Structure du Bloc XII. Trois ensembles : la dépense — ce qu’on en donne, à qui, et selon quelle disposition intérieure (S2:267–274) ; le développement central sur le ribā, son interdiction et le sort du débiteur (S2:275–281) ; le verset le plus long du Coran, consacré à l’écrit de la dette, suivi du gage en cas de voyage (S2:282–283).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.2:267 Dépenser du ṭayyib, non du khabīth
S.2:268 Le shayṭān promet la pauvreté · Allaah promet maghfira et faḍl
S.2:269 La ḥikma donnée à qui Il veut — un bien abondant
S.2:270 Toute dépense et tout nadhr connus d’Allaah
S.2:271 Ṣadaqa visible ou dissimulée — effacement des fautes
S.2:272 Le hudā n’incombe pas — dépenser en quête du wajh d’Allaah
S.2:273 Les fuqarāʾ retenus, reconnaissables à leur sīmā
S.2:274 Dépenser nuit et jour, en secret et publiquement
S.2:275 Ceux qui dévorent le ribā — bayʿ licite, ribā interdit
S.2:276 Allaah efface le ribā, fait croître les ṣadaqāt
S.2:277 Foi, œuvres droites, ṣalāt et zakāt — la récompense
S.2:278 Abandonner ce qui reste du ribā
S.2:279 L’avertissement de guerre — le capital rendu sans lésion
S.2:280 Le débiteur en difficulté — attendre l’aisance, ou faire ṣadaqa
S.2:281 Se constituer une taqwā en vue du jour du retour vers Allaah
S.2:282 L’écrit de la dette — scribe, dictée, témoins, protection
S.2:283 Le gage en voyage — l’amāna et le témoignage non dissimulé

