Structure du Bloc III. Huit ensembles. D’abord le Kitāb envoyé pour clarifier le désaccord, l’eau qui fait revivre la terre, le lait pur tiré des anʿām, et les fruits du palmier et de la vigne dont on tire un sakar et une bonne subsistance (S16:64–67). Puis l’abeille inspirée par son Rabb, le miel aux couleurs variées porteur de guérison, la création humaine suivie de la mort et du grand âge qui efface le savoir (S16:68–70). Puis la disparité voulue du rizq entre les humains, les épouses et la descendance, l’impuissance totale de ce qui est adoré en dehors d’Allaah, et l’interdiction de dresser des comparaisons pour Lui (S16:71–74). Puis deux paraboles en miroir — l’esclave sans aucun pouvoir face à celui qui dépense librement, l’homme muet à charge de son tuteur face à celui qui commande le ʿadl (S16:75–76). Puis le ghayb des cieux et de la terre, la naissance sans savoir, les oiseaux assujettis dans l’espace du ciel, les maisons, les tentes et les vêtements comme bienfaits d’installation et de protection (S16:77–81). Puis le bienfait reconnu puis renié, le témoin suscité de chaque umma, le châtiment qui redouble pour ceux qui ont fait obstacle et répandu le fasād, et la clôture sur le Kitāb, clarification pour toute chose (S16:82–89). Puis le commandement du ʿadl et de l’iḥsān, l’interdiction du faḥshāʾ, du munkar et du baghy, la fidélité au pacte et aux serments affermis illustrée par la parabole du fil détissé, et l’umma unique que la mashīʾa d’Allaah n’a pas voulu imposer (S16:90–93). Enfin la mise en garde répétée contre le serment comme moyen de tromperie, le pacte qu’on ne doit pas vendre à bas prix, ce qui s’épuise face à ce qui demeure auprès d’Allaah, et la vie bonne promise à qui agit avec droiture, homme ou femme (S16:94–97).

Note de méthode — renvois. Fa-aḥyā bihi l-arḍa baʿda mawtihā (S16:65) : voir S2:164. Mā malakat aymānuhum (S16:71) : translittération conservée. Al-balāgh al-mubīn (S16:82) : voir S3:20 et S16:35. Wa-ḍalla ʿanhum mā kānū yaftarūn (S16:87) : voir S6:24 et S16:33. Al-faḥshāʾ, al-munkar et al-baghy (S16:90) : voir respectivement S2:169/268, S3:104 et S2:90. Thamanan qalīlan (S16:95) : voir S3:77 et S3:187. Min dhakarin aw unthā (S16:97) : « homme ou femme », voir S3:195 et S4:124. Law shāʾa llāhu la-jaʿalakum ummatan wāḥidatan (S16:93) relève de la famille mashīʾa/qadar, laissée ouverte. Point de vigilance sur le registre du terme waḥy — S16:68, awḥā rabbuka ilā n-naḥl : voir l’avertissement de méthode dédié à cet endroit. ʿAbdan mamlūkan (S16:75) : voir l’étude L’esclavage dans le Coran, qui traite nommément ce verset.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.16:64 Le Kitāb envoyé pour clarifier le désaccord — guidance et miséricorde
S.16:65 L’eau qui fait revivre la terre après sa mort
S.16:66 Le lait pur tiré du ventre des anʿām
S.16:67 Les fruits du palmier et de la vigne — sakar et bonne subsistance
S.16:68 L’abeille inspirée — demeures dans les montagnes, les arbres, les treilles
S.16:69 Le miel aux couleurs variées, guérison pour les humains
S.16:70 La création, la mort, le grand âge qui efface le savoir
S.16:71 La disparité du rizq — le refus de la partager avec « leurs mains droites »
S.16:72 Les épouses, les fils et les ḥafada — le faux et le bienfait renié
S.16:73 L’impuissance totale de ce qui est adoré hors d’Allaah
S.16:74 Ne dressez pas de comparaisons pour Allaah
S.16:75 Parabole — l’esclave sans pouvoir face à celui qui dépense librement
S.16:76 Parabole — l’homme muet à charge face à celui qui commande le ʿadl
S.16:77 Le ghayb des cieux et de la terre — l’Heure, plus rapide qu’un clin d’œil
S.16:78 La sortie du ventre des mères — l’ouïe, les regards, les afʾida
S.16:79 Les oiseaux assujettis dans l’espace du ciel
S.16:80 Les maisons comme sakan — les tentes de peau, la laine, le poil, le crin
S.16:81 Les ombres, les abris des montagnes, les vêtements contre la chaleur et la violence
S.16:82 S’ils se détournent — seule incombe la transmission manifeste
S.16:83 Ils reconnaissent le bienfait d’Allaah, puis le renient
S.16:84 Le témoin suscité de chaque umma — plus d’excuse, plus de satisfaction à offrir
S.16:85 Le châtiment vu par les injustes — ni allégement, ni délai
S.16:86 Les mushrikūn et leurs associés — le désaveu et l’accusation de mensonge
S.16:87 La soumission totale offerte à Allaah — ce qu’ils inventaient s’égare
S.16:88 Un châtiment par-dessus le châtiment, pour le fasād commis
S.16:89 Le témoin issu de chaque umma — le Kitāb, clarification pour toute chose
S.16:90 Le commandement du ʿadl et de l’iḥsān — l’interdiction du faḥshāʾ, du munkar, du baghy
S.16:91 Honorer le pacte d’Allaah — ne pas rompre les serments affermis
S.16:92 La parabole du fil détissé — les serments comme moyen de tromperie
S.16:93 L’umma unique qu’Allaah n’a pas voulu imposer — Il égare et guide qui Il veut
S.16:94 Le pied qui glisse — le mal goûté pour avoir fait obstacle
S.16:95 Ne pas échanger le pacte d’Allaah contre un prix dérisoire
S.16:96 Ce qui s’épuise, ce qui demeure auprès d’Allaah
S.16:97 La vie bonne promise à qui agit avec droiture, homme ou femme

Le Kitāb qui clarifie, l’eau, le lait, les fruits · S16:64–67

S.16:64 · Le Kitāb envoyé pour clarifier le désaccord

S.16:64
وَمَا أَنْزَلْنَا عَلَيْكَ الْكِتَابَ إِلَّا لِتُبَيِّنَ لَهُمُ الَّذِي اخْتَلَفُوا فِيهِ ۙ وَهُدًى وَرَحْمَةً لِقَوْمٍ يُؤْمِنُونَ
Wa-mā anzalnā ʿalayka l-kitāba illā li-tubayyina lahumu lladhī khtalafū fīhi — wa-hudan wa-raḥmatan li-qawmin yuʾminūn Et Nous n’avons fait descendre sur toi le Kitāb que pour que tu leur clarifies (li-tubayyina) ce sur quoi ils sont en désaccord (ikhtalafū fīhi) — guidance (hudā) et miséricorde (raḥma) pour un peuple qui croit.
Notes lexicales
li-tubayyina
racine *b-y-n* : rendre manifeste, séparer nettement une chose d'une autre pour la rendre claire — même racine que *al-bayān*, *al-bayyināt*, et même fonction confiée au nabī à l'égard du Dhikr en S16:44.
alladhī khtalafū fīhi
Non-dit : ce seul verset ne précise pas la nature exacte du désaccord visé (entre les gens du Livre entre eux, entre eux et les mushrikūn, ou plus largement toute divergence humaine sur ce qui a été révélé) — toute identification plus précise relèverait de l'inférence.

