Structure du Bloc IV. Neuf ensembles. D’abord le jour où chaque groupe humain sera appelé avec son imām, et l’aveuglement de cette vie qui se poursuit dans l’Ākhira (S17:71–72). Puis la tentative de détourner le nabī de la révélation, la protection qui l’en a préservé, et la tentative parallèle de l’expulser — refermées sur la sunna immuable qu’Allaah applique à l’envoi de Ses messagers (S17:73–77). Puis l’ordre d’établir la ṣalāt selon l’arc du jour et de la nuit, la veillée nocturne, et l’invocation d’une entrée et d’une sortie de vérité (S17:78–80). Puis la venue du ḥaqq et la dissipation du bāṭil, et le Qurʾān comme shifāʾ et raḥma pour les muʾminūn (S17:81–82). Puis le portrait de l’humain qui se détourne devant le bienfait et se désespère devant le mal, et le principe que chacun agit selon sa shākila (S17:83–84). Puis la question posée sur le Rūḥ (S17:85). Puis la menace hypothétique de retirer la révélation, sinon par raḥma du Rabb (S17:86–87). Puis le défi de produire l’équivalent de ce Qurʾān, et la constance du refus malgré la diversité des formes du rappel (S17:88–89). Enfin la liste des demandes de miracles opposées au nabī, et sa réponse close sur sa condition d’être humain, de rasūl (S17:90–93).

Note de méthode — renvois. Sur la sunna d’Allaah (S17:77), voir l’étude Sunna · Sunan · Sunnat Allāh : le possessif de la sunna est toujours Allaah — jamais le nabī — et sunnat al-nabī / sunnat ar-rasūl sont absentes du Coran. Sur l’établissement de la ṣalāt entre dulūk ash-shams et ghasaq al-layl, et sur le qurʾān al-fajr (S17:78), voir Ṣalāt · l’acte, la voix, la trace et Nuit, jour, aube et crépuscule, qui fixent la séquence dulūk → ghasaq → fajr. Sur le Qurʾān comme shifāʾ et raḥma (S17:82), voir La protection du Livre d’Allaah et L’abandon du Coran. Khalīl (S17:73) est ici un emploi humain et inversé du terme appliqué par Allaah à Ibrāhīm (S4:125). Zaʿamta (S17:92) renvoie à S17:56, ṣarrafnā (S17:89) à S17:41, taḥwīlā (S17:77) à S17:56. Pour wakīl (S17:86), voir S17:2, S17:54, S17:65, S6:66, S6:102, S6:107, S10:108, S11:12, S12:66. La famille mashīʾa/qadar (S17:86, wa-la-in shiʾnā) reste signalée sans être tranchée.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.17:71 Le jour de l’appel par l’imām — le kitāb reçu dans la main droite
S.17:72 Aveugle en cette vie, aveugle dans l’Ākhira
S.17:73 La tentative de détournement — « ils t’auraient pris comme khalīl »
S.17:74 Sans l’affermissement, tu aurais failli t’incliner vers eux
S.17:75 Le double châtiment hypothétique — nul secours
S.17:76 La tentative d’expulsion — ils n’y seraient restés que peu après toi
S.17:77 La sunna immuable d’Allaah envers Ses messagers
S.17:78 Établis la ṣalāt du déclin du soleil à l’obscurcissement de la nuit — le qurʾān de l’aube
S.17:79 La veillée nocturne — une maqām maḥmūda
S.17:80 Une entrée de vérité, une sortie de vérité, un pouvoir secourable
S.17:81 Le ḥaqq est venu, le bāṭil s’est dissipé
S.17:82 Le Qurʾān, shifāʾ et raḥma pour les muʾminūn, perte accrue pour les ẓālimūn
S.17:83 Le détournement devant le bienfait, le désespoir devant le mal
S.17:84 Chacun agit selon sa shākila
S.17:85 La question sur le Rūḥ
S.17:86 Si Nous voulions, Nous retirerions la révélation
S.17:87 Sauf par raḥma de ton Rabb — une faveur immense
S.17:88 Le défi : produire l’équivalent de ce Qurʾān
S.17:89 Toute sorte de mathal exposée — la persistance du kufūr
S.17:90–93 Les six demandes de miracles — « suis-je autre chose qu’un être humain, un rasūl ? »