La dépense · S2:267–274

S.2:267
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا أَنفِقُوا مِن طَيِّبَاتِ مَا كَسَبْتُمْ وَمِمَّا أَخْرَجْنَا لَكُم مِّنَ الْأَرْضِ ۖ وَلَا تَيَمَّمُوا الْخَبِيثَ مِنْهُ تُنفِقُونَ وَلَسْتُم بِآخِذِيهِ إِلَّا أَن تُغْمِضُوا فِيهِ ۚ وَاعْلَمُوا أَنَّ اللَّهَ غَنِيٌّ حَمِيدٌ
Yā ayyuhā lladhīna āmanū — anfiqū min ṭayyibāti mā kasabtum wa-mimmā akhrajnā lakum mina l-arḍ — wa-lā tayammamū l-khabītha minhu tunfiqūna wa-lastum bi-ākhidhīhi illā an tughmiḍū fīh — wa-ʿlamū anna llāha Ghaniyyun Ḥamīd O vous qui croyez — dépensez de ce qu’il y a de bon (ṭayyib) dans ce que vous avez acquis, et de ce que Nous avons fait sortir pour vous de la terre — et ne visez pas délibérément ce qu’il y a de vicié (khabīth) pour le dépenser, alors que vous-mêmes ne l’accepteriez qu’en fermant les yeux dessus — et sachez qu’Allaah est Ghaniyy, Ḥamīd.
S.2:268
الشَّيْطَانُ يَعِدُكُمُ الْفَقْرَ وَيَأْمُرُكُم بِالْفَحْشَاءِ ۖ وَاللَّهُ يَعِدُكُم مَّغْفِرَةً مِّنْهُ وَفَضْلًا ۗ وَاللَّهُ وَاسِعٌ عَلِيمٌ
Al-shayṭānu yaʿidukumu l-faqra wa-yaʾmurukum bi-l-faḥshāʾ — wa-llāhu yaʿidukum maghfiratan minhu wa-faḍlan — wa-llāhu Wāsiʿun ʿAlīm Le shayṭān vous promet la pauvreté et vous ordonne le faḥshāʾ — tandis qu’Allaah vous promet, de Sa part, maghfira et faḍl. Allaah est Wāsiʿ, ʿAlīm.
S.2:269
يُؤْتِي الْحِكْمَةَ مَن يَشَاءُ ۚ وَمَن يُؤْتَ الْحِكْمَةَ فَقَدْ أُوتِيَ خَيْرًا كَثِيرًا ۗ وَمَا يَذَّكَّرُ إِلَّا أُولُو الْأَلْبَابِ
Yuʾti l-ḥikmata man yashāʾ — wa-man yuʾta l-ḥikmata fa-qad ūtiya khayran kathīrā — wa-mā yadhdhakkaru illā ulū l-albāb Il donne la ḥikma à qui Il veut. Et quiconque reçoit la ḥikma a certes reçu un bien abondant. Mais seuls s’en souviennent ceux qui possèdent l’ulū l-albāb.
S.2:270
وَمَا أَنفَقْتُم مِّن نَّفَقَةٍ أَوْ نَذَرْتُم مِّن نَّذْرٍ فَإِنَّ اللَّهَ يَعْلَمُهُ ۗ وَمَا لِلظَّالِمِينَ مِنْ أَنصَارٍ
Wa-mā anfaqtum min nafaqatin aw nadhartum min nadhrin fa-inna llāha yaʿlamuh — wa-mā li-l-ẓālimīna min anṣār Et quelle que soit la dépense que vous dépensez, ou le nadhr que vous formulez, Allaah le sait. Et il n’y a pour les ẓālimūn aucun secoureur.
S.2:271
إِن تُبْدُوا الصَّدَقَاتِ فَنِعِمَّا هِيَ ۖ وَإِن تُخْفُوهَا وَتُؤْتُوهَا الْفُقَرَاءَ فَهُوَ خَيْرٌ لَّكُمْ ۚ وَيُكَفِّرُ عَنكُم مِّن سَيِّئَاتِكُمْ ۗ وَاللَّهُ بِمَا تَعْمَلُونَ خَبِيرٌ
In tubdū l-ṣadaqāti fa-niʿimmā hiy — wa-in tukhfūhā wa-tuʾtūhā l-fuqarāʾa fa-huwa khayrun lakum — wa-yukaffiru ʿankum min sayyiʾātikum — wa-llāhu bi-mā taʿmalūna khabīr Si vous rendez visibles les ṣadaqāt, combien c’est bon ! Et si vous les dissimulez et les donnez aux fuqarāʾ, c’est encore meilleur pour vous, et Il efface pour vous une partie de vos sayyiʾāt. Allaah, de ce que vous faites, est Khabīr.
S.2:272
لَّيْسَ عَلَيْكَ هُدَاهُمْ وَلَٰكِنَّ اللَّهَ يَهْدِي مَن يَشَاءُ ۗ وَمَا تُنفِقُوا مِنْ خَيْرٍ فَلِأَنفُسِكُمْ ۚ وَمَا تُنفِقُونَ إِلَّا ابْتِغَاءَ وَجْهِ اللَّهِ ۚ وَمَا تُنفِقُوا مِنْ خَيْرٍ يُوَفَّ إِلَيْكُمْ وَأَنتُمْ لَا تُظْلَمُونَ
Laysa ʿalayka hudāhum wa-lākinna llāha yahdī man yashāʾ — wa-mā tunfiqū min khayrin fa-li-anfusikum — wa-mā tunfiqūna illā btighāʾa wajhi llāh — wa-mā tunfiqū min khayrin yuwaffa ilaykum wa-antum lā tuẓlamūn Leur hudā ne t’incombe pas — c’est Allaah qui guide qui Il veut. Et tout bien que vous dépensez est pour vous-mêmes ; et vous ne dépensez que dans la recherche du wajh d’Allaah. Et tout bien que vous dépensez vous sera restitué intégralement, et vous ne serez pas lésés.
S.2:273