S.16:65 · L’eau qui fait revivre la terre après sa mort

S.16:65
وَاللَّهُ أَنْزَلَ مِنَ السَّمَاءِ مَاءً فَأَحْيَا بِهِ الْأَرْضَ بَعْدَ مَوْتِهَا ۚ إِنَّ فِي ذَٰلِكَ لَآيَةً لِقَوْمٍ يَسْمَعُونَ
Wa-llāhu anzala mina s-samāʾi māʾan fa-aḥyā bihi l-arḍa baʿda mawtihā — inna fī dhālika la-āyatan li-qawmin yasmaʿūn Et Allaah a fait descendre du ciel une eau, par laquelle Il a fait revivre la terre après sa mort — assurément là un signe (āya) pour un peuple qui écoute.
Notes lexicales
fa-aḥyā bihi l-arḍa baʿda mawtihā
repris mot pour mot de S2:164 : « ce qu'Allaah a fait descendre du ciel comme eau — par laquelle Il fait revivre la terre après sa mort ».

S.16:66 · Le lait pur tiré du ventre des anʿām

S.16:66
وَإِنَّ لَكُمْ فِي الْأَنْعَامِ لَعِبْرَةً ۖ نُسْقِيكُمْ مِمَّا فِي بُطُونِهِ مِنْ بَيْنِ فَرْثٍ وَدَمٍ لَبَنًا خَالِصًا سَائِغًا لِلشَّارِبِينَ
Wa-inna lakum fī l-anʿāmi la-ʿibratan — nusqīkum mimmā fī buṭūnihi min bayni farthin wa-damin labanan khāliṣan sāʾighan li-sh-shāribīn Et vous avez certes, dans les anʿām, un enseignement (ʿibra) : Nous vous abreuvons de ce qui est dans leur ventre — d’entre le farth et le sang — un lait pur (labanan khāliṣan), agréable à avaler (sāʾighan) pour qui le boit.
Notes lexicales
al-anʿām
voir S5:1 : le bétail (chameaux, bovins, ovins et caprins). Le pronom singulier masculin de *buṭūnihi* (« son ventre », non « leur ventre ») s'explique par la grammaire arabe : *al-anʿām*, bien que pluriel par le sens, est traité ici comme un nom collectif (*ism jins*) au singulier grammatical.
ʿibra
racine *ʿ-b-r* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : traverser, passer d'un état à un autre. L'*ʿibra* est l'enseignement qu'on tire en « traversant » le fait observé pour atteindre sa signification — non un simple constat.
farth
racine *f-r-th* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : la matière alimentaire en cours de digestion dans la panse, avant excrétion.

S.16:67 · Les fruits du palmier et de la vigne — sakar et bonne subsistance

S.16:67
وَمِنْ ثَمَرَاتِ النَّخِيلِ وَالْأَعْنَابِ تَتَّخِذُونَ مِنْهُ سَكَرًا وَرِزْقًا حَسَنًا ۗ إِنَّ فِي ذَٰلِكَ لَآيَةً لِقَوْمٍ يَعْقِلُونَ
Wa-min thamarāti n-nakhīli wa-l-aʿnābi tattakhidhūna minhu sakaran wa-rizqan ḥasanan — inna fī dhālika la-āyatan li-qawmin yaʿqilūn Et des fruits du palmier et de la vigne, vous en tirez un sakar et une bonne subsistance (rizqan ḥasanan) — assurément là un signe pour un peuple qui raisonne.
Notes lexicales
sakar
racine *s-k-r* — Ibn Fāris : fermer, obstruer (l'esprit obstrué par l'ivresse) ; désigne ici la boisson fermentée tirée des fruits. Conservé en translittération, faute de terme français neutre équivalent. Note de dit/non-dit majeure. Ce verset se contente de décrire ce qu'on tire des fruits — un *sakar* et une bonne subsistance — sans prononcer sur le *sakar* un quelconque jugement (ni interdiction, ni permission) : il n'établit pas ici de statut légal. L'interdiction formelle relève d'autres versets du corpus (voir S2:219 : la balance faute/bénéfice sur le *khamr* et le *maysir* ; S5:90 : le *khamr* qualifié de *rijs* à éviter) — importer ici la position légale d'un autre verset serait ajouter à ce texte ce qu'il ne dit pas lui-même.

L’abeille inspirée, le miel remède, la création et la vieillesse · S16:68–70

Avertissement de méthode — « awḥā rabbuka ilā n-naḥl ». Le verbe awḥā (racine w-ḥ-y) est le même que celui employé ailleurs dans le Coran pour la révélation adressée aux rusul humains. Son emploi ici, à l’égard d’une abeille, ne désigne pas une prophétie ni un message intelligible reçu par l’insecte : le texte lui-même distingue les deux registres par leur destinataire, non par un vocabulaire distinct — la racine w-ḥ-y couvre, dans l’usage coranique, tout ce qui est déposé ou inspiré par Allaah dans une créature, du simple instinct animal (ici) jusqu’au message porté par un nabī. Ce Bloc rend donc awḥā par « a inspiré » dans ce contexte précis, sans que cela ne diminue ni n’assimile la portée du terme lorsqu’il qualifie la révélation prophétique ailleurs dans le corpus.

S.16:68 · L’abeille inspirée — demeures dans les montagnes, les arbres, les treilles

S.16:68
وَأَوْحَىٰ رَبُّكَ إِلَى النَّحْلِ أَنِ اتَّخِذِي مِنَ الْجِبَالِ بُيُوتًا وَمِنَ الشَّجَرِ وَمِمَّا يَعْرِشُونَ
Wa-awḥā rabbuka ilā n-naḥli ani ttakhidhī mina l-jibāli buyūtan wa-mina sh-shajari wa-mimmā yaʿrishūn Et ton Rabb a inspiré à l’abeille (an-naḥl) : « Prends, parmi les montagnes, des demeures, ainsi que parmi les arbres et parmi ce que [les humains] élèvent en treille (yaʿrishūn). »
Notes lexicales
awḥā
voir l'avertissement de méthode ci-dessus.
yaʿrishūn
racine *ʿ-r-sh* : dresser une structure, une treille. Même racine que *al-ʿArsh* — sans que ce terme générique de construction humaine n'ait de rapport avec l'emploi réservé à Allaah de ce même mot ailleurs dans le corpus.

