Structure du Bloc XI. Cinq ensembles : dépenser avant le jour sans négoce (S2:254) ; Āyat al-Kursī (S2:255) ; l’absence de contrainte en dīn et la wilāya d’Allaah (S2:256–257) ; deux épisodes d’Ibrāhīm et du passant à la cité en ruines (S2:258–260) ; six paraboles sur la dépense (S2:261–266).

Avertissement méthodologique renforcé. S2:255 (Āyat al-Kursī) et S2:256 (« lā ikrāha fī l-dīn ») comptent parmi les versets les plus commentés, les plus cités et les plus exposés à une lecture déformée — dans un sens comme dans l’autre — de tout le corpus coranique. La méthode s’y applique avec la rigueur la plus stricte : chaque terme qui pourrait laisser entendre une notion de lieu, une forme physique ou un sentiment humain appliqués à Allaah est signalé et neutralisé conformément aux règles du projet ; rien n’est ajouté à ce que le texte dit, rien n’en est retranché.


Dépenser avant le jour sans négoce · S2:254

S.2:254
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا أَنفِقُوا مِمَّا رَزَقْنَاكُم مِّن قَبْلِ أَن يَأْتِيَ يَوْمٌ لَّا بَيْعٌ فِيهِ وَلَا خُلَّةٌ وَلَا شَفَاعَةٌ ۗ وَالْكَافِرُونَ هُمُ الظَّالِمُونَ
Yā ayyuhā lladhīna āmanū anfiqū mimmā razaqnākum min qabli an yaʾtiya yawmun lā bayʿun fīhi wa-lā khullatun wa-lā shafāʿah — wa-l-kāfirūna humu l-ẓālimūn Ô vous qui avez cru, dépensez de ce que Nous vous avons octroyé, avant que ne vienne un jour où il n’y a ni négoce, ni lien d’amitié, ni shafāʿa. Et ceux qui couvrent leur reconnaissance sont eux les ẓālimūn.

Notes lexicales

رَزَقْنَاكُم razaqnākum — déjà validé (r-z-q, S2:212 : ce qui est octroyé comme part de vie). بَيْع bayʿ — transaction, négoce — racine b-y-ʿ. خُلَّة khulla — racine kh-l-l : le lien d’amitié intime, l’entrelacement d’une relation de proximité. شَفَاعَة shafāʿa — déjà validée (sh-f-ʿ, S2:48, S2:123) : conservée en translittération. Ce que le texte dit : un appel à la dépense anticipée, adossé à la description d’un jour où trois recours habituels — l’échange, l’amitié, l’intercession — sont absents. Ce que le texte ne dit pas : il ne détaille pas ici les modalités de cette absence.


Āyat al-Kursī · S2:255

S.2:255
اللَّهُ لَا إِلَٰهَ إِلَّا هُوَ الْحَيُّ الْقَيُّومُ ۚ لَا تَأْخُذُهُ سِنَةٌ وَلَا نَوْمٌ ۚ لَّهُ مَا فِي السَّمَاوَاتِ وَمَا فِي الْأَرْضِ ۗ مَن ذَا الَّذِي يَشْفَعُ عِندَهُ إِلَّا بِإِذْنِهِ ۚ يَعْلَمُ مَا بَيْنَ أَيْدِيهِمْ وَمَا خَلْفَهُمْ ۖ وَلَا يُحِيطُونَ بِشَيْءٍ مِّنْ عِلْمِهِ إِلَّا بِمَا شَاءَ ۚ وَسِعَ كُرْسِيُّهُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضَ ۖ وَلَا يَئُودُهُ حِفْظُهُمَا ۚ وَهُوَ الْعَلِيُّ الْعَظِيمُ
Allāhu lā ilāha illā huwa l-Ḥayyu l-Qayyūm — lā taʾkhudhuhu sinatun wa-lā nawm — lahu mā fī l-samāwāti wa-mā fī l-arḍ — man dhā lladhī yashfaʿu ʿindahu illā bi-idhnih — yaʿlamu mā bayna aydīhim wa-mā khalfahum — wa-lā yuḥīṭūna bi-shayʾin min ʿilmihi illā bi-mā shāʾ — wasiʿa kursiyyuhu l-samāwāti wa-l-arḍ — wa-lā yaʾūduhu ḥifẓuhumā — wa-huwa l-ʿAliyyu l-ʿAẓīm Allaah — nul ilāh que Lui, al-Ḥayy, al-Qayyūm. Ni somnolence ni sommeil ne Le saisissent. À Lui ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre. Qui est celui qui intercède auprès de Lui, sinon par Sa permission ? Il connaît ce qui est devant eux et ce qui est derrière eux. Et ils n’embrassent rien de Sa connaissance, sinon ce qu’Il a voulu. Son kursī s’étend sur les cieux et la terre, et leur préservation ne Lui pèse pas. Et Il est al-ʿAliyy, al-ʿAẓīm.

