Structure du Bloc V, dernier Bloc de la Sourate 12. L’aîné des frères refuse de quitter l’Égypte sans un ordre de son père ou un jugement d’Allaah, et les renvoie porter la nouvelle du vol, avec l’invitation à interroger la cité et la caravane elles-mêmes (S12:80–82). Yaʿqūb répond par la même formule que pour le premier récit forgé — « vos âmes vous ont enjolivé une affaire » — et se détourne, aveuglé par un chagrin qu’il ne confie qu’à Allaah seul, malgré le reproche de ses fils (S12:83–86). Il les renvoie une seconde fois en quête de Yūsuf et de son frère, avec une mise en garde contre le désespoir du rawḥ d’Allaah (S12:87). De retour en Égypte, les frères implorent la charité de « al-ʿAzīz » sans le reconnaître ; Yūsuf se dévoile, ils avouent leur faute, il les gracie sans reproche (S12:88–92). La chemise envoyée rend la vue à Yaʿqūb, qui perçoit son parfum avant même son arrivée ; les fils demandent pardon, que leur père diffère (S12:93–98). La famille entière s’installe en Égypte ; Yūsuf élève ses parents sur son trône, les siens se prosternent devant lui — accomplissement du songe d’ouverture — et il clôt son récit par une invocation à Ce qui a fait éclore les cieux et la terre (S12:99–101). La sourate se referme par une adresse directe au nabī Muḥammad : ce récit relève du ghayb révélé, la plupart des gens ne croient pas malgré les āyāt qu’ils croisent, aucun salaire n’est demandé pour ce rappel, et les rusul envoyés avant lui furent toujours des hommes des cités, jamais des malāʾika — jusqu’à ce que vienne le secours d’Allaah aux rusul mêmes désespérés (S12:102–110). Clôture finale : ce récit est une ʿibra pour qui a de l’entendement, non un ḥadīth forgé, mais confirmation, détail, guidance et raḥma (S12:111).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.12:80 Le frère aîné refuse de partir sans jugement d’Allaah
S.12:81–82 Le message à rapporter au père — interroger la cité et la caravane
S.12:83 La réponse de Yaʿqūb — patience belle, de nouveau
S.12:84 Yaʿqūb se détourne — la cécité du chagrin contenu
S.12:85–86 Le reproche des fils — la plainte réservée à Allaah seul
S.12:87 L’envoi en quête de Yūsuf — ne pas désespérer du rawḥ d’Allaah
S.12:88 Le retour en Égypte — la demande de charité
S.12:89 La question de Yūsuf — « savez-vous ce que vous avez fait ? »
S.12:90 « Je suis Yūsuf »
S.12:91 L’aveu des frères
S.12:92 Le pardon de Yūsuf
S.12:93 La chemise envoyée
S.12:94 Le parfum perçu au départ de la caravane
S.12:95 Le doute des fils
S.12:96 La vue recouvrée
S.12:97–98 La demande de pardon — la réponse différée de Yaʿqūb
S.12:99 L’entrée en Égypte, en sécurité
S.12:100 Le trône, la prosternation, l’aboutissement du songe
S.12:101 L’invocation de Yūsuf
S.12:102–103 Adresse au nabī — du ghayb révélé, la plupart ne croient pas
S.12:104 Nul salaire demandé
S.12:105–106 Les āyāt qu’on croise sans les voir — croire tout en associant
S.12:107 La fausse sécurité face au châtiment soudain
S.12:108 « Voici mon sabīl » — l’appel sur une baṣīra
S.12:109 Des hommes, non des malāʾika — des cités, non le désert
S.12:110 Le crux lexical — kudhibū
S.12:111 Clôture — ʿibra, confirmation, détail, guidance, raḥma

Le frère aîné refuse de partir sans jugement d’Allaah · S12:80

S.12:80 · « Je ne quitterai pas cette terre »

S.12:80
فَلَمَّا اسْتَيْأَسُوا مِنْهُ خَلَصُوا نَجِيًّا ۖ قَالَ كَبِيرُهُمْ أَلَمْ تَعْلَمُوا أَنَّ أَبَاكُمْ قَدْ أَخَذَ عَلَيْكُمْ مَوْثِقًا مِنَ اللَّهِ وَمِنْ قَبْلُ مَا فَرَّطْتُمْ فِي يُوسُفَ ۖ فَلَنْ أَبْرَحَ الْأَرْضَ حَتَّىٰ يَأْذَنَ لِي أَبِي أَوْ يَحْكُمَ اللَّهُ لِي ۖ وَهُوَ خَيْرُ الْحَاكِمِينَ
Fa-lammā stayʾasū minhu khalaṣū najiyyan qāla kabīruhum a-lam taʿlamū anna abākum qad akhadha ʿalaykum mawthiqan mina llāhi wa-min qablu mā farraṭtum fī yūsufa fa-lan abraḥa l-arḍa ḥattā yaʾdhana lī abī aw yaḥkuma llāhu lī wa-huwa khayru l-ḥākimīn Puis, lorsqu’ils eurent perdu tout espoir (istayʾasū) à son sujet, ils se retirèrent à l’écart pour se concerter (khalaṣū najiyyan). L’aîné d’entre eux (kabīruhum) dit : « Ne savez-vous pas que votre père a pris de vous un engagement solennel (mawthiqan) devant Allaah, et qu’auparavant déjà vous avez manqué à votre devoir (farraṭtum) au sujet de Yūsuf ? Je ne quitterai donc pas cette terre (lan abraḥa l-arḍa), jusqu’à ce que mon père me l’autorise, ou qu’Allaah juge (yaḥkuma) en ma faveur — Il est le meilleur des juges. »
Notes lexicales
stayʾasū
racine *y-ʾ-s* (le désespoir), comme *yaʾūs* en S11:9. Revient à deux reprises plus loin dans ce Bloc (S12:87, S12:110).
khalaṣū najiyyan
*khalaṣū*, racine *kh-l-ṣ* (se dégager, se retirer à part) — même racine que *al-mukhlaṣīn* (S12:24) mais construction distincte. *Najiyyan*, racine *n-j-w* : Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) rattache la *najwā* (l'entretien confidentiel) au sens premier de « se dégager, s'écarter » de cette même racine — le même mouvement de mise à l'écart que celui de *nājin* (S12:42, « sauvé », littéralement « dégagé du péril »).
mawthiqan
même terme et même engagement qu'en S12:66 : l'aîné y fait ici explicitement référence.
farraṭtum
racine *f-r-ṭ* (être en reste, manquer par négligence à ce qui incombait) ; à distinguer de la racine voisine *ʾ-f-r-ṭ* (l'excès), *farraṭa* désignant au contraire un manquement par défaut.
kabīruhum
**Non-dit** : le texte ne nomme pas ce frère, et le mot *kabīr* porte, chez les lexicographes classiques, à la fois le sens d'aînesse par l'âge et celui de préséance par le rang ou le jugement — ce seul verset ne permet pas de trancher entre les deux, ni d'identifier lequel des dix frères parle ici.
lan abraḥa l-arḍa
racine *b-r-ḥ* (quitter un lieu, cesser d'y être).
wa-huwa khayru l-ḥākimīn
même formule exacte qu'en S7:87 et S10:109.

