Structure du Bloc III, dernier Bloc de la Sourate 22. Treize ensembles. D’abord le doute persistant des kāfirūn jusqu’à la survenue soudaine de l’Heure ou le châtiment d’un jour stérile (S22:55). Puis la royauté qui, ce Jour-là, appartient à Allaah seul, qui juge entre les gens — jardins du délice pour les croyants, châtiment humiliant pour ceux qui ont démenti (S22:56–57). Puis la promesse faite à ceux qui ont émigré dans le sabīl d’Allaah, puis ont été tués ou sont morts : un rizq généreux, une entrée qu’ils agréeront (S22:58–59). Puis la rétribution à la mesure exacte de ce qui fut subi, et le secours promis à qui, ayant été lésé, a ensuite répondu (S22:60). Puis la nuit insérée dans le jour et le jour dans la nuit, le Ḥaqq opposé au bāṭil, al-ʿAliyy, al-Kabīr (S22:61–62). Puis l’eau qui fait verdir la terre, Laṭīf, Khabīr ; ce qui est dans les cieux et sur la terre, al-Ghaniyy, al-Ḥamīd ; ce qui est assujetti sur terre et en mer, le ciel retenu de s’abattre, Raʾūf, Raḥīm envers les gens ; Ce qui a fait vivre, fait mourir, et fera revivre (S22:63–66). Puis un mansak propre à chaque umma, l’ordre de ne pas se laisser disputer l’affaire, et le jugement réservé au Jour de la Résurrection (S22:67–70). Puis ce qu’ils adorent en dehors d’Allaah sans preuve ni science (S22:71). Puis l’hostilité qui se lit sur le visage des kāfirūn à l’écoute des āyāt évidentes (S22:72). Puis la parabole de la mouche, et l’affirmation que ces gens n’ont pas estimé Allaah à Sa juste mesure (S22:73–74). Puis l’élection de messagers, pris parmi les malāʾika et parmi les humains (S22:75–76). Puis l’appel au rukūʿ, au sujūd, à l’adoration et au bien — verset de prosternation (S22:77). Enfin la clôture de la sourate : le jihād véritable, l’élection de cette umma, nulle gêne dans le dīn, la milla d’Ibrāhīm, le nom de muslimūn, le rasūl témoin sur vous et vous témoins sur les gens, la ṣalāt, la zakāt, et Allaah comme mawlā (S22:78).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.22:55 Les kāfirūn dans le doute jusqu’à l’Heure ou le châtiment d’un jour stérile
S.22:56 La royauté, ce Jour-là, à Allaah seul — Il juge entre eux
S.22:57 Ceux qui ont commis le kufr et démenti — un châtiment humiliant
S.22:58 Ceux qui ont émigré puis furent tués ou moururent — un rizq généreux garanti
S.22:59 Une entrée qu’ils agréeront — Allaah ʿAlīm, Ḥalīm
S.22:60 Rétribution à la mesure subie, puis secours à qui fut lésé et répondit
S.22:61 La nuit insérée dans le jour, le jour dans la nuit — Samīʿ, Baṣīr
S.22:62 Allaah est le Ḥaqq — ce qu’on invoque hors de Lui est le bāṭil — al-ʿAliyy, al-Kabīr
S.22:63 L’eau descendue qui verdit la terre — Laṭīf, Khabīr
S.22:64 Ce qui est dans les cieux et sur la terre Lui appartient — al-Ghaniyy, al-Ḥamīd
S.22:65 Ce qui est sur terre assujetti, le navire, le ciel retenu — Raʾūf, Raḥīm envers les gens
S.22:66 Ce qui vous a fait vivre, puis fera mourir, puis fera revivre
S.22:67 Un mansak propre à chaque umma — qu’ils ne te disputent pas l’affaire
S.22:68 S’ils te contestent — « Allaah sait mieux ce que vous faites »
S.22:69 Allaah jugera entre vous au Jour de la Résurrection
S.22:70 Tout cela dans un Kitāb — chose aisée pour Allaah
S.22:71 Ce qu’ils adorent sans preuve ni science — nul secours pour les ẓālimūn
S.22:72 L’hostilité visible sur les visages des kāfirūn à l’écoute des āyāt
S.22:73 La parabole de la mouche — l’impuissance de ce qu’ils invoquent
S.22:74 Ils n’ont pas estimé Allaah à Sa juste mesure
S.22:75 Allaah élit des messagers parmi les malāʾika et parmi les humains
S.22:76 Ce qui sait ce qui est devant eux et derrière eux
S.22:77 Inclinez-vous, prosternez-vous, adorez votre Rabb, faites le bien
S.22:78 Clôture — le jihād véritable, l’élection, nulle gêne dans le dīn, la milla d’Ibrāhīm, témoins sur les gens

