Structure du Bloc I, ouverture de la Sourate 17. Six ensembles. D’abord l’isrāʾ nocturne — le voyage de nuit (asrā) du ʿabd d’Allaah, du Masjid al-Ḥarām jusqu’au Masjid al-Aqṣā, dont les alentours ont reçu la baraka, pour lui montrer certains signes (S17:1). Puis le Kitāb donné à Mūsā comme guidance pour les Banū Isrāʾīl, l’adresse à leur descendance — celle des rescapés de l’arche de Nūḥ — et le double fasād annoncé dans le Kitāb, avec ses deux répliques successives (S17:2–8). Puis ce Qurʾān-ci, qui guide vers ce qui est le plus droit (aqwam), et la hâte propre à l’humain (S17:9–11). Puis les deux signes du jour et de la nuit, le ṭāʾir attaché au cou de chaque humain, le livre déployé au Jour de la Résurrection, et le principe que nul ne porte le fardeau d’un autre, ni n’est châtié avant qu’un rasūl ne soit envoyé (S17:12–15). Puis la cité détruite après l’ordre donné à ses gens aisés, et la mise en balance de ceux qui veulent cette vie immédiate et de ceux qui veulent l’Ākhira — un don de leur Rabb, jamais retenu (S17:16–21). Enfin l’ordre bref qui clôt ce premier ensemble : ne pas placer, avec Allaah, un autre ilāh (S17:22).

Point de méthode, signalé pour transparence — S17:1, l’identité du Masjid al-Aqṣā et du ʿabd. Ce seul verset ne nomme ni le ʿabd qui accomplit ce voyage nocturne, ni le lieu géographique précis du « Masjid al-Aqṣā » (littéralement : le sanctuaire le plus éloigné, superlatif de la racine q-ṣ-w, l’éloignement) — il le désigne uniquement par sa position relative au Masjid al-Ḥarām. L’identification traditionnelle du ʿabd avec le nabī Muḥammad, et celle du lieu avec un site précis à Jérusalem, reposent sur des éléments extérieurs à ce seul verset (l’ensemble du contexte coranique pour la première, le ḥadīth et la sīra pour la seconde) — une lecture strictement linguistique de ce seul verset relève cette désignation comme fonctionnelle et relative, sans elle-même situer géographiquement le lieu. Ce Bloc ne tranche pas cette question, conformément à sa méthode : il signale ce que le texte affirme (une désignation relative entre deux sanctuaires) et ce qu’il ne précise pas (le nom du ʿabd, la localisation exacte du second sanctuaire), sans importer ni confirmer ni infirmer l’identification traditionnelle.

Note de méthode — renvois. Bāraknā ḥawlahu (S17:1) : voir l’étude Baraka et tabarruk, qui cite nommément ce verset — Allaah y est la source qui place la baraka alentour d’un lieu, jamais le récipiendaire d’une baraka qui Lui serait offerte. Wakīl (S17:2) : le statut de garant ultime, réservé sans réserve à Allaah (voir S6:66/102/107, S10:108, S11:12, S12:66), ici comme ce que les Banū Isrāʾīl ne doivent prendre en aucun autre. Wa-lā taziru wāziratun wizra ukhrā (S17:15) reprend, mot pour mot, S6:164 (« nulle âme chargée ne porte le fardeau d’une autre »). Khabīran baṣīrā (S17:17) : ce que l’on peut dire d’Allaah, conservé en translittération.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.17:1 L’isrāʾ nocturne — du Masjid al-Ḥarām au Masjid al-Aqṣā
S.17:2 Le Kitāb donné à Mūsā, guidance pour les Banū Isrāʾīl
S.17:3 Adresse à la descendance des rescapés avec Nūḥ
S.17:4 Le double fasād annoncé dans le Kitāb
S.17:5 La première réplique — des ʿibād d’une rigueur intense
S.17:6 Le retour du dessus, les biens et les fils rendus
S.17:7 La seconde réplique, à la mesure du mal commis
S.17:8 L’espoir de la raḥma, la récidive, Jahannam en enclos
S.17:9 Ce Qurʾān guide vers ce qui est le plus droit
S.17:10 Le châtiment douloureux pour qui ne croit pas en l’Ākhira
S.17:11 L’humain invoque le mal comme il invoque le bien — la hâte
S.17:12 La nuit et le jour, deux signes — le décompte des années
S.17:13 Le ṭāʾir attaché au cou de chaque humain
S.17:14 Lis ton livre — toi-même, ton propre comptable
S.17:15 Nul ne porte le fardeau d’un autre — nul châtiment sans rasūl envoyé
S.17:16 La cité détruite après l’ordre donné à ses gens aisés
S.17:17 Combien de générations détruites après Nūḥ
S.17:18 Qui veut la vie immédiate — Jahannam au bout
S.17:19 Qui veut l’Ākhira et s’y efforce en muʾmin
S.17:20 Le don de ton Rabb, jamais retenu, pour tous
S.17:21 La préférence entre certains — l’Ākhira, plus grande en degrés
S.17:22 Ne pas placer, avec Allaah, un autre ilāh

