Structure du Bloc II — le grand passage éthique de la Sourate 17. Cinq ensembles, encadrés au début et à la fin par la même mise en garde contre le shirk (S17:22, fin du Bloc I ; S17:39, fin de ce Bloc). D’abord l’excellence (iḥsān) envers les deux parents, jusque dans leur vieillesse (S17:23–25). Puis le droit du proche, du nécessiteux et du voyageur, l’interdiction du gaspillage, et la juste mesure du don — ni la main fermée, ni la main grande ouverte (S17:26–30). Puis la vie protégée : les enfants qu’on ne tue pas par crainte de la pauvreté, la zinā écartée, le nafs qu’Allaah a rendu inviolable et la limite posée à la réparation d’un meurtre (S17:31–33). Puis le bien de l’orphelin, la tenue du pacte, la mesure et le poids exacts, la limite du savoir, et la marche sans arrogance sur la terre (S17:34–38). Enfin la clôture : tout ceci fait partie de la ḥikma révélée, et le rappel, presque mot pour mot, de ne placer aucun autre ilāh avec Allaah (S17:39).
Note de méthode — renvois. L’étude Les rapports aux parents traite déjà nommément S17:23–24 dans son inventaire des quatre versets où l’iḥsān bi-l-wālidayn est coordonné à la dévotion exclusive à Allaah (avec S2:83, S4:36, S6:151). Le grand passage éthique de S6:151–153 fournit le précédent presque mot pour mot pour l’iḥsān envers les parents, l’interdiction de tuer les enfants, la zinā implicitement recouverte par al-fawāḥish, l’inviolabilité du nafs, le bien de l’orphelin et la mesure/le poids exacts — ce Bloc signale chaque reprise et chaque écart de formulation à l’endroit voisin. L’étude Les rapports aux enfants et aux proches fournit, pour S11:46 (fa-lā tasʾalni mā laysa laka bihi ʿilm), le précédent presque identique de S17:36 (wa-lā taqfu mā laysa laka bihi ʿilm).
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.17:23 | Le décret : nulle adoration hors Allaah, l’excellence envers les parents |
| S.17:24 | Abaisser l’aile de la soumission humble, l’invocation pour les parents |
| S.17:25 | Votre Rabb sait mieux ce qu’il y a dans vos âmes |
| S.17:26 | Le droit du proche, du nécessiteux, du voyageur — ne pas gaspiller |
| S.17:27 | Les gaspilleurs, frères des shayāṭīn |
| S.17:28 | S’écarter en quête d’une raḥma à venir — la parole aisée |
| S.17:29 | Ni la main enchaînée, ni la main grande ouverte |
| S.17:30 | Ton Rabb étend le rizq et le mesure comme Il veut |
| S.17:31 | Ne pas tuer les enfants par crainte de la pauvreté |
| S.17:32 | Ne pas approcher la zinā |
| S.17:33 | Le nafs rendu inviolable, l’autorité donnée au walī, la limite à ne pas dépasser |
| S.17:34 | Le bien de l’orphelin, la tenue du pacte |
| S.17:35 | La pleine mesure, la balance rigoureusement exacte |
| S.17:36 | Ne pas poursuivre ce dont on n’a pas de science |
| S.17:37 | Ne pas marcher sur la terre avec une insolence triomphante |
| S.17:38 | Tout cela, son mal est rejeté auprès de ton Rabb |
| S.17:39 | La ḥikma révélée — ne pas placer, avec Allaah, un autre ilāh |
L’excellence envers les parents · S17:23–25
S.17:23 · Le décret : nulle adoration hors Allaah, l’excellence envers les parents
Point de méthode — S17:23, qaḍā : un second emploi de la racine, au sens normatif. Ibn Fāris (Maqāyīs al-Lugha) : la racine q-ḍ-y porte l’idée d’un aboutissement, d’une chose menée à son terme et rendue certaine — vue en S17:4 au sens d’une annonce rendue certaine par avance (le double fasād des Banū Isrāʾīl). Ici, le même verbe porte un second emploi, non moins attesté par les lexicographes : un décret normatif, un ordre arrêté et rendu contraignant (« Nous avons décrété que vous ne rendrez votre adoration qu’à Lui »). Les deux emplois relèvent de la même racine et du même sens fondamental (rendre certain, mener à son terme) — l’un informatif (ce qui adviendra), l’autre prescriptif (ce qui doit être).
- al-wālidayn ... iḥsānā
- racine *w-l-d* (les deux géniteurs) et racine *ḥ-s-n* (l'excellence, le fait de bien agir) : voir l'étude Les rapports aux parents, qui traite ce verset (avec S2:83, S4:36, S6:151) comme le quatrième des passages où l'*iḥsān* envers les parents est coordonné à la dévotion exclusive à Allaah.
