Structure du Bloc IV, dernier Bloc de la Sourate 16. Sept ensembles. D’abord l’istiʿādha avant la lecture du Qurʾān, et le sulṭān du shayṭān — nul sur les croyants qui s’en remettent à leur Rabb, existant seulement sur ceux qui le prennent pour walī et qui commettent le shirk (S16:98–100). Puis le naskh — la substitution d’un signe à la place d’un signe — et l’accusation d’invention qui s’ensuit ; la réponse par le Rūḥ al-Qudus qui fait descendre le texte avec le ḥaqq ; l’accusation qu’un humain l’enseignerait, réfutée par l’argument de la langue ; ceux qui ne croient pas aux āyāt d’Allaah, non guidés ; l’inversion de l’accusation d’invention (S16:101–105). Puis le kufr après l’īmān — la contrainte qui laisse le cœur affermi dans l’īmān, distincte de l’ouverture volontaire du for intérieur au kufr — et la conséquence : un ghaḍab et un châtiment ; puis la préférence de la vie d’ici-bas sur l’Ākhira, les cœurs, l’ouïe et les regards scellés, la perte certaine en l’Ākhira (S16:106–109). Puis l’hijra après la fitna, le jihād et le ṣabr suivis du pardon du Rabb ; le jour où chaque âme plaide pour elle-même sans être lésée ; la parabole d’une cité en sécurité qui renia le bienfait et goûta la faim et la peur, et le rasūl démenti (S16:110–113). Puis le ḥalāl et le ḥarām — manger ce qu’Allaah a accordé comme subsistance et Lui en être reconnaissant ; l’interdiction fondée, distincte de l’invention mensongère ; l’interdiction propre à ceux qui se sont judaïsés, en écho à celle déjà rencontrée ; et le pardon offert à qui a mal agi par ignorance puis s’est repris (S16:114–119). Puis Ibrāhīm — une umma à lui seul, qānit, ḥanīf, reconnaissant, choisi et guidé, comblé ici-bas et parmi les ṣāliḥūn dans l’Ākhira — et l’ordre fait au nabī de suivre sa milla (S16:120–123). Enfin le sabt laissé au jugement du Rabb, l’appel par la ḥikma et la belle exhortation, l’équivalence de la rétribution, et la clôture de la sourate sur le ṣabr et sur « Allaah est avec » les muttaqīn et les muḥsinīn (S16:124–128).

Note de méthode — renvois. Ghaḍab appliqué à Allaah (S16:106) : voir S1:7 et S2:61 (le terme n’est pas rendu par un mot d’affect humain). Ṭabaʿa llāhu ʿalā qulūbihim (S16:108) : voir S2:6–7 et S9:67/79/87 (le scellement est présenté comme conséquence du kufr, non comme décret initial). Rūḥ al-qudus (S16:102) : voir S2:87 (le texte ne précise pas la nature de ce rūḥ). Ghayra bāghin wa-lā ʿādin, la clause de contrainte (iḍṭirār, S16:115) : voir S5:3 et S6:145. L’interdiction propre à ceux qui se sont judaïsés (S16:118) fait écho à S6:146 (un baghy non détaillé) — voir l’étude Ḥalāl et Ḥarām dans le Coran, qui traite nommément S16:114–116 et fixe le principe d’un inventaire fermé des interdictions explicites. Qānitan (S16:120) : voir S2:116–117 et S2:238. Millata Ibrāhīma ḥanīfan (S16:123) : voir S2:130, S3:95 et S4:125, tous gouvernés par le même verbe ittabaʿa. L’équivalence de la rétribution (S16:126) : voir S2:194 (fa-mani ʿtadā ʿalaykum fa-ʿtadū ʿalayhi bi-mithli mā ʿtadā ʿalaykum). Point sensible — S16:106, l’exception à la contrainte (ikrāh) : voir le callout dédié à cet endroit.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.16:98 L’istiʿādha avant la lecture du Qurʾān
S.16:99 Nul sulṭān du shayṭān sur ceux qui s’en remettent à leur Rabb
S.16:100 Le sulṭān du shayṭān, réservé à ceux qui le prennent pour walī et commettent le shirk
S.16:101 La substitution d’un signe à la place d’un signe — l’accusation d’invention
S.16:102 Le Rūḥ al-Qudus fait descendre le texte avec le ḥaqq
S.16:103 L’accusation d’un enseignement humain réfutée par l’argument de la langue
S.16:104 Ceux qui ne croient pas aux āyāt d’Allaah, non guidés
S.16:105 L’inversion de l’accusation — ce sont eux qui inventent le mensonge
S.16:106 Le kufr après l’īmān — la contrainte et le cœur affermi, distincts de l’ouverture volontaire au kufr
S.16:107 La préférence de la vie d’ici-bas sur l’Ākhira
S.16:108 Les cœurs, l’ouïe et les regards scellés — l’insouciance
S.16:109 La perte certaine en l’Ākhira
S.16:110 L’hijra après la fitna, le jihād, le ṣabr — le pardon du Rabb
S.16:111 Le jour où chaque âme plaide pour elle-même, sans être lésée
S.16:112 La parabole de la cité en sécurité qui renia le bienfait
S.16:113 Le rasūl démenti — le châtiment saisit les injustes
S.16:114 Manger ce qu’Allaah a accordé comme subsistance, Lui être reconnaissant
S.16:115 L’interdiction fondée — la clause de contrainte
S.16:116 Ne pas déclarer ḥalāl ou ḥarām par mensonge — l’invention contre Allaah
S.16:117 Jouissance dérisoire, châtiment douloureux
S.16:118 L’interdiction propre à ceux qui se sont judaïsés
S.16:119 Le pardon offert à qui a mal agi par ignorance puis s’est repris
S.16:120 Ibrāhīm — une umma à lui seul, qānit, ḥanīf
S.16:121 Reconnaissant, choisi et guidé vers un chemin droit
S.16:122 Comblé ici-bas, parmi les ṣāliḥūn dans l’Ākhira
S.16:123 L’ordre fait au nabī de suivre la milla d’Ibrāhīm
S.16:124 Le sabt laissé au jugement du Rabb
S.16:125 L’appel par la ḥikma et la belle exhortation
S.16:126 L’équivalence de la rétribution — le ṣabr meilleur
S.16:127 Le ṣabr du nabī, appuyé sur Allaah seul
S.16:128 La clôture de la sourate — « Allaah est avec » les muttaqīn et les muḥsinīn