Le doute persistant jusqu’à l’Heure · S22:55

S.22:55 · Les kāfirūn dans le doute jusqu’à l’Heure ou le châtiment d’un jour stérile

S.22:55
وَلَا يَزَالُ الَّذِينَ كَفَرُوا فِي مِرْيَةٍ مِنْهُ حَتَّىٰ تَأْتِيَهُمُ السَّاعَةُ بَغْتَةً أَوْ يَأْتِيَهُمْ عَذَابُ يَوْمٍ عَقِيمٍ
Wa-lā yazālu lladhīna kafarū fī miryatin minhu ḥattā taʾtiyahumu s-sāʿatu baghtatan aw yaʾtiyahum ʿadhābu yawmin ʿaqīm Et ceux qui ont commis le kufr ne cesseront d’être dans un doute (mirya) à son sujet, jusqu’à ce que l’Heure (as-sāʿa) leur vienne soudainement (baghtatan), ou que leur vienne le châtiment d’un jour stérile (yawm ʿaqīm).
Notes lexicales
miryatin
racine *m-r-y* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : le doute qui s'attarde, le refus persistant de trancher.
yawmin ʿaqīmin
racine *ʿ-q-m* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : la stérilité, l'absence de toute descendance ou de tout fruit — ici appliquée à un jour dont rien de bon ne procède. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas de quel jour il s'agit — la construction en alternative avec « l'Heure » (*as-sāʿa*) suggère un jour de rétribution, sans que ce Bloc n'identifie davantage un épisode historique ou eschatologique précis au-delà de ce que le texte nomme lui-même.

La royauté du Jour, le jugement entre croyants et dénégateurs · S22:56–57

S.22:56 · La royauté, ce Jour-là, à Allaah seul — Il juge entre eux

S.22:56
الْمُلْكُ يَوْمَئِذٍ لِلَّهِ يَحْكُمُ بَيْنَهُمْ ۚ فَالَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ فِي جَنَّاتِ النَّعِيمِ
Al-mulku yawmaʾidhin li-llāhi yaḥkumu baynahum fa-lladhīna āmanū wa-ʿamilu ṣ-ṣāliḥāti fī jannāti n-naʿīm La royauté (al-mulk), ce Jour-là, est à Allaah : Il juge (yaḥkumu) entre eux — ceux qui ont cru et accompli les œuvres droites seront dans les jardins du délice (jannāt an-naʿīm).
Notes lexicales
al-mulku yawmaʾidhin li-llāhi
racine *m-l-k* (voir S3:26 ; S20:114, *al-Malik*) — ici sous la forme substantive *al-mulk*, et restreinte à « ce Jour-là » : **dit**, le texte circonscrit cette affirmation à l'instant du jugement, sans énoncer ici une formule de royauté perpétuelle, qui se rencontre par ailleurs sous d'autres formulations.
jannāti n-naʿīmi
formule fréquente dans le Coran.

S.22:57 · Ceux qui ont commis le kufr et démenti — un châtiment humiliant

S.22:57
وَالَّذِينَ كَفَرُوا وَكَذَّبُوا بِآيَاتِنَا فَأُولَٰئِكَ لَهُمْ عَذَابٌ مُهِينٌ
Wa-lladhīna kafarū wa-kadhdhabū bi-āyātinā fa-ulāʾika lahum ʿadhābun muhīn Et ceux qui ont commis le kufr et démenti Nos āyāt — ceux-là auront un ʿadhāb humiliant (muhīn).

