Structure du Bloc I, ouverture de la Sourate 18. Quatre ensembles. D’abord la ḥamd pour le Kitāb descendu sans détour, l’avertissement d’une rigueur sévère et l’annonce d’une belle rétribution, l’avertissement particulier à ceux qui disent qu’Allaah aurait pris un enfant (walad) — prétention sans aucune connaissance —, puis l’ornement (zīna) que Nous avons fait de ce qui est sur la terre, épreuve destinée à distinguer la meilleure œuvre, et son terme annoncé : une étendue aride (S18:1–8). Puis s’ouvre le récit des Compagnons de la Caverne (aṣḥāb al-kahf) : la question rhétorique sur l’étonnement qu’ils constitueraient, leur retraite dans la Caverne et leur invocation, le sommeil qui leur fut imposé, l’affermissement de leurs cœurs et leur profession d’unicité, le rejet du shirk de leur peuple, et la décision de s’y réfugier tout à fait (S18:9–16). Puis les signes qui entourent leur sommeil : le soleil qui s’écarte de part et d’autre de la Caverne, leur apparence de veille alors qu’ils dorment, leur chien aux pattes étendues sur le seuil, leur réveil et leur dialogue, l’envoi prudent de l’un d’eux acheter de la nourriture, l’avertissement du danger s’ils étaient découverts, leur découverte effective et le débat sur l’édifice à bâtir sur eux, puis le débat sur leur nombre exact — trois, cinq ou sept — tranché par le seul renvoi au savoir d’Allaah (S18:17–22). Enfin des instructions données au nabī — ne jamais affirmer un projet futur sans la réserve du vouloir d’Allaah —, la clôture du récit sur la durée de leur séjour, et la proclamation finale de l’exclusivité du ghayb et du jugement (ḥukm) d’Allaah (S18:23–26).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.18:1 La ḥamd pour le Kitāb descendu sans détour (ʿiwaj)
S.18:2–3 Droit et rectificateur (qayyim), pour avertir et pour annoncer une belle rétribution
S.18:4–5 L’avertissement à ceux qui disent qu’Allaah aurait pris un enfant — une parole énorme, sans connaissance
S.18:6 Le nabī risquant de se consumer de chagrin s’ils ne croient pas en ce récit
S.18:7–8 L’ornement de la terre, épreuve de la meilleure œuvre — puis une étendue aride
S.18:9 La question rhétorique sur les Compagnons de la Caverne et d’ar-Raqīm
S.18:10 Les jeunes gens se réfugient dans la Caverne — leur invocation
S.18:11–12 Le sommeil imposé — le réveil pour distinguer lequel des deux groupes compterait le mieux la durée
S.18:13 Nous te racontons leur récit par le ḥaqq — des jeunes gens qui ont cru
S.18:14–15 L’affermissement des cœurs, leur profession d’unicité — le shirk de leur peuple sans preuve
S.18:16 La décision de se retirer entièrement dans la Caverne
S.18:17 Le soleil qui s’écarte de la Caverne, de part et d’autre
S.18:18 Dormeurs pris pour éveillés — le chien aux pattes étendues sur le seuil
S.18:19 Le réveil et le dialogue — l’envoi prudent de l’un d’eux acheter de la nourriture
S.18:20 L’avertissement : la lapidation ou le retour forcé dans leur milla
S.18:21 Leur découverte — le débat sur l’édifice à bâtir sur eux
S.18:22 Le débat sur leur nombre — trois, cinq ou sept — le renvoi au savoir d’Allaah
S.18:23–24 Ne jamais dire « je ferai cela demain » sans la réserve du vouloir d’Allaah
S.18:25 La durée de leur séjour : trois cents ans, plus neuf
S.18:26 Clôture : l’exclusivité du ghayb et du jugement (ḥukm) d’Allaah

Exorde — le Kitāb sans détour, l’avertissement du walad, l’ornement périssable de la terre · S18:1–8

S.18:1 · La ḥamd pour le Kitāb descendu sans détour

Note de méthode — neutre absolu, « Ce qui » pour Allaah. Pour toute construction en proposition relative attribuant une action à Allaah (« Allaah, qui a fait descendre… »), ce Bloc emploie « Ce qui » plutôt que « Celui qui » : en français, le neutre absolu s’exprime par la locution « ce qui »/« ce que », et non par « celui qui », pronom masculin qui désigne ordinairement une personne. Le pronom ordinaire « Il » reste employé normalement pour les verbes dont Allaah est sujet ; seule la construction épithète « Celui qui X » est ici visée.

S.18:1
الْحَمْدُ لِلَّهِ الَّذِي أَنْزَلَ عَلَىٰ عَبْدِهِ الْكِتَابَ وَلَمْ يَجْعَلْ لَهُ عِوَجًا ۜ
Al-ḥamdu lillāhi lladhī anzala ʿalā ʿabdihi l-kitāba wa-lam yajʿal lahu ʿiwajā La ḥamd est à Allaah, Ce qui a fait descendre sur Son ʿabd le Kitāb, et n’y a placé aucun détour (ʿiwaj).
Notes lexicales
al-ḥamd
voir S1:2 : la louange qui reconnaît une qualité, distincte du *shukr* (la gratitude pour un bienfait reçu).
ʿabdihi
racine *ʿ-b-d* : celui qui sert. Même terme appliqué au *nabī* Muḥammad à propos de l'*isrāʾ* nocturne (S17:1). Ce seul verset ne nomme pas ce *ʿabd* ; l'identification au *nabī* Muḥammad relève ici du contexte immédiat de la sourate (l'adresse qui suit, « pour avertir… », S18:2), non d'une affirmation nommée dans ce verset même.
ʿiwajā
racine *ʿ-w-j* : la courbure, le détour, la déviation. Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*), rapportant az-Zajjāj, relève une distinction fine dans l'usage classique : *ʿiwaj* (avec *kasra*) s'emploie pour ce qui n'est pas visible à l'œil — un discours, une conduite, un *dīn* — tandis que *ʿawaj* (avec *fatḥa*) s'emploie pour ce qui est visible et tangible — un bâton, une chose matérielle. Dit : le texte affirme, par ce choix même de vocalisation, que le Kitāb ne comporte aucune déviation de sens ou de conduite qu'il faudrait redresser — non une simple absence de défaut matériel.