Le jour de l’appel par l’imām, et l’aveuglement qui persiste · S17:71–72

S.17:71 · Le jour de l’appel par l’imām

S.17:71
يَوْمَ نَدْعُو كُلَّ أُنَاسٍ بِإِمَامِهِمْ ۖ فَمَنْ أُوتِيَ كِتَابَهُ بِيَمِينِهِ فَأُولَٰئِكَ يَقْرَءُونَ كِتَابَهُمْ وَلَا يُظْلَمُونَ فَتِيلًا
Yawma nadʿū kulla unāsin bi-imāmihim fa-man ūtiya kitābahu bi-yamīnihi fa-ulāʾika yaqraʾūna kitābahum wa-lā yuẕlamūna fatīlā Le jour où Nous appellerons chaque groupe humain (kulla unāsin) avec son imām — quiconque recevra son kitāb dans sa main droite (bi-yamīnihi), ceux-là liront leur kitāb, et ne subiront aucun tort, pas même d’un fatīl (fatīlā).
Notes lexicales
imām
racine *a-m-m* : ce qui va en avant, ce qu'on suit, ce à quoi on se conforme (Ibn Fāris, *Maqāyīs al-Lugha* : le sens premier de la racine porte l'idée de ce qui précède et vers quoi l'on se dirige). Ibn Manẓūr, *Lisān al-ʿArab* : *al-imām* désigne tout ce qui est suivi comme modèle — une personne (chef, guide) ou une chose (un livre, un registre). Deux lectures lexicographiques attestées, non tranchées par ce seul verset : (1) le registre même de leurs propres œuvres — auquel cas *imām* et *kitāb*, dans le même verset, désigneraient deux aspects du même objet ; (2) le guide, le *nabī* ou le Kitāb révélé qu'ils suivaient dans la vie d'ici-bas. Les deux lectures sont nommées, faute d'indication textuelle supplémentaire pour en écarter une ; le terme est conservé en translittération.
fatīlā
racine *f-t-l* : le fil ténu et tordu que l'on trouve dans le repli d'un noyau de datte — image lexicale consacrée à la plus infime des quantités, sans réalité matérielle mesurable.

S.17:72 · Aveugle en cette vie, aveugle dans l’Ākhira

S.17:72
وَمَنْ كَانَ فِي هَٰذِهِ أَعْمَىٰ فَهُوَ فِي الْآخِرَةِ أَعْمَىٰ وَأَضَلُّ سَبِيلًا
Wa-man kāna fī hādhihi aʿmā fa-huwa fi l-ākhirati aʿmā wa-aḍallu sabīlā Et quiconque est aveugle (aʿmā) en cette [vie], celui-là sera, dans l’Ākhira, aveugle, et plus égaré encore quant au chemin (aḍallu sabīlā).
Notes lexicales
aʿmā
racine *ʿ-m-y*. Dit : le rapprochement avec « plus égaré encore quant au chemin » (*aḍallu sabīlā*) — un complément qui porte sur l'orientation, non sur la vue physique — indique que cette cécité est mise en série avec l'égarement (*ḍalāl*), non avec un simple déficit sensoriel. Non-dit : ce seul verset ne précise pas si une cécité physique effective de certains individus est également visée à titre d'illustration ; le texte se limite à poser un parallèle structurel entre l'aveuglement d'ici-bas et celui de l'Ākhira, sans en détailler la nature exacte dans les deux cas.

La tentative de détournement et la menace d’expulsion — la sunna immuable · S17:73–77

S.17:73 · La tentative de détournement — « ils t’auraient pris comme khalīl »

S.17:73
وَإِنْ كَادُوا لَيَفْتِنُونَكَ عَنِ الَّذِي أَوْحَيْنَا إِلَيْكَ لِتَفْتَرِيَ عَلَيْنَا غَيْرَهُ ۖ وَإِذًا لَاتَّخَذُوكَ خَلِيلًا
Wa-in kādū la-yaftinūnaka ʿani lladhī awḥaynā ilayka li-taftariya ʿalaynā ghayrahu wa-idhan la-ttakhadhūka khalīlā Et ils ont certes été bien près de te détourner (la-yaftinūnaka), par l’épreuve, de ce que Nous t’avons révélé, pour que tu inventes (li-taftariya) contre Nous autre chose que cela — et alors ils t’auraient pris comme khalīl.
Notes lexicales
la-yaftinūnaka
racine *f-t-n*, forme II : soumettre à l'épreuve pour faire dévier — Dit : le texte affirme une tentative réelle, sur le point de réussir (*kādū*, « ils ont été près de »), non un fait accompli. Non-dit : le contenu précis de ce que ces gens voulaient lui faire inventer (*ghayrahu*, « autre chose que cela ») n'est pas détaillé par ce seul verset.
khalīl
racine *kh-l-l* : celui qui pénètre l'intimité d'un autre, un lien d'attachement qui traverse l'être — même terme que celui par lequel Allaah a pris Ibrāhīm comme *khalīl* (S4:125). Point de cohérence : cet emploi-ci est entièrement humain et inversé — ce sont des hommes qui, hypothétiquement, auraient pris le *nabī* comme allié intime, non Allaah prenant Ibrāhīm — un lien social et politique ordinaire, sans rapport avec le statut unique conféré à Ibrāhīm.