لِلْفُقَرَاءِ الَّذِينَ أُحْصِرُوا فِي سَبِيلِ اللَّهِ لَا يَسْتَطِيعُونَ ضَرْبًا فِي الْأَرْضِ يَحْسَبُهُمُ الْجَاهِلُ أَغْنِيَاءَ مِنَ التَّعَفُّفِ تَعْرِفُهُم بِسِيمَاهُمْ لَا يَسْأَلُونَ النَّاسَ إِلْحَافًا ۗ وَمَا تُنفِقُوا مِنْ خَيْرٍ فَإِنَّ اللَّهَ بِهِ عَلِيمٌ
Li-l-fuqarāʾi lladhīna uḥṣirū fī sabīli llāhi lā yastaṭīʿūna ḍarban fī l-arḍ — yaḥsabuhumu l-jāhilu aghniyāʾa mina l-taʿaffuf — taʿrifuhum bi-sīmāhum — lā yasʾalūna l-nāsa ilḥāfā — wa-mā tunfiqū min khayrin fa-inna llāha bihi ʿalīm Aux fuqarāʾ qui sont retenus sur la voie d’Allaah, sans pouvoir mener une activité sur la terre — le jāhil les croirait aghniyāʾ à cause de leur retenue (taʿaffuf) — tu les reconnais à leur sīmā — ils ne sollicitent pas les gens avec insistance. Et tout bien que vous dépensez, Allaah en est certes ʿAlīm.
S.2:274
الَّذِينَ يُنفِقُونَ أَمْوَالَهُم بِاللَّيْلِ وَالنَّهَارِ سِرًّا وَعَلَانِيَةً فَلَهُمْ أَجْرُهُمْ عِندَ رَبِّهِمْ وَلَا خَوْفٌ عَلَيْهِمْ وَلَا هُمْ يَحْزَنُونَ
Alladhīna yunfiqūna amwālahum bi-l-layli wa-l-nahāri sirran wa-ʿalāniyatan fa-lahum ajruhum ʿinda rabbihim wa-lā khawfun ʿalayhim wa-lā hum yaḥzanūn Ceux qui dépensent leurs biens de nuit et de jour, en secret et publiquement, ont leur récompense auprès de leur Rabb ; nulle crainte sur eux, et ils n’auront pas à se désoler.
Notes lexicales
rabb
racine *r-b-b*. Selon la méthode retenue ici, *Rabb* est conservé en translittération plutôt que traduit par « Seigneur » : la racine porte, dans son champ sémantique arabe, à la fois l'idée d'éducation et de croissance progressive (*tarbiya*) et celle de souveraineté sur ce qui est élevé et conduit à son plein accomplissement — un champ que le seul mot français « Seigneur » (registre féodal et d'autorité) ne couvre pas.
طَيِّبَاتṭayyibāt
racine ṭ-y-b : ce qui est bon, sain, agréable.
الْخَبِيثal-khabīth
racine kh-b-th : ce qui est vicié, corrompu — opposé exact de ṭayyib.
تَيَمَّمُواtayammamū
racine ʾ-m-m (forme V) : viser délibérément, se diriger vers — même racine que *tayammum* dans son sens d'orientation intentionnelle, ici appliquée négativement (viser le pire pour s'en défausser).
تُغْمِضُواtughmiḍū
racine gh-m-ḍ : fermer les yeux — image du don qu'on ne accepterait soi-même qu'en fermant les yeux dessus par gêne.
غَنِيّ / حَمِيدGhaniyy / Ḥamīd
Ghaniyy (racine gh-n-y, S2:263 : ce qui se suffit à soi-même, sans besoin) ; Ḥamīd — racine ḥ-m-d : digne de louange, ce à quoi revient toute reconnaissance méritée.
الْفَحْشَاءal-faḥshāʾ
ce qui dépasse la mesure convenable, l'obscène/l'outrancier.
مَغْفِرَةmaghfira
(gh-f-r).
وَاسِعWāsiʿ
(w-s-ʿ, S2:247 : amplitude fonctionnelle non spatiale).
الْحِكْمَةal-ḥikma
(ḥ-k-m).
أُولُو الْأَلْبَابulū l-albāb
(l-b-b) : ceux qui possèdent le noyau/l'intelligence discernante.
نَذْرnadhr
racine n-dh-r : engagement volontaire formulé envers Allaah.
الظَّالِمِينal-ẓālimīn
(ẓ-l-m).
الصَّدَقَاتal-ṣadaqāt
(ṣ-d-q).
يُكَفِّرُyukaffiru
(k-f-r, forme II : couvrir/effacer une faute).
خَبِيرKhabīr
racine kh-b-r : ce qui connaît en profondeur, jusqu'au détail interne des choses.
هُدَاهُمhudāhum
(h-d-y).
وَجْهُ اللَّهwajhu llāh
(S2:112, S2:115) : l'orientation/l'honneur recherché dans l'acte, non une face au sens physique.
يُوَفَّyuwaffa
racine w-f-y : être rendu intégralement, sans manque.
أُحْصِرُواuḥṣirū
racine ḥ-ṣ-r : être retenu, cerné, empêché de sortir.
ضَرْبًا فِي الْأَرْضḍarban fī l-arḍ
image pour désigner le déplacement/l'activité économique itinérante.
التَّعَفُّفal-taʿaffuf
racine ʿ-f-f : la retenue, l'abstention volontaire de solliciter.
سِيمَاsīmā
racine w-s-m : la marque distinctive, le signe reconnaissable.
إِلْحَافًاilḥāfā
racine l-ḥ-f : l'insistance pressante dans la demande.