S.16:69 · Le miel aux couleurs variées, guérison pour les humains

S.16:69
ثُمَّ كُلِي مِنْ كُلِّ الثَّمَرَاتِ فَاسْلُكِي سُبُلَ رَبِّكِ ذُلُلًا ۚ يَخْرُجُ مِنْ بُطُونِهَا شَرَابٌ مُخْتَلِفٌ أَلْوَانُهُ فِيهِ شِفَاءٌ لِلنَّاسِ ۗ إِنَّ فِي ذَٰلِكَ لَآيَةً لِقَوْمٍ يَتَفَكَّرُونَ
Thumma kulī min kulli th-thamarāti fa-slukī subula rabbiki dhululan — yakhruju min buṭūnihā sharābun mukhtalifun alwānuhu fīhi shifāʾun li-n-nāsi — inna fī dhālika la-āyatan li-qawmin yatafakkarūn « Puis mange de tous les fruits, et suis les chemins de ton Rabb, rendus faciles (dhululan). » Il sort de son ventre une boisson aux couleurs variées, dans laquelle il y a une guérison (shifāʾ) pour les humains — assurément là un signe pour un peuple qui réfléchit.
Notes lexicales
dhululan
racine *dh-l-l* : rendu docile, aisé — les chemins de l'abeille sont ici rendus faciles à parcourir par ce même guidage instinctif nommé au verset précédent.
shifāʾun li-n-nās
Non-dit : le texte affirme une guérison présente dans le miel sans en préciser la portée exacte — pour quels maux, dans quelle mesure — toute généralisation à l'ensemble des maux, ou à l'inverse toute restriction excessive, relèverait de l'inférence et non du texte lui-même.

S.16:70 · La création, la mort, le grand âge qui efface le savoir

S.16:70
وَاللَّهُ خَلَقَكُمْ ثُمَّ يَتَوَفَّاكُمْ ۚ وَمِنْكُمْ مَنْ يُرَدُّ إِلَىٰ أَرْذَلِ الْعُمُرِ لِكَيْ لَا يَعْلَمَ بَعْدَ عِلْمٍ شَيْئًا ۚ إِنَّ اللَّهَ عَلِيمٌ قَدِيرٌ
Wa-llāhu khalaqakum thumma yatawaffākum — wa-minkum man yuraddu ilā ardhali l-ʿumuri li-kay lā yaʿlama baʿda ʿilmin shayʾan — inna llāha ʿAlīmun Qadīr Et Allaah vous a créés, puis Il vous fait mourir (yatawaffākum) — et parmi vous, il en est qui sont ramenés au plus vil de l’âge (ardhali l-ʿumur), de sorte qu’ils ne savent plus rien après avoir su. Allaah est al-ʿAlīm, al-Qadīr.
Notes lexicales
ardhali l-ʿumur
racine *r-dh-l* : ce qui est le plus bas, le rebut. Désigne ici le grand âge dégradant les facultés — mis en contraste, dans le même verset, avec la science et la capacité permanentes d'Allaah (*ʿAlīm*, *Qadīr*).

La disparité du rizq, les épouses et la descendance, l’impuissance des entités adorées hors d’Allaah · S16:71–74

S.16:71 · La disparité du rizq — le refus de la partager avec « leurs mains droites »

S.16:71
وَاللَّهُ فَضَّلَ بَعْضَكُمْ عَلَىٰ بَعْضٍ فِي الرِّزْقِ ۚ فَمَا الَّذِينَ فُضِّلُوا بِرَادِّي رِزْقِهِمْ عَلَىٰ مَا مَلَكَتْ أَيْمَانُهُمْ فَهُمْ فِيهِ سَوَاءٌ ۚ أَفَبِنِعْمَةِ اللَّهِ يَجْحَدُونَ
Wa-llāhu faḍḍala baʿḍakum ʿalā baʿḍin fī r-rizqi — fa-mā lladhīna fuḍḍilū bi-rāddī rizqihim ʿalā mā malakat aymānuhum fa-hum fīhi sawāʾun — a-fa-bi-niʿmati llāhi yajḥadūn Et Allaah a favorisé certains d’entre vous sur d’autres dans le rizq — or ceux qui ont été favorisés ne rétrocèdent pourtant pas leur rizq à ce que possèdent leurs mains droites (mā malakat aymānuhum), de sorte qu’ils y seraient égaux (sawāʾ) — nieraient-ils donc le bienfait d’Allaah (yajḥadūn) ?
Notes lexicales
mā malakat aymānuhum
conservé en translittération, sans équivalent français fidèle en un seul mot.
yajḥadūn
racine *j-ḥ-d* : nier obstinément une chose tout en la sachant vraie intérieurement — distinct de *kafara* (couvrir, refuser) par cette nuance de déni conscient.
fa-mā lladhīna fuḍḍilū bi-rāddī rizqihim...
Non-dit : ce seul verset porte sur une inégalité de partage du *rizq* entre humains libres et « ce que possèdent leurs mains droites » ; il ne mentionne pas explicitement le *shirk*, bien qu'un verset de portée comparable ailleurs dans le corpus mobilise une image voisine à propos des associés attribués à Allaah — ce rapprochement n'est pas repris ici afin de ne pas importer dans ce verset ce qu'il ne dit pas lui-même.

S.16:72 · Les épouses, les fils et les ḥafada — le faux et le bienfait renié

S.16:72
وَاللَّهُ جَعَلَ لَكُمْ مِنْ أَنْفُسِكُمْ أَزْوَاجًا وَجَعَلَ لَكُمْ مِنْ أَزْوَاجِكُمْ بَنِينَ وَحَفَدَةً وَرَزَقَكُمْ مِنَ الطَّيِّبَاتِ ۚ أَفَبِالْبَاطِلِ يُؤْمِنُونَ وَبِنِعْمَتِ اللَّهِ هُمْ يَكْفُرُونَ
Wa-llāhu jaʿala lakum min anfusikum azwājan wa-jaʿala lakum min azwājikum banīna wa-ḥafadatan wa-razaqakum mina ṭ-ṭayyibāti — a-fa-bi-l-bāṭili yuʾminūna wa-bi-niʿmati llāhi hum yakfurūn Et Allaah vous a fait, de vous-mêmes, des épouses ; et Il vous a fait, de vos épouses, des fils et des ḥafada ; et Il vous a accordé, comme subsistance, des bonnes choses (aṭ-ṭayyibāt) — croiraient-ils donc au faux (al-bāṭil), tout en reniant le bienfait d’Allaah ?
Notes lexicales
ḥafada
Crux lexical, deux lectures attestées, non tranché. Racine *ḥ-f-d* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : se hâter à servir, s'empresser. (1) Lecture généalogique : les petits-fils, la descendance issue des fils. (2) Lecture fonctionnelle : ceux qui secondent et servent la famille (gendres, ou plus largement les proches empressés au service). Ce Bloc retient la lecture généalogique la plus large — la descendance — comme la plus cohérente avec l'énumération « épouses, fils, *ḥafada* », sans exclure la seconde lecture, signalée ici pour transparence.

