Structure du Bloc I, ouverture de la Sourate 18. Quatre ensembles. D’abord la ḥamd pour le Kitāb descendu sans détour, l’avertissement d’une rigueur sévère et l’annonce d’une belle rétribution, l’avertissement particulier à ceux qui disent qu’Allaah aurait pris un enfant (walad) — prétention sans aucune connaissance —, puis l’ornement (zīna) que Nous avons fait de ce qui est sur la terre, épreuve destinée à distinguer la meilleure œuvre, et son terme annoncé : une étendue aride (S18:1–8). Puis s’ouvre le récit des Compagnons de la Caverne (aṣḥāb al-kahf) : la question rhétorique sur l’étonnement qu’ils constitueraient, leur retraite dans la Caverne et leur invocation, le sommeil qui leur fut imposé, l’affermissement de leurs cœurs et leur profession d’unicité, le rejet du shirk de leur peuple, et la décision de s’y réfugier tout à fait (S18:9–16). Puis les signes qui entourent leur sommeil : le soleil qui s’écarte de part et d’autre de la Caverne, leur apparence de veille alors qu’ils dorment, leur chien aux pattes étendues sur le seuil, leur réveil et leur dialogue, l’envoi prudent de l’un d’eux acheter de la nourriture, l’avertissement du danger s’ils étaient découverts, leur découverte effective et le débat sur l’édifice à bâtir sur eux, puis le débat sur leur nombre exact — trois, cinq ou sept — tranché par le seul renvoi au savoir d’Allaah (S18:17–22). Enfin des instructions données au nabī — ne jamais affirmer un projet futur sans la réserve du vouloir d’Allaah —, la clôture du récit sur la durée de leur séjour, et la proclamation finale de l’exclusivité du ghayb et du jugement (ḥukm) d’Allaah (S18:23–26).
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.18:1 | La ḥamd pour le Kitāb descendu sans détour (ʿiwaj) |
| S.18:2–3 | Droit et rectificateur (qayyim), pour avertir et pour annoncer une belle rétribution |
| S.18:4–5 | L’avertissement à ceux qui disent qu’Allaah aurait pris un enfant — une parole énorme, sans connaissance |
| S.18:6 | Le nabī risquant de se consumer de chagrin s’ils ne croient pas en ce récit |
| S.18:7–8 | L’ornement de la terre, épreuve de la meilleure œuvre — puis une étendue aride |
| S.18:9 | La question rhétorique sur les Compagnons de la Caverne et d’ar-Raqīm |
| S.18:10 | Les jeunes gens se réfugient dans la Caverne — leur invocation |
| S.18:11–12 | Le sommeil imposé — le réveil pour distinguer lequel des deux groupes compterait le mieux la durée |
| S.18:13 | Nous te racontons leur récit par le ḥaqq — des jeunes gens qui ont cru |
| S.18:14–15 | L’affermissement des cœurs, leur profession d’unicité — le shirk de leur peuple sans preuve |
| S.18:16 | La décision de se retirer entièrement dans la Caverne |
| S.18:17 | Le soleil qui s’écarte de la Caverne, de part et d’autre |
| S.18:18 | Dormeurs pris pour éveillés — le chien aux pattes étendues sur le seuil |
| S.18:19 | Le réveil et le dialogue — l’envoi prudent de l’un d’eux acheter de la nourriture |
| S.18:20 | L’avertissement : la lapidation ou le retour forcé dans leur milla |
| S.18:21 | Leur découverte — le débat sur l’édifice à bâtir sur eux |
| S.18:22 | Le débat sur leur nombre — trois, cinq ou sept — le renvoi au savoir d’Allaah |
| S.18:23–24 | Ne jamais dire « je ferai cela demain » sans la réserve du vouloir d’Allaah |
| S.18:25 | La durée de leur séjour : trois cents ans, plus neuf |
| S.18:26 | Clôture : l’exclusivité du ghayb et du jugement (ḥukm) d’Allaah |
Exorde — le Kitāb sans détour, l’avertissement du walad, l’ornement périssable de la terre · S18:1–8
S.18:1 · La ḥamd pour le Kitāb descendu sans détour
Note de méthode — neutre absolu, « Ce qui » pour Allaah. Pour toute construction en proposition relative attribuant une action à Allaah (« Allaah, qui a fait descendre… »), ce Bloc emploie « Ce qui » plutôt que « Celui qui » : en français, le neutre absolu s’exprime par la locution « ce qui »/« ce que », et non par « celui qui », pronom masculin qui désigne ordinairement une personne. Le pronom ordinaire « Il » reste employé normalement pour les verbes dont Allaah est sujet ; seule la construction épithète « Celui qui X » est ici visée.