L’istiʿādha et le sulṭān du shayṭān · S16:98–100

S.16:98 · L’istiʿādha avant la lecture du Qurʾān

S.16:98
فَإِذَا قَرَأْتَ الْقُرْآنَ فَاسْتَعِذْ بِاللَّهِ مِنَ الشَّيْطَانِ الرَّجِيمِ
Fa-idhā qaraʾta l-qurʾāna fa-staʿidh billāhi mina sh-shayṭāni r-rajīm Quand donc tu lis le Qurʾān, cherche refuge auprès d’Allaah contre le shayṭān, ar-rajīm (l’écarté par projection).
Notes lexicales
fa-staʿidh
racine *ʿ-w-dh* : chercher refuge, se placer sous la protection de. Ce verset établit, pour le nabī et par extension pour quiconque lit le Qurʾān, l'ordre de chercher refuge auprès d'Allaah avant la lecture.
ash-shayṭāni r-rajīm
voir l'étude La Lapidation, qui traite nommément cette expression : *rajīm*, racine *r-j-m*, l'écarté par projection, le repoussé.

S.16:99 · Nul sulṭān du shayṭān sur ceux qui s’en remettent à leur Rabb

S.16:99
إِنَّهُ لَيْسَ لَهُ سُلْطَانٌ عَلَى الَّذِينَ آمَنُوا وَعَلَىٰ رَبِّهِمْ يَتَوَكَّلُونَ
Innahu laysa lahu sulṭānun ʿalā lladhīna āmanū wa-ʿalā rabbihim yatawakkalūn Il n’a, assurément, aucun sulṭān (pouvoir de contrainte) sur ceux qui ont cru et qui s’en remettent (yatawakkalūn) à leur Rabb.
Notes lexicales
sulṭān
racine *s-l-ṭ* : la force qui s'impose, le pouvoir de contrainte ou d'emprise — non une simple influence, mais une capacité de forcer. Ce verset le nie catégoriquement à l'endroit des croyants ; le verset suivant en précise la portée réelle.
yatawakkalūn
racine *w-k-l* : s'en remettre, confier son affaire à un autre — voir S3:122 et S3:160 (*wa-ʿalā llāhi fa-l-yatawakkali l-muʾminūn*).

S.16:100 · Le sulṭān du shayṭān, réservé à ceux qui le prennent pour walī et commettent le shirk

S.16:100
إِنَّمَا سُلْطَانُهُ عَلَى الَّذِينَ يَتَوَلَّوْنَهُ وَالَّذِينَ هُمْ بِهِ مُشْرِكُونَ
Innamā sulṭānuhu ʿalā lladhīna yatawallawnahu wa-lladhīna hum bihi mushrikūn Son sulṭān ne s’exerce que sur ceux qui le prennent pour walī (protecteur, allié), et sur ceux qui, à travers lui, commettent le shirk.
Notes lexicales
yatawallawnahu
Dit. Le verset précise, par contraste direct avec S16:99, que le pouvoir du shayṭān n'est jamais imposé de force : il s'exerce sur ceux qui l'ont eux-mêmes pris pour *walī* — un choix, non une contrainte subie.

Le naskh, le Rūḥ al-Qudus et la langue arabe manifeste · S16:101–105

S.16:101 · La substitution d’un signe à la place d’un signe — l’accusation d’invention

S.16:101
وَإِذَا بَدَّلْنَا آيَةً مَكَانَ آيَةٍ ۙ وَاللَّهُ أَعْلَمُ بِمَا يُنَزِّلُ قَالُوا إِنَّمَا أَنْتَ مُفْتَرٍ ۚ بَلْ أَكْثَرُهُمْ لَا يَعْلَمُونَ
Wa-idhā baddalnā āyatan makāna āyatin — wa-llāhu aʿlamu bi-mā yunazzilu qālū innamā anta muftarin — bal aktharuhum lā yaʿlamūn Et quand Nous substituons un signe à la place d’un signe (āyatan makāna āyatin) — Allaah sachant le mieux ce qu’Il fait descendre — ils disent : « Tu n’es qu’un inventeur (muftarin). » Mais la plupart d’entre eux ne savent pas.
Notes lexicales
baddalnā āyatan makāna āyatin
voir l'étude Le sens exact du naskh, qui traite nommément ce verset et fonde sur lui, avec S2:106 et S13:39, sa lecture de la racine *n-s-kh* : un acte d'agent, nommément attribué à Allaah, qui substitue un signe à un autre — non l'abrogation d'un *ḥukm* par un autre procédé.
muftarin
racine *f-r-y*, forme VIII : inventer, forger de toutes pièces — même racine que *iftirāʾ* en S16:87.

S.16:102 · Le Rūḥ al-Qudus fait descendre le texte avec le ḥaqq

S.16:102
قُلْ نَزَّلَهُ رُوحُ الْقُدُسِ مِنْ رَبِّكَ بِالْحَقِّ لِيُثَبِّتَ الَّذِينَ آمَنُوا وَهُدًى وَبُشْرَىٰ لِلْمُسْلِمِينَ
Qul nazzalahu rūḥu l-qudusi min rabbika bi-l-ḥaqqi li-yuthabbita lladhīna āmanū wa-hudan wa-bushrā li-l-muslimīn Dis : « C’est le Rūḥ al-Qudus qui l’a fait descendre, de la part de ton Rabb, avec le ḥaqq (la réalité établie), pour affermir ceux qui ont cru » — et guidance, et heureuse annonce (bushrā) pour les muslimūn.
Notes lexicales
rūḥ al-qudus
voir S2:87 : *rūḥ*, le souffle, la réalité spirituelle ; *al-qudus*, la pureté absolue, la sainteté. Ce que l'on peut dire : le souffle de la pureté absolue. Non-dit : le texte ne précise pas la nature exacte de ce *rūḥ* — toute identification à une entité particulière excède ce que le texte dit lui-même.
li-yuthabbita
racine *th-b-t* : affermir, rendre stable — cette réponse directe à l'accusation d'invention du verset précédent inverse le procès : ce qui est présenté comme une source d'instabilité (le *naskh*, l'accusation de fabrication) a pour fonction déclarée d'affermir ceux qui croient.