S.17:74 · Sans l’affermissement, tu aurais failli t’incliner vers eux

Point de méthode — S17:74–75, prudence maximale. Ce verset touche à la possibilité, immédiatement niée par le texte lui-même, d’une défaillance du nabī. Comme pour S4:157–158, S4:171–172 et S9:113–114, on isole strictement ce que le texte affirme : une protection venue d’Allaah (thabbatnāka, « Nous t’avons affermi ») qui a empêché toute inclination réelle vers l’épreuve. Le texte pose la proximité du risque (kidta, « tu as été près de ») dans le seul but d’en affirmer, dans la phrase même, l’empêchement effectif par cette protection — non une défaillance qui aurait eu lieu. La conséquence énoncée au verset suivant (S17:75) est un irréel du passé, une conditionnelle jamais réalisée, non un événement narré.

S.17:74
وَلَوْلَا أَنْ ثَبَّتْنَاكَ لَقَدْ كِدْتَ تَرْكَنُ إِلَيْهِمْ شَيْئًا قَلِيلًا
Wa-lawlā an thabbatnāka la-qad kidta tarkanu ilayhim shayʾan qalīlā Et si Nous ne t’avions pas affermi (thabbatnāka), tu aurais certes été près de t’incliner (tarkanu) vers eux, quelque peu (shayʾan qalīlā).
Notes lexicales
tarkanu
racine *r-k-n* : s'appuyer, pencher vers, s'incliner en direction de. Voir le callout ci-dessus.

S.17:75 · Le double châtiment hypothétique — nul secours

S.17:75
إِذًا لَأَذَقْنَاكَ ضِعْفَ الْحَيَاةِ وَضِعْفَ الْمَمَاتِ ثُمَّ لَا تَجِدُ لَكَ عَلَيْنَا نَصِيرًا
Idhan la-adhaqnāka ḏiʿfa l-ḥayāti wa-ḏiʿfa l-mamāti thumma lā tajidu laka ʿalaynā naṣīrā Alors, Nous t’aurions certes fait goûter (la-adhaqnāka) le double [du châtiment] de cette vie, et le double [du châtiment] de la mort — puis tu n’aurais trouvé, contre Nous, aucun secours (naṣīrā).
Notes lexicales
ḍiʿfa l-ḥayāti wa-ḍiʿfa l-mamāti
racine *ḍ-ʿ-f* : le double, le redoublement. Non-dit : la nature exacte de ce qui aurait été doublé (le texte dit seulement « le double de la vie » et « le double de la mort », sans nommer le mot « châtiment ») n'est précisée que par le sens général de la phrase — un renforcement de conséquence, non un décompte chiffré. Voir le callout posé à S17:74 : la conséquence entière (S17:74–75) demeure une conditionnelle jamais réalisée.

S.17:76 · La tentative d’expulsion

S.17:76
وَإِنْ كَادُوا لَيَسْتَفِزُّونَكَ مِنَ الْأَرْضِ لِيُخْرِجُوكَ مِنْهَا ۖ وَإِذًا لَا يَلْبَثُونَ خِلَافَكَ إِلَّا قَلِيلًا
Wa-in kādū la-yastafizzūnaka mina l-arḍi li-yukhrijūka minhā wa-idhan lā yalbathūna khilāfaka illā qalīlā Et ils ont certes été bien près de t’ébranler (la-yastafizzūnaka) hors de cette terre, pour t’en faire sortir — et alors, ils n’y seraient demeurés après toi (khilāfaka), qu’un peu de temps.
Notes lexicales
la-yastafizzūnaka
racine *f-z-z*, même racine que dans le programme qu'Iblīs reçoit pour lui-même (*wa-stafziz*, S17:64) : ébranler, pousser à céder par une pression insistante — ici retournée contre le *nabī* lui-même par les dénégateurs. Non-dit : l'identité précise de « cette terre » (*al-arḍ*) n'est pas nommée par ce seul verset — toute identification à un lieu déterminé relève de l'inférence, non du texte.
khilāfaka
racine *kh-l-f* : ce qui vient après, à ta suite.

