Structure du Bloc II. Quatre ensembles. D’abord l’ordre donné au nabī de réciter sans détour ce qui lui a été révélé, de tenir compagnie à ceux qui invoquent leur Rabb sans viser que Lui, et de ne pas obéir à qui suit son désir propre — puis le contraste entre le Feu préparé aux ẓālimūn et la Janna promise à ceux qui croient et agissent droitement (S18:27–31). Puis la parabole des deux jardins : l’homme comblé de biens qui doute de l’Heure et s’enorgueillit devant son compagnon, l’avertissement de ce dernier, la destruction du jardin et le remords sans recours (S18:32–44). Puis la parabole de la vie d’ici-bas comme une végétation vouée à se dessécher, et la scène du Jour où les montagnes sont mises en marche, où le Kitāb est déposé et où chaque acte se trouve compté (S18:45–49). Enfin le rappel de l’ordre donné aux malāʾika de se prosterner devant Ādam, le refus d’Iblīs — qui était du jinn —, l’avertissement contre lui et sa descendance, la scène du Jour où les associés prétendus resteront muets, et la clôture sur la raḥma de ton Rabb qui retarde le châtiment, et sur les cités détruites en leur temps (S18:50–59).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.18:27 Réciter sans détour ce qui a été révélé — nul ne change Ses paroles
S.18:28 Tenir compagnie à ceux qui invoquent, sans viser qu’Allaah — ne pas suivre le désir propre
S.18:29 Al-ḥaqq vient de votre Rabb — le Feu aux tentures, l’eau comme métal en fusion
S.18:30–31 La récompense de qui agit bien — les jardins d’Eden, bracelets d’or, soie et brocart
S.18:32 La parabole des deux jardins — vignes, palmiers et cultures
S.18:33 Chaque jardin donne sa récolte sans manquer — une rivière jaillit entre eux
S.18:34 « Je suis plus riche que toi en biens et plus fort en hommes »
S.18:35–36 Il entre dans son jardin, injuste envers lui-même — il doute de l’Heure
S.18:37 Son compagnon : « As-tu mécru en Ce qui t’a créé de terre, puis d’une goutte ? »
S.18:38 « Quant à moi, c’est Allaah mon Rabb, je n’Lui associe personne »
S.18:39–41 Le reproche : « Ce qu’Allaah a voulu » — l’espérance d’un jardin meilleur, la menace d’un calcul venu du ciel
S.18:42 Les fruits détruits, les mains qui se retournent, le remords tardif
S.18:43 Nul groupe pour le secourir en dehors d’Allaah
S.18:44 La walāya n’appartient qu’à Allaah, al-Ḥaqq — Il est meilleur en récompense et en issue
S.18:45 La vie d’ici-bas — une eau, une végétation, puis des débris que dispersent les vents
S.18:46 Biens et fils, ornement périssable — ce qui demeure des œuvres droites, meilleur en espérance
S.18:47 Le jour où les montagnes marchent — la terre apparente — nul oublié du rassemblement
S.18:48 Présentés en rangs devant leur Rabb — le rendez-vous qu’ils niaient
S.18:49 Le Kitāb déposé — rien de petit ni de grand sans qu’il soit compté
S.18:50 L’ordre aux malāʾika, le refus d’Iblīs — il était du jinn — quel mauvais échange !
S.18:51 Ni témoins de la création des cieux et de la terre, ni de la leur
S.18:52–53 Le jour où les associés prétendus resteront muets — les coupables voient le Feu
S.18:54 Chaque exemple diversifié dans ce Qurʾān — l’humain, le plus disputeur des êtres
S.18:55 Rien n’empêche de croire, sinon l’attente de la sunna des premiers ou du châtiment
S.18:56 Les envoyés, seulement annonciateurs et avertisseurs — la dispute par le faux
S.18:57 Qui est plus injuste que qui se détourne du rappel ? — enveloppes sur les cœurs, surdité
S.18:58 Ton Rabb, al-Ghafūr, détenteur de la raḥma — le rendez-vous plutôt que la hâte
S.18:59 Les cités détruites en leur temps — un rendez-vous fixé pour leur destruction

Réciter sans détour, tenir compagnie aux invocateurs sincères, le contraste Feu/Janna · S18:27–31

S.18:27 · Réciter sans détour ce qui a été révélé — nul ne change Ses paroles

S.18:27
وَاتْلُ مَا أُوحِيَ إِلَيْكَ مِنْ كِتَابِ رَبِّكَ ۖ لَا مُبَدِّلَ لِكَلِمَاتِهِ وَلَنْ تَجِدَ مِنْ دُونِهِ مُلْتَحَدًا
Wa-tlu mā ūḥiya ilayka min kitābi rabbika lā mubaddila li-kalimātihi wa-lan tajida min dūnihi multaḥadā Et récite (utlu) ce qui t’a été révélé (ūḥiya) du Kitāb de ton Rabb — nul ne peut changer (mubaddil) Ses paroles (kalimāt) — et tu ne trouveras, en dehors de Lui, aucun refuge (multaḥad).
Notes lexicales
lā mubaddila li-kalimātihi
racine *b-d-l* (substituer, remplacer). Précédent exact, presque mot pour mot : S6:115 (voir l'étude Hātū burhānakum), « *lā mubaddila li-kalimātihi* », rendu « nul ne peut changer Ses paroles » — même formule, même traduction reprise ici. Dit : le texte affirme une stabilité du Kitāb qu'aucune volonté extérieure ne peut altérer.
multaḥadā
racine *l-ḥ-d* : s'incliner de côté, se détourner obliquement — d'où *laḥd*, la niche creusée en biais dans la tombe, et *mulḥid*, celui qui s'écarte obliquement de la voie droite. Ici au sens d'un lieu où l'on pourrait s'incliner pour échapper, un refuge de traverse.

S.18:28 · Tenir compagnie à ceux qui invoquent, sans viser qu’Allaah — ne pas suivre le désir propre

Note de méthode — « yurīdūna wajhahu ». Comme pour S6:52 : la racine w-j-h porte, chez les lexicographes classiques, un sens second aussi attesté que le sens anatomique — wajh ash-shayʾ, ce vers quoi une chose fait face, sa réalité la plus essentielle et la plus propre. Yurīdu wajha llāh est un idiome coranique constant pour une intention exclusivement tournée vers Allaah Lui-même, sans intérêt intermédiaire — non une image de visage. Ce Bloc écarte donc « visage »/« face » et retient une tournure qui porte la visée exclusive et sincère.

