bi-ahlika bi-qiṭʿin mina l-layli … wa-lā yaltafit
- presque mot pour mot S11:81 (identique sur ces trois éléments). Ce verset-ci ajoute deux précisions propres à cette version du récit, absentes de S11:81 : l'ordre de marcher derrière les siens (*wa-ttabiʿ adbārahum*) et celui d'aller où il leur est ordonné (*wa-mḍū ḥaythu tuʾmarūn*) — deux versets qui se complètent sans se contredire.
- adbārahum
- racine *d-b-r* : l'arrière, ce qui vient en dernier — même racine que *dābir* au verset suivant (S15:66, ce Bloc), écho volontaire au sein de ce même passage entre l'arrière que suit Lūṭ pour protéger les siens et le « dernier vestige » retranché du peuple qui reste.
S.15:66 · Le décret — retranchés au matin
- qaḍaynā ilayhi
- racine *q-ḍ-y* (décréter, trancher) suivie de la préposition *ilā* : marque la communication directe d'un décret à une personne.
- dābira hāʾulāʾi maqṭūʿ
- *dābir*, même racine que *adbārahum* (S15:65, ce Bloc) — idiome classique attesté chez Ibn Manẓūr : « le dernier de » un peuple, sa postérité et sa trace, retranché sans reste — une extermination totale, non une simple défaite partielle. *Maqṭūʿ*, racine *q-ṭ-ʿ* (voir S13:21/25).
- muṣbiḥīn
- racine *ṣ-b-ḥ* (entrer dans le matin) ; à rapprocher, sans les confondre, de *mushriqīn* (S15:73, ce Bloc), deux marqueurs temporels distincts situant l'un et l'autre le même événement au petit matin.
L’irruption du peuple, l’offre de Lūṭ, le Cri et le bouleversement de la cité · S15:67–77
S.15:67 · Les habitants de la cité, exultants
- al-madīna
- racine *m-d-n* — à distinguer de *qarya* (S15:4, Bloc I : l'agglomération humaine en général, notamment dans le contexte de sa destruction). Aucune distinction de sens systématique n'est ici affirmée entre les deux termes au-delà de ce simple constat lexical — le texte les emploie l'un et l'autre pour la même cité selon le passage.
- yastabshirūn
- même racine que *nubashshiruka*/*bushrā* (S15:53, ce Bloc, et S11:71/74) — mais employée ici dans un registre inversé : une exultation tournée non vers une heureuse nouvelle au sens propre, mais vers l'arrivée de visiteurs qu'ils convoitent de mauvaise intention, comme le confirme la suite du récit.
S.15:68 · « Ce sont mes hôtes — ne me déshonorez pas »
- ḍayfī
- même racine que *ḍayf* (S15:51, ce Bloc, pour les hôtes d'Ibrāhīm) — écho volontaire entre les deux récits de ce même Bloc : les mêmes envoyés reçus en hôtes chez Ibrāhīm le sont aussi chez Lūṭ.
- tafḍaḥūni
- racine *f-ḍ-ḥ* : exposer à la honte publiquement, dévoiler ce qu'on voulait tenir caché.
S.15:69 · « Constituez-vous une taqwā — ne m’humiliez pas »
- wa-ttaqu llāha wa-lā tukhzūni
- mot pour mot S11:78 (*fa-ttaqū llāha wa-lā tukhzūni*). *Taqwā*, racine *w-q-y* ; *tukhzūni*, racine *kh-z-y*, même racine que *khizy* (S11:66).
S.15:70 · « Ne t’avions-nous pas interdit quiconque venu du dehors ? »
Point de méthode — S15:70, a-wa-lam nanhaka ʿani l-ʿālamīn. Al-ʿālamīn (les ʿālamīn) est un terme rencontré à de nombreuses reprises dans la formule Rabb al-ʿālamīn (le Rabb de tout ce qui existe, S1 et passim) — un sens totalisant, universel. Ici, employé comme complément du verbe nahā (interdire), il ne peut recevoir ce même sens totalisant sans absurdité (le peuple de Lūṭ ne pouvait matériellement lui interdire « l’univers entier ») : le contexte impose une lecture restreinte — « quiconque venu du dehors, tout étranger » — un déplacement de portée sémantique du même terme selon son emploi grammatical. Ce Bloc rend ainsi le sens contextuel, sans y importer le sens totalisant habituel du mot. Non-dit : la teneur exacte de cette interdiction antérieure — pourquoi ce peuple refusait-il l’accueil de tout étranger — n’est pas développée par ce seul verset ; ce Bloc ne l’élabore pas au-delà de ce que le texte donne à lire.
- nanhaka
- racine *n-h-y* : interdire, retenir par une défense expresse.
- al-ʿālamīn
- voir le callout ci-dessus.
S.15:71 · « Voici mes filles, si vous voulez agir »
Point de méthode, prudence maximale — S15:71, hāʾulāʾi banātī. Même lecture que pour le passage parallèle S11:78. Dit : Lūṭ oppose une alternative à son peuple, conditionnée par leur propre volonté d’agir (in kuntum fāʿilīn, « si vous voulez agir [ainsi] »). Non-dit : ce seul verset ne précise ni la forme exacte de ce qui est proposé, ni le référent exact de banātī. Les lexicographes classiques (Ibn Manẓūr, Lisān al-ʿArab, racine b-n-y) donnent en premier lieu le sens propre — les filles biologiques d’un homme — et c’est ce sens que ce Bloc retient, comme en S11:78, à défaut d’indication contraire dans le texte lui-même ; une extension du mot aux femmes du peuple de Lūṭ, rapportée par une partie des commentateurs postérieurs, est un usage possible de l’arabe mais non le sens lexical premier — ce Bloc la signale sans la retenir, faute d’appui direct dans ce seul verset.