S.17:77 · La sunna immuable d’Allaah envers Ses messagers

S.17:77
سُنَّةَ مَنْ قَدْ أَرْسَلْنَا قَبْلَكَ مِنْ رُسُلِنَا ۖ وَلَا تَجِدُ لِسُنَّتِنَا تَحْوِيلًا
Sunnata man qad arsalnā qablaka min rusulinā wa-lā tajidu li-sunnatinā taḥwīlā [Telle est] la sunna de ceux que Nous avons envoyés avant toi parmi Nos messagers — et tu ne trouveras, à Notre sunna, aucun changement (taḥwīlā).
Notes lexicales
sunnata … li-sunnatinā
racine *s-n-n* : le tracé continu, la voie que laisse un passage répété jusqu'à devenir elle-même la référence (Al-Khalīl ibn Aḥmad, *Kitāb al-ʿAyn* ; Ibn Fāris, *Maqāyīs al-Lugha* ; Ibn Manẓūr, *Lisān al-ʿArab*). Voir l'étude Sunna · Sunan · Sunnat Allāh, qui recense l'intégralité des occurrences coraniques de cette racine et établit que le possessif en est toujours Allaah (*sunnatunā*, « Notre sunna », ici même) — jamais le *nabī* ou le *rasūl*. Dit : ce que le texte affirme comme « sunna », c'est ici précisément le péril d'expulsion qui vient d'être évoqué (S17:76) et son issue constante à travers l'histoire des messagers — un tracé qu'Allaah applique, non une pratique que les messagers auraient eux-mêmes établie.
taḥwīlā
racine *ḥ-w-l*, même terme qu'en S17:56 (l'incapacité des invoqués à « déplacer » le mal) — repris ici, par contraste, pour l'immuabilité de la *sunna* elle-même : ce que les êtres invoqués en dehors d'Allaah ne peuvent déplacer chez l'humain, la *sunna* d'Allaah ne le subit pas non plus.

L’établissement de la ṣalāt et l’invocation du secours · S17:78–80

S.17:78 · Établis la ṣalāt du déclin du soleil à l’obscurcissement de la nuit

S.17:78
أَقِمِ الصَّلَاةَ لِدُلُوكِ الشَّمْسِ إِلَىٰ غَسَقِ اللَّيْلِ وَقُرْآنَ الْفَجْرِ ۖ إِنَّ قُرْآنَ الْفَجْرِ كَانَ مَشْهُودًا
Aqimi ṣ-ṣalāta li-dulūki sh-shamsi ilā ghasaqi l-layli wa-qurʾāna l-fajri inna qurʾāna l-fajri kāna mashhūdā Établis la ṣalāt depuis le déclin du soleil (dulūki sh-shams) jusqu’à l’obscurcissement de la nuit (ghasaqi l-layl), ainsi que la récitation de l’aube (qurʾāna l-fajr) — la récitation de l’aube est certes assistée (mashhūdā).
Notes lexicales
dulūki sh-shamsi … ghasaqi l-layli … qurʾāna l-fajri
voir les études Ṣalāt · l'acte, la voix, la trace et Nuit, jour, aube et crépuscule, qui traitent nommément ce verset. *Dulūk*, racine *d-l-k* : le déclin, l'inclinaison du soleil vers son terme. *Ghasaq*, racine *gh-s-q* : l'obscurcissement intense, le cœur de la nuit sombre. *Qurʾāna l-fajri*, littéralement « la récitation/le rassemblement de l'aube » : le mot *qurʾān* désigne ici, par métonymie, la récitation propre à ce moment de la ṣalāt — non l'ensemble du Livre. Ces études établissent la séquence *dulūk → ghasaq → fajr* comme l'arc fondateur des moments de la ṣalāt tel que ce verset le pose lui-même.
mashhūdā
racine *sh-h-d* : ce qui est constaté, assisté, entouré d'une présence attestée. Non-dit : ce seul verset ne précise pas par quoi ou par qui ce moment est « assisté » — toute identification (une présence angélique, l'ampleur de l'assemblée humaine) relève de l'inférence.

S.17:79 · La veillée nocturne — une maqām maḥmūda

S.17:79
وَمِنَ اللَّيْلِ فَتَهَجَّدْ بِهِ نَافِلَةً لَكَ عَسَىٰ أَنْ يَبْعَثَكَ رَبُّكَ مَقَامًا مَحْمُودًا
Wa-mina l-layli fa-tahajjad bihi nāfilatan laka ʿasā an yabʿathaka rabbuka maqāman maḥmūdā Et de la nuit, veille (tahajjad) par lui [le Qurʾān], en surcroît pour toi (nāfilatan laka) — il se peut que ton Rabb te fasse accéder à une position empreinte de ḥamd (maqāman maḥmūdā).
Notes lexicales
tahajjad
racine *h-j-d* : veiller volontairement la nuit en résistant au sommeil.
nāfilatan
racine *n-f-l* : le surcroît, le supplément volontaire qui s'ajoute au-delà de ce qui est requis — conservée en translittération.
maqāman maḥmūdā
racine *q-w-m* (position, lieu où l'on se tient) et racine *ḥ-m-d* (voir S1:2). Point de cohérence : ce *maqām* concerne ici le *nabī* lui-même — un statut qui lui est accordé — et non Allaah ; il se distingue donc de *maqāmī* (S14:14), où le terme désignait la comparution de l'humain devant Allaah. Non-dit : la nature exacte de cette position — de quel ordre, à quel moment — n'est pas précisée par ce seul verset ; toute identification relève de l'inférence.

