Structure du Bloc II. Quatre ensembles. D’abord l’ordre donné au nabī de réciter sans détour ce qui lui a été révélé, de tenir compagnie à ceux qui invoquent leur Rabb sans viser que Lui, et de ne pas obéir à qui suit son désir propre — puis le contraste entre le Feu préparé aux ẓālimūn et la Janna promise à ceux qui croient et agissent droitement (S18:27–31). Puis la parabole des deux jardins : l’homme comblé de biens qui doute de l’Heure et s’enorgueillit devant son compagnon, l’avertissement de ce dernier, la destruction du jardin et le remords sans recours (S18:32–44). Puis la parabole de la vie d’ici-bas comme une végétation vouée à se dessécher, et la scène du Jour où les montagnes sont mises en marche, où le Kitāb est déposé et où chaque acte se trouve compté (S18:45–49). Enfin le rappel de l’ordre donné aux malāʾika de se prosterner devant Ādam, le refus d’Iblīs — qui était du jinn —, l’avertissement contre lui et sa descendance, la scène du Jour où les associés prétendus resteront muets, et la clôture sur la raḥma de ton Rabb qui retarde le châtiment, et sur les cités détruites en leur temps (S18:50–59).
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.18:27 | Réciter sans détour ce qui a été révélé — nul ne change Ses paroles |
| S.18:28 | Tenir compagnie à ceux qui invoquent, sans viser qu’Allaah — ne pas suivre le désir propre |
| S.18:29 | Al-ḥaqq vient de votre Rabb — le Feu aux tentures, l’eau comme métal en fusion |
| S.18:30–31 | La récompense de qui agit bien — les jardins d’Eden, bracelets d’or, soie et brocart |
| S.18:32 | La parabole des deux jardins — vignes, palmiers et cultures |
| S.18:33 | Chaque jardin donne sa récolte sans manquer — une rivière jaillit entre eux |
| S.18:34 | « Je suis plus riche que toi en biens et plus fort en hommes » |
| S.18:35–36 | Il entre dans son jardin, injuste envers lui-même — il doute de l’Heure |
| S.18:37 | Son compagnon : « As-tu mécru en Ce qui t’a créé de terre, puis d’une goutte ? » |
| S.18:38 | « Quant à moi, c’est Allaah mon Rabb, je n’Lui associe personne » |
| S.18:39–41 | Le reproche : « Ce qu’Allaah a voulu » — l’espérance d’un jardin meilleur, la menace d’un calcul venu du ciel |
| S.18:42 | Les fruits détruits, les mains qui se retournent, le remords tardif |
| S.18:43 | Nul groupe pour le secourir en dehors d’Allaah |
| S.18:44 | La walāya n’appartient qu’à Allaah, al-Ḥaqq — Il est meilleur en récompense et en issue |
| S.18:45 | La vie d’ici-bas — une eau, une végétation, puis des débris que dispersent les vents |
| S.18:46 | Biens et fils, ornement périssable — ce qui demeure des œuvres droites, meilleur en espérance |
| S.18:47 | Le jour où les montagnes marchent — la terre apparente — nul oublié du rassemblement |
| S.18:48 | Présentés en rangs devant leur Rabb — le rendez-vous qu’ils niaient |
| S.18:49 | Le Kitāb déposé — rien de petit ni de grand sans qu’il soit compté |
| S.18:50 | L’ordre aux malāʾika, le refus d’Iblīs — il était du jinn — quel mauvais échange ! |
| S.18:51 | Ni témoins de la création des cieux et de la terre, ni de la leur |
| S.18:52–53 | Le jour où les associés prétendus resteront muets — les coupables voient le Feu |
| S.18:54 | Chaque exemple diversifié dans ce Qurʾān — l’humain, le plus disputeur des êtres |
| S.18:55 | Rien n’empêche de croire, sinon l’attente de la sunna des premiers ou du châtiment |
| S.18:56 | Les envoyés, seulement annonciateurs et avertisseurs — la dispute par le faux |
| S.18:57 | Qui est plus injuste que qui se détourne du rappel ? — enveloppes sur les cœurs, surdité |
| S.18:58 | Ton Rabb, al-Ghafūr, détenteur de la raḥma — le rendez-vous plutôt que la hâte |
| S.18:59 | Les cités détruites en leur temps — un rendez-vous fixé pour leur destruction |
Réciter sans détour, tenir compagnie aux invocateurs sincères, le contraste Feu/Janna · S18:27–31
S.18:27 · Réciter sans détour ce qui a été révélé — nul ne change Ses paroles
- lā mubaddila li-kalimātihi
- racine *b-d-l* (substituer, remplacer). Précédent exact, presque mot pour mot : S6:115 (voir l'étude Hātū burhānakum), « *lā mubaddila li-kalimātihi* », rendu « nul ne peut changer Ses paroles » — même formule, même traduction reprise ici. Dit : le texte affirme une stabilité du Kitāb qu'aucune volonté extérieure ne peut altérer.
