Structure du Bloc II. Six ensembles. D’abord la demeure promise à ceux qui ont pratiqué le taqwā, mise en miroir avec le sort de ceux qui se sont fait tort à eux-mêmes — deux scènes de mort opposées, l’une accueillie par la paix, l’autre par le déni (S16:30–34). Puis le shirk justifié par une invocation du qadar, l’envoi d’un rasūl dans chaque umma, le serment sur l’impossibilité de la résurrection démenti par kun fa-yakūn (S16:35–40). Puis l’hijra récompensée, le rappel que les rusul furent toujours des hommes et non des anges, le Dhikr confié au nabī, et la mise en garde contre un châtiment qui surprend (S16:41–47). Puis la prosternation universelle — ombres, êtres en mouvement, anges — et la crainte du Rabb (S16:48–50). Puis l’affirmation de l’ilāh unique, le bienfait qui ne vient que d’Allaah, et le shirk qui reparaît dès le soulagement obtenu (S16:51–55). Enfin les filles attribuées à Allaah tandis que Ses détracteurs les reçoivent eux-mêmes dans la honte, la comparaison sans égale qui Lui revient, et la clôture sur le rôle du shayṭān auprès des peuples anciens (S16:56–63).

Note de méthode — renvois. Kun fa-yakūn (S16:40) : voir S2:117. Jannātu ʿadn (S16:31) : voir S13:23. Ṭāghūt (S16:36) : voir S4:51, translittération conservée. Al-ḥusnā (S16:62) : rendu « le meilleur », voir S10:26. Tatawaffāhumu l-malāʾikatu (S16:32) fait écho, en miroir inversé, à la même construction en S16:28 (Bloc I) — ẓālimī anfusihim y devenait ṭayyibīn ici. Ẓalamahumu llāhu … kānū anfusahum yaẓlimūn (S16:33) : voir S3:117. Min ḥaythu lā yashʿurūn (S16:45) reprend à l’identique la formule de S16:26. Point de vigilance spatiale — S16:50, min fawqihim : voir le callout dédié à cet endroit (même risque de connotation de lieu que fawqa ʿibādihi, S6:18).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.16:30 La question posée aux muttaqīn — « un bien » — la demeure de l’Ākhira
S.16:31 Les jannātu ʿadn — ils y ont ce qu’ils désirent
S.16:32 Les anges accueillent les ṭayyibīn par la paix
S.16:33 N’attendent-ils que les anges, ou l’amr de ton Rabb ?
S.16:34 Les méfaits les ont atteints — ce dont ils se moquaient s’est abattu sur eux
S.16:35 Le shirk justifié par la mashīʾa d’Allaah — rien n’incombe aux rusul que la transmission
S.16:36 Un rasūl envoyé dans chaque umma — parcourez la terre
S.16:37 Allaah ne guide pas qui Il égare
S.16:38 Le serment que les morts ne ressuscitent pas — une promesse qui incombe à Allaah
S.16:39 Pour qu’Il clarifie le désaccord et que les kāfirūn sachent qu’ils mentaient
S.16:40 Kun fa-yakūn — Sa seule parole
S.16:41–42 Ceux qui ont émigré après avoir subi le tort — patients, confiants en leur Rabb
S.16:43 Toujours des hommes, jamais des anges — interrogez les gens du Dhikr
S.16:44 Les preuves manifestes et les écrits — le Dhikr descendu pour clarifier
S.16:45–47 Le châtiment qui surprend — saisie sans échappatoire — Raʾūf, Raḥīm
S.16:48 Les ombres elles-mêmes, prosternées
S.16:49 Tout être en mouvement se prosterne, ainsi que les anges
S.16:50 Ils craignent leur Rabb (min fawqihim) et font ce qui leur est ordonné
S.16:51 Ne prenez pas deux ilāh — un ilāh unique — Moi seul à redouter
S.16:52 Le dīn constant Lui appartient
S.16:53–54 Le bienfait vient d’Allaah — le shirk reparaît dès le tort écarté
S.16:55 Pour qu’ils renient ce qui leur a été donné
S.16:56 Une part assignée à ce qu’ils ne connaissent pas — vous serez interrogés
S.16:57 Des filles attribuées à Allaah — pour eux-mêmes, ce qu’ils désirent
S.16:58–59 L’annonce d’une fille — la garder dans la honte, ou l’enfouir
S.16:60 La pire des images pour qui nie l’Ākhira — la comparaison sans égale pour Allaah
S.16:61 S’Il saisissait pour l’injustice — un terme nommément fixé
S.16:62 Ce qu’ils détestent assigné à Allaah — le Feu leur revient
S.16:63 Le shayṭān a embelli leurs actions — leur walī, aujourd’hui

La demeure des muttaqīn — les deux morts en miroir · S16:30–34

S.16:30 · La question posée aux muttaqīn — « un bien » — la demeure de l’Ākhira

S.16:30
۞ وَقِيلَ لِلَّذِينَ اتَّقَوْا مَاذَا أَنْزَلَ رَبُّكُمْ ۚ قَالُوا خَيْرًا ۗ لِلَّذِينَ أَحْسَنُوا فِي هَٰذِهِ الدُّنْيَا حَسَنَةٌ ۚ وَلَدَارُ الْآخِرَةِ خَيْرٌ ۚ وَلَنِعْمَ دَارُ الْمُتَّقِينَ
Wa-qīla li-lladhīna ttaqaw mādhā anzala rabbukum — qālū khayran — li-lladhīna aḥsanū fī hādhihi d-dunyā ḥasanatun — wa-la-dāru l-ākhirati khayrun — wa-la-niʿma dāru l-muttaqīn Et il fut dit à ceux qui ont pratiqué le taqwā (ittaqaw) : « Qu’a fait descendre votre Rabb ? » Ils dirent : « Un bien (khayran). » Pour ceux qui ont agi avec excellence (aḥsanū) dans cette vie d’ici-bas, il y a une belle part (ḥasana) — et la demeure de l’Ākhira est certes meilleure (khayr) — et combien elle est excellente, la demeure des muttaqīn !
Notes lexicales
mādhā anzala rabbukum
même question, mot pour mot, qu'en S16:24 — cohérence intra-coranique par contraste : là, posée à des dénégateurs, elle recevait la réponse « des légendes des anciens » (asāṭīr al-awwalīn) ; ici, posée à ceux qui ont pratiqué le taqwā, elle reçoit la réponse « un bien » (khayran). Le texte construit ainsi, par la répétition exacte de la question, un effet de miroir entre deux réceptions opposées d'un même message.
ḥasanatun / khayr
deux termes voisins mais distincts : *ḥasana* (racine *ḥ-s-n*), la belle part concrète reçue dans cette vie ; *khayr* (racine *kh-y-r*), le bien au sens large, employé ici pour qualifier la demeure de l'Ākhira comme supérieure. Non-dit : ce seul verset ne détaille pas la nature de la *ḥasana* promise dans cette vie.