Le message à rapporter au père — interroger la cité et la caravane · S12:81–82

S.12:81–82 · « Ton fils a volé » — « interroge la cité »

S.12:81–82
ارْجِعُوا إِلَىٰ أَبِيكُمْ فَقُولُوا يَا أَبَانَا إِنَّ ابْنَكَ سَرَقَ وَمَا شَهِدْنَا إِلَّا بِمَا عَلِمْنَا وَمَا كُنَّا لِلْغَيْبِ حَافِظِينَ ۝ وَاسْأَلِ الْقَرْيَةَ الَّتِي كُنَّا فِيهَا وَالْعِيرَ الَّتِي أَقْبَلْنَا فِيهَا ۖ وَإِنَّا لَصَادِقُونَ
Irjiʿū ilā abīkum fa-qūlū yā abānā inna bnaka saraqa wa-mā shahidnā illā bi-mā ʿalimnā wa-mā kunnā li-l-ghaybi ḥāfiẓīn — wa-sʾali l-qaryata llatī kunnā fīhā wa-l-ʿīra llatī aqbalnā fīhā wa-innā la-ṣādiqūn « Retournez vers votre père, et dites-lui : Ô notre père, ton fils a volé ; nous n’avons témoigné que de ce que nous avons su (bi-mā ʿalimnā), et nous n’étions pas gardiens du ghayb (li-l-ghaybi ḥāfiẓīn). Interroge la cité (al-qarya) où nous étions, ainsi que la caravane (al-ʿīr) avec laquelle nous sommes arrivés — nous disons certes vrai. »
Notes lexicales
mā shahidnā illā bi-mā ʿalimnā wa-mā kunnā li-l-ghaybi ḥāfiẓīn
**Dit** : les frères circonscrivent eux-mêmes, avec précision, la portée de leur témoignage — ils n'attestent que d'un fait constaté (la coupe trouvée), sans prétendre connaître ce qui a échappé à leur vue. *Ghayb* est employé ici dans son sens le plus général : ce qui demeure hors de portée d'une connaissance humaine directe.
wa-sʾali l-qaryata ... wa-l-ʿīra
figure de métonymie (*majāz*) attestée par les lexicographes classiques : interroger « la cité » et « la caravane » revient à interroger leurs habitants et leurs membres — le texte ne personnifie pas le lieu ni le convoi eux-mêmes. Sur *qarya*, voir S6:92 ; *ʿīr*, même terme qu'en S12:19 et S12:70.

La réponse de Yaʿqūb — patience belle, de nouveau · S12:83

S.12:83 · « Vos âmes vous ont enjolivé une affaire »

S.12:83
قَالَ بَلْ سَوَّلَتْ لَكُمْ أَنْفُسُكُمْ أَمْرًا ۖ فَصَبْرٌ جَمِيلٌ ۖ عَسَى اللَّهُ أَنْ يَأْتِيَنِي بِهِمْ جَمِيعًا ۚ إِنَّهُ هُوَ الْعَلِيمُ الْحَكِيمُ
Qāla bal sawwalat lakum anfusukum amran fa-ṣabrun jamīlun ʿasā llāhu an yaʾtiyanī bihim jamīʿan innahu huwa l-ʿalīmu l-ḥakīm Il dit : « Non — vos âmes vous ont enjolivé (sawwalat) une affaire. Patience belle (ṣabrun jamīl), donc ! Il se peut qu’Allaah me les ramène tous ensemble (jamīʿan) — Il est al-ʿAlīm, al-Ḥakīm. »
Notes lexicales
sawwalat lakum anfusukum ... fa-ṣabrun jamīl
reprise presque mot pour mot de S12:18 : la même formule exacte, prononcée par Yaʿqūb face à un second récit qu'il n'accepte pas non plus sans réserve — écho volontaire, rapporté sans commentaire supplémentaire.
an yaʾtiyanī bihim jamīʿan
**Dit** : Yaʿqūb espère leur retour « tous ensemble ». **Inférence** : ce pluriel englobant peut déjà laisser deviner, chez Yaʿqūb, un espoir qui dépasse le seul retour de Binyāmīn et rejoint Yūsuf lui-même — mais ce seul verset ne l'affirme pas de façon univoque ; ce Bloc nomme la possibilité sans la trancher en certitude.

Yaʿqūb se détourne — la cécité du chagrin contenu · S12:84

S.12:84 · « Ô, quel regret pour Yūsuf ! »

S.12:84
وَتَوَلَّىٰ عَنْهُمْ وَقَالَ يَا أَسَفَىٰ عَلَىٰ يُوسُفَ وَابْيَضَّتْ عَيْنَاهُ مِنَ الْحُزْنِ فَهُوَ كَظِيمٌ
Wa-tawallā ʿanhum wa-qāla yā asafā ʿalā yūsufa wa-btaḍḍat ʿaynāhu mina l-ḥuzni fa-huwa kaẓīm Et il se détourna d’eux (tawallā ʿanhum), et dit : « Ô, quel regret (yā asafā) pour Yūsuf ! » — et ses yeux blanchirent (ibyaḍḍat) sous l’effet du chagrin (ḥuzn), tant il retenait sa peine en lui sans l’extérioriser (kaẓīm).
Notes lexicales
yā asafā
interjection de lamentation (*yā* + *asaf* + terminaison exclamative), racine *ʾ-s-f* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : le regret amer mêlé de peine devant une perte ou un manquement.
ibyaḍḍat ʿaynāhu mina l-ḥuzni
**Dit** : un signe physique concret — le blanchiment des yeux, que les lexicographes classiques rattachent à la perte progressive de la vue sous l'effet de larmes répétées — attribué explicitement au chagrin. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas si cette blancheur équivaut déjà, à ce stade, à une cécité totale ; la suite du récit (S12:96, ce Bloc) confirmera implicitement la perte de la vue par sa restauration.
kaẓīm
racine *k-ẓ-m* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : contenir à l'intérieur ce qui menace de déborder, refouler sans laisser paraître — même racine que celle qui qualifie ceux qui contiennent leur colère (*al-kāẓimīna l-ghayẓ*, S3:134). Ici, ce n'est pas la colère mais le chagrin qui est ainsi retenu, sans plainte extérieure adressée aux hommes — cohérence directe avec S12:86, ce Bloc.

