Structure du Bloc V, dernier Bloc de la Sourate 17. Neuf ensembles. D’abord le seul obstacle à la foi que le texte nomme — l’étonnement devant un rasūl humain — et la réponse par l’hypothèse contrefactuelle d’anges marchant sur terre, close sur Allaah seul comme témoin suffisant (S17:94–96). Puis qui Allaah guide est bien guidé, qui Il égare n’a nul walī, et le rassemblement au Jour de la Résurrection sur les visages, aveugles, muets et sourds — leur rétribution pour avoir nié et repris la même moquerie de la résurrection entendue plus haut dans cette sourate, et la capacité de recréer leur semblable (S17:97–99). Puis les trésors de la raḥma du Rabb et l’avarice constitutionnelle de l’humain (S17:100). Puis les neuf āyāt données à Mūsā, l’accusation de sorcellerie par Firʿawn, sa réponse, et sa noyade après avoir voulu ébranler les Banū Isrāʾīl hors de leur terre (S17:101–103). Puis l’installation des Banū Isrāʾīl et la promesse de l’Ākhira (S17:104). Puis le Qurʾān descendu par le ḥaqq, fractionné pour une récitation progressive (S17:105–106). Puis ceux à qui la science fut donnée avant lui, qui tombent en pleurant, prosternés, dans une humilité accrue (S17:107–109). Puis l’invocation par n’importe lequel des Noms de la plus grande excellence, et l’unique verset coranique sur la voix dans la ṣalāt (S17:110). Enfin la clôture de la sourate : la ḥamd à Allaah, qui n’a pris nul walad, n’a nul sharīk dans le mulk, et n’a nul walī pour Le protéger d’un abaissement — et l’ordre de Le magnifier pleinement (S17:111).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.17:94 Rien n’empêche de croire, sinon dire : « Un être humain, un rasūl ? »
S.17:95 Si des anges marchaient sur terre — Nous leur aurions envoyé un ange
S.17:96 Allaah suffit comme témoin — Khabīr et Baṣīr envers Ses ʿibād
S.17:97 Qui Allaah guide est guidé, qui Il égare n’a nul walī — le rassemblement aveugle, muet, sourd
S.17:98 Leur rétribution pour avoir nié — la moquerie de la résurrection reprise
S.17:99 Ce qui a créé les cieux et la terre est capable de créer leur semblable
S.17:100 Les trésors de la raḥma de mon Rabb — l’avarice de l’humain
S.17:101 Les neuf āyāt données à Mūsā — « tu es ensorcelé »
S.17:102 « Tu sais bien… » — « tu es perdu, ô Firʿawn »
S.17:103 La tentative d’ébranlement retournée — la noyade
S.17:104 L’installation des Banū Isrāʾīl — la promesse de l’Ākhira
S.17:105 Par le ḥaqq descendu, par le ḥaqq venu — seulement annonciateur et avertisseur
S.17:106 Un Qurʾān fractionné, une récitation progressive
S.17:107 Ceux à qui la science fut donnée avant lui — la prosternation sur le menton
S.17:108 « Gloire à notre Rabb — Sa promesse est assurément accomplie »
S.17:109 Ils tombent en pleurant — une humilité accrue
S.17:110 Invoquer par n’importe quel Nom — entre le retentissant et le murmure
S.17:111 Clôture — nul walad, nul sharīk dans le mulk, nul walī contre l’abaissement

Le refus de croire en un rasūl humain — la réponse par l’hypothèse des anges · S17:94–96

S.17:94 · Rien n’empêche de croire, sinon dire : « Un être humain, un rasūl ? »

S.17:94
وَمَا مَنَعَ النَّاسَ أَنْ يُؤْمِنُوا إِذْ جَاءَهُمُ الْهُدَىٰ إِلَّا أَنْ قَالُوا أَبَعَثَ اللَّهُ بَشَرًا رَسُولًا
Wa-mā manaʿa n-nāsa an yuʾminū idh jāʾahumu l-hudā illā an qālū a-baʿatha llāhu basharan rasūlā Et rien n’a empêché les gens de croire, quand la guidance (al-hudā) leur est venue, sinon qu’ils dirent : « Allaah aurait-Il envoyé un être humain (bashar), un rasūl ? »
Notes lexicales
al-hudā
racine *h-d-y* (guider). **Dit** : le texte pose comme unique obstacle nommé à la foi une seule objection, immédiatement citée — non un ensemble de causes multiples.
bashar … rasūl
même couple exact que la réponse du *nabī* qui clôturait l'ensemble précédent de cette sourate (S17:93 : « suis-je autre chose qu'un être humain, un *rasūl* ? »). Ce verset reprend cette même objection — non plus comme réponse du *nabī*, mais comme substance même du refus de croire qu'il vient d'énoncer, dans un effet de reprise directe d'un ensemble à l'autre.