S.16:103 · L’accusation d’un enseignement humain réfutée par l’argument de la langue

S.16:103
وَلَقَدْ نَعْلَمُ أَنَّهُمْ يَقُولُونَ إِنَّمَا يُعَلِّمُهُ بَشَرٌ ۗ لِسَانُ الَّذِي يُلْحِدُونَ إِلَيْهِ أَعْجَمِيٌّ وَهَٰذَا لِسَانٌ عَرَبِيٌّ مُبِينٌ
Wa-la-qad naʿlamu annahum yaqūlūna innamā yuʿallimuhu basharun — lisānu lladhī yulḥidūna ilayhi aʿjamiyyun wa-hādhā lisānun ʿarabiyyun mubīn Et Nous savons assurément qu’ils disent : « Ce n’est qu’un humain (basharun) qui le lui enseigne. » La langue (lisān) de celui vers qui ils dévient (yulḥidūna) est étrangère (aʿjamiyy), alors que ceci est une langue arabe manifeste (ʿarabiyyun mubīn).
Notes lexicales
yulḥidūna
racine *l-ḥ-d* : dévier, s'écarter obliquement — même racine que *laḥd* (la niche funéraire creusée en biais).
aʿjamiyy / ʿarabiyyun mubīn
racine *ʿ-j-m* : ce qui n'est pas clair à l'oreille arabe, la langue étrangère, opposée à *mubīn* (manifeste, clair). Dit : l'argument du verset porte sur l'incohérence qu'il y aurait à faire dériver un texte d'une langue arabe manifeste d'un enseignement dispensé dans une langue étrangère. Non-dit : ce seul verset ne nomme ni la personne ni la langue visées par « celui vers qui ils dévient » — toute identification relèverait de l'inférence.

S.16:104 · Ceux qui ne croient pas aux āyāt d’Allaah, non guidés

S.16:104
إِنَّ الَّذِينَ لَا يُؤْمِنُونَ بِآيَاتِ اللَّهِ لَا يَهْدِيهِمُ اللَّهُ وَلَهُمْ عَذَابٌ أَلِيمٌ
Inna lladhīna lā yuʾminūna bi-āyāti llāhi lā yahdīhimu llāhu wa-lahum ʿadhābun alīm Ceux qui ne croient pas aux āyāt d’Allaah, Allaah ne les guide pas — et il y a pour eux un châtiment douloureux.
Notes lexicales
lā yahdīhimu llāh
Dit : la structure causale nomme d'abord le refus de croire, puis l'absence de guidance qui s'ensuit — même ordre que pour le scellement des cœurs (voir S2:6–7).

S.16:105 · L’inversion de l’accusation — ce sont eux qui inventent le mensonge

S.16:105
إِنَّمَا يَفْتَرِي الْكَذِبَ الَّذِينَ لَا يُؤْمِنُونَ بِآيَاتِ اللَّهِ ۖ وَأُولَٰئِكَ هُمُ الْكَاذِبُونَ
Innamā yaftarī l-kadhiba lladhīna lā yuʾminūna bi-āyāti llāhi wa-ulāʾika humu l-kādhibūn Ceux qui inventent le mensonge (yaftarī l-kadhib) ne sont autres que ceux qui ne croient pas aux āyāt d’Allaah — ce sont ceux-là, les menteurs.
Notes lexicales
innamā yaftarī l-kadhiba...
Dit : ce verset referme l'ensemble ouvert en S16:101 en retournant précisément l'accusation de *iftirāʾ* (invention) portée contre le *rasūl* — le texte la redirige vers ceux-là mêmes qui l'ont formulée.

Le kufr après l’īmān, les cœurs scellés · S16:106–109

Point sensible — S16:106, l’exception à la contrainte. Le texte pose une distinction nette entre deux cas : (1) man ukriha wa-qalbuhu muṭmaʾinnun bi-l-īmān — celui qui a été contraint (ukriha, racine k-r-h, même racine que lā ikrāha fī d-dīn, S2:256) alors que son cœur demeure affermi (muṭmaʾinn) dans l’īmān ; (2) man sharaḥa bi-l-kufri ṣadran — celui qui ouvre son for intérieur (ṣadr) au kufr, de son propre mouvement. Seul le second cas est explicitement rattaché, par ce verset, à un ghaḍab et à un châtiment. Dit : le texte distingue une profération sous contrainte, laissant le cœur intact, d’une adhésion intérieure véritable. Non-dit : ce seul verset ne nomme aucune circonstance historique précise, aucune personne, aucun épisode particulier — aucun récit extérieur n’est importé pour illustrer ou circonstancier cette exception. Ce point touche à l’articulation entre la parole prononcée sous la contrainte et la réalité intérieure de l’īmān, une question de portée juridique et théologique large : la traduction s’en tient strictement à ce que le verset dit.