S.16:73 · L’impuissance totale de ce qui est adoré hors d’Allaah

S.16:73
وَيَعْبُدُونَ مِنْ دُونِ اللَّهِ مَا لَا يَمْلِكُ لَهُمْ رِزْقًا مِنَ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ شَيْئًا وَلَا يَسْتَطِيعُونَ
Wa-yaʿbudūna min dūni llāhi mā lā yamliku lahum rizqan mina s-samāwāti wa-l-arḍi shayʾan wa-lā yastaṭīʿūn Et ils adorent, en dehors d’Allaah, ce qui ne détient pour eux aucun rizq venant des cieux ou de la terre, et qui n’en a même pas la capacité (lā yastaṭīʿūn).
Notes lexicales
lā yamliku... wa-lā yastaṭīʿūn
Dit : double négation cumulative — ni la possession du *rizq*, ni même la capacité d'en détenir — affirmant une impuissance totale, non relative, de ce qui est adoré hors d'Allaah.

S.16:74 · Ne dressez pas de comparaisons pour Allaah

S.16:74
فَلَا تَضْرِبُوا لِلَّهِ الْأَمْثَالَ ۚ إِنَّ اللَّهَ يَعْلَمُ وَأَنْتُمْ لَا تَعْلَمُونَ
Fa-lā taḍribū lillāhi l-amthāla — inna llāha yaʿlamu wa-antum lā taʿlamūn Ne dressez donc pas de comparaisons pour Allaah (lā taḍribū lillāhi l-amthāl) — Allaah sait, et vous ne savez pas.
Notes lexicales
taḍribū... l-amthāl
racine *ḍ-r-b* dans son sens figuré : poser, présenter — *ḍaraba mathalan*, dresser une comparaison. Ce verset interdit d'assimiler Allaah à quoi que ce soit par comparaison ; les deux versets suivants inversent le procédé : c'est Allaah Lui-même qui pose des *mathal* pour instruire, non pour Se comparer à quoi que ce soit.

Deux paraboles en miroir · S16:75–76

S.16:75 · Parabole — l’esclave sans pouvoir face à celui qui dépense librement

S.16:75
۞ ضَرَبَ اللَّهُ مَثَلًا عَبْدًا مَمْلُوكًا لَا يَقْدِرُ عَلَىٰ شَيْءٍ وَمَنْ رَزَقْنَاهُ مِنَّا رِزْقًا حَسَنًا فَهُوَ يُنْفِقُ مِنْهُ سِرًّا وَجَهْرًا ۖ هَلْ يَسْتَوُونَ ۚ الْحَمْدُ لِلَّهِ ۚ بَلْ أَكْثَرُهُمْ لَا يَعْلَمُونَ
Ḍaraba llāhu mathalan ʿabdan mamlūkan lā yaqdiru ʿalā shayʾin wa-man razaqnāhu minnā rizqan ḥasanan fa-huwa yunfiqu minhu sirran wa-jahran — hal yastawūn — al-ḥamdu lillāh — bal aktharuhum lā yaʿlamūn Allaah présente une parabole (mathalan) : un esclave, possédé (ʿabdan mamlūkan), qui n’a pouvoir sur rien, et quelqu’un que Nous avons pourvu, de Notre part, d’une bonne subsistance, dont il dépense en secret comme ouvertement — sont-ils égaux (hal yastawūn) ? La louange revient à Allaah (al-ḥamdu lillāh) ! Mais la plupart d’entre eux ne savent pas.
Notes lexicales
ʿabdan mamlūkan
ce *mathal* s'appuie sur la réalité vécue de l'esclavage comme état d'impuissance reconnu par tous — voir l'étude L'esclavage dans le Coran, qui traite nommément ce verset et son parallèle (S30:28). Non-dit : le texte ne légifère pas ici sur l'institution elle-même — il s'appuie sur l'évidence commune d'une inégalité de capacité pour illustrer un autre propos, sans qu'aucun jugement ne soit porté sur la condition en tant que telle par ce seul verset.
al-ḥamdu lillāh
même formule que l'ouverture du Coran (S1:2) : la louange totale et exclusive revenant à Allaah.

S.16:76 · Parabole — l’homme muet à charge face à celui qui commande le ʿadl

S.16:76
وَضَرَبَ اللَّهُ مَثَلًا رَجُلَيْنِ أَحَدُهُمَا أَبْكَمُ لَا يَقْدِرُ عَلَىٰ شَيْءٍ وَهُوَ كَلٌّ عَلَىٰ مَوْلَاهُ أَيْنَمَا يُوَجِّهْهُ لَا يَأْتِ بِخَيْرٍ ۖ هَلْ يَسْتَوِي هُوَ وَمَنْ يَأْمُرُ بِالْعَدْلِ ۙ وَهُوَ عَلَىٰ صِرَاطٍ مُسْتَقِيمٍ
Wa-ḍaraba llāhu mathalan rajulayni aḥaduhumā abkamu lā yaqdiru ʿalā shayʾin wa-huwa kallun ʿalā mawlāhu aynamā yuwajjihhu lā yaʾti bi-khayrin — hal yastawī huwa wa-man yaʾmuru bi-l-ʿadli — wa-huwa ʿalā ṣirāṭin mustaqīm Et Allaah présente une parabole : deux hommes, dont l’un est muet (abkam), qui n’a pouvoir sur rien et qui est tout entier à charge (kallun) pour son mawlā — où qu’il le dirige, il n’apporte aucun bien — est-il l’égal de celui qui commande le ʿadl (la juste mesure) et qui se tient sur un chemin droit (ṣirāṭ mustaqīm) ?
Notes lexicales
abkam
racine *b-k-m* : muet de naissance, incapable de faire entendre sa parole — image d'une incapacité totale à agir avec discernement, distincte de l'esclave du verset précédent (impuissance de statut, non de faculté).
kallun ʿalā mawlāhu
racine *k-l-l* : être un poids, une charge. *Mawlā*, ici au sens du tuteur ou du protecteur qui a la charge de lui.
al-ʿadl
la juste mesure — même terme repris en S16:90 (*yaʾmuru bi-l-ʿadli wa-l-iḥsān*).

Le ghayb, la naissance, les oiseaux, les maisons et les vêtements · S16:77–81

S.16:77 · Le ghayb des cieux et de la terre — l’Heure, plus rapide qu’un clin d’œil

S.16:77
وَلِلَّهِ غَيْبُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ ۚ وَمَا أَمْرُ السَّاعَةِ إِلَّا كَلَمْحِ الْبَصَرِ أَوْ هُوَ أَقْرَبُ ۚ إِنَّ اللَّهَ عَلَىٰ كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ
Wa-lillāhi ghaybu s-samāwāti wa-l-arḍi — wa-mā amru s-sāʿati illā ka-lamḥi l-baṣari aw huwa aqrabu — inna llāha ʿalā kulli shayʾin qadīr Et à Allaah appartient le ghayb (ce qui échappe à la perception) des cieux et de la terre — et l’affaire de l’Heure (amru s-sāʿa) n’est que comme un clin d’œil (lamḥ al-baṣar), ou plus rapide (aqrab) encore — Allaah a pleine capacité sur toute chose.
Notes lexicales
al-ghayb
conservé en translittération : ce qui échappe à la perception sensorielle directe.
amru s-sāʿati
ce qui « vient » ou survient rapidement, ce n'est pas Allaah Lui-même mais l'*amr* (l'affaire, la survenue) de l'Heure — évitant ainsi toute lecture d'une venue spatiale d'Allaah, sur le même principe que *yaʾtiya amru rabbika* (S16:33).