Notes lexicales

الْحَيّ al-Ḥayy — racine ḥ-y-y déjà validée : mouvement, animation — ce qui vit d’une vie qui ne cesse pas. الْقَيُّوم al-Qayyūm — racine q-w-m (déjà rencontrée, yawm al-qiyāma) au sens intensif : ce qui se tient par Soi-même et fait subsister toute chose — forme d’intensité (fayʿūl) marquant l’autosuffisance et le soutien continu apporté à ce qui existe. سِنَة / نَوْم sina / nawm — la somnolence et le sommeil, deux états distincts et hiérarchisés par le texte lui-même (la somnolence précédant le sommeil). Note de vigilance. Le texte nie ces deux états d’Allaah par une formule négative explicite — il ne s’agit donc pas d’une addition anthropomorphique du traducteur mais d’une négation posée par le texte lui-même, dont la fonction est d’exclure toute limitation comparable à celle des êtres vivants créés. يَشْفَعُ … إِلَّا بِإِذْنِه yashfaʿu… illā bi-idhnihi — déjà en écho avec shafāʿa (S2:48, S2:123, S2:254) : toute intercession est subordonnée à une permission. مَا بَيْنَ أَيْدِيهِمْ وَمَا خَلْفَهُمْ mā bayna aydīhim wa-mā khalfahum — littéralement « ce qui est entre leurs mains et ce qui est derrière eux ». Note de vigilance méthodologique. Cette expression n’est pas lue ici dans un sens spatial appliqué à Allaah — elle qualifie l’objet de Sa connaissance à l’égard des créatures (« eux », pronom pluriel humain), au sens de ce qui est immédiat/manifeste pour elles et ce qui est postérieur/cela qui les suit, un couple d’orientation temporelle courant dans l’usage arabe classique, non une description d’un positionnement physique d’Allaah Lui-même. يُحِيطُونَ yuḥīṭūna — déjà validé (ḥ-w-ṭ, S2:19 : encercler sans échappatoire) — ici au sens d’embrasser, cerner intégralement une connaissance : les créatures n’embrassent de la connaissance d’Allaah que ce qu’Il a voulu leur laisser atteindre. كُرْسِيّ kursiyy — racine k-r-s : rassembler, agencer solidement. Point lexical majeur, non tranché ici. Le sens exact de kursī dans ce verset a fait l’objet, dès les lexicographes et exégètes anciens, de lectures distinctes : les uns y voient un objet concret (un siège, dans la lignée du sens le plus courant du mot), les autres y voient une métaphore de la portée du savoir ou de la souveraineté d’Allaah. La méthode ne tranche pas arbitrairement entre ces lectures : le terme est conservé en translittération, et aucune image figurative (trône matériel, forme, dimension) n’est ajoutée à ce que le texte énonce — le texte dit seulement que ce kursī « s’étend » (wasiʿa, déjà validé, w-s-ʿ) sur les cieux et la terre. يَئُودُهُ yaʾūduhu — racine ʾ-w-d : peser, accabler, faire ployer sous une charge. Note de vigilance. Le texte nie explicitement que la préservation des cieux et de la terre pèse sur Allaah — négation posée par le texte, non une addition. الْعَلِيّ al-ʿAliyy / الْعَظِيم al-ʿAẓīm — racines ʿ-l-w (élévation) et ʿ-ẓ-m (grandeur, magnitude). Règle du projet appliquée avec la plus grande rigueur. Conformément à la règle méthodologique retenue pour ce site, al-ʿAliyy n’est jamais rendu par « le Très-Haut » — cette traduction importe une connotation d’espace et de lieu qu’aucune formulation française équivalente ne permet d’effacer avec certitude. Les deux noms sont donc conservés en translittération : l’élévation désignée par ʿ-l-w est une élévation de rang, de souveraineté et de portée — non une position dans l’espace — cohérente avec le principe laysa ka-mithlihi shayʾ (S.42:11, hors bloc) déjà cité dans la banque lexicale de ce site à propos de stawā (S2:29). Ce que le texte dit : une déclaration de l’unicité d’Allaah, de Sa permanence, de l’étendue de ce qui Lui appartient, du caractère conditionné de toute intercession, des limites de la connaissance humaine à Son égard, et de l’étendue de Son kursī, sans que Sa préservation de toute chose ne Lui pèse. Ce que le texte ne dit pas : il ne décrit ni la forme, ni la nature, ni la localisation du kursī — ce point reste, dans le texte lui-même, un non-dit que la méthode ne comble pas.