S.17:80 · Une entrée de vérité, une sortie de vérité, un pouvoir secourable

S.17:80
وَقُلْ رَبِّ أَدْخِلْنِي مُدْخَلَ صِدْقٍ وَأَخْرِجْنِي مُخْرَجَ صِدْقٍ وَاجْعَلْ لِي مِنْ لَدُنْكَ سُلْطَانًا نَصِيرًا
Wa-qul rabbi adkhilnī mudkhala ṣidqin wa-akhrijnī mukhraja ṣidqin wa-jʿal lī min ladunka sulṭānan naṣīrā Et dis : « Mon Rabb, fais-moi entrer par une entrée de vérité (mudkhala ṣidq), et fais-moi sortir par une sortie de vérité (mukhraja ṣidq), et accorde-moi, de Ta part (min ladunka), un pouvoir secourable (sulṭānan naṣīrā). »
Notes lexicales
mudkhala ṣidqin … mukhraja ṣidqin
racine *ṣ-d-q* : la conformité, l'authenticité sans écart entre ce qui est dit et ce qui est. Non-dit : ni le lieu ni le moment précis de cette entrée et de cette sortie ne sont nommés par ce seul verset — toute identification déterminée relève de l'inférence, non du texte lui-même.
min ladunka
racine *l-d-n* : la provenance immédiate, ce qui vient directement de la source — une préposition de provenance, non de lieu occupé.

Le ḥaqq qui vient, le Qurʾān guérison et perte · S17:81–82

S.17:81 · Le ḥaqq est venu, le bāṭil s’est dissipé

S.17:81
وَقُلْ جَاءَ الْحَقُّ وَزَهَقَ الْبَاطِلُ ۚ إِنَّ الْبَاطِلَ كَانَ زَهُوقًا
Wa-qul jāʾa l-ḥaqqu wa-zahaqa l-bāṭilu inna l-bāṭila kāna zahūqā Et dis : « Le ḥaqq est venu, et le bāṭil s’est dissipé (zahaqa) — le bāṭil est certes destiné à se dissiper (zahūqā). »
Notes lexicales
al-ḥaqqu … al-bāṭilu
*Ḥaqq*, racine *ḥ-q-q* : ce qui est solidement établi, ce qui correspond à la réalité. *Bāṭil*, racine *b-ṭ-l* : ce qui est vide, dénué de fondement, ce qui n'a pas de consistance propre. Conservés en translittération, faute d'équivalent français à un seul mot qui en couvre exactement le champ.
zahaqa … zahūqā
racine *z-h-q* : s'évanouir de soi-même, périr par défaut de consistance propre — non par une destruction extérieure qui lui serait appliquée. Dit : le texte affirme que le *bāṭil* se dissipe par sa nature même (*kāna zahūqā*, « il est de nature à se dissiper »), non par un acte de force qui viendrait l'anéantir de l'extérieur.

S.17:82 · Le Qurʾān, shifāʾ et raḥma pour les muʾminūn

S.17:82
وَنُنَزِّلُ مِنَ الْقُرْآنِ مَا هُوَ شِفَاءٌ وَرَحْمَةٌ لِلْمُؤْمِنِينَ ۙ وَلَا يَزِيدُ الظَّالِمِينَ إِلَّا خَسَارًا
Wa-nunazzilu mina l-qurʾāni mā huwa shifāʾun wa-raḥmatun li-l-muʾminīna wa-lā yazīdu ẕ-ẕālimīna illā khasārā Et Nous faisons descendre, du Qurʾān, ce qui est shifāʾ (guérison) et raḥma pour les muʾminūn — mais cela ne fait qu’accroître les ẓālimūn en khasār (perte).
Notes lexicales
shifāʾun wa-raḥmatun
voir les études La protection du Livre d'Allaah et L'abandon du Coran, qui citent nommément ce verset. *Shifāʾ*, racine *sh-f-y* : la guérison, le recouvrement d'un état sain — le Qurʾān se qualifie ici lui-même de remède, conservé en translittération. *Raḥma* : voir S1:1.
ẓ-ẓālimīna … khasārā
racine *ẓ-l-m* (voir S16:33, entre autres) et racine *kh-s-r* : la perte, la faillite. Dit : le même Qurʾān qui est *shifāʾ* pour les *muʾminūn* ne fait, chez les *ẓālimūn*, qu'accroître une perte déjà engagée — non un effet neutre, ni un effet qui leur serait propre indépendamment de leur propre position face au texte.