- banātī
- voir le callout ci-dessus.
S.15:72 · Par ta vie — plongés dans leur ivresse égarée
Point de méthode, lecture grammaticale à nommer — S15:72, la-ʿamruka. Le texte introduit ici une formule de serment inhabituelle : la-ʿamruka (littéralement, « par ta vie » ou « par ton existence », racine ʿ-m-r, la durée d’une vie). L’adresse directe (« ta ») n’est pas identifiée nommément par ce seul verset. Deux lectures grammaticales attestées chez les commentateurs classiques du texte, sans que ce Bloc ne tranche entre elles : la première rattache cette adresse à Lūṭ lui-même, à l’intérieur du récit — une remarque du narrateur sur la vie de son nabī, prononcée au moment même de l’épreuve qu’il traverse ; la seconde la rattache au nabī Muḥammad, destinataire premier de l’ensemble du Qurʾān, en une adresse qui sort un instant du fil du récit pour s’adresser à lui directement. Ce Bloc nomme les deux lectures sans en écarter aucune, faute d’indication supplémentaire dans le texte lui-même. Cette formule associe la vie d’un être humain à un serment ; aucun terme employé ici ne concerne la nature d’Allaah — c’est une construction rhétorique propre à ce verset.
- la-ʿamruka
- voir le callout ci-dessus.
- sakratihim
- même racine que *sukkirat abṣārunā* (S15:15, Bloc I de cette même sourate : « nos regards ont été enivrés ») — écho intra-sourate volontaire entre l'aveuglement halluciné des dénégateurs devant un signe cosmique, et l'égarement de ce peuple devant ses propres hôtes.
- yaʿmahūn
- racine *ʿ-m-h* : errer sans direction, avancer en aveugle dans la confusion.
S.15:73 · Le Cri les saisit au lever du jour
- aṣ-ṣayḥatu
- racine *ṣ-y-ḥ* (S7:78/91, S11:67/94 : « le Cri »).
- mushriqīn
- racine *sh-r-q* (le lever du soleil). **Point de précision lexicale** : à la différence des occurrences parallèles (S7:78/91, S11:67/94), qui closent le récit par *jāthimīn* (« gisant à terre, immobiles » — le résultat du châtiment), ce verset-ci retient un tout autre complément circonstanciel : *mushriqīn* (« au moment où ils entraient dans le lever du jour » — un repère temporel, non postural). Ce Bloc rapporte cette différence de formulation telle quelle, sans la fusionner avec la formule parallèle ; elle fait écho, au sein de ce même Bloc, à *muṣbiḥīn* (S15:66), les deux marqueurs temporels situant l'un et l'autre l'événement au petit matin.
S.15:74 · Le bouleversement de la cité — pierres de sijjīl
Crux lexical, deux lectures attestées — sijjīl. Même lecture qu’en S11:82–83. Les lexicographes classiques (Lisān al-ʿArab, Kitāb al-ʿAyn) rapportent plusieurs analyses de ce mot : certains le rattachent à la racine s-j-l (le registre, l’inscription — d’où « une pierre marquée, consignée d’avance ») ; d’autres à un emprunt à une langue étrangère (une composition signifiant « pierre et argile », désignant une pierre de terre durcie) ; d’autres encore à la même racine au sens de verser abondamment. Ce Bloc retient, comme en S11:82–83, la lecture la plus courante chez les lexicographes — une pierre de terre durcie —, en signalant les deux autres, sans trancher entre elles au-delà de ce simple signalement.
- jaʿalnā ʿāliyahā sāfilahā
- racines *ʿ-l-w*/*s-f-l*, identique à S11:82–83. **Dit** : un renversement total de la cité est affirmé ; **non-dit** : le mécanisme exact de ce bouleversement n'est pas précisé davantage par ce seul verset.
- ḥijāratan min sijjīl
- voir le callout ci-dessus.
S.15:75 · Des signes pour qui sait discerner
- al-mutawassimīn
- racine *w-s-m* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) et Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : *al-wasm*, la marque, le trait distinctif imprimé sur une chose ; *tawassama*, forme V, chercher à discerner une chose par ses marques extérieures, en portant sur elle une attention soutenue — une lecture attentive des traces, non un simple regard.
S.15:76 · Sur un chemin qui subsiste
- bi-sabīlin muqīm
- *sabīl* (S1, S15:41, Bloc II de cette même sourate) ; *muqīm*, racine *q-w-m* (se tenir debout, subsister, être établi durablement — même racine que *yuqīmūna ṣ-ṣalāta*). **Dit** : le texte affirme que le chemin sur lequel se trouvait cette cité reste encore, au moment de l'énonciation, en usage ou visible. **Non-dit** : l'identification géographique précise de ce chemin n'est pas donnée par ce seul verset — ce Bloc ne l'importe pas.
S.15:77 · Un signe pour les muʾminūn
- āyatan li-l-muʾminīn
- **Dit** : ce verset referme, par un second constat de signe, l'ensemble narratif ouvert par S15:75 (ce Bloc) — un même événement qualifié tour à tour de signes (au pluriel) pour ceux qui savent discerner par les traces, et de signe (au singulier) pour les *muʾminīn* : deux qualités d'attention distinctes portées sur le même fait, sans que ce Bloc n'en tire de hiérarchie entre elles au-delà de ce que le texte donne à lire.