Structure du Bloc III. Neuf ensembles. D’abord la question rhétorique sur les fils attribués aux hommes et les filles attribuées à Allaah, et la réfutation logique de tout ilāh rival — s’il en existait, il chercherait lui-même un chemin vers Ce qui détient le ʿArsh — refermée sur la tasbīḥ universelle des sept cieux (S17:40–44). Puis le ḥijāb posé entre le nabī et qui ne croit pas en l’Ākhira, les voiles sur les cœurs et l’alourdissement des oreilles, et l’accusation d’ensorcellement (S17:45–48). Puis la moquerie envers la résurrection et la réponse par l’analogie de la création première (S17:49–52). Puis l’ordre de dire ce qui est meilleur, le Rabb qui connaît mieux que quiconque, et le refus du statut de wakīl pour le nabī (S17:53–55). Puis l’impuissance de ce qu’on invoque en dehors d’Allaah, et ceux-là mêmes qui recherchent, vers leur propre Rabb, le moyen de rapprochement (S17:56–58). Puis les signes refusés depuis les Anciens, la chamelle de Thamūd, la vision montrée au nabī et l’arbre maudit du Qurʾān (S17:59–60). Puis le récit d’Iblīs — son refus, sa demande de délai, le programme qu’il déclare, et la limite stricte de son pouvoir (S17:61–65). Puis les bienfaits de la mer, l’appel exclusif en détresse suivi de l’oubli sur la terre ferme, et les menaces d’engloutissement, de tempête et de naufrage (S17:66–69). Enfin l’honneur accordé aux fils d’Ādam, qui clôt ce Bloc (S17:70).

Note de méthode — renvois. Le ḥijāb, les akinna et le waqr (S17:45–46) reprennent, presque mot pour mot, S6:25. Le refus du statut de wakīl pour le nabī (S17:54, S17:65) prolonge S17:2. Al-wasīla (S17:57) renvoie à S5:35, où cette racine était déjà annoncée. Le récit d’Iblīs (S17:61–65) a deux parallèles (S7:11–18 ; S15:26–44) : ce que le texte rapporte comme la parole d’Iblīs n’est jamais une affirmation narrative validée par Allaah Lui-même. Faḍḍalnā baʿḍa n-nabiyyīna ʿalā baʿḍin (S17:55) renvoie à S2:253. Subḥānahu … taʿālā (S17:43) suit le rendu de S2:32 et S16:1 (« dégagé de toute imperfection » / « transcende »), jamais un mot installant une connotation de lieu.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.17:40 Des fils pour vous, des filles pour Allaah ?
S.17:41 Le Qurʾān exposé sous des formes variées — la fuite accrue
S.17:42 S’il y avait d’autres āliha, ils chercheraient un chemin vers le Détenteur du ʿArsh
S.17:43 Il est dégagé de toute imperfection, et Il transcende ce qu’ils disent
S.17:44 La tasbīḥ universelle des sept cieux, de la terre, et de tout ce qui existe
S.17:45 Le ḥijāb invisible entre toi et qui ne croit pas en l’Ākhira
S.17:46 Les voiles sur les cœurs, l’alourdissement des oreilles, la fuite au dhikr exclusif
S.17:47 Nous savons mieux ce qu’ils écoutent — « un homme ensorcelé »
S.17:48 Les comparaisons qu’ils forment à ton sujet — l’égarement, l’absence de chemin
S.17:49 « Ossements et débris épars — vraiment ressuscités ? »
S.17:50 « Fussiez-vous pierre ou fer »
S.17:51 Ce qui vous a fait naître une première fois vous ramènera
S.17:52 Le jour où Il vous appellera — vous répondrez en Sa ḥamd
S.17:53 Dire ce qui est meilleur — le shayṭān sème la discorde
S.17:54 Votre Rabb vous connaît mieux — nul wakīl pour le nabī
S.17:55 Une faveur entre les nabiyyūn — Dāwūd et le Zabūr
S.17:56 Invoquer en dehors de Lui — nul pouvoir d’écarter le mal
S.17:57 Ceux qu’on invoque recherchent eux-mêmes le moyen de rapprochement
S.17:58 Nulle cité qui échappe — c’est consigné dans le Kitāb
S.17:59 Pourquoi pas de signes — la chamelle de Thamūd, un avertissement
S.17:60 La vision montrée, l’arbre maudit — une épreuve pour les gens
S.17:61 Prosternez-vous devant Ādam — Iblīs refuse
S.17:62 « Celui-ci que Tu as honoré plus que moi »
S.17:63 « Va — jahannam sera votre rétribution »
S.17:64 Le programme d’Iblīs — voix, cavalerie et infanterie, promesses vaines
S.17:65 Mes ʿibād — nulle emprise sur eux
S.17:66 Les vaisseaux sur la mer — Il est empreint de raḥma envers vous
S.17:67 L’appel exclusif en détresse, l’oubli sur la terre ferme
S.17:68 Vous sentez-vous à l’abri de l’engloutissement, de la tempête de pierres ?
S.17:69 Ou d’un vent destructeur et du naufrage, sans recours contre Nous ?
S.17:70 L’honneur accordé aux fils d’Ādam

Des fils, des filles, et l’unicité du ʿArsh · S17:40–44

S.17:40 · Des fils pour vous, des filles pour Allaah ?

S.17:40
أَفَأَصْفَاكُمْ رَبُّكُمْ بِالْبَنِينَ وَاتَّخَذَ مِنَ الْمَلَائِكَةِ إِنَاثًا ۚ إِنَّكُمْ لَتَقُولُونَ قَوْلًا عَظِيمًا
A-fa-aṣfākum rabbukum bi-l-banīna wa-ttakhadha mina l-malāʾikati ināthan innakum la-taqūlūna qawlan ʿaẓīmā Votre Rabb vous aurait-Il donc préférés (aṣfākum) avec des fils, et Se serait-Il pris (ittakhadha), parmi les malāʾika, des filles ? Vous dites certes là une parole immense (qawlan ʿaẓīmā).
Notes lexicales
aṣfākum
racine *ṣ-f-w* : choisir pour soi ce qu'il y a de plus pur, distinguer par une faveur exclusive. Le texte pose ici une question rhétorique fondée sur une prétention rapportée (des fils réservés aux hommes, des filles attribuées à Allaah), non sur une affirmation qu'il validerait.
wa-ttakhadha mina l-malāʾikati ināthan
même accusation qu'en S16:57 (« *yajʿalūna lillāhi l-banāti* »), formulée ici par un verbe distinct (*ittakhadha*, « se prendre »), sans écart de sens notable entre les deux formulations.