↑ Haut de fiche


Absence de contrainte en dīn, la wilāya d’Allaah · S2:256–257

S.2:256
لَا إِكْرَاهَ فِي الدِّينِ ۖ قَد تَّبَيَّنَ الرُّشْدُ مِنَ الْغَيِّ ۚ فَمَن يَكْفُرْ بِالطَّاغُوتِ وَيُؤْمِن بِاللَّهِ فَقَدِ اسْتَمْسَكَ بِالْعُرْوَةِ الْوُثْقَىٰ لَا انفِصَامَ لَهَا ۗ وَاللَّهُ سَمِيعٌ عَلِيمٌ
Lā ikrāha fī l-dīn — qad tabayyana l-rushdu mina l-ghayy — fa-man yakfur bi-l-ṭāghūti wa-yuʾmin bi-llāhi fa-qadi stamsaka bi-l-ʿurwati l-wuthqā lā nfiṣāma lahā — wa-llāhu Samīʿun ʿAlīm Nulle contrainte en dīn. Le rushd s’est distingué de l’égarement. Quiconque couvre sa reconnaissance envers le ṭāghūt et croit en Allaah s’est saisi de la anse la plus sûre, celle qui ne se rompt pas. Allaah est al-Samīʿ, al-ʿAlīm.
S.2:257
اللَّهُ وَلِيُّ الَّذِينَ آمَنُوا يُخْرِجُهُم مِّنَ الظُّلُمَاتِ إِلَى النُّورِ ۖ وَالَّذِينَ كَفَرُوا أَوْلِيَاؤُهُمُ الطَّاغُوتُ يُخْرِجُونَهُم مِّنَ النُّورِ إِلَى الظُّلُمَاتِ ۗ أُولَٰئِكَ أَصْحَابُ النَّارِ ۖ هُمْ فِيهَا خَالِدُونَ
Allāhu Walīyu lladhīna āmanū yukhrijuhum mina l-ẓulumāti ilā l-nūr — wa-lladhīna kafarū awliyāʾuhumu l-ṭāghūtu yukhrijūnahum mina l-nūri ilā l-ẓulumāt — ulāʾika aṣḥābu l-nār — hum fīhā khālidūn Allaah est al-Walī de ceux qui ont cru — Il les fait sortir des ẓulumāt vers le nūr. Et ceux qui couvrent leur reconnaissance, leurs awliyāʾ sont le ṭāghūt — ils les font sortir du nūr vers les ẓulumāt. Ceux-là sont les compagnons du Feu, ils y demeurent fixement.