S.17:95 · Si des anges marchaient sur terre — Nous leur aurions envoyé un ange

S.17:95
قُلْ لَوْ كَانَ فِي الْأَرْضِ مَلَائِكَةٌ يَمْشُونَ مُطْمَئِنِّينَ لَنَزَّلْنَا عَلَيْهِمْ مِنَ السَّمَاءِ مَلَكًا رَسُولًا
Qul law kāna fi l-arḏi malāʾikatun yamshūna muṭmaʾinnīna la-nazzalnā ʿalayhim mina s-samāʾi malakan rasūlā Dis : « S’il y avait sur terre des anges (malāʾika) marchant en toute tranquillité (muṭmaʾinnīn), Nous aurions fait descendre sur eux, du ciel, un ange (malak), un rasūl. »
Notes lexicales
muṭmaʾinnīn
racine *ṭ-m-ʾ-n* : l'assise stable, le calme profond, sans agitation. **Dit** : le texte pose un principe de correspondance — un *rasūl* doit partager la nature de ceux à qui il est envoyé — d'où la conditionnelle. **Non-dit** : ce seul verset n'affirme en rien l'existence effective d'habitants angéliques sur terre ; c'est une hypothèse purement contrefactuelle destinée à l'argument.
malak
racine *l-ʾ-k* (porter un message), distincte de *m-l-k* (la royauté). Ici même terme employé deux fois dans le même verset, pour les anges hypothétiquement installés sur terre et pour celui qui leur serait envoyé.

S.17:96 · Allaah suffit comme témoin

S.17:96
قُلْ كَفَىٰ بِاللَّهِ شَهِيدًا بَيْنِي وَبَيْنَكُمْ ۚ إِنَّهُ كَانَ بِعِبَادِهِ خَبِيرًا بَصِيرًا
Qul kafā billāhi shahīdan baynī wa-baynakum innahu kāna bi-ʿibādihi khabīran baṣīrā Dis : « Allaah suffit comme témoin (shahīd) entre moi et vous — Il est, envers Ses ʿibād, Khabīr (parfaitement informé), Baṣīr. »
Notes lexicales
shahīd
racine *sh-h-d* : ce qui atteste, sans qu'un tiers ne soit requis pour confirmer.
khabīran baṣīrā
ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah, conservés en translittération. *Khabīr*, racine *kh-b-r* : ce qui connaît en profondeur, jusqu'au détail caché. *Baṣīr*, racine *b-ṣ-r* : ce qui voit, perçoit sans reste.

Qui Allaah guide, qui Il égare — le rassemblement aveugle, muet, sourd — la moquerie de la résurrection reprise · S17:97–99