S.17:41 · Le Qurʾān exposé sous des formes variées — la fuite accrue

S.17:41
وَلَقَدْ صَرَّفْنَا فِي هَٰذَا الْقُرْآنِ لِيَذَّكَّرُوا وَمَا يَزِيدُهُمْ إِلَّا نُفُورًا
Wa-la-qad ṣarrafnā fī hādhā l-qurʾāni li-yadhdhakkarū wa-mā yazīduhum illā nufūrā Et Nous avons certes exposé (ṣarrafnā) [le rappel], dans ce Qurʾān, sous des formes variées, pour qu’ils se rappellent — mais cela ne fait qu’accroître en eux la fuite (nufūrā).
Notes lexicales
ṣarrafnā
racine *ṣ-r-f*, forme intensive : faire varier, tourner et retourner un même sens sous des présentations diverses — le mode même de composition nommé ailleurs dans le corpus (*taṣrīf al-āyāt*).
nufūrā
racine *n-f-r* : la fuite, l'aversion qui éloigne — reprise à l'identique en S17:46, où elle referme le même mouvement.

S.17:42 · S’il y avait d’autres āliha, ils chercheraient un chemin vers le Détenteur du ʿArsh

S.17:42
قُلْ لَوْ كَانَ مَعَهُ آلِهَةٌ كَمَا يَقُولُونَ إِذًا لَابْتَغَوْا إِلَىٰ ذِي الْعَرْشِ سَبِيلًا
Qul law kāna maʿahu ālihatun ka-mā yaqūlūna idhan la-btaghaw ilā dhī l-ʿarshi sabīlā Dis : « S’il y avait, avec Lui, d’autres āliha, comme ils le disent, ceux-là chercheraient alors certainement un chemin (sabīlā) vers Ce qui détient le ʿArsh (dhī l-ʿarsh). »
Notes lexicales
dhī l-ʿarshi
racine *ʿ-r-sh*, même terme que dans la formule *istiwāʾ ʿalā l-ʿarsh* (S7:54, S10:3, S11:7, S13:2) : le pouvoir suprême et ultime, non un lieu. Dit : ce verset pose un argument purement logique — si d'autres *āliha* existaient réellement, ils seraient eux-mêmes soumis à chercher l'accès au pouvoir suprême, ce qui les disqualifierait comme rivaux véritables. Non-dit : le mécanisme concret de cette « recherche d'un chemin » n'est pas détaillé — l'argument reste de nature rhétorique, une démonstration par l'absurde de l'inexistence de tout rival, non la description d'un événement.

S.17:43 · Il est dégagé de toute imperfection, et Il transcende ce qu’ils disent

Point de méthode — S17:43, ʿuluwwan kabīrā. Ce verset attache à la formule subḥānahu wa-taʿālā (voir S2:32 et S16:1 : « Il est dégagé de toute imperfection » / « Il transcende », jamais un mot de lieu) un complément d’intensité, ʿuluwwan kabīrā (« d’une transcendance immense »), construit sur la même racine ʿ-l-w que taʿālā lui-même. Cette construction (un nom d’action à l’accusatif qui qualifie le verbe qui le précède) porte sur l’intensité même du dépassement affirmé, non sur une position spatiale qu’Allaah occuperait : elle amplifie le verbe taʿālā, elle ne lui ajoute pas un lieu. Cohérence intra-coranique, par contraste : la même expression exacte, ʿuluwwan kabīrā, qualifie en S17:4 l’arrogance humaine des Banū Isrāʾīl — un emploi entièrement différent, humain et ordinaire, sans rapport avec cet emploi-ci appliqué au dépassement propre à Allaah.

S.17:43
سُبْحَانَهُ وَتَعَالَىٰ عَمَّا يَقُولُونَ عُلُوًّا كَبِيرًا
Subḥānahu wa-taʿālā ʿammā yaqūlūna ʿuluwwan kabīrā Il est dégagé de toute imperfection (subḥānahu), et Il transcende (taʿālā), d’une transcendance immense (ʿuluwwan kabīrā), ce qu’ils disent.
Notes lexicales
subḥānahu … taʿālā
voir le callout ci-dessus, ainsi que S2:32 et S16:1.

S.17:44 · La tasbīḥ universelle des sept cieux, de la terre, et de tout ce qui existe

S.17:44
تُسَبِّحُ لَهُ السَّمَاوَاتُ السَّبْعُ وَالْأَرْضُ وَمَنْ فِيهِنَّ ۚ وَإِنْ مِنْ شَيْءٍ إِلَّا يُسَبِّحُ بِحَمْدِهِ وَلَٰكِنْ لَا تَفْقَهُونَ تَسْبِيحَهُمْ ۗ إِنَّهُ كَانَ حَلِيمًا غَفُورًا
Tusabbiḥu lahu s-samāwātu s-sabʿu wa-l-arḍu wa-man fīhinna wa-in min shayʾin illā yusabbiḥu bi-ḥamdihi wa-lākin lā tafqahūna tasbīḥahum innahu kāna ḥalīman ghafūrā Les sept cieux accomplissent pour Lui la tasbīḥ, ainsi que la terre et ce qui s’y trouve — et il n’est nulle chose qui n’accomplisse la tasbīḥ dans Sa ḥamd — mais vous ne saisissez pas (lā tafqahūna) leur tasbīḥ. Il est certes Ḥalīm, Ghafūr.
Notes lexicales
tusabbiḥu … tasbīḥahum
même mouvement que *subḥānahu* (S17:43), défini en S2:32 (nager, se mouvoir librement, sans entrave) — ici à la forme verbale accomplie par toute chose créée. Dit : le texte affirme, sans exception (« il n'est nulle chose »), que chaque élément de la création accomplit ce mouvement dans la *ḥamd* d'Allaah. Non-dit : la modalité exacte de cette *tasbīḥ* universelle — verbale, structurelle, ou d'une autre nature — n'est pas précisée ; le texte affirme seulement qu'elle échappe à la saisie humaine (*lā tafqahūna*, racine *f-q-h*, comprendre en profondeur, reprise en S17:46).
ḥalīman ghafūrā
ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah, conservés en translittération. *Ḥalīm*, racine *ḥ-l-m* : la retenue face à ce qui pourrait appeler une réaction immédiate. *Ghafūr*, racine *gh-f-r* : Ce qui pardonne sans cesse.