Notes lexicales

لَا إِكْرَاه lā ikrāha — racine k-r-h, déjà rencontrée (S2:216 : ce qui pèse, contraint) — négation catégorique de toute contrainte, portant précisément sur le dīn. الدِّين al-dīn — conservé en translittération, conformément à la règle méthodologique du projet. تَبَيَّنَ tabayyana — déjà validé (b-y-n, S2:159, S2:174 : ce qui est distinct par soi-même) : le rushd et l’égarement se sont distingués l’un de l’autre, de façon manifeste. الرُّشْد / الْغَيّ al-rushd / al-ghayy — déjà partiellement validé (r-sh-d, S2:186 : droiture confirmée une fois la voie engagée) ; al-ghayy : l’égarement actif, distinct de ḍalāla déjà rencontré (S2:175, S2:198). الطَّاغُوت al-ṭāghūt — même racine que ṭughyān déjà validée (ṭ-gh-y, S2:15 : dépassement des limites, débordement) — désignation générique de ce qui pousse au débordement hors de la juste mesure, non un nom propre. Conservé en translittération. اسْتَمْسَكَ stamsaka — forme X de m-s-k (déjà rencontrée, S2:229 : saisir et maintenir) : saisir fermement pour soi. الْعُرْوَة الْوُثْقَىٰ al-ʿurwatu l-wuthqā — l’anse (ʿ-r-w) la plus sûre (w-th-q : fiabilité, solidité) : image d’un point d’accroche qui ne cède pas. انْفِصَام infiṣām — racine f-ṣ-m : rupture, fracture — niée ici de façon catégorique. وَلِيّ Walī — racine w-l-y déjà rencontrée en sens dérivé (S2:205, se détourner) ; ici au sens premier de proximité protectrice qui accompagne et fait sortir. ظُلُمَات / نُور ẓulumāt / nūr — les ténèbres (de la même famille radicale que ẓulm, l’Ibn Fāris rattachant les deux sens à l’idée de ce qui est placé hors de sa juste visibilité) et la lumière (n-w-r : clarté). Ce que le texte dit : une négation catégorique de la contrainte en matière de dīn, adossée à la distinction déjà manifeste entre rushd et égarement, et une opposition entre la wilāya d’Allaah menant vers le nūr et celle du ṭāghūt menant vers les ẓulumāt. Ce que le texte ne dit pas : il ne précise pas ici le périmètre d’application de cette absence de contrainte au-delà de l’énoncé lui-même — sa portée dans d’autres contextes juridiques n’est pas traitée par ce seul verset.