La promesse faite aux émigrés tués ou morts dans le sabīl d’Allaah · S22:58–59

S.22:58 · Ceux qui ont émigré puis furent tués ou moururent — un rizq généreux garanti

S.22:58
وَالَّذِينَ هَاجَرُوا فِي سَبِيلِ اللَّهِ ثُمَّ قُتِلُوا أَوْ مَاتُوا لَيَرْزُقَنَّهُمُ اللَّهُ رِزْقًا حَسَنًا ۚ وَإِنَّ اللَّهَ لَهُوَ خَيْرُ الرَّازِقِينَ
Wa-lladhīna hājarū fī sabīli llāhi thumma qutilū aw mātū la-yarzuqannahumu llāhu rizqan ḥasanan wa-inna llāha la-huwa khayru r-rāziqīn Et ceux qui ont émigré (hājarū) dans le sabīl d’Allaah, puis ont été tués ou sont morts — Allaah leur attribuera assurément (la-yarzuqannahum) un rizq généreux (ḥasan) : Allaah est certes le meilleur de ceux qui attribuent la subsistance (khayr ar-rāziqīn).
Notes lexicales
hājarū fī sabīli llāhi
racine *h-j-r* (voir S2, S4, S8, S9, *passim*) — l'émigration dans le *sabīl* d'Allaah.
khayru r-rāziqīn
formule identique à S5:114 : « *wa-rzuqnā wa-anta khayru r-rāziqīn* ».

S.22:59 · Une entrée qu’ils agréeront — Allaah ʿAlīm, Ḥalīm

S.22:59
لَيُدْخِلَنَّهُمْ مُدْخَلًا يَرْضَوْنَهُ ۗ وَإِنَّ اللَّهَ لَعَلِيمٌ حَلِيمٌ
La-yudkhilannahum mudkhalan yarḍawnahu wa-inna llāha la-ʿalīmun ḥalīm Il les fera assurément entrer en une entrée (mudkhal) qu’ils agréeront (yarḍawnahu) — Allaah est certes ʿAlīm, Ḥalīm.
Notes lexicales
ʿAlīmun Ḥalīmun
couple de ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah, conservé en translittération — *Ḥalīm* (racine *ḥ-l-m* : la retenue face à ce qui pourrait appeler une réaction immédiate).

Rétribution proportionnée, secours à l’opprimé · S22:60

S.22:60 · Rétribution à la mesure subie, puis secours à qui fut lésé et répondit

Point de méthode — S22:60, la proportionnalité de la rétribution. Man ʿāqaba bi-mithli mā ʿūqiba bihi reprend, sous une formulation voisine, le principe de proportionnalité de S2:194 (fa-mani ʿtadā ʿalaykum fa-ʿtadū ʿalayhi bi-mithli mā ʿtadā ʿalaykum) : une réponse à la mesure exacte de ce qui fut subi, non une escalade. Ce verset ajoute une clause supplémentaire — thumma bughiya ʿalayhi (« puis, s’il a ensuite été lésé de nouveau ») — avant la promesse de secours, formulée à l’identique de S22:40 : la-yanṣurannahu llāh.