Le ḥijāb, les akinna et le waqr · S17:45–48

S.17:45 · Le ḥijāb invisible entre toi et qui ne croit pas en l’Ākhira

S.17:45
وَإِذَا قَرَأْتَ الْقُرْآنَ جَعَلْنَا بَيْنَكَ وَبَيْنَ الَّذِينَ لَا يُؤْمِنُونَ بِالْآخِرَةِ حِجَابًا مَسْتُورًا
Wa-idhā qaraʾta l-qurʾāna jaʿalnā baynaka wa-bayna lladhīna lā yuʾminūna bi-l-ākhirati ḥijāban mastūrā Et quand tu récites le Qurʾān, Nous plaçons entre toi et ceux qui ne croient pas en l’Ākhira un voile (ḥijāb) qui se dérobe à eux (mastūrā).
Notes lexicales
ḥijāban
racine *ḥ-j-b* : ce qui fait obstacle à l'accès, un écran qui sépare.
mastūrā
racine *s-t-r* : ce qui est caché, dérobé au regard. Deux lectures lexicographiques attestées, non tranchées : (1) un voile qui les empêche eux-mêmes de comprendre, en écho direct aux *akinna* du verset suivant ; (2) un voile qui demeure lui-même invisible, dont ils ne perçoivent pas même l'existence. Les deux sont nommées, faute d'indication textuelle supplémentaire pour en écarter une.

S.17:46 · Les voiles sur les cœurs, l’alourdissement des oreilles, la fuite au dhikr exclusif

S.17:46
وَجَعَلْنَا عَلَىٰ قُلُوبِهِمْ أَكِنَّةً أَنْ يَفْقَهُوهُ وَفِي آذَانِهِمْ وَقْرًا ۚ وَإِذَا ذَكَرْتَ رَبَّكَ فِي الْقُرْآنِ وَحْدَهُ وَلَّوْا عَلَىٰ أَدْبَارِهِمْ نُفُورًا
Wa-jaʿalnā ʿalā qulūbihim akinnatan an yafqahūhu wa-fī ādhānihim waqran wa-idhā dhakarta rabbaka fi l-qurʾāni waḥdahu wallaw ʿalā adbārihim nufūrā Et Nous avons placé sur leurs cœurs des voiles (akinnatan) qui les empêchent de le comprendre (yafqahūhu), et dans leurs oreilles un alourdissement (waqrā) — et quand tu évoques ton Rabb dans le Qurʾān, Lui seul (waḥdahu), ils tournent le dos (wallaw ʿalā adbārihim) en fuyant (nufūrā).
Notes lexicales
akinnatan … waqran
formulation quasi identique à S6:25 : *akinna*, pluriel de *kinān* (racine *k-n-n*), ce qui couvre et dissimule ; *waqr*, racine *w-q-r*, la lourdeur qui alourdit l'oreille jusqu'à la surdité.
waḥdahu
racine *w-ḥ-d*, « Lui seul ». Dit : le texte précise que c'est l'évocation exclusive du Rabb — non l'évocation en général, aux côtés d'autres objets de culte — qui déclenche la fuite : c'est le *tawḥīd* lui-même, non le simple rappel, qui provoque ce rejet.
nufūrā
même terme qu'en S17:41 — reprise à l'identique, qui referme ce sous-ensemble sur le même constat.

S.17:47 · Nous savons mieux ce qu’ils écoutent — « un homme ensorcelé »

S.17:47
نَحْنُ أَعْلَمُ بِمَا يَسْتَمِعُونَ بِهِ إِذْ يَسْتَمِعُونَ إِلَيْكَ وَإِذْ هُمْ نَجْوَىٰ إِذْ يَقُولُ الظَّالِمُونَ إِنْ تَتَّبِعُونَ إِلَّا رَجُلًا مَسْحُورًا
Naḥnu aʿlamu bi-mā yastamiʿūna bihi idh yastamiʿūna ilayka wa-idh hum najwā idh yaqūlu ẓ-ẓālimūna in tattabiʿūna illā rajulan masḥūrā Nous savons mieux (naḥnu aʿlamu) ce qu’ils écoutent, quand ils t’écoutent, et quand ils sont en concertation secrète (najwā) — quand les ẓālimūn disent : « Vous ne suivez qu’un homme ensorcelé (rajulan masḥūrā). »
Notes lexicales
najwā
racine *n-j-w* : le conciliabule tenu à l'écart, la concertation secrète.
rajulan masḥūrā
racine *s-ḥ-r*, victime d'un sortilège — Dit : c'est là une accusation rapportée telle quelle, prononcée par les *ẓālimūn* eux-mêmes, non une affirmation que le texte validerait.

S.17:48 · Les comparaisons qu’ils forment à ton sujet

S.17:48
انْظُرْ كَيْفَ ضَرَبُوا لَكَ الْأَمْثَالَ فَضَلُّوا فَلَا يَسْتَطِيعُونَ سَبِيلًا
Unẓur kayfa ḍarabū laka l-amthāla fa-ḍallū fa-lā yastaṭīʿūna sabīlā Regarde comment ils ont formulé (ḍarabū) des comparaisons (al-amthāl) à ton sujet — ils s’en sont ainsi égarés (ḍallū), et ne peuvent plus trouver de chemin (sabīlā).
Notes lexicales
ḍarabū laka l-amthāla
même idiome que lorsqu'Allaah « forme » des comparaisons (*yaḍribu llāhu … al-amthāl*, S2:26) — ici, à l'inverse, ce sont les dénégateurs eux-mêmes qui forment des comparaisons fausses au sujet du *nabī* : un emploi humain et inversé du même verbe.