Le reproche des fils — la plainte réservée à Allaah seul · S12:85–86

S.12:85–86 · « Jusqu’à ce que tu périsses » — « je ne me plains qu’à Allaah »

S.12:85–86
قَالُوا تَاللَّهِ تَفْتَأُ تَذْكُرُ يُوسُفَ حَتَّىٰ تَكُونَ حَرَضًا أَوْ تَكُونَ مِنَ الْهَالِكِينَ ۝ قَالَ إِنَّمَا أَشْكُو بَثِّي وَحُزْنِي إِلَى اللَّهِ وَأَعْلَمُ مِنَ اللَّهِ مَا لَا تَعْلَمُونَ
Qālū ta-llāhi tafta’u tadhkuru yūsufa ḥattā takūna ḥaraḍan aw takūna mina l-hālikīn — qāla innamā ashkū baththī wa-ḥuznī ilā llāhi wa-aʿlamu mina llāhi mā lā taʿlamūn Ils dirent : « Par Allaah, tu ne cesseras (tafta’u) de mentionner Yūsuf, jusqu’à ce que tu deviennes exténué de langueur (ḥaraḍan), ou que tu sois du nombre de ceux qui périssent. » Il dit : « Je ne me plains (ashkū) de mon tourment intérieur (baththī) et de mon chagrin (ḥuznī) qu’à Allaah seul (innamā … ilā llāh) — et je sais, de la part d’Allaah, ce que vous ne savez pas. »
Notes lexicales
ḥaraḍan
racine *ḥ-r-ḍ* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : l'état de qui se consume lentement, rongé par une maladie ou un chagrin caché, au bord de l'anéantissement.
innamā ashkū baththī wa-ḥuznī ilā llāh
**Dit** : la particule restrictive *innamā* (« seulement ») ferme toute autre adresse — Yaʿqūb ne porte sa plainte devant aucun homme, uniquement devant Allaah, en cohérence directe avec le *kaẓīm* de S12:84 (ce Bloc). *Baṭṭ*, racine *b-th-th* — Ibn Manẓūr : ce qui est répandu, dispersé au-dedans de soi sans pouvoir être contenu — un tourment plus intérieur et diffus que *ḥuzn* (le chagrin, plus général), les deux étant nommés ensemble sans que ce seul verset ne les identifie l'un à l'autre.
aʿlamu mina llāhi mā lā taʿlamūn
formule reprise à l'identique en S12:96, ce Bloc — voir la note qui y est posée.

L’envoi en quête de Yūsuf — ne pas désespérer du rawḥ d’Allaah · S12:87

Point lexical — rawḥ Allaah (S12:87), à distinguer de rūḥ. La racine r-w-ḥ porte, chez les lexicographes classiques (Ibn Fāris, Maqāyīs al-Lugha ; Ibn Manẓūr, Lisān al-ʿArab), le sens du répit, du soulagement, de l’apaisement après une contrainte ou une épreuve — un champ voisin, mais distinct, de rūḥ (le souffle, l’esprit), tirée de la même racine consonantique mais vocalisée et employée différemment. Rawḥ Allaah désigne ainsi, dans cette expression, le soulagement et l’issue favorable qui viennent d’Allaah — non un souffle ou une entité spirituelle qu’Allaah accorderait. Faute d’un mot français à la fois bref et dénué d’ambiguïté (« soulagement » n’en porte pas la force intégrale ; « miséricorde » le confondrait avec la raḥma, racine distincte, r-ḥ-m), ce Bloc rend le terme par une tournure qui en porte le sens attesté, en signalant la translittération entre parenthèses.

S.12:87 · « Ne désespérez pas de l’issue favorable qui vient d’Allaah »

S.12:87
يَا بَنِيَّ اذْهَبُوا فَتَحَسَّسُوا مِنْ يُوسُفَ وَأَخِيهِ وَلَا تَيْأَسُوا مِنْ رَوْحِ اللَّهِ ۖ إِنَّهُ لَا يَيْأَسُ مِنْ رَوْحِ اللَّهِ إِلَّا الْقَوْمُ الْكَافِرُونَ
Yā baniyya dhhabū fa-taḥassasū min yūsufa wa-akhīhi wa-lā tayʾasū min rawḥi llāhi innahu lā yayʾasu min rawḥi llāhi illā l-qawmu l-kāfirūn « Ô mes fils, partez et enquérez-vous avec attention (taḥassasū) de Yūsuf et de son frère, et ne désespérez pas de l’issue favorable qui vient d’Allaah (rawḥ Allaah) — nul ne désespère de l’issue favorable qui vient d’Allaah, sinon le peuple des kāfirūn. »
Notes lexicales
taḥassasū
racine *ḥ-s-s* (percevoir par les sens), forme V : chercher avec une attention soutenue, à l'affût du moindre indice.
tayʾasū / yayʾasu min rawḥi llāh
voir le callout de méthode ci-dessus pour *rawḥ*. Racine *y-ʾ-s*, même racine que *stayʾasū* (S12:80, ce Bloc). **Dit** : le texte réserve explicitement le désespoir de l'issue favorable d'Allaah aux seuls *kāfirūn* — une disposition intérieure, non une conséquence automatique de la seule adversité.

Le retour en Égypte — la demande de charité · S12:88

S.12:88 · « Le malheur nous a touchés »

S.12:88
فَلَمَّا دَخَلُوا عَلَيْهِ قَالُوا يَا أَيُّهَا الْعَزِيزُ مَسَّنَا وَأَهْلَنَا الضُّرُّ وَجِئْنَا بِبِضَاعَةٍ مُزْجَاةٍ فَأَوْفِ لَنَا الْكَيْلَ وَتَصَدَّقْ عَلَيْنَا ۖ إِنَّ اللَّهَ يَجْزِي الْمُتَصَدِّقِينَ
Fa-lammā dakhalū ʿalayhi qālū yā ayyuha l-ʿazīzu massanā wa-ahlanā ḍ-ḍurru wa-jiʾnā bi-biḍāʿatin muzjātin fa-awfi lanā l-kayla wa-taṣaddaq ʿalaynā inna llāha yajzī l-mutaṣaddiqīn Puis, lorsqu’ils furent entrés auprès de lui, ils dirent : « Ô al-ʿAzīz, le malheur (aḍ-ḍurr) nous a touchés, nous et notre famille, et nous sommes venus avec une marchandise de peu de valeur (biḍāʿatin muzjātin) — donne-nous donc pleine mesure, et fais-nous la charité (taṣaddaq ʿalaynā) — Allaah rétribue certes ceux qui font la charité (al-mutaṣaddiqīn). »
Notes lexicales
yā ayyuha l-ʿazīz
même titre qu'en S12:78 : les frères s'adressent de nouveau à Yūsuf sans le reconnaître.
biḍāʿatin muzjātin
*biḍāʿa*, même terme qu'en S12:19/62/65 : le paiement apporté. *Muzjāt*, racine *z-j-w* (pousser, faire avancer avec peine une chose de peu de valeur) : une marchandise dépréciée, poussée devant soi faute de mieux.
taṣaddaq ʿalaynā ... al-mutaṣaddiqīn
racine *ṣ-d-q*, même famille que *ṣadaqa*/*ṣadaqāt* : le don charitable, au-delà de la simple transaction commerciale que les frères viennent d'évoquer.