S.18:28
وَاصْبِرْ نَفْسَكَ مَعَ الَّذِينَ يَدْعُونَ رَبَّهُمْ بِالْغَدَاةِ وَالْعَشِيِّ يُرِيدُونَ وَجْهَهُ ۖ وَلَا تَعْدُ عَيْنَاكَ عَنْهُمْ تُرِيدُ زِينَةَ الْحَيَاةِ الدُّنْيَا ۖ وَلَا تُطِعْ مَنْ أَغْفَلْنَا قَلْبَهُ عَنْ ذِكْرِنَا وَاتَّبَعَ هَوَاهُ وَكَانَ أَمْرُهُ فُرُطًا
Wa-ṣbir nafsaka maʿa lladhīna yadʿūna rabbahum bi-l-ghadāti wa-l-ʿashiyyi yurīdūna wajhahu wa-lā taʿdu ʿaynāka ʿanhum turīdu zīnata l-ḥayāti d-dunyā wa-lā tuṭiʿ man aghfalnā qalbahu ʿan dhikrinā wa-ttabaʿa hawāhu wa-kāna amruhu furuṭā Et endure-toi (iṣbir nafsaka) avec ceux qui invoquent leur Rabb, matin (ghadāt) et soir (ʿashiyy), ne visant que Lui-même (yurīdūna wajhahu) — et ne détourne pas tes yeux d’eux, recherchant l’ornement (zīna) de la vie d’ici-bas — et n’obéis pas à celui dont Nous avons rendu le cœur négligent (aghfalnā qalbahu) de Notre rappel (dhikr), qui a suivi son désir propre (hawā), et dont l’affaire est démesure (furuṭ).
Notes lexicales
bi-l-ghadāti wa-l-ʿashiyyi
paire qui exprime la constance de l'invocation (voir l'étude La voix dans la Ṣalāt et S6:52) : le matin et le soir couvrant, par métonymie, l'ensemble du jour.
aghfalnā qalbahu ʿan dhikrinā
racine *gh-f-l* (l'inattention, la négligence). Allaah n'est jamais *ghāfil* de ce que font les humains (formule récurrente *wa-mā llāhu bi-ghāfilin ʿammā taʿmalūn*, S2:74 et ailleurs). Point de méthode : ici, c'est un cœur humain qui est rendu *ghāfil* — non par un décret arbitraire, mais, comme pour *khatama*/*ṭubiʿa* (S2:6–7, S9:87), comme la conséquence d'une disposition déjà prise par cette personne elle-même (suivre son *hawā*) plutôt que comme une cause première. Ce Bloc ne tranche pas au-delà de ce que ce seul verset énonce.
hawāhu
racine *h-w-y* (voir S2:120, S5:12/60/77, S6:56) : le désir qui incline et fait pencher, distinct du jugement réfléchi.
furuṭā
racine *f-r-ṭ*, dont le sens premier (Ibn Fāris, *Maqāyīs al-Lugha*) est de précéder, d'aller de l'avant. De cette même racine dérivent deux sens classiquement reconnus comme opposés (un cas d'*aḍdād*, mots à double sens antithétique) : *tafrīṭ*, le manquement par défaut d'anticipation (voir S6:31/38 : *mā farraṭnā fī l-kitābi min shayʾ*), et *ifrāṭ*, l'excès par dépassement de toute mesure. Ce verset emploie la forme substantive *furuṭ*, où les lexicographes classiques reconnaissent le second sens : une affaire vouée à l'excès et à la dissolution, allée au-delà de toute retenue.

S.18:29 · Al-ḥaqq vient de votre Rabb — le Feu aux tentures, l’eau comme métal en fusion

S.18:29
وَقُلِ الْحَقُّ مِنْ رَبِّكُمْ ۖ فَمَنْ شَاءَ فَلْيُؤْمِنْ وَمَنْ شَاءَ فَلْيَكْفُرْ ۚ إِنَّا أَعْتَدْنَا لِلظَّالِمِينَ نَارًا أَحَاطَ بِهِمْ سُرَادِقُهَا ۚ وَإِنْ يَسْتَغِيثُوا يُغَاثُوا بِمَاءٍ كَالْمُهْلِ يَشْوِي الْوُجُوهَ ۚ بِئْسَ الشَّرَابُ وَسَاءَتْ مُرْتَفَقًا
Wa-quli l-ḥaqqu min rabbikum fa-man shāʾa fa-l-yuʾmin wa-man shāʾa fa-l-yakfur innā aʿtadnā li-ẓ-ẓālimīna nāran aḥāṭa bihim surādiquhā wa-in yastaghīthū yughāthū bi-māʾin ka-l-muhli yashwi l-wujūha biʾsa sh-sharābu wa-sāʾat murtafaqā Et dis : « Al-ḥaqq vient de votre Rabb — quiconque veut, qu’il croie ; quiconque veut, qu’il mécroie. » Nous avons préparé, pour les ẓālimūn, un Feu dont les tentures (surādiq) les cernent de toutes parts. Et s’ils appellent au secours, ils seront secourus par une eau semblable au métal en fusion (al-muhl), qui brûle les visages. Quelle détestable boisson ! Quel mauvais lieu de repos (murtafaq) !
Notes lexicales
fa-man shāʾa fa-l-yuʾmin wa-man shāʾa fa-l-yakfur
Dit : le texte pose ici une liberté de choix formulée sans détour — croire ou mécroire relève d'un vouloir humain explicitement nommé. Non-dit : ce seul verset ne précise pas comment cette liberté s'articule avec la *mashīʾa* d'Allaah, question que de nombreux versets soulèvent sans la trancher.
surādiquhā
terme d'origine non arabe (persane), absorbé dans l'usage classique : Ibn Manẓūr le définit comme une tenture de toile qui entoure une tente ou une cour, un enclos de tissu. L'image portée est celle d'un enclos qui se referme entièrement sur lui-même, sans échappée.
ka-l-muhli
Crux lexical, plusieurs lectures attestées, sans trancher. Ibn Manẓūr rapporte, sans les départager, plusieurs opinions léguées par les lexicographes anciens sur *al-muhl* : la lie ou le dépôt épais de l'huile ; le métal (cuivre, bronze, ou tout métal) porté à la fusion ; ou plus largement toute matière visqueuse et brûlante. Ce Bloc ne tranche pas entre ces lectures, le texte se contentant de l'effet décrit — une eau qui brûle les visages.
wa-in yastaghīthū yughāthū
Note de style. Le même verbe, à la forme demandée puis à la forme accordée (« ils demandent secours », « ils sont secourus »), est retourné en ironie amère : ce qui leur est donné en réponse à leur appel au secours est la substance même qui les brûle.
murtafaqā
même racine *r-f-q* que *mirfaqā* (S18:16 : le soutien favorable promis aux Compagnons de la Caverne). Cohérence intra-sourate directe : la même racine, qui désignait l'aisance et le soutien accordés à ceux qui se réfugient auprès d'Allaah, est ici retournée pour qualifier, par antiphrase amère, le pire des lieux de repos.