S.18:2–3 · Droit et rectificateur, pour avertir et pour annoncer

S.18:2–3
قَيِّمًا لِيُنْذِرَ بَأْسًا شَدِيدًا مِنْ لَدُنْهُ وَيُبَشِّرَ الْمُؤْمِنِينَ الَّذِينَ يَعْمَلُونَ الصَّالِحَاتِ أَنَّ لَهُمْ أَجْرًا حَسَنًا ۝ مَاكِثِينَ فِيهِ أَبَدًا
Qayyiman li-yundhira baʾsan shadīdan min ladunhu wa-yubashshira l-muʾminīna lladhīna yaʿmalūna ṣ-ṣāliḥāti anna lahum ajran ḥasanā — mākithīna fīhi abadā [Il l’a rendu] droit et rectificateur (qayyimā), pour avertir d’une rigueur sévère (baʾs) venant directement de Lui (min ladunhu), et pour annoncer aux muʾminūn qui accomplissent les œuvres droites (aṣ-ṣāliḥāt) qu’il y a pour eux une belle rétribution (ajr), où ils demeureront (mākithīn) éternellement.
Notes lexicales
qayyimā
racine *q-w-m* : ce qui se tient droit, rectifie, gouverne avec droiture — complément d'état (*ḥāl*) qui qualifie le Kitāb, en écho direct du verset précédent. Précédent direct : *ad-dīn al-qayyim*, « le *dīn* droit et rectificateur » (S9:36).
baʾsan shadīdan min ladunhu
*baʾs*, racine *b-ʾ-s* : la rigueur, la force intense — voir S2:177 et S4:84, où elle désigne une situation de combat ou d'épreuve. Ici appliquée à un avertissement venant directement d'Allaah, sans médiation de combat. *Min ladunhu* : *ladun*, distinct de *ʿinda* (auprès de), marque une provenance immédiate, sans intermédiaire — précédent exact : « donne-nous, de Ta part (*min ladunka*), une raḥma » (S3:8). Ce même *ladun* revient encore dans ce Bloc (S18:10) et au Bloc suivant de la sourate (S18:65).
mākithīna fīhi abadā
racine *m-k-th* : demeurer, prendre son temps sans hâte — même racine que dans la récitation progressive du Qurʾān, *ʿalā mukth* (S17:106). Ici substantivée pour la demeure éternelle dans la rétribution promise.

S.18:4–5 · L’avertissement à ceux qui disent qu’Allaah aurait pris un enfant

S.18:4–5
وَيُنْذِرَ الَّذِينَ قَالُوا اتَّخَذَ اللَّهُ وَلَدًا ۝ مَا لَهُمْ بِهِ مِنْ عِلْمٍ وَلَا لِآبَائِهِمْ ۚ كَبُرَتْ كَلِمَةً تَخْرُجُ مِنْ أَفْوَاهِهِمْ ۚ إِنْ يَقُولُونَ إِلَّا كَذِبًا
Wa-yundhira lladhīna qālū ttakhadha llāhu waladā — mā lahum bihi min ʿilmin wa-lā li-ābāʾihim kaburat kalimatan takhruju min afwāhihim in yaqūlūna illā kadhibā Et pour avertir ceux qui ont dit : « Allaah a pris un enfant (walad) » — ils n’en ont aucune connaissance (ʿilm), ni leurs pères (ābāʾ) avant eux. Combien est énorme, comme parole (kalima), ce qui sort de leurs bouches (afwāhihim) ! Ils ne disent rien d’autre qu’un mensonge (kadhib).
Notes lexicales
ittakhadha llāhu waladan
même verbe exact rejeté pour Allaah à plusieurs reprises : « Allaah a pris un enfant » (S10:68, S17:111) ; même rejet, sous la formule *subḥānahu*, à propos du « trois » et du *walad* attribué au Messie (S4:171). Ce verset applique ce même rejet dès l'ouverture de cette sourate.
kaburat kalimatan
Point de grammaire. Construction d'exclamation (*taʿajjub*) : le verbe *kabura* (être grand, énorme) porte sur la parole elle-même, *kalimatan* fonctionnant comme complément de spécification (*tamyīz*) — « combien est grande, en tant que parole, [cette parole] qui sort de leurs bouches ! ». La traduction française rend l'exclamation par un tour équivalent plutôt que par un calque littéral.
kadhibā
racine *k-dh-b* : le mensonge, ce qui ne correspond pas au réel. Dit : le texte ne se contente pas de nier la connaissance de cette prétention — il la qualifie directement de mensonge.