S.16:106 · Le kufr après l’īmān — la contrainte et le cœur affermi

S.16:106
مَنْ كَفَرَ بِاللَّهِ مِنْ بَعْدِ إِيمَانِهِ إِلَّا مَنْ أُكْرِهَ وَقَلْبُهُ مُطْمَئِنٌّ بِالْإِيمَانِ وَلَٰكِنْ مَنْ شَرَحَ بِالْكُفْرِ صَدْرًا فَعَلَيْهِمْ غَضَبٌ مِنَ اللَّهِ وَلَهُمْ عَذَابٌ عَظِيمٌ
Man kafara billāhi min baʿdi īmānihi illā man ukriha wa-qalbuhu muṭmaʾinnun bi-l-īmāni wa-lākin man sharaḥa bi-l-kufri ṣadran fa-ʿalayhim ghaḍabun mina llāhi wa-lahum ʿadhābun ʿaẓīm Quiconque commet le kufr envers Allaah après son īmān — hormis celui qui a été contraint (ukriha) alors que son cœur demeure affermi (muṭmaʾinn) dans l’īmān — mais quiconque ouvre son for intérieur (sharaḥa … ṣadran) au kufr, sur ceux-là un ghaḍab venu d’Allaah, et pour eux un châtiment immense.
Notes lexicales
ukriha
voir le callout dédié ci-dessus.
muṭmaʾinn
racine *ṭ-m-ʾ-n* : le repos, la stabilité acquise après le mouvement.
sharaḥa bi-l-kufri ṣadran
racine *sh-r-ḥ* : ouvrir, déployer largement — *ṣadr*, la poitrine, le for intérieur pris comme siège de la disposition intime. L'image inverse une expression positive courante ailleurs dans le Coran (l'ouverture de la poitrine à l'*islām*) pour la retourner ici vers le *kufr*.
ghaḍab
voir S1:7 et S2:61 : dit d'Allaah, le terme n'est pas rendu par un mot d'affect humain, mais conservé en translittération dans la phrase française.

S.16:107 · La préférence de la vie d’ici-bas sur l’Ākhira

S.16:107
ذَٰلِكَ بِأَنَّهُمُ اسْتَحَبُّوا الْحَيَاةَ الدُّنْيَا عَلَى الْآخِرَةِ وَأَنَّ اللَّهَ لَا يَهْدِي الْقَوْمَ الْكَافِرِينَ
Dhālika bi-annahumu staḥabbū l-ḥayāta d-dunyā ʿalā l-ākhirati wa-anna llāha lā yahdī l-qawma l-kāfirīn Cela, parce qu’ils ont préféré (istaḥabbū) la vie d’ici-bas sur l’Ākhira — et qu’Allaah ne guide pas le peuple des kāfirūn.
Notes lexicales
istaḥabbū
racine *ḥ-b-b*, forme X : préférer, choisir de façon marquée — emploi humain de cette racine (préférence entre deux choses), distinct de son emploi rendu par « honorer » lorsque Allaah en est le sujet (voir S3:30–32 et S16:23).

S.16:108 · Les cœurs, l’ouïe et les regards scellés — l’insouciance

S.16:108
أُولَٰئِكَ الَّذِينَ طَبَعَ اللَّهُ عَلَىٰ قُلُوبِهِمْ وَسَمْعِهِمْ وَأَبْصَارِهِمْ ۖ وَأُولَٰئِكَ هُمُ الْغَافِلُونَ
Ulāʾika lladhīna ṭabaʿa llāhu ʿalā qulūbihim wa-samʿihim wa-abṣārihim wa-ulāʾika humu l-ghāfilūn Ceux-là sont ceux dont Allaah a scellé (ṭabaʿa) les cœurs, l’ouïe et les regards — et ceux-là sont les insouciants (al-ghāfilūn).
Notes lexicales
ṭabaʿa
même famille que *khatama* (voir S2:6–7 et S9:67/79/87) : le scellement est présenté comme la conséquence du *kufr* et de l'insouciance déjà décrits, non comme un décret initial et arbitraire — la structure causale posée par le verset précédent (S16:107 : « cela, parce qu'ils ont préféré... ») gouverne directement ce verset.

S.16:109 · La perte certaine en l’Ākhira

S.16:109
لَا جَرَمَ أَنَّهُمْ فِي الْآخِرَةِ هُمُ الْخَاسِرُونَ
Lā jarama annahum fi l-ākhirati humu l-khāsirūn Nul doute (lā jarama) : ce sont eux, dans l’Ākhira, les perdants (al-khāsirūn).
Notes lexicales
lā jarama
expression figée, racine *j-r-m* (couper, trancher net) : littéralement « rien ne tranche contre cela », d'où le sens figé de certitude absolue (voir aussi S16:23 et S16:62).

L’hijra après la fitna, le jour où chaque âme plaide pour elle-même, la parabole de la cité · S16:110–113

S.16:110 · L’hijra après la fitna, le jihād, le ṣabr — le pardon du Rabb

S.16:110
ثُمَّ إِنَّ رَبَّكَ لِلَّذِينَ هَاجَرُوا مِنْ بَعْدِ مَا فُتِنُوا ثُمَّ جَاهَدُوا وَصَبَرُوا إِنَّ رَبَّكَ مِنْ بَعْدِهَا لَغَفُورٌ رَحِيمٌ
Thumma inna rabbaka li-lladhīna hājarū min baʿdi mā futinū thumma jāhadū wa-ṣabarū inna rabbaka min baʿdihā la-Ghafūrun Raḥīm Puis ton Rabb, pour ceux qui ont émigré (hājarū) après avoir été éprouvés (futinū), puis se sont engagés (jāhadū) et ont pratiqué le ṣabr — ton Rabb, après cela, est assurément al-Ghafūr, ar-Raḥīm.
Notes lexicales
futinū
racine *f-t-n* : éprouver, mettre à l'épreuve — comme le métal qu'on soumet au feu pour en révéler la qualité. Non-dit : ce seul verset ne précise pas la nature exacte de cette épreuve — persécution, contrainte, ou toute autre forme de mise à l'épreuve.
jāhadū wa-ṣabarū
l'association de ces deux racines (*j-h-d*, l'engagement soutenu de l'effort ; *ṣ-b-r*, la constance) reprend une structure déjà présente pour qualifier ceux qui ont émigré (voir S8:72/74 : *āmanū wa-hājarū wa-jāhadū bi-amwālihim wa-anfusihim*).