Ce que le texte dit : la dépense est qualifiée par sa qualité (ṭayyib, non khabīth), par sa discrétion possible ou son affichage (les deux étant valorisés selon le contexte), et par son adressage prioritaire à des fuqarāʾ empêchés d'agir plutôt que visibles par leur détresse apparente.

Ce que le texte ne dit pas : il ne fixe pas de proportion ni de montant pour cette dépense volontaire, distincte de la zakāt obligatoire déjà traitée ailleurs dans le corpus.

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Le ribā · S2:275–281

Ce passage fait l’objet d’une étude dédiée et approfondie, qui confronte les quatre occurrences coraniques du ribā (30:39, 4:161, 3:130, 2:275–280) et en tire une analyse arithmétique complète du seuil condamné. → Voir l’étude dédiée Ar-Ribā · L’incrément usuraire. Les versets sont donnés ici dans leur intégralité, avec translittération et traduction, pour la continuité du bloc.

S.2:275
الَّذِينَ يَأْكُلُونَ الرِّبَا لَا يَقُومُونَ إِلَّا كَمَا يَقُومُ الَّذِي يَتَخَبَّطُهُ الشَّيْطَانُ مِنَ الْمَسِّ ۚ ذَٰلِكَ بِأَنَّهُمْ قَالُوا إِنَّمَا الْبَيْعُ مِثْلُ الرِّبَا ۗ وَأَحَلَّ اللَّهُ الْبَيْعَ وَحَرَّمَ الرِّبَا ۚ فَمَن جَاءَهُ مَوْعِظَةٌ مِّن رَّبِّهِ فَانتَهَىٰ فَلَهُ مَا سَلَفَ وَأَمْرُهُ إِلَى اللَّهِ ۖ وَمَنْ عَادَ فَأُولَٰئِكَ أَصْحَابُ النَّارِ ۖ هُمْ فِيهَا خَالِدُونَ
Alladhīna yaʾkulūna l-ribā lā yaqūmūna illā ka-mā yaqūmu lladhī yatakhabbaṭuhu l-shayṭānu mina l-mass — dhālika bi-annahum qālū innamā l-bayʿu mithlu l-ribā — wa-aḥalla llāhu l-bayʿa wa-ḥarrama l-ribā — fa-man jāʾahu mawʿiẓatun min rabbihi fa-ntahā fa-lahu mā salaf wa-amruhu ila llāh — wa-man ʿāda fa-ulāʾika aṣḥābu l-nār — hum fīhā khālidūn Ceux qui dévorent le ribā ne se lèveront pas autrement que comme se lève celui que le shayṭān a abattu par son toucher — cela parce qu’ils ont dit : « Le commerce n’est que comme le ribā » — alors qu’Allaah a rendu licite le commerce et a interdit le ribā. Quiconque, une exhortation de son Rabb lui étant parvenue, cesse alors, gardera ce qui est passé, et son affaire revient à Allaah. Quiconque récidive — ceux-là sont les gens du feu, où ils demeurent.
S.2:276
يَمْحَقُ اللَّهُ الرِّبَا وَيُرْبِي الصَّدَقَاتِ ۗ وَاللَّهُ لَا يُحِبُّ كُلَّ كَفَّارٍ أَثِيمٍ
Yamḥaqu llāhu l-ribā wa-yurbi l-ṣadaqāt — wa-llāhu lā yuḥibbu kulla kaffārin athīm Allaah efface le ribā et fait croître les ṣadaqāt. Allaah n’honore pas tout kaffār, chargé de faute.
Notes lexicales
yuḥibbu / lā yuḥibbu
racine *ḥ-b-b* : rendue par « honorer » lorsqu'Allaah est concerné, comme sujet ou comme objet. « Aimer » installerait un sentiment de type humain que le texte ne pose pas à propos d'Allaah. Le verset ne dit pas en quoi consiste cet honneur : un **non-dit**.
S.2:277
إِنَّ الَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ وَأَقَامُوا الصَّلَاةَ وَآتَوُا الزَّكَاةَ لَهُمْ أَجْرُهُمْ عِندَ رَبِّهِمْ وَلَا خَوْفٌ عَلَيْهِمْ وَلَا هُمْ يَحْزَنُونَ