La question de Yūsuf — « savez-vous ce que vous avez fait ? » · S12:89

S.12:89 · « Vous étiez ignorants »

S.12:89
قَالَ هَلْ عَلِمْتُمْ مَا فَعَلْتُمْ بِيُوسُفَ وَأَخِيهِ إِذْ أَنْتُمْ جَاهِلُونَ
Qāla hal ʿalimtum mā faʿaltum bi-yūsufa wa-akhīhi idh antum jāhilūn Il dit : « Savez-vous ce que vous avez fait à Yūsuf et à son frère, alors que vous étiez ignorants (jāhilūn) ? »
Notes lexicales
idh antum jāhilūn
même terme qu'en S12:33 — **Non-dit** : le texte ne précise pas si cette « ignorance » désigne leur jeunesse au moment des faits, leur aveuglement passager sous l'effet de la jalousie, ou l'ignorance de la portée réelle de leur acte — Yūsuf nomme la qualification sans en développer le contenu exact.

« Je suis Yūsuf » · S12:90

S.12:90 · La révélation — nul ne perd la rétribution des muḥsinūn

S.12:90
قَالُوا أَإِنَّكَ لَأَنْتَ يُوسُفُ ۖ قَالَ أَنَا يُوسُفُ وَهَٰذَا أَخِي ۖ قَدْ مَنَّ اللَّهُ عَلَيْنَا ۖ إِنَّهُ مَنْ يَتَّقِ وَيَصْبِرْ فَإِنَّ اللَّهَ لَا يُضِيعُ أَجْرَ الْمُحْسِنِينَ
Qālū a-innaka la-anta yūsufu qāla anā yūsufu wa-hādhā akhī qad manna llāhu ʿalaynā innahu man yattaqi wa-yaṣbir fa-inna llāha lā yuḍīʿu ajra l-muḥsinīn Ils dirent : « Serais-tu, toi, Yūsuf ? » Il dit : « Je suis Yūsuf, et voici mon frère — Allaah nous a certes accordé Sa faveur (manna) — quiconque a la taqwā et patiente (yattaqi wa-yaṣbir), Allaah ne laisse pas se perdre la rétribution des muḥsinīn. »
Notes lexicales
manna llāhu ʿalaynā
racine *m-n-n* (accorder une faveur qui place le bénéficiaire en position de dette de gratitude).
man yattaqi wa-yaṣbir ... lā yuḍīʿu ajra l-muḥsinīn
quasi mot pour mot comme en S11:115 et S12:56 (« *wa-lā nuḍīʿu ajra l-muḥsinīn* ») — repris ici à la troisième personne du singulier, appliqué directement à la propre expérience de Yūsuf.

L’aveu des frères · S12:91

S.12:91 · « Allaah t’a préféré à nous »

S.12:91
قَالُوا تَاللَّهِ لَقَدْ آثَرَكَ اللَّهُ عَلَيْنَا وَإِنْ كُنَّا لَخَاطِئِينَ
Qālū ta-llāhi laqad ātharaka llāhu ʿalaynā wa-in kunnā la-khāṭiʾīn Ils dirent : « Par Allaah, Allaah t’a certes préféré (ātharaka) à nous, et nous étions certes fautifs (khāṭiʾīn). »
Notes lexicales
ātharaka
racine *ʾ-th-r* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : choisir une chose en la plaçant en avant des autres, lui donner la priorité.
khāṭiʾīn
racine *kh-ṭ-ʾ* (la faute, l'erreur qui s'écarte de la visée juste) — même racine que *khaṭiʾa* (S12:97, ce Bloc) et *khaṭīʾa* (S12:29). En S12:29 (« *innaki kunti mina l-khāṭiʾīn* »), la qualification était adressée à la femme d'al-ʿAzīz, non aux frères ; ici, les frères se l'appliquent pour la première fois à eux-mêmes.

Le pardon de Yūsuf · S12:92

S.12:92 · « Nul reproche sur vous aujourd’hui »

S.12:92
قَالَ لَا تَثْرِيبَ عَلَيْكُمُ الْيَوْمَ ۖ يَغْفِرُ اللَّهُ لَكُمْ ۖ وَهُوَ أَرْحَمُ الرَّاحِمِينَ
Qāla lā tathrība ʿalaykumu l-yawma yaghfiru llāhu lakum wa-huwa arḥamu r-rāḥimīn Il dit : « Nul reproche (tathrīb) sur vous aujourd’hui — qu’Allaah vous pardonne (yaghfiru) — et Il surpasse en raḥma tout ce qui peut en témoigner (arḥamu r-rāḥimīn). »
Notes lexicales
lā tathrība ʿalaykum
racine *th-r-b* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : le blâme réitéré, le reproche appuyé qui rappelle une faute déjà commise. Yūsuf ferme la voie même à un rappel ultérieur de la faute, non seulement à une sanction présente.
wa-huwa arḥamu r-rāḥimīn
même formule et même traitement qu'en S12:64 : la racine *r-ḥ-m* est conservée (*raḥma*) sans mot d'affect humain.

La chemise envoyée · S12:93

S.12:93 · « Jetez-la sur le visage de mon père »

S.12:93
اذْهَبُوا بِقَمِيصِي هَٰذَا فَأَلْقُوهُ عَلَىٰ وَجْهِ أَبِي يَأْتِ بَصِيرًا وَأْتُونِي بِأَهْلِكُمْ أَجْمَعِينَ
Idhhabū bi-qamīṣī hādhā fa-alqūhu ʿalā wajhi abī yaʾti baṣīran wa-ʾtūnī bi-ahlikum ajmaʿīn « Partez avec cette chemise (qamīṣī) qui est mienne, et jetez-la sur le visage de mon père — il recouvrera la vue (yaʾti baṣīran). Et amenez-moi votre famille tout entière. »
Notes lexicales
qamīṣī
même terme qu'en S12:18/25/26/27/28 — la chemise, objet reconnu depuis l'ouverture de la sourate, change ici de fonction : preuve d'un mensonge (S12:18), puis d'une agression (S12:25–28), elle devient à présent le vecteur d'une guérison.

Le parfum perçu au départ de la caravane · S12:94

S.12:94 · « Je perçois certes le parfum de Yūsuf »

S.12:94
وَلَمَّا فَصَلَتِ الْعِيرُ قَالَ أَبُوهُمْ إِنِّي لَأَجِدُ رِيحَ يُوسُفَ ۖ لَوْلَا أَنْ تُفَنِّدُونِ
Wa-lammā faṣalati l-ʿīru qāla abūhum innī la-ajidu rīḥa yūsufa lawlā an tufannidūn Et lorsque la caravane (al-ʿīr) se fut séparée [de la cité], leur père dit : « Je perçois certes le parfum (rīḥ) de Yūsuf — n’était que vous alliez me tenir pour affaibli d’esprit (tufannidūn)… »
Notes lexicales
faṣalati l-ʿīr
racine *f-ṣ-l* (séparer, se détacher), même racine que *fuṣṣilat* (S11:1) — ici en son sens le plus concret, le départ physique de la caravane.
tufannidūni
racine *f-n-d* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : l'affaiblissement du jugement attribué à un âge avancé, le radotage qu'on prête à un vieillard. **Non-dit** : le texte ne précise pas par quel moyen Yaʿqūb perçoit ce parfum, à une distance que le récit ne chiffre pas — ce Bloc rapporte l'affirmation sans en expliquer le mécanisme.