S.18:30–31 · La récompense de qui agit bien — les jardins d’Eden, bracelets d’or, soie et brocart

S.18:30–31
إِنَّ الَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ إِنَّا لَا نُضِيعُ أَجْرَ مَنْ أَحْسَنَ عَمَلًا أُولَٰئِكَ لَهُمْ جَنَّاتُ عَدْنٍ تَجْرِي مِنْ تَحْتِهِمُ الْأَنْهَارُ يُحَلَّوْنَ فِيهَا مِنْ أَسَاوِرَ مِنْ ذَهَبٍ وَيَلْبَسُونَ ثِيَابًا خُضْرًا مِنْ سُنْدُسٍ وَإِسْتَبْرَقٍ مُتَّكِئِينَ فِيهَا عَلَى الْأَرَائِكِ ۚ نِعْمَ الثَّوَابُ وَحَسُنَتْ مُرْتَفَقًا
Inna lladhīna āmanū wa-ʿamilū ṣ-ṣāliḥāti innā lā nuḍīʿu ajra man aḥsana ʿamalā — ulāʾika lahum jannātu ʿadnin tajrī min taḥtihimu l-anhāru yuḥallawna fīhā min asāwira min dhahabin wa-yalbasūna thiyāban khuḍran min sundusin wa-istabraqin muttakiʾīna fīhā ʿala l-arāʾiki niʿma th-thawābu wa-ḥasunat murtafaqā Ceux qui ont cru et accompli les œuvres droites (ṣāliḥāt) — Nous ne laissons pas perdre la récompense (ajr) de qui agit bien — ceux-là ont les jardins d’Eden (jannātu ʿadn), sous eux coulent les rivières ; ils y sont parés de bracelets d’or, vêtus d’habits verts de soie fine (sundus) et de brocart épais (istabraq), accoudés sur des divans (arāʾik). Quelle bonne récompense ! Quel bon lieu de repos !
Notes lexicales
jannātu ʿadnin
voir S13:23.
sundusin wa-istabraqin
deux termes d'origine persane, absorbés dans l'usage arabe classique et lexicalisés par Ibn Manẓūr : *sundus*, une soie fine et légère ; *istabraq*, un brocart épais, tissé de fils qui brillent. Conservés en translittération, aucun équivalent français à un seul mot ne portant à la fois la texture et la provenance précises que nomme le texte.
al-arāʾiki
racine *ʾ-r-k* : le lit surélevé, le divan d'apparat sur lequel on s'accoude pour se reposer avec aisance — terme que le Coran réserve, dans son usage, aux scènes de la Janna.

La parabole des deux jardins · S18:32–44

S.18:32 · La parabole des deux jardins — vignes, palmiers et cultures

S.18:32
۞ وَاضْرِبْ لَهُمْ مَثَلًا رَجُلَيْنِ جَعَلْنَا لِأَحَدِهِمَا جَنَّتَيْنِ مِنْ أَعْنَابٍ وَحَفَفْنَاهُمَا بِنَخْلٍ وَجَعَلْنَا بَيْنَهُمَا زَرْعًا
Wa-ḍrib lahum mathalan rajulayni jaʿalnā li-aḥadihimā jannatayni min aʿnābin wa-ḥafafnāhumā bi-nakhlin wa-jaʿalnā baynahumā zarʿā Et donne-leur en exemple (mathal) deux hommes : à l’un d’eux Nous avons donné deux jardins de vignes (aʿnāb), que Nous avons entourés de palmiers (nakhl), et entre lesquels Nous avons placé des cultures (zarʿ).
Notes lexicales
wa-ḍrib lahum mathalan
même construction, mot pour mot, que S18:45 : la même formule d'ouverture introduit les deux paraboles de ce Bloc, l'une centrée sur deux hommes, l'autre sur la vie d'ici-bas elle-même.

S.18:33 · Chaque jardin donne sa récolte sans manquer — une rivière jaillit entre eux

S.18:33
كِلْتَا الْجَنَّتَيْنِ آتَتْ أُكُلَهَا وَلَمْ تَظْلِمْ مِنْهُ شَيْئًا ۚ وَفَجَّرْنَا خِلَالَهُمَا نَهَرًا
Kilta l-jannatayni ātat ukulahā wa-lam taẓlim minhu shayʾan wa-fajjarnā khilālahumā naharā Chacun des deux jardins donna sa récolte (ukul) sans en rien retrancher (lam taẓlim minhu shayʾā), et Nous fîmes jaillir entre eux (khilālahumā) une rivière.
Notes lexicales
lam taẓlim minhu shayʾā
racine *ẓ-l-m* — ici dans son sens premier et concret (manquer, retrancher d'une mesure due), avant l'emploi moral que ce même récit rencontrera aussitôt après (S18:35 : *ẓālimun li-nafsihi*).
khilālahumā
racine *kh-l-l* : l'interstice, l'espace entre deux choses — d'où, par un sens dérivé bien distinct, *khulla* (le lien intime entre deux amis, voir S2:254). Ce Bloc ne fusionne pas ces deux emplois : ici, un sens strictement spatial et concret (l'espace séparant les deux jardins).

S.18:34 · « Je suis plus riche que toi en biens et plus fort en hommes »

S.18:34
وَكَانَ لَهُ ثَمَرٌ فَقَالَ لِصَاحِبِهِ وَهُوَ يُحَاوِرُهُ أَنَا أَكْثَرُ مِنْكَ مَالًا وَأَعَزُّ نَفَرًا
Wa-kāna lahu thamarun fa-qāla li-ṣāḥibihi wa-huwa yuḥāwiruhu anā aktharu minka mālan wa-aʿazzu nafarā Il eut des fruits (thamar), et dit à son compagnon (ṣāḥib), tout en dialoguant avec lui (yuḥāwiruhu) : « Je suis plus riche que toi en biens, et plus fort en hommes (nafar). »
Notes lexicales
yuḥāwiruhu
racine *ḥ-w-r* : au sens premier, revenir sur ses pas, faire retour — d'où *ḥiwār*, l'échange de propos où la réponse « revient » vers celui qui a parlé, le dialogue à deux voix. Le même verbe qualifie l'échange tout au long de ce récit (S18:34/37).
nafarā
racine *n-f-r* : le groupe d'hommes que l'on peut mobiliser, rallier autour de soi — sens voisin de *nafīr*, l'appel à se lever ensemble.

S.18:35–36 · Il entre dans son jardin, injuste envers lui-même — il doute de l’Heure

S.18:35–36
وَدَخَلَ جَنَّتَهُ وَهُوَ ظَالِمٌ لِنَفْسِهِ قَالَ مَا أَظُنُّ أَنْ تَبِيدَ هَٰذِهِ أَبَدًا ۝ وَمَا أَظُنُّ السَّاعَةَ قَائِمَةً وَلَئِنْ رُدِدْتُ إِلَىٰ رَبِّي لَأَجِدَنَّ خَيْرًا مِنْهَا مُنْقَلَبًا
Wa-dakhala jannatahu wa-huwa ẓālimun li-nafsihi qāla mā aẓunnu an tabīda hādhihi abadā — wa-mā aẓunnu s-sāʿata qāʾimatan wa-la-in rudidtu ilā rabbī la-ajidanna khayran minhā munqalabā Et il entra dans son jardin, injuste envers lui-même (ẓālimun li-nafsihi), disant : « Je ne pense pas que ceci périsse (tabīda) jamais — et je ne pense pas que l’Heure soit établie ; et même si je suis ramené à mon Rabb, je trouverai assurément meilleur que cela comme retour (munqalab). »
Notes lexicales
tabīda
racine *b-y-d* : périr entièrement, disparaître sans reste.
munqalabā
racine *q-l-b* (retourner, faire volte-face) — la même racine reviendra, sous une forme concrète et physique, en S18:42 (*yuqallibu kaffayhi*, il retourne ses paumes) : le retournement de fortune qu'il envisage ici avec assurance deviendra, plus loin dans ce même récit, le geste même de son désarroi.