S.18:6 · Le nabī risquant de se consumer de chagrin

S.18:6
فَلَعَلَّكَ بَاخِعٌ نَفْسَكَ عَلَىٰ آثَارِهِمْ إِنْ لَمْ يُؤْمِنُوا بِهَٰذَا الْحَدِيثِ أَسَفًا
Fa-laʿallaka bākhiʿun nafsaka ʿalā āthārihim in lam yuʾminū bi-hādhā l-ḥadīthi asafā Peut-être vas-tu te consumer toi-même (bākhiʿun nafsaka), sur leurs traces (āthārihim), de chagrin (asaf), s’ils ne croient pas en ce récit (al-ḥadīth).
Notes lexicales
bākhiʿun nafsaka
racine *b-kh-ʿ* : se tuer, s'épuiser jusqu'à l'extrême par le chagrin ou le regret — Ibn Manẓūr : *bakhaʿa nafsahu* signifie *qatalahā ghamman* (il l'a tuée de chagrin). Dit : le texte adresse au *nabī* une mise en garde contre un excès de peine devant le refus de croire ; l'*asaf* comme le *bakhʿ* sont ici des états humains ordinaires.
hādhā l-ḥadīth
*ḥadīth*, racine *ḥ-d-th* : ce qui est nouveau, dit, raconté — au sens premier de la racine, une parole ou un récit, non un genre technique déterminé. Voir l'étude Ḥadīth, qui établit, en partant strictement du texte, que le Coran emploie ce terme pour se désigner lui-même comme parole/récit. Ici, « ce récit » désigne le Qurʾān lui-même, objet du refus de croire qui vient d'être annoncé.
asafā
racine *ʾ-s-f* : le chagrin intense, souvent mêlé de regret.

S.18:7–8 · L’ornement de la terre, épreuve — puis une étendue aride

S.18:7–8
إِنَّا جَعَلْنَا مَا عَلَى الْأَرْضِ زِينَةً لَهَا لِنَبْلُوَهُمْ أَيُّهُمْ أَحْسَنُ عَمَلًا ۝ وَإِنَّا لَجَاعِلُونَ مَا عَلَيْهَا صَعِيدًا جُرُزًا
Innā jaʿalnā mā ʿala l-arḏi zīnatan lahā li-nabluwahum ayyuhum aḥsanu ʿamalā — wa-innā la-jāʿilūna mā ʿalayhā ṣaʿīdan juruzā Nous avons fait de ce qui est sur la terre un ornement (zīna) pour elle, afin de les éprouver (li-nabluwahum), [et de savoir] lequel d’entre eux est le meilleur en œuvre (ʿamal) — et Nous ferons certainement de ce qui s’y trouve une surface (ṣaʿīd) nue et aride (juruz).
Notes lexicales
zīnatan lahā
racine *z-y-n* : l'ornement, l'embellissement. Dit : ce qui orne la terre y est placé dans un but précis et annoncé — l'épreuve — non comme une fin en soi.
li-nabluwahum
racine *b-l-w* : l'épreuve, la mise à l'essai — voir S2:124 et S3:154.
ṣaʿīdan juruzā
*ṣaʿīd*, racine *ṣ-ʿ-d* : la surface de la terre — même terme que pour le *tayammum* (S4:43). *Juruz*, racine *j-r-z* : une terre entièrement dépouillée de végétation, stérile. Dit : le texte annonce, en contraste direct avec l'ornement du verset précédent, l'issue finale de cette même surface.

Les Compagnons de la Caverne — leur retraite, l’affermissement des cœurs, la décision de se retirer · S18:9–16

S.18:9 · La question rhétorique sur les Compagnons de la Caverne et d’ar-Raqīm

S.18:9
أَمْ حَسِبْتَ أَنَّ أَصْحَابَ الْكَهْفِ وَالرَّقِيمِ كَانُوا مِنْ آيَاتِنَا عَجَبًا
Am ḥasibta anna aṣḥāba l-kahfi wa-r-raqīmi kānū min āyātinā ʿajabā Ou bien as-tu estimé (ḥasibta) que les compagnons (aṣḥāb) de la Caverne (al-kahf) et d’ar-Raqīm étaient, parmi Nos āyāt, un prodige étonnant (ʿajab) ?
Notes lexicales
al-kahf
racine *k-h-f* : la caverne, la cavité creusée dans une montagne — terme qui donne son nom traditionnel à cette sourate. Conservé tel quel, sans équivalent français à chercher au-delà de « caverne ».
ar-raqīm
Crux lexical, plusieurs lectures attestées, sans trancher. Racine *r-q-m* : ce qui est inscrit, marqué, écrit. Ibn Manẓūr rapporte, sans les départager, plusieurs opinions léguées par les lexicographes anciens : (1) une plaque ou tablette portant une inscription — les noms des jeunes gens, ou le récit de leur histoire ; (2) le nom du lieu, de la vallée ou de la montagne où se trouve la Caverne ; (3), selon une opinion minoritaire, le nom de leur chien. Ce seul verset associe le mot à *aṣḥāb al-kahf* sans le définir davantage. Ce Bloc ne tranche pas entre ces lectures, faute d'indication textuelle suffisante.
ʿajabā
racine *ʿ-j-b* : l'étonnement remarquable. Dit : la question elle-même, construite par « ou bien » (*am*), relativise l'étonnement attendu — suggérant que ce récit, pour remarquable qu'il soit, ne dépasse pas la mesure des autres āyāt d'Allaah.

S.18:10 · Les jeunes gens se réfugient dans la Caverne — leur invocation

S.18:10
إِذْ أَوَى الْفِتْيَةُ إِلَى الْكَهْفِ فَقَالُوا رَبَّنَا آتِنَا مِنْ لَدُنْكَ رَحْمَةً وَهَيِّئْ لَنَا مِنْ أَمْرِنَا رَشَدًا
Idh awa l-fityatu ila l-kahfi fa-qālū rabbanā ātinā min ladunka raḥmatan wa-hayyiʾ lanā min amrinā rashadā Quand les jeunes gens (al-fitya) se réfugièrent (awā) dans la Caverne, et dirent : « Notre Rabb, donne-nous, de Ta part (min ladunka), une raḥma, et arrange pour nous, dans notre affaire (amr), une rectitude de conduite (rashad). »
Notes lexicales
al-fitya
racine *f-t-y* : la jeunesse, la vigueur — pluriel de paucité (de trois à dix) de *fatan*. Cette forme plurielle prépare, de façon cohérente, le débat sur leur nombre exact qui viendra plus loin dans ce même Bloc (S18:22).
min ladunka raḥmatan
précédent exact, presque mot pour mot : « accorde-nous, de Ta part (*min ladunka*), une raḥma » (S3:8).
rashadā
racine *r-sh-d* : la voie droite qui mène au bien, la rectitude de jugement — opposée à *ghayy* (l'égarement). Cette même racine revient à la clôture de ce Bloc (S18:24).