L’isrāʾ nocturne · S17:1

S.17:1 · Le voyage de nuit, du Masjid al-Ḥarām au Masjid al-Aqṣā

S.17:1
سُبْحَانَ الَّذِي أَسْرَىٰ بِعَبْدِهِ لَيْلًا مِنَ الْمَسْجِدِ الْحَرَامِ إِلَى الْمَسْجِدِ الْأَقْصَى الَّذِي بَارَكْنَا حَوْلَهُ لِنُرِيَهُ مِنْ آيَاتِنَا ۚ إِنَّهُ هُوَ السَّمِيعُ الْبَصِيرُ
Subḥāna lladhī asrā bi-ʿabdihi laylan mina l-masjidi l-ḥarāmi ilā l-masjidi l-aqṣā lladhī bāraknā ḥawlahu li-nuriyahu min āyātinā innahu huwa s-samīʿu l-baṣīr Il est dégagé de toute imperfection (subḥāna), Ce qui a fait voyager de nuit (asrā) Son ʿabd, du Masjid al-Ḥarām jusqu’au Masjid al-Aqṣā (le sanctuaire le plus éloigné), dont Nous avons placé la baraka alentour (bāraknā ḥawlahu), afin de lui montrer certains de Nos signes (āyātinā) — Il est, en vérité, Ce qui entend, Ce qui voit.
Notes lexicales
subḥāna
racine *s-b-ḥ* : nager, se mouvoir librement dans un vaste espace — voir S2:32 : « ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah comme entièrement dégagé de toute limitation, entièrement au-delà de toute imperfection ». Rendu ici fonctionnellement plutôt que par « gloire à », conformément à cette définition, comme en S16:1.
asrā ... laylan
racine *s-r-y*, forme IV : faire voyager de nuit. Le complément *laylan* (« de nuit ») accompagne un verbe qui porte déjà en lui-même cette notion — un renforcement (*taʾkīd*) qui insiste sur le caractère nocturne du voyage, plutôt qu'une simple redondance. Cette racine donne son nom traditionnel à la sourate (*al-Isrāʾ*).
ʿabdihi
racine *ʿ-b-d* : le serviteur, celui qui se tient dans la ʿibāda. Non-dit : ce seul mot ne nomme personne — voir le callout de méthode ci-dessus sur l'identité de ce ʿabd.
al-masjidi l-ḥarāmi ... al-masjidi l-aqṣā
*Al-Masjid al-Ḥarām* : voir S8:34, S9:28. *Al-Aqṣā*, superlatif de la racine *q-ṣ-w* (être éloigné) : « le plus éloigné » — une désignation relative au premier sanctuaire nommé, non un nom propre de lieu en lui-même. Voir le callout de méthode ci-dessus.
bāraknā ḥawlahu
voir l'étude Baraka et tabarruk, qui cite nommément ce verset : Allaah, source de la *baraka* placée alentour d'un lieu (comme en S21:71) — jamais récipiendaire d'une *baraka* qui Lui serait offerte (voir aussi S7:54, pour la forme *tabāraka*).
s-samīʿu l-baṣīr
ce que l'on peut dire d'Allaah, conservé en translittération — l'ouïe et la vue absolues.

Le Kitāb donné à Mūsā, le double fasād annoncé · S17:2–8

S.17:2 · Le Kitāb donné à Mūsā, guidance pour les Banū Isrāʾīl

S.17:2
وَآتَيْنَا مُوسَى الْكِتَابَ وَجَعَلْنَاهُ هُدًى لِبَنِي إِسْرَائِيلَ أَلَّا تَتَّخِذُوا مِنْ دُونِي وَكِيلًا
Wa-ātaynā mūsā l-kitāba wa-jaʿalnāhu hudan li-banī isrāʾīla allā tattakhidhū min dūnī wakīlā Et Nous avons donné à Mūsā le Kitāb, et Nous en avons fait une guidance (hudā) pour les Banū Isrāʾīl : « Ne prenez, en dehors de Moi, aucun wakīl (garant). »
Notes lexicales
wakīl
racine *w-k-l* : le statut de garant ultime, réservé sans réserve à Allaah (voir S6:66/102/107, S10:108, S11:12, S12:66). Ici, l'interdiction est adressée directement aux Banū Isrāʾīl.