S.18:37 · Son compagnon : « As-tu mécru en Ce qui t’a créé de terre, puis d’une goutte ? »

Note de méthode — neutre absolu, « Ce qui » pour Allaah. La construction relative attribuant une action à Allaah (« Celui qui t’a créé ») est rendue par « Ce qui », le neutre absolu s’exprimant en français par « ce qui »/« ce que » plutôt que par le pronom masculin « celui qui », qui désigne ordinairement une personne. Le pronom ordinaire « Il » reste employé normalement pour les verbes dont Allaah est sujet.

S.18:37
قَالَ لَهُ صَاحِبُهُ وَهُوَ يُحَاوِرُهُ أَكَفَرْتَ بِالَّذِي خَلَقَكَ مِنْ تُرَابٍ ثُمَّ مِنْ نُطْفَةٍ ثُمَّ سَوَّاكَ رَجُلًا
Qāla lahu ṣāḥibuhu wa-huwa yuḥāwiruhu a-kafarta bi-lladhī khalaqaka min turābin thumma min nuṭfatin thumma sawwāka rajulā Son compagnon lui dit, tout en dialoguant avec lui : « As-tu mécru en Ce qui t’a créé de terre (turāb), puis d’une goutte [germinale] (nuṭfa), puis t’a façonné (sawwāka) en homme ?
Notes lexicales
min turābin
précédent pour la création d'Ādam : S3:59 (*khalaqahu min turābin*).
min nuṭfatin
racine *n-ṭ-f* : une petite quantité de liquide clair, une goutte — terme technique, chez Ibn Manẓūr, pour le fluide séminal à l'origine de la génération humaine. Il prend ainsi la suite de *turāb* dans la même énumération des étapes de la création humaine.

S.18:38 · « Quant à moi, c’est Allaah mon Rabb, je n’Lui associe personne »

S.18:38
لَٰكِنَّا هُوَ اللَّهُ رَبِّي وَلَا أُشْرِكُ بِرَبِّي أَحَدًا
Lākinnā huwa llāhu rabbī wa-lā ushriku bi-rabbī aḥadā Mais quant à moi, c’est Allaah, mon Rabb, et je n’associe personne à mon Rabb.
Notes lexicales
lākinnā
Point de grammaire. Contraction classique de *lākin* (mais) et *anā* (moi) : « mais moi... ». Le compagnon oppose ainsi sa propre position, à la première personne, à l'assurance orgueilleuse qui vient de s'exprimer.

S.18:39–41 · Le reproche : n’as-tu pas dit « Ce qu’Allaah a voulu » ? — l’espérance d’un jardin meilleur

S.18:39–41
وَلَوْلَا إِذْ دَخَلْتَ جَنَّتَكَ قُلْتَ مَا شَاءَ اللَّهُ لَا قُوَّةَ إِلَّا بِاللَّهِ ۚ إِنْ تَرَنِ أَنَا أَقَلَّ مِنْكَ مَالًا وَوَلَدًا فَعَسَىٰ رَبِّي أَنْ يُؤْتِيَنِ خَيْرًا مِنْ جَنَّتِكَ وَيُرْسِلَ عَلَيْهَا حُسْبَانًا مِنَ السَّمَاءِ فَتُصْبِحَ صَعِيدًا زَلَقًا أَوْ يُصْبِحَ مَاؤُهَا غَوْرًا فَلَنْ تَسْتَطِيعَ لَهُ طَلَبًا
Wa-lawlā idh dakhalta jannataka qulta mā shāʾa llāhu lā quwwata illā billāhi in tarani anā aqalla minka mālan wa-waladā — fa-ʿasā rabbī an yuʾtiyani khayran min jannatika wa-yursila ʿalayhā ḥusbānan mina s-samāʾi fa-tuṣbiḥa ṣaʿīdan zalaqā — aw yuṣbiḥa māʾuhā ghawran fa-lan tastaṭīʿa lahu ṭalabā Pourquoi, quand tu es entré dans ton jardin, n’as-tu pas dit : « Ce qu’Allaah a voulu (mā shāʾa llāh) ! Nulle force sinon par Allaah (lā quwwata illā billāh) ! » Si tu me vois moins riche que toi en biens et en enfants (walad), il se peut que mon Rabb me donne meilleur que ton jardin, et envoie sur lui un calcul (ḥusbān) venu du ciel, de sorte qu’il devienne une surface glissante (ṣaʿīd zalaq) — ou que son eau s’enfonce (ghawr), et tu ne pourras alors la rechercher (ṭalab).
Notes lexicales
mā shāʾa llāhu lā quwwata illā billāh
formule de la famille des versets sur le vouloir d'Allaah (*mashīʾa*/*qadar*), dont le rapport exact avec l'action humaine n'est pas tranché ici — prescrite comme la parole que tout bienfait devrait appeler.
waladan
Note de cohérence. Même mot que celui dont le rejet catégorique est posé dès l'ouverture de cette sourate lorsqu'il est appliqué à Allaah (« Allaah aurait pris un *walad* », S18:4). Ici, le même mot désigne, sans aucune restriction, la descendance humaine ordinaire du compagnon — deux registres entièrement distincts, que ce Bloc ne fusionne pas.
ḥusbānan
même racine *ḥ-s-b* que *ḥisāb* (la reddition de comptes, voir S6:52). Ibn Manẓūr relève, pour *ḥusbān*, un sens dérivé et plus concret : un trait, une flèche ou un fléau qui s'abat comme selon un calcul déjà arrêté — un châtiment mesuré et déterminé, non un hasard.
ṣaʿīdan zalaqā
*ṣaʿīd* : la surface de la terre (voir S4:43 et S18:8). *Zalaq*, racine *z-l-q* : ce qui glisse, dénué de toute prise.
ghawrā
racine *gh-w-r* : s'enfoncer, disparaître en profondeur — d'où *ghār*, la grotte creusée en profondeur.