- multaḥadā
- racine *l-ḥ-d* : s'incliner de côté, se détourner obliquement — d'où *laḥd*, la niche creusée en biais dans la tombe, et *mulḥid*, celui qui s'écarte obliquement de la voie droite. Ici au sens d'un lieu où l'on pourrait s'incliner pour échapper, un refuge de traverse.
S.18:28 · Tenir compagnie à ceux qui invoquent, sans viser qu’Allaah — ne pas suivre le désir propre
Note de méthode — « yurīdūna wajhahu ». Comme pour S6:52 : la racine w-j-h porte, chez les lexicographes classiques, un sens second aussi attesté que le sens anatomique — wajh ash-shayʾ, ce vers quoi une chose fait face, sa réalité la plus essentielle et la plus propre. Yurīdu wajha llāh est un idiome coranique constant pour une intention exclusivement tournée vers Allaah Lui-même, sans intérêt intermédiaire — non une image de visage. Ce Bloc écarte donc « visage »/« face » et retient une tournure qui porte la visée exclusive et sincère.
- bi-l-ghadāti wa-l-ʿashiyyi
- paire qui exprime la constance de l'invocation (voir l'étude La voix dans la Ṣalāt et S6:52) : le matin et le soir couvrant, par métonymie, l'ensemble du jour.
- aghfalnā qalbahu ʿan dhikrinā
- racine *gh-f-l* (l'inattention, la négligence). Allaah n'est jamais *ghāfil* de ce que font les humains (formule récurrente *wa-mā llāhu bi-ghāfilin ʿammā taʿmalūn*, S2:74 et ailleurs). Point de méthode : ici, c'est un cœur humain qui est rendu *ghāfil* — non par un décret arbitraire, mais, comme pour *khatama*/*ṭubiʿa* (S2:6–7, S9:87), comme la conséquence d'une disposition déjà prise par cette personne elle-même (suivre son *hawā*) plutôt que comme une cause première. Ce Bloc ne tranche pas au-delà de ce que ce seul verset énonce.
- hawāhu
- racine *h-w-y* (voir S2:120, S5:12/60/77, S6:56) : le désir qui incline et fait pencher, distinct du jugement réfléchi.
- furuṭā
- racine *f-r-ṭ*, dont le sens premier (Ibn Fāris, *Maqāyīs al-Lugha*) est de précéder, d'aller de l'avant. De cette même racine dérivent deux sens classiquement reconnus comme opposés (un cas d'*aḍdād*, mots à double sens antithétique) : *tafrīṭ*, le manquement par défaut d'anticipation (voir S6:31/38 : *mā farraṭnā fī l-kitābi min shayʾ*), et *ifrāṭ*, l'excès par dépassement de toute mesure. Ce verset emploie la forme substantive *furuṭ*, où les lexicographes classiques reconnaissent le second sens : une affaire vouée à l'excès et à la dissolution, allée au-delà de toute retenue.