S.17:97 · Le rassemblement sur les visages, aveugles, muets et sourds

S.17:97
وَمَنْ يَهْدِ اللَّهُ فَهُوَ الْمُهْتَدِ ۖ وَمَنْ يُضْلِلْ فَلَنْ تَجِدَ لَهُمْ أَوْلِيَاءَ مِنْ دُونِهِ ۖ وَنَحْشُرُهُمْ يَوْمَ الْقِيَامَةِ عَلَىٰ وُجُوهِهِمْ عُمْيًا وَبُكْمًا وَصُمًّا ۖ مَأْوَاهُمْ جَهَنَّمُ ۖ كُلَّمَا خَبَتْ زِدْنَاهُمْ سَعِيرًا
Wa-man yahdi llāhu fa-huwa l-muhtadi wa-man yuḏlil fa-lan tajida lahum awliyāʾa min dūnihi wa-naḥshuruhum yawma l-qiyāmati ʿalā wujūhihim ʿumyan wa-bukman wa-ṣumman maʾwāhum jahannamu kullamā khabat zidnāhum saʿīrā Et quiconque Allaah guide, celui-là est bien guidé (al-muhtad) ; et quiconque Il égare, tu ne trouveras pour eux aucun walī en dehors de Lui — et Nous les rassemblerons, au Jour de la Résurrection, sur leurs visages (ʿalā wujūhihim), aveugles, muets et sourds — leur asile (maʾwā) sera Jahannam ; chaque fois qu’il s’apaise (khabat), Nous leur ajoutons un embrasement (saʿīr).
Notes lexicales
man yahdi … man yuḏlil … awliyāʾa min dūnihi
construction conditionnelle qui appartient à la famille *mashīʾa*/*qadar* : ce verset s'en tient à ce qu'il affirme lui-même, sans trancher le rapport entre la guidance d'Allaah et la responsabilité humaine.
ʿalā wujūhihim
racine *w-j-h* (le visage). **Dit** : le texte précise la posture de ce rassemblement — sur les visages. **Non-dit** : le mécanisme exact de ce mode de rassemblement (traînés, prosternés de force, ou une autre modalité) n'est pas détaillé par ce seul verset.
ʿumyan wa-bukman wa-ṣumman
*aʿmā* (aveugle) reprend la racine de S17:72 (« quiconque est aveugle en cette vie sera, dans l'Ākhira, aveugle, et plus égaré encore quant au chemin ») : ce rapprochement avec l'égarement du chemin indique une cécité qui n'est pas de pur ordre sensoriel. Ce verset étend la même prudence à *bukm* (muet) et *ṣumm* (sourd), réunis ici en triade : **non-dit**, la part exacte de littéral et de figuré dans chacun des trois termes n'est pas fixée par ce seul verset.
khabat … saʿīrā
*khabat*, racine *kh-b-w* : s'apaiser, décliner en intensité — appliqué ici au feu. *Saʿīr*, racine *s-ʿ-r* : l'embrasement attisé. **Dit** : le texte affirme un renouvellement constant de l'intensité, empêchant tout apaisement durable.

S.17:98 · Leur rétribution — la moquerie de la résurrection reprise

S.17:98
ذَٰلِكَ جَزَاؤُهُمْ بِأَنَّهُمْ كَفَرُوا بِآيَاتِنَا وَقَالُوا أَإِذَا كُنَّا عِظَامًا وَرُفَاتًا أَإِنَّا لَمَبْعُوثُونَ خَلْقًا جَدِيدًا
Dhālika jazāʾuhum bi-annahum kafarū bi-āyātinā wa-qālū a-idhā kunnā ʿiẓāman wa-rufātan a-innā la-mabʿūthūna khalqan jadīdā Cela est leur rétribution (jazāʾ), parce qu’ils ont nié Nos āyāt, et dirent : « Quand nous serons ossements (ʿiẓāmā) et débris épars (rufātā), serons-nous vraiment ressuscités (la-mabʿūthūna) en une création nouvelle ? »
Notes lexicales
a-idhā kunnā ʿiẓāman wa-rufātan a-innā la-mabʿūthūna khalqan jadīdā
reprise mot pour mot de la même question posée plus haut dans cette même sourate (S17:49) — un écho intra-sourate exact, non un simple thème récurrent : la même moquerie, dans les mêmes termes, est ici rappelée comme motif explicite de la rétribution qui vient d'être décrite.

S.17:99 · Ce qui a créé les cieux et la terre peut créer leur semblable

Note de méthode — neutre absolu, « Ce qui » pour Allaah. Ce verset contient une proposition relative attribuant une action à Allaah (« Allaah, qui a créé les cieux et la terre… »). Pour Allaah, cette construction est rendue par « Ce qui » plutôt que par « Celui qui » : en français, le neutre absolu s’exprime par la locution « ce qui »/« ce que », et non par « celui qui », pronom masculin qui désigne ordinairement une personne. Le pronom ordinaire « Il » reste employé normalement pour les verbes dont Allaah est sujet ; seule la construction épithète « Celui qui X » est ici visée.