S.18:42 · Les fruits détruits, les mains qui se retournent, le remords tardif

S.18:42
وَأُحِيطَ بِثَمَرِهِ فَأَصْبَحَ يُقَلِّبُ كَفَّيْهِ عَلَىٰ مَا أَنْفَقَ فِيهَا وَهِيَ خَاوِيَةٌ عَلَىٰ عُرُوشِهَا وَيَقُولُ يَا لَيْتَنِي لَمْ أُشْرِكْ بِرَبِّي أَحَدًا
Wa-uḥīṭa bi-thamarihi fa-aṣbaḥa yuqallibu kaffayhi ʿalā mā anfaqa fīhā wa-hiya khāwiyatun ʿalā ʿurūshihā wa-yaqūlu yā laytanī lam ushrik bi-rabbī aḥadā Et ses fruits (thamar) furent détruits (uḥīṭa bi-thamarihi), et il se mit à retourner ses paumes (yuqallibu kaffayhi) sur ce qu’il y avait dépensé, tandis qu’elle était effondrée sur ses treillis (ʿurūsh), disant : « Si seulement je n’avais associé personne à mon Rabb ! »
Notes lexicales
uḥīṭa bi-thamarihi
même racine *ḥ-w-ṭ* que *aḥāṭa bihim surādiquhā* (S18:29 : les tentures du Feu qui cernent les ẓālimūn). Cohérence intra-Bloc : la même racine d'encerclement, qui décrivait l'enfermement du Feu, décrit ici la ruine qui cerne et emporte entièrement les fruits de cet homme.
yuqallibu kaffayhi
même racine *q-l-b* que *munqalab* (S18:36) — voir la note à cet endroit : le retournement qu'il envisageait avec assurance comme un « retour » favorable vers son Rabb devient ici, au sens le plus concret, le geste de ses mains vides.
ʿurūshihā
Point de méthode. Racine *ʿ-r-sh* : la même racine que celle d'*al-ʿArsh* d'Allaah (S7:54, S10:3, S11:7, S13:2), qui appelle la plus grande prudence méthodologique. Ici, l'emploi est purement agricole et matériel : les treillages, pergolas ou charpentes qui soutiennent la vigne d'un jardin — comme pour distinguer *al-ʿarsh* de Yūsuf (S12:100) de *al-ʿArsh* d'Allaah, cette occurrence est signalée pour mémoire, sans aucune portée théologique.

S.18:43 · Nul groupe pour le secourir en dehors d’Allaah

S.18:43
وَلَمْ تَكُنْ لَهُ فِئَةٌ يَنْصُرُونَهُ مِنْ دُونِ اللَّهِ وَمَا كَانَ مُنْتَصِرًا
Wa-lam takun lahu fiʾatun yanṣurūnahu min dūni llāhi wa-mā kāna muntaṣirā Et il n’eut aucun groupe (fiʾa) pour le secourir en dehors d’Allaah, et il ne fut pas secouru lui-même (muntaṣir).
Notes lexicales
fiʾatun
racine *f-ʾ-y* : le groupe, la faction rassemblée autour d'une cause commune.

S.18:44 · La walāya n’appartient qu’à Allaah, al-Ḥaqq — Il est meilleur en récompense et en issue

S.18:44
هُنَالِكَ الْوَلَايَةُ لِلَّهِ الْحَقِّ ۚ هُوَ خَيْرٌ ثَوَابًا وَخَيْرٌ عُقْبًا
Hunālika l-walāyatu lillāhi l-ḥaqqi huwa khayrun thawāban wa-khayrun ʿuqbā En cela, la walāya appartient à Allaah, al-Ḥaqq — Il est meilleur en récompense (thawāb), et meilleur en issue (ʿuqbā).
Notes lexicales
al-walāyatu lillāhi l-ḥaqqi
racine *w-l-y* (*walī*, *mawlā*) — voir S6:62 : *ruddū ilā llāhi mawlāhumu l-ḥaqqi*, formule très proche. Cohérence intra-coranique : le récit conclut sur le même principe posé ailleurs — la protection véritable et légitime (*walāya*) ne revient, en dernière instance, qu'à Allaah.
ʿuqbā
même racine *ʿ-q-b* que *aʿqābinā* (S6:71 : être « ramené sur ses talons »). Ici au sens de l'issue, ce qui vient en dernier lieu et clôt une affaire.

La parabole de la vie d’ici-bas, le Jour du rassemblement · S18:45–49

S.18:45 · La vie d’ici-bas — une eau, une végétation, puis des débris que dispersent les vents

S.18:45
وَاضْرِبْ لَهُمْ مَثَلَ الْحَيَاةِ الدُّنْيَا كَمَاءٍ أَنْزَلْنَاهُ مِنَ السَّمَاءِ فَاخْتَلَطَ بِهِ نَبَاتُ الْأَرْضِ فَأَصْبَحَ هَشِيمًا تَذْرُوهُ الرِّيَاحُ ۗ وَكَانَ اللَّهُ عَلَىٰ كُلِّ شَيْءٍ مُقْتَدِرًا
Wa-ḍrib lahum mathala l-ḥayāti d-dunyā ka-māʾin anzalnāhu mina s-samāʾi fa-khtalaṭa bihi nabātu l-arḍi fa-aṣbaḥa hashīman tadhrūhu r-riyāḥu wa-kāna llāhu ʿalā kulli shayʾin muqtadirā Et donne-leur en exemple la vie d’ici-bas : comme une eau que Nous avons fait descendre du ciel, à laquelle se mêle la végétation de la terre, puis elle devient des débris épars (hashīm) que dispersent les vents. Et Allaah est, sur toute chose, Muqtadir.
Notes lexicales
hashīmā
racine *h-sh-m* : broyer, réduire en fragments secs et cassants.
muqtadirā
racine *q-d-r* (voir *Qadīr*, S2:20 : « la capacité déterminante sans limite » ; *al-qādir*, S6:65). *Muqtadir* en est une forme intensive, conservée en translittération par cohérence avec les autres noms de cette même famille.

S.18:46 · Biens et fils, ornement périssable — ce qui demeure des œuvres droites, meilleur en espérance

S.18:46
الْمَالُ وَالْبَنُونَ زِينَةُ الْحَيَاةِ الدُّنْيَا ۖ وَالْبَاقِيَاتُ الصَّالِحَاتُ خَيْرٌ عِنْدَ رَبِّكَ ثَوَابًا وَخَيْرٌ أَمَلًا
Al-mālu wa-l-banūna zīnatu l-ḥayāti d-dunyā wa-l-bāqiyātu ṣ-ṣāliḥātu khayrun ʿinda rabbika thawāban wa-khayrun amalā Les biens et les fils sont l’ornement (zīna) de la vie d’ici-bas ; mais ce qui demeure (al-bāqiyāt) des œuvres droites (ṣāliḥāt) est meilleur, auprès de ton Rabb, en récompense, et meilleur en espérance (amal).
Notes lexicales
al-bāqiyātu ṣ-ṣāliḥātu
racine *b-q-y* : ce qui demeure, ce qui subsiste sans disparaître. Dit : le texte oppose explicitement, dans une même phrase, l'ornement périssable (biens et fils, comme l'ornement de la terre en S18:7) à ce qui, seul, demeure — les œuvres droites.
amalā
racine *ʾ-m-l* : l'espérance, l'attente tournée vers l'avenir.