- uffin
- interjection figée, le degré le plus faible de l'expression d'un agacement — le texte l'interdit précisément parce qu'elle est le degré le plus faible : *a fortiori* toute parole plus dure.
- tanharhumā
- racine *n-h-r* : repousser durement, rabrouer par la voix.
- qawlan karīmā
- racine *k-r-m* : une parole empreinte de noblesse, de générosité de ton.
S.17:24 · Abaisser l’aile de la soumission humble, l’invocation pour les parents
- janāḥa dh-dhulli
- image empruntée à l'oiseau qui abaisse son aile. *Dhull* (racine *dh-l-l*) : ici une humilité volontaire, mue par la *raḥma* — à distinguer nettement de la même racine employée ailleurs dans un sens de rétribution négative (*dhillatun fi l-ḥayāti d-dunyā*, S7:152) : le texte emploie un même mot pour un abaissement choisi envers ses parents et pour un avilissement subi comme châtiment, deux registres opposés.
- rabbayānī
- racine *r-b-b*, même racine que *Rabb* — ici au sens ordinaire d'élever, de prendre soin d'un enfant jusqu'à sa croissance, appliqué aux deux parents.
S.17:25 · Votre Rabb sait mieux ce qu’il y a dans vos âmes
- al-awwābīn
- racine *ʾ-w-b* : revenir, retourner — la même racine que le nom *at-Tawwāb* réservé à Allaah (ce que l'on peut dire de Lui ; voir S2:37/54/128 : « Ce qui accueille sans cesse le retour »). Ici, la même racine qualifie des humains — ceux qui reviennent sans cesse vers Allaah — sans qu'il s'agisse du Nom d'Allaah lui-même : un être humain peut être *awwāb* (celui qui revient), Allaah seul est *at-Tawwāb* (Ce qui accueille le retour).
- ghafūr
- ce que l'on peut dire d'Allaah, conservé en translittération.
Le proche, le nécessiteux, la juste mesure du don · S17:26–30
S.17:26 · Le droit du proche, du nécessiteux, du voyageur — ne pas gaspiller
- dhā l-qurbā ... al-miskīn ... ibn as-sabīl
- triade que l'on retrouve en S2:177, S4:36, S8:41 : le proche par le lien, le nécessiteux, et le voyageur démuni.
- tubadhdhir tabdhīrā
- racine *b-dh-r* : disperser sans discernement, comme on disperserait une semence au hasard — distincte de *isrāf* (l'excès, voir S17:33) : le *tabdhīr* vise spécifiquement la dépense dénuée de toute juste mesure ou destination.
S.17:27 · Les gaspilleurs, frères des shayāṭīn
- kafūrā
- racine *k-f-r*, forme intensive : un rejet obstiné et répété — appliqué ici au shayṭān envers son Rabb, en écho à son refus dans les récits de la création d'Ādam (voir S15:26–48). Non-dit : ce seul verset ne développe pas la nature exacte de ce rejet — voir le récit dédié pour le détail de l'épisode.
S.17:28 · S’écarter en quête d’une raḥma à venir — la parole aisée
- tuʿriḍanna ... tarjūhā
- Non-dit : ce seul verset ne précise pas la situation concrète visée — l'écart le plus souvent envisagé par les lexicographes est celui où l'on manque, momentanément, des moyens de donner au proche/au nécessiteux/au voyageur (S17:26), et où l'on attend une aisance à venir de la part d'Allaah ; ce Bloc retient cette lecture par cohérence de contexte, sans qu'elle soit rendue explicite par le seul verset.
- qawlan maysūrā
- racine *y-s-r* : ce qui est aisé, sans dureté — en écho de forme avec *qawlan karīmā* (S17:23) : une parole qui ne blesse pas, même quand le don matériel n'est pas possible dans l'instant.
S.17:29 · Ni la main enchaînée, ni la main grande ouverte
Point de méthode — S17:29, un vocabulaire partagé avec S5:64, mais un référent entièrement distinct. Ce verset emploie la même racine gh-l-l (enchaîner, fermer) et le même verbe basaṭa (étendre) que la prétention rapportée en S5:64 (« la main d’Allaah serait maghlūla, enchaînée » — prétention réfutée par le texte lui-même : « Ses deux mains sont grandes ouvertes »). Ici, le référent est entièrement différent : il ne s’agit pas d’un propos sur Allaah, mais d’une image adressée à l’humain sur sa propre main — un idiome ordinaire de l’avarice (la main enchaînée à son cou) et de la prodigalité (la main tout entière ouverte). Ce Bloc signale ce partage de vocabulaire sans rapprocher les deux emplois.