- al-ḥamd
- voir S1:2 : la louange qui reconnaît une qualité, distincte du *shukr* (la gratitude pour un bienfait reçu).
- ʿabdihi
- racine *ʿ-b-d* : celui qui sert. Même terme appliqué au *nabī* Muḥammad à propos de l'*isrāʾ* nocturne (S17:1). Ce seul verset ne nomme pas ce *ʿabd* ; l'identification au *nabī* Muḥammad relève ici du contexte immédiat de la sourate (l'adresse qui suit, « pour avertir… », S18:2), non d'une affirmation nommée dans ce verset même.
- ʿiwajā
- racine *ʿ-w-j* : la courbure, le détour, la déviation. Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*), rapportant az-Zajjāj, relève une distinction fine dans l'usage classique : *ʿiwaj* (avec *kasra*) s'emploie pour ce qui n'est pas visible à l'œil — un discours, une conduite, un *dīn* — tandis que *ʿawaj* (avec *fatḥa*) s'emploie pour ce qui est visible et tangible — un bâton, une chose matérielle. Dit : le texte affirme, par ce choix même de vocalisation, que le Kitāb ne comporte aucune déviation de sens ou de conduite qu'il faudrait redresser — non une simple absence de défaut matériel.
S.18:2–3 · Droit et rectificateur, pour avertir et pour annoncer
- qayyimā
- racine *q-w-m* : ce qui se tient droit, rectifie, gouverne avec droiture — complément d'état (*ḥāl*) qui qualifie le Kitāb, en écho direct du verset précédent. Précédent direct : *ad-dīn al-qayyim*, « le *dīn* droit et rectificateur » (S9:36).
- baʾsan shadīdan min ladunhu
- *baʾs*, racine *b-ʾ-s* : la rigueur, la force intense — voir S2:177 et S4:84, où elle désigne une situation de combat ou d'épreuve. Ici appliquée à un avertissement venant directement d'Allaah, sans médiation de combat. *Min ladunhu* : *ladun*, distinct de *ʿinda* (auprès de), marque une provenance immédiate, sans intermédiaire — précédent exact : « donne-nous, de Ta part (*min ladunka*), une raḥma » (S3:8). Ce même *ladun* revient encore dans ce Bloc (S18:10) et au Bloc suivant de la sourate (S18:65).
- mākithīna fīhi abadā
- racine *m-k-th* : demeurer, prendre son temps sans hâte — même racine que dans la récitation progressive du Qurʾān, *ʿalā mukth* (S17:106). Ici substantivée pour la demeure éternelle dans la rétribution promise.
S.18:4–5 · L’avertissement à ceux qui disent qu’Allaah aurait pris un enfant
- ittakhadha llāhu waladan
- même verbe exact rejeté pour Allaah à plusieurs reprises : « Allaah a pris un enfant » (S10:68, S17:111) ; même rejet, sous la formule *subḥānahu*, à propos du « trois » et du *walad* attribué au Messie (S4:171). Ce verset applique ce même rejet dès l'ouverture de cette sourate.
- kaburat kalimatan
- Point de grammaire. Construction d'exclamation (*taʿajjub*) : le verbe *kabura* (être grand, énorme) porte sur la parole elle-même, *kalimatan* fonctionnant comme complément de spécification (*tamyīz*) — « combien est grande, en tant que parole, [cette parole] qui sort de leurs bouches ! ». La traduction française rend l'exclamation par un tour équivalent plutôt que par un calque littéral.