S.18:47 · Le jour où les montagnes marchent — la terre apparente — nul oublié du rassemblement

S.18:47
وَيَوْمَ نُسَيِّرُ الْجِبَالَ وَتَرَى الْأَرْضَ بَارِزَةً وَحَشَرْنَاهُمْ فَلَمْ نُغَادِرْ مِنْهُمْ أَحَدًا
Wa-yawma nusayyiru l-jibāla wa-tara l-arḍa bārizatan wa-ḥasharnāhum fa-lam nughādir minhum aḥadā Et le jour où Nous ferons marcher les montagnes, et tu verras la terre apparente (bāriza) ; Nous les aurons rassemblés, sans en laisser échapper aucun.
Notes lexicales
bārizatan
racine *b-r-z* : sortir à découvert, apparaître sans rien qui masque. Dit : le texte affirme une terre rendue entièrement visible, sans préciser davantage la nature de ce changement.

S.18:48 · Présentés en rangs devant leur Rabb — le rendez-vous qu’ils niaient

S.18:48
وَعُرِضُوا عَلَىٰ رَبِّكَ صَفًّا لَقَدْ جِئْتُمُونَا كَمَا خَلَقْنَاكُمْ أَوَّلَ مَرَّةٍ ۚ بَلْ زَعَمْتُمْ أَلَّنْ نَجْعَلَ لَكُمْ مَوْعِدًا
Wa-ʿuriḍū ʿalā rabbika ṣaffan la-qad jiʾtumūnā kamā khalaqnākum awwala marratin bal zaʿamtum allan najʿala lakum mawʿidā Et ils seront présentés devant ton Rabb en rangs (ṣaff) : « Vous voici venus à Nous comme Nous vous avons créés la première fois ; mais vous prétendiez que Nous ne fixerions jamais pour vous de rendez-vous (mawʿid). »
Notes lexicales
kamā khalaqnākum awwala marratin
Dit : le texte affirme une reprise de l'humain dans un état qui rappelle sa création première — sans préciser davantage, par ce seul verset, la nature exacte de cette correspondance.

S.18:49 · Le Kitāb déposé — rien de petit ni de grand sans qu’il soit compté

S.18:49
وَوُضِعَ الْكِتَابُ فَتَرَى الْمُجْرِمِينَ مُشْفِقِينَ مِمَّا فِيهِ وَيَقُولُونَ يَا وَيْلَتَنَا مَالِ هَٰذَا الْكِتَابِ لَا يُغَادِرُ صَغِيرَةً وَلَا كَبِيرَةً إِلَّا أَحْصَاهَا ۚ وَوَجَدُوا مَا عَمِلُوا حَاضِرًا ۗ وَلَا يَظْلِمُ رَبُّكَ أَحَدًا
Wa-wuḍiʿa l-kitābu fa-tara l-mujrimīna mushfiqīna mimmā fīhi wa-yaqūlūna yā waylatanā māli hādhā l-kitābi lā yughādiru ṣaghīratan wa-lā kabīratan illā aḥṣāhā wa-wajadū mā ʿamilū ḥāḍiran wa-lā yaẓlimu rabbuka aḥadā Et le Kitāb sera déposé ; tu verras les coupables (mujrimūn) craintifs (mushfiqīn) de ce qui s’y trouve, disant : « Malheur à nous ! Qu’a donc ce Kitāb, il ne laisse échapper ni petite ni grande chose sans les avoir comptées (aḥṣāhā) ! » Et ils trouveront présent ce qu’ils ont fait ; et ton Rabb ne fait de tort à personne.
Notes lexicales
mushfiqīn
racine *sh-f-q* : une crainte mêlée d'un souci attentif, distincte de la simple peur (*khawf*) — l'inquiétude de qui redoute pour quelque chose qui lui tient à cœur.
aḥṣāhā
même racine *ḥ-ṣ-y* que *aḥṣā* (S18:12 : lequel des deux groupes évaluerait le mieux la durée du séjour). Cohérence intra-sourate : la même racine, qui mesurait une durée incertaine pour les Compagnons de la Caverne, désigne ici la reddition exhaustive de tout acte, sans qu'aucun ne soit omis.

L’ordre aux malāʾika, le refus d’Iblīs, la clôture sur la raḥma qui retarde le châtiment · S18:50–59

S.18:50 · L’ordre aux malāʾika, le refus d’Iblīs — il était du jinn — quel mauvais échange !

Point de cohérence intra-coranique — la nature d’Iblīs. Ce verset affirme explicitement ce que le récit de la prostration devant Ādam, ailleurs dans le Coran (S2:34, S7:11–12, S15:29–31), ne faisait que suggérer par l’exception grammaticale (« ils se prosternèrent, sauf Iblīs ») : Iblīs était du jinn (kāna mina l-jinn), non un ange. Dit : cette appartenance est nommée sans ambiguïté à cet endroit précis du Coran. Non-dit : ce seul verset ne précise pas si Iblīs se trouvait, avant son refus, intégré parmi les malāʾika au sein de cette assemblée ou s’il y était seulement présent en tant que jinn concerné par le même ordre — question sur laquelle une partie de la tradition exégétique a longuement débattu ; ce Bloc n’importe aucune réponse au-delà de ce que ce verset affirme lui-même.

S.18:50
وَإِذْ قُلْنَا لِلْمَلَائِكَةِ اسْجُدُوا لِآدَمَ فَسَجَدُوا إِلَّا إِبْلِيسَ كَانَ مِنَ الْجِنِّ فَفَسَقَ عَنْ أَمْرِ رَبِّهِ ۗ أَفَتَتَّخِذُونَهُ وَذُرِّيَّتَهُ أَوْلِيَاءَ مِنْ دُونِي وَهُمْ لَكُمْ عَدُوٌّ ۚ بِئْسَ لِلظَّالِمِينَ بَدَلًا
Wa-idh qulnā li-l-malāʾikati sjudū li-ādama fa-sajadū illā iblīsa kāna mina l-jinni fa-fasaqa ʿan amri rabbihi a-fa-tattakhidhūnahu wa-dhurriyyatahu awliyāʾa min dūnī wa-hum lakum ʿaduwwun biʾsa li-ẓ-ẓālimīna badalā Et [rappelle] quand Nous avons dit aux malāʾika : « Prosternez-vous devant Ādam » — ils se prosternèrent, sauf Iblīs : il était du jinn, et il s’écarta (fasaqa) de l’ordre de son Rabb. Allez-vous donc le prendre, lui et sa descendance (dhurriyya), pour walī en dehors de Moi, alors qu’ils sont pour vous un ennemi ? Quel mauvais échange (badal) pour les ẓālimūn !
Notes lexicales
fa-fasaqa ʿan amri rabbihi
racine *f-s-q* (voir S5:44–47 : le triptyque *kāfirūn/ẓālimūn/fāsiqūn*). Ibn Manẓūr en rattache le sens premier à la datte qui « sort » de sa peau en mûrissant — d'où le sens dérivé de sortir de l'obéissance due. Dit : le texte qualifie le refus d'Iblīs de cette même sortie hors de l'ordre reçu, non d'une simple hésitation.
badalā
même racine *b-d-l* que *mubaddila* (S18:27) — voir la note à cet endroit. Cohérence intra-Bloc : la même racine, qui affirmait au début de ce Bloc qu'aucune parole d'Allaah ne peut être changée, qualifie ici, par antiphrase, le choix des *ẓālimūn* comme un échange (contre Allaah, en faveur d'Iblīs) de la pire espèce.