S.18:29 · Al-ḥaqq vient de votre Rabb — le Feu aux tentures, l’eau comme métal en fusion
- fa-man shāʾa fa-l-yuʾmin wa-man shāʾa fa-l-yakfur
- Dit : le texte pose ici une liberté de choix formulée sans détour — croire ou mécroire relève d'un vouloir humain explicitement nommé. Non-dit : ce seul verset ne précise pas comment cette liberté s'articule avec la *mashīʾa* d'Allaah, question que de nombreux versets soulèvent sans la trancher.
- surādiquhā
- terme d'origine non arabe (persane), absorbé dans l'usage classique : Ibn Manẓūr le définit comme une tenture de toile qui entoure une tente ou une cour, un enclos de tissu. L'image portée est celle d'un enclos qui se referme entièrement sur lui-même, sans échappée.
- ka-l-muhli
- Crux lexical, plusieurs lectures attestées, sans trancher. Ibn Manẓūr rapporte, sans les départager, plusieurs opinions léguées par les lexicographes anciens sur *al-muhl* : la lie ou le dépôt épais de l'huile ; le métal (cuivre, bronze, ou tout métal) porté à la fusion ; ou plus largement toute matière visqueuse et brûlante. Ce Bloc ne tranche pas entre ces lectures, le texte se contentant de l'effet décrit — une eau qui brûle les visages.
- wa-in yastaghīthū yughāthū
- Note de style. Le même verbe, à la forme demandée puis à la forme accordée (« ils demandent secours », « ils sont secourus »), est retourné en ironie amère : ce qui leur est donné en réponse à leur appel au secours est la substance même qui les brûle.
- murtafaqā
- même racine *r-f-q* que *mirfaqā* (S18:16 : le soutien favorable promis aux Compagnons de la Caverne). Cohérence intra-sourate directe : la même racine, qui désignait l'aisance et le soutien accordés à ceux qui se réfugient auprès d'Allaah, est ici retournée pour qualifier, par antiphrase amère, le pire des lieux de repos.
S.18:30–31 · La récompense de qui agit bien — les jardins d’Eden, bracelets d’or, soie et brocart
- jannātu ʿadnin
- voir S13:23.
- sundusin wa-istabraqin
- deux termes d'origine persane, absorbés dans l'usage arabe classique et lexicalisés par Ibn Manẓūr : *sundus*, une soie fine et légère ; *istabraq*, un brocart épais, tissé de fils qui brillent. Conservés en translittération, aucun équivalent français à un seul mot ne portant à la fois la texture et la provenance précises que nomme le texte.
- al-arāʾiki
- racine *ʾ-r-k* : le lit surélevé, le divan d'apparat sur lequel on s'accoude pour se reposer avec aisance — terme que le Coran réserve, dans son usage, aux scènes de la Janna.
La parabole des deux jardins · S18:32–44
S.18:32 · La parabole des deux jardins — vignes, palmiers et cultures
- wa-ḍrib lahum mathalan
- même construction, mot pour mot, que S18:45 : la même formule d'ouverture introduit les deux paraboles de ce Bloc, l'une centrée sur deux hommes, l'autre sur la vie d'ici-bas elle-même.
S.18:33 · Chaque jardin donne sa récolte sans manquer — une rivière jaillit entre eux
- lam taẓlim minhu shayʾā
- racine *ẓ-l-m* — ici dans son sens premier et concret (manquer, retrancher d'une mesure due), avant l'emploi moral que ce même récit rencontrera aussitôt après (S18:35 : *ẓālimun li-nafsihi*).
- khilālahumā
- racine *kh-l-l* : l'interstice, l'espace entre deux choses — d'où, par un sens dérivé bien distinct, *khulla* (le lien intime entre deux amis, voir S2:254). Ce Bloc ne fusionne pas ces deux emplois : ici, un sens strictement spatial et concret (l'espace séparant les deux jardins).