S.16:78 · La sortie du ventre des mères — l’ouïe, les regards, les afʾida

S.16:78
وَاللَّهُ أَخْرَجَكُمْ مِنْ بُطُونِ أُمَّهَاتِكُمْ لَا تَعْلَمُونَ شَيْئًا وَجَعَلَ لَكُمُ السَّمْعَ وَالْأَبْصَارَ وَالْأَفْئِدَةَ ۙ لَعَلَّكُمْ تَشْكُرُونَ
Wa-llāhu akhrajakum min buṭūni ummahātikum lā taʿlamūna shayʾan wa-jaʿala lakumu s-samʿa wa-l-abṣāra wa-l-afʾidata — laʿallakum tashkurūn Et Allaah vous a fait sortir du ventre de vos mères sans que vous sachiez rien, et Il vous a donné l’ouïe (as-samʿ), les regards (al-abṣār) et les afʾida — peut-être serez-vous reconnaissants (tashkurūn).
Notes lexicales
al-afʾida
pluriel de *fuʾād*, racine *f-ʾ-d* — Ibn Fāris rattache ce terme à l'idée de chaleur, d'ardeur de la perception intérieure : le siège où se conjuguent l'intellect et l'affect, distinct de *qalb* (le cœur) par cette nuance d'intensité.

S.16:79 · Les oiseaux assujettis dans l’espace du ciel

S.16:79
أَلَمْ يَرَوْا إِلَى الطَّيْرِ مُسَخَّرَاتٍ فِي جَوِّ السَّمَاءِ مَا يُمْسِكُهُنَّ إِلَّا اللَّهُ ۗ إِنَّ فِي ذَٰلِكَ لَآيَاتٍ لِقَوْمٍ يُؤْمِنُونَ
A-lam yaraw ilā ṭ-ṭayri musakhkharātin fī jawwi s-samāʾi mā yumsikuhunna illā llāhu — inna fī dhālika la-āyātin li-qawmin yuʾminūn N’ont-ils pas vu les oiseaux assujettis (musakhkharāt) dans l’espace du ciel (jaww as-samāʾ) ? Rien ne les retient sinon Allaah — assurément là des signes pour un peuple qui croit.
Notes lexicales
musakhkharāt
voir S2:164 et S16:12/14 : ce qui est assujetti, mis au service, présenté comme passif et non comme agent autonome.
jaww as-samāʾ
l'espace atmosphérique où évoluent les oiseaux, distinct de *as-samāʾ* elle-même (le ciel comme voûte).

S.16:80 · Les maisons comme sakan — les tentes de peau, la laine, le poil, le crin

S.16:80
وَاللَّهُ جَعَلَ لَكُمْ مِنْ بُيُوتِكُمْ سَكَنًا وَجَعَلَ لَكُمْ مِنْ جُلُودِ الْأَنْعَامِ بُيُوتًا تَسْتَخِفُّونَهَا يَوْمَ ظَعْنِكُمْ وَيَوْمَ إِقَامَتِكُمْ ۙ وَمِنْ أَصْوَافِهَا وَأَوْبَارِهَا وَأَشْعَارِهَا أَثَاثًا وَمَتَاعًا إِلَىٰ حِينٍ
Wa-llāhu jaʿala lakum min buyūtikum sakanan wa-jaʿala lakum min julūdi l-anʿāmi buyūtan tastakhiffūnahā yawma ẓaʿnikum wa-yawma iqāmatikum — wa-min aṣwāfihā wa-awbārihā wa-ashʿārihā athāthan wa-matāʿan ilā ḥīn Et Allaah vous a fait, de vos maisons, un sakan (une résidence apaisante), et Il vous a fait, des peaux des anʿām, des demeures que vous trouvez légères (tastakhiffūnahā) au jour de votre départ (ẓaʿnikum) comme au jour de votre installation (iqāmatikum) — et de leur laine (aṣwāf), de leur poil (awbār) et de leur crin (ashʿār), un mobilier (athāth) et un usage (matāʿ) jusqu’à un temps [donné].
Notes lexicales
sakan
racine *s-k-n* : l'apaisement, la stabilité — même racine que *sakīna* (voir S2:248).
aṣwāf / awbār / ashʿār
trois termes distincts pour trois types de pelage : *ṣūf* la laine (ovins, caprins à toison), *wabar* le poil fin (chameaux), *shaʿar* le crin ou poil rude (caprins). Distinction lexicale précise que le français rend par trois mots équivalents.

S.16:81 · Les ombres, les abris des montagnes, les vêtements contre la chaleur et la violence

S.16:81
وَاللَّهُ جَعَلَ لَكُمْ مِمَّا خَلَقَ ظِلَالًا وَجَعَلَ لَكُمْ مِنَ الْجِبَالِ أَكْنَانًا وَجَعَلَ لَكُمْ سَرَابِيلَ تَقِيكُمُ الْحَرَّ وَسَرَابِيلَ تَقِيكُمْ بَأْسَكُمْ ۚ كَذَٰلِكَ يُتِمُّ نِعْمَتَهُ عَلَيْكُمْ لَعَلَّكُمْ تُسْلِمُونَ
Wa-llāhu jaʿala lakum mimmā khalaqa ẓilālan wa-jaʿala lakum mina l-jibāli aknānan wa-jaʿala lakum sarābīla taqīkumu l-ḥarra wa-sarābīla taqīkum baʾsakum — kadhālika yutimmu niʿmatahu ʿalaykum laʿallakum tuslimūn Et Allaah vous a fait, de ce qu’Il a créé, des ombres, et Il vous a fait, des montagnes, des abris (aknān), et Il vous a fait des vêtements (sarābīl) qui vous protègent de la chaleur, et des vêtements qui vous protègent de votre propre violence (baʾsakum) — c’est ainsi qu’Il parachève Son bienfait sur vous, peut-être vous soumettrez-vous entièrement (tuslimūn).
Notes lexicales
sarābīla taqīkum baʾsakum
Inférence signalée comme telle. Le texte nomme seulement des vêtements qui protègent « de votre *baʾs* » (votre propre violence, votre rudesse) — la lecture usuelle qui y voit l'armure ou la cotte de mailles est une inférence cohérente avec le contexte guerrier du terme *baʾs* ailleurs dans le corpus, mais ce seul verset ne nomme ni le métal ni le combat.
tuslimūn
racine *s-l-m*, verbe général de soumission confiante et d'abandon entier — même racine que *islām*, mais employé ici comme verbe, non comme nom d'une pratique organisée.