S.17:3 · Adresse à la descendance des rescapés avec Nūḥ

S.17:3
ذُرِّيَّةَ مَنْ حَمَلْنَا مَعَ نُوحٍ ۚ إِنَّهُ كَانَ عَبْدًا شَكُورًا
Dhurriyyata man ḥamalnā maʿa nūḥin innahu kāna ʿabdan shakūrā [Ô] descendance (dhurriyya) de ceux que Nous avons portés avec Nūḥ — il était certes un ʿabd empreint de gratitude (shakūrā).
Notes lexicales
dhurriyyata man ḥamalnā maʿa nūḥin
Dit : ce complément, en apposition à l'adresse du verset précédent, rattache les Banū Isrāʾīl (et, plus largement, l'ensemble de l'humanité) à la descendance de ceux qui furent portés dans l'arche avec Nūḥ.
shakūrā
racine *sh-k-r*, forme intensive : celui dont la gratitude est constante et marquée — qualifiant ici Nūḥ lui-même.

S.17:4 · Le double fasād annoncé dans le Kitāb

Point de méthode — S17:4, la nature du décret (qaḍaynā). Qaḍā ilā : Ibn Fāris (Maqāyīs al-Lugha) — la racine q-ḍ-y porte l’idée d’un aboutissement, d’une chose menée à son terme et rendue certaine. Dit : le texte annonce (au sens d’un décret informatif, une annonce rendue certaine par avance) que les Banū Isrāʾīl commettront un fasād sur la terre par deux fois, et s’élèveront dans une arrogance immense — non un ordre (amr) leur enjoignant de le faire. Non-dit : ce seul verset ne précise pas la nature exacte des deux épisodes de fasād annoncés — leur identification avec des événements historiques précis relèverait de l’inférence, non du texte lui-même.

S.17:4
وَقَضَيْنَا إِلَىٰ بَنِي إِسْرَائِيلَ فِي الْكِتَابِ لَتُفْسِدُنَّ فِي الْأَرْضِ مَرَّتَيْنِ وَلَتَعْلُنَّ عُلُوًّا كَبِيرًا
Wa-qaḍaynā ilā banī isrāʾīla fi l-kitābi la-tufsidunna fi l-arḍi marratayni wa-la-taʿlunna ʿuluwwan kabīrā Et Nous avons annoncé (qaḍaynā), dans le Kitāb, aux Banū Isrāʾīl : « Vous sèmerez assurément le fasād sur la terre, par deux fois, et vous vous élèverez assurément dans une arrogance immense (ʿuluwwan kabīrā). »
Notes lexicales
la-tufsidunna fi l-arḍi
racine *f-s-d* : voir l'étude Le fasād et les mufsidūn — la sortie hors de l'équilibre, hors de la juste mesure.
ʿuluwwan kabīrā
racine *ʿ-l-w*, ici appliquée aux Banū Isrāʾīl eux-mêmes (une arrogance, une prétention à dominer) — à distinguer nettement de la même racine appliquée à Allaah (*taʿālā*, voir S17:43), où toute connotation de lieu est écartée : ici, l'emploi est humain et ordinaire.

S.17:5 · La première réplique — des ʿibād d’une rigueur intense

S.17:5
فَإِذَا جَاءَ وَعْدُ أُولَاهُمَا بَعَثْنَا عَلَيْكُمْ عِبَادًا لَنَا أُولِي بَأْسٍ شَدِيدٍ فَجَاسُوا خِلَالَ الدِّيَارِ ۚ وَكَانَ وَعْدًا مَفْعُولًا
Fa-idhā jāʾa waʿdu ūlāhumā baʿathnā ʿalaykum ʿibādan lanā ūlī baʾsin shadīdin fa-jāsū khilāla d-diyāri wa-kāna waʿdan mafʿūlā Puis, quand est venue la promesse (waʿd) de la première de ces deux [échéances], Nous avons envoyé contre vous des ʿibād à Nous, détenteurs d’une rigueur intense (ūlī baʾsin shadīd) — ils ont pénétré au cœur des demeures (fa-jāsū khilāla d-diyār) — et ce fut une promesse accomplie (waʿdan mafʿūlā).
Notes lexicales
ʿibādan lanā ūlī baʾsin shadīd
Non-dit : ce seul verset ne nomme pas ces ʿibād — comme en S9:26 (*junūd* non identifiés aux *malāʾika*), aucune identification historique n'est importée ici.
fa-jāsū khilāla d-diyār
racine *j-w-s* : pénétrer, fouiller de part en part — image d'une incursion complète à travers les demeures.