S.22:60
۞ ذَٰلِكَ وَمَنْ عَاقَبَ بِمِثْلِ مَا عُوقِبَ بِهِ ثُمَّ بُغِيَ عَلَيْهِ لَيَنْصُرَنَّهُ اللَّهُ ۗ إِنَّ اللَّهَ لَعَفُوٌّ غَفُورٌ
Dhālika wa-man ʿāqaba bi-mithli mā ʿūqiba bihi thumma bughiya ʿalayhi la-yanṣurannahu llāhu inna llāha la-ʿafuwwun ghafūr Voilà. Et quiconque répond (ʿāqaba) à la mesure exacte de ce qui lui a été infligé (bi-mithli mā ʿūqiba bihi), puis subit de nouveau une injustice (bughiya ʿalayhi) — Allaah le secourra assurément (la-yanṣurannahu) : Allaah est certes ʿAfuww, Ghafūr.
Notes lexicales
ʿāqaba bi-mithli mā ʿūqiba bihi … thumma bughiya ʿalayhi
voir le callout ci-dessus. *Bughiya*, racine *b-gh-y* : le dépassement injustifié d'une limite.
la-yanṣurannahu llāh
formule identique à S22:40 : « *wa-la-yanṣuranna llāhu man yanṣuruhu* ».
ʿafuwwun ghafūrun
*al-ʿAfuww*, racine *ʿ-f-w* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : effacer entièrement la trace d'une chose, ne rien laisser subsister d'une faute — à distinguer de *Ghafūr* (racine *gh-f-r* : couvrir, voiler) : deux images distinctes du pardon, l'une par effacement total, l'autre par recouvrement. Même couple en S4:99 : « *kāna llāhu ʿafuwwan ghafūrā* ».

La nuit et le jour insérés l’un dans l’autre, le Ḥaqq et le bāṭil, al-ʿAliyy al-Kabīr · S22:61–62

S.22:61 · La nuit insérée dans le jour, le jour dans la nuit — Samīʿ, Baṣīr

S.22:61
ذَٰلِكَ بِأَنَّ اللَّهَ يُولِجُ اللَّيْلَ فِي النَّهَارِ وَيُولِجُ النَّهَارَ فِي اللَّيْلِ وَأَنَّ اللَّهَ سَمِيعٌ بَصِيرٌ
Dhālika bi-anna llāha yūliju l-layla fi n-nahāri wa-yūliju n-nahāra fi l-layli wa-anna llāha samīʿun baṣīr Voilà, parce qu’Allaah insère (yūliju) la nuit dans le jour, et insère le jour dans la nuit, et parce qu’Allaah est Samīʿ, Baṣīr.
Notes lexicales
yūliju l-layla fi n-nahāri wa-yūliju n-nahāra fi l-layli
formule identique à S3:27 : « *tūliju l-layla fi n-nahāri wa-tūliju n-nahāra fi l-layl* ».

S.22:62 · Allaah est le Ḥaqq — ce qu’on invoque hors de Lui est le bāṭil — al-ʿAliyy, al-Kabīr

Point de méthode — al-ʿAliyy, même vigilance que pour al-Mutaʿāl et al-Aʿlā. Al-ʿAliyy appartient à la même racine ʿ-l-w que taʿālā et al-Aʿlā : aucun mot français qui installerait une connotation de lieu ou d’élévation spatiale n’est employé pour ce Nom — il est conservé en translittération. Même couple de Noms en S4:34 : « wa-kāna llāhu ʿaliyyan kabīrā ».

S.22:62
ذَٰلِكَ بِأَنَّ اللَّهَ هُوَ الْحَقُّ وَأَنَّ مَا يَدْعُونَ مِنْ دُونِهِ هُوَ الْبَاطِلُ وَأَنَّ اللَّهَ هُوَ الْعَلِيُّ الْكَبِيرُ
Dhālika bi-anna llāha huwa l-ḥaqqu wa-anna mā yadʿūna min dūnihi huwa l-bāṭilu wa-anna llāha huwa l-ʿaliyyu l-kabīr Voilà, parce qu’Allaah est le Ḥaqq, et que ce qu’ils invoquent en dehors de Lui est le bāṭil (ce qui est sans fondement), et parce qu’Allaah est al-ʿAliyy, al-Kabīr.
Notes lexicales
huwa l-ḥaqqu … huwa l-bāṭilu
contraste présent aussi en S17:81 : « *jāʾa l-ḥaqqu wa-zahaqa l-bāṭil* ».
al-ʿAliyyu l-Kabīr
voir le callout ci-dessus.