Inna lladhīna āmanū wa-ʿamilū l-ṣāliḥāti wa-aqāmū l-ṣalāta wa-ātawu l-zakāta lahum ajruhum ʿinda rabbihim wa-lā khawfun ʿalayhim wa-lā hum yaḥzanūn Ceux qui ont cru, ont œuvré dans les ṣāliḥāt, ont accompli la ṣalāt et donné la zakāt, ont leur récompense auprès de leur Rabb ; nulle crainte sur eux, et ils n’auront pas à se désoler.
S.2:278
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا اتَّقُوا اللَّهَ وَذَرُوا مَا بَقِيَ مِنَ الرِّبَا إِن كُنتُم مُّؤْمِنِينَ
Yā ayyuhā lladhīna āmanū ttaqu llāha wa-dharū mā baqiya mina l-ribā in kuntum muʾminīn O vous qui croyez — constituez-vous une taqwā d’Allaah et abandonnez ce qui vous reste du ribā, si vous êtes croyants.
S.2:279
فَإِن لَّمْ تَفْعَلُوا فَأْذَنُوا بِحَرْبٍ مِّنَ اللَّهِ وَرَسُولِهِ ۖ وَإِن تُبْتُمْ فَلَكُمْ رُءُوسُ أَمْوَالِكُمْ لَا تَظْلِمُونَ وَلَا تُظْلَمُونَ
Fa-in lam tafʿalū fa-ʾdhanū bi-ḥarbin mina llāhi wa-rasūlih — wa-in tubtum fa-lakum ruʾūsu amwālikum — lā taẓlimūna wa-lā tuẓlamūn Si vous ne le faites pas, soyez avertis d’une guerre venant d’Allaah et de Son rasūl. Et si vous revenez, vos capitaux principaux vous appartiennent : vous ne lésez pas, et vous n’êtes pas lésés.
S.2:280
وَإِن كَانَ ذُو عُسْرَةٍ فَنَظِرَةٌ إِلَىٰ مَيْسَرَةٍ ۚ وَأَن تَصَدَّقُوا خَيْرٌ لَّكُمْ ۖ إِن كُنتُمْ تَعْلَمُونَ
Wa-in kāna dhū ʿusratin fa-naẓiratun ilā maysarah — wa-an taṣaddaqū khayrun lakum — in kuntum taʿlamūn Et si quelqu’un est dans l’aisance manquante (ʿusra), qu’il y ait attente jusqu’à l’aisance (maysara). Et que vous fassiez ṣadaqa est meilleur pour vous, si vous saviez.
S.2:281
وَاتَّقُوا يَوْمًا تُرْجَعُونَ فِيهِ إِلَى اللَّهِ ۖ ثُمَّ تُوَفَّىٰ كُلُّ نَفْسٍ مَّا كَسَبَتْ وَهُمْ لَا يُظْلَمُونَ
Wa-ttaqū yawman turjaʿūna fīhi ila llāh — thumma tuwaffā kullu nafsin mā kasabat wa-hum lā yuẓlamūn Et constituez-vous une taqwā en vue d’un jour où vous serez ramenés vers Allaah — puis chaque nafs recevra intégralement ce qu’elle a acquis, et ils ne seront pas lésés.
Notes lexicales
ittaqū / taqwā
racine *w-q-y*, déjà établie (étude dédiée Les muttaqūn) : « ceux qui se constituent une protection, une mise à l'abri » — non simplement « les pieux ». Selon la méthode retenue ici, *taqwā* est conservé en translittération ; la forme verbale est rendue par « se constituer une taqwā », non par « se prémunir », afin de garder visible en français le nom d'action *taqwā* lui-même.
يَتَخَبَّطُهُ الشَّيْطَانُ مِنَ الْمَسّyatakhabbaṭuhu l-shayṭānu mina l-mass
image d'un ébranlement, d'une démarche déséquilibrée.
أَحَلَّ / حَرَّمَaḥalla / ḥarrama
deux verbes de statut juridique opposés et explicites.
مَوْعِظَةmawʿiẓa
racine w-ʿ-ẓ : exhortation qui touche le cœur.
سَلَفsalaf
racine s-l-f : ce qui a précédé, ce qui est passé.
يَمْحَقُyamḥaqu
racine m-ḥ-q : effacer, réduire jusqu'à néant.
رُءُوسُ أَمْوَالِكُمruʾūsu amwālikum
le capital principal, littéralement « les têtes de vos biens ».
عُسْرَة / مَيْسَرَةʿusra / maysara
racines ʿ-s-r (difficulté, resserrement) et y-s-r (aisance, facilité) : deux états opposés dans le corpus.
تَصَدَّقُواtaṣaddaqū
forme V de ṣ-d-q : donner en ṣadaqa, jusqu'à la remise totale de la dette.
تُرْجَعُونَturjaʿūn
(r-j-ʿ).
تُوَفَّىٰtuwaffā
même racine que *yuwaffa* (S2:272) : recevoir intégralement, sans manque.