S.17:6 · Le retour du dessus, les biens et les fils rendus

S.17:6
ثُمَّ رَدَدْنَا لَكُمُ الْكَرَّةَ عَلَيْهِمْ وَأَمْدَدْنَاكُمْ بِأَمْوَالٍ وَبَنِينَ وَجَعَلْنَاكُمْ أَكْثَرَ نَفِيرًا
Thumma radadnā lakumu l-karrata ʿalayhim wa-amdadnākum bi-amwālin wa-banīna wa-jaʿalnākum akthara nafīrā Puis Nous vous avons redonné le dessus (radadnā … al-karrata) sur eux, et Nous vous avons soutenus (amdadnākum) par des biens et des fils, et Nous avons fait de vous un groupe plus nombreux en effectif (akthara nafīrā).
Notes lexicales
al-karra
racine *k-r-r* : le retour, le tour qui revient — ici le retournement de situation en faveur des Banū Isrāʾīl.
nafīrā
racine *n-f-r* : le groupe mobilisé, l'effectif rassemblé pour une cause commune.

S.17:7 · La seconde réplique, à la mesure du mal commis

Point de méthode — S17:7, le principe posé au milieu du récit. Ce verset ouvre par un principe général — le bien et le mal accomplis retombent sur celui qui les accomplit — avant de reprendre le récit de la seconde réplique. Non-dit : « al-masjid », dans ce verset, n’est pas autrement précisé ; l’écho de vocabulaire avec le Masjid al-Aqṣā de S17:1 est notable, mais ce seul verset ne confirme pas explicitement qu’il s’agit du même lieu — ce Bloc signale ce rapprochement possible sans l’ériger en identification certaine.

S.17:7
إِنْ أَحْسَنْتُمْ أَحْسَنْتُمْ لِأَنْفُسِكُمْ ۖ وَإِنْ أَسَأْتُمْ فَلَهَا ۚ فَإِذَا جَاءَ وَعْدُ الْآخِرَةِ لِيَسُوءُوا وُجُوهَكُمْ وَلِيَدْخُلُوا الْمَسْجِدَ كَمَا دَخَلُوهُ أَوَّلَ مَرَّةٍ وَلِيُتَبِّرُوا مَا عَلَوْا تَتْبِيرًا
In aḥsantum aḥsantum li-anfusikum wa-in asaʾtum fa-lahā fa-idhā jāʾa waʿdu l-ākhirati li-yasūʾū wujūhakum wa-li-yadkhulū l-masjida kamā dakhalūhu awwala marratin wa-li-yutabbirū mā ʿalaw tatbīrā Si vous faites le bien, vous le faites pour vous-mêmes ; et si vous faites le mal, c’est contre elles-mêmes [vos âmes]. Puis, quand est venue la promesse de la seconde [échéance] — pour attrister vos visages, pour entrer dans la masjid comme ils y étaient entrés la première fois, et pour détruire entièrement (li-yutabbirū … tatbīrā) ce dont ils s’étaient emparés (mā ʿalaw).
Notes lexicales
in aḥsantum aḥsantum li-anfusikum wa-in asaʾtum fa-lahā
Dit : principe de responsabilité individuelle, en écho direct avec celui qui sera repris et généralisé en S17:15, dans ce Bloc.
li-yutabbirū mā ʿalaw tatbīrā
racine *t-b-r* : briser, réduire en pièces, détruire jusqu'à l'anéantissement. *Mā ʿalaw*, de la racine *ʿ-l-w* vue en S17:4 : ce dont ils s'étaient rendus maîtres, ce sur quoi ils avaient pris ascendant.

S.17:8 · L’espoir de la raḥma, la récidive, Jahannam en enclos

S.17:8
عَسَىٰ رَبُّكُمْ أَنْ يَرْحَمَكُمْ ۚ وَإِنْ عُدْتُمْ عُدْنَا ۘ وَجَعَلْنَا جَهَنَّمَ لِلْكَافِرِينَ حَصِيرًا
ʿAsā rabbukum an yarḥamakum wa-in ʿudtum ʿudnā wa-jaʿalnā jahannama li-l-kāfirīna ḥaṣīrā Il se peut que votre Rabb vous fasse raḥma (yarḥamakum) — mais si vous récidivez (ʿudtum), Nous récidiverons (ʿudnā) — et Nous avons fait de Jahannam, pour les kāfirūn, un enclos qui cerne étroitement (ḥaṣīrā).
Notes lexicales
ḥaṣīrā
racine *ḥ-ṣ-r* : confiner, cerner étroitement, ne laisser aucune échappée — image d'un enclos qui ne permet aucune sortie.