Le détournement devant le bienfait, le désespoir devant le mal · S17:83–84

S.17:83 · Le détournement devant le bienfait, le désespoir devant le mal

S.17:83
وَإِذَا أَنْعَمْنَا عَلَى الْإِنْسَانِ أَعْرَضَ وَنَأَىٰ بِجَانِبِهِ ۖ وَإِذَا مَسَّهُ الشَّرُّ كَانَ يَئُوسًا
Wa-idhā anʿamnā ʿalā l-insāni aʿraḍa wa-nāʾā bi-jānibihi wa-idhā massahu sh-sharru kāna yaʾūsā Et quand Nous accordons un bienfait à l’humain, il se détourne (aʿraḍa) et s’écarte, distant (nāʾā bi-jānibihi) — et quand le mal (ash-sharr) le touche, il devient désespéré (yaʾūsā).
Notes lexicales
nāʾā bi-jānibihi
racine *n-ʾ-y* : s'éloigner, se tenir à distance — associée ici à *jānib* (le côté), littéralement « il s'écarte par son côté » : une image de retrait physique appliquée à une attitude morale de dérobade.
yaʾūsā
racine *y-ʾ-s* : le désespoir qui coupe toute attente.

S.17:84 · Chacun agit selon sa shākila

S.17:84
قُلْ كُلٌّ يَعْمَلُ عَلَىٰ شَاكِلَتِهِ فَرَبُّكُمْ أَعْلَمُ بِمَنْ هُوَ أَهْدَىٰ سَبِيلًا
Qul kullun yaʿmalu ʿalā shākilatihi fa-rabbukum aʿlamu bi-man huwa ahdā sabīlā Dis : « Chacun agit selon sa shākila (sa manière propre) — votre Rabb connaît mieux qui est le mieux guidé quant au chemin. »
Notes lexicales
shākilatihi
racine *sh-k-l* : la forme, le moule, l'allure propre — désigne ici la manière d'être, le tempérament et la disposition intérieure selon lesquels chacun agit. Conservée en translittération faute d'un mot français unique qui en couvre exactement le champ (« manière », « façon » et « tempérament » n'en couvrent chacun qu'une partie).

La question sur le Rūḥ · S17:85

Point de méthode — S17:85, ar-Rūḥ, deux lectures nommées sans trancher. Ce verset est la principale occurrence coranique où la question « qu’est-ce que le Rūḥ ? » est posée directement, sans que la réponse n’en identifie la nature. La racine r-w-ḥ se rencontre sous des emplois distincts : Rūḥ al-Qudus, désignant l’ange porteur de la révélation (S2:87, S16:102) ; le rūḥ qu’Allaah insuffle en l’humain lors de sa création (S15:29, S4:171) ; et le rūḥ qu’Allaah « projette de Son amr » sur qui Il veut de Ses ʿibād (S40:15, hors du périmètre actuellement traduit). Dans chacun de ces cas, le principe retenu est le même, et il est appliqué ici : le texte ne précise pas la nature exacte de ce rūḥ, et toute identification à une entité déterminée excède ce que le verset affirme. Dit : le Rūḥ « relève de l’amr » de Allaah — de ce qui Lui est propre à décider et à disposer, un domaine que rappelle la formule yudabbiru l-amr (S10:3, S13:2). Non-dit : ce seul verset ne précise ni si ce Rūḥ désigne ici l’ange de la révélation, le souffle animateur de la vie, ou une réalité distincte des deux — les trois lectures sont lexicalement possibles et aucune n’est écartée. Non-dit, également : l’identité de ceux qui interrogent (yasʾalūnaka) n’est pas donnée par ce seul verset — aucun récit sur leur identité n’est importé.

S.17:85 · La question sur le Rūḥ

S.17:85
وَيَسْأَلُونَكَ عَنِ الرُّوحِ ۖ قُلِ الرُّوحُ مِنْ أَمْرِ رَبِّي وَمَا أُوتِيتُمْ مِنَ الْعِلْمِ إِلَّا قَلِيلًا
Wa-yasʾalūnaka ʿani r-rūḥi quli r-rūḥu min amri rabbī wa-mā ūtītum mina l-ʿilmi illā qalīlā Et ils t’interrogent sur le Rūḥ — dis : « Le Rūḥ relève de l’amr (l’affaire, l’ordre propre) de mon Rabb — et vous n’avez reçu de la science que peu de chose. »
Notes lexicales
min amri rabbī
voir le callout ci-dessus. *Amr*, racine *a-m-r* : l'affaire, l'ordre, ce qui relève d'une décision — voir la formule *yudabbiru l-amr* (S10:3 : Ce qui dispose de l'affaire).
mā ūtītum mina l-ʿilmi illā qalīlā
Dit : une limite est posée à la science humaine, sans lien nécessaire avec la seule question du *Rūḥ* — la formule vaut par sa portée générale. Non-dit : la mesure exacte de ce « peu » n'est pas quantifiée par ce seul verset.