L’eau et la vie, Laṭīf Khabīr, Ghaniyy Ḥamīd, Raʾūf Raḥīm, la vie-mort-vie · S22:63–66

S.22:63 · L’eau descendue qui verdit la terre — Laṭīf, Khabīr

S.22:63
أَلَمْ تَرَ أَنَّ اللَّهَ أَنْزَلَ مِنَ السَّمَاءِ مَاءً فَتُصْبِحُ الْأَرْضُ مُخْضَرَّةً ۗ إِنَّ اللَّهَ لَطِيفٌ خَبِيرٌ
A-lam tara anna llāha anzala mina s-samāʾi māʾan fa-tuṣbiḥu l-arḍu mukhḍarratan inna llāha laṭīfun khabīr N’as-tu pas vu qu’Allaah a fait descendre du ciel une eau, et que la terre, dès lors, devient verdoyante (mukhḍarra) ? Allaah est certes Laṭīf, Khabīr.
Notes lexicales
a-lam tara
formule rhétorique fréquente — revient à S22:65, formant un écho structurel entre les deux versets.
tuṣbiḥu l-arḍu mukhḍarratan
racine *kh-ḍ-r* (le verdoiement) — écho direct avec S22:5 : « *fa-idhā anzalnā ʿalayhā l-māʾa htazzat wa-rabat wa-anbatat min kulli zawjin bahīj* », ici sous une formulation plus brève.
Laṭīfun Khabīr
couple de ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah (voir S6:103 et S12:100) — *al-Laṭīf* est conservé en translittération, sans glose affective.

S.22:64 · Ce qui est dans les cieux et sur la terre Lui appartient — al-Ghaniyy, al-Ḥamīd

S.22:64
لَهُ مَا فِي السَّمَاوَاتِ وَمَا فِي الْأَرْضِ ۗ وَإِنَّ اللَّهَ لَهُوَ الْغَنِيُّ الْحَمِيدُ
Lahu mā fi s-samāwāti wa-mā fi l-arḍi wa-inna llāha la-huwa l-ghaniyyu l-ḥamīd À Lui appartient ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre — Allaah est certes al-Ghaniyy, al-Ḥamīd.
Notes lexicales
al-Ghaniyyu l-Ḥamīdu
même couple en S14:8, S2:263 et S4:131 — *al-Ghaniyy* (l'autosuffisance, l'absence de tout besoin) et *al-Ḥamīd* (ce à quoi revient toute louange méritée).

S.22:65 · Ce qui est sur terre assujetti, le navire, le ciel retenu — Raʾūf, Raḥīm envers les gens

Point de méthode — Raʾūf. Ce Nom (voir S2:207 et S3:30) revient ici : Raʾūf, conservé en translittération, sans glose affective ni sentimentale. Raḥīm est conservé de la même manière (voir S1:1).

S.22:65
أَلَمْ تَرَ أَنَّ اللَّهَ سَخَّرَ لَكُمْ مَا فِي الْأَرْضِ وَالْفُلْكَ تَجْرِي فِي الْبَحْرِ بِأَمْرِهِ وَيُمْسِكُ السَّمَاءَ أَنْ تَقَعَ عَلَى الْأَرْضِ إِلَّا بِإِذْنِهِ ۗ إِنَّ اللَّهَ بِالنَّاسِ لَرَءُوفٌ رَحِيمٌ
A-lam tara anna llāha sakhkhara lakum mā fi l-arḍi wa-l-fulka tajrī fi l-baḥri bi-amrihi wa-yumsiku s-samāʾa an taqaʿa ʿalā l-arḍi illā bi-idhnihi inna llāha bi-n-nāsi la-raʾūfun raḥīm N’as-tu pas vu qu’Allaah vous a assujetti (sakhkhara) ce qui est sur la terre, et le navire (al-fulk), qui vogue en mer par Son ordre (bi-amrihi) ? Et Il retient (yumsiku) le ciel pour qu’il ne s’abatte pas sur la terre, si ce n’est par Sa permission (illā bi-idhnihi) — Allaah est certes, envers les gens, Raʾūf, Raḥīm.
Notes lexicales
sakhkhara lakum mā fi l-arḍi … al-fulka tajrī fi l-baḥri bi-amrihi
*sakhkhara* : voir S22:36–37 (Bloc II, même sourate). *Al-fulk tajrī fi l-baḥri bi-amrihi* : voir S14:32 (« *wa-sakhkhara lakumu l-fulka li-tajriya fi l-baḥri bi-amrihi* »).
yumsiku s-samāʾa an taqaʿa ʿalā l-arḍi illā bi-idhnihi
racine *m-s-k* (retenir, empêcher de tomber). **Précision de méthode** : cette image engage la relation entre le ciel et la terre, non une position qu'Allaah occuperait Lui-même — l'action de « retenir » ne requiert, de la part de ce qui agit, aucune localisation spatiale. **Non-dit** : le texte ne précise pas le mécanisme de cette rétention, seulement sa dépendance absolue à la permission d'Allaah.
bi-n-nāsi la-raʾūfun raḥīm
voir le callout ci-dessus.