S.17:99
۞ أَوَلَمْ يَرَوْا أَنَّ اللَّهَ الَّذِي خَلَقَ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضَ قَادِرٌ عَلَىٰ أَنْ يَخْلُقَ مِثْلَهُمْ وَجَعَلَ لَهُمْ أَجَلًا لَا رَيْبَ فِيهِ فَأَبَى الظَّالِمُونَ إِلَّا كُفُورًا
A-wa-lam yaraw anna llāha lladhī khalaqa s-samāwāti wa-l-arḏa qādirun ʿalā an yakhluqa mithlahum wa-jaʿala lahum ajalan lā rayba fīhi fa-abā ẕ-ẕālimūna illā kufūrā N’ont-ils donc pas vu qu’Allaah — Ce qui a créé les cieux et la terre — est capable (qādir) de créer leur semblable (mithlahum), et [qu’Il] leur a fixé un terme (ajal) sur lequel il n’y a aucun doute ? Mais les ẕālimūn n’ont persisté que dans le kufūr.
Notes lexicales
qādirun ʿalā an yakhluqa mithlahum
racine *q-d-r* : la pleine capacité. **Dit** : l'argument tire sa force de la première création elle-même — ce qui a pu créer les cieux et la terre peut, a fortiori, recréer leur semblable.
ajalan lā rayba fīhi
*ajal*, racine *a-j-l* : le terme fixé. **Non-dit** : la durée exacte de ce terme n'est pas donnée par ce seul verset.
kufūrā
même forme intensive qu'en S17:89 : le refus obstiné et persistant.

Les trésors de la raḥma et l’avarice constitutionnelle de l’humain · S17:100

S.17:100 · Les trésors de la raḥma de mon Rabb

S.17:100
قُلْ لَوْ أَنْتُمْ تَمْلِكُونَ خَزَائِنَ رَحْمَةِ رَبِّي إِذًا لَأَمْسَكْتُمْ خَشْيَةَ الْإِنْفَاقِ ۚ وَكَانَ الْإِنْسَانُ قَتُورًا
Qul law antum tamlikūna khazāʾina raḥmati rabbī idhan la-amsaktum khashyata l-infāqi wa-kāna l-insānu qatūrā Dis : « Si vous possédiez les trésors (khazāʾin) de la raḥma de mon Rabb, alors vous les retiendriez (la-amsaktum) par crainte de dépenser (khashyata l-infāq) — l’être humain est, par nature, avare (qatūr). »
Notes lexicales
khazāʾin
racine *kh-z-n* : ce qui est mis en réserve. Voir S6:50 : le *nabī* désavoue lui-même posséder « les trésors d'Allaah », et le même désaveu est répété à la première personne (S11:31) ; symétriquement, ces trésors sont affirmés comme n'étant, pour toute chose, qu'auprès d'Allaah (S15:21). **Dit** : ce verset pousse le raisonnement un pas plus loin par l'absurde — même à supposer, par pure hypothèse, que des humains possédaient ces mêmes trésors, leur avarice constitutionnelle les empêcherait d'en disposer pleinement : un argument qui renforce, plutôt qu'il ne remet en cause, l'exclusivité posée ailleurs.
qatūrā
racine *q-t-r* : l'avarice portée à son degré le plus étroit, la retenue qui ne laisse rien filtrer.

Les neuf āyāt données à Mūsā — l’accusation de sorcellerie — la noyade de Firʿawn · S17:101–103

S.17:101 · « Tu es ensorcelé, ô Mūsā »

S.17:101
وَلَقَدْ آتَيْنَا مُوسَىٰ تِسْعَ آيَاتٍ بَيِّنَاتٍ ۖ فَاسْأَلْ بَنِي إِسْرَائِيلَ إِذْ جَاءَهُمْ فَقَالَ لَهُ فِرْعَوْنُ إِنِّي لَأَظُنُّكَ يَا مُوسَىٰ مَسْحُورًا
Wa-la-qad ātaynā mūsā tisʿa āyātin bayyinātin fa-sʾal banī isrāʾīla idh jāʾahum fa-qāla lahu firʿawnu innī la-aẕunnuka yā mūsā masḥūrā Et Nous avons certes donné à Mūsā neuf āyāt évidentes (bayyināt) — interroge donc les Banū Isrāʾīl, lorsqu’il vint à eux — et Firʿawn lui dit : « Je pense assurément, ô Mūsā, que tu es ensorcelé (masḥūr). »
Notes lexicales
tisʿa āyātin bayyinātin
*bayyināt*, racine *b-y-n* : ce qui est manifeste, sans ambiguïté. **Non-dit** : ce seul verset ne nomme aucune des neuf *āyāt* — aucune liste fermée n'est importée au-delà de ce que ce verset affirme.
masḥūrā
racine *s-ḥ-r* (la sorcellerie). Ici, c'est Firʿawn lui-même qui accuse Mūsā d'en être la victime — non l'auteur — de sorcellerie.