Le Qurʾān guide vers l’aqwam, la hâte humaine · S17:9–11

S.17:9 · Ce Qurʾān guide vers ce qui est le plus droit

S.17:9
إِنَّ هَٰذَا الْقُرْآنَ يَهْدِي لِلَّتِي هِيَ أَقْوَمُ وَيُبَشِّرُ الْمُؤْمِنِينَ الَّذِينَ يَعْمَلُونَ الصَّالِحَاتِ أَنَّ لَهُمْ أَجْرًا كَبِيرًا
Inna hādhā l-qurʾāna yahdī li-llatī hiya aqwamu wa-yubashshiru l-muʾminīna lladhīna yaʿmalūna ṣ-ṣāliḥāti anna lahum ajran kabīrā Ce Qurʾān-ci guide assurément vers ce qui est le plus droit (allatī hiya aqwam), et il annonce, aux muʾminūn qui accomplissent les œuvres justes (aṣ-ṣāliḥāt), qu’il y aura pour eux une rétribution considérable (ajran kabīrā).
Notes lexicales
allatī hiya aqwam
racine *q-w-m* : la rectitude, la station stable et droite — superlatif féminin (accordant avec une *ṭarīqa* ou *sabīl* sous-entendue).

S.17:10 · Le châtiment douloureux pour qui ne croit pas en l’Ākhira

S.17:10
وَأَنَّ الَّذِينَ لَا يُؤْمِنُونَ بِالْآخِرَةِ أَعْتَدْنَا لَهُمْ عَذَابًا أَلِيمًا
Wa-anna lladhīna lā yuʾminūna bi-l-ākhirati aʿtadnā lahum ʿadhāban alīmā et que ceux qui ne croient pas en l’Ākhira, Nous leur avons préparé (aʿtadnā) un châtiment douloureux.

S.17:11 · L’humain invoque le mal comme il invoque le bien — la hâte

S.17:11
وَيَدْعُ الْإِنْسَانُ بِالشَّرِّ دُعَاءَهُ بِالْخَيْرِ ۖ وَكَانَ الْإِنْسَانُ عَجُولًا
Wa-yadʿu l-insānu bi-sh-sharri duʿāʾahu bi-l-khayri wa-kāna l-insānu ʿajūlā Et l’humain invoque le mal avec la même promptitude qu’il invoque le bien — l’humain est porté à la hâte (ʿajūlā).
Notes lexicales
yadʿu bi-sh-sharri duʿāʾahu bi-l-khayri
Dit : le texte pose un parallèle de forme — l'humain appelle le mal (sur lui-même ou sur autrui, sous le coup de la contrariété ou de la colère) avec la même promptitude que celle qu'il met à appeler le bien. Non-dit : ce seul verset ne précise pas la situation concrète visée (l'invocation contre soi-même dans un moment de colère, contre un tiers, ou le souhait impatient de voir hâter un châtiment annoncé) — la suite du verset (« l'humain est ʿajūl ») en donne seulement le trait de caractère général qui l'explique.
ʿajūlā
racine *ʿ-j-l*, forme intensive : porté à la hâte, à l'impatience.

Les deux signes du jour et de la nuit, le ṭāʾir, nul fardeau porté pour un autre · S17:12–15

S.17:12 · La nuit et le jour, deux signes — le décompte des années

S.17:12
وَجَعَلْنَا اللَّيْلَ وَالنَّهَارَ آيَتَيْنِ ۖ فَمَحَوْنَا آيَةَ اللَّيْلِ وَجَعَلْنَا آيَةَ النَّهَارِ مُبْصِرَةً لِتَبْتَغُوا فَضْلًا مِنْ رَبِّكُمْ وَلِتَعْلَمُوا عَدَدَ السِّنِينَ وَالْحِسَابَ ۚ وَكُلَّ شَيْءٍ فَصَّلْنَاهُ تَفْصِيلًا
Wa-jaʿalnā l-layla wa-n-nahāra āyatayni fa-maḥawnā āyata l-layli wa-jaʿalnā āyata n-nahāri mubṣiratan li-tabtaghū faḍlan min rabbikum wa-li-taʿlamū ʿadada s-sinīna wa-l-ḥisāba wa-kulla shayʾin faṣṣalnāhu tafṣīlā Et Nous avons fait de la nuit et du jour deux signes (āyatayn) : Nous avons effacé (maḥawnā) le signe de la nuit, et Nous avons fait du signe du jour ce qui rend visible (mubṣira), afin que vous recherchiez une faveur (faḍl) venant de votre Rabb, et que vous connaissiez le compte des années et le calcul (al-ḥisāb) — et Nous avons détaillé chaque chose en détail (faṣṣalnāhu tafṣīlā).
Notes lexicales
maḥawnā āyata l-layli ... mubṣiratan
racine *m-ḥ-w* : effacer — appliquée ici à l'obscurité de la nuit, comme l'effacement de ce qui serait visible ; en contraste direct avec *mubṣira* (racine *b-ṣ-r*, ce qui donne à voir), qualifiant le jour.