S.18:11–12 · Le sommeil imposé — le réveil pour distinguer lequel des deux groupes compterait le mieux

S.18:11–12
فَضَرَبْنَا عَلَىٰ آذَانِهِمْ فِي الْكَهْفِ سِنِينَ عَدَدًا ۝ ثُمَّ بَعَثْنَاهُمْ لِنَعْلَمَ أَيُّ الْحِزْبَيْنِ أَحْصَىٰ لِمَا لَبِثُوا أَمَدًا
Fa-ḍarabnā ʿalā ādhānihim fi l-kahfi sinīna ʿadadā — thumma baʿathnāhum li-naʿlama ayyu l-ḥizbayni aḥṣā li-mā labithū amadā Nous avons alors mis un voile sur leurs oreilles (ḍarabnā ʿalā ādhānihim), dans la Caverne, pour un nombre d’années compté (sinīna ʿadadā) — puis Nous les avons réveillés (baʿathnāhum), pour faire apparaître lequel des deux groupes (al-ḥizbayn) évaluerait le mieux (aḥṣā) la durée (amad) de leur séjour.
Notes lexicales
ḍarabnā ʿalā ādhānihim
racine *ḍ-r-b* : « frapper », ici dans un emploi idiomatique et non littéral — « mettre un voile sur les oreilles », c'est-à-dire plonger dans un sommeil qui coupe entièrement de ce qui s'entend autour. Même racine que *ḍaraba mathalan* (donner un exemple), autre emploi non littéral : la racine *ḍ-r-b* couvre, en arabe classique, des emplois figurés variés au-delà du seul sens de coup physique.
baʿathnāhum
racine *b-ʿ-th* : réveiller, envoyer, faire lever — même racine que la résurrection (*al-baʿth*). Non-dit : ce seul verset emploie cette racine au sens de « réveiller d'un sommeil », sans établir explicitement un parallèle avec la Résurrection — un tel rapprochement, si le lecteur le fait de lui-même à partir de la même racine, resterait une inférence, non une affirmation de ce verset.
li-naʿlama
même construction qu'en S3:140 (*li-yaʿlama*) : elle désigne, non l'acquisition d'une connaissance nouvelle, mais la manifestation, dans l'événement, de ce qui était déjà su. Ce même principe s'applique ici : « pour faire apparaître » plutôt que « pour apprendre ».
ayyu l-ḥizbayni
Non-dit. L'identité précise de ces « deux groupes » n'est pas fixée par ce seul verset — deux lectures sont possibles : un désaccord interne aux jeunes gens eux-mêmes sur la durée de leur sommeil, ou une anticipation du débat qui opposera, plus tard dans ce récit, les gens de la cité entre eux (S18:21, ce Bloc). Ce Bloc ne tranche pas entre ces deux lectures.

S.18:13 · Nous te racontons leur récit par le ḥaqq

S.18:13
نَحْنُ نَقُصُّ عَلَيْكَ نَبَأَهُمْ بِالْحَقِّ ۚ إِنَّهُمْ فِتْيَةٌ آمَنُوا بِرَبِّهِمْ وَزِدْنَاهُمْ هُدًى
Naḥnu naquṣṣu ʿalayka nabaʾahum bi-l-ḥaqqi innahum fityatun āmanū bi-rabbihim wa-zidnāhum hudā Nous te racontons (naquṣṣu) leur récit (nabaʾ) par le ḥaqq — ce sont des jeunes gens qui ont cru en leur Rabb, et Nous leur avons ajouté une guidance (hudā).
Notes lexicales
naḥnu naquṣṣu ʿalayka … bi-l-ḥaqqi
précédent direct : « Nous te racontons le plus beau des récits » (*naḥnu naquṣṣu ʿalayka aḥsana l-qaṣaṣ*, S12:3) — même formule d'ouverture narrative, ici appliquée au récit des Compagnons de la Caverne.
wa-zidnāhum hudā
Dit : le texte affirme un accroissement de la guidance déjà reçue par ces jeunes gens, en réponse directe à leur foi — non l'origine première de cette foi, que ce verset ne relate pas.

S.18:14–15 · L’affermissement des cœurs, leur profession d’unicité — le shirk de leur peuple