S.16:111 · Le jour où chaque âme plaide pour elle-même, sans être lésée

S.16:111
۞ يَوْمَ تَأْتِي كُلُّ نَفْسٍ تُجَادِلُ عَنْ نَفْسِهَا وَتُوَفَّىٰ كُلُّ نَفْسٍ مَا عَمِلَتْ وَهُمْ لَا يُظْلَمُونَ
Yawma taʾtī kullu nafsin tujādilu ʿan nafsihā wa-tuwaffā kullu nafsin mā ʿamilat wa-hum lā yuẓlamūn [Rappelle] le jour où chaque âme viendra, plaidant pour elle-même (tujādilu ʿan nafsihā), et où chaque âme sera intégralement rétribuée (tuwaffā) de ce qu’elle a fait — et ils ne seront pas lésés (lā yuẓlamūn).
Notes lexicales
tujādilu ʿan nafsihā
racine *j-d-l* : disputer, plaider — même racine que celle de la manière de porter l'appel en S16:125 (*wa-jādilhum bi-llatī hiya aḥsan*), mais ici appliquée à chaque âme plaidant pour elle-même seule, sans plus pouvoir intercéder pour une autre.
tuwaffā
racine *w-f-y* : rendre complet, acquitter intégralement — même racine que *tatawaffā* (faire mourir, S16:70), ici au sens de rétribution intégrale, sans déficit.

S.16:112 · La parabole de la cité en sécurité qui renia le bienfait

S.16:112
وَضَرَبَ اللَّهُ مَثَلًا قَرْيَةً كَانَتْ آمِنَةً مُطْمَئِنَّةً يَأْتِيهَا رِزْقُهَا رَغَدًا مِنْ كُلِّ مَكَانٍ فَكَفَرَتْ بِأَنْعُمِ اللَّهِ فَأَذَاقَهَا اللَّهُ لِبَاسَ الْجُوعِ وَالْخَوْفِ بِمَا كَانُوا يَصْنَعُونَ
Wa-ḍaraba llāhu mathalan qaryatan kānat āminatan muṭmaʾinnatan yaʾtīhā rizquhā raghadan min kulli makānin fa-kafarat bi-anʿumi llāhi fa-adhāqahā llāhu libāsa l-jūʿi wa-l-khawfi bi-mā kānū yaṣnaʿūn Et Allaah présente une parabole : une cité (qarya) qui était en sécurité (āmina), affermie (muṭmaʾinna), à qui sa subsistance venait avec abondance (raghadan) de tout lieu — puis elle renia (kafarat) les bienfaits (anʿum) d’Allaah, et Allaah lui fit goûter le vêtement (libās) de la faim et de la peur, pour ce qu’ils fabriquaient (yaṣnaʿūn).
Notes lexicales
qaryatan
Non-dit. Ce seul verset ne nomme aucune cité précise — une partie de la tradition l'a rapportée à La Mecque, mais le texte lui-même présente un *mathal* (une parabole) de portée générale, sans identification nommée. Aucune identification extérieure n'est importée ici.
libāsa l-jūʿi wa-l-khawf
image du « vêtement » de la faim et de la peur : ce qui enveloppe et couvre entièrement, comme un vêtement couvre le corps — figure voisine de celle des vêtements protecteurs de S16:81, ici inversée en un « vêtement » de détresse.

S.16:113 · Le rasūl démenti — le châtiment saisit les injustes

S.16:113
وَلَقَدْ جَاءَهُمْ رَسُولٌ مِنْهُمْ فَكَذَّبُوهُ فَأَخَذَهُمُ الْعَذَابُ وَهُمْ ظَالِمُونَ
Wa-la-qad jāʾahum rasūlun minhum fa-kadhdhabūhu fa-akhadhahumu l-ʿadhābu wa-hum ẓālimūn Et assurément, un rasūl issu d’eux-mêmes leur est venu — ils l’ont démenti (kadhdhabūhu) — alors le châtiment les a saisis, alors qu’ils étaient injustes (ẓālimūn).
Notes lexicales
rasūlun minhum
le *rasūl* est toujours issu de l'*umma* à laquelle il s'adresse — cohérence directe avec S16:36 et S16:84/89.

Le ḥalāl et le ḥarām, l’interdiction propre à ceux qui se sont judaïsés · S16:114–119

S.16:114 · Manger ce qu’Allaah a accordé comme subsistance, Lui être reconnaissant

S.16:114
فَكُلُوا مِمَّا رَزَقَكُمُ اللَّهُ حَلَالًا طَيِّبًا وَاشْكُرُوا نِعْمَتَ اللَّهِ إِنْ كُنْتُمْ إِيَّاهُ تَعْبُدُونَ
Fa-kulū mimmā razaqakumu llāhu ḥalālan ṭayyiban wa-shkurū niʿmata llāhi in kuntum iyyāhu taʿbudūn Mangez donc de ce qu’Allaah vous a accordé comme subsistance, licite (ḥalāl) et bon (ṭayyib), et soyez reconnaissants (ushkurū) du bienfait d’Allaah, si c’est Lui seul que vous adorez.
Notes lexicales
ḥalālan ṭayyiban
*ḥalāl* est conservé en translittération, sans équivalent français à un seul mot dénué de connotation juridique étrangère au terme — voir l'étude Ḥalāl et Ḥarām dans le Coran, qui traite nommément ce verset et pose le principe que seul Allaah légifère en la matière.