Le doute des fils · S12:95

S.12:95 · « Tu es encore dans ton ancien égarement »

S.12:95
قَالُوا تَاللَّهِ إِنَّكَ لَفِي ضَلَالِكَ الْقَدِيمِ
Qālū ta-llāhi innaka la-fī ḍalālika l-qadīm Ils dirent : « Par Allaah, tu es certes encore dans ton ancien égarement (ḍalālika l-qadīm). »
Notes lexicales
ḍalālika l-qadīm
**Point de vigilance lexicale** : la racine *ḍ-l-l* (l'égarement), qui désigne ailleurs le refus d'une guidance révélée, est ici employée par les fils dans un registre purement relationnel et humain — l'attachement persistant de leur père à l'espoir de retrouver Yūsuf, qu'ils jugent, eux, irrationnel. Aucune portée théologique n'est en cause dans cet emploi.

La vue recouvrée · S12:96

S.12:96 · Le porteur de bonne nouvelle — la vue restaurée

S.12:96
فَلَمَّا أَنْ جَاءَ الْبَشِيرُ أَلْقَاهُ عَلَىٰ وَجْهِهِ فَارْتَدَّ بَصِيرًا ۖ قَالَ أَلَمْ أَقُلْ لَكُمْ إِنِّي أَعْلَمُ مِنَ اللَّهِ مَا لَا تَعْلَمُونَ
Fa-lammā an jāʾa l-bashīru alqāhu ʿalā wajhihi fa-rtadda baṣīran qāla a-lam aqul lakum innī aʿlamu mina llāhi mā lā taʿlamūn Puis, lorsque le porteur de bonne nouvelle (al-bashīr) fut arrivé, il la jeta sur son visage, et il recouvra la vue (irtadda baṣīran). Il dit : « Ne vous avais-je pas dit que je sais, de la part d’Allaah, ce que vous ne savez pas ? »
Notes lexicales
al-bashīr
même racine *b-sh-r* que *nadhīr*/*bashīr* (S2:119, S11:2) — ici substantivée pour désigner celui qui porte cette annonce précise, non les *rusul* eux-mêmes.
irtadda baṣīran
**Dit** : le texte confirme ici, par la restauration explicite de la vue (*baṣīran*), que le blanchiment des yeux de S12:84 (ce Bloc) désignait bien une cécité effective.
a-lam aqul lakum innī aʿlamu mina llāhi mā lā taʿlamūn
reprise mot pour mot de S12:86 (ce Bloc) : Yaʿqūb rappelle sa propre parole, désormais confirmée par les faits.

La demande de pardon — la réponse différée de Yaʿqūb · S12:97–98

S.12:97–98 · « Demande le pardon pour nos fautes » — « je le demanderai »

S.12:97–98
قَالُوا يَا أَبَانَا اسْتَغْفِرْ لَنَا ذُنُوبَنَا إِنَّا كُنَّا خَاطِئِينَ ۝ قَالَ سَوْفَ أَسْتَغْفِرُ لَكُمْ رَبِّي ۖ إِنَّهُ هُوَ الْغَفُورُ الرَّحِيمُ
Qālū yā abānā staghfir lanā dhunūbanā innā kunnā khāṭiʾīn — qāla sawfa astaghfiru lakum rabbī innahu huwa l-ghafūru r-raḥīm Ils dirent : « Ô notre père, demande le pardon (istaghfir) pour nos fautes (dhunūbanā) — nous étions certes fautifs (khāṭiʾīn). » Il dit : « Je demanderai (sawfa astaghfiru) le pardon pour vous à mon Rabb — Il est al-Ghafūr, ar-Raḥīm. »
Notes lexicales
dhunūbanā ... khāṭiʾīn
*dhanb* (la faute au sens large) et *khaṭiʾa* (l'erreur qui s'écarte de la visée juste, même racine qu'en S12:91, ce Bloc) employés ici ensemble — les fils qualifient leur acte des deux registres à la fois.
sawfa astaghfiru lakum rabbī
racine *gh-f-r*. **Dit** : Yaʿqūb ne refuse pas la demande, mais la reporte dans le temps (*sawfa*, particule de futur différé). **Non-dit** : le texte ne précise pas le motif de ce délai — ce Bloc n'importe aucune circonstance particulière que ce seul verset ne nomme pas.

L’entrée en Égypte, en sécurité · S12:99

S.12:99 · « Entrez en Égypte, en sécurité »

S.12:99
فَلَمَّا دَخَلُوا عَلَىٰ يُوسُفَ آوَىٰ إِلَيْهِ أَبَوَيْهِ وَقَالَ ادْخُلُوا مِصْرَ إِنْ شَاءَ اللَّهُ آمِنِينَ
Fa-lammā dakhalū ʿalā yūsufa āwā ilayhi abawayhi wa-qāla dkhulū miṣra in shāʾa llāhu āminīn Puis, lorsqu’ils furent entrés auprès de Yūsuf, il accueillit auprès de lui ses deux parents (āwā ilayhi abawayhi), et dit : « Entrez en Égypte, si Allaah le veut, en sécurité (āminīn). »
Notes lexicales
āwā ilayhi abawayhi
même racine et même construction qu'en S12:69 (pour l'accueil du frère) — désormais étendue aux deux parents.

Le trône, la prosternation, l’aboutissement du songe · S12:100

Point de méthode — le trône de Yūsuf (S12:100) et la prosternation qui accomplit le songe d’ouverture. Ce verset emploie deux mots qui pourraient, isolés de leur contexte, appeler une vigilance particulière lorsqu’ils concernent Allaah : al-ʿarsh (le trône) et sujjadan (prosternés). Premièrement, al-ʿarsh désigne ici, sans aucune ambiguïté grammaticale, le siège royal concret sur lequel Yūsuf fait asseoir ses parents — une réalité matérielle et humaine, entièrement distincte du ʿArsh d’Allaah (voir S7:54 et S10:3). Deuxièmement, sujjadan (« prosternés ») reprend, à l’identique, la racine s-j-d déjà rencontrée à l’ouverture de cette même sourate (S12:4 : les onze étoiles, le soleil et la lune vus « prosternés », sājidīn, devant Yūsuf en songe). Ce Bloc relève cet écho volontaire : la scène de S12:100 accomplit littéralement (taʾwīl, comme le dit Yūsuf lui-même dans ce même verset) le songe annoncé au tout début du récit. Le texte ne précise pas si cette prosternation relève d’un geste de salutation protocolaire propre à cette culture et à cette cour, ou d’un acte plus chargé — ce Bloc s’en tient au constat de l’accomplissement du songe, sans importer de développement supplémentaire.