S.16:31 · Les jannātu ʿadn — ils y ont ce qu’ils désirent

S.16:31
جَنَّاتُ عَدْنٍ يَدْخُلُونَهَا تَجْرِي مِنْ تَحْتِهَا الْأَنْهَارُ ۖ لَهُمْ فِيهَا مَا يَشَاءُونَ ۚ كَذَٰلِكَ يَجْزِي اللَّهُ الْمُتَّقِينَ
Jannātu ʿadnin yadkhulūnahā tajrī min taḥtihā l-anhāru — lahum fīhā mā yashāʾūna — kadhālika yajzī llāhu l-muttaqīn [Cette demeure ce sont] les jannātu ʿadn (les jardins d’ʿAdn), qu’ils entreront, sous lesquels coulent les rivières — ils y ont ce qu’ils veulent — c’est ainsi qu’Allaah rétribue (yajzī) les muttaqīn.
Notes lexicales
jannātu ʿadn
voir S13:23 : *janna*, lieu de végétation dense, conservé en translittération ; *ʿadn* (racine *ʿ-d-n*), la résidence stable et durable — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) rattache ce terme au même mouvement radical que *maʿdin* (la mine, lieu où le métal réside en permanence). Non-dit : ce verset ne précise ni l'emplacement ni la nature exacte de ce qui est promis.

S.16:32 · Les anges accueillent les ṭayyibīn par la paix

S.16:32
الَّذِينَ تَتَوَفَّاهُمُ الْمَلَائِكَةُ طَيِّبِينَ ۙ يَقُولُونَ سَلَامٌ عَلَيْكُمُ ادْخُلُوا الْجَنَّةَ بِمَا كُنْتُمْ تَعْمَلُونَ
Alladhīna tatawaffāhumu l-malāʾikatu ṭayyibīna — yaqūlūna salāmun ʿalaykumu dkhulū l-jannata bimā kuntum taʿmalūn Ceux que les anges font mourir (tatawaffāhumu) purs (ṭayyibīn) — ils leur disent : « Paix sur vous — entrez dans la Janna pour ce que vous faisiez. »
Notes lexicales
tatawaffāhumu l-malāʾikatu ṭayyibīna
Cohérence intra-coranique, effet de miroir interne à cette sourate : même construction exacte (*tatawaffāhumu l-malāʾikatu* + qualificatif à l'accusatif pluriel) qu'en S16:28 (*tatawaffāhumu l-malāʾikatu ẓālimī anfusihim*, « alors qu'ils se sont fait tort à eux-mêmes »), qui reprenait elle-même presque mot pour mot S4:97. Le texte oppose ainsi, par la même construction, deux scènes de mort strictement symétriques : les *ẓālimī anfusihim* reçus par un reproche (« Nous ne faisions aucun mal ! » — « Que si ! »), les *ṭayyibīn* reçus par la paix.
ṭayyibīn
racine *ṭ-y-b* : ce qui est pur, sain, exempt de souillure — ici appliqué à des personnes.

S.16:33 · N’attendent-ils que les anges, ou l’amr de ton Rabb ?

S.16:33
هَلْ يَنْظُرُونَ إِلَّا أَنْ تَأْتِيَهُمُ الْمَلَائِكَةُ أَوْ يَأْتِيَ أَمْرُ رَبِّكَ ۚ كَذَٰلِكَ فَعَلَ الَّذِينَ مِنْ قَبْلِهِمْ ۚ وَمَا ظَلَمَهُمُ اللَّهُ وَلَٰكِنْ كَانُوا أَنْفُسَهُمْ يَظْلِمُونَ
Hal yanẓurūna illā an taʾtiyahumu l-malāʾikatu aw yaʾtiya amru rabbika — kadhālika faʿala lladhīna min qablihim — wa-mā ẓalamahumu llāhu wa-lākin kānū anfusahum yaẓlimūn N’attendent-ils sinon que les anges viennent à eux, ou que vienne l’amr (l’ordre) de ton Rabb ? C’est ainsi qu’ont agi ceux d’avant eux — Allaah ne leur a fait aucun tort, mais ils se faisaient tort à eux-mêmes.
Notes lexicales
wa-mā ẓalamahumu llāhu wa-lākin kānū anfusahum yaẓlimūn
voir S3:117 (*ẓalamū anfusahum*) — le tort (*ẓulm*) est explicitement écarté d'Allaah et rattaché à l'action des personnes elles-mêmes sur elles-mêmes.
yaʾtiya amru rabbika
même terme *amr* qu'en S16:1 — ce qui « vient » n'est pas Allaah Lui-même mais Son *amr* (l'ordre, l'échéance décrétée), évitant ainsi toute lecture d'une venue spatiale d'Allaah.

S.16:34 · Les méfaits les ont atteints — ce dont ils se moquaient s’est abattu sur eux

S.16:34
فَأَصَابَهُمْ سَيِّئَاتُ مَا عَمِلُوا وَحَاقَ بِهِمْ مَا كَانُوا بِهِ يَسْتَهْزِئُونَ
Fa-aṣābahum sayyiʾātu mā ʿamilū wa-ḥāqa bihim mā kānū bihi yastahziʾūn Alors les méfaits (sayyiʾāt) de ce qu’ils faisaient les ont atteints, et s’est abattu sur eux (ḥāqa bihim) ce dont ils se moquaient (yastahziʾūn).
Notes lexicales
ḥāqa bihim
racine *ḥ-y-q* — voir S6:10 : venir entourer, s'abattre inévitablement sur quelqu'un.