S.16:115 · L’interdiction fondée — la clause de contrainte

S.16:115
إِنَّمَا حَرَّمَ عَلَيْكُمُ الْمَيْتَةَ وَالدَّمَ وَلَحْمَ الْخِنْزِيرِ وَمَا أُهِلَّ لِغَيْرِ اللَّهِ بِهِ ۖ فَمَنِ اضْطُرَّ غَيْرَ بَاغٍ وَلَا عَادٍ فَإِنَّ اللَّهَ غَفُورٌ رَحِيمٌ
Innamā ḥarrama ʿalaykumu l-maytata wa-d-dama wa-laḥma l-khinzīri wa-mā uhilla li-ghayri llāhi bihi — fa-mani ḍṭurra ghayra bāghin wa-lā ʿādin fa-inna llāha Ghafūrun Raḥīm Il ne vous a interdit que la bête morte d’elle-même (al-mayta), le sang, la chair du porc, et ce sur quoi un autre nom qu’Allaah a été invoqué (mā uhilla li-ghayri llāhi bihi) — mais quiconque y est contraint (uḍṭurra), sans être ni transgresseur (bāghin) ni excessif (ʿādin), alors Allaah est al-Ghafūr, ar-Raḥīm.
Notes lexicales
innamā ḥarrama... al-maytata wa-d-dama wa-laḥma l-khinzīri wa-mā uhilla li-ghayri llāhi bihi
même liste de quatre catégories qu'en S5:3 et S6:145. La particule *innamā* (« seulement ») marque, comme le relève l'étude Ḥalāl et Ḥarām dans le Coran, le caractère fermé de cet inventaire : ce qui n'y figure pas n'est pas interdit par ce texte.
ghayra bāghin wa-lā ʿādin
voir S6:145, qui anticipait nommément ce verset : la clause de contrainte (*iḍṭirār*) qui suspend l'interdiction sans transgression ni excès.

S.16:116 · Ne pas déclarer ḥalāl ou ḥarām par mensonge — l’invention contre Allaah

S.16:116
وَلَا تَقُولُوا لِمَا تَصِفُ أَلْسِنَتُكُمُ الْكَذِبَ هَٰذَا حَلَالٌ وَهَٰذَا حَرَامٌ لِتَفْتَرُوا عَلَى اللَّهِ الْكَذِبَ ۚ إِنَّ الَّذِينَ يَفْتَرُونَ عَلَى اللَّهِ الْكَذِبَ لَا يُفْلِحُونَ
Wa-lā taqūlū li-mā taṣifu alsinatukumu l-kadhiba hādhā ḥalālun wa-hādhā ḥarāmun li-taftarū ʿalā llāhi l-kadhiba — inna lladhīna yaftarūna ʿalā llāhi l-kadhiba lā yufliḥūn Et ne dites pas, pour ce que vos langues décrivent mensongèrement : « Ceci est ḥalāl et ceci est ḥarām », pour inventer le mensonge contre Allaah — ceux qui inventent le mensonge contre Allaah ne réussissent pas (lā yufliḥūn).
Notes lexicales
hādhā ḥalālun wa-hādhā ḥarāmun li-taftarū ʿalā llāhi l-kadhib
voir l'étude Ḥalāl et Ḥarām dans le Coran, qui fonde sur ce verset le principe du monopole législatif d'Allaah : déclarer *ḥalāl* ou *ḥarām* sans fondement coranique est qualifié ici d'*iftirāʾ* — la même racine qu'en S16:101/105.

S.16:117 · Jouissance dérisoire, châtiment douloureux

S.16:117
مَتَاعٌ قَلِيلٌ وَلَهُمْ عَذَابٌ أَلِيمٌ
Matāʿun qalīlun wa-lahum ʿadhābun alīm Une jouissance dérisoire (matāʿ qalīl) — et pour eux un châtiment douloureux.
Notes lexicales
matāʿun qalīl
même famille sémantique que *thamanan qalīlan* (S3:77, S3:187 ; S16:95) : ce qui est obtenu par cette invention n'a, dans les deux cas, qu'une valeur dérisoire et provisoire.

S.16:118 · L’interdiction propre à ceux qui se sont judaïsés

S.16:118
وَعَلَى الَّذِينَ هَادُوا حَرَّمْنَا مَا قَصَصْنَا عَلَيْكَ مِنْ قَبْلُ ۖ وَمَا ظَلَمْنَاهُمْ وَلَٰكِنْ كَانُوا أَنْفُسَهُمْ يَظْلِمُونَ
Wa-ʿalā lladhīna hādū ḥarramnā mā qaṣaṣnā ʿalayka min qablu — wa-mā ẓalamnāhum wa-lākin kānū anfusahum yaẓlimūn Et à ceux qui se sont judaïsés (hādū), Nous avons interdit ce que Nous t’avons déjà relaté auparavant (mā qaṣaṣnā ʿalayka min qablu) — et ce n’est pas Nous qui leur avons fait du tort, mais c’est eux-mêmes qu’ils lésaient (kānū anfusahum yaẓlimūn).
Notes lexicales
mā qaṣaṣnā ʿalayka min qablu
renvoi explicite, par le texte lui-même, à un récit antérieur — voir S6:146 : l'interdiction de tout animal à ongle, des graisses du bœuf et du mouton, présentée comme rétribution d'un *baghy* des *Banū Isrāʾīl* non détaillé par ce seul verset. Ce verset-ci referme la boucle sans ajouter de détail nouveau sur la nature de ce *baghy*.
kānū anfusahum yaẓlimūn
voir S3:117 (*ẓalamahumu llāhu... kānū anfusahum yaẓlimūn*) : l'interdiction elle-même (dont Allaah est l'agent nommé) est distinguée de son motif (leur propre tort).

S.16:119 · Le pardon offert à qui a mal agi par ignorance puis s’est repris

S.16:119
ثُمَّ إِنَّ رَبَّكَ لِلَّذِينَ عَمِلُوا السُّوءَ بِجَهَالَةٍ ثُمَّ تَابُوا مِنْ بَعْدِ ذَٰلِكَ وَأَصْلَحُوا إِنَّ رَبَّكَ مِنْ بَعْدِهَا لَغَفُورٌ رَحِيمٌ
Thumma inna rabbaka li-lladhīna ʿamilū s-sūʾa bi-jahālatin thumma tābū min baʿdi dhālika wa-aṣlaḥū inna rabbaka min baʿdihā la-Ghafūrun Raḥīm Puis ton Rabb, pour ceux qui ont fait le mal (as-sūʾ) par ignorance (bi-jahāla), puis sont revenus (tābū) après cela et se sont corrigés (aṣlaḥū) — ton Rabb, après cela, est assurément al-Ghafūr, ar-Raḥīm.
Notes lexicales
bi-jahālatin
racine *j-h-l* : l'ignorance, l'absence de discernement au moment de l'acte — non nécessairement une ignorance factuelle, mais l'état d'esprit qui a précédé le retour (*tawba*) et la correction (*iṣlāḥ*).
thumma inna rabbaka... la-Ghafūrun Raḥīm
formule identique, presque mot pour mot, à celle de S16:110 — même clôture appliquée à deux situations distinctes (l'épreuve subie et surmontée ; la faute commise puis corrigée).