S.18:34 · « Je suis plus riche que toi en biens et plus fort en hommes »
- yuḥāwiruhu
- racine *ḥ-w-r* : au sens premier, revenir sur ses pas, faire retour — d'où *ḥiwār*, l'échange de propos où la réponse « revient » vers celui qui a parlé, le dialogue à deux voix. Le même verbe qualifie l'échange tout au long de ce récit (S18:34/37).
- nafarā
- racine *n-f-r* : le groupe d'hommes que l'on peut mobiliser, rallier autour de soi — sens voisin de *nafīr*, l'appel à se lever ensemble.
S.18:35–36 · Il entre dans son jardin, injuste envers lui-même — il doute de l’Heure
- tabīda
- racine *b-y-d* : périr entièrement, disparaître sans reste.
- munqalabā
- racine *q-l-b* (retourner, faire volte-face) — la même racine reviendra, sous une forme concrète et physique, en S18:42 (*yuqallibu kaffayhi*, il retourne ses paumes) : le retournement de fortune qu'il envisage ici avec assurance deviendra, plus loin dans ce même récit, le geste même de son désarroi.
S.18:37 · Son compagnon : « As-tu mécru en Ce qui t’a créé de terre, puis d’une goutte ? »
Note de méthode — neutre absolu, « Ce qui » pour Allaah. La construction relative attribuant une action à Allaah (« Celui qui t’a créé ») est rendue par « Ce qui », le neutre absolu s’exprimant en français par « ce qui »/« ce que » plutôt que par le pronom masculin « celui qui », qui désigne ordinairement une personne. Le pronom ordinaire « Il » reste employé normalement pour les verbes dont Allaah est sujet.
- min turābin
- précédent pour la création d'Ādam : S3:59 (*khalaqahu min turābin*).
- min nuṭfatin
- racine *n-ṭ-f* : une petite quantité de liquide clair, une goutte — terme technique, chez Ibn Manẓūr, pour le fluide séminal à l'origine de la génération humaine. Il prend ainsi la suite de *turāb* dans la même énumération des étapes de la création humaine.
S.18:38 · « Quant à moi, c’est Allaah mon Rabb, je n’Lui associe personne »
- lākinnā
- Point de grammaire. Contraction classique de *lākin* (mais) et *anā* (moi) : « mais moi... ». Le compagnon oppose ainsi sa propre position, à la première personne, à l'assurance orgueilleuse qui vient de s'exprimer.
S.18:39–41 · Le reproche : n’as-tu pas dit « Ce qu’Allaah a voulu » ? — l’espérance d’un jardin meilleur
- mā shāʾa llāhu lā quwwata illā billāh
- formule de la famille des versets sur le vouloir d'Allaah (*mashīʾa*/*qadar*), dont le rapport exact avec l'action humaine n'est pas tranché ici — prescrite comme la parole que tout bienfait devrait appeler.
- waladan
- Note de cohérence. Même mot que celui dont le rejet catégorique est posé dès l'ouverture de cette sourate lorsqu'il est appliqué à Allaah (« Allaah aurait pris un *walad* », S18:4). Ici, le même mot désigne, sans aucune restriction, la descendance humaine ordinaire du compagnon — deux registres entièrement distincts, que ce Bloc ne fusionne pas.
- ḥusbānan
- même racine *ḥ-s-b* que *ḥisāb* (la reddition de comptes, voir S6:52). Ibn Manẓūr relève, pour *ḥusbān*, un sens dérivé et plus concret : un trait, une flèche ou un fléau qui s'abat comme selon un calcul déjà arrêté — un châtiment mesuré et déterminé, non un hasard.
- ṣaʿīdan zalaqā
- *ṣaʿīd* : la surface de la terre (voir S4:43 et S18:8). *Zalaq*, racine *z-l-q* : ce qui glisse, dénué de toute prise.
- ghawrā
- racine *gh-w-r* : s'enfoncer, disparaître en profondeur — d'où *ghār*, la grotte creusée en profondeur.