↑ Haut de fiche


Ibrāhīm et le roi, la cité en ruines, les oiseaux · S2:258–260

S.2:258
أَلَمْ تَرَ إِلَى الَّذِي حَاجَّ إِبْرَاهِيمَ فِي رَبِّهِ أَنْ آتَاهُ اللَّهُ الْمُلْكَ إِذْ قَالَ إِبْرَاهِيمُ رَبِّيَ الَّذِي يُحْيِي وَيُمِيتُ قَالَ أَنَا أُحْيِي وَأُمِيتُ ۖ قَالَ إِبْرَاهِيمُ فَإِنَّ اللَّهَ يَأْتِي بِالشَّمْسِ مِنَ الْمَشْرِقِ فَأْتِ بِهَا مِنَ الْمَغْرِبِ فَبُهِتَ الَّذِي كَفَرَ ۗ وَاللَّهُ لَا يَهْدِي الْقَوْمَ الظَّالِمِينَ
A-lam tara ilā lladhī ḥājja ibrāhīma fī rabbihi an ātāhu llāhu l-mulka idh qāla ibrāhīmu rabbiya lladhī yuḥyī wa-yumīt — qāla anā uḥyī wa-umīt — qāla ibrāhīmu fa-inna llāha yaʾtī bi-l-shamsi mina l-mashriqi fa-ʾti bihā mina l-maghrib — fa-buhita lladhī kafar — wa-llāhu lā yahdī l-qawma l-ẓālimīn N’as-tu pas considéré celui qui disputa avec Ibrāhīm au sujet de son Rabb, parce qu’Allaah lui avait donné la royauté ? Quand Ibrāhīm dit : « Mon Rabb est Ce qui donne la vie et donne la mort » — il dit : « Moi je donne la vie et je donne la mort. » Ibrāhīm dit : « Allaah fait venir le soleil de l’orient, fais-le donc venir de l’occident. » Alors celui qui couvrait sa reconnaissance fut réduit au silence. Et Allaah ne guide pas le peuple des ẓālimīn.
S.2:259
أَوْ كَالَّذِي مَرَّ عَلَىٰ قَرْيَةٍ وَهِيَ خَاوِيَةٌ عَلَىٰ عُرُوشِهَا قَالَ أَنَّىٰ يُحْيِي هَٰذِهِ اللَّهُ بَعْدَ مَوْتِهَا ۖ فَأَمَاتَهُ اللَّهُ مِائَةَ عَامٍ ثُمَّ بَعَثَهُ ۖ قَالَ كَمْ لَبِثْتَ ۖ قَالَ لَبِثْتُ يَوْمًا أَوْ بَعْضَ يَوْمٍ ۖ قَالَ بَل لَّبِثْتَ مِائَةَ عَامٍ فَانظُرْ إِلَىٰ طَعَامِكَ وَشَرَابِكَ لَمْ يَتَسَنَّهْ ۖ وَانظُرْ إِلَىٰ حِمَارِكَ وَلِنَجْعَلَكَ آيَةً لِّلنَّاسِ ۖ وَانظُرْ إِلَى الْعِظَامِ كَيْفَ نُنشِزُهَا ثُمَّ نَكْسُوهَا لَحْمًا ۚ فَلَمَّا تَبَيَّنَ لَهُ قَالَ أَعْلَمُ أَنَّ اللَّهَ عَلَىٰ كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ
Aw ka-lladhī marra ʿalā qaryatin wa-hiya khāwiyatun ʿalā ʿurūshihā qāla annā yuḥyī hādhihi llāhu baʿda mawtihā — fa-amātahu llāhu miʾata ʿāmin thumma baʿathah — qāla kam labith — qāla labithtu yawman aw baʿḍa yawm — qāla bal labithta miʾata ʿāmin fa-nẓur ilā ṭaʿāmika wa-sharābika lam yatasannah — wa-nẓur ilā ḥimārika wa-li-najʿalaka āyatan li-l-nās — wa-nẓur ilā l-ʿiẓāmi kayfa nunshizuhā thumma naksūhā laḥmā — fa-lammā tabayyana lahu qāla aʿlamu anna llāha ʿalā kulli shayʾin qadīr Ou tel celui qui passa par une cité, alors qu’elle était vide, effondrée sur ses charpentes. Il dit : « Comment Allaah va-t-il faire revivre celle-ci, après sa mort ? » Alors Allaah le fit mourir cent années, puis le fit revenir. Il dit : « Combien de temps es-tu resté ? » — il dit : « Je suis resté un jour, ou une partie d’un jour. » Il dit : « Non — tu es resté cent années. Regarde ta nourriture et ta boisson, elles n’ont pas été altérées par le temps ; et regarde ton âne — afin que Nous fassions de toi un signe pour les gens — et regarde les ossements, comment Nous les redressons, puis Nous les revêtons de chair. » Puis, lorsque cela lui fut devenu manifeste, il dit : « Je sais qu’Allaah est, sur toute chose, qadīr. »
S.2:260
وَإِذْ قَالَ إِبْرَاهِيمُ رَبِّ أَرِنِي كَيْفَ تُحْيِي الْمَوْتَىٰ ۖ قَالَ أَوَلَمْ تُؤْمِن ۖ قَالَ بَلَىٰ وَلَٰكِن لِّيَطْمَئِنَّ قَلْبِي ۖ قَالَ فَخُذْ أَرْبَعَةً مِّنَ الطَّيْرِ فَصُرْهُنَّ إِلَيْكَ ثُمَّ اجْعَلْ عَلَىٰ كُلِّ جَبَلٍ مِّنْهُنَّ جُزْءًا ثُمَّ ادْعُهُنَّ يَأْتِينَكَ سَعْيًا ۚ وَاعْلَمْ أَنَّ اللَّهَ عَزِيزٌ حَكِيمٌ
Wa-idh qāla ibrāhīmu rabbi arinī kayfa tuḥyī l-mawtā — qāla a-wa-lam tuʾmin — qāla balā wa-lākin li-yaṭmaʾinna qalbī — qāla fa-khudh arbaʿatan mina l-ṭayri fa-ṣurhunna ilayka thumma jʿal ʿalā kulli jabalin minhunna juzʾan thumma dʿuhunna yaʾtīnaka saʿyā — wa-ʿlam anna llāha ʿAzīzun Ḥakīm Et quand Ibrāhīm dit : « Mon Rabb, montre-moi comment Tu fais revivre les morts » — Il dit : « N’as-tu donc pas cru ? » — il dit : « Si — mais pour que mon cœur trouve son assise. » Il dit : « Prends quatre oiseaux, apprivoise-les vers toi, puis place sur chaque montagne une part d’entre eux, puis appelle-les — ils te viendront avec empressement. Et sache qu’Allaah est al-ʿAzīz, al-Ḥakīm. »