Ibrāhīm — umma à lui seul, ḥanīf · S16:120–123

S.16:120 · Ibrāhīm — une umma à lui seul, qānit, ḥanīf

S.16:120
إِنَّ إِبْرَاهِيمَ كَانَ أُمَّةً قَانِتًا لِلَّهِ حَنِيفًا وَلَمْ يَكُ مِنَ الْمُشْرِكِينَ
Inna Ibrāhīma kāna ummatan qānitan lillāhi ḥanīfan wa-lam yaku mina l-mushrikīn Ibrāhīm était certes, à lui seul, une umma (ummatan) — dans la qunūt (soumission constante) envers Allaah, ḥanīf — et il n’était pas parmi les mushrikūn.
Notes lexicales
kāna ummatan
Crux lexical, deux lectures attestées, non tranché. *Umma* désigne d'ordinaire une communauté, un groupe uni par un lien commun. Appliqué ici à un seul homme, ce terme reçoit deux lectures lexicographiques : (1) Ibrāhīm réunissait à lui seul les qualités qu'une *umma* entière devrait porter collectivement — il « valait », par ce qu'il incarnait, une communauté entière ; (2) *umma* au sens, plus rare mais attesté, de celui qui trace seul une voie que d'autres suivront ensuite (racine *ʾ-m-m*, ce qui est suivi, ce vers quoi on se dirige). Les deux lectures convergent sur le même constat : une singularité exemplaire, sans que ce seul verset ne permette de trancher entre elles.
qānitan
voir S2:116–117 et S2:238 : se tenir dans la soumission constante, l'obéissance durable.
ḥanīfan
voir S2:135, S3:67 et S3:95 — Ibrāhīm déjà qualifié à l'identique de *ḥanīf* et distingué explicitement des *mushrikūn*.

S.16:121 · Reconnaissant, choisi et guidé vers un chemin droit

S.16:121
شَاكِرًا لِأَنْعُمِهِ ۚ اجْتَبَاهُ وَهَدَاهُ إِلَىٰ صِرَاطٍ مُسْتَقِيمٍ
Shākiran li-anʿumihi — jtabāhu wa-hadāhu ilā ṣirāṭin mustaqīm Reconnaissant (shākiran) pour Ses bienfaits (anʿum) — Il le choisit (jtabāhu) et le guida vers un chemin droit (ṣirāṭ mustaqīm).
Notes lexicales
ijtabāhu
racine *j-b-y*, forme VIII : choisir, recueillir pour soi ce qui est distingué.
ṣirāṭin mustaqīm
voir S1:6, depuis l'ouverture du Coran.

S.16:122 · Comblé ici-bas, parmi les ṣāliḥūn dans l’Ākhira

S.16:122
وَآتَيْنَاهُ فِي الدُّنْيَا حَسَنَةً ۖ وَإِنَّهُ فِي الْآخِرَةِ لَمِنَ الصَّالِحِينَ
Wa-ātaynāhu fi d-dunyā ḥasanatan wa-innahu fi l-ākhirati la-mina ṣ-ṣāliḥīn Et Nous lui avons donné, dans la vie d’ici-bas, une belle chose (ḥasana) — et il est certes, dans l’Ākhira, parmi les ṣāliḥūn.
Notes lexicales
ḥasanatan
Non-dit. Ce seul verset ne précise pas la nature exacte de cette « belle chose » accordée dans la vie d'ici-bas — descendance, réputation, ou tout autre bienfait ; toute identification précise relèverait de l'inférence.

S.16:123 · L’ordre fait au nabī de suivre la milla d’Ibrāhīm

S.16:123
ثُمَّ أَوْحَيْنَا إِلَيْكَ أَنِ اتَّبِعْ مِلَّةَ إِبْرَاهِيمَ حَنِيفًا ۖ وَمَا كَانَ مِنَ الْمُشْرِكِينَ
Thumma awḥaynā ilayka ani ttabiʿ millata Ibrāhīma ḥanīfan wa-mā kāna mina l-mushrikīn Puis Nous t’avons révélé (awḥaynā) : « Suis la milla (la voie) d’Ibrāhīm, ḥanīf » — et il n’était pas parmi les mushrikūn.
Notes lexicales
awḥaynā
même verbe qu'en S16:68 (l'abeille) — ici appliqué, comme il l'est le plus souvent dans le corpus, au message adressé à un nabī : la racine *w-ḥ-y* couvre les deux registres, la distinction tenant au destinataire, non au vocabulaire — voir l'avertissement de méthode posé à S16:68.
ittabiʿ millata Ibrāhīma ḥanīfan
voir S2:130, S3:95 et S4:125, gouvernés par le même verbe *ittabaʿa*.

Le sabt, l’appel par la ḥikma, la clôture de la sourate · S16:124–128

S.16:124 · Le sabt laissé au jugement du Rabb

S.16:124
إِنَّمَا جُعِلَ السَّبْتُ عَلَى الَّذِينَ اخْتَلَفُوا فِيهِ ۚ وَإِنَّ رَبَّكَ لَيَحْكُمُ بَيْنَهُمْ يَوْمَ الْقِيَامَةِ فِيمَا كَانُوا فِيهِ يَخْتَلِفُونَ
Innamā juʿila s-sabtu ʿalā lladhīna khtalafū fīhi wa-inna rabbaka la-yaḥkumu baynahum yawma l-qiyāmati fīmā kānū fīhi yakhtalifūn Le sabt n’a été institué (juʿila) qu’à l’endroit de ceux qui se sont mis en désaccord (ikhtalafū) à son sujet — et ton Rabb jugera certainement entre eux, au Jour de la Résurrection, sur ce en quoi ils étaient en désaccord.
Notes lexicales
as-sabt
voir S2:65 : la racine *s-b-t* désigne la cessation, le repos. Non-dit : ce verset ne détaille pas davantage la nature exacte du désaccord (*ikhtilāf*) visé — il affirme seulement que le *sabt* fut institué à l'endroit de ceux qui s'y sont mis en désaccord, et renvoie le jugement de ce désaccord au Jour de la Résurrection plutôt qu'à une élaboration humaine.