La moquerie envers la résurrection · S17:49–52

S.17:49 · « Ossements et débris épars — vraiment ressuscités ? »

S.17:49
وَقَالُوا أَإِذَا كُنَّا عِظَامًا وَرُفَاتًا أَإِنَّا لَمَبْعُوثُونَ خَلْقًا جَدِيدًا
Wa-qālū a-idhā kunnā ʿiẓāman wa-rufātan a-innā la-mabʿūthūna khalqan jadīdā Et ils dirent : « Quand nous serons ossements (ʿiẓāmā) et débris épars (rufātā), serons-nous vraiment ressuscités (la-mabʿūthūna) en une création nouvelle ? »
Notes lexicales
rufātā
racine *r-f-t* : la matière réduite en fragments, en poussière fine.

S.17:50–51 · « Fussiez-vous pierre ou fer » — Ce qui vous a fait naître une première fois vous ramènera

S.17:50
۞ قُلْ كُونُوا حِجَارَةً أَوْ حَدِيدًا
Qul kūnū ḥijāratan aw ḥadīdā Dis : « Fussiez-vous pierre (ḥijāra) ou fer (ḥadīd) —
S.17:51
أَوْ خَلْقًا مِمَّا يَكْبُرُ فِي صُدُورِكُمْ ۚ فَسَيَقُولُونَ مَنْ يُعِيدُنَا ۖ قُلِ الَّذِي فَطَرَكُمْ أَوَّلَ مَرَّةٍ ۚ فَسَيُنْغِضُونَ إِلَيْكَ رُءُوسَهُمْ وَيَقُولُونَ مَتَىٰ هُوَ ۖ قُلْ عَسَىٰ أَنْ يَكُونَ قَرِيبًا
Aw khalqan mimmā yakburu fī ṣudūrikum fa-sa-yaqūlūna man yuʿīdunā quli lladhī faṭarakum awwala marratin fa-sa-yunghiḍūna ilayka ruʾūsahum wa-yaqūlūna matā huwa qul ʿasā an yakūna qarībā — ou toute création qui vous paraît la plus inconcevable (yakburu fī ṣudūrikum) — » ils diront alors : « Qui nous ramènera ? » Dis : « Ce qui vous a fait naître à l’existence (faṭarakum) une première fois. » Ils secoueront alors la tête vers toi (fa-sa-yunghiḍūna ilayka ruʾūsahum) et diront : « Quand cela sera-t-il ? » Dis : « Il se peut que ce soit proche. »
Notes lexicales
yakburu fī ṣudūrikum
idiome qui rappelle *bi-dhāti ṣ-ṣudūr* (S5:7 : la poitrine comme siège de l'intériorité) : ce qui paraît, à l'esprit, le plus démesuré, le plus inconcevable — non une grandeur physique.
faṭarakum
voir S11:51 (« Ce qui m'a fait naître à l'existence ») — racine *f-ṭ-r*, l'origination première, par opposition à *khalaqa*.
fa-sa-yunghiḍūna ilayka ruʾūsahum
racine *n-gh-ḍ* : secouer la tête en signe d'incrédulité moqueuse — geste purement humain, sans rapport avec Allaah.
qul ʿasā an yakūna qarībā
Dit : le texte fait répondre le *nabī* par une simple possibilité de proximité, non par une date précise. Non-dit : le moment exact de la résurrection n'est pas donné par ce verset.

S.17:52 · Le jour où Il vous appellera

S.17:52
يَوْمَ يَدْعُوكُمْ فَتَسْتَجِيبُونَ بِحَمْدِهِ وَتَظُنُّونَ إِنْ لَبِثْتُمْ إِلَّا قَلِيلًا
Yawma yadʿūkum fa-tastajībūna bi-ḥamdihi wa-taẕunnūna in labithtum illā qalīlā Le jour où Il vous appellera, vous répondrez dans Sa ḥamd (bi-ḥamdihi) — et vous estimerez n’avoir demeuré [dans la mort] que peu de temps (illā qalīlā).
Notes lexicales
fa-tastajībūna bi-ḥamdihi
même *ḥamd* qu'en S1:2 — Dit : la réponse à l'appel se fait dans la *ḥamd*, non par une contrainte extérieure décrite comme telle. Non-dit : le mécanisme exact de cet appel universel n'est pas détaillé par ce seul verset.

Dire ce qui est meilleur, le Rabb qui sait mieux · S17:53–55

S.17:53 · Dire ce qui est meilleur — le shayṭān sème la discorde

S.17:53
وَقُلْ لِعِبَادِي يَقُولُوا الَّتِي هِيَ أَحْسَنُ ۚ إِنَّ الشَّيْطَانَ يَنْزَغُ بَيْنَهُمْ ۚ إِنَّ الشَّيْطَانَ كَانَ لِلْإِنْسَانِ عَدُوًّا مُبِينًا
Wa-qul li-ʿibādī yaqūlū llatī hiya aḥsanu inna sh-shayṭāna yanzaghu baynahum inna sh-shayṭāna kāna li-l-insāni ʿaduwwan mubīnā Et dis à Mes ʿibād : qu’ils disent ce qui est le meilleur (allatī hiya aḥsan) — le shayṭān sème la discorde (yanzaghu) entre eux — le shayṭān est certes, pour l’humain, un ennemi déclaré (ʿaduwwun mubīn).
Notes lexicales
yanzaghu baynahum
racine *n-z-gh* : insinuer la discorde, provoquer par instigation malveillante.
allatī hiya aḥsan
même formule qu'en S16:125 (« *wa-jādilhum bi-llatī hiya aḥsan* ») — ici appliquée non au débat avec autrui, mais à la parole que les *ʿibād* échangent entre eux.

S.17:54 · Votre Rabb vous connaît mieux — nul wakīl pour le nabī

S.17:54
رَبُّكُمْ أَعْلَمُ بِكُمْ ۖ إِنْ يَشَأْ يَرْحَمْكُمْ أَوْ إِنْ يَشَأْ يُعَذِّبْكُمْ ۚ وَمَا أَرْسَلْنَاكَ عَلَيْهِمْ وَكِيلًا
Rabbukum aʿlamu bikum in yashaʾ yarḥamkum aw in yashaʾ yuʿadhdhibkum wa-mā arsalnāka ʿalayhim wakīlā Votre Rabb vous connaît mieux [que vous-mêmes] (aʿlamu bikum) — s’Il veut, Il vous fait raḥma ; et s’Il veut, Il vous châtie. Et Nous ne t’avons pas envoyé comme wakīl sur eux.
Notes lexicales
wakīlā
voir S17:2, ainsi que S6:66, S6:102, S6:107, S10:108, S11:12, S12:66 : le statut de garant ultime, réservé sans réserve à Allaah, refusé au *nabī* pour lui-même.
in yashaʾ … in yashaʾ
même famille *mashīʾa*/*qadar* que dans les autres versets où cette formule apparaît ; la question n'est pas tranchée ici.