S.22:66 · Ce qui vous a fait vivre, puis fera mourir, puis fera revivre

« Ce qui » pour Allaah. Wa-huwa lladhī aḥyākum : la construction qui attribue à Allaah une action est rendue par « Ce qui » plutôt que « Celui qui » — le neutre que porte, en français, la locution « ce qui »/« ce que ».

S.22:66
وَهُوَ الَّذِي أَحْيَاكُمْ ثُمَّ يُمِيتُكُمْ ثُمَّ يُحْيِيكُمْ ۗ إِنَّ الْإِنْسَانَ لَكَفُورٌ
Wa-huwa lladhī aḥyākum thumma yumītukum thumma yuḥyīkum inna l-insāna la-kafūr Et c’est Ce qui vous a fait vivre (aḥyākum), puis vous fera mourir, puis vous fera revivre — l’être humain est certes porté au kufr (la-kafūr).
Notes lexicales
aḥyākum thumma yumītukum thumma yuḥyīkum
formule quasi identique à S2:28 : « *wa-kuntum amwātan fa-aḥyākum thumma yumītukum thumma yuḥyīkum thumma ilayhi turjaʿūn* ».
inna l-insāna la-kafūr
forme intensive de *kafara* ; thème de l'ingratitude humaine présent sous des formulations voisines.

Un mansak pour chaque umma, le jugement au Jour de la Résurrection · S22:67–70

S.22:67 · Un mansak propre à chaque umma — qu’ils ne te disputent pas l’affaire

Point de méthode — S22:67, un second emploi de mansak distinct de S22:34. S22:34 affirmait déjà qu’un mansak avait été établi pour chaque umma, afin que son peuple invoque le Nom d’Allaah sur le bétail des troupeaux. Ce verset reprend la même affirmation (li-kulli ummatin jaʿalnā mansakan hum nāsikūhu) sous un angle différent : il en tire la conséquence que nul n’a à disputer au nabī Muḥammad l’affaire de son propre rite (fa-lā yunāziʿunnaka fī l-amr). Ce Bloc rapporte les deux occurrences sans les fusionner — l’une pose l’institution du mansak, l’autre en tire une conséquence d’ordre pratique distincte.

S.22:67
لِكُلِّ أُمَّةٍ جَعَلْنَا مَنْسَكًا هُمْ نَاسِكُوهُ ۖ فَلَا يُنَازِعُنَّكَ فِي الْأَمْرِ ۚ وَادْعُ إِلَىٰ رَبِّكَ ۖ إِنَّكَ لَعَلَىٰ هُدًى مُسْتَقِيمٍ
Li-kulli ummatin jaʿalnā mansakan hum nāsikūhu fa-lā yunāziʿunnaka fi l-amri wa-dʿu ilā rabbika innaka la-ʿalā hudan mustaqīm Pour chaque umma, Nous avons établi un mansak qu’elle accomplit (hum nāsikūhu) — qu’ils ne te disputent donc pas l’affaire (fa-lā yunāziʿunnaka fi l-amr) : appelle vers ton Rabb, tu es certes sur une guidance droite (hudan mustaqīm).
Notes lexicales
li-kulli ummatin jaʿalnā mansakan hum nāsikūhu
voir le callout ci-dessus.
fa-lā yunāziʿunnaka fi l-amri
racine *n-z-ʿ* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : tirer à soi, disputer en arrachant.