S.16:125 · L’appel par la ḥikma et la belle exhortation

S.16:125
ادْعُ إِلَىٰ سَبِيلِ رَبِّكَ بِالْحِكْمَةِ وَالْمَوْعِظَةِ الْحَسَنَةِ ۖ وَجَادِلْهُمْ بِالَّتِي هِيَ أَحْسَنُ ۚ إِنَّ رَبَّكَ هُوَ أَعْلَمُ بِمَنْ ضَلَّ عَنْ سَبِيلِهِ ۖ وَهُوَ أَعْلَمُ بِالْمُهْتَدِينَ
Udʿu ilā sabīli rabbika bi-l-ḥikmati wa-l-mawʿiẓati l-ḥasanati wa-jādilhum bi-llatī hiya aḥsanu — inna rabbaka huwa aʿlamu bi-man ḍalla ʿan sabīlihi wa-huwa aʿlamu bi-l-muhtadīn Appelle vers le chemin de ton Rabb par la ḥikma (la sagesse fondée) et la belle exhortation (al-mawʿiẓa al-ḥasana), et discute avec eux (jādilhum) par ce qui est le plus beau (bi-llatī hiya aḥsan) — ton Rabb sait mieux qui s’est égaré de Son chemin, et Il sait mieux qui sont les bien-guidés.
Notes lexicales
al-ḥikma
racine *ḥ-k-m* : la sagesse fondée sur un jugement juste, apparentée à *ḥukm* (le jugement) et à *ḥakīm* — même racine que *al-kitābi l-ḥakīm* (S10:1).
wa-jādilhum bi-llatī hiya aḥsan
même racine *j-d-l* qu'en S16:111 — mais appliquée ici, non plus à l'âme qui plaide pour elle-même au Jour du jugement, mais à la méthode même de l'appel : la discussion, prescrite dans sa forme la meilleure.

S.16:126 · L’équivalence de la rétribution — le ṣabr meilleur

S.16:126
وَإِنْ عَاقَبْتُمْ فَعَاقِبُوا بِمِثْلِ مَا عُوقِبْتُمْ بِهِ ۖ وَلَئِنْ صَبَرْتُمْ لَهُوَ خَيْرٌ لِلصَّابِرِينَ
Wa-in ʿāqabtum fa-ʿāqibū bi-mithli mā ʿūqibtum bihi wa-la-in ṣabartum la-huwa khayrun li-ṣ-ṣābirīn Et si vous rétribuez (ʿāqabtum) [une offense], rétribuez alors par l’équivalent exact (bi-mithli) de ce dont vous avez été offensés — mais si vous pratiquez le ṣabr, cela est assurément meilleur pour ceux qui pratiquent le ṣabr (aṣ-ṣābirīn).
Notes lexicales
fa-ʿāqibū bi-mithli mā ʿūqibtum bihi
voir S2:194, presque mot pour mot (*fa-mani ʿtadā ʿalaykum fa-ʿtadū ʿalayhi bi-mithli mā ʿtadā ʿalaykum*) : le principe d'une rétribution strictement équivalente, sans dépassement — immédiatement suivi, comme en S2:194, par la mention d'une option supérieure (ici le *ṣabr*, là la *taqwā*).

S.16:127 · Le ṣabr du nabī, appuyé sur Allaah seul

S.16:127
وَاصْبِرْ وَمَا صَبْرُكَ إِلَّا بِاللَّهِ ۚ وَلَا تَحْزَنْ عَلَيْهِمْ وَلَا تَكُ فِي ضَيْقٍ مِمَّا يَمْكُرُونَ
Wa-ṣbir wa-mā ṣabruka illā billāhi wa-lā taḥzan ʿalayhim wa-lā taku fī ḍayqin mimmā yamkurūn Et pratique le ṣabr — ton ṣabr n’est possible que par Allaah — et ne t’attriste pas (lā taḥzan) à leur sujet, et ne sois pas dans l’oppression (ḍayq) à cause de ce qu’ils manigancent (yamkurūn).
Notes lexicales
wa-mā ṣabruka illā billāh
Dit : le texte n'attribue pas au nabī la source de sa propre constance — elle est explicitement rapportée à Allaah seul, non comme une simple qualité personnelle acquise.
yamkurūn
racine *m-k-r*, ici appliquée aux humains — à distinguer de son emploi lorsqu'il est appliqué à Allaah (voir S3:54, S10:21, S12:76).

S.16:128 · La clôture de la sourate — « Allaah est avec » les muttaqīn et les muḥsinūn

S.16:128
إِنَّ اللَّهَ مَعَ الَّذِينَ اتَّقَوْا وَالَّذِينَ هُمْ مُحْسِنُونَ
Inna llāha maʿa lladhīna ttaqaw wa-lladhīna hum muḥsinūn Allaah est avec ceux qui ont constitué une taqwā, et ceux qui pratiquent l’iḥsān (l’excellence dans l’acte).
Notes lexicales
maʿa lladhīna ttaqaw... al-muḥsinūn
clôture de la sourate sur les deux termes déjà rencontrés ensemble en S16:90 (*al-ʿadl wa-l-iḥsān*) — *al-iḥsān*, l'excellence dans l'acte, au-delà de la seule justice due. *Maʿa* (« avec ») n'exprime ici aucune position dans l'espace : la formule dit ce que l'on peut dire d'Allaah à l'égard de ceux qui ont constitué une taqwā et pratiquent l'iḥsān.

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