- kadhibā
- racine *k-dh-b* : le mensonge, ce qui ne correspond pas au réel. Dit : le texte ne se contente pas de nier la connaissance de cette prétention — il la qualifie directement de mensonge.
S.18:6 · Le nabī risquant de se consumer de chagrin
- bākhiʿun nafsaka
- racine *b-kh-ʿ* : se tuer, s'épuiser jusqu'à l'extrême par le chagrin ou le regret — Ibn Manẓūr : *bakhaʿa nafsahu* signifie *qatalahā ghamman* (il l'a tuée de chagrin). Dit : le texte adresse au *nabī* une mise en garde contre un excès de peine devant le refus de croire ; l'*asaf* comme le *bakhʿ* sont ici des états humains ordinaires.
- hādhā l-ḥadīth
- *ḥadīth*, racine *ḥ-d-th* : ce qui est nouveau, dit, raconté — au sens premier de la racine, une parole ou un récit, non un genre technique déterminé. Voir l'étude Ḥadīth, qui établit, en partant strictement du texte, que le Coran emploie ce terme pour se désigner lui-même comme parole/récit. Ici, « ce récit » désigne le Qurʾān lui-même, objet du refus de croire qui vient d'être annoncé.
- asafā
- racine *ʾ-s-f* : le chagrin intense, souvent mêlé de regret.
S.18:7–8 · L’ornement de la terre, épreuve — puis une étendue aride
- zīnatan lahā
- racine *z-y-n* : l'ornement, l'embellissement. Dit : ce qui orne la terre y est placé dans un but précis et annoncé — l'épreuve — non comme une fin en soi.
- li-nabluwahum
- racine *b-l-w* : l'épreuve, la mise à l'essai — voir S2:124 et S3:154.
- ṣaʿīdan juruzā
- *ṣaʿīd*, racine *ṣ-ʿ-d* : la surface de la terre — même terme que pour le *tayammum* (S4:43). *Juruz*, racine *j-r-z* : une terre entièrement dépouillée de végétation, stérile. Dit : le texte annonce, en contraste direct avec l'ornement du verset précédent, l'issue finale de cette même surface.
Les Compagnons de la Caverne — leur retraite, l’affermissement des cœurs, la décision de se retirer · S18:9–16
S.18:9 · La question rhétorique sur les Compagnons de la Caverne et d’ar-Raqīm
- al-kahf
- racine *k-h-f* : la caverne, la cavité creusée dans une montagne — terme qui donne son nom traditionnel à cette sourate. Conservé tel quel, sans équivalent français à chercher au-delà de « caverne ».
- ar-raqīm
- Crux lexical, plusieurs lectures attestées, sans trancher. Racine *r-q-m* : ce qui est inscrit, marqué, écrit. Ibn Manẓūr rapporte, sans les départager, plusieurs opinions léguées par les lexicographes anciens : (1) une plaque ou tablette portant une inscription — les noms des jeunes gens, ou le récit de leur histoire ; (2) le nom du lieu, de la vallée ou de la montagne où se trouve la Caverne ; (3), selon une opinion minoritaire, le nom de leur chien. Ce seul verset associe le mot à *aṣḥāb al-kahf* sans le définir davantage. Ce Bloc ne tranche pas entre ces lectures, faute d'indication textuelle suffisante.
- ʿajabā
- racine *ʿ-j-b* : l'étonnement remarquable. Dit : la question elle-même, construite par « ou bien » (*am*), relativise l'étonnement attendu — suggérant que ce récit, pour remarquable qu'il soit, ne dépasse pas la mesure des autres āyāt d'Allaah.