Le shirk justifié par le qadar, l’envoi des rusul, kun fa-yakūn · S16:35–40

S.16:35 · Le shirk justifié par la mashīʾa d’Allaah — rien n’incombe aux rusul que la transmission

S.16:35
وَقَالَ الَّذِينَ أَشْرَكُوا لَوْ شَاءَ اللَّهُ مَا عَبَدْنَا مِنْ دُونِهِ مِنْ شَيْءٍ نَحْنُ وَلَا آبَاؤُنَا وَلَا حَرَّمْنَا مِنْ دُونِهِ مِنْ شَيْءٍ ۚ كَذَٰلِكَ فَعَلَ الَّذِينَ مِنْ قَبْلِهِمْ ۚ فَهَلْ عَلَى الرُّسُلِ إِلَّا الْبَلَاغُ الْمُبِينُ
Wa-qāla lladhīna ashrakū law shāʾa llāhu mā ʿabadnā min dūnihi min shayʾin naḥnu wa-lā ābāʾunā wa-lā ḥarramnā min dūnihi min shayʾin — kadhālika faʿala lladhīna min qablihim — fa-hal ʿalā r-rusuli illā l-balāghu l-mubīn Et ceux qui ont commis le shirk ont dit : « Si Allaah avait voulu, nous n’aurions rien adoré en dehors de Lui — ni nous, ni nos pères — et nous n’aurions rien interdit en dehors de Lui. » C’est ainsi qu’ont agi ceux d’avant eux — or, qu’incombe-t-il aux rusul sinon la transmission manifeste (al-balāgh al-mubīn) ?
Notes lexicales
law shāʾa llāhu mā ʿabadnā
relève de la famille *mashīʾa*/*qadar*, laissée ouverte (voir S6, S8 à S11, S13 à S15, S16:9). Point de méthode : ce verset ne réfute pas directement la prémisse (« si Allaah avait voulu ») mais répond à la conclusion qu'ils en tirent (l'absence de responsabilité) par un rappel du seul rôle des *rusul* — la transmission, non la contrainte de la guidance.
al-balāghu l-mubīn
voir S3:20 : la transmission manifeste, seule charge explicitement reconnue aux *rusul* par le texte lui-même.

S.16:36 · Un rasūl envoyé dans chaque umma — parcourez la terre

S.16:36
وَلَقَدْ بَعَثْنَا فِي كُلِّ أُمَّةٍ رَسُولًا أَنِ اعْبُدُوا اللَّهَ وَاجْتَنِبُوا الطَّاغُوتَ ۖ فَمِنْهُمْ مَنْ هَدَى اللَّهُ وَمِنْهُمْ مَنْ حَقَّتْ عَلَيْهِ الضَّلَالَةُ ۚ فَسِيرُوا فِي الْأَرْضِ فَانْظُرُوا كَيْفَ كَانَ عَاقِبَةُ الْمُكَذِّبِينَ
Wa-la-qad baʿathnā fī kulli ummatin rasūlan ani ʿbudū llāha wa-jtanibū ṭ-ṭāghūta — fa-minhum man hadā llāhu wa-minhum man ḥaqqat ʿalayhi ḍ-ḍalālatu — fa-sīrū fī l-arḍi fa-nẓurū kayfa kāna ʿāqibatu l-mukadhdhibīn Et Nous avons certes envoyé, dans chaque umma, un rasūl [portant ce message] : « Adorez Allaah et évitez le ṭāghūt. » Parmi eux il en est que Allaah a guidés (hadā), et parmi eux il en est sur qui l’égarement (aḍ-ḍalāla) s’est confirmé (ḥaqqat) — parcourez donc la terre, puis regardez quelle a été la fin de ceux qui ont démenti.
Notes lexicales
ṭāghūt
conservé en translittération (voir S4:51 : *al-jibt wa-ṭ-ṭāghūt*) — sans équivalent français unique fidèle.
fa-sīrū fī l-arḍi fa-nẓurū kayfa kāna ʿāqibatu l-mukadhdhibīn
formule quasi identique, à l'impératif pluriel direct (sans le *qul* introductif), à S6:11 (« Dis : Parcourez la terre… »).
man hadā llāhu / man ḥaqqat ʿalayhi ḍ-ḍalāla
relève de la famille *mashīʾa*/*qadar*, laissée ouverte. Non-dit : ce seul verset ne détaille pas le mécanisme reliant l'envoi du même message à ces deux issues opposées.

S.16:37 · Allaah ne guide pas qui Il égare

S.16:37
إِنْ تَحْرِصْ عَلَىٰ هُدَاهُمْ فَإِنَّ اللَّهَ لَا يَهْدِي مَنْ يُضِلُّ ۖ وَمَا لَهُمْ مِنْ نَاصِرِينَ
In taḥriṣ ʿalā hudāhum fa-inna llāha lā yahdī man yuḍillu — wa-mā lahum min nāṣirīn Même si tu es ardemment désireux (taḥriṣ) de leur guidance, Allaah ne guide pas qui Il égare (lā yahdī man yuḍillu) — et il n’y a pour eux aucun secoureur (nāṣirīn).
Notes lexicales
lā yahdī man yuḍillu
relève de la famille *mashīʾa*/*qadar*, laissée ouverte. Dit : le texte pose ici une adresse directe au nabī (« même si tu es désireux ») qui limite explicitement la portée de son rôle face à cette catégorie de personnes, sans expliciter davantage le mécanisme de l'égarement lui-même.