Notes lexicales

حَاجَّ ḥājja — déjà validé (ḥ-j-j, S2:139 : orienter une démonstration contre un adversaire pour l’écarter). يُحْيِي وَيُمِيت yuḥyī wa-yumīt — déjà validé (ḥ-y-y/m-w-t). فَبُهِتَ fa-buhita — racine b-h-t : la stupéfaction qui coupe court à toute réplique. خَاوِيَة khāwiya — racine kh-w-y : vide, désert. عُرُوش ʿurūsh — pluriel de ʿarsh au sens ici de charpentes, toitures effondrées — même forme radicale que le mot désignant ailleurs un trône, mais sens contextuel distinct, déterminé par l’image de la ruine décrite. لَبِثْتَ labithta — racine l-b-th : demeurer, séjourner. لَمْ يَتَسَنَّه lam yatasannah — racine s-n-h/s-n-w : l’altération produite par le passage des années — niée ici. نُنشِزُهَا nunshizuhā — racine n-sh-z : redresser, faire se dresser à nouveau ce qui était disloqué. نَكْسُوهَا laḥman naksūhā laḥman — déjà validé (k-s-w, S2:233) : revêtir de chair. لِيَطْمَئِنَّ قَلْبِي li-yaṭmaʾinna qalbī — racine ṭ-m-ʾ-n : l’assise, la stabilité du cœur — champ voisin de sakīna (S2:248) mais racine distincte. فَصُرْهُنَّ fa-ṣurhunna — racine ṣ-w-r : double lecture lexicale rapportée par les classiques, soit « apprivoise-les, incline-les vers toi », soit « découpe-les » — la méthode retient la première lecture comme la plus courante chez les lexicographes cités, sans exclure catégoriquement la seconde. جُزْءًا juzʾan — racine j-z-ʾ : une part, une fraction. قَدِير qadīr — racine q-d-r : capacité déterminante, pouvoir d’établir la mesure des choses. Ce que le texte dit : deux démonstrations distinctes de la vivification par Allaah — l’une par l’argument du soleil face à un roi qui revendiquait un pouvoir de vie et de mort, l’autre par l’expérience vécue d’une mort de cent ans puis d’un retour à la vie — suivies d’une demande similaire d’Ibrāhīm, satisfaite non par doute mais par désir d’assise du cœur. Ce que le texte ne dit pas : il ne nomme ni le roi de S2:258 ni le passant de S2:259 — ces identifications relèvent d’élaborations extérieures au texte.