S.18:10 · Les jeunes gens se réfugient dans la Caverne — leur invocation
- al-fitya
- racine *f-t-y* : la jeunesse, la vigueur — pluriel de paucité (de trois à dix) de *fatan*. Cette forme plurielle prépare, de façon cohérente, le débat sur leur nombre exact qui viendra plus loin dans ce même Bloc (S18:22).
- min ladunka raḥmatan
- précédent exact, presque mot pour mot : « accorde-nous, de Ta part (*min ladunka*), une raḥma » (S3:8).
- rashadā
- racine *r-sh-d* : la voie droite qui mène au bien, la rectitude de jugement — opposée à *ghayy* (l'égarement). Cette même racine revient à la clôture de ce Bloc (S18:24).
S.18:11–12 · Le sommeil imposé — le réveil pour distinguer lequel des deux groupes compterait le mieux
- ḍarabnā ʿalā ādhānihim
- racine *ḍ-r-b* : « frapper », ici dans un emploi idiomatique et non littéral — « mettre un voile sur les oreilles », c'est-à-dire plonger dans un sommeil qui coupe entièrement de ce qui s'entend autour. Même racine que *ḍaraba mathalan* (donner un exemple), autre emploi non littéral : la racine *ḍ-r-b* couvre, en arabe classique, des emplois figurés variés au-delà du seul sens de coup physique.
- baʿathnāhum
- racine *b-ʿ-th* : réveiller, envoyer, faire lever — même racine que la résurrection (*al-baʿth*). Non-dit : ce seul verset emploie cette racine au sens de « réveiller d'un sommeil », sans établir explicitement un parallèle avec la Résurrection — un tel rapprochement, si le lecteur le fait de lui-même à partir de la même racine, resterait une inférence, non une affirmation de ce verset.
- li-naʿlama
- même construction qu'en S3:140 (*li-yaʿlama*) : elle désigne, non l'acquisition d'une connaissance nouvelle, mais la manifestation, dans l'événement, de ce qui était déjà su. Ce même principe s'applique ici : « pour faire apparaître » plutôt que « pour apprendre ».
- ayyu l-ḥizbayni
- Non-dit. L'identité précise de ces « deux groupes » n'est pas fixée par ce seul verset — deux lectures sont possibles : un désaccord interne aux jeunes gens eux-mêmes sur la durée de leur sommeil, ou une anticipation du débat qui opposera, plus tard dans ce récit, les gens de la cité entre eux (S18:21, ce Bloc). Ce Bloc ne tranche pas entre ces deux lectures.
S.18:13 · Nous te racontons leur récit par le ḥaqq
- naḥnu naquṣṣu ʿalayka … bi-l-ḥaqqi
- précédent direct : « Nous te racontons le plus beau des récits » (*naḥnu naquṣṣu ʿalayka aḥsana l-qaṣaṣ*, S12:3) — même formule d'ouverture narrative, ici appliquée au récit des Compagnons de la Caverne.
- wa-zidnāhum hudā
- Dit : le texte affirme un accroissement de la guidance déjà reçue par ces jeunes gens, en réponse directe à leur foi — non l'origine première de cette foi, que ce verset ne relate pas.
S.18:14–15 · L’affermissement des cœurs, leur profession d’unicité — le shirk de leur peuple
- rabaṭnā ʿalā qulūbihim
- racine *r-b-ṭ* : lier fermement, attacher solidement — ici au sens figuré de l'affermissement intérieur, la fermeté donnée au cœur devant l'épreuve.
- shaṭaṭā
- racine *sh-ṭ-ṭ* : l'excès qui dépasse la juste mesure, l'extravagance dans le propos.
- bi-sulṭānin bayyinin
- *sulṭān*, racine *s-l-ṭ* (voir S12:24 et l'étude Hātū burhānakum) : la pleine autorité, la preuve qui s'impose. Dit : le texte pose l'absence de toute preuve manifeste comme la faille du *shirk* que ce peuple pratique — non un jugement porté sur l'intention de ce peuple, mais sur l'absence d'un fondement démontrable.