S.17:55 · Une faveur entre les nabiyyūn — Dāwūd et le Zabūr

S.17:55
وَرَبُّكَ أَعْلَمُ بِمَنْ فِي السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ ۗ وَلَقَدْ فَضَّلْنَا بَعْضَ النَّبِيِّينَ عَلَىٰ بَعْضٍ ۖ وَآتَيْنَا دَاوُودَ زَبُورًا
Wa-rabbuka aʿlamu bi-man fi s-samāwāti wa-l-arḍi wa-la-qad faḍḍalnā baʿḍa n-nabiyyīna ʿalā baʿḍin wa-ātaynā dāwūda zabūrā Et ton Rabb connaît mieux qui se trouve dans les cieux et la terre — et Nous avons certes favorisé (faḍḍalnā) certains nabiyyūn par rapport à d’autres — et Nous avons donné à Dāwūd le Zabūr.
Notes lexicales
faḍḍalnā baʿḍa n-nabiyyīna ʿalā baʿḍin
voir S2:253 (« *tilka r-rusulu faḍḍalnā baʿḍahum ʿalā baʿḍ* »). Dit : une différenciation de faveur entre *nabiyyūn* est affirmée. Non-dit : le critère exact et la portée précise de cette différenciation ne sont pas donnés par ce seul verset — toute hiérarchie détaillée relèverait de l'inférence.
dāwūda zabūrā
*Dāwūd* : nom propre du *nabī* ainsi désigné. *Zabūr*, racine *z-b-r* (écrire, consigner par écrit) : le Kitāb donné à Dāwūd, nommé ici sans que son contenu ne soit précisé par ce seul verset.

L’invocation impuissante et le moyen de rapprochement · S17:56–58

S.17:56 · Invoquer en dehors de Lui — nul pouvoir d’écarter le mal

S.17:56
قُلِ ادْعُوا الَّذِينَ زَعَمْتُمْ مِنْ دُونِهِ فَلَا يَمْلِكُونَ كَشْفَ الضُّرِّ عَنْكُمْ وَلَا تَحْوِيلًا
Quli dʿū lladhīna zaʿamtum min dūnihi fa-lā yamlikūna kashfa ḍ-ḍurri ʿankum wa-lā taḥwīlā Dis : « Invoquez ceux que vous prétendez [être des āliha] (zaʿamtum) en dehors de Lui — ils ne détiennent (lā yamlikūna) ni le pouvoir d’écarter de vous le mal (kashfa ḍ-ḍurr), ni celui de le déplacer (taḥwīlā). »
Notes lexicales
zaʿamtum
racine *z-ʿ-m* : affirmer sans preuve établie, prétendre — voir *bi-zaʿmihim* (S6:136–140 : une prétention sans savoir).
taḥwīlā
racine *ḥ-w-l* : déplacer, transférer d'un lieu ou d'un état à un autre.

S.17:57 · Ceux qu’on invoque recherchent eux-mêmes le moyen de rapprochement

Point de méthode — S17:57, al-wasīla. Ce terme a déjà paru à S5:35, où la note signalait que la même racine (w-s-l, l’attache, la jonction par laquelle on parvient à rejoindre quelque chose) reparaîtrait en S17:57. Ce verset complète cette annonce : ce que les mushrikūn invoquent — que ce soient des anges, des nabiyyūn défunts ou toute autre entité — recherche lui-même (yabtaghūna), auprès de son propre Rabb, ce même moyen de rapprochement, et espère Sa raḥma tout en craignant Son châtiment. Dit : ceux qui sont invoqués sont donc eux-mêmes des êtres soumis, en position de chercher leur propre proximité avec Allaah — non des maîtres autonomes capables d’intercéder de leur propre chef. Non-dit : la nature exacte de ce « moyen de rapprochement » n’est précisée par aucune des deux occurrences de ce terme dans le Coran ; toute identification précise (une pratique donnée, une œuvre) relève de l’inférence.

S.17:57
أُولَٰئِكَ الَّذِينَ يَدْعُونَ يَبْتَغُونَ إِلَىٰ رَبِّهِمُ الْوَسِيلَةَ أَيُّهُمْ أَقْرَبُ وَيَرْجُونَ رَحْمَتَهُ وَيَخَافُونَ عَذَابَهُ ۚ إِنَّ عَذَابَ رَبِّكَ كَانَ مَحْذُورًا
Ulāʾika lladhīna yadʿūna yabtaghūna ilā rabbihimu l-wasīlata ayyuhum aqrabu wa-yarjūna raḥmatahu wa-yakhāfūna ʿadhābahu inna ʿadhāba rabbika kāna maḥdhūrā Ceux-là mêmes qu’ils invoquent recherchent activement (yabtaghūna), vers leur propre Rabb, le moyen de rapprochement (al-wasīla) — chacun d’eux cherchant à être le plus proche (aqrabu) — et espèrent Sa raḥma, et craignent Son châtiment : le châtiment de ton Rabb est certes à redouter (maḥdhūrā).
Notes lexicales
al-wasīlata … ayyuhum aqrabu
voir le callout ci-dessus. *Ayyuhum aqrabu*, littéralement « lequel d'entre eux est le plus proche » : une forme de concours implicite entre créatures pour leur propre proximité avec Allaah, confirmant leur statut de serviteurs et non de rivaux. Cette proximité n'est pas spatiale.

S.17:58 · Nulle cité qui échappe — c’est consigné dans le Kitāb

S.17:58
وَإِنْ مِنْ قَرْيَةٍ إِلَّا نَحْنُ مُهْلِكُوهَا قَبْلَ يَوْمِ الْقِيَامَةِ أَوْ مُعَذِّبُوهَا عَذَابًا شَدِيدًا ۚ كَانَ ذَٰلِكَ فِي الْكِتَابِ مَسْطُورًا
Wa-in min qaryatin illā naḥnu muhlikūhā qabla yawmi l-qiyāmati aw muʿadhdhibūhā ʿadhāban shadīdan kāna dhālika fi l-kitābi masṭūrā Et il n’est aucune cité (qarya) que Nous ne fassions périr (muhlikūhā) avant le Jour de la Résurrection, ou que Nous ne châtiions d’un châtiment sévère — cela est consigné (masṭūrā) dans le Kitāb.
Notes lexicales
masṭūrā
racine *s-ṭ-r* : tracer une ligne, consigner par écrit. Dit : un décret est consigné par avance. Non-dit : la nature exacte de ce Kitāb — un registre distinct, ou le Qurʾān lui-même — n'est pas précisée par ce seul verset ; toute identification relève de l'inférence.