S.18:14–15
وَرَبَطْنَا عَلَىٰ قُلُوبِهِمْ إِذْ قَامُوا فَقَالُوا رَبُّنَا رَبُّ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ لَنْ نَدْعُوَ مِنْ دُونِهِ إِلَٰهًا ۖ لَقَدْ قُلْنَا إِذًا شَطَطًا ۝ هَٰؤُلَاءِ قَوْمُنَا اتَّخَذُوا مِنْ دُونِهِ آلِهَةً ۖ لَوْلَا يَأْتُونَ عَلَيْهِمْ بِسُلْطَانٍ بَيِّنٍ ۖ فَمَنْ أَظْلَمُ مِمَّنِ افْتَرَىٰ عَلَى اللَّهِ كَذِبًا
Wa-rabaṭnā ʿalā qulūbihim idh qāmū fa-qālū rabbunā rabbu s-samāwāti wa-l-arḏi lan nadʿuwa min dūnihi ilāhan la-qad qulnā idhan shaṭaṭā — hāʾulāʾi qawmunā ttakhadhū min dūnihi ālihatan lawlā yaʾtūna ʿalayhim bi-sulṭānin bayyinin fa-man aẓlamu mimmani ftarā ʿala llāhi kadhibā Et Nous avons affermi (rabaṭnā) leurs cœurs, quand ils se levèrent et dirent : « Notre Rabb est le Rabb des cieux et de la terre — jamais nous n’invoquerons, en dehors de Lui, un ilāh ; nous aurions alors assurément prononcé une parole excessive et injuste (shaṭaṭ). Ceux-ci, notre peuple, ont pris, en dehors de Lui, des āliha — que ne produisent-ils, à leur sujet, une preuve manifeste (sulṭān bayyin) ? Qui donc est plus injuste que celui qui forge un mensonge contre Allaah ? »
Notes lexicales
rabaṭnā ʿalā qulūbihim
racine *r-b-ṭ* : lier fermement, attacher solidement — ici au sens figuré de l'affermissement intérieur, la fermeté donnée au cœur devant l'épreuve.
shaṭaṭā
racine *sh-ṭ-ṭ* : l'excès qui dépasse la juste mesure, l'extravagance dans le propos.
bi-sulṭānin bayyinin
*sulṭān*, racine *s-l-ṭ* (voir S12:24 et l'étude Hātū burhānakum) : la pleine autorité, la preuve qui s'impose. Dit : le texte pose l'absence de toute preuve manifeste comme la faille du *shirk* que ce peuple pratique — non un jugement porté sur l'intention de ce peuple, mais sur l'absence d'un fondement démontrable.

S.18:16 · La décision de se retirer entièrement dans la Caverne

S.18:16
وَإِذِ اعْتَزَلْتُمُوهُمْ وَمَا يَعْبُدُونَ إِلَّا اللَّهَ فَأْوُوا إِلَى الْكَهْفِ يَنْشُرْ لَكُمْ رَبُّكُمْ مِنْ رَحْمَتِهِ وَيُهَيِّئْ لَكُمْ مِنْ أَمْرِكُمْ مِرْفَقًا
Wa-idhi ʿtazaltumūhum wa-mā yaʿbudūna illā llāha fa-ʾwū ila l-kahfi yanshur lakum rabbukum min raḥmatihi wa-yuhayyiʾ lakum min amrikum mirfaqā « Et puisque vous vous êtes séparés (iʿtazaltum) d’eux et de ce qu’ils adorent en dehors d’Allaah, réfugiez-vous donc dans la Caverne : votre Rabb déploiera (yanshur) pour vous, de Sa raḥma, et arrangera pour vous, dans votre affaire (amr), un soutien favorable (mirfaq). »
Notes lexicales
iʿtazaltumūhum
racine *ʿ-z-l* : se séparer, se tenir à l'écart.
mirfaqā
racine *r-f-q* : ce qui soulage, ce qui apporte un soutien pratique et favorable — proche du confort ou de l'aisance utile.

Les signes autour de la Caverne — le soleil, les dormeurs et le chien, le réveil, la découverte et le débat sur leur nombre · S18:17–22

S.18:17 · Le soleil qui s’écarte de la Caverne, de part et d’autre

S.18:17
۞ وَتَرَى الشَّمْسَ إِذَا طَلَعَتْ تَزَاوَرُ عَنْ كَهْفِهِمْ ذَاتَ الْيَمِينِ وَإِذَا غَرَبَتْ تَقْرِضُهُمْ ذَاتَ الشِّمَالِ وَهُمْ فِي فَجْوَةٍ مِنْهُ ۚ ذَٰلِكَ مِنْ آيَاتِ اللَّهِ ۗ مَنْ يَهْدِ اللَّهُ فَهُوَ الْمُهْتَدِ ۖ وَمَنْ يُضْلِلْ فَلَنْ تَجِدَ لَهُ وَلِيًّا مُرْشِدًا
Wa-tara sh-shamsa idhā ṭalaʿat tazāwaru ʿan kahfihim dhāta l-yamīni wa-idhā gharabat taqriḍuhum dhāta sh-shimāli wa-hum fī fajwatin minhu dhālika min āyāti llāhi man yahdi llāhu fa-huwa l-muhtadi wa-man yuḍlil fa-lan tajida lahu waliyyan murshidā Et tu aurais vu le soleil, quand il se lève, s’écarter (tazāwaru) de leur Caverne vers la droite, et quand il se couche, les délaisser (taqriḍuhum) vers la gauche, tandis qu’eux se trouvaient dans un espace ouvert (fajwa) de celle-ci. Cela fait partie des āyāt d’Allaah : quiconque Allaah guide, celui-là est bien guidé (al-muhtad) ; et quiconque Il égare, tu ne trouveras pour lui aucun walī qui guide (murshid).
Notes lexicales
tazāwaru
racine *z-w-r* : dévier, s'incliner à l'écart — distincte du sens plus connu de la même racine, « rendre visite » (*ziyāra*) : ici, il s'agit d'un écart de trajectoire, non d'une visite.
taqriḍuhum … fajwatin
*taqriḍ*, racine *q-r-ḍ* (couper, trancher) : ici au sens de délaisser en poursuivant sa course, comme on « coupe » son chemin loin d'un lieu. *Fajwa*, racine *f-j-w* : un espace ouvert, une ouverture dégagée. Dit : le texte affirme un phénomène solaire protecteur, sans en préciser le mécanisme physique au-delà de cette description.
man yahdi llāhu fa-huwa l-muhtadi … waliyyan murshidā
même formule qu'en S17:97 (voir aussi, pour la question du vouloir d'Allaah et de l'action humaine, les versets de la famille *mashīʾa*/*qadar*, que ce Bloc ne tranche pas). Ce verset y ajoute *murshidan* (qui guide), qualificatif du *walī*.