S.16:38 · Le serment que les morts ne ressuscitent pas — une promesse qui incombe à Allaah

S.16:38
وَأَقْسَمُوا بِاللَّهِ جَهْدَ أَيْمَانِهِمْ ۙ لَا يَبْعَثُ اللَّهُ مَنْ يَمُوتُ ۚ بَلَىٰ وَعْدًا عَلَيْهِ حَقًّا وَلَٰكِنَّ أَكْثَرَ النَّاسِ لَا يَعْلَمُونَ
Wa-aqsamū billāhi jahda aymānihim lā yabʿathu llāhu man yamūtu — balā waʿdan ʿalayhi ḥaqqan wa-lākinna akthara n-nāsi lā yaʿlamūn Et ils ont juré par Allaah, de leurs serments les plus intenses (jahda aymānihim), qu’Allaah ne ressuscite pas celui qui meurt — Que si ! C’est une promesse qui Lui incombe, en toute vérité (ḥaqqan) — mais la plupart des humains ne savent pas.
Notes lexicales
jahda aymānihim
racine *j-h-d* : l'effort porté à son maximum — ici qualifiant l'intensité du serment (aymān, pluriel de yamīn).
waʿdan ʿalayhi ḥaqqan
construction *ʿalayhi* (« sur Lui », « qui Lui incombe ») proche de S6:12 (*kataba ʿalā nafsihi r-raḥmata*) pour une détermination qu'Allaah prend envers Lui-même — même principe : une promesse posée comme incombance qu'Allaah S'impose, non un lieu ni un poids extérieur qui s'exercerait sur Lui.

S.16:39 · Pour qu’Il clarifie le désaccord et que les kāfirūn sachent qu’ils mentaient

S.16:39
لِيُبَيِّنَ لَهُمُ الَّذِي يَخْتَلِفُونَ فِيهِ وَلِيَعْلَمَ الَّذِينَ كَفَرُوا أَنَّهُمْ كَانُوا كَاذِبِينَ
Li-yubayyina lahumu lladhī yakhtalifūna fīhi wa-li-yaʿlama lladhīna kafarū annahum kānū kādhibīn [Il les ressuscitera] pour leur expliquer clairement (li-yubayyina) ce sur quoi ils sont en désaccord, et pour que ceux qui ont commis le kufr sachent qu’ils étaient menteurs (kādhibīn).
Notes lexicales
li-yubayyina / li-yaʿlama
Dit : le texte relie explicitement la résurrection annoncée au verset précédent à une double finalité — clarification du désaccord, prise de conscience des dénégateurs — sans détailler ici les modalités de cette clarification.

S.16:40 · Kun fa-yakūn — Sa seule parole

S.16:40
إِنَّمَا قَوْلُنَا لِشَيْءٍ إِذَا أَرَدْنَاهُ أَنْ نَقُولَ لَهُ كُنْ فَيَكُونُ
Innamā qawlunā li-shayʾin idhā aradnāhu an naqūla lahu kun fa-yakūn Notre seule parole, pour une chose que Nous voulons, est de lui dire : « Sois » — et cela est.
Notes lexicales
kun fa-yakūn
repris mot pour mot de S2:117 (« quand Il décrète une chose Il dit seulement : “Sois” — et cela est »). Dit : ce verset répond directement au serment du verset précédent (S16:38) en posant, comme seule condition à tout ce qu'Allaah veut, cette parole — la résurrection niée par le serment relève ainsi, par cette formule, de la même catégorie que tout acte de création.

L’hijra, les rusul toujours humains, le Dhikr · S16:41–47

S.16:41–42 · Ceux qui ont émigré après avoir subi le tort — patients, confiants en leur Rabb

S.16:41–42
وَالَّذِينَ هَاجَرُوا فِي اللَّهِ مِنْ بَعْدِ مَا ظُلِمُوا لَنُبَوِّئَنَّهُمْ فِي الدُّنْيَا حَسَنَةً ۖ وَلَأَجْرُ الْآخِرَةِ أَكْبَرُ ۚ لَوْ كَانُوا يَعْلَمُونَ ۝ الَّذِينَ صَبَرُوا وَعَلَىٰ رَبِّهِمْ يَتَوَكَّلُونَ
Wa-lladhīna hājarū fī llāhi min baʿdi mā ẓulimū la-nubawwiʾannahum fī d-dunyā ḥasanatan — wa-la-ajru l-ākhirati akbaru — law kānū yaʿlamūn · Alladhīna ṣabarū wa-ʿalā rabbihim yatawakkalūn Et ceux qui ont émigré (hājarū) pour Allaah après avoir subi le tort (mā ẓulimū), Nous les installerons certainement, dans cette vie, dans une belle situation (ḥasanatan) — et la récompense de l’Ākhira est certes plus grande — s’ils savaient ! — Ceux qui ont pratiqué la patience (ṣabarū) et placent leur confiance en leur Rabb (yatawakkalūn).
Notes lexicales
hājarū fī llāhi
racine *h-j-r* — voir S8:72/74 et S9:20 : l'émigration pour la cause d'Allaah. Cette même formule exacte, *hājarū min baʿdi mā ẓulimū*, revient à l'identique en S16:110.
wa-la-ajru l-ākhirati akbaru
formule proche de S12:57 (*wa-la-ajru l-ākhirati khayrun*) — même comparaison, terme de comparatif distinct (*akbaru*, plus grand ; *khayrun*, meilleur), sans que le texte n'articule lui-même de hiérarchie entre les deux formulations.
alladhīna ṣabarū wa-ʿalā rabbihim yatawakkalūn
Non-dit, apposition : ce verset ne réintroduit pas explicitement le sujet — il complète, par apposition grammaticale, la description de « ceux qui ont émigré » du verset précédent, sans qu'un nouveau groupe distinct ne soit nommé.

S.16:43 · Toujours des hommes, jamais des anges — interrogez les gens du Dhikr

S.16:43
وَمَا أَرْسَلْنَا مِنْ قَبْلِكَ إِلَّا رِجَالًا نُوحِي إِلَيْهِمْ ۚ فَاسْأَلُوا أَهْلَ الذِّكْرِ إِنْ كُنْتُمْ لَا تَعْلَمُونَ
Wa-mā arsalnā min qablika illā rijālan nūḥī ilayhim — fa-sʾalū ahla dh-dhikri in kuntum lā taʿlamūn Et Nous n’avons envoyé avant toi que des hommes (rijāl) à qui Nous adressions la révélation (nūḥī ilayhim) — interrogez donc les gens du dhikr (ahl adh-dhikr) si vous ne savez pas.
Notes lexicales
rijālan nūḥī ilayhim
Cohérence intra-coranique : ce verset répond directement à l'objection de S6:8–9 (« pourquoi ne fait-on pas descendre sur lui un malak ? ») en rappelant que tous les rusul envoyés avant le nabī furent des hommes (rijāl), non des anges.
ahl adh-dhikr
*dhikr*, conservé en translittération (voir S15:9, entre autres). Non-dit : ce seul verset ne nomme pas précisément qui sont « les gens du dhikr » — ni s'il s'agit de dépositaires d'une révélation antérieure, ni d'une catégorie plus large de gens de savoir ; ce Bloc rapporte l'invitation à interroger une catégorie de personnes possédant une connaissance sur ce point (l'envoi d'hommes, non d'anges), sans importer d'identification extérieure à ce que le texte affirme.