Les signes refusés, la vision et l’arbre maudit · S17:59–60

S.17:59 · Pourquoi pas de signes — la chamelle de Thamūd, un avertissement

S.17:59
وَمَا مَنَعَنَا أَنْ نُرْسِلَ بِالْآيَاتِ إِلَّا أَنْ كَذَّبَ بِهَا الْأَوَّلُونَ ۚ وَآتَيْنَا ثَمُودَ النَّاقَةَ مُبْصِرَةً فَظَلَمُوا بِهَا ۚ وَمَا نُرْسِلُ بِالْآيَاتِ إِلَّا تَخْوِيفًا
Wa-mā manaʿanā an nursila bi-l-āyāti illā an kadhdhaba bihā l-awwalūna wa-ātaynā thamūda n-nāqata mubṣiratan fa-ẕalamū bihā wa-mā nursilu bi-l-āyāti illā takhwīfā Et rien ne Nous a empêchés (mā manaʿanā) d’envoyer les āyāt, sinon que les Anciens (al-awwalūn) les ont démenties (kadhdhaba) — et Nous avons donné à Thamūd la chamelle (an-nāqa), comme signe manifeste (mubṣiratan) — mais ils lui firent tort (ẓalamū bihā) — et Nous n’envoyons les āyāt qu’en avertissement (takhwīfā).
Notes lexicales
thamūda n-nāqata
même récit que *nāqatu llāh* (S7:73, S11:64) et *ʿaqarūhā* (S7:77, S11:65). Variante lexicale mineure : ce verset ne répète pas l'annexion explicite « la chamelle d'Allaah » (*nāqatu llāh*), mais dit simplement « la chamelle », le contexte narratif suffisant à son identification — aucun écart de sens n'en résulte.
mubṣiratan
racine *b-ṣ-r* : ce qui rend manifeste, qui donne à voir clairement — qualifiant ici le signe lui-même comme évident.
takhwīfā
racine *kh-w-f* : la mise en garde par la crainte induite — reprise à l'identique en S17:60 (*nukhawwifuhum*).

S.17:60 · La vision montrée, l’arbre maudit — une épreuve pour les gens

Point de méthode — S17:60, ar-ruʾyā et ash-shajaratu l-malʿūna. Deux précisions s’imposent. D’abord, cette ruʾyā (« vision ») montrée au nabī n’a aucun rapport avec la question, distincte, de la ruʾya d’Allaah Lui-même (la demande de Mūsā en S7:143) : il s’agit ici d’une vision qui est montrée au nabī, non d’une vision de Allaah — deux constructions grammaticales et deux questions entièrement différentes. Ensuite, ni la nature exacte de cette vision (un songe, ou l’épisode de l’isrāʾ nommé en S17:1), ni l’identité précise de « l’arbre maudit » ne sont données par ce seul verset.

S.17:60
وَإِذْ قُلْنَا لَكَ إِنَّ رَبَّكَ أَحَاطَ بِالنَّاسِ ۚ وَمَا جَعَلْنَا الرُّؤْيَا الَّتِي أَرَيْنَاكَ إِلَّا فِتْنَةً لِلنَّاسِ وَالشَّجَرَةَ الْمَلْعُونَةَ فِي الْقُرْآنِ ۚ وَنُخَوِّفُهُمْ فَمَا يَزِيدُهُمْ إِلَّا طُغْيَانًا كَبِيرًا
Wa-idh qulnā laka inna rabbaka aḥāṭa bi-n-nāsi wa-mā jaʿalnā r-ruʾyā llatī araynāka illā fitnatan li-n-nāsi wa-sh-shajarata l-malʿūnata fi l-qurʾāni wa-nukhawwifuhum fa-mā yazīduhum illā ṭughyānan kabīrā Et [souviens-toi] quand Nous t’avons dit : « Ton Rabb embrasse (aḥāṭa) [par Sa science] les gens » — et Nous n’avons fait de la vision (ar-ruʾyā) que Nous t’avons montrée qu’une épreuve (fitna) pour les gens, tout comme l’arbre maudit (ash-shajaratu l-malʿūna) mentionné dans ce Qurʾān — et Nous les mettons en garde (nukhawwifuhum), mais cela ne fait qu’accroître en eux une transgression immense (ṭughyānan kabīrā).
Notes lexicales
aḥāṭa bi-n-nāsi
racine *ḥ-w-ṭ* : embrasser entièrement par la science ou le pouvoir — voir *uḥīṭa bihim* (S10:22). Non-dit : rien de spatial n'est en jeu — ce verbe désigne une maîtrise et une connaissance totales, non un enveloppement physique.
ar-ruʾyā … fitnatan
voir le callout ci-dessus. *Fitna* : l'épreuve, non un simple test neutre.

Le récit d’Iblīs · S17:61–65

S.17:61 · Prosternez-vous devant Ādam — Iblīs refuse

S.17:61
وَإِذْ قُلْنَا لِلْمَلَائِكَةِ اسْجُدُوا لِآدَمَ فَسَجَدُوا إِلَّا إِبْلِيسَ قَالَ أَأَسْجُدُ لِمَنْ خَلَقْتَ طِينًا
Wa-idh qulnā li-l-malāʾikati sjudū li-ādama fa-sajadū illā iblīsa qāla a-asjudu li-man khalaqta ṭīnā Et [souviens-toi] quand Nous avons dit aux malāʾika : « Prosternez-vous devant Ādam » — ils se prosternèrent, sauf Iblīs : il dit : « Me prosternerais-je devant ce que Tu as créé d’argile (ṭīnā) ? »
Notes lexicales
usjudū li-ādama … illā iblīsa
formulation quasi identique à S7:11 et S15:28–31. Variante lexicale : ce verset condense le raisonnement d'Iblīs en une seule question rhétorique fondée sur la matière (*ṭīn*), sans développer ici la comparaison explicite avec le feu, nommée dans le récit parallèle (*khalaqtanī min nārin wa-khalaqtahu min ṭīnin*, S7:12).