↑ Haut de fiche


Six paraboles sur la dépense · S2:261–266

S.2:261
مَّثَلُ الَّذِينَ يُنفِقُونَ أَمْوَالَهُمْ فِي سَبِيلِ اللَّهِ كَمَثَلِ حَبَّةٍ أَنبَتَتْ سَبْعَ سَنَابِلَ فِي كُلِّ سُنبُلَةٍ مِّائَةُ حَبَّةٍ ۗ وَاللَّهُ يُضَاعِفُ لِمَن يَشَاءُ ۗ وَاللَّهُ وَاسِعٌ عَلِيمٌ
Mathalu lladhīna yunfiqūna amwālahum fī sabīli llāhi ka-mathali ḥabbatin anbatat sabʿa sanābila fī kulli sunbulatin miʾatu ḥabbah — wa-llāhu yuḍāʿifu li-man yashāʾ — wa-llāhu Wāsiʿun ʿAlīm L’exemple de ceux qui dépensent leurs biens sur la voie d’Allaah est celui d’un grain qui fait pousser sept épis, chaque épi portant cent grains. Allaah multiplie pour qui Il veut. Allaah est al-Wāsiʿ, al-ʿAlīm.
S.2:262
الَّذِينَ يُنفِقُونَ أَمْوَالَهُمْ فِي سَبِيلِ اللَّهِ ثُمَّ لَا يُتْبِعُونَ مَا أَنفَقُوا مَنًّا وَلَا أَذًى ۙ لَّهُمْ أَجْرُهُمْ عِندَ رَبِّهِمْ وَلَا خَوْفٌ عَلَيْهِمْ وَلَا هُمْ يَحْزَنُونَ
Alladhīna yunfiqūna amwālahum fī sabīli llāhi thumma lā yutbiʿūna mā anfaqū mannan wa-lā adhā — lahum ajruhum ʿinda rabbihim wa-lā khawfun ʿalayhim wa-lā hum yaḥzanūn Ceux qui dépensent leurs biens sur la voie d’Allaah, puis ne font suivre leur dépense ni de mann ni de tort — pour eux leur ajr auprès de leur Rabb, nulle crainte sur eux et ils ne seront pas affligés.
S.2:263
قَوْلٌ مَّعْرُوفٌ وَمَغْفِرَةٌ خَيْرٌ مِّن صَدَقَةٍ يَتْبَعُهَا أَذًى ۗ وَاللَّهُ غَنِيٌّ حَلِيمٌ
Qawlun maʿrūfun wa-maghfiratun khayrun min ṣadaqatin yatbaʿuhā adhā — wa-llāhu Ghaniyyun Ḥalīm Une parole que la raison droite reconnaît comme juste, et un pardon, valent mieux qu’une ṣadaqa suivie d’un tort. Allaah est al-Ghanī, al-Ḥalīm.
S.2:264
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لَا تُبْطِلُوا صَدَقَاتِكُم بِالْمَنِّ وَالْأَذَىٰ كَالَّذِي يُنفِقُ مَالَهُ رِئَاءَ النَّاسِ وَلَا يُؤْمِنُ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الْآخِرِ ۖ فَمَثَلُهُ كَمَثَلِ صَفْوَانٍ عَلَيْهِ تُرَابٌ فَأَصَابَهُ وَابِلٌ فَتَرَكَهُ صَلْدًا ۖ لَّا يَقْدِرُونَ عَلَىٰ شَيْءٍ مِّمَّا كَسَبُوا ۗ وَاللَّهُ لَا يَهْدِي الْقَوْمَ الْكَافِرِينَ
Yā ayyuhā lladhīna āmanū lā tubṭilū ṣadaqātikum bi-l-manni wa-l-adhā ka-lladhī yunfiqu mālahu riʾāʾa l-nāsi wa-lā yuʾminu bi-llāhi wa-l-yawmi l-ākhir — fa-mathaluhu ka-mathali ṣafwānin ʿalayhi turābun fa-aṣābahu wābilun fa-tarakahu ṣaldā — lā yaqdirūna ʿalā shayʾin mimmā kasabū — wa-llāhu lā yahdī l-qawma l-kāfirīn Ô vous qui avez cru, n’annulez pas vos ṣadaqāt par le mann et le tort, comme celui qui dépense son bien par ostentation devant les gens sans croire en Allaah et au Jour dernier. Son exemple est celui d’un roc lisse recouvert de poussière : une pluie battante l’atteint et le laisse nu. Ils ne peuvent rien de ce qu’ils ont acquis. Allaah ne guide pas le peuple qui couvre sa reconnaissance.
S.2:265
وَمَثَلُ الَّذِينَ يُنفِقُونَ أَمْوَالَهُمُ ابْتِغَاءَ مَرْضَاتِ اللَّهِ وَتَثْبِيتًا مِّنْ أَنفُسِهِمْ كَمَثَلِ جَنَّةٍ بِرَبْوَةٍ أَصَابَهَا وَابِلٌ فَآتَتْ أُكُلَهَا ضِعْفَيْنِ فَإِن لَّمْ يُصِبْهَا وَابِلٌ فَطَلٌّ ۗ وَاللَّهُ بِمَا تَعْمَلُونَ بَصِيرٌ
Wa-mathalu lladhīna yunfiqūna amwālahumu btighāʾa marḍāti llāhi wa-tathbītan min anfusihim ka-mathali jannatin bi-rabwatin aṣābahā wābilun fa-ātat ukulahā ḍiʿfayni fa-in lam yuṣibhā wābilun fa-ṭall — wa-llāhu bi-mā taʿmalūna baṣīr Et l’exemple de ceux qui dépensent leurs biens en quête de l’agrément d’Allaah, et par affermissement venu d’eux-mêmes, est celui d’un jardin sur une hauteur : une pluie battante l’atteint, et il donne son fruit doublé ; et si une pluie battante ne l’atteint pas, une pluie fine suffit. Allaah est voyant de ce que vous faites.
S.2:266
أَيَوَدُّ أَحَدُكُمْ أَن تَكُونَ لَهُ جَنَّةٌ مِّن نَّخِيلٍ وَأَعْنَابٍ تَجْرِي مِن تَحْتِهَا الْأَنْهَارُ لَهُ فِيهَا مِن كُلِّ الثَّمَرَاتِ وَأَصَابَهُ الْكِبَرُ وَلَهُ ذُرِّيَّةٌ ضُعَفَاءُ فَأَصَابَهَا إِعْصَارٌ فِيهِ نَارٌ فَاحْتَرَقَتْ ۗ كَذَٰلِكَ يُبَيِّنُ اللَّهُ لَكُمُ الْآيَاتِ لَعَلَّكُمْ تَتَفَكَّرُونَ
A-yawaddu aḥadukum an takūna lahu jannatun min nakhīlin wa-aʿnābin tajrī min taḥtihā l-anhāru lahu fīhā min kulli l-thamarāti wa-aṣābahu l-kibaru wa-lahu dhurriyyatun ḍuʿafāʾu fa-aṣābahā iʿṣārun fīhi nārun fa-ḥtaraqat — ka-dhālika yubayyinu llāhu lakumu l-āyāti laʿallakum tatafakkarūn L’un de vous aimerait-il avoir un jardin de palmiers et de vignes, sous lequel coulent les rivières, où il a de tout fruit — et que la vieillesse l’atteigne, alors qu’il a une descendance affaiblie, et qu’un tourbillon porteur de feu atteigne ce jardin et le consume ? Ainsi Allaah vous explicite les āyāt, afin que vous réfléchissiez.