S.17:102 · « Tu sais bien… » — « tu es perdu, ô Firʿawn »

S.17:102
قَالَ لَقَدْ عَلِمْتَ مَا أَنْزَلَ هَٰؤُلَاءِ إِلَّا رَبُّ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ بَصَائِرَ وَإِنِّي لَأَظُنُّكَ يَا فِرْعَوْنُ مَثْبُورًا
Qāla la-qad ʿalimta mā anzala hāʾulāʾi illā rabbu s-samāwāti wa-l-arḏi baṣāʾira wa-innī la-aẕunnuka yā firʿawnu mathbūrā Il dit : « Tu sais bien que seul le Rabb des cieux et de la terre a fait descendre ceux-ci, comme preuves manifestes (baṣāʾir) — et je pense assurément, ô Firʿawn, que tu es perdu (mathbūr). »
Notes lexicales
baṣāʾira
pluriel de *baṣīra*, même racine *b-ṣ-r* que *baṣīr* (S17:96, ce Bloc) — ici substantivée : la preuve qui donne à voir avec clarté, non un simple signe.
mathbūrā
racine *th-b-r* : la ruine, l'anéantissement. Retour exact, en miroir, de l'accusation portée par Firʿawn au verset précédent : à l'accusation de sorcellerie, Mūsā répond par une annonce de perdition.

S.17:103 · La tentative d’ébranlement retournée — la noyade

S.17:103
فَأَرَادَ أَنْ يَسْتَفِزَّهُمْ مِنَ الْأَرْضِ فَأَغْرَقْنَاهُ وَمَنْ مَعَهُ جَمِيعًا
Fa-arāda an yastafizzahum mina l-arḏi fa-aghraqnāhu wa-man maʿahu jamīʿā Il voulut alors les ébranler (yastafizzahum) hors de cette terre — mais Nous le noyâmes (aghraqnāhu), lui et tous ceux qui étaient avec lui.
Notes lexicales
yastafizzahum
même racine et même verbe exact que la tentative d'expulsion de S17:76 (les dénégateurs voulant ébranler le *nabī* hors de sa terre, tentative que le texte y désamorçait par la protection accordée). Le retournement est ici complet : c'est à présent Firʿawn qui veut ébranler les Banū Isrāʾīl hors de leur terre — et c'est lui, avec les siens, qui est englouti. Le même verbe, appliqué deux fois dans cette sourate, se retourne contre celui qui l'emploie.

L’installation des Banū Isrāʾīl et la promesse de l’Ākhira · S17:104

S.17:104 · « Habitez cette terre »

S.17:104
وَقُلْنَا مِنْ بَعْدِهِ لِبَنِي إِسْرَائِيلَ اسْكُنُوا الْأَرْضَ فَإِذَا جَاءَ وَعْدُ الْآخِرَةِ جِئْنَا بِكُمْ لَفِيفًا
Wa-qulnā min baʿdihi li-banī isrāʾīla skunū l-arḏa fa-idhā jāʾa waʿdu l-ākhirati jiʾnā bikum lafīfā Et Nous dîmes, après lui, aux Banū Isrāʾīl : « Habitez cette terre » — puis, quand viendra la promesse de l’Ākhira, Nous vous ferons venir tous ensemble, mêlés (lafīfā).
Notes lexicales
lafīfā
racine *l-f-f* : amasser, réunir en une seule masse mêlée, sans distinction de rang.
waʿdu l-ākhirati
**Non-dit** : ce seul verset ne précise pas si cette « promesse de l'Ākhira » désigne le Jour de la Résurrection lui-même ou un terme antérieur, propre à l'histoire des Banū Isrāʾīl, qualifié ici de « dernier » par rapport à cet épisode — la reprise immédiate du texte (S17:105 et suivants, qui reviennent au Qurʾān et au *nabī*) ne permet pas de trancher cette question au-delà de ce que ce seul verset affirme.