S.16:44 · Les preuves manifestes et les écrits — le Dhikr descendu pour clarifier

S.16:44
بِالْبَيِّنَاتِ وَالزُّبُرِ ۗ وَأَنْزَلْنَا إِلَيْكَ الذِّكْرَ لِتُبَيِّنَ لِلنَّاسِ مَا نُزِّلَ إِلَيْهِمْ وَلَعَلَّهُمْ يَتَفَكَّرُونَ
Bi-l-bayyināti wa-z-zuburi — wa-anzalnā ilayka dh-dhikra li-tubayyina li-n-nāsi mā nuzzila ilayhim wa-laʿallahum yatafakkarūn [Nous les avons envoyés] avec les preuves manifestes (al-bayyināt) et les écrits (az-zubur) — et Nous avons fait descendre vers toi le Dhikr, pour que tu expliques clairement aux humains ce qui leur a été descendu, et peut-être réfléchiront-ils (yatafakkarūn).
Notes lexicales
bi-l-bayyināti wa-z-zuburi
Non-dit, continuation grammaticale : ce complément se rattache au « hommes à qui Nous adressions la révélation » du verset précédent (S16:43) — une seule phrase répartie sur deux versets.
az-zubur
racine *z-b-r* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : *az-zabr*, l'écriture ferme, le fait de graver ou de consigner solidement ; d'où *az-zubur*, les écrits, au sens générique. À distinguer d'*az-Zabūr*, nom propre de l'écrit donné à Dāwūd ailleurs dans le Coran, que ce seul verset ne nomme pas.
adh-dhikr
même terme qu'en S16:43 — ici appliqué nommément à ce qui est descendu sur le nabī, avec la fonction explicite de clarification (li-tubayyina) confiée à lui.

S.16:45–47 · Le châtiment qui surprend — Raʾūf, Raḥīm

S.16:45
أَفَأَمِنَ الَّذِينَ مَكَرُوا السَّيِّئَاتِ أَنْ يَخْسِفَ اللَّهُ بِهِمُ الْأَرْضَ أَوْ يَأْتِيَهُمُ الْعَذَابُ مِنْ حَيْثُ لَا يَشْعُرُونَ
A-fa-amina lladhīna makarū s-sayyiʾāti an yakhsifa llāhu bihimu l-arḍa aw yaʾtiyahumu l-ʿadhābu min ḥaythu lā yashʿurūn Ceux qui ont usé de manœuvres malveillantes (makarū s-sayyiʾāt) sont-ils donc à l’abri (a-fa-amina) qu’Allaah fasse s’effondrer la terre sous eux (yakhsifa bihimu l-arḍ), ou que le châtiment leur vienne d’où ils ne le pressentent pas (min ḥaythu lā yashʿurūn) ?
S.16:46
أَوْ يَأْخُذَهُمْ فِي تَقَلُّبِهِمْ فَمَا هُمْ بِمُعْجِزِينَ
Aw yaʾkhudhahum fī taqallubihim fa-mā hum bi-muʿjizīn Ou qu’Il les saisisse au cours de leurs allées et venues (taqallubihim), sans qu’ils puissent [Le] réduire à l’impuissance (bi-muʿjizīn) ?
S.16:47
أَوْ يَأْخُذَهُمْ عَلَىٰ تَخَوُّفٍ فَإِنَّ رَبَّكُمْ لَرَءُوفٌ رَحِيمٌ
Aw yaʾkhudhahum ʿalā takhawwufin fa-inna rabbakum la-raʾūfun raḥīm Ou qu’Il les saisisse par une diminution progressive (ʿalā takhawwuf) ? — Votre Rabb est certes Raʾūf, Raḥīm.
Notes lexicales
min ḥaythu lā yashʿurūn
formule identique à S16:26.
bi-muʿjizīn
racine *ʿ-j-z* — voir S8:59 (*lā yuʿjizūn*) : ne pas réduire à l'impuissance, ne pas échapper.
takhawwuf
Crux lexical, deux lectures attestées, non tranché. Racine *kh-w-f*, forme V. (1) Sens premier : la crainte, l'appréhension — « les saisir par un effet de crainte [progressive] ». (2) Sens second, attesté par plusieurs lexicographes classiques dont Ibn Manẓūr, qui le rattachent à un usage dialectal : *at-takhawwuf*, la diminution, le prélèvement progressif d'une chose par ses extrémités (l'image d'un objet rogné peu à peu). Ce Bloc rend l'expression par « une diminution progressive », en retenant la seconde lecture comme la plus cohérente avec les deux modes de saisie déjà nommés dans les versets précédents (l'effondrement soudain, la saisie en chemin) — sans exclure la première lecture, signalée ici pour transparence.
Raʾūf, Raḥīm
voir S16:7 — conservés en translittération, sans projection d'affect humain.

La prosternation universelle — la crainte du Rabb · S16:48–50

S.16:48 · Les ombres elles-mêmes, prosternées

S.16:48
أَوَلَمْ يَرَوْا إِلَىٰ مَا خَلَقَ اللَّهُ مِنْ شَيْءٍ يَتَفَيَّأُ ظِلَالُهُ عَنِ الْيَمِينِ وَالشَّمَائِلِ سُجَّدًا لِلَّهِ وَهُمْ دَاخِرُونَ
A-wa-lam yaraw ilā mā khalaqa llāhu min shayʾin yatafayyaʾu ẓilāluhu ʿani l-yamīni wa-sh-shamāʾili sujjadan lillāhi wa-hum dākhirūn N’ont-ils pas vu que toute chose qu’Allaah a créée voit son ombre s’incliner (yatafayyaʾu ẓilāluhu) de la droite et de la gauche, prosternée (sujjadan) devant Allaah, en état de soumission (dākhirūn) ?
Notes lexicales
yatafayyaʾu ẓilāluhu
racine *f-y-ʾ* : le déplacement de l'ombre au fil de la course du soleil. Dit : le texte qualifie ce déplacement lui-même de « prosternation » (sujjadan) — une extension du terme au-delà du geste rituel humain, cohérente avec la prosternation universelle affirmée aux deux versets suivants.
dākhirūn
racine *d-kh-r* — Ibn Manẓūr : l'état d'abaissement, de soumission contrainte.