S.17:13 · Le ṭāʾir attaché au cou de chaque humain

Crux lexical — S17:13, ṭāʾir. Racine ṭ-y-r : l’oiseau, le vol. Ibn Fāris (Maqāyīs al-Lugha) et Ibn Manẓūr (Lisān al-ʿArab) attestent, à partir du sens concret, un sens second devenu idiomatique dans l’arabe classique antérieur au Coran : la pratique de la tiyara (ou ṭīra), qui consistait à tirer un présage du vol ou du cri d’un oiseau lâché — d’où ṭāʾir au sens figuré de « ce qui échoit à quelqu’un », son sort, sa part de bien ou de mal, comme s’il lui avait été assigné par cet augure. Le Coran reprend ce mot chargé de cette histoire, mais en déplace radicalement le sens : ce ṭāʾir n’est plus un présage extérieur tiré du vol d’un oiseau, mais ce qui est attaché « à son cou » — c’est-à-dire, comme le confirment les deux versets suivants (l’ordre de lire son propre livre, le principe qu’on ne se guide ou ne s’égare que pour soi-même), le registre de ses propres actes, dont chacun demeure individuellement responsable. Aucun mot français à un seul terme ne porte à la fois l’image du sort/de la part échue et ce déplacement précis vers la responsabilité individuelle — ce Bloc conserve donc ṭāʾir en translittération, glosé dans la traduction par « son sort, l’empreinte de ses actes ».

S.17:13
وَكُلَّ إِنْسَانٍ أَلْزَمْنَاهُ طَائِرَهُ فِي عُنُقِهِ ۖ وَنُخْرِجُ لَهُ يَوْمَ الْقِيَامَةِ كِتَابًا يَلْقَاهُ مَنْشُورًا
Wa-kulla insānin alzamnāhu ṭāʾirahu fī ʿunuqihi wa-nukhriju lahu yawma l-qiyāmati kitāban yalqāhu manshūrā Et à chaque humain, Nous avons attaché son ṭāʾir (son sort, l’empreinte de ses actes) à son cou (fī ʿunuqihi) — et Nous ferons sortir pour lui, au Jour de la Résurrection, un livre qu’il trouvera déployé (manshūrā).
Notes lexicales
ṭāʾirahu fī ʿunuqihi
voir le callout dédié ci-dessus. Dit : ce qui est attaché n'est confié à aucun intermédiaire ni tiré d'aucun signe extérieur — il est fixé « à son cou », c'est-à-dire porté par la personne elle-même, en continuité directe avec le principe posé en S17:15 (ce Bloc).
kitāban yalqāhu manshūrā
racine *n-sh-r* : déployer, étaler — le livre trouvé grand ouvert, sans dissimulation.

S.17:14 · Lis ton livre — toi-même, ton propre comptable

S.17:14
اقْرَأْ كِتَابَكَ كَفَىٰ بِنَفْسِكَ الْيَوْمَ عَلَيْكَ حَسِيبًا
Iqraʾ kitābaka kafā bi-nafsika l-yawma ʿalayka ḥasībā Lis ton livre (kitābaka) — il te suffit, aujourd’hui, d’être toi-même ton propre comptable (ḥasībā).
Notes lexicales
ḥasībā
racine *ḥ-s-b* : compter, tenir un compte exact — ici appliqué à l'humain lui-même comme comptable de son propre livre, non à Allaah (dont cette même racine, sous une autre forme, qualifiera ailleurs dans le corpus la promptitude de la rétribution).

S.17:15 · Nul ne porte le fardeau d’un autre — nul châtiment sans rasūl envoyé

S.17:15
مَنِ اهْتَدَىٰ فَإِنَّمَا يَهْتَدِي لِنَفْسِهِ ۖ وَمَنْ ضَلَّ فَإِنَّمَا يَضِلُّ عَلَيْهَا ۚ وَلَا تَزِرُ وَازِرَةٌ وِزْرَ أُخْرَىٰ ۗ وَمَا كُنَّا مُعَذِّبِينَ حَتَّىٰ نَبْعَثَ رَسُولًا
Mani htadā fa-innamā yahtadī li-nafsihi wa-man ḍalla fa-innamā yaḍillu ʿalayhā wa-lā taziru wāziratun wizra ukhrā wa-mā kunnā muʿadhdhibīna ḥattā nabʿatha rasūlā Qui se guide (ihtadā) ne se guide que pour lui-même, et qui s’égare (ḍalla) ne s’égare que contre lui-même — et nulle âme chargée (wāzira) ne porte le fardeau (wizr) d’une autre — et Nous ne châtions (muʿadhdhibīna) qu’après avoir envoyé un rasūl.
Notes lexicales
wa-lā taziru wāziratun wizra ukhrā
racine *w-z-r* : porter une charge, un fardeau — formule reprise mot pour mot de S6:164. Principe de responsabilité strictement individuelle, en cohérence directe avec S17:7 et avec le *ṭāʾir* attaché au cou de chacun (S17:13).
wa-mā kunnā muʿadhdhibīna ḥattā nabʿatha rasūlā
Dit : le texte pose ici un principe explicite — nul châtiment n'est infligé avant qu'un rasūl n'ait été envoyé pour avertir. Non-dit : ce seul verset ne précise pas les modalités de cet envoi pour chaque peuple ou chaque époque — question qui déborde le périmètre de ce seul verset.