S.12:100 · « Voici l’aboutissement de mon songe »

S.12:100
وَرَفَعَ أَبَوَيْهِ عَلَى الْعَرْشِ وَخَرُّوا لَهُ سُجَّدًا ۖ وَقَالَ يَا أَبَتِ هَٰذَا تَأْوِيلُ رُؤْيَايَ مِنْ قَبْلُ قَدْ جَعَلَهَا رَبِّي حَقًّا ۖ وَقَدْ أَحْسَنَ بِي إِذْ أَخْرَجَنِي مِنَ السِّجْنِ وَجَاءَ بِكُمْ مِنَ الْبَدْوِ مِنْ بَعْدِ أَنْ نَزَغَ الشَّيْطَانُ بَيْنِي وَبَيْنَ إِخْوَتِي ۚ إِنَّ رَبِّي لَطِيفٌ لِمَا يَشَاءُ ۚ إِنَّهُ هُوَ الْعَلِيمُ الْحَكِيمُ
Wa-rafaʿa abawayhi ʿala l-ʿarshi wa-kharrū lahu sujjadan wa-qāla yā abati hādhā taʾwīlu ruʾyāya min qablu qad jaʿalahā rabbī ḥaqqan wa-qad aḥsana bī idh akhrajanī mina s-sijni wa-jāʾa bikum mina l-badwi min baʿdi an nazagha sh-shayṭānu baynī wa-bayna ikhwatī inna rabbī laṭīfun li-mā yashāʾu innahu huwa l-ʿalīmu l-ḥakīm Et il éleva ses deux parents sur le trône (al-ʿarsh), et ils tombèrent devant lui, prosternés (sujjadan). Et il dit : « Ô mon père, voici l’aboutissement (taʾwīl) de mon songe d’autrefois — mon Rabb l’a rendu vrai (ḥaqqan). Il a bien agi envers moi (aḥsana bī) lorsqu’Il m’a fait sortir de la prison, et qu’Il vous a fait venir du désert (al-badw), après que le shayṭān eut semé la discorde (nazagha) entre moi et mes frères. Mon Rabb agit avec une précision imperceptible en ce qu’Il veut (laṭīf) — Il est al-ʿAlīm, al-Ḥakīm. »
Notes lexicales
al-ʿarsh ... sujjadan
voir le callout de méthode ci-dessus.
taʾwīlu ruʾyāya
même terme et même méthode que dans l'ensemble de cette sourate (S12:6, S12:36/41/44/45/46/49/100 ; voir l'étude Muḥkam et Mutashābih) : l'aboutissement effectif, non une interprétation savante.
mina l-badw
racine *b-d-w* (l'espace ouvert, la vie sous la tente, hors des cités établies) ; à mettre en regard, sans les confondre, de la distinction entre *ahl al-qurā* (les gens des cités) et les *aʿrāb* (S9:97–99 ; voir l'étude Définition du croyant) — la famille de Yaʿqūb vivait donc, avant son installation en Égypte, hors des cités sédentaires.
nazagha sh-shayṭānu baynī wa-bayna ikhwatī
racine *n-z-gh* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : instiller la discorde, insinuer un trouble entre deux parties. **Dit** : Yūsuf attribue explicitement au *shayṭān* l'instigation de la discorde entre lui et ses frères — sans que ce seul verset ne dédouane pour autant, ni n'accuse davantage, la responsabilité propre de ces derniers, nommée ailleurs dans la sourate (S12:8–9).
laṭīfun li-mā yashāʾ
racine *l-ṭ-f* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : ce qui pénètre jusqu'au plus imperceptible d'une chose sans qu'aucun détail n'échappe à sa précision (voir aussi S6:103). *Laṭīf* est conservé en translittération pour ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah : le sens de la racine est celui d'une action d'une précision imperceptible, qu'un seul mot français usuel risquerait de tirer vers un registre d'affect humain, exclu pour Allaah.

L’invocation de Yūsuf · S12:101

S.12:101 · « Ce qui a fait éclore les cieux et la terre »

S.12:101
۞ رَبِّ قَدْ آتَيْتَنِي مِنَ الْمُلْكِ وَعَلَّمْتَنِي مِنْ تَأْوِيلِ الْأَحَادِيثِ ۚ فَاطِرَ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ أَنْتَ وَلِيِّي فِي الدُّنْيَا وَالْآخِرَةِ ۖ تَوَفَّنِي مُسْلِمًا وَأَلْحِقْنِي بِالصَّالِحِينَ
Rabbi qad ātaytanī mina l-mulki wa-ʿallamtanī min taʾwīli l-aḥādīthi fāṭira s-samāwāti wa-l-arḍi anta waliyyī fi d-dunyā wa-l-ākhirati tawaffanī musliman wa-alḥiqnī bi-ṣ-ṣāliḥīn « Mon Rabb, Tu m’as donné une part de la royauté (mina l-mulk), et Tu m’as enseigné une part de l’aboutissement des récits (min taʾwīli l-aḥādīth) — Ce qui a fait éclore (Fāṭir) les cieux et la terre, Tu es mon walī en ce bas monde et dans l’Ākhira. Fais-moi mourir soumis (musliman), et fais-moi rejoindre les justes (aṣ-ṣāliḥīn). »
Notes lexicales
qad ātaytanī mina l-mulk
**Dit** : la préposition partitive *min* (« une part de ») borne explicitement ce que Yūsuf reconnaît avoir reçu — non la royauté absolue, mais une part de gouvernance circonscrite (l'Égypte), qu'il ne confond pas avec la royauté totale que le texte réserve à Allaah seul.
min taʾwīli l-aḥādīth
même expression exacte qu'en S12:6 — voir le callout de méthode qui y est posé.
Fāṭir
même terme qu'en S6:14 (« *Fāṭir* des cieux et de la terre » — « Ce qui a fait éclore »), racine *f-ṭ-r* (Ibn Fāris : fendre, ouvrir, d'où l'image d'un surgissement par scission initiale).
anta waliyyī fi d-dunyā wa-l-ākhirati
*walī*, racine *w-l-y* (voir S3:150, S10:30/62) — la proximité protectrice, conservée en translittération.
tawaffanī musliman
*tawaffā*, même racine que S10:46/104 — ici à l'impératif, Yūsuf demandant lui-même ce moment. *Musliman*, racine *s-l-m* (voir S6:14 : « *awwala man aslama* », « le premier de ceux qui se sont soumis ») — rendu ici par « soumis », plutôt que par le nom propre d'une communauté historique.
aṣ-ṣāliḥīn
racine *ṣ-l-ḥ* (voir S11:46 : « *ʿamalun ghayru ṣāliḥ* », « une œuvre non droite ») — *ṣāliḥ* désignant ce qui est droit, ajusté à ce qui convient ; ici au pluriel substantivé, une catégorie de personnes dont la conduite est ainsi qualifiée.