S.16:49 · Tout être en mouvement se prosterne, ainsi que les anges

S.16:49
وَلِلَّهِ يَسْجُدُ مَا فِي السَّمَاوَاتِ وَمَا فِي الْأَرْضِ مِنْ دَابَّةٍ وَالْمَلَائِكَةُ وَهُمْ لَا يَسْتَكْبِرُونَ
Wa-lillāhi yasjudu mā fī s-samāwāti wa-mā fī l-arḍi min dābbatin wa-l-malāʾikatu wa-hum lā yastakbirūn Et c’est devant Allaah que se prosterne (yasjudu) tout ce qui, dans les cieux et sur la terre, est un être en mouvement (dābba), ainsi que les anges — et ils ne sont pas empreints d’orgueil (lā yastakbirūn).
Notes lexicales
dābba
racine *d-b-b* : ce qui se meut, tout être vivant capable de mouvement — terme générique, non restreint aux seuls animaux au sens étroit du français.
lā yastakbirūn
même forme X (*istakbara*) qu'en S16:23 (*al-mustakbirīn*) — ici appliquée aux anges pour affirmer, à l'opposé, l'absence totale d'orgueil dans leur prosternation.

S.16:50 · Ils craignent leur Rabb (min fawqihim) — et font ce qui leur est ordonné

Avertissement de méthode — « min fawqihim ». Yakhāfūna rabbahum min fawqihim : le terme fawq (« au-dessus de ») appliqué à la relation entre les anges et leur Rabb pose un risque de lecture spatiale — une position d’Allaah « au-dessus » de Ses créatures, entendue littéralement (même risque que al-qāhiru fawqa ʿibādihi, S6:18). Fawq est donc conservé en arabe dans la traduction, sans glose de lieu. Non-dit : le texte n’impose aucune position dans l’espace ; la préposition exprime ici la pleine prévalence de ce qui est dit d’Allaah sur ceux qui Le craignent.

S.16:50
يَخَافُونَ رَبَّهُمْ مِنْ فَوْقِهِمْ وَيَفْعَلُونَ مَا يُؤْمَرُونَ ۩
Yakhāfūna rabbahum min fawqihim wa-yafʿalūna mā yuʾmarūn Ils craignent leur Rabb (min fawqihim) — et ils font ce qui leur est ordonné.
Notes lexicales
min fawqihim
voir l'avertissement de méthode ci-dessus. Conservé en arabe plutôt que traduit par « au-dessus d'eux », afin d'écarter toute connotation de lieu appliquée à Allaah.
yakhāfūna
racine *kh-w-f* : la crainte au sens général — à distinguer de *fa-rhabūni* (S16:51, racine *r-h-b*), qui porte une nuance de crainte doublée de révérence attentive (Ibn Manẓūr : *khawf* accompagné de retenue), sans que le texte n'articule lui-même de hiérarchie stricte entre les deux racines.

L’ilāh unique — le bienfait et le shirk qui reparaît · S16:51–55

S.16:51 · Ne prenez pas deux ilāh — un ilāh unique — Moi seul à redouter

S.16:51
۞ وَقَالَ اللَّهُ لَا تَتَّخِذُوا إِلَٰهَيْنِ اثْنَيْنِ ۖ إِنَّمَا هُوَ إِلَٰهٌ وَاحِدٌ ۖ فَإِيَّايَ فَارْهَبُونِ
Wa-qāla llāhu lā tattakhidhū ilāhayni thnayni — innamā huwa ilāhun wāḥidun — fa-iyyāya fa-rhabūni Et Allaah a dit : « Ne prenez pas deux ilāh — Il n’est qu’un ilāh unique (ilāhun wāḥid) — c’est Moi seul que vous devez redouter (fa-rhabūni). »
Notes lexicales
fa-rhabūni
racine *r-h-b* — voir la note à S16:50 pour la distinction avec *khawf*.

S.16:52 · Le dīn constant Lui appartient

S.16:52
وَلَهُ مَا فِي السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ وَلَهُ الدِّينُ وَاصِبًا ۚ أَفَغَيْرَ اللَّهِ تَتَّقُونَ
Wa-lahu mā fī s-samāwāti wa-l-arḍi wa-lahu d-dīnu wāṣiban — a-fa-ghayra llāhi tattaqūn Et à Lui appartient ce qui est dans les cieux et sur la terre, et à Lui appartient le dīn constant (wāṣiban) — pratiquerez-vous donc le taqwā envers un autre qu’Allaah ?
Notes lexicales
ad-dīn
conservé en translittération — sans équivalent français unique fidèle.
wāṣiban
racine *w-ṣ-b* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : *al-wuṣūb*, la constance, ce qui se poursuit sans interruption. Qualifie ici le dīn dû à Allaah comme une charge permanente, non sujette à suspension.

S.16:53–54 · Le bienfait vient d’Allaah — le shirk reparaît dès le tort écarté

S.16:53
وَمَا بِكُمْ مِنْ نِعْمَةٍ فَمِنَ اللَّهِ ۖ ثُمَّ إِذَا مَسَّكُمُ الضُّرُّ فَإِلَيْهِ تَجْأَرُونَ
Wa-mā bikum min niʿmatin fa-mina llāhi — thumma idhā massakumu ḍ-ḍurru fa-ilayhi tajʾarūn Et le moindre bienfait (niʿma) qui est en vous vient d’Allaah — puis, quand le tort (aḍ-ḍurr) vous touche, c’est vers Lui que vous implorez à voix haute (tajʾarūn).
S.16:54
ثُمَّ إِذَا كَشَفَ الضُّرَّ عَنْكُمْ إِذَا فَرِيقٌ مِنْكُمْ بِرَبِّهِمْ يُشْرِكُونَ
Thumma idhā kashafa ḍ-ḍurra ʿankum idhā farīqun minkum bi-rabbihim yushrikūn Puis, quand Il écarte de vous ce tort, voici qu’une partie d’entre vous commet le shirk envers leur Rabb.
Notes lexicales
tajʾarūn
racine *j-ʾ-r* — Ibn Manẓūr : l'appel à voix haute et pressante, image empruntée au mugissement du bétail en détresse.
kashafa
même racine *k-sh-f* qu'en S6:17 (*lā kāshifa lahu illā huwa*).