La cité détruite, la préférence entre cette vie et l’Ākhira · S17:16–21

S.17:16 · La cité détruite après l’ordre donné à ses gens aisés

Crux lexical — S17:16, amarnā. Racine ʾ-m-r. Sens premier, de loin le plus courant : ordonner, commander. Ibn Fāris (Maqāyīs al-Lugha) atteste cependant un second sens de cette même racine, moins fréquent mais lexicalement distinct : devenir nombreux, se multiplier, prospérer en abondance (d’où des expressions comme amira l-qawm, « le peuple s’est multiplié »). La construction du verset laisse ce complément elliptique (« Nous avons amarnā ses gens aisés » — sans préciser, si l’on retient le premier sens, ce qui leur fut ordonné), ce qui a conduit une partie des lexicographes et exégètes à envisager les deux lectures : (1) Nous avons commandé à ses gens aisés [d’obéir], mais ils ont transgressé (fa-fasaqū) au lieu d’obéir ; (2) Nous avons fait prospérer et multiplié ses gens aisés, et [dans cette abondance même] ils ont transgressé. Les deux lectures convergent sur le même constat central — la transgression des gens aisés précède et motive la destruction de la cité — sans que ce seul verset ne permette de trancher entre elles. Ce Bloc retient la première lecture dans le corps de la traduction, en signalant explicitement la seconde.

S.17:16
وَإِذَا أَرَدْنَا أَنْ نُهْلِكَ قَرْيَةً أَمَرْنَا مُتْرَفِيهَا فَفَسَقُوا فِيهَا فَحَقَّ عَلَيْهَا الْقَوْلُ فَدَمَّرْنَاهَا تَدْمِيرًا
Wa-idhā aradnā an nuhlika qaryatan amarnā mutrafīhā fa-fasaqū fīhā fa-ḥaqqa ʿalayhā l-qawlu fa-dammarnāhā tadmīrā Et quand Nous voulons faire périr une cité (qarya), Nous ordonnons à ses gens aisés (mutrafīhā) — mais ils y transgressent (fa-fasaqū) — alors la Parole (al-qawl) s’avère fondée contre elle, et Nous la détruisons alors totalement (tadmīrā).
Notes lexicales
amarnā mutrafīhā
voir le callout dédié ci-dessus. *Mutraf* : racine *t-r-f*, celui à qui l'aisance matérielle a été donnée en abondance.
fa-ḥaqqa ʿalayhā l-qawlu
Non-dit : ce seul verset ne nomme aucune cité précise — comme en S16:112 (la parabole d'une cité sans identification nommée), aucune identification extérieure n'est importée ici.

S.17:17 · Combien de générations détruites après Nūḥ

S.17:17
وَكَمْ أَهْلَكْنَا مِنَ الْقُرُونِ مِنْ بَعْدِ نُوحٍ ۗ وَكَفَىٰ بِرَبِّكَ بِذُنُوبِ عِبَادِهِ خَبِيرًا بَصِيرًا
Wa-kam ahlaknā mina l-qurūni min baʿdi nūḥin wa-kafā bi-rabbika bi-dhunūbi ʿibādihi khabīran baṣīrā Et combien de générations (qurūn) avons-Nous fait périr après Nūḥ ! Il suffit que ton Rabb soit, des péchés (dhunūb) de Ses ʿibād, empreint de pleine connaissance et de pleine vue (khabīran baṣīrā).
Notes lexicales
khabīran baṣīrā
ce que l'on peut dire d'Allaah, conservé en translittération — la pleine connaissance intime (*khabīr*) et la pleine vue (*baṣīr*), couple voisin de *as-samīʿu l-baṣīr* en S17:1.