S.18:18 · Dormeurs pris pour éveillés — le chien aux pattes étendues sur le seuil

S.18:18
وَتَحْسَبُهُمْ أَيْقَاظًا وَهُمْ رُقُودٌ ۚ وَنُقَلِّبُهُمْ ذَاتَ الْيَمِينِ وَذَاتَ الشِّمَالِ ۖ وَكَلْبُهُمْ بَاسِطٌ ذِرَاعَيْهِ بِالْوَصِيدِ ۚ لَوِ اطَّلَعْتَ عَلَيْهِمْ لَوَلَّيْتَ مِنْهُمْ فِرَارًا وَلَمُلِئْتَ مِنْهُمْ رُعْبًا
Wa-taḥsabuhum ayqāẓan wa-hum ruqūdun wa-nuqallibuhum dhāta l-yamīni wa-dhāta sh-shimāli wa-kalbuhum bāsiṭun dhirāʿayhi bi-l-waṣīdi lawi ṭṭalaʿta ʿalayhim la-wallayta minhum firāran wa-la-muliʾta minhum ruʿbā Et tu les aurais estimés éveillés (ayqāẓ), alors qu’ils étaient endormis (ruqūd) ; et Nous les retournions (nuqallibuhum) vers la droite et vers la gauche, tandis que leur chien (kalb) avait les deux pattes avant étendues (bāsiṭun dhirāʿayhi) sur le seuil (al-waṣīd). Si tu les avais aperçus, tu leur aurais tourné le dos en fuyant, et tu aurais été rempli d’épouvante (ruʿb) à cause d’eux.
Notes lexicales
bāsiṭun dhirāʿayhi
racine *b-s-ṭ* : étendre — même racine qu'en S5:64 et S17:29. Ici l'emploi est purement physique et animal : le verbe désigne simplement une posture.
bi-l-waṣīd
racine *w-ṣ-d* : le seuil, l'entrée d'un lieu.

S.18:19 · Le réveil et le dialogue — l’envoi prudent de l’un d’eux acheter de la nourriture

S.18:19
وَكَذَٰلِكَ بَعَثْنَاهُمْ لِيَتَسَاءَلُوا بَيْنَهُمْ ۚ قَالَ قَائِلٌ مِنْهُمْ كَمْ لَبِثْتُمْ ۖ قَالُوا لَبِثْنَا يَوْمًا أَوْ بَعْضَ يَوْمٍ ۚ قَالُوا رَبُّكُمْ أَعْلَمُ بِمَا لَبِثْتُمْ فَابْعَثُوا أَحَدَكُمْ بِوَرِقِكُمْ هَٰذِهِ إِلَى الْمَدِينَةِ فَلْيَنْظُرْ أَيُّهَا أَزْكَىٰ طَعَامًا فَلْيَأْتِكُمْ بِرِزْقٍ مِنْهُ وَلْيَتَلَطَّفْ وَلَا يُشْعِرَنَّ بِكُمْ أَحَدًا
Wa-kadhālika baʿathnāhum li-yatasāʾalū baynahum qāla qāʾilun minhum kam labithtum qālū labithnā yawman aw baʿḏa yawmin qālū rabbukum aʿlamu bi-mā labithtum fa-bʿathū aḥadakum bi-wariqikum hādhihi ila l-madīnati fa-l-yanẓur ayyuhā azkā ṭaʿāman fa-l-yaʾtikum bi-rizqin minhu wa-l-yatalaṭṭaf wa-lā yushʿiranna bikum aḥadā Et c’est ainsi que Nous les avons réveillés, pour qu’ils s’interrogent entre eux. L’un d’eux dit : « Combien de temps êtes-vous restés ? » Ils dirent : « Nous sommes restés un jour, ou une partie d’un jour. » Ils dirent [encore] : « Votre Rabb sait mieux combien de temps vous êtes restés — envoyez donc l’un de vous, avec cette pièce d’argent (wariq) que voici, à la cité (al-madīna) ; qu’il regarde laquelle de ses nourritures est la plus pure (azkā), et qu’il vous en apporte une provision (rizq) ; qu’il agisse avec délicatesse (yatalaṭṭaf), et qu’il ne fasse en aucun cas remarquer votre présence à quiconque. »
Notes lexicales
bi-wariqikum
racine *w-r-q* : la pièce d'argent monnayée — distincte de *fiḍḍa*, le métal argent en général.
azkā ṭaʿāman
racine *z-k-w*/*z-k-y* — même racine que *zakāt* : ce qui est pur, sain, exempt de souillure. Ici appliqué à la nourriture la plus pure, non à une purification rituelle.
yatalaṭṭaf
racine *l-ṭ-f* : même racine qu'*al-Laṭīf* (S6:103, S12:100), mais employée ici pour une conduite humaine ordinaire de prudence et de discrétion pratique.

S.18:20 · L’avertissement : la lapidation ou le retour forcé dans leur milla

S.18:20
إِنَّهُمْ إِنْ يَظْهَرُوا عَلَيْكُمْ يَرْجُمُوكُمْ أَوْ يُعِيدُوكُمْ فِي مِلَّتِهِمْ وَلَنْ تُفْلِحُوا إِذًا أَبَدًا
Innahum in yaẓharū ʿalaykum yarjumūkum aw yuʿīdūkum fī millatihim wa-lan tufliḥū idhan abadā « Car s’ils vous découvrent (yaẓharū ʿalaykum), ils vous lapideront (yarjumūkum), ou vous feront revenir dans leur milla — et alors, vous ne réussirez (tufliḥū) plus jamais. »
Notes lexicales
yarjumūkum
racine *r-j-m* : lapider — voir l'étude La Lapidation.
millatihim
*milla* : voir S2:120 (« jusqu'à ce que tu suives leur *milla* »).