S.16:55 · Pour qu’ils renient ce qui leur a été donné

S.16:55
لِيَكْفُرُوا بِمَا آتَيْنَاهُمْ ۚ فَتَمَتَّعُوا ۖ فَسَوْفَ تَعْلَمُونَ
Li-yakfurū bimā ātaynāhum — fa-tamattaʿū fa-sawfa taʿlamūn [Cela,] pour qu’ils renient (li-yakfurū) ce que Nous leur avons donné — jouissez donc [de ce monde] — bientôt vous saurez.
Notes lexicales
li-yakfurū
même construction grammaticale (*lām* de conséquence plutôt que *lām* de but) que *li-yaḥmilū* en S16:24–25 — le reniement n'est pas ici l'intention visée par le tort écarté, mais sa conséquence effective chez une partie des humains.

Les filles attribuées à Allaah — la comparaison sans égale · S16:56–63

S.16:56 · Une part assignée à ce qu’ils ne connaissent pas — vous serez interrogés

S.16:56
وَيَجْعَلُونَ لِمَا لَا يَعْلَمُونَ نَصِيبًا مِمَّا رَزَقْنَاهُمْ ۗ تَاللَّهِ لَتُسْأَلُنَّ عَمَّا كُنْتُمْ تَفْتَرُونَ
Wa-yajʿalūna li-mā lā yaʿlamūna naṣīban mimmā razaqnāhum — ta-llāhi la-tusʾalunna ʿammā kuntum taftarūn Et ils assignent, à ce qu’ils ne connaissent pas, une part de ce que Nous leur avons accordé comme subsistance (razaqnāhum) — par Allaah, vous serez certainement interrogés sur ce que vous inventiez (taftarūn).
Notes lexicales
ta-llāhi
particule de serment *ta-* (variante de *wa-*/*bi-*) ; revient à S16:63.

S.16:57 · Des filles attribuées à Allaah — pour eux-mêmes, ce qu’ils désirent

S.16:57
وَيَجْعَلُونَ لِلَّهِ الْبَنَاتِ سُبْحَانَهُ ۙ وَلَهُمْ مَا يَشْتَهُونَ
Wa-yajʿalūna lillāhi l-banāti subḥānahu wa-lahum mā yashtahūn Et ils assignent à Allaah des filles — Il est dégagé de toute imperfection (subḥānahu) — tandis qu’à eux-mêmes revient ce qu’ils désirent (yashtahūn).
Notes lexicales
subḥānahu
même rendu qu'en S16:1 — « Il est dégagé de toute imperfection », non « gloire à Lui », conformément à la définition posée en S2:32.

S.16:58–59 · L’annonce d’une fille — la garder dans la honte, ou l’enfouir

S.16:58
وَإِذَا بُشِّرَ أَحَدُهُمْ بِالْأُنْثَىٰ ظَلَّ وَجْهُهُ مُسْوَدًّا وَهُوَ كَظِيمٌ
Wa-idhā bushshira aḥaduhum bi-l-unthā ẓalla wajhuhu muswaddan wa-huwa kaẓīm Et quand l’un d’eux reçoit l’annonce d’une fille (al-unthā), son visage demeure assombri (muswaddan), et il est plein de contrariété rentrée (kaẓīm).
S.16:59
يَتَوَارَىٰ مِنَ الْقَوْمِ مِنْ سُوءِ مَا بُشِّرَ بِهِ ۚ أَيُمْسِكُهُ عَلَىٰ هُونٍ أَمْ يَدُسُّهُ فِي التُّرَابِ ۗ أَلَا سَاءَ مَا يَحْكُمُونَ
Yatawārā mina l-qawmi min sūʾi mā bushshira bihi — a-yumsikuhu ʿalā hūnin am yadussuhu fī t-turābi — alā sāʾa mā yaḥkumūn Il se dérobe aux gens (yatawārā), à cause du mal de ce dont il a été informé : la gardera-t-il malgré l’humiliation (ʿalā hūn), ou l’enfouira-t-il dans la terre (yadussuhu fī t-turāb) ? — combien est mauvais ce qu’ils décident (yaḥkumūn) !
Notes lexicales
muswaddan
racine *s-w-d* (*aswad*, noir), forme IX (*iswadda*, s'assombrir) : le visage qui se ferme et s'assombrit sous l'effet du déplaisir.
kaẓīm
racine *k-ẓ-m* — Ibn Manẓūr : contenir, retenir en soi ce qui déborde (la colère, la contrariété) sans l'exprimer.
ʿalā hūnin
racine *h-w-n* — Ibn Fāris : l'abaissement, l'avilissement. Dit, sans ajout extérieur : le texte lui-même pose la double alternative — garder la fille malgré l'humiliation ressentie, ou l'enfouir vivante dans la terre (*yadussuhu fī t-turāb*) — décrivant ainsi, dans ses propres termes et sans qu'aucun récit extérieur ne soit nécessaire pour l'établir, la pratique préislamique de l'inhumation des filles nouveau-nées.

S.16:60 · La pire des images pour qui nie l’Ākhira — la comparaison sans égale pour Allaah

Point de méthode — « wa-lillāhi l-mathalu l-aʿlā ». Ce segment porte la même racine (ʿ-l-w) que taʿālā (S16:1). À la différence de taʿālā, l’adjectif al-aʿlā qualifie ici grammaticalement al-mathal (la comparaison, l’image, la référence), non Allaah directement — sur le même principe que al-kitābi l-ḥakīm (S10:1, ḥakīm qualifiant le Kitāb, non Allaah). Pour écarter toute connotation de lieu, al-aʿlā est conservé en arabe dans la traduction, glosé par « sans égale » : une supériorité sans reste, qui n’installe aucune idée de hauteur spatiale.