La menace de retirer la révélation, sauf par raḥma · S17:86–87

S.17:86 · Si Nous voulions, Nous retirerions la révélation

S.17:86
وَلَئِنْ شِئْنَا لَنَذْهَبَنَّ بِالَّذِي أَوْحَيْنَا إِلَيْكَ ثُمَّ لَا تَجِدُ لَكَ بِهِ عَلَيْنَا وَكِيلًا
Wa-la-in shiʾnā la-nadhhabanna bi-lladhī awḥaynā ilayka thumma lā tajidu laka bihi ʿalaynā wakīlā Et si Nous voulions, Nous retirerions certainement ce que Nous t’avons révélé — puis tu ne trouverais, à ce sujet, aucun wakīl contre Nous.
Notes lexicales
la-in shiʾnā
même famille *mashīʾa*/*qadar* que dans les autres versets où cette formule apparaît ; la question n'est pas tranchée ici — une conditionnelle hypothétique, non un événement narré.
wakīlā
voir S17:2, S17:54 et S17:65 : le statut de garant ultime, réservé sans réserve à Allaah — ici c'est Allaah Lui-même qui affirme que nul ne pourrait Lui être opposé comme *wakīl* en la matière.

S.17:87 · Sauf par raḥma de ton Rabb

S.17:87
إِلَّا رَحْمَةً مِنْ رَبِّكَ ۚ إِنَّ فَضْلَهُ كَانَ عَلَيْكَ كَبِيرًا
Illā raḥmatan min rabbika inna faḏlahu kāna ʿalayka kabīrā Si ce n’est par raḥma de ton Rabb — Sa faveur (faḍluhu) envers toi est certes immense.
Notes lexicales
illā raḥmatan min rabbika
Dit : le maintien de la révélation est explicitement rapporté à la *raḥma* du Rabb — non à un droit acquis ou à une nécessité qui s'imposerait à Allaah.

Le défi d’un Qurʾān semblable · S17:88–89

S.17:88 · Le défi : produire l’équivalent de ce Qurʾān

S.17:88
قُلْ لَئِنِ اجْتَمَعَتِ الْإِنْسُ وَالْجِنُّ عَلَىٰ أَنْ يَأْتُوا بِمِثْلِ هَٰذَا الْقُرْآنِ لَا يَأْتُونَ بِمِثْلِهِ وَلَوْ كَانَ بَعْضُهُمْ لِبَعْضٍ ظَهِيرًا
Qul la-ini jtamaʿati l-insu wa-l-jinnu ʿalā an yaʾtū bi-mithli hādhā l-qurʾāni lā yaʾtūna bi-mithlihi wa-law kāna baʿḏuhum li-baʿḏin ẕahīrā Dis : « Si les humains et les jinn s’unissaient pour produire l’équivalent de ce Qurʾān, ils n’en produiraient pas l’équivalent, même si les uns étaient pour les autres un soutien (ẓahīrā). »
Notes lexicales
ẓahīrā
racine *ẓ-h-r* : le soutien qui appuie par-derrière, l'épaulement mutuel (*ẓahr*, le dos).

S.17:89 · Toute sorte de mathal exposée — la persistance du kufūr

S.17:89
وَلَقَدْ صَرَّفْنَا لِلنَّاسِ فِي هَٰذَا الْقُرْآنِ مِنْ كُلِّ مَثَلٍ فَأَبَىٰ أَكْثَرُ النَّاسِ إِلَّا كُفُورًا
Wa-la-qad ṣarrafnā li-n-nāsi fī hādhā l-qurʾāni min kulli mathalin fa-abā aktharu n-nāsi illā kufūrā Et Nous avons certes exposé (ṣarrafnā), pour les gens, dans ce Qurʾān, toute sorte de mathal — mais la plupart des gens n’ont persisté que dans le kufūr (le refus obstiné).
Notes lexicales
ṣarrafnā
même terme, repris à l'identique, qu'en S17:41 : faire varier un même sens sous des présentations diverses.
kufūrā
racine *k-f-r*, forme intensive : le refus obstiné et persistant, au-delà du simple déni ponctuel.

Les demandes de miracles et la réponse : « un être humain, un rasūl » · S17:90–93

Point de méthode — S17:90–93, six demandes, aucun récit importé. Ce passage égrène, en une seule séquence conditionnelle amorcée par « nous ne croirons pas en toi jusqu’à ce que » (S17:90), six exigences distinctes opposées au nabī. Elles sont traduites et commentées telles qu’elles sont formulées, sans importer aucune circonstance narrative sur les personnes qui les auraient formulées.