S.22:68 · S’ils te contestent — « Allaah sait mieux ce que vous faites »

S.22:68
وَإِنْ جَادَلُوكَ فَقُلِ اللَّهُ أَعْلَمُ بِمَا تَعْمَلُونَ
Wa-in jādalūka fa-quli llāhu aʿlamu bimā taʿmalūn Et s’ils te contestent (jādalūka), dis : « Allaah sait mieux (aʿlam) ce que vous faites. »
Notes lexicales
jādalūka
racine *j-d-l* (voir *yujādilu*, S22:3 et S22:8).

S.22:69 · Allaah jugera entre vous au Jour de la Résurrection

S.22:69
اللَّهُ يَحْكُمُ بَيْنَكُمْ يَوْمَ الْقِيَامَةِ فِيمَا كُنْتُمْ فِيهِ تَخْتَلِفُونَ
Allāhu yaḥkumu baynakum yawma l-qiyāmati fīmā kuntum fīhi takhtalifūn Allaah jugera (yaḥkumu) entre vous, au Jour de la Résurrection, sur ce en quoi vous étiez en désaccord (takhtalifūn).

S.22:70 · Tout cela dans un Kitāb — chose aisée pour Allaah

S.22:70
أَلَمْ تَعْلَمْ أَنَّ اللَّهَ يَعْلَمُ مَا فِي السَّمَاءِ وَالْأَرْضِ ۗ إِنَّ ذَٰلِكَ فِي كِتَابٍ ۚ إِنَّ ذَٰلِكَ عَلَى اللَّهِ يَسِيرٌ
A-lam taʿlam anna llāha yaʿlamu mā fi s-samāʾi wa-l-arḍi inna dhālika fī kitābin inna dhālika ʿalā llāhi yasīr Ne sais-tu pas qu’Allaah sait ce qui est dans le ciel et sur la terre ? Cela est certes dans un Kitāb — cela est certes, pour Allaah, chose aisée (yasīr).
Notes lexicales
inna dhālika fī kitābin
voir S6:59 (« *wa-lā ḥabbatin fī ẓulumāti l-arḍi wa-lā raṭbin wa-lā yābisin illā fī kitābin mubīn* ») — le registre où s'inscrit la science exhaustive d'Allaah.
ʿalā llāhi yasīr
formule identique à S4:30 : « *wa-kāna dhālika ʿalā llāhi yasīrā* ».

Ce qu’ils adorent sans preuve ni science · S22:71

S.22:71 · Ce qu’ils adorent sans preuve ni science — nul secours pour les ẓālimūn

S.22:71
وَيَعْبُدُونَ مِنْ دُونِ اللَّهِ مَا لَمْ يُنَزِّلْ بِهِ سُلْطَانًا وَمَا لَيْسَ لَهُمْ بِهِ عِلْمٌ ۗ وَمَا لِلظَّالِمِينَ مِنْ نَصِيرٍ
Wa-yaʿbudūna min dūni llāhi mā lam yunazzil bihi sulṭānan wa-mā laysa lahum bihi ʿilmun wa-mā li-ẓ-ẓālimīna min naṣīr Et ils adorent, en dehors d’Allaah, ce pour quoi Il n’a fait descendre aucune autorité (sulṭān), et ce dont ils n’ont aucune science — et il n’y a, pour les ẓālimūn, nul secours (naṣīr).
Notes lexicales
mā lam yunazzil bihi sulṭānan
formule identique à S3:151 : « *bimā ashrakū bi-llāhi mā lam yunazzil bihi sulṭānan* ».
mā laysa lahum bihi ʿilmun
formule proche de S17:36 : « *wa-lā taqfu mā laysa laka bihi ʿilmun* ».