S.18:42 · Les fruits détruits, les mains qui se retournent, le remords tardif
- uḥīṭa bi-thamarihi
- même racine *ḥ-w-ṭ* que *aḥāṭa bihim surādiquhā* (S18:29 : les tentures du Feu qui cernent les ẓālimūn). Cohérence intra-Bloc : la même racine d'encerclement, qui décrivait l'enfermement du Feu, décrit ici la ruine qui cerne et emporte entièrement les fruits de cet homme.
- yuqallibu kaffayhi
- même racine *q-l-b* que *munqalab* (S18:36) — voir la note à cet endroit : le retournement qu'il envisageait avec assurance comme un « retour » favorable vers son Rabb devient ici, au sens le plus concret, le geste de ses mains vides.
- ʿurūshihā
- Point de méthode. Racine *ʿ-r-sh* : la même racine que celle d'*al-ʿArsh* d'Allaah (S7:54, S10:3, S11:7, S13:2), qui appelle la plus grande prudence méthodologique. Ici, l'emploi est purement agricole et matériel : les treillages, pergolas ou charpentes qui soutiennent la vigne d'un jardin — comme pour distinguer *al-ʿarsh* de Yūsuf (S12:100) de *al-ʿArsh* d'Allaah, cette occurrence est signalée pour mémoire, sans aucune portée théologique.
S.18:43 · Nul groupe pour le secourir en dehors d’Allaah
- fiʾatun
- racine *f-ʾ-y* : le groupe, la faction rassemblée autour d'une cause commune.
S.18:44 · La walāya n’appartient qu’à Allaah, al-Ḥaqq — Il est meilleur en récompense et en issue
- al-walāyatu lillāhi l-ḥaqqi
- racine *w-l-y* (*walī*, *mawlā*) — voir S6:62 : *ruddū ilā llāhi mawlāhumu l-ḥaqqi*, formule très proche. Cohérence intra-coranique : le récit conclut sur le même principe posé ailleurs — la protection véritable et légitime (*walāya*) ne revient, en dernière instance, qu'à Allaah.
- ʿuqbā
- même racine *ʿ-q-b* que *aʿqābinā* (S6:71 : être « ramené sur ses talons »). Ici au sens de l'issue, ce qui vient en dernier lieu et clôt une affaire.
La parabole de la vie d’ici-bas, le Jour du rassemblement · S18:45–49
S.18:45 · La vie d’ici-bas — une eau, une végétation, puis des débris que dispersent les vents
- hashīmā
- racine *h-sh-m* : broyer, réduire en fragments secs et cassants.
- muqtadirā
- racine *q-d-r* (voir *Qadīr*, S2:20 : « la capacité déterminante sans limite » ; *al-qādir*, S6:65). *Muqtadir* en est une forme intensive, conservée en translittération par cohérence avec les autres noms de cette même famille.
S.18:46 · Biens et fils, ornement périssable — ce qui demeure des œuvres droites, meilleur en espérance
- al-bāqiyātu ṣ-ṣāliḥātu
- racine *b-q-y* : ce qui demeure, ce qui subsiste sans disparaître. Dit : le texte oppose explicitement, dans une même phrase, l'ornement périssable (biens et fils, comme l'ornement de la terre en S18:7) à ce qui, seul, demeure — les œuvres droites.
- amalā
- racine *ʾ-m-l* : l'espérance, l'attente tournée vers l'avenir.
S.18:47 · Le jour où les montagnes marchent — la terre apparente — nul oublié du rassemblement
- bārizatan
- racine *b-r-z* : sortir à découvert, apparaître sans rien qui masque. Dit : le texte affirme une terre rendue entièrement visible, sans préciser davantage la nature de ce changement.
S.18:48 · Présentés en rangs devant leur Rabb — le rendez-vous qu’ils niaient
- kamā khalaqnākum awwala marratin
- Dit : le texte affirme une reprise de l'humain dans un état qui rappelle sa création première — sans préciser davantage, par ce seul verset, la nature exacte de cette correspondance.