Ce que le texte dit : voir l'étude dédiée pour le détail arithmétique du seuil condamné et l'identification systématique du créancier comme sujet de l'interdiction.

Ce que le texte ne dit pas : le texte ne fixe pas de taux plancher séparant explicitement ce qui est ribā de ce qui ne l'est pas en-deçà du seuil qu'il condamne (point développé dans l'étude dédiée).

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Le verset de la dette (āyat al-dayn) · S2:282–283

S2:282 est le verset le plus long du muṣḥaf. Il est donné ici intégralement, avec sa translittération et sa traduction, suivi d’une décomposition clause par clause dans les notes lexicales — conformément à la méthode, qui n’ajoute ni tafsīr ni cadre juridique extérieur au texte.

S.2:282
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا إِذَا تَدَايَنتُم بِدَيْنٍ إِلَىٰ أَجَلٍ مُّسَمًّى فَاكْتُبُوهُ ۚ وَلْيَكْتُب بَّيْنَكُمْ كَاتِبٌ بِالْعَدْلِ ۚ وَلَا يَأْبَ كَاتِبٌ أَن يَكْتُبَ كَمَا عَلَّمَهُ اللَّهُ ۚ فَلْيَكْتُبْ وَلْيُمْلِلِ الَّذِي عَلَيْهِ الْحَقُّ وَلْيَتَّقِ اللَّهَ رَبَّهُ وَلَا يَبْخَسْ مِنْهُ شَيْئًا ۚ فَإِن كَانَ الَّذِي عَلَيْهِ الْحَقُّ سَفِيهًا أَوْ ضَعِيفًا أَوْ لَا يَسْتَطِيعُ أَن يُمِلَّ هُوَ فَلْيُمْلِلْ وَلِيُّهُ بِالْعَدْلِ ۚ وَاسْتَشْهِدُوا شَهِيدَيْنِ مِن رِّجَالِكُمْ ۖ فَإِن لَّمْ يَكُونَا رَجُلَيْنِ فَرَجُلٌ وَامْرَأَتَانِ مِمَّن تَرْضَوْنَ مِنَ الشُّهَدَاءِ أَن تَضِلَّ إِحْدَاهُمَا فَتُذَكِّرَ إِحْدَاهُمَا الْأُخْرَىٰ ۚ وَلَا يَأْبَ الشُّهَدَاءُ إِذَا مَا دُعُوا ۚ وَلَا تَسْأَمُوا أَن تَكْتُبُوهُ صَغِيرًا أَوْ كَبِيرًا إِلَىٰ أَجَلِهِ ۚ ذَٰلِكُمْ أَقْسَطُ عِندَ اللَّهِ وَأَقْوَمُ لِلشَّهَادَةِ وَأَدْنَىٰ أَلَّا تَرْتَابُوا ۖ إِلَّا أَن تَكُونَ تِجَارَةً حَاضِرَةً تُدِيرُونَهَا بَيْنَكُمْ فَلَيْسَ عَلَيْكُمْ جُنَاحٌ أَلَّا تَكْتُبُوهَا ۗ وَأَشْهِدُوا إِذَا تَبَايَعْتُمْ ۚ وَلَا يُضَارَّ كَاتِبٌ وَلَا شَهِيدٌ ۚ وَإِن تَفْعَلُوا فَإِنَّهُ فُسُوقٌ بِكُمْ ۗ وَاتَّقُوا اللَّهَ ۖ وَيُعَلِّمُكُمُ اللَّهُ ۗ وَاللَّهُ بِكُلِّ شَيْءٍ عَلِيمٌ
Yā ayyuhā lladhīna āmanū idhā tadāyantum bi-daynin ilā ajalin musamman fa-ktubūh — wa-l-yaktub baynakum kātibun bi-l-ʿadl — wa-lā yaʾba kātibun an yaktuba ka-mā ʿallamahu llāh — fa-l-yaktub wa-l-yumlili lladhī ʿalayhi l-ḥaqqu wa-l-yattaqi llāha rabbahu wa-lā yabkhas minhu shayʾā — fa-in kāna lladhī ʿalayhi l-ḥaqqu safīhan aw ḍaʿīfan aw lā yastaṭīʿu an yumilla huwa fa-l-yumlil waliyyuhu bi-l-ʿadl — wa-stashhidū shahīdayni min rijālikum — fa-in lam yakūnā rajulayni fa-rajulun wa-mraʾatāni mimman tarḍawna mina l-shuhadāʾi an taḍilla iḥdāhumā fa-tudhakkira iḥdāhumā l-ukhrā — wa-lā yaʾba l-shuhadāʾu idhā mā duʿū — wa-lā tasʾamū an taktubūhu ṣaghīran aw kabīran ilā ajalih — dhālikum aqsaṭu ʿinda llāhi wa-aqwamu li-l-shahādati wa-adnā allā tartābū — illā an takūna tijāratan ḥāḍiratan tudīrūnahā baynakum fa-laysa ʿalaykum junāḥun allā taktubūhā — wa-ashhidū idhā tabāyaʿtum — wa-lā yuḍārra kātibun wa-lā shahīd — wa-in tafʿalū fa-innahu fusūqun bikum — wa-ttaqu llāh — wa-yuʿallimukumu llāh — wa-llāhu bi-kulli shayʾin ʿalīm O vous qui croyez — lorsque vous contractez une dette entre vous pour un