S.17:90–93 · Les six demandes de miracles

S.17:90
وَقَالُوا لَنْ نُؤْمِنَ لَكَ حَتَّىٰ تَفْجُرَ لَنَا مِنَ الْأَرْضِ يَنْبُوعًا
Wa-qālū lan nuʾmina laka ḥattā tafjura lanā mina l-arḍi yanbūʿā Et ils dirent : « Nous ne croirons pas en toi, jusqu’à ce que tu fasses jaillir (tafjura), pour nous, de la terre, une source (yanbūʿā) —
S.17:91
أَوْ تَكُونَ لَكَ جَنَّةٌ مِنْ نَخِيلٍ وَعِنَبٍ فَتُفَجِّرَ الْأَنْهَارَ خِلَالَهَا تَفْجِيرًا
Aw takūna laka jannatun min nakhīlin wa-ʿinabin fa-tufajjira l-anhāra khilālahā tafjīrā — ou que tu aies un jardin (janna) de palmiers et de vignes, et que tu y fasses jaillir des rivières en abondance (tafjīrā) —
S.17:92
أَوْ تُسْقِطَ السَّمَاءَ كَمَا زَعَمْتَ عَلَيْنَا كِسَفًا أَوْ تَأْتِيَ بِاللَّهِ وَالْمَلَائِكَةِ قَبِيلًا
Aw tusqiṭa s-samāʾa kamā zaʿamta ʿalaynā kisafan aw taʾtiya bi-llāhi wa-l-malāʾikati qabīlā — ou que tu fasses tomber sur nous le ciel en morceaux (kisafan), comme tu l’as prétendu (zaʿamta) — ou que tu amènes Allaah et les malāʾika devant nous, face à face (qabīlā) —
S.17:93
أَوْ يَكُونَ لَكَ بَيْتٌ مِنْ زُخْرُفٍ أَوْ تَرْقَىٰ فِي السَّمَاءِ وَلَنْ نُؤْمِنَ لِرُقِيِّكَ حَتَّىٰ تُنَزِّلَ عَلَيْنَا كِتَابًا نَقْرَؤُهُ ۗ قُلْ سُبْحَانَ رَبِّي هَلْ كُنْتُ إِلَّا بَشَرًا رَسُولًا
Aw yakūna laka baytun min zukhrufin aw tarqā fi s-samāʾi wa-lan nuʾmina li-ruqiyyika ḥattā tunazzila ʿalaynā kitāban naqraʾuhu qul subḥāna rabbī hal kuntu illā basharan rasūlā — ou que tu aies une maison d’or (zukhruf) — ou que tu montes au ciel (tarqā fi s-samāʾ) ; et nous ne croirons pas à ta montée (ruqiyyika), jusqu’à ce que tu fasses descendre sur nous un kitāb que nous puissions lire. » Dis : « Mon Rabb est dégagé de toute imperfection (subḥāna rabbī) — suis-je autre chose qu’un être humain (basharan), un rasūl ? »
Notes lexicales
zaʿamta
même racine *z-ʿ-m* qu'en S17:56 : affirmer sans preuve établie, prétendre. Ici, ce sont les dénégateurs qui reprochent au *nabī* d'avoir « prétendu » l'effondrement du ciel — une accusation rapportée telle quelle.
qabīlā
racine *q-b-l*. Deux lectures lexicographiques attestées, non tranchées : (1) « en face, devant nous, en personne visible » — sens adverbial de manière ; (2) « par groupes » (*qabīl*, pluriel *qabāʾil*, une troupe, un groupement). La première est retenue comme la plus directement en cohérence avec l'exigence immédiate du verset (« amener Allaah et les malāʾika » pour qu'ils soient vus), sans écarter la seconde faute d'indication supplémentaire.
zukhrufin
racine *z-kh-r-f* : l'ornement doré, l'éclat qui pare sans valeur de fond.
tarqā fi s-samāʾi … li-ruqiyyika
racine *r-q-y* : monter, gravir. Point de cohérence : cette ascension visible et matérielle, exigée ici par les dénégateurs comme condition de leur foi, est une demande d'un ordre entièrement distinct de l'*isrāʾ* nocturne évoqué en ouverture de cette même sourate (S17:1) — les deux ne sont pas rapprochés, l'un étant une exigence de preuve visible refusée par le texte, l'autre un événement rappelé au *nabī* lui-même.
subḥāna rabbī … hal kuntu illā basharan rasūlā
*Subḥāna* : voir S2:32, S16:1 et S17:43. Dit : la réponse du *nabī* aux six demandes ne conteste ni ne relativise le pouvoir d'Allaah — elle rappelle seulement sa propre condition : un être humain (*bashar*), un *rasūl* — non l'auteur autonome d'un miracle sur commande. Ce refus de tout statut surhumain rejoint le refus du statut de *wakīl* appliqué au *nabī* (S17:2, S17:54, S17:65).

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