Le Qurʾān descendu par le ḥaqq, fractionné pour une récitation progressive · S17:105–106

S.17:105 · Par le ḥaqq descendu, par le ḥaqq venu

S.17:105
وَبِالْحَقِّ أَنْزَلْنَاهُ وَبِالْحَقِّ نَزَلَ ۗ وَمَا أَرْسَلْنَاكَ إِلَّا مُبَشِّرًا وَنَذِيرًا
Wa-bi-l-ḥaqqi anzalnāhu wa-bi-l-ḥaqqi nazala wa-mā arsalnāka illā mubashshiran wa-naẕīrā Et par le ḥaqq Nous l’avons fait descendre, et par le ḥaqq il est descendu — et Nous ne t’avons envoyé que comme annonciateur (mubashshir) et avertisseur (naẕīr).
Notes lexicales
bi-l-ḥaqqi
*ḥaqq*, conservé en translittération. **Dit** : la double affirmation (« Nous l'avons fait descendre » à la première personne, « il est descendu » à la forme intransitive) pose le *ḥaqq* comme la qualité constante de ce mouvement, du côté de son origine comme de son aboutissement.
mubashshiran wa-naẕīrā
couple de S2:119 : celui qui annonce une bonne nouvelle et celui qui avertit. **Dit** : le texte referme, sur cette double fonction, tout ce que le *nabī* est envoyé pour être — sans autre rôle ajouté.

S.17:106 · Un Qurʾān fractionné, une récitation progressive

S.17:106
وَقُرْآنًا فَرَقْنَاهُ لِتَقْرَأَهُ عَلَى النَّاسِ عَلَىٰ مُكْثٍ وَنَزَّلْنَاهُ تَنْزِيلًا
Wa-qurʾānan faraqnāhu li-taqraʾahu ʿalā n-nāsi ʿalā mukthin wa-nazzalnāhu tanzīlā Et [c’est] un Qurʾān que Nous avons fractionné (faraqnāhu), pour que tu le récites aux gens avec une progression mesurée (ʿalā mukth) — et Nous l’avons fait descendre par étapes successives (tanzīlā).
Notes lexicales
faraqnāhu
racine *f-r-q* — même racine que *al-Furqān* (ce qui distingue, tranche entre le vrai et le faux) — mais ici employée à un autre sens attesté de la même racine : diviser en parties successives. **Dit** : le texte affirme un mode de révélation étalé dans le temps, non un envoi en un seul bloc.
ʿalā mukthin
racine *m-k-th* : demeurer, prendre son temps sans hâte.
tanzīlā
même racine *n-z-l* que *anzalnāhu*/*nazala* (S17:105, ce Bloc) : la descente, ici à la forme nominale d'insistance.

Ceux à qui la science fut donnée avant lui — la prosternation en larmes · S17:107–109

S.17:107 · La prosternation sur le menton

S.17:107
قُلْ آمِنُوا بِهِ أَوْ لَا تُؤْمِنُوا ۚ إِنَّ الَّذِينَ أُوتُوا الْعِلْمَ مِنْ قَبْلِهِ إِذَا يُتْلَىٰ عَلَيْهِمْ يَخِرُّونَ لِلْأَذْقَانِ سُجَّدًا
Qul āminū bihi aw lā tuʾminū inna lladhīna ūtū l-ʿilma min qablihi idhā yutlā ʿalayhim yakhirrūna li-l-adhqāni sujjadā Dis : « Croyez-y, ou n’y croyez pas » — ceux à qui la science (al-ʿilm) fut donnée avant lui (min qablihi), quand il leur est récité, tombent sur le menton (li-l-adhqān), prosternés (sujjadā).
Notes lexicales
lladhīna ūtū l-ʿilma min qablihi
**Non-dit** : l'identité précise de ce groupe n'est pas nommée par ce seul verset — aucun groupe déterminé n'est importé au-delà de ce que le texte affirme.
yakhirrūna li-l-adhqāni sujjadā
*adhqān*, pluriel de *dhaqan* (le menton). *Sujjad*, racine *s-j-d* : se prosterner.