S.16:60
لِلَّذِينَ لَا يُؤْمِنُونَ بِالْآخِرَةِ مَثَلُ السَّوْءِ ۖ وَلِلَّهِ الْمَثَلُ الْأَعْلَىٰ ۚ وَهُوَ الْعَزِيزُ الْحَكِيمُ
Li-lladhīna lā yuʾminūna bi-l-ākhirati mathalu s-sawʾi — wa-lillāhi l-mathalu l-aʿlā — wa-huwa l-ʿazīzu l-ḥakīm À ceux qui ne croient pas en l’Ākhira revient la pire des images (mathalu s-sawʾ) — et à Allaah revient la comparaison sans égale (al-mathal al-aʿlā) — et Il est al-ʿAzīz, al-Ḥakīm.
Notes lexicales
mathalu s-sawʾ / al-mathal al-aʿlā
voir l'avertissement de méthode ci-dessus. *Mathal* (voir S2:17–20/26) : la comparaison, l'image portée. Non-dit : ce seul verset ne détaille pas le contenu précis de « la pire des images » attribuée à ceux qui nient l'Ākhira — seul le contraste avec la comparaison sans égale d'Allaah est posé.

S.16:61 · S’Il saisissait pour l’injustice — un terme nommément fixé

S.16:61
وَلَوْ يُؤَاخِذُ اللَّهُ النَّاسَ بِظُلْمِهِمْ مَا تَرَكَ عَلَيْهَا مِنْ دَابَّةٍ وَلَٰكِنْ يُؤَخِّرُهُمْ إِلَىٰ أَجَلٍ مُسَمًّى ۖ فَإِذَا جَاءَ أَجَلُهُمْ لَا يَسْتَأْخِرُونَ سَاعَةً ۖ وَلَا يَسْتَقْدِمُونَ
Wa-law yuʾākhidhu llāhu n-nāsa bi-ẓulmihim mā taraka ʿalayhā min dābbatin wa-lākin yuʾakhkhiruhum ilā ajalin musamman — fa-idhā jāʾa ajaluhum lā yastaʾkhirūna sāʿatan wa-lā yastaqdimūn Et si Allaah saisissait les humains pour leur injustice (bi-ẓulmihim), Il ne laisserait sur elle [la terre] aucun être en mouvement — mais Il les repousse jusqu’à un terme nommément fixé (ajalin musamman) — et quand leur terme vient, ils ne peuvent ni le retarder d’une heure, ni l’avancer.
Notes lexicales
ajalin musamman
voir S6:2, entre autres — un terme nommément fixé, non vague.
dābba
même terme qu'en S16:49 — ici employé pour souligner l'ampleur de la destruction qu'entraînerait une saisie immédiate.

S.16:62 · Ce qu’ils détestent assigné à Allaah — le Feu leur revient

S.16:62
وَيَجْعَلُونَ لِلَّهِ مَا يَكْرَهُونَ وَتَصِفُ أَلْسِنَتُهُمُ الْكَذِبَ أَنَّ لَهُمُ الْحُسْنَىٰ ۖ لَا جَرَمَ أَنَّ لَهُمُ النَّارَ وَأَنَّهُمْ مُفْرَطُونَ
Wa-yajʿalūna lillāhi mā yakrahūna wa-taṣifu alsinatuhumu l-kadhiba anna lahumu l-ḥusnā — lā jarama anna lahumu n-nāra wa-annahum mufraṭūn Et ils assignent à Allaah ce qu’eux-mêmes détestent (mā yakrahūn), et leurs langues décrivent le mensonge selon lequel le meilleur (al-ḥusnā) leur reviendrait — nul doute (lā jarama) que le Feu leur revient, et qu’ils y seront précipités les tout premiers (mufraṭūn).
Notes lexicales
al-ḥusnā
même rendu qu'en S10:26 : « le meilleur ».
lā jarama
voir S16:22–23.
mufraṭūn
Crux lexical, deux lectures attestées, non tranché. Racine *f-r-ṭ*. (1) Rattaché à la forme II *farraṭa* (négliger, délaisser) : « ils seront délaissés, oubliés [dans le Feu] ». (2) Rattaché à la forme IV *afraṭa* (précéder, devancer, être envoyé en avant) : « ils seront poussés en premier [dans le Feu] ». Les deux lectures sont attestées par les lexicographes classiques sans que l'une ne s'impose grammaticalement sur l'autre à partir de ce seul verset ; ce Bloc retient la seconde par cohérence avec le sens le plus directement attesté de la racine (précéder, devancer), sans exclure la première.

S.16:63 · Le shayṭān a embelli leurs actions — leur walī, aujourd’hui

S.16:63
تَاللَّهِ لَقَدْ أَرْسَلْنَا إِلَىٰ أُمَمٍ مِنْ قَبْلِكَ فَزَيَّنَ لَهُمُ الشَّيْطَانُ أَعْمَالَهُمْ فَهُوَ وَلِيُّهُمُ الْيَوْمَ وَلَهُمْ عَذَابٌ أَلِيمٌ
Ta-llāhi la-qad arsalnā ilā umamin min qablika fa-zayyana lahumu sh-shayṭānu aʿmālahum — fa-huwa waliyyuhumu l-yawma wa-lahum ʿadhābun alīm Par Allaah, Nous avons certes envoyé [des rusul] vers des umam avant toi — mais le shayṭān a embelli pour elles leurs actions (zayyana lahum aʿmālahum) — il est donc leur walī aujourd’hui, et pour elles un châtiment douloureux.
Notes lexicales
zayyana lahumu sh-shayṭānu aʿmālahum
racine *z-y-n* — voir S6:108/122/137 : embellir, rendre attrayant. Clôture du Bloc sur l'opposition entre l'envoi des rusul (ce que Nous avons fait) et l'issue effective chez ces peuples (ce que le shayṭān leur a embelli) — sans que le texte n'articule ici le rapport entre les deux.

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