S.17:62 · « Celui-ci que Tu as honoré plus que moi »

Point de méthode — S17:62, karramta ʿalayya, en écho direct avec la clôture de ce Bloc (S17:70). Ce verset livre la première occurrence de la racine k-r-m (l’honneur, la dignité distinctive accordée) appliquée à l’humain. Elle est ici prononcée par Iblīs lui-même, avec dépit, comme le constat d’une préférence qu’il conteste. Ce même Bloc referme sur l’affirmation directe d’Allaah reprenant ce même verbe (wa-la-qad karramnā banī ādama, S17:70) : ce qu’Iblīs relève avec ressentiment se trouve ainsi confirmé, non contredit, par le texte lui-même à la fin de ce Bloc — une cohérence intra-textuelle que ce Bloc signale sans y ajouter de commentaire supplémentaire.

S.17:62
قَالَ أَرَأَيْتَكَ هَٰذَا الَّذِي كَرَّمْتَ عَلَيَّ لَئِنْ أَخَّرْتَنِ إِلَىٰ يَوْمِ الْقِيَامَةِ لَأَحْتَنِكَنَّ ذُرِّيَّتَهُ إِلَّا قَلِيلًا
Qāla a-raʾaytaka hādhā lladhī karramta ʿalayya la-in akhkhartani ilā yawmi l-qiyāmati la-aḥtanikanna dhurriyyatahu illā qalīlā Il dit : « Considère (a-raʾaytaka) celui-ci que Tu as honoré (karramta) plus que moi (ʿalayya) — si Tu m’accordes un délai jusqu’au Jour de la Résurrection, j’entraînerai (la-aḥtanikanna) certes sa descendance, sauf un petit nombre. »
Notes lexicales
karramta ʿalayya
voir le callout ci-dessus.
la-aḥtanikanna
racine *ḥ-n-k*, forme X : Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) — à l'origine, mordre et serrer fermement par la bouche (le mors qui contient un cheval) ; d'où, au sens dérivé, entraîner et capturer entièrement par la ruse.

S.17:63 · « Va — jahannam sera votre rétribution »

S.17:63
قَالَ اذْهَبْ فَمَنْ تَبِعَكَ مِنْهُمْ فَإِنَّ جَهَنَّمَ جَزَاؤُكُمْ جَزَاءً مَوْفُورًا
Qāla dhhab fa-man tabiʿaka minhum fa-inna jahannama jazāʾukum jazāʾan mawfūrā Il dit : « Va — quiconque parmi eux te suivra, jahannam sera votre rétribution (jazāʾukum), une rétribution abondante (jazāʾan mawfūrā). »
Notes lexicales
mawfūrā
racine *w-f-r* : ce qui est complet, sans manque.

S.17:64 · Le programme d’Iblīs — voix, cavalerie et infanterie, promesses vaines

S.17:64
وَاسْتَفْزِزْ مَنِ اسْتَطَعْتَ مِنْهُمْ بِصَوْتِكَ وَأَجْلِبْ عَلَيْهِمْ بِخَيْلِكَ وَرَجِلِكَ وَشَارِكْهُمْ فِي الْأَمْوَالِ وَالْأَوْلَادِ وَعِدْهُمْ ۚ وَمَا يَعِدُهُمُ الشَّيْطَانُ إِلَّا غُرُورًا
Wa-stafziz mani staṭaʿta minhum bi-ṣawtika wa-ajlib ʿalayhim bi-khaylika wa-rajilika wa-shārikhum fi l-amwāli wa-l-awlādi wa-ʿidhum wa-mā yaʿiduhumu sh-shayṭānu illā ghurūrā Et ébranle (istafziz) qui tu pourras d’entre eux par ta voix, rassemble (ajlib) contre eux ta cavalerie (khaylika) et ton infanterie (rajilika), associe-toi à eux (shārikhum) dans les biens et les enfants, et fais-leur des promesses — mais le shayṭān ne leur promet rien d’autre qu’un leurre (ghurūrā).
Notes lexicales
wa-stafziz
racine *f-z-z* : ébranler, faire vaciller par une incitation pressante.
bi-khaylika wa-rajilika
littéralement « ta cavalerie et ton infanterie » — image guerrière figurée. Non-dit : ce seul verset ne précise pas si cette image désigne une force matérielle réelle qu'Iblīs mobiliserait, ou, plus largement, l'ensemble de ses moyens de séduction pris au sens figuré. La lecture figurée est retenue à titre d'inférence la plus cohérente, sans être imposée comme la seule possible.
ghurūrā
voir S7:22 : le leurre, ce qui trompe par une apparence engageante.

S.17:65 · Mes ʿibād — nulle emprise sur eux

S.17:65
إِنَّ عِبَادِي لَيْسَ لَكَ عَلَيْهِمْ سُلْطَانٌ ۚ وَكَفَىٰ بِرَبِّكَ وَكِيلًا
Inna ʿibādī laysa laka ʿalayhim sulṭānun wa-kafā bi-rabbika wakīlā Mes ʿibād — tu n’as sur eux aucune emprise (sulṭānun) — et ton Rabb suffit comme wakīl.
Notes lexicales
laysa laka ʿalayhim sulṭānun
formulation quasi identique à S15:42 (« *laysa laka ʿalayhim sulṭānun illā mani ttabaʿaka mina l-ghāwīn* ») — ce verset-ci ne répète pas la clause d'exception explicite, mais le principe affirmé reste identique : l'emprise d'Iblīs n'est jamais qu'une conséquence d'un choix humain, non une contrainte qu'il exercerait de son propre chef.
wakīlā
voir S17:2 et S17:54 — ici, c'est Allaah Lui-même qui est affirmé comme le garant suffisant pour Ses ʿibād.