S.17:108 · « Gloire à notre Rabb — Sa promesse est assurément accomplie »

S.17:108
وَيَقُولُونَ سُبْحَانَ رَبِّنَا إِنْ كَانَ وَعْدُ رَبِّنَا لَمَفْعُولًا
Wa-yaqūlūna subḥāna rabbinā in kāna waʿdu rabbinā la-mafʿūlā Et ils disent : « Gloire à notre Rabb (subḥāna rabbinā) — la promesse de notre Rabb est assurément accomplie (la-mafʿūlā). »
Notes lexicales
in kāna … la-mafʿūlā
**Point de grammaire.** La particule *in*, suivie du *lām* qui introduit *la-mafʿūlā*, fonctionne ici comme un renforcement affirmatif (« assurément ») et non comme la négation ordinaire qu'elle introduit le plus souvent — un emploi grammatical attesté et distinct de sa fonction conditionnelle habituelle, signalé pour prévenir toute lecture erronée du sens.

S.17:109 · Ils tombent en pleurant — une humilité accrue

S.17:109
وَيَخِرُّونَ لِلْأَذْقَانِ يَبْكُونَ وَيَزِيدُهُمْ خُشُوعًا ۩
Wa-yakhirrūna li-l-adhqāni yabkūna wa-yazīduhum khushūʿā Et ils tombent sur le menton, en pleurant (yabkūna), et cela leur accroît une humilité profonde (khushūʿ).
Notes lexicales
khushūʿā
racine *kh-sh-ʿ* : l'abaissement conjoint du corps et du cœur — voir l'étude Le rituel de la Ṣalāt dans le Coran, qui traite nommément ce registre (S23:1–2). Distinct de la seule crainte (*khawf*) : une disposition d'ensemble, non une émotion isolée.

Invoquer par n’importe quel Nom — la voix dans la ṣalāt · S17:110

S.17:110 · Les Noms de la plus grande excellence — ni retentissant ni murmuré

S.17:110
قُلِ ادْعُوا اللَّهَ أَوِ ادْعُوا الرَّحْمَٰنَ ۖ أَيًّا مَا تَدْعُوا فَلَهُ الْأَسْمَاءُ الْحُسْنَىٰ ۚ وَلَا تَجْهَرْ بِصَلَاتِكَ وَلَا تُخَافِتْ بِهَا وَابْتَغِ بَيْنَ ذَٰلِكَ سَبِيلًا
Quli dʿū llāha awi dʿū r-raḥmāna ayyan mā tadʿū fa-lahu l-asmāʾu l-ḥusnā wa-lā tajhar bi-ṣalātika wa-lā tukhāfit bihā wa-btaghi bayna dhālika sabīlā Dis : « Invoquez Allaah, ou invoquez ar-Raḥmān — quel que soit [le Nom] par lequel vous invoquez, à Lui appartiennent les Noms de la plus grande excellence (al-asmāʾ al-ḥusnā). » Et ne sois pas retentissant (lā tajhar) dans ta ṣalāt, et ne la murmure pas (lā tukhāfit) — et cherche, entre les deux, une voie (sabīlā).
Notes lexicales
al-asmāʾ al-ḥusnā
racine *ḥ-s-n* (l'excellence, ce qui atteint le plus haut degré de qualité) — voir S7:180 pour la mise en garde contre ceux qui « dévient » (*yulḥidūna*) au sujet de ces mêmes Noms. Ce verset en donne le versant positif : quel que soit le Nom par lequel on invoque — Allaah, ar-Raḥmān, ou tout autre des Noms de cette même excellence — aucune déviation n'est en cause ; c'est la même réalité qui est invoquée, sous des Noms distincts qui Lui appartiennent tous.
lā tajhar bi-ṣalātika wa-lā tukhāfit bihā wa-btaghi bayna dhālika sabīlā
*jahr* (racine *j-h-r*, ce qui est manifeste, retentissant, rendu public) et *khafat* (racine *kh-f-t*, le murmure éteint) : voir l'étude La voix dans la Ṣalāt, qui traite nommément et exclusivement ce verset comme l'unique verset coranique portant directement sur le niveau sonore de la ṣalāt. **Dit** : ni le registre retentissant, ni le murmure éteint, mais une voie médiane entre les deux. **Non-dit**, signalé par cette même étude : le texte ne précise pas si cette prescription s'applique identiquement à tous les moments de la ṣalāt, ni ne découpe celle-ci en segments à voix haute et en segments à voix basse.