Notes lexicales

أَنبَتَتْ anbatat — racine n-b-t : faire germer, pousser. يُضَاعِفُ yuḍāʿifu — déjà validé (ḍ-ʿ-f, S2:245). لَا يُتْبِعُونَ … مَنًّا وَلَا أَذًى lā yutbiʿūna… mannan wa-lā adhā — مَنّ mann, même racine que al-mann déjà rencontré au sens positif (S2:57, la manne) mais employé ici en sens dérivé et négatif : rappeler avec insistance un bienfait accordé, en écraser le bénéficiaire — l’inverse du don gratuit. أَذًى adhā — déjà validé (S2:222). غَنِيّ Ghaniyy — racine gh-n-y : l’autosuffisance, l’absence de besoin — conservé en translittération, cohérent avec l’ensemble des noms déjà traités de la même manière. تُبْطِلُوا tubṭilū — racine b-ṭ-l : rendre vain, nul. رِئَاء riʾāʾ — racine r-ʾ-y (voir) : agir pour être vu. صَفْوَان / تُرَاب / وَابِل / صَلْد ṣafwān / turāb / wābil / ṣald — un roc lisse, la poussière, une pluie battante, une surface dénudée et dure : quatre termes concrets composant l’image d’une apparence de fertilité sans profondeur réelle. رَبْوَة rabwa — racine r-b-w : une hauteur, une élévation de terrain. تَثْبِيتًا مِّنْ أَنفُسِهِم tathbītan min anfusihim — déjà validé (th-b-t, S2:250) : un affermissement intérieur, non extérieur — condition ajoutée à l’agrément recherché. طَلّ ṭall — la pluie fine, la rosée abondante — alternative suffisante à la pluie battante dans cette seconde parabole, contrairement à la première où son absence laissait le roc nu. الْكِبَر al-kibar — même racine que takbīr déjà validée (k-b-r, S2:185 : proclamer la grandeur), ici au sens dérivé de la vieillesse, l’âge avancé. ضُعَفَاء ḍuʿafāʾ — pluriel de ḍaʿīf, faible — même racine que ḍiʿf/yuḍāʿifu (multiplier) rencontrée plus haut dans ce même bloc : l’arabe classique fait porter à une seule racine les deux notions opposées de redoublement et d’affaiblissement selon la forme employée — remarque lexicale, non contradiction. إِعْصَار iʿṣār — racine ʿ-ṣ-r : le tourbillon, ce qui tord et presse violemment. Ce que le texte dit : une série de six images concrètes organisant une hiérarchie de la dépense — multipliée sans réserve (S2:261), préservée du mann et du tort (S2:262–263), annulée par l’ostentation (S2:264), fructifiant malgré les aléas quand elle vise l’agrément d’Allaah (S2:265), et enfin une image d’anéantissement final servant d’avertissement (S2:266). Ce que le texte ne dit pas : il ne quantifie ni ne date ces paraboles — leur portée reste générale, sans application à un cas ou une personne nommés.


Barāʾa du bloc

Cette étude est conduite selon la méthode islamducoran.fr : lecture intra-coranique exclusive, lexicographie arabe classique (Farāhīdī, Ibn Fāris, Ibn Manẓūr), discipline du dit / non-dit / inférence. Elle n’est pas prescriptive et reste révisable à la lumière du texte. L’unique garant de la compréhension est Allaah.

↑ Haut de page