Les bienfaits de la mer, l’appel oublié, les menaces · S17:66–69

S.17:66 · Les vaisseaux sur la mer

S.17:66
رَبُّكُمُ الَّذِي يُزْجِي لَكُمُ الْفُلْكَ فِي الْبَحْرِ لِتَبْتَغُوا مِنْ فَضْلِهِ ۚ إِنَّهُ كَانَ بِكُمْ رَحِيمًا
Rabbukumu lladhī yuzjī lakumu l-fulka fi l-baḥri li-tabtaghū min faḍlihi innahu kāna bikum raḥīmā Ce qui est votre Rabb fait voguer (yuzjī) pour vous les vaisseaux sur la mer, afin que vous recherchiez de Sa faveur (faḍlihi) — Il est certes, envers vous, empreint de raḥma (raḥīmā).
Notes lexicales
yuzjī
racine *z-j-w* : pousser en avant, faire avancer par une impulsion continue.

S.17:67 · L’appel exclusif en détresse, l’oubli sur la terre ferme

S.17:67
وَإِذَا مَسَّكُمُ الضُّرُّ فِي الْبَحْرِ ضَلَّ مَنْ تَدْعُونَ إِلَّا إِيَّاهُ ۖ فَلَمَّا نَجَّاكُمْ إِلَى الْبَرِّ أَعْرَضْتُمْ ۚ وَكَانَ الْإِنْسَانُ كَفُورًا
Wa-idhā massakumu ḍ-ḍurru fi l-baḥri ḍalla man tadʿūna illā iyyāhu fa-lammā najjākum ilā l-barri aʿraḍtum wa-kāna l-insānu kafūrā Et quand le mal (aḍ-ḍurr) vous touche (massakumu) en mer, tous ceux que vous invoquez s’égarent (ḍalla), sauf Lui — puis, quand Il vous a sauvés (najjākum) vers la terre ferme, vous vous détournez (aʿraḍtum) — l’humain est certes ingrat (kafūrā).
Notes lexicales
massakumu ḍ-ḍurru
même racine *m-s-s* que dans les constructions où Allaah est Lui-même sujet du contact (voir S6:17, S10:107) — ici, c'est le mal (*aḍ-ḍurr*) qui est sujet grammatical, non Allaah : aucune vigilance particulière n'est requise, comme en S11:113.

S.17:68–69 · Vous sentez-vous à l’abri de l’engloutissement, de la tempête, du naufrage ?

S.17:68
أَفَأَمِنْتُمْ أَنْ يَخْسِفَ بِكُمْ جَانِبَ الْبَرِّ أَوْ يُرْسِلَ عَلَيْكُمْ حَاصِبًا ثُمَّ لَا تَجِدُوا لَكُمْ وَكِيلًا
A-fa-amintum an yakhsifa bikum jāniba l-barri aw yursila ʿalaykum ḥāṣiban thumma lā tajidū lakum wakīlā Vous sentez-vous donc en sécurité (a-amintum) qu’Il ne vous fasse engloutir (yakhsifa bikum) [par] le flanc de la terre ferme, ou qu’Il n’envoie sur vous une tempête de pierres (ḥāṣibā), sans que vous trouviez ensuite, pour vous, aucun wakīl ?
S.17:69
أَمْ أَمِنْتُمْ أَنْ يُعِيدَكُمْ فِيهِ تَارَةً أُخْرَىٰ فَيُرْسِلَ عَلَيْكُمْ قَاصِفًا مِنَ الرِّيحِ فَيُغْرِقَكُمْ بِمَا كَفَرْتُمْ ۙ ثُمَّ لَا تَجِدُوا لَكُمْ عَلَيْنَا بِهِ تَبِيعًا
Am amintum an yuʿīdakum fīhi tāratan ukhrā fa-yursila ʿalaykum qāṣifan mina r-rīḥi fa-yughriqakum bi-mā kafartum thumma lā tajidū lakum ʿalaynā bihi tabīʿā Ou vous sentez-vous en sécurité qu’Il ne vous y ramène (yuʿīdakum) une autre fois, et n’envoie sur vous un vent destructeur (qāṣifan mina r-rīḥ), et ne vous noie (yughriqakum) pour avoir mécru (bi-mā kafartum), sans que vous trouviez ensuite, contre Nous, quiconque pour vous en demander compte (tabīʿā) ?
Notes lexicales
yakhsifa bikum
racine *kh-s-f* : s'enfoncer, être englouti.
ḥāṣibā
racine *ḥ-ṣ-b* : projectile de pierres ou de gravier emporté par le vent.
qāṣifan mina r-rīḥi
racine *q-ṣ-f* : ce qui brise et fracasse violemment.
tabīʿā
racine *t-b-ʿ* : celui qui poursuit une réclamation, qui demande des comptes en suivant l'affaire.

L’honneur accordé aux fils d’Ādam · S17:70

S.17:70 · L’honneur accordé aux fils d’Ādam

S.17:70
۞ وَلَقَدْ كَرَّمْنَا بَنِي آدَمَ وَحَمَلْنَاهُمْ فِي الْبَرِّ وَالْبَحْرِ وَرَزَقْنَاهُمْ مِنَ الطَّيِّبَاتِ وَفَضَّلْنَاهُمْ عَلَىٰ كَثِيرٍ مِمَّنْ خَلَقْنَا تَفْضِيلًا
Wa-la-qad karramnā banī ādama wa-ḥamalnāhum fi l-barri wa-l-baḥri wa-razaqnāhum mina ṭ-ṭayyibāti wa-faḍḍalnāhum ʿalā kathīrin mimman khalaqnā tafḍīlā Et Nous avons certes honoré (karramnā) les fils d’Ādam — Nous les avons portés (ḥamalnāhum) sur la terre ferme et sur la mer, leur avons accordé comme subsistance des ṭayyibāt, et les avons favorisés (faḍḍalnāhum) sur beaucoup (kathīr) de ce que Nous avons créé, d’une préférence marquée (tafḍīlā).
Notes lexicales
karramnā
voir le callout posé à S17:62 : ce qu'Iblīs relevait avec dépit comme un fait constaté (*karramta ʿalayya*) est ici affirmé directement par Allaah Lui-même, sans opposition entre les deux occurrences.
faḍḍalnāhum ʿalā kathīrin mimmā khalaqnā
Dit : une préférence est affirmée sur *beaucoup* (*kathīr*) de la création, non sur son entièreté. Non-dit : ce seul verset ne précise pas ce qui échapperait, le cas échéant, à cette préférence — toute identification (les *malāʾika*, ou toute autre catégorie) relèverait de l'inférence, non du texte lui-même, qui se limite à *kathīr* et non à *kull* (« tout »).

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