S.18:49 · Le Kitāb déposé — rien de petit ni de grand sans qu’il soit compté
- mushfiqīn
- racine *sh-f-q* : une crainte mêlée d'un souci attentif, distincte de la simple peur (*khawf*) — l'inquiétude de qui redoute pour quelque chose qui lui tient à cœur.
- aḥṣāhā
- même racine *ḥ-ṣ-y* que *aḥṣā* (S18:12 : lequel des deux groupes évaluerait le mieux la durée du séjour). Cohérence intra-sourate : la même racine, qui mesurait une durée incertaine pour les Compagnons de la Caverne, désigne ici la reddition exhaustive de tout acte, sans qu'aucun ne soit omis.
L’ordre aux malāʾika, le refus d’Iblīs, la clôture sur la raḥma qui retarde le châtiment · S18:50–59
S.18:50 · L’ordre aux malāʾika, le refus d’Iblīs — il était du jinn — quel mauvais échange !
Point de cohérence intra-coranique — la nature d’Iblīs. Ce verset affirme explicitement ce que le récit de la prostration devant Ādam, ailleurs dans le Coran (S2:34, S7:11–12, S15:29–31), ne faisait que suggérer par l’exception grammaticale (« ils se prosternèrent, sauf Iblīs ») : Iblīs était du jinn (kāna mina l-jinn), non un ange. Dit : cette appartenance est nommée sans ambiguïté à cet endroit précis du Coran. Non-dit : ce seul verset ne précise pas si Iblīs se trouvait, avant son refus, intégré parmi les malāʾika au sein de cette assemblée ou s’il y était seulement présent en tant que jinn concerné par le même ordre — question sur laquelle une partie de la tradition exégétique a longuement débattu ; ce Bloc n’importe aucune réponse au-delà de ce que ce verset affirme lui-même.
- fa-fasaqa ʿan amri rabbihi
- racine *f-s-q* (voir S5:44–47 : le triptyque *kāfirūn/ẓālimūn/fāsiqūn*). Ibn Manẓūr en rattache le sens premier à la datte qui « sort » de sa peau en mûrissant — d'où le sens dérivé de sortir de l'obéissance due. Dit : le texte qualifie le refus d'Iblīs de cette même sortie hors de l'ordre reçu, non d'une simple hésitation.
- badalā
- même racine *b-d-l* que *mubaddila* (S18:27) — voir la note à cet endroit. Cohérence intra-Bloc : la même racine, qui affirmait au début de ce Bloc qu'aucune parole d'Allaah ne peut être changée, qualifie ici, par antiphrase, le choix des *ẓālimūn* comme un échange (contre Allaah, en faveur d'Iblīs) de la pire espèce.
S.18:51 · Ni témoins de la création des cieux et de la terre, ni de la leur
- mā ashhadtuhum
- racine *sh-h-d* (le témoignage). Dit : le texte écarte explicitement toute prétention d'Iblīs et de sa descendance à un savoir ou un rôle qu'ils auraient partagé dans l'acte même de la création — non seulement celle du monde, mais la leur propre.
- ʿaḍudā
- racine *ʿ-ḍ-d* : le bras, et par extension ce qui soutient et renforce une action — le soutien, l'appui apporté à un dessein.
S.18:52–53 · Le jour où les associés prétendus resteront muets — les coupables voient le Feu
- shurakāʾiya lladhīna zaʿamtum
- racine *sh-r-k* — voir l'étude Le Shirk. Dit : le texte qualifie ces « associés » de prétendus (*zaʿamtum*), une désignation rapportée du point de vue de ceux qui les invoquaient, non une reconnaissance d'un partenariat réel.
- mawbiqā
- racine *w-b-q* : périr, être voué à la perte sans recours — d'où *mawbiq*, le lieu ou l'instant de cette perte.
- maṣrifā
- même racine *ṣ-r-f* que *ṣarrafnā* (S18:54) — voir la note à cet endroit : la même racine qui « diversifie » les exemples pour ceux qui peuvent en tirer profit désigne ici, à l'inverse, l'absence de toute échappée pour qui refuse de s'en instruire.