S.18:21 · Leur découverte — le débat sur l’édifice à bâtir sur eux

S.18:21
وَكَذَٰلِكَ أَعْثَرْنَا عَلَيْهِمْ لِيَعْلَمُوا أَنَّ وَعْدَ اللَّهِ حَقٌّ وَأَنَّ السَّاعَةَ لَا رَيْبَ فِيهَا إِذْ يَتَنَازَعُونَ بَيْنَهُمْ أَمْرَهُمْ ۖ فَقَالُوا ابْنُوا عَلَيْهِمْ بُنْيَانًا ۖ رَبُّهُمْ أَعْلَمُ بِهِمْ ۚ قَالَ الَّذِينَ غَلَبُوا عَلَىٰ أَمْرِهِمْ لَنَتَّخِذَنَّ عَلَيْهِمْ مَسْجِدًا
Wa-kadhālika aʿtharnā ʿalayhim li-yaʿlamū anna waʿda llāhi ḥaqqun wa-anna s-sāʿata lā rayba fīhā idh yatanāzaʿūna baynahum amrahum fa-qālu bnū ʿalayhim bunyānan rabbuhum aʿlamu bihim qāla lladhīna ghalabū ʿalā amrihim la-nattakhidhanna ʿalayhim masjidā Et c’est ainsi que Nous avons fait connaître leur découverte (aʿtharnā ʿalayhim), afin qu’ils sachent que la promesse d’Allaah est vraie (ḥaqq), et que l’Heure — nul doute n’a de place à son sujet. [Ce fut] quand ils se disputaient (yatanāzaʿūna) entre eux à leur sujet : certains dirent : « Bâtissez sur eux un édifice (bunyān) » — leur Rabb les connaît mieux — ceux qui l’emportèrent (ghalabū) dans cette affaire dirent : « Nous prendrons assurément sur eux un masjid. »
Notes lexicales
aʿtharnā ʿalayhim
racine *ʿ-th-r* : faire trébucher, faire tomber sur — ici au causatif, « faire découvrir ».
li-yaʿlamū
ici le sujet grammatical de « savoir » est humain (les gens de la cité), non Allaah — à la différence de *li-naʿlama* (S18:12) : aucune question théologique ne se pose pour cette occurrence.
masjidā
racine *s-j-d* : lieu de prosternation. Non-dit : ce seul verset ne précise pas la nature exacte de ce *masjid* — mémorial, lieu de recueillement ou autre — ni s'il désigne une institution comparable à un *masjid* au sens ultérieur du terme.

S.18:22 · Le débat sur leur nombre — trois, cinq ou sept

Crux lexical et exégétique, sans trancher — le nombre des Compagnons de la Caverne. Le texte rapporte trois estimations successives (trois, cinq, sept), et qualifie explicitement les deux premières de « conjecture à l’aveugle sur l’invisible » (rajman bi-l-ghayb) — sans reprendre cette même qualification pour la troisième. Deux lectures sont possibles : (1) ce silence pourrait suggérer, sans l’affirmer, une moindre défiance du texte envers la troisième estimation ; (2) le texte pourrait tout aussi bien s’abstenir de qualifier la troisième afin de clore le débat par le renvoi immédiat au seul savoir d’Allaah, qui suit sans délai (« Dis : mon Rabb connaît mieux leur nombre »), sans qu’aucune des trois estimations n’en sorte validée. Ce Bloc ne tranche pas entre ces deux lectures — le texte lui-même referme le débat sur l’exclusivité du savoir d’Allaah, non sur un chiffre.

S.18:22
سَيَقُولُونَ ثَلَاثَةٌ رَابِعُهُمْ كَلْبُهُمْ وَيَقُولُونَ خَمْسَةٌ سَادِسُهُمْ كَلْبُهُمْ رَجْمًا بِالْغَيْبِ ۖ وَيَقُولُونَ سَبْعَةٌ وَثَامِنُهُمْ كَلْبُهُمْ ۚ قُلْ رَبِّي أَعْلَمُ بِعِدَّتِهِمْ مَا يَعْلَمُهُمْ إِلَّا قَلِيلٌ ۗ فَلَا تُمَارِ فِيهِمْ إِلَّا مِرَاءً ظَاهِرًا وَلَا تَسْتَفْتِ فِيهِمْ مِنْهُمْ أَحَدًا
Sa-yaqūlūna thalāthatun rābiʿuhum kalbuhum wa-yaqūlūna khamsatun sādisuhum kalbuhum rajman bi-l-ghaybi wa-yaqūlūna sabʿatun wa-thāminuhum kalbuhum qul rabbī aʿlamu bi-ʿiddatihim mā yaʿlamuhum illā qalīlun fa-lā tumāri fīhim illā mirāʾan ẓāhiran wa-lā tastafti fīhim minhum aḥadā Ils diront : « Trois, leur quatrième étant leur chien » ; et ils diront : « Cinq, leur sixième étant leur chien » — conjecture à l’aveugle sur l’invisible (rajman bi-l-ghayb) ; et ils diront : « Sept, et leur huitième était leur chien. » Dis : « Mon Rabb connaît mieux leur nombre (ʿidda) ; ne les connaissent qu’un petit nombre. » N’engage donc, à leur sujet, qu’une discussion superficielle (mirāʾan ẓāhirā), et ne consulte personne d’entre eux à leur sujet (lā tastafti).
Notes lexicales
rajman bi-l-ghayb
racine *r-j-m* (lapider, jeter au hasard), la même qu'en S18:20 pour la menace de lapidation — ici à sens figuré : « lancer une conjecture à l'aveugle », deviner sans fondement au sujet de ce qui est *ghayb* (l'invisible, l'inaccessible).
lā tastafti fīhim
racine *f-t-y* — voir l'étude Fatwā, qui traite cette même racine (S12:41/43/46). Ici à l'impératif négatif : ne pas rechercher d'avis tranché sur cette question précise.
mirāʾan ẓāhirā
racine *m-r-y* : la controverse, la discussion contestée. Dit : le texte autorise seulement une discussion de surface, sans engager de débat de fond sur un nombre que le texte lui-même vient de renvoyer au seul savoir d'Allaah.