Adresse au nabī — du ghayb révélé, la plupart ne croient pas · S12:102–103

S.12:102–103 · « Tu n’étais pas avec eux » — « la plupart ne sont pas croyants »

S.12:102–103
ذَٰلِكَ مِنْ أَنْبَاءِ الْغَيْبِ نُوحِيهِ إِلَيْكَ ۖ وَمَا كُنْتَ لَدَيْهِمْ إِذْ أَجْمَعُوا أَمْرَهُمْ وَهُمْ يَمْكُرُونَ ۝ وَمَا أَكْثَرُ النَّاسِ وَلَوْ حَرَصْتَ بِمُؤْمِنِينَ
Dhālika min anbāʾi l-ghaybi nūḥīhi ilayka wa-mā kunta ladayhim idh ajmaʿū amrahum wa-hum yamkurūn — wa-mā aktharu n-nāsi wa-law ḥaraṣta bi-muʾminīn Cela fait partie des annonces du ghayb (anbāʾ al-ghayb) que Nous te révélons — tu n’étais pas auprès d’eux quand ils arrêtèrent leur affaire (ajmaʿū amrahum), en train de manœuvrer (yamkurūn). Et la plupart des gens, même si tu le désirais ardemment (ḥaraṣta), ne sont pas croyants.
Notes lexicales
min anbāʾi l-ghaybi nūḥīhi ilayka
même expression qu'en S11:49 : le récit tout entier est ainsi qualifié de révélation directe au nabī Muḥammad, qui n'en fut pas témoin.
wa-hum yamkurūn
racine *m-k-r*, ici en son sens humain ordinaire (la manœuvre concertée des frères) — sans rapport avec le *makr* attribué à Allaah comme réponse en miroir (S3:54, S10:21).
wa-law ḥaraṣta
racine *ḥ-r-ṣ* (le désir ardent, l'avidité tournée vers un but).

Nul salaire demandé · S12:104

S.12:104 · « Ce n’est qu’un rappel pour les mondes »

S.12:104
وَمَا تَسْأَلُهُمْ عَلَيْهِ مِنْ أَجْرٍ ۚ إِنْ هُوَ إِلَّا ذِكْرٌ لِلْعَالَمِينَ
Wa-mā tasʾaluhum ʿalayhi min ajrin in huwa illā dhikrun li-l-ʿālamīn Et tu ne leur demandes, pour cela, aucun salaire (ajr) — ce n’est qu’un rappel (dhikr) pour les mondes (al-ʿālamīn).
Notes lexicales
mā tasʾaluhum ʿalayhi min ajrin ... dhikrun li-l-ʿālamīn
même formule qu'en S6:90 (« *lā asʾalukum ʿalayhi ajran in huwa illā dhikrā li-l-ʿālamīn* ») — même désaveu de toute rétribution matérielle, ici à la troisième personne plutôt qu'à la première, et avec la forme *dhikr* plutôt que *dhikrā* (même racine, sans écart de sens).

Les āyāt qu’on croise sans les voir — croire tout en associant · S12:105–106

S.12:105–106 · « Combien de āyāt ils croisent » — « croire tout en associant »

S.12:105–106
وَكَأَيِّنْ مِنْ آيَةٍ فِي السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ يَمُرُّونَ عَلَيْهَا وَهُمْ عَنْهَا مُعْرِضُونَ ۝ وَمَا يُؤْمِنُ أَكْثَرُهُمْ بِاللَّهِ إِلَّا وَهُمْ مُشْرِكُونَ
Wa-kaʾayyin min āyatin fi s-samāwāti wa-l-arḍi yamurrūna ʿalayhā wa-hum ʿanhā muʿriḍūn — wa-mā yuʾminu aktharuhum bi-llāhi illā wa-hum mushrikūn Et combien d’āyāt, dans les cieux et sur la terre, ils croisent (yamurrūna ʿalayhā), en s’en détournant (muʿriḍūn) ! Et la plupart d’entre eux ne croient en Allaah qu’en Lui associant [autre chose] (illā wa-hum mushrikūn).
Notes lexicales
wa-kaʾayyin min āyatin
construction *kaʾayyin* (« combien de »), composée de *ka-* et *ayy*, de portée quantitative intensive proche de *kam*.
mā yuʾminu aktharuhum bi-llāhi illā wa-hum mushrikūn
**Dit** : ce verset décrit une croyance en Allaah qui coexiste, chez la plupart, avec le *shirk* — non une incroyance pure et simple, mais une reconnaissance d'Allaah (par exemple comme créateur) doublée d'une association qui la vide de son exclusivité. Voir l'étude Le Shirk, qui documente ce même phénomène ailleurs dans le corpus.

La fausse sécurité face au châtiment soudain · S12:107

S.12:107 · « Se sentent-ils à l’abri ? »

S.12:107
أَفَأَمِنُوا أَنْ تَأْتِيَهُمْ غَاشِيَةٌ مِنْ عَذَابِ اللَّهِ أَوْ تَأْتِيَهُمُ السَّاعَةُ بَغْتَةً وَهُمْ لَا يَشْعُرُونَ
A-fa-aminū an taʾtiyahum ghāshiyatun min ʿadhābi llāhi aw taʾtiyahumu s-sāʿatu baghtatan wa-hum lā yashʿurūn Se sentent-ils donc à l’abri (a-fa-aminū) qu’un châtiment enveloppant (ghāshiya) d’Allaah ne les atteigne, ou que l’Heure (as-sāʿa) ne leur vienne subitement (baghtatan), sans qu’ils s’en rendent compte ?
Notes lexicales
ghāshiyatun
racine *gh-sh-w* (recouvrir entièrement, envelopper sans laisser d'échappatoire).

« Voici mon sabīl » — l’appel sur une baṣīra · S12:108

S.12:108 · « J’appelle vers Allaah, sur une clairvoyance »

S.12:108
قُلْ هَٰذِهِ سَبِيلِي أَدْعُو إِلَى اللَّهِ ۚ عَلَىٰ بَصِيرَةٍ أَنَا وَمَنِ اتَّبَعَنِي ۖ وَسُبْحَانَ اللَّهِ وَمَا أَنَا مِنَ الْمُشْرِكِينَ
Qul hādhihi sabīlī adʿū ilā llāhi ʿalā baṣīratin anā wa-mani ttabaʿanī wa-subḥāna llāhi wa-mā anā mina l-mushrikīn Dis : « Voici mon sabīl : j’appelle vers Allaah sur une clairvoyance (ʿalā baṣīra) — moi, et quiconque me suit. Gloire à Allaah (subḥāna llāh) — et je ne suis pas du nombre des mushrikūn. »
Notes lexicales
ʿalā baṣīratin
même racine *b-ṣ-r* que *baṣāʾir* (S6:104 : « des clairvoyances vous sont venues de votre Rabb ») — ici au singulier, appliquée à l'assise même de l'appel du nabī et de ceux qui le suivent.
wa-subḥāna llāh
même formule que *subḥānahu* (S6:100), rendue par « Gloire à Allaah ».