S.17:18 · Qui veut la vie immédiate — Jahannam au bout

S.17:18
مَنْ كَانَ يُرِيدُ الْعَاجِلَةَ عَجَّلْنَا لَهُ فِيهَا مَا نَشَاءُ لِمَنْ نُرِيدُ ثُمَّ جَعَلْنَا لَهُ جَهَنَّمَ يَصْلَاهَا مَذْمُومًا مَدْحُورًا
Man kāna yurīdu l-ʿājilata ʿajjalnā lahu fīhā mā nashāʾu li-man nurīdu thumma jaʿalnā lahu jahannama yaṣlāhā madhmūman madḥūrā Qui veut la [vie] immédiate (al-ʿājila), Nous lui hâtons (ʿajjalnā), dans cette vie, ce que Nous voulons pour qui Nous voulons — puis Nous lui destinons Jahannam, où il brûlera (yaṣlāhā), blâmé (madhmūmā) et repoussé (madḥūrā).
Notes lexicales
al-ʿājilata ... ʿajjalnā
même racine *ʿ-j-l* que *ʿajūlā* (S17:11) : ce qui est immédiat, sans délai — appliqué ici non plus au trait de caractère humain, mais à la vie d'ici-bas elle-même, désignée par son caractère pressé et transitoire.
mā nashāʾu li-man nurīdu
Dit : le texte précise que cet octroi immédiat n'est ni automatique ni universel — il reste soumis à ce qu'Allaah veut, pour qui Il veut, non un droit acquis par le seul désir de la vie immédiate.

S.17:19 · Qui veut l’Ākhira et s’y efforce en muʾmin

S.17:19
وَمَنْ أَرَادَ الْآخِرَةَ وَسَعَىٰ لَهَا سَعْيَهَا وَهُوَ مُؤْمِنٌ فَأُولَٰئِكَ كَانَ سَعْيُهُمْ مَشْكُورًا
Wa-man arāda l-ākhirata wa-saʿā lahā saʿyahā wa-huwa muʾminun fa-ulāʾika kāna saʿyuhum mashkūrā Et qui veut l’Ākhira et s’y efforce (saʿā … saʿyahā) comme il se doit, tout en étant muʾmin — ceux-là, leur effort trouve reconnaissance (mashkūrā).
Notes lexicales
mashkūrā
même racine *sh-k-r* que *shakūrā* (S17:3) — ici à la forme passive : l'effort humain qui, loin d'être perdu, trouve une reconnaissance de la part d'Allaah.

S.17:20 · Le don de ton Rabb, jamais retenu, pour tous

S.17:20
كُلًّا نُمِدُّ هَٰؤُلَاءِ وَهَٰؤُلَاءِ مِنْ عَطَاءِ رَبِّكَ ۚ وَمَا كَانَ عَطَاءُ رَبِّكَ مَحْظُورًا
Kullan numiddu hāʾulāʾi wa-hāʾulāʾi min ʿaṭāʾi rabbika wa-mā kāna ʿaṭāʾu rabbika maḥẓūrā À tous, Nous accordons un soutien (numiddu) — à ceux-ci et à ceux-là — du don (ʿaṭāʾ) de ton Rabb ; et le don de ton Rabb n’est jamais retenu (maḥẓūrā).
Notes lexicales
ʿaṭāʾu rabbika ... maḥẓūrā
racine *ḥ-ẓ-r* : interdire, restreindre, enclore. Dit : ce verset porte sur la subsistance et le soutien de cette vie d'ici-bas, accordés indistinctement à qui veut la vie immédiate (S17:18) et à qui veut l'Ākhira (S17:19) — un don qui n'est jamais fermé ni restreint dans cette vie, sans préjuger de la différence de rétribution posée au verset suivant.

S.17:21 · La préférence entre certains — l’Ākhira, plus grande en degrés

S.17:21
انْظُرْ كَيْفَ فَضَّلْنَا بَعْضَهُمْ عَلَىٰ بَعْضٍ ۚ وَلَلْآخِرَةُ أَكْبَرُ دَرَجَاتٍ وَأَكْبَرُ تَفْضِيلًا
Unẓur kayfa faḍḍalnā baʿḍahum ʿalā baʿḍin wa-la-l-ākhiratu akbaru darajātin wa-akbaru tafḍīlā Regarde comment Nous avons favorisé (faḍḍalnā) certains d’entre eux par rapport à d’autres — et l’Ākhira est assurément plus grande en degrés (darajāt) et plus grande en faveur (tafḍīl).

Ne pas placer, avec Allaah, un autre ilāh · S17:22

S.17:22 · Ne pas placer, avec Allaah, un autre ilāh

S.17:22
لَا تَجْعَلْ مَعَ اللَّهِ إِلَٰهًا آخَرَ فَتَقْعُدَ مَذْمُومًا مَخْذُولًا
Lā tajʿal maʿa llāhi ilāhan ākhara fa-taqʿuda madhmūman makhdhūlā Ne place pas, avec Allaah, un autre ilāh — tu te retrouverais assis (taqʿuda), blâmé (madhmūmā) et abandonné (makhdhūlā).
Notes lexicales
ilāhan ākhara
*ilāh*, conservé en translittération. Ce verset referme le premier grand ensemble de la sourate sur l'ordre le plus bref qu'il contienne — un avertissement contre le shirk qui reviendra, sous une formule presque identique, à la clôture de l'ensemble éthique suivant (S17:39).
makhdhūlā
racine *kh-dh-l* : abandonner, laisser sans secours celui qu'on aurait dû soutenir.

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