S.18:16 · La décision de se retirer entièrement dans la Caverne
- iʿtazaltumūhum
- racine *ʿ-z-l* : se séparer, se tenir à l'écart.
- mirfaqā
- racine *r-f-q* : ce qui soulage, ce qui apporte un soutien pratique et favorable — proche du confort ou de l'aisance utile.
Les signes autour de la Caverne — le soleil, les dormeurs et le chien, le réveil, la découverte et le débat sur leur nombre · S18:17–22
S.18:17 · Le soleil qui s’écarte de la Caverne, de part et d’autre
- tazāwaru
- racine *z-w-r* : dévier, s'incliner à l'écart — distincte du sens plus connu de la même racine, « rendre visite » (*ziyāra*) : ici, il s'agit d'un écart de trajectoire, non d'une visite.
- taqriḍuhum … fajwatin
- *taqriḍ*, racine *q-r-ḍ* (couper, trancher) : ici au sens de délaisser en poursuivant sa course, comme on « coupe » son chemin loin d'un lieu. *Fajwa*, racine *f-j-w* : un espace ouvert, une ouverture dégagée. Dit : le texte affirme un phénomène solaire protecteur, sans en préciser le mécanisme physique au-delà de cette description.
- man yahdi llāhu fa-huwa l-muhtadi … waliyyan murshidā
- même formule qu'en S17:97 (voir aussi, pour la question du vouloir d'Allaah et de l'action humaine, les versets de la famille *mashīʾa*/*qadar*, que ce Bloc ne tranche pas). Ce verset y ajoute *murshidan* (qui guide), qualificatif du *walī*.
S.18:18 · Dormeurs pris pour éveillés — le chien aux pattes étendues sur le seuil
- bāsiṭun dhirāʿayhi
- racine *b-s-ṭ* : étendre — même racine qu'en S5:64 et S17:29. Ici l'emploi est purement physique et animal : le verbe désigne simplement une posture.
- bi-l-waṣīd
- racine *w-ṣ-d* : le seuil, l'entrée d'un lieu.
S.18:19 · Le réveil et le dialogue — l’envoi prudent de l’un d’eux acheter de la nourriture
- bi-wariqikum
- racine *w-r-q* : la pièce d'argent monnayée — distincte de *fiḍḍa*, le métal argent en général.
- azkā ṭaʿāman
- racine *z-k-w*/*z-k-y* — même racine que *zakāt* : ce qui est pur, sain, exempt de souillure. Ici appliqué à la nourriture la plus pure, non à une purification rituelle.
- yatalaṭṭaf
- racine *l-ṭ-f* : même racine qu'*al-Laṭīf* (S6:103, S12:100), mais employée ici pour une conduite humaine ordinaire de prudence et de discrétion pratique.
S.18:20 · L’avertissement : la lapidation ou le retour forcé dans leur milla
- yarjumūkum
- racine *r-j-m* : lapider — voir l'étude La Lapidation.
- millatihim
- *milla* : voir S2:120 (« jusqu'à ce que tu suives leur *milla* »).
S.18:21 · Leur découverte — le débat sur l’édifice à bâtir sur eux
- aʿtharnā ʿalayhim
- racine *ʿ-th-r* : faire trébucher, faire tomber sur — ici au causatif, « faire découvrir ».
- li-yaʿlamū
- ici le sujet grammatical de « savoir » est humain (les gens de la cité), non Allaah — à la différence de *li-naʿlama* (S18:12) : aucune question théologique ne se pose pour cette occurrence.
- masjidā
- racine *s-j-d* : lieu de prosternation. Non-dit : ce seul verset ne précise pas la nature exacte de ce *masjid* — mémorial, lieu de recueillement ou autre — ni s'il désigne une institution comparable à un *masjid* au sens ultérieur du terme.