- maghlūlatan ... kulla l-basṭ
- voir le callout dédié ci-dessus. Dit : le texte pose deux excès symétriques — l'avarice totale (la main fermée au point d'être comme enchaînée) et la prodigalité totale (la main entièrement ouverte, sans aucune retenue) — sans légiférer de mesure chiffrée entre les deux.
- maḥsūrā
- racine *ḥ-s-r* : être dépouillé, réduit à rien, comme une monture épuisée qui n'avance plus.
S.17:30 · Ton Rabb étend le rizq et le mesure comme Il veut
- yabsuṭu ... wa-yaqdiru
- même verbe *basaṭa* qu'en S17:29, mais appliqué ici à Allaah étendant le rizq — sans connotation spatiale (il ne s'agit pas d'une main déployée dans un lieu, mais de l'abondance ou de la mesure accordée). *Yaqdiru*, racine *q-d-r* : mesurer strictement, donner à mesure.
- khabīran baṣīrā
- voir S17:1 et S17:17 (Bloc I).
La vie protégée : enfants, zinā, nafs inviolable · S17:31–33
S.17:31 · Ne pas tuer les enfants par crainte de la pauvreté
Point de méthode — S17:31, khashyata imlāq : une troisième nuance de mobile, distincte de S6:140 et de S6:151. Le grand passage éthique de la Sourate 6 distingue deux mobiles de l’infanticide condamné dans le corpus : la légèreté d’esprit sans savoir (safahan bi-ghayri ʿilm, S6:140) et la pauvreté déjà là (min imlāqin, S6:151, littéralement « à partir de » la pauvreté). Ce verset introduit un troisième mobile, lexicalement distinct : khashyata imlāq, « par crainte » de la pauvreté — une pauvreté anticipée, redoutée, non encore advenue (racine kh-sh-y, l’appréhension d’un mal futur). Le texte condamne ainsi, dans deux passages voisins de deux sourates différentes, aussi bien l’acte motivé par un dénuement déjà survenu que celui motivé par la seule crainte d’un dénuement à venir.
- khashyata imlāq
- voir le callout dédié ci-dessus. *Imlāq* : racine *m-l-q* (voir S6:151) — la pauvreté extrême, le dénuement.
- khiṭʾan kabīrā
- racine *kh-ṭ-ʾ* : la faute, l'écart commis — distincte de *dhanb* et de *ithm*, insistant davantage sur l'errance par rapport à ce qui est droit.
S.17:32 · Ne pas approcher la zinā
- z-zinā
- aucun mot français à un seul terme ne recouvre exactement le champ de cette racine (les rapports sexuels hors du cadre légitime, sans le distinguo français entre « adultère » — qui suppose un des deux liés par le mariage — et « fornication ») : ce Bloc conserve donc *zinā* en translittération, glosé à sa première occurrence. Non-dit : ce seul verset interdit et qualifie l'acte (une *fāḥisha*, un mauvais chemin) sans énoncer de peine — la question de la peine relève d'autres passages du corpus, hors du périmètre de ce seul verset.
- fāḥisha
- voir *al-fawāḥish*, S6:151 : le fait grave, la turpitude — ici au singulier, appliqué spécifiquement à la *zinā*.
S.17:33 · Le nafs rendu inviolable, l’autorité donnée au walī, la limite à ne pas dépasser
Point de méthode, prudence de lecture — S17:33, le sulṭān du walī et le référent du pronom final. Dit : le texte pose l’inviolabilité du nafs (formule reprise mot pour mot de S6:151), sauf en toute légitimité (bi-l-ḥaqq) — puis, pour le cas où un nafs est tué injustement (maẓlūmā), accorde à son walī (son proche, son ayant droit) une sulṭān : une autorité, un titre à agir. Non-dit : la nature exacte de cette sulṭān (réclamer la mise à mort du responsable, une compensation, ou l’une ou l’autre selon les cas) n’est pas détaillée par ce seul verset — le principe du qiṣāṣ proportionné et de la possibilité d’un pardon moyennant compensation, posé en S2:178, éclaire ce même terrain sans que ce verset-ci n’en reprenne les termes techniques. Ce Bloc n’importe donc pas cette élaboration dans la traduction de ce seul verset. Second point : le pronom de clôture (innahu kāna manṣūrā, « il est assurément soutenu ») a pour antécédent grammatical le plus proche waliyyihi (le walī, appuyé par cette autorité) — lecture retenue par ce Bloc — mais une partie des grammairiens classiques a envisagé un second antécédent possible, le maqtūl (la victime elle-même, dont la mémoire ou la cause serait soutenue) : les deux lectures sont signalées, sans que ce seul verset ne permette de trancher entre elles avec certitude.