S.18:54 · Chaque exemple diversifié dans ce Qurʾān — l’humain, le plus disputeur des êtres
- ṣarrafnā ... min kulli mathalin
- même racine *ṣ-r-f* que *nuṣarrifu l-āyāti* (S6:46/65). Cohérence intra-coranique : la même diversification des signes et des exemples, rencontrée ailleurs avec deux issues opposées selon la disposition de qui les reçoit, reçoit ici la même issue contrastée — un texte détaillé, face à une disposition humaine encline à la dispute.
- jadalā
- racine *j-d-l* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : le sens premier est de tordre fermement une corde ; d'où le sens dérivé de soutenir un propos avec une ténacité qui ne cède pas. Précédent direct : S4:109 (*jādaltum ... fa-man yujādilu llāha ʿanhum*). Dit : le texte pose ce trait comme un constat général sur la nature humaine, sans le limiter à une catégorie précise de personnes.
S.18:55 · Rien n’empêche de croire, sinon l’attente de la sunna des premiers ou du châtiment
Crux lexical, deux lectures attestées, sans trancher — « qubulan ». Les lexicographes classiques rapportent deux vocalisations et deux sens pour ce terme : lu qubulan (avec ḍamma sur les deux premières lettres), il désigne ce qui vient de face, à découvert, sous les yeux ; lu qibalan, il désigne ce qui vient par catégories successives, l’une après l’autre. Ce Bloc retient la première lecture (« en face »), la plus répandue chez les lexicographes consultés, sans écarter la seconde.
- sunnatu l-awwalīn
- voir l'étude Sunna · Sunan · Sunnat Allāh ; précédents directs : S8:38, S15:13, S17:77.
- qubulā
- voir le crux lexical ci-dessus.
S.18:56 · Les envoyés, seulement annonciateurs et avertisseurs — la dispute par le faux
- mubashshirīna wa-mundhirīna
- voir S2:213 et l'étude Nabī et Rasūl ; précédent direct : S6:48.
- li-yudḥiḍū bihi l-ḥaqqa
- racine *d-ḥ-ḍ* : faire glisser, faire perdre pied — l'image d'un sol qui se dérobe sous les pas.
- huzuwā
- racine *h-z-ʾ* (voir S2:14–16 : la dérision retournée contre ceux qui l'exercent). Ici, l'emploi est purement humain : la dérision que ces gens exercent eux-mêmes envers les āyāt.
S.18:57 · Qui est plus injuste que qui se détourne du rappel ? — enveloppes sur les cœurs, surdité
- akinnatan ... waqrā
- même paire qu'en S6:25 et S17:46 — voir les notes à ces endroits.
S.18:58 · Ton Rabb, al-Ghafūr, détenteur de la raḥma — le rendez-vous plutôt que la hâte
- al-Ghafūru dhū r-raḥmati
- racine *gh-f-r* : couvrir, dissimuler — d'où le pardon compris comme le fait de recouvrir la faute plutôt que d'en exiger réparation immédiate. Conservé en translittération.
- yuʾākhidhuhum
- racine *ʾ-kh-dh* : saisir, prendre en faute. Dit : le texte pose explicitement un rapport de cause à conséquence entre le délai accordé et la *raḥma* nommée — non une indifférence envers ce qui est acquis (*kasabū*).
- mawʾilā
- racine *w-ʾ-l* : chercher refuge, se mettre à l'abri.
S.18:59 · Les cités détruites en leur temps — un rendez-vous fixé pour leur destruction
- ahlaknāhum lammā ẓalamū
- Dit : le texte rattache explicitement la destruction de ces cités à leur propre injustice (*ẓalamū*), non à un décret sans cause — comme dans les récits de cités détruites de la Sourate 7.
- li-mahlikihim mawʿidā
- même racine *w-ʿ-d* que *mawʿidan* (S18:48) : le même terme de rendez-vous fixé, employé d'abord pour le Jour du rassemblement, puis ici pour le moment précis de la destruction de chaque cité — un même principe de terme assigné, à deux échelles.