L’hostilité visible sur les visages des kāfirūn · S22:72

S.22:72 · L’hostilité visible sur les visages des kāfirūn à l’écoute des āyāt

S.22:72
وَإِذَا تُتْلَىٰ عَلَيْهِمْ آيَاتُنَا بَيِّنَاتٍ تَعْرِفُ فِي وُجُوهِ الَّذِينَ كَفَرُوا الْمُنْكَرَ ۖ يَكَادُونَ يَسْطُونَ بِالَّذِينَ يَتْلُونَ عَلَيْهِمْ آيَاتِنَا ۗ قُلْ أَفَأُنَبِّئُكُمْ بِشَرٍّ مِنْ ذَٰلِكُمُ ۗ النَّارُ وَعَدَهَا اللَّهُ الَّذِينَ كَفَرُوا ۖ وَبِئْسَ الْمَصِيرُ
Wa-idhā tutlā ʿalayhim āyātunā bayyinātin taʿrifu fī wujūhi lladhīna kafaru l-munkara yakādūna yasṭūna bi-lladhīna yatlūna ʿalayhim āyātinā qul a-fa-unabbiʾukum bi-sharrin min dhālikumu n-nāru waʿadahā llāhu lladhīna kafarū wa-biʾsa l-maṣīr Et quand Nos āyāt évidentes (bayyināt) leur sont récitées, tu reconnais (taʿrifu), sur le visage de ceux qui ont commis le kufr, le munkar (le rejet manifeste) — ils sont sur le point de se jeter (yakādūna yasṭūna) sur ceux qui leur récitent Nos āyāt. Dis : « Vous informerai-je de quelque chose de pire que cela ? Le Feu — Allaah l’a promis à ceux qui ont commis le kufr — et quelle détestable destination (biʾsa l-maṣīr) ! »
Notes lexicales
taʿrifu fī wujūhihimu l-munkara
même racine *n-k-r* que *nakīr* (S22:44) — ici, le rejet se lit directement sur les traits du visage, avant même toute parole.
yakādūna yasṭūna
racine *s-ṭ-w* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : se jeter sur quelqu'un avec violence, fondre sur lui. **Dit** : le texte nomme une hostilité physique sur le point de se déclencher (*yakādūna*, « ils sont sur le point de »), non un passage à l'acte déjà accompli.

La parabole de la mouche · S22:73–74

S.22:73 · La parabole de la mouche — l’impuissance de ce qu’ils invoquent

Crux lexical — ḍaʿufa ṭ-ṭālibu wa-l-maṭlūbu, deux lectures classiques nommées, sans trancher. La clôture du verset, « faible est celui qui cherche (aṭ-ṭālib) et celui qui est cherché (al-maṭlūb) », admet, chez les lexicographes classiques, deux identifications distinctes de ces deux rôles grammaticaux. Première lecture : aṭ-ṭālib désigne ceux qui invoquent ces idoles (al-mushrikūn), qui attendent de leurs idoles qu’elles créent même une mouche (ou qu’elles récupèrent ce qu’une mouche leur aurait pris) ; al-maṭlūb désigne alors l’idole elle-même, ou la mouche, objet de cette quête — l’un comme l’autre étant déclarés faibles. Seconde lecture, également rapportée par Ibn Manẓūr (Lisān al-ʿArab, racine ṭ-l-b) : aṭ-ṭālib désigne la mouche elle-même, qui cherche (en quête de nourriture ou pour reprendre ce qu’elle a dérobé) ; al-maṭlūb désigne alors l’idole ou son adorateur, dont la mouche cherche à tirer quelque chose. Ce Bloc nomme les deux lectures, rapportées l’une et l’autre par les lexicographes classiques, sans trancher entre elles à partir de ce seul verset — l’affirmation centrale du verset (l’incapacité totale de ce qui est adoré en dehors d’Allaah, fût-ce