terme fixé, mettez-la par écrit. Qu’un scribe l’écrive entre vous avec justice (ʿadl) ; et qu’un scribe ne refuse pas d’écrire selon ce qu’Allaah lui a enseigné : qu’il écrive, et que dicte celui sur qui pèse la dette (al-ḥaqq), et qu’il se constitue une taqwā d’Allaah, son Rabb, et n’en diminue rien. Si celui sur qui pèse la dette est safīh (dépourvu de discernement), ou faible, ou incapable de dicter lui-même, que son walī dicte alors avec justice. Et faites témoigner deux témoins parmi vos hommes ; à défaut de deux hommes, un homme et deux femmes parmi ceux que vous agréez comme témoins, de sorte que si l’une des deux s’égare, l’autre la fasse se souvenir. Que les témoins ne refusent pas lorsqu’ils sont appelés. Et ne vous lassez pas d’écrire la dette, petite ou grande, jusqu’à son terme : cela est plus équitable auprès d’Allaah, plus droit pour le témoignage, et plus proche pour que vous ne doutiez pas — sauf s’il s’agit d’un commerce immédiat que vous faites circuler entre vous : il n’y a alors sur vous nul grief à ne pas l’écrire. Prenez des témoins lorsque vous concluez un échange entre vous. Que ni le scribe ni le témoin ne subissent de préjudice ; et si vous le faites, ce sera une transgression (fusūq) de votre part. Constituez-vous une taqwā d’Allaah — Allaah vous enseigne — et Allaah, de toute chose, est ʿAlīm.
S.2:283
وَإِن كُنتُمْ عَلَىٰ سَفَرٍ وَلَمْ تَجِدُوا كَاتِبًا فَرِهَانٌ مَّقْبُوضَةٌ ۖ فَإِنْ أَمِنَ بَعْضُكُم بَعْضًا فَلْيُؤَدِّ الَّذِي اؤْتُمِنَ أَمَانَتَهُ وَلْيَتَّقِ اللَّهَ رَبَّهُ ۗ وَلَا تَكْتُمُوا الشَّهَادَةَ ۚ وَمَن يَكْتُمْهَا فَإِنَّهُ آثِمٌ قَلْبُهُ ۗ وَاللَّهُ بِمَا تَعْمَلُونَ عَلِيمٌ
Wa-in kuntum ʿalā safarin wa-lam tajidū kātiban fa-rihānun maqbūḍah — fa-in amina baʿḍukum baʿḍan fa-l-yuʾaddi lladhi ʾtumina amānatahu wa-l-yattaqi llāha rabbah — wa-lā taktumu l-shahādah — wa-man yaktumhā fa-innahu āthimun qalbuh — wa-llāhu bi-mā taʿmalūna ʿalīm Et si vous êtes en voyage et ne trouvez pas de scribe, un gage saisi (rihān maqbūḍa) suffit. Et si l’un de vous fait confiance à un autre, que celui à qui la confiance a été faite s’acquitte de son amāna, et qu’il se constitue une taqwā d’Allaah, son Rabb. Ne dissimulez pas le témoignage : quiconque le dissimule, son cœur est certes chargé de faute (āthim). Allaah, de ce que vous faites, est ʿAlīm.
Notes lexicales décomposition clause par clause de S2:282
تَدَايَنتُمtadāyantum
forme VI (réciproque) de d-y-n : contracter mutuellement une dette.
أَجَلٍ مُّسَمًّىajalin musamman
(ʾ-j-l) : un terme nommément fixé, non vague.
كَاتِبkātib
racine k-t-b : celui qui écrit.
الْعَدْلal-ʿadl
la justice comme équilibre exact, sans excès ni manque.
لَا يَأْبَlā yaʾba
racine ʾ-b-y : refuser.
يُمْلِلِyumlili
racine m-l-l (forme IV) : dicter à voix haute ce qui doit être écrit — l'acte revient à celui sur qui pèse la dette (al-ḥaqq), non au créancier : **le texte place l'initiative de la formulation du contenu du côté du débiteur, qui atteste ainsi lui-même de sa dette.**
لَا يَبْخَسْlā yabkhas
racine b-kh-s : diminuer frauduleusement, retrancher indûment.