Clôture de la sourate — nul walad, nul sharīk dans le mulk, nul walī contre l’abaissement · S17:111

S.17:111 · La ḥamd à Allaah, qui n’a pris nul walad

Clôture de la Sourate 17. Ce dernier verset referme la sourate sur trois négations et un ordre. Les trois négations reprennent, sous une seule formule de ḥamd, des rejets rencontrés séparément ailleurs dans le Coran : nul walad pris par Allaah (cohérence directe avec S4:171 et S10:68, qui appliquent, mot pour mot ou presque, la même formule de rejet), nul sharīk dans le mulk — la pleine souveraineté posée en S5:120 — et nul walī qui protégerait Allaah d’un abaissement. L’ordre qui suit, magnifier Allaah pleinement, clôt la sourate sur cette même proclamation.

S.17:111
وَقُلِ الْحَمْدُ لِلَّهِ الَّذِي لَمْ يَتَّخِذْ وَلَدًا وَلَمْ يَكُنْ لَهُ شَرِيكٌ فِي الْمُلْكِ وَلَمْ يَكُنْ لَهُ وَلِيٌّ مِنَ الذُّلِّ ۖ وَكَبِّرْهُ تَكْبِيرًا
Wa-quli l-ḥamdu lillāhi lladhī lam yattakhidh waladan wa-lam yakun lahu sharīkun fi l-mulki wa-lam yakun lahu waliyyun mina dh-dhulli wa-kabbirhu takbīrā Et dis : « La ḥamd est à Allaah, Ce qui n’a pas pris de walad (enfant), Ce qui n’a pas de sharīk (associé) dans le mulk (la pleine souveraineté), et Ce qui n’a pas de walī [pour Le protéger] d’un abaissement (adh-dhull) » — et magnifie-Le d’une pleine magnification (kabbirhu takbīrā).
Notes lexicales
al-ḥamd
voir S1:2 : la louange qui reconnaît une qualité, distincte du *shukr* (la gratitude pour un bienfait reçu).
lladhī lam yattakhidh waladan
même verbe exact, *ittakhadha* (prendre, adopter), que celui rejeté pour Allaah en S10:68 (« Allaah a pris un enfant ») ; même rejet, sous la formule *subḥānahu*, en S4:171 à propos du « trois » et du *walad* attribué au Messie. Ce verset applique ce même rejet, ici comme ouverture même de la *ḥamd* qui clôt la sourate.
sharīkun fi l-mulki
*mulk*, racine *m-l-k* : la pleine souveraineté des cieux et de la terre (voir S5:120). *Sharīk*, racine *sh-r-k* — voir l'étude Le Shirk. Ici le rejet porte directement sur la souveraineté elle-même, non sur un objet de culte.
waliyyun mina dh-dhulli
racine *dh-l-l* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : l'état de faiblesse, de soumission par infériorité, l'abaissement subi. La même racine (*janāḥ al-dhull*, l'abaissement volontaire et consenti d'un enfant envers ses parents — voir l'étude Les rapports aux parents dans le Coran) y porte un sens positif et délibéré ; ici, au contraire, c'est le sens négatif de la même racine qui est explicitement écarté pour Allaah. **Dit** : le texte affirme qu'aucun *walī* n'est nécessaire à Allaah pour Le protéger d'un tel état — non qu'un tel état Le menacerait sans cette protection, mais que la question même ne se pose pas, en cohérence avec le Nom *al-ʿAzīz* (la pleine puissance, l'inaccessibilité à toute atteinte).
kabbirhu takbīrā
racine *k-b-r*, même racine que le verbe de S2:185 (proclamer la grandeur d'Allaah en retour de la guidance reçue). Ici à l'impératif adressé au *nabī* : magnifier Allaah, non Lui attribuer une grandeur qu'Il n'aurait pas, mais l'affirmer et la proclamer sans réserve — clôture de la sourate sur cette proclamation.

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