Des hommes, non des malāʾika — des cités, non le désert · S12:109

S.12:109 · « Nous n’avons envoyé que des hommes »

S.12:109
وَمَا أَرْسَلْنَا مِنْ قَبْلِكَ إِلَّا رِجَالًا نُوحِي إِلَيْهِمْ مِنْ أَهْلِ الْقُرَىٰ ۗ أَفَلَمْ يَسِيرُوا فِي الْأَرْضِ فَيَنْظُرُوا كَيْفَ كَانَ عَاقِبَةُ الَّذِينَ مِنْ قَبْلِهِمْ ۗ وَلَدَارُ الْآخِرَةِ خَيْرٌ لِلَّذِينَ اتَّقَوْا ۗ أَفَلَا تَعْقِلُونَ
Wa-mā arsalnā min qablika illā rijālan nūḥī ilayhim min ahli l-qurā a-fa-lam yasīrū fi l-arḍi fa-yanẓurū kayfa kāna ʿāqibatu lladhīna min qablihim wa-la-dāru l-ākhirati khayrun li-lladhīna ttaqaw a-fa-lā taʿqilūn Et Nous n’avons envoyé, avant toi, que des hommes (rijāl) auxquels Nous révélions, parmi les gens des cités (min ahli l-qurā) — n’ont-ils donc pas parcouru la terre, pour regarder ce qu’il est advenu de ceux d’avant eux ? Et la demeure de l’Ākhira (dāru l-ākhira) est certes meilleure pour ceux qui ont la taqwā — ne raisonnerez-vous donc pas ?
Notes lexicales
illā rijālan ... min ahli l-qurā
**Dit** : le texte affirme explicitement que les *rusul* envoyés furent des hommes, non des *malāʾika* (voir S6:8–9) — et qu'ils provenaient des « gens des cités » (*ahl al-qurā*), non de la vie nomade du désert (*al-badw*, S12:100, ce Bloc) ni des *aʿrāb* (S9:97–99 ; voir l'étude Définition du croyant).
a-fa-lam yasīrū fi l-arḍi fa-yanẓurū kayfa kāna ʿāqibatu ...
formule présente sous des variantes proches (S6:11, S7:86) : l'appel à l'observation empirique des cités anéanties.
dāru l-ākhirati
à mettre en regard, sans les confondre, de *dāru s-salām* (S10:25) — deux désignations distinctes de la même destination promise.

Le crux lexical — kudhibū · S12:110

Crux lexical — S12:110, qad kudhibū. Le squelette consonantique de ce mot (ك ذ ب و ا) admet, selon la vocalisation retenue, deux verbes distincts, tous deux linguistiquement légitimes : la forme légère kudhibū, passif de kadhaba (« mentir »), donnerait le sens « ils pensèrent qu’on leur avait menti » — c’est-à-dire que la promesse de secours qui leur avait été faite ne se réaliserait pas ; la forme intensive kudhdhibū, passif de kadhdhaba (« démentir, traiter de menteur »), donnerait « ils pensèrent qu’ils avaient été (définitivement) traités de menteurs » par leur propre peuple. Le texte arabe retenu ici (lecture de Ḥafṣ ʿan ʿĀṣim) porte la forme légère, kudhibū — c’est cette vocalisation que ce Bloc traduit. Ce Bloc signale néanmoins l’existence de l’autre lecture, attestée dans une autre transmission canonique de vocalisation, par souci d’exhaustivité linguistique, sans trancher entre les deux au-delà de ce que la vocalisation retenue impose.

S.12:110 · « Jusqu’à ce que les rusul désespèrent »

S.12:110
حَتَّىٰ إِذَا اسْتَيْأَسَ الرُّسُلُ وَظَنُّوا أَنَّهُمْ قَدْ كُذِبُوا جَاءَهُمْ نَصْرُنَا فَنُجِّيَ مَنْ نَشَاءُ ۖ وَلَا يُرَدُّ بَأْسُنَا عَنِ الْقَوْمِ الْمُجْرِمِينَ
Ḥattā idhā stayʾasa r-rusulu wa-ẓannū annahum qad kudhibū jāʾahum naṣrunā fa-nujjiya man nashāʾu wa-lā yuraddu baʾsunā ʿani l-qawmi l-mujrimīn Jusqu’à ce que, lorsque les rusul désespérèrent (istayʾasa), et qu’ils pensèrent qu’on leur avait menti (qad kudhibū), Notre secours (naṣrunā) leur vint — et fut sauvé qui Nous avons voulu, et Notre rigueur (baʾsunā) ne se détourne pas du peuple des mujrimūn.
Notes lexicales
stayʾasa r-rusulu
même racine *y-ʾ-s* que S12:80/87 (ce Bloc) — cette fois appliquée aux *rusul* eux-mêmes, non à Yaʿqūb ni à ses fils.
qad kudhibū
voir le callout de méthode ci-dessus.

Clôture — ʿibra, confirmation, détail, guidance, raḥma · S12:111

S.12:111 · « Il y avait dans leurs récits une ʿibra »

S.12:111
لَقَدْ كَانَ فِي قَصَصِهِمْ عِبْرَةٌ لِأُولِي الْأَلْبَابِ ۗ مَا كَانَ حَدِيثًا يُفْتَرَىٰ وَلَٰكِنْ تَصْدِيقَ الَّذِي بَيْنَ يَدَيْهِ وَتَفْصِيلَ كُلِّ شَيْءٍ وَهُدًى وَرَحْمَةً لِقَوْمٍ يُؤْمِنُونَ
La-qad kāna fī qaṣaṣihim ʿibratun li-ulī l-albābi mā kāna ḥadīthan yuftarā wa-lākin taṣdīqa lladhī bayna yadayhi wa-tafṣīla kulli shayʾin wa-hudan wa-raḥmatan li-qawmin yuʾminūn Il y avait certes, dans leur récit (qaṣaṣihim), une leçon qui fait franchir un seuil (ʿibra) pour ceux qui sont dotés d’un noyau d’entendement (ulī l-albāb). Ce n’était pas un ḥadīth forgé (yuftarā), mais la confirmation de ce qui le précède (taṣdīqa lladhī bayna yadayhi), le détail de toute chose (tafṣīl), une guidance (hudā) et une raḥma pour un peuple qui croit.
Notes lexicales
qaṣaṣihim
même racine que *aḥsana l-qaṣaṣ* (S12:3) : le récit tout entier, désormais achevé, reçoit ici sa qualification finale.
ʿibratun li-ulī l-albāb
*ʿibra*, racine *ʿ-b-r* (traverser, passer d'un point à un autre) — même racine que *taʿburūn* (S12:43 : l'interprétation des songes, un passage de l'image à son sens). Écho volontaire, à la clôture de la sourate, avec ce terme rencontré en son centre : le récit tout entier permet à qui le médite de « passer » de l'anecdote particulière à un enseignement qui la dépasse. *Albāb*, pluriel de *lubb* : Ibn Fāris — le noyau, la part la plus pure et la plus essentielle d'une chose, d'où son emploi pour l'intelligence dépouillée de tout ce qui l'obscurcit.
mā kāna ḥadīthan yuftarā
*ḥadīth* : voir l'étude Le ḥadīth dans le Coran — un récit ou une parole, jamais le corpus prophétique postérieur. *Yuftarā*, racine *f-r-y* (voir S6:93 : « forger un mensonge »).
taṣdīqa lladhī bayna yadayhi
même formule qu'en S2:41/97, S3:3, S5:46/48 (« confirmant ce qui le précède ») — ici sous la forme nominale *taṣdīq* plutôt que le participe *muṣaddiq*, sans écart de sens.
wa-tafṣīla kulli shayʾin
même racine *f-ṣ-l* que *tafṣīla l-kitāb* (S10:37).
hudan wa-raḥmatan li-qawmin yuʾminūn
couple *hudā*/*raḥma* : clôture de la sourate sur les deux mêmes termes qui qualifiaient déjà la Tawrāh et l'Injīl (S5:44/46).

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