S.18:51 · Ni témoins de la création des cieux et de la terre, ni de la leur

S.18:51
۞ مَا أَشْهَدْتُهُمْ خَلْقَ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ وَلَا خَلْقَ أَنْفُسِهِمْ وَمَا كُنْتُ مُتَّخِذَ الْمُضِلِّينَ عَضُدًا
Mā ashhadtuhum khalqa s-samāwāti wa-l-arḍi wa-lā khalqa anfusihim wa-mā kuntu muttakhidha l-muḍillīna ʿaḍudā Je ne les ai pas fait témoins (mā ashhadtuhum) de la création des cieux et de la terre, ni de leur propre création ; et Je n’ai jamais pris comme soutien (ʿaḍud) ceux qui égarent (muḍillīn).
Notes lexicales
mā ashhadtuhum
racine *sh-h-d* (le témoignage). Dit : le texte écarte explicitement toute prétention d'Iblīs et de sa descendance à un savoir ou un rôle qu'ils auraient partagé dans l'acte même de la création — non seulement celle du monde, mais la leur propre.
ʿaḍudā
racine *ʿ-ḍ-d* : le bras, et par extension ce qui soutient et renforce une action — le soutien, l'appui apporté à un dessein.

S.18:52–53 · Le jour où les associés prétendus resteront muets — les coupables voient le Feu

S.18:52–53
وَيَوْمَ يَقُولُ نَادُوا شُرَكَائِيَ الَّذِينَ زَعَمْتُمْ فَدَعَوْهُمْ فَلَمْ يَسْتَجِيبُوا لَهُمْ وَجَعَلْنَا بَيْنَهُمْ مَوْبِقًا وَرَأَى الْمُجْرِمُونَ النَّارَ فَظَنُّوا أَنَّهُمْ مُوَاقِعُوهَا وَلَمْ يَجِدُوا عَنْهَا مَصْرِفًا
Wa-yawma yaqūlu nādū shurakāʾiya lladhīna zaʿamtum fa-daʿawhum fa-lam yastajībū lahum wa-jaʿalnā baynahum mawbiqā — wa-raʾa l-mujrimūna n-nāra fa-ẓannū annahum muwāqiʿūhā wa-lam yajidū ʿanhā maṣrifā Et le jour où Il dira : « Appelez Mes associés (shurakāʾ) que vous prétendiez [exister] » — ils les appelleront, mais ceux-ci ne leur répondront pas ; et Nous placerons entre eux un abîme de perdition (mawbiq). Et les coupables verront le Feu, et sauront qu’ils vont y tomber (muwāqiʿūhā), sans trouver d’échappatoire (maṣrif).
Notes lexicales
shurakāʾiya lladhīna zaʿamtum
racine *sh-r-k* — voir l'étude Le Shirk. Dit : le texte qualifie ces « associés » de prétendus (*zaʿamtum*), une désignation rapportée du point de vue de ceux qui les invoquaient, non une reconnaissance d'un partenariat réel.
mawbiqā
racine *w-b-q* : périr, être voué à la perte sans recours — d'où *mawbiq*, le lieu ou l'instant de cette perte.
maṣrifā
même racine *ṣ-r-f* que *ṣarrafnā* (S18:54) — voir la note à cet endroit : la même racine qui « diversifie » les exemples pour ceux qui peuvent en tirer profit désigne ici, à l'inverse, l'absence de toute échappée pour qui refuse de s'en instruire.

S.18:54 · Chaque exemple diversifié dans ce Qurʾān — l’humain, le plus disputeur des êtres

S.18:54
وَلَقَدْ صَرَّفْنَا فِي هَٰذَا الْقُرْآنِ لِلنَّاسِ مِنْ كُلِّ مَثَلٍ ۚ وَكَانَ الْإِنْسَانُ أَكْثَرَ شَيْءٍ جَدَلًا
Wa-la-qad ṣarrafnā fī hādha l-qurʾāni li-n-nāsi min kulli mathalin wa-kāna l-insānu akthara shayʾin jadalā Et Nous avons diversifié (ṣarrafnā), dans ce Qurʾān, pour les gens, toute sorte d’exemple (mathal) ; mais l’humain est la plus disputeuse (jadal) des choses.
Notes lexicales
ṣarrafnā ... min kulli mathalin
même racine *ṣ-r-f* que *nuṣarrifu l-āyāti* (S6:46/65). Cohérence intra-coranique : la même diversification des signes et des exemples, rencontrée ailleurs avec deux issues opposées selon la disposition de qui les reçoit, reçoit ici la même issue contrastée — un texte détaillé, face à une disposition humaine encline à la dispute.
jadalā
racine *j-d-l* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : le sens premier est de tordre fermement une corde ; d'où le sens dérivé de soutenir un propos avec une ténacité qui ne cède pas. Précédent direct : S4:109 (*jādaltum ... fa-man yujādilu llāha ʿanhum*). Dit : le texte pose ce trait comme un constat général sur la nature humaine, sans le limiter à une catégorie précise de personnes.

S.18:55 · Rien n’empêche de croire, sinon l’attente de la sunna des premiers ou du châtiment

Crux lexical, deux lectures attestées, sans trancher — « qubulan ». Les lexicographes classiques rapportent deux vocalisations et deux sens pour ce terme : lu qubulan (avec ḍamma sur les deux premières lettres), il désigne ce qui vient de face, à découvert, sous les yeux ; lu qibalan, il désigne ce qui vient par catégories successives, l’une après l’autre. Ce Bloc retient la première lecture (« en face »), la plus répandue chez les lexicographes consultés, sans écarter la seconde.

S.18:55
وَمَا مَنَعَ النَّاسَ أَنْ يُؤْمِنُوا إِذْ جَاءَهُمُ الْهُدَىٰ وَيَسْتَغْفِرُوا رَبَّهُمْ إِلَّا أَنْ تَأْتِيَهُمْ سُنَّةُ الْأَوَّلِينَ أَوْ يَأْتِيَهُمُ الْعَذَابُ قُبُلًا
Wa-mā manaʿa n-nāsa an yuʾminū idh jāʾahumu l-hudā wa-yastaghfirū rabbahum illā an taʾtiyahum sunnatu l-awwalīna aw yaʾtiyahumu l-ʿadhābu qubulā Et rien n’a empêché les gens de croire, quand la guidance (hudā) leur est venue, et de demander pardon à leur Rabb, si ce n’est qu’ils attendent que leur arrive la sunna des premiers (al-awwalīn), ou que leur vienne le châtiment en face (qubul).
Notes lexicales
sunnatu l-awwalīn
voir l'étude Sunna · Sunan · Sunnat Allāh ; précédents directs : S8:38, S15:13, S17:77.
qubulā
voir le crux lexical ci-dessus.