S.18:22 · Le débat sur leur nombre — trois, cinq ou sept
Crux lexical et exégétique, sans trancher — le nombre des Compagnons de la Caverne. Le texte rapporte trois estimations successives (trois, cinq, sept), et qualifie explicitement les deux premières de « conjecture à l’aveugle sur l’invisible » (rajman bi-l-ghayb) — sans reprendre cette même qualification pour la troisième. Deux lectures sont possibles : (1) ce silence pourrait suggérer, sans l’affirmer, une moindre défiance du texte envers la troisième estimation ; (2) le texte pourrait tout aussi bien s’abstenir de qualifier la troisième afin de clore le débat par le renvoi immédiat au seul savoir d’Allaah, qui suit sans délai (« Dis : mon Rabb connaît mieux leur nombre »), sans qu’aucune des trois estimations n’en sorte validée. Ce Bloc ne tranche pas entre ces deux lectures — le texte lui-même referme le débat sur l’exclusivité du savoir d’Allaah, non sur un chiffre.
- rajman bi-l-ghayb
- racine *r-j-m* (lapider, jeter au hasard), la même qu'en S18:20 pour la menace de lapidation — ici à sens figuré : « lancer une conjecture à l'aveugle », deviner sans fondement au sujet de ce qui est *ghayb* (l'invisible, l'inaccessible).
- lā tastafti fīhim
- racine *f-t-y* — voir l'étude Fatwā, qui traite cette même racine (S12:41/43/46). Ici à l'impératif négatif : ne pas rechercher d'avis tranché sur cette question précise.
- mirāʾan ẓāhirā
- racine *m-r-y* : la controverse, la discussion contestée. Dit : le texte autorise seulement une discussion de surface, sans engager de débat de fond sur un nombre que le texte lui-même vient de renvoyer au seul savoir d'Allaah.
Instructions données au nabī et clôture du récit · S18:23–26
S.18:23–24 · Ne jamais dire « je ferai cela demain » sans la réserve du vouloir d’Allaah
- illā an yashāʾa llāh
- formule de réserve de la famille des versets sur le vouloir d'Allaah (*mashīʾa*/*qadar*), dont le rapport exact avec l'action humaine n'est pas tranché ici : ce verset s'en tient à ce qu'il prescrit lui-même, accompagner toute annonce d'un projet futur de cette réserve.
- rashadā
- même racine qu'en S18:10 : la rectitude de conduite — l'ouverture du récit et la clôture des instructions qui l'encadrent reprennent le même terme.
S.18:25 · La durée de leur séjour : trois cents ans, plus neuf
- thalātha miʾatin sinīna wa-zdādū tisʿā
- Dit : le texte affirme une durée précise, composée de trois cents « années » (*sinīn*) et de neuf de plus. Non-dit : ce verset ne précise, par lui-même, aucun mécanisme calendaire expliquant cet ajout de neuf. Voir l'étude État des lieux calendaire, qui relève, à titre d'observation linguistique et arithmétique distincte de toute affirmation du texte lui-même, que trois cents années solaires équivalent à environ trois cent neuf années lunaires — et que la racine de *sinīn* désigne, dans l'usage classique, plus volontiers l'année solaire que ne le fait *ʿām*. Ce rapprochement demeure une déduction arithmétique et non une prescription calendaire que ce verset énoncerait lui-même.
S.18:26 · Clôture — l’exclusivité du ghayb et du jugement (ḥukm) d’Allaah
- abṣir bihi wa-asmiʿ
- Point de grammaire. Construction exclamative (*ṣīghat at-taʿajjub* par le verbe à l'impératif) : « fais-Le voir ! », « fais-Le entendre ! », équivalent à « comme Il voit bien, comme Il entend bien ! ». Un tour grammatical figé, non un ordre adressé à un tiers.
- lā yushriku fī ḥukmihi aḥadā
- racine *sh-r-k* — voir l'étude Le Shirk — ici appliquée non au culte mais au jugement/décret (*ḥukm*) lui-même : même exclusivité que « il n'y a de jugement qu'à Allaah » (S12:40/67 ; voir l'étude Le Nabī n'est pas législateur). Ce verset clôt ainsi le Bloc sur la même exclusivité, étendue ici explicitement au *ghayb*.