سَفِيهsafīh
racine s-f-h : dépourvu de discernement dans la gestion de ses affaires.
وَلِيّwalī
(w-l-y) : celui qui a la charge, la proximité protectrice — ici au sens de représentant légal.
اسْتَشْهِدُواistashhidū
forme X de sh-h-d : requérir le témoignage.
تَضِلَّtaḍilla
(ḍ-l-l, égarement) — ici appliqué à un oubli, une défaillance de mémoire, non une déviation morale. **Note de non-généralisation méthodologique.** La disposition « un homme et deux femmes » est formulée ici dans le contexte précis du témoignage écrit sur une dette à terme — un domaine technique et documentaire. Le texte donne lui-même sa raison : *an taḍilla iḥdāhumā fa-tudhakkira iḥdāhumā l-ukhrā* (afin que si l'une s'égare, l'autre la fasse se souvenir) — une clause de sécurité documentaire, non une déclaration générale sur la valeur testimoniale comparée des hommes et des femmes en toute matière. Étendre cette disposition à tout témoignage, en toute matière, dépasserait ce que ce verset précis énonce.
تَسْأَمُواtasʾamū
racine s-ʾ-m : se lasser, éprouver de la lassitude.
أَقْسَطُ / أَقْوَمُ / أَدْنَىٰaqsaṭu / aqwamu / adnā
trois comparatifs de supériorité : plus équitable, plus droit, plus proche (de l'absence de doute).
تِجَارَةً حَاضِرَةtijāratan ḥāḍira
(ḥ-ḍ-r) : un commerce immédiat, sans délai — exemption explicite de l'obligation d'écrit dans ce cas précis.
جُنَاحjunāḥ
grief, faute imputable.
أَشْهِدُواashhidū
forme IV de sh-h-d : prendre à témoin.
لَا يُضَارَّlā yuḍārra
racine ḍ-r-r (forme III passive) : ne pas subir de préjudice — le texte protège explicitement le scribe et le témoin eux-mêmes contre toute pression ou dommage lié à leur fonction.
فُسُوقfusūq
(f-s-q).
رِهَانٌ مَّقْبُوضَةrihānun maqbūḍa
racines r-h-n (gage) et q-b-ḍ (S2:245 : saisir) : un gage effectivement pris en main, non une simple promesse de gage.
أَمَانَةamāna
racine ʾ-m-n : ce qui est confié, la charge de confiance.
لَا تَكْتُمُوا الشَّهَادَةlā taktumū l-shahāda
racine k-t-m (S2:159) : ne pas dissimuler.
آثِمٌ قَلْبُهُāthimun qalbuhu
l'imputation de la faute porte explicitement sur le qalb, siège de l'intention et de la disposition intérieure.

Ce que le texte dit : un protocole détaillé — écrit, dictée par le débiteur, témoignage, exemption pour le commerce immédiat, protection du scribe et du témoin — encadrant la dette à terme.

Ce que le texte ne dit pas : il ne prescrit pas l'écrit et le double témoignage féminin comme règle universelle de preuve en toute matière — la clause de raison donnée par le texte lui-même (*an taḍilla... fa-tudhakkira*) borne son propre champ d'application à ce contexte documentaire précis.

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Barāʾa du bloc

Cette étude est conduite selon la méthode islamducoran.fr : lecture intra-coranique exclusive, lexicographie arabe classique (Farāhīdī, Ibn Fāris, Ibn Manẓūr), discipline du dit / non-dit / inférence. Elle n’est pas prescriptive et reste révisable à la lumière du texte. L’unique garant de la compréhension est Allaah.

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