S.18:56 · Les envoyés, seulement annonciateurs et avertisseurs — la dispute par le faux

S.18:56
وَمَا نُرْسِلُ الْمُرْسَلِينَ إِلَّا مُبَشِّرِينَ وَمُنْذِرِينَ ۚ وَيُجَادِلُ الَّذِينَ كَفَرُوا بِالْبَاطِلِ لِيُدْحِضُوا بِهِ الْحَقَّ ۖ وَاتَّخَذُوا آيَاتِي وَمَا أُنْذِرُوا هُزُوًا
Wa-mā nursilu l-mursalīna illā mubashshirīna wa-mundhirīna wa-yujādilu lladhīna kafarū bi-l-bāṭili li-yudḥiḍū bihi l-ḥaqqa wa-ttakhadhū āyātī wa-mā undhirū huzuwā Et Nous n’envoyons les mursalūn que comme annonciateurs (mubashshirīn) et avertisseurs (mundhirīn) ; et ceux qui ont mécru disputent (yujādilu) par le faux (bāṭil), afin de réfuter (li-yudḥiḍū) par lui al-ḥaqq ; et ils ont pris Mes āyāt, et ce dont ils ont été avertis, en dérision (huzuw).
Notes lexicales
mubashshirīna wa-mundhirīna
voir S2:213 et l'étude Nabī et Rasūl ; précédent direct : S6:48.
li-yudḥiḍū bihi l-ḥaqqa
racine *d-ḥ-ḍ* : faire glisser, faire perdre pied — l'image d'un sol qui se dérobe sous les pas.
huzuwā
racine *h-z-ʾ* (voir S2:14–16 : la dérision retournée contre ceux qui l'exercent). Ici, l'emploi est purement humain : la dérision que ces gens exercent eux-mêmes envers les āyāt.

S.18:57 · Qui est plus injuste que qui se détourne du rappel ? — enveloppes sur les cœurs, surdité

S.18:57
وَمَنْ أَظْلَمُ مِمَّنْ ذُكِّرَ بِآيَاتِ رَبِّهِ فَأَعْرَضَ عَنْهَا وَنَسِيَ مَا قَدَّمَتْ يَدَاهُ ۚ إِنَّا جَعَلْنَا عَلَىٰ قُلُوبِهِمْ أَكِنَّةً أَنْ يَفْقَهُوهُ وَفِي آذَانِهِمْ وَقْرًا ۖ وَإِنْ تَدْعُهُمْ إِلَى الْهُدَىٰ فَلَنْ يَهْتَدُوا إِذًا أَبَدًا
Wa-man aẓlamu mimman dhukkira bi-āyāti rabbihi fa-aʿraḍa ʿanhā wa-nasiya mā qaddamat yadāhu innā jaʿalnā ʿalā qulūbihim akinnatan an yafqahūhu wa-fī ādhānihim waqran wa-in tadʿuhum ila l-hudā fa-lan yahtadū idhan abadā Et qui est plus injuste que celui à qui on a rappelé les āyāt de son Rabb, et qui s’en détourne (aʿraḍa), et oublie ce que ses mains ont avancé ? Nous avons placé, sur leurs cœurs, des enveloppes (akinna) [qui les empêchent] de le comprendre, et dans leurs oreilles une surdité (waqr) ; et si tu les appelles à la guidance, ils ne seront alors jamais guidés.
Notes lexicales
akinnatan ... waqrā
même paire qu'en S6:25 et S17:46 — voir les notes à ces endroits.

S.18:58 · Ton Rabb, al-Ghafūr, détenteur de la raḥma — le rendez-vous plutôt que la hâte

S.18:58
وَرَبُّكَ الْغَفُورُ ذُو الرَّحْمَةِ ۖ لَوْ يُؤَاخِذُهُمْ بِمَا كَسَبُوا لَعَجَّلَ لَهُمُ الْعَذَابَ ۚ بَلْ لَهُمْ مَوْعِدٌ لَنْ يَجِدُوا مِنْ دُونِهِ مَوْئِلًا
Wa-rabbuka l-ghafūru dhū r-raḥmati law yuʾākhidhuhum bi-mā kasabū la-ʿajjala lahumu l-ʿadhāba bal lahum mawʿidun lan yajidū min dūnihi mawʾilā Et ton Rabb est al-Ghafūr, détenteur de la raḥma ; s’Il les saisissait (yuʾākhidhuhum) pour ce qu’ils ont acquis, Il hâterait pour eux le châtiment. Mais ils ont un rendez-vous (mawʿid), dont ils ne trouveront, en dehors de lui, aucun refuge (mawʾil).
Notes lexicales
al-Ghafūru dhū r-raḥmati
racine *gh-f-r* : couvrir, dissimuler — d'où le pardon compris comme le fait de recouvrir la faute plutôt que d'en exiger réparation immédiate. Conservé en translittération.
yuʾākhidhuhum
racine *ʾ-kh-dh* : saisir, prendre en faute. Dit : le texte pose explicitement un rapport de cause à conséquence entre le délai accordé et la *raḥma* nommée — non une indifférence envers ce qui est acquis (*kasabū*).
mawʾilā
racine *w-ʾ-l* : chercher refuge, se mettre à l'abri.

S.18:59 · Les cités détruites en leur temps — un rendez-vous fixé pour leur destruction

S.18:59
وَتِلْكَ الْقُرَىٰ أَهْلَكْنَاهُمْ لَمَّا ظَلَمُوا وَجَعَلْنَا لِمَهْلِكِهِمْ مَوْعِدًا
Wa-tilka l-qurā ahlaknāhum lammā ẓalamū wa-jaʿalnā li-mahlikihim mawʿidā Et ces cités (qurā), Nous les avons détruites (ahlaknāhum) quand elles ont été injustes, et Nous avons fixé, pour leur destruction (mahlik), un rendez-vous (mawʿid).
Notes lexicales
ahlaknāhum lammā ẓalamū
Dit : le texte rattache explicitement la destruction de ces cités à leur propre injustice (*ẓalamū*), non à un décret sans cause — comme dans les récits de cités détruites de la Sourate 7.
li-mahlikihim mawʿidā
même racine *w-ʿ-d* que *mawʿidan* (S18:48) : le même terme de rendez-vous fixé, employé d'abord pour le Jour du rassemblement, puis ici pour le moment précis de la destruction de chaque cité — un même principe de terme assigné, à deux échelles.

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