- lā taqtulū n-nafsa llatī ḥarrama llāhu illā bi-l-ḥaqq
- formule reprise mot pour mot de S6:151.
- waliyyihi ... sulṭānan ... lā yusrif
- voir le callout dédié ci-dessus. *Isrāf* (racine *s-r-f*) : l'excès, le dépassement de la juste mesure — distinct du *tabdhīr* (S17:26–27), qui vise spécifiquement la dispersion des biens.
Le bien de l’orphelin, le pacte, la mesure exacte · S17:34–38
S.17:34 · Le bien de l’orphelin, la tenue du pacte
- māla l-yatīmi ... ashuddahu
- formule reprise de S6:152 (voir aussi S18:82) : *ashudd*, la pleine maturité, non un âge calendaire fixe.
- awfū bi-l-ʿahdi ... masʾūlā
- pour la tenue du pacte, voir S6:152 (*wa-bi-ʿahdi llāhi awfū*) et S16:91. Non-dit : ce verset généralise à « le pacte » sans le restreindre nommément au pacte envers Allaah — portée qui semble ici couvrir tout engagement contracté, sans que ce seul verset ne le précise expressément.
S.17:35 · La pleine mesure, la balance rigoureusement exacte
- al-kayl ... al-qisṭās
- voir *al-kayl wa-l-mīzān bi-l-qisṭ* (S6:152) et *al-mikyāl wa-l-mīzān* (S7:85, cité dans l'étude Le fasād et les mufsidūn). *Qisṭās*, de la même famille sémantique que *qisṭ* (l'équité) : une balance dont l'exactitude est elle-même qualifiée de droite (*mustaqīm*).
- aḥsanu taʾwīlā
- racine *ʾ-w-l*, qui porte, en S10:39 (à propos du *mutashābih*), le sens d'interprétation (*taʾwīl*) — ici un second sens attesté de la même racine : l'issue, l'aboutissement final d'une action, non son interprétation.
S.17:36 · Ne pas poursuivre ce dont on n’a pas de science
- lā taqfu mā laysa laka bihi ʿilm
- racine *q-f-w* : suivre la trace, emboîter le pas — précédent presque identique cité dans l'étude Les rapports aux enfants et aux proches, à propos de S11:46 (*fa-lā tasʾalni mā laysa laka bihi ʿilm*) : même principe, ne pas s'avancer sur ce dont on n'a pas de savoir.
- al-fuʾād
- racine *f-ʾ-d* : Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) rattache cette racine à l'idée d'embrasement, d'agitation intérieure — distincte de *qalb* (le cœur comme ce qui se retourne), insistant davantage sur le registre affectif et passionnel du cœur.
S.17:37 · Ne pas marcher sur la terre avec une insolence triomphante
- maraḥan
- racine *m-r-ḥ* : une exultation qui verse dans l'orgueil et le triomphalisme de la démarche.
S.17:38 · Tout cela, son mal est rejeté auprès de ton Rabb
- makrūhā
- racine *k-r-h* : ce qui est rejeté, tenu pour inacceptable — participe passif qualifiant ici le caractère (*sayyiʾ*, le mal) de l'ensemble des manquements énumérés depuis S17:23, non un affect prêté à Allaah. Rendu par « rejetée » plutôt que « détestée » pour écarter toute passion humaine : une qualification normative de ce qui est rejeté par la loi qu'Il pose (même prudence pour *kariha* en S9:46/81).
Clôture — la ḥikma révélée, le rappel contre le shirk · S17:39
S.17:39 · La ḥikma révélée — ne pas placer, avec Allaah, un autre ilāh
- al-ḥikma
- racine *ḥ-k-m* (voir *al-kitābi l-ḥakīm*, S10:1 ; *al-ḥikma*, S16:125) — ici l'ensemble du contenu éthique de S17:23–37 est qualifié rétrospectivement de *ḥikma*.
- lā tajʿal maʿa llāhi ilāhan ākhara ... madḥūrā
- Note de structure : cette clause reprend, presque mot pour mot, la clôture du premier ensemble de la sourate (S17:22 : « *lā tajʿal maʿa llāhi ilāhan ākhara fa-taqʿuda madhmūman makhdhūlā* ») — une inclusio qui encadre tout le grand passage éthique entre deux mêmes mises en garde contre le shirk. Le participe final diffère cependant : *makhdhūlā* (abandonné sans secours, S17:22) devient ici *madḥūrā* (repoussé, chassé) — deux nuances distinctes du rejet, que ce Bloc signale sans les confondre.