Instructions données au nabī et clôture du récit · S18:23–26

S.18:23–24 · Ne jamais dire « je ferai cela demain » sans la réserve du vouloir d’Allaah

S.18:23–24
وَلَا تَقُولَنَّ لِشَيْءٍ إِنِّي فَاعِلٌ ذَٰلِكَ غَدًا ۝ إِلَّا أَنْ يَشَاءَ اللَّهُ ۚ وَاذْكُرْ رَبَّكَ إِذَا نَسِيتَ وَقُلْ عَسَىٰ أَنْ يَهْدِيَنِ رَبِّي لِأَقْرَبَ مِنْ هَٰذَا رَشَدًا
Wa-lā taqūlanna li-shayʾin innī fāʿilun dhālika ghadā — illā an yashāʾa llāhu wa-dhkur rabbaka idhā nasīta wa-qul ʿasā an yahdiyani rabbī li-aqraba min hādhā rashadā Et ne dis jamais, à propos d’une chose : « Je ferai cela demain », sans [ajouter] : « à moins qu’Allaah ne le veuille » — et invoque ton Rabb quand tu l’as oublié [de le dire], et dis : « Il se peut que mon Rabb me guide vers plus proche que ceci en rectitude (rashad). »
Notes lexicales
illā an yashāʾa llāh
formule de réserve de la famille des versets sur le vouloir d'Allaah (*mashīʾa*/*qadar*), dont le rapport exact avec l'action humaine n'est pas tranché ici : ce verset s'en tient à ce qu'il prescrit lui-même, accompagner toute annonce d'un projet futur de cette réserve.
rashadā
même racine qu'en S18:10 : la rectitude de conduite — l'ouverture du récit et la clôture des instructions qui l'encadrent reprennent le même terme.

S.18:25 · La durée de leur séjour : trois cents ans, plus neuf

S.18:25
وَلَبِثُوا فِي كَهْفِهِمْ ثَلَاثَ مِائَةٍ سِنِينَ وَازْدَادُوا تِسْعًا
Wa-labithū fī kahfihim thalātha miʾatin sinīna wa-zdādū tisʿā Et ils demeurèrent dans leur Caverne trois cents ans, et y ajoutèrent neuf [années].
Notes lexicales
thalātha miʾatin sinīna wa-zdādū tisʿā
Dit : le texte affirme une durée précise, composée de trois cents « années » (*sinīn*) et de neuf de plus. Non-dit : ce verset ne précise, par lui-même, aucun mécanisme calendaire expliquant cet ajout de neuf. Voir l'étude État des lieux calendaire, qui relève, à titre d'observation linguistique et arithmétique distincte de toute affirmation du texte lui-même, que trois cents années solaires équivalent à environ trois cent neuf années lunaires — et que la racine de *sinīn* désigne, dans l'usage classique, plus volontiers l'année solaire que ne le fait *ʿām*. Ce rapprochement demeure une déduction arithmétique et non une prescription calendaire que ce verset énoncerait lui-même.

S.18:26 · Clôture — l’exclusivité du ghayb et du jugement (ḥukm) d’Allaah

S.18:26
قُلِ اللَّهُ أَعْلَمُ بِمَا لَبِثُوا ۖ لَهُ غَيْبُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ ۖ أَبْصِرْ بِهِ وَأَسْمِعْ ۚ مَا لَهُمْ مِنْ دُونِهِ مِنْ وَلِيٍّ وَلَا يُشْرِكُ فِي حُكْمِهِ أَحَدًا
Quli llāhu aʿlamu bi-mā labithū lahu ghaybu s-samāwāti wa-l-arḏi abṣir bihi wa-asmiʿ mā lahum min dūnihi min waliyyin wa-lā yushriku fī ḥukmihi aḥadā Dis : « Allaah sait mieux combien de temps ils sont demeurés — à Lui appartient le ghayb des cieux et de la terre. Comme Il voit ! Comme Il entend ! » Ils n’ont, en dehors de Lui, aucun walī, et Il n’associe personne à Son jugement (ḥukm).
Notes lexicales
abṣir bihi wa-asmiʿ
Point de grammaire. Construction exclamative (*ṣīghat at-taʿajjub* par le verbe à l'impératif) : « fais-Le voir ! », « fais-Le entendre ! », équivalent à « comme Il voit bien, comme Il entend bien ! ». Un tour grammatical figé, non un ordre adressé à un tiers.
lā yushriku fī ḥukmihi aḥadā
racine *sh-r-k* — voir l'étude Le Shirk — ici appliquée non au culte mais au jugement/décret (*ḥukm*) lui-même : même exclusivité que « il n'y a de jugement qu'à Allaah » (S12:40/67 ; voir l'étude Le Nabī n'est pas législateur). Ce verset clôt ainsi le Bloc sur la même exclusivité, étendue ici explicitement au *ghayb*.

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