Le bienfait renié, le témoin de chaque umma, le Kitāb qui clarifie tout · S16:82–89

S.16:82 · S’ils se détournent — seule incombe la transmission manifeste

S.16:82
فَإِنْ تَوَلَّوْا فَإِنَّمَا عَلَيْكَ الْبَلَاغُ الْمُبِينُ
Fa-in tawallaw fa-innamā ʿalayka l-balāghu l-mubīn S’ils se détournent, il ne t’incombe que la transmission manifeste (al-balāgh al-mubīn).
Notes lexicales
al-balāgh al-mubīn
voir S3:20 et S16:35.

S.16:83 · Ils reconnaissent le bienfait d’Allaah, puis le renient

S.16:83
يَعْرِفُونَ نِعْمَتَ اللَّهِ ثُمَّ يُنْكِرُونَهَا وَأَكْثَرُهُمُ الْكَافِرُونَ
Yaʿrifūna niʿmata llāhi thumma yunkirūnahā wa-aktharuhumu l-kāfirūn Ils reconnaissent le bienfait (niʿma) d’Allaah, puis ils le renient (yunkirūnahā) — et la plupart d’entre eux sont les kāfirūn.
Notes lexicales
yaʿrifūna... thumma yunkirūnahā
Dit : la structure verbale pose une reconnaissance suivie d'un reniement actif (*thumma*, « puis ») — le texte souligne ainsi l'intentionnalité du refus, non une simple ignorance du bienfait.

S.16:84 · Le témoin suscité de chaque umma — plus d’excuse, plus de satisfaction à offrir

S.16:84
وَيَوْمَ نَبْعَثُ مِنْ كُلِّ أُمَّةٍ شَهِيدًا ثُمَّ لَا يُؤْذَنُ لِلَّذِينَ كَفَرُوا وَلَا هُمْ يُسْتَعْتَبُونَ
Wa-yawma nabʿathu min kulli ummatin shahīdan thumma lā yuʾdhanu li-lladhīna kafarū wa-lā hum yustaʿtabūn Et [rappelle] le jour où Nous susciterons, de chaque umma, un témoin (shahīd) — alors il ne sera plus permis à ceux qui ont commis le kufr [de s’excuser], et on ne leur demandera plus de fournir satisfaction (lā hum yustaʿtabūn).
Notes lexicales
shahīdan
Non-dit, clarifié par la suite du Bloc. Ce seul verset ne nomme pas l'identité de ce témoin par *umma* ; elle sera précisée par contexte immédiat en S16:89 (« un témoin contre elle, issu d'elle-même »), cohérente avec le rôle du *rasūl* envoyé à chaque *umma* (S16:36).
yustaʿtabūn
racine *ʿ-t-b*, forme X : demander ou offrir satisfaction pour regagner la faveur. Ici niée : il ne leur sera plus donné l'occasion de regagner quoi que ce soit.

S.16:85 · Le châtiment vu par les injustes — ni allégement, ni délai

S.16:85
وَإِذَا رَأَى الَّذِينَ ظَلَمُوا الْعَذَابَ فَلَا يُخَفَّفُ عَنْهُمْ وَلَا هُمْ يُنْظَرُونَ
Wa-idhā raʾā lladhīna ẓalamū l-ʿadhāba fa-lā yukhaffafu ʿanhum wa-lā hum yunẓarūn Et quand ceux qui ont commis l’injustice (ẓalamū) verront le châtiment, il ne leur sera pas allégé, et ils ne recevront aucun délai (lā hum yunẓarūn).
Notes lexicales
yunẓarūn
racine *n-ẓ-r*, forme passive : obtenir un répit, un délai — même racine que la demande de délai formulée par Iblīs (voir S7:14–15 : *anẓirnī*).

S.16:86 · Les mushrikūn et leurs associés — le désaveu et l’accusation de mensonge

S.16:86
وَإِذَا رَأَى الَّذِينَ أَشْرَكُوا شُرَكَاءَهُمْ قَالُوا رَبَّنَا هَٰؤُلَاءِ شُرَكَاؤُنَا الَّذِينَ كُنَّا نَدْعُو مِنْ دُونِكَ ۖ فَأَلْقَوْا إِلَيْهِمُ الْقَوْلَ إِنَّكُمْ لَكَاذِبُونَ
Wa-idhā raʾā lladhīna ashrakū shurakāʾahum qālū rabbanā hāʾulāʾi shurakāʾunā lladhīna kunnā nadʿū min dūnika — fa-alqaw ilayhimu l-qawla innakum la-kādhibūn Et quand ceux qui ont commis le shirk verront leurs associés (shurakāʾ), ils diront : « Notre Rabb, voici nos associés, ceux que nous invoquions en dehors de Toi » — alors ceux-ci leur adresseront cette parole en retour : « Vous êtes certainement des menteurs ! »
Notes lexicales
shurakāʾ
conservé en translittération — voir l'étude Le Shirk.
fa-alqaw ilayhimu l-qawla
Non-dit : le sujet grammatical de ce verbe reste implicite ; l'antécédent le plus proche dans la phrase est « leurs associés » eux-mêmes (ou ce qu'ils représentent), qui adressent en retour ce démenti à leurs adorateurs — scène de désaveu réciproque, sans qu'un tiers ne soit nommé.

S.16:87 · La soumission totale offerte à Allaah — ce qu’ils inventaient s’égare

S.16:87
وَأَلْقَوْا إِلَى اللَّهِ يَوْمَئِذٍ السَّلَمَ ۖ وَضَلَّ عَنْهُمْ مَا كَانُوا يَفْتَرُونَ
Wa-alqaw ilā llāhi yawmaʾidhin s-salama — wa-ḍalla ʿanhum mā kānū yaftarūn Et ils offriront à Allaah, ce jour-là, la soumission totale (as-salam) — et se sera égaré loin d’eux ce qu’ils inventaient (yaftarūn).
Notes lexicales
as-salam
racine *s-l-m* : ici la reddition, l'abandon total sans résistance — Ibn Manẓūr rattache cet emploi à *al-istislām*. À distinguer de *as-salām* (la paix) comme salutation.
wa-ḍalla ʿanhum mā kānū yaftarūn
formule quasi identique à S6:24, déjà reprise en S16:33.

S.16:88 · Un châtiment par-dessus le châtiment, pour le fasād commis

S.16:88
الَّذِينَ كَفَرُوا وَصَدُّوا عَنْ سَبِيلِ اللَّهِ زِدْنَاهُمْ عَذَابًا فَوْقَ الْعَذَابِ بِمَا كَانُوا يُفْسِدُونَ
Alladhīna kafarū wa-ṣaddū ʿan sabīli llāhi zidnāhum ʿadhāban fawqa l-ʿadhābi bimā kānū yufsidūn Ceux qui ont commis le kufr et qui ont fait obstacle au chemin d’Allaah (ṣaddū ʿan sabīli llāh), Nous leur ajoutons un châtiment par-dessus le châtiment (ʿadhāban fawqa l-ʿadhāb), pour le fasād qu’ils commettaient.
Notes lexicales
fawqa l-ʿadhāb
Précision de méthode. *Fawqa* (« par-dessus ») qualifie ici une quantité de châtiment ajoutée à une autre — il porte sur *al-ʿadhāb*, une chose créée, non sur Allaah Lui-même : ce terme ne relève donc pas de la vigilance exercée à propos de *fawq* appliqué à la relation entre Allaah et Ses créatures (voir S16:50).
yufsidūn
racine *f-s-d* — voir l'étude Fasād et mufsidūn.

S.16:89 · Le témoin issu de chaque umma — le Kitāb, clarification pour toute chose

S.16:89
وَيَوْمَ نَبْعَثُ فِي كُلِّ أُمَّةٍ شَهِيدًا عَلَيْهِمْ مِنْ أَنْفُسِهِمْ ۖ وَجِئْنَا بِكَ شَهِيدًا عَلَىٰ هَٰؤُلَاءِ ۚ وَنَزَّلْنَا عَلَيْكَ الْكِتَابَ تِبْيَانًا لِكُلِّ شَيْءٍ وَهُدًى وَرَحْمَةً وَبُشْرَىٰ لِلْمُسْلِمِينَ
Wa-yawma nabʿathu fī kulli ummatin shahīdan ʿalayhim min anfusihim wa-jiʾnā bika shahīdan ʿalā hāʾulāʾi — wa-nazzalnā ʿalayka l-kitāba tibyānan li-kulli shayʾin wa-hudan wa-raḥmatan wa-bushrā li-l-muslimīn Et [rappelle] le jour où Nous susciterons, dans chaque umma, un témoin (shahīd) contre elle, issu d’elle-même — et Nous t’amènerons, toi, comme témoin contre ceux-ci — et Nous avons fait descendre sur toi le Kitāb, clarification (tibyān) pour toute chose, et guidance, et miséricorde, et heureuse annonce (bushrā) pour les muslimūn.
Notes lexicales
shahīdan ʿalayhim min anfusihim
clarifie rétrospectivement S16:84 : le témoin suscité par *umma* en est issu lui-même — cohérence directe avec le *rasūl* envoyé dans chaque *umma* (S16:36).
tibyānan li-kulli shayʾ
Non-dit. Le texte affirme une portée forte du Kitāb — clarification pour toute chose — sans en préciser le mécanisme exact : clarification directe et exhaustive de chaque sujet, ou clarification par des principes généraux englobants. Toute élaboration au-delà de cette affirmation relève de l'inférence.

Al-ʿadl et al-iḥsān, la fidélité au pacte, l’umma unique non imposée · S16:90–93

S.16:90 · Le commandement du ʿadl et de l’iḥsān — l’interdiction du faḥshāʾ, du munkar, du baghy

S.16:90
۞ إِنَّ اللَّهَ يَأْمُرُ بِالْعَدْلِ وَالْإِحْسَانِ وَإِيتَاءِ ذِي الْقُرْبَىٰ وَيَنْهَىٰ عَنِ الْفَحْشَاءِ وَالْمُنْكَرِ وَالْبَغْيِ ۚ يَعِظُكُمْ لَعَلَّكُمْ تَذَكَّرُونَ
Inna llāha yaʾmuru bi-l-ʿadli wa-l-iḥsāni wa-ītāʾi dhī l-qurbā wa-yanhā ʿani l-faḥshāʾi wa-l-munkari wa-l-baghyi — yaʿiẓukum laʿallakum tadhakkarūn Allaah commande le ʿadl (la juste mesure) et l’iḥsān (l’excellence dans l’acte), et de donner à ceux de proche parenté (dhī l-qurbā) — et Il interdit le faḥshāʾ (l’excès qui outrepasse la mesure), le munkar (le blâmable) et le baghy (l’empiètement injuste) — Il vous exhorte (yaʿiẓukum), peut-être vous rappellerez-vous.
Notes lexicales
al-ʿadl
même terme qu'en S16:76 — la juste mesure, sans excès ni défaut.
al-iḥsān
racine *ḥ-s-n* : l'excellence dans l'acte, au-delà de la seule justice due.
dhī l-qurbā
voir S2:177 et S4:36 : ceux de proche parenté.
al-faḥshāʾ
racine *f-ḥ-sh* — voir S2:169 et S2:268 : ce qui dépasse la mesure, l'excès manifeste.
al-munkar
l'opposé de *al-maʿrūf* (ce que la raison droite reconnaît comme juste) : le blâmable, ce que la raison droite désavoue.
al-baghy
racine *b-gh-y* — voir S2:90 et S3:19 : la rivalité, l'excès dans la revendication d'un droit qui empiète sur autrui.

S.16:91 · Honorer le pacte d’Allaah — ne pas rompre les serments affermis

S.16:91
وَأَوْفُوا بِعَهْدِ اللَّهِ إِذَا عَاهَدْتُمْ وَلَا تَنْقُضُوا الْأَيْمَانَ بَعْدَ تَوْكِيدِهَا وَقَدْ جَعَلْتُمُ اللَّهَ عَلَيْكُمْ كَفِيلًا ۚ إِنَّ اللَّهَ يَعْلَمُ مَا تَفْعَلُونَ
Wa-awfū bi-ʿahdi llāhi idhā ʿāhadtum wa-lā tanquḍū l-aymāna baʿda tawkīdihā wa-qad jaʿaltumu llāha ʿalaykum kafīlan — inna llāha yaʿlamu mā tafʿalūn Et honorez le pacte d’Allaah (ʿahd Allaah) quand vous vous êtes engagés, et ne rompez pas les serments (al-aymān) après les avoir affermis — alors que vous avez fait d’Allaah, sur vous-mêmes, un garant (kafīl) — Allaah sait ce que vous faites.
Notes lexicales
kafīl
racine *k-f-l* : garant, répondant. Le fait d'avoir pris Allaah à témoin du serment engage, selon ce verset, une responsabilité redoublée.

S.16:92 · La parabole du fil détissé — les serments comme moyen de tromperie

S.16:92
وَلَا تَكُونُوا كَالَّتِي نَقَضَتْ غَزْلَهَا مِنْ بَعْدِ قُوَّةٍ أَنْكَاثًا تَتَّخِذُونَ أَيْمَانَكُمْ دَخَلًا بَيْنَكُمْ أَنْ تَكُونَ أُمَّةٌ هِيَ أَرْبَىٰ مِنْ أُمَّةٍ ۚ إِنَّمَا يَبْلُوكُمُ اللَّهُ بِهِ ۚ وَلَيُبَيِّنَنَّ لَكُمْ يَوْمَ الْقِيَامَةِ مَا كُنْتُمْ فِيهِ تَخْتَلِفُونَ
Wa-lā takūnū ka-llatī naqaḍat ghazlahā min baʿdi quwwatin ankāthan tattakhidhūna aymānakum dakhalan baynakum an takūna ummatun hiya arbā min ummatin — innamā yablūkumu llāhu bihi — wa-la-yubayyinanna lakum yawma l-qiyāmati mā kuntum fīhi takhtalifūn Et ne soyez pas comme celle qui a défait son fil, après l’avoir solidement filé, en brins détordus (ankāthan) — vous prenez vos serments comme un moyen de tromperie entre vous (dakhalan baynakum), du fait qu’une umma soit plus nombreuse (arbā) qu’une autre — Allaah ne fait par cela que vous éprouver (yablūkum) — et Il vous clarifiera certainement, au Jour de la Résurrection, ce sur quoi vous étiez en désaccord.
Notes lexicales
naqaḍat ghazlahā... ankāthan
image d'une femme qui détisse son propre fil après l'avoir solidement filé — parabole de l'incohérence qu'il y a à rompre un engagement affermi.
dakhalan baynakum
racine *d-kh-l* : un moyen introduit pour tromper, fausser un engagement de l'intérieur. Cette même expression exacte revient au verset suivant de ce Bloc (S16:94).
arbā
racine *r-b-w* — même racine que *ribā* (l'intérêt), mais employée ici dans son sens premier de croissance en nombre : « plus nombreuse ». Les deux emplois de cette racine restent distincts, ce verset ne portant pas sur la finance.

S.16:93 · L’umma unique qu’Allaah n’a pas voulu imposer — Il égare et guide qui Il veut

S.16:93
وَلَوْ شَاءَ اللَّهُ لَجَعَلَكُمْ أُمَّةً وَاحِدَةً وَلَٰكِنْ يُضِلُّ مَنْ يَشَاءُ وَيَهْدِي مَنْ يَشَاءُ ۚ وَلَتُسْأَلُنَّ عَمَّا كُنْتُمْ تَعْمَلُونَ
Wa-law shāʾa llāhu la-jaʿalakum ummatan wāḥidatan wa-lākin yuḍillu man yashāʾu wa-yahdī man yashāʾu — wa-la-tusʾalunna ʿammā kuntum taʿmalūn Et si Allaah avait voulu, Il aurait fait de vous une umma unique — mais Il égare qui Il veut, et Il guide qui Il veut — et vous serez certainement interrogés sur ce que vous faisiez.
Notes lexicales
wa-law shāʾa llāhu la-jaʿalakum ummatan wāḥidatan
relève de la famille *mashīʾa*/*qadar*, laissée ouverte, et rejoint une formulation voisine en S16:35 (*law shāʾa llāhu mā ʿabadnā*). Non-dit : le mécanisme reliant cette *mashīʾa* à l'égarement et à la guidance effectifs des personnes n'est pas détaillé par ce seul verset.

La tromperie par serment, le pacte, ce qui demeure, la vie bonne · S16:94–97

S.16:94 · Le pied qui glisse — le mal goûté pour avoir fait obstacle

S.16:94
وَلَا تَتَّخِذُوا أَيْمَانَكُمْ دَخَلًا بَيْنَكُمْ فَتَزِلَّ قَدَمٌ بَعْدَ ثُبُوتِهَا وَتَذُوقُوا السُّوءَ بِمَا صَدَدْتُمْ عَنْ سَبِيلِ اللَّهِ ۖ وَلَكُمْ عَذَابٌ عَظِيمٌ
Wa-lā tattakhidhū aymānakum dakhalan baynakum fa-tazilla qadamun baʿda thubūtihā wa-tadhūqū s-sūʾa bimā ṣadadtum ʿan sabīli llāhi — wa-lakum ʿadhābun ʿaẓīm Et ne prenez pas vos serments comme un moyen de tromperie entre vous (dakhalan baynakum), sinon un pied glisserait après avoir été affermi (thabata), et vous goûteriez le mal pour avoir fait obstacle (ṣadadtum) au chemin d’Allaah — et il y aurait pour vous un châtiment immense.
Notes lexicales
dakhalan baynakum
reprise exacte de l'expression de S16:92 — le pied qui glisse fait écho, dans la même image de stabilité perdue, au fil solidement filé puis détissé.

S.16:95 · Ne pas échanger le pacte d’Allaah contre un prix dérisoire

S.16:95
وَلَا تَشْتَرُوا بِعَهْدِ اللَّهِ ثَمَنًا قَلِيلًا ۚ إِنَّمَا عِنْدَ اللَّهِ هُوَ خَيْرٌ لَكُمْ إِنْ كُنْتُمْ تَعْلَمُونَ
Wa-lā tashtarū bi-ʿahdi llāhi thamanan qalīlan — innamā ʿinda llāhi huwa khayrun lakum in kuntum taʿlamūn Et n’échangez pas le pacte d’Allaah contre un prix dérisoire (thamanan qalīlan) — ce qui est auprès d’Allaah est meilleur pour vous, si seulement vous saviez.
Notes lexicales
thamanan qalīlan
voir S3:77 et S3:187.

S.16:96 · Ce qui s’épuise, ce qui demeure auprès d’Allaah

S.16:96
مَا عِنْدَكُمْ يَنْفَدُ ۖ وَمَا عِنْدَ اللَّهِ بَاقٍ ۗ وَلَنَجْزِيَنَّ الَّذِينَ صَبَرُوا أَجْرَهُمْ بِأَحْسَنِ مَا كَانُوا يَعْمَلُونَ
Mā ʿindakum yanfadu wa-mā ʿinda llāhi bāqin — wa-la-najziyanna lladhīna ṣabarū ajrahum bi-aḥsani mā kānū yaʿmalūn Ce qui est auprès de vous s’épuise (yanfadu), et ce qui est auprès d’Allaah demeure (bāqin) — et Nous rétribuerons certainement ceux qui ont pratiqué la patience (ṣabarū) selon la meilleure de leurs œuvres.
Notes lexicales
yanfadu / bāqin
contraste de deux racines : *n-f-d* (s'épuiser, s'achever) et *b-q-y* (demeurer, persister).

S.16:97 · La vie bonne promise à qui agit avec droiture, homme ou femme

S.16:97
مَنْ عَمِلَ صَالِحًا مِنْ ذَكَرٍ أَوْ أُنْثَىٰ وَهُوَ مُؤْمِنٌ فَلَنُحْيِيَنَّهُ حَيَاةً طَيِّبَةً ۖ وَلَنَجْزِيَنَّهُمْ أَجْرَهُمْ بِأَحْسَنِ مَا كَانُوا يَعْمَلُونَ
Man ʿamila ṣāliḥan min dhakarin aw unthā wa-huwa muʾminun fa-la-nuḥyiyannahu ḥayātan ṭayyibatan — wa-la-najziyannahum ajrahum bi-aḥsani mā kānū yaʿmalūn Quiconque agit avec droiture (ʿamila ṣāliḥan), homme ou femme, tout en étant croyant, Nous le ferons certainement vivre d’une vie bonne (ḥayātan ṭayyibatan) — et Nous les rétribuerons certainement selon la meilleure de leurs œuvres.
Notes lexicales
min dhakarin aw unthā
rendu « homme ou femme », comme en S3:195 et S4:124 — le texte nomme explicitement les deux comme sujets identiques de l'acte et de la rétribution.
ḥayātan ṭayyibatan
Non-dit. Ce seul verset ne précise pas si cette « vie bonne » se situe dans cette existence, dans l'Ākhira, ou dans les deux — plusieurs lectures coexistent dans la tradition lexicographique sans que ce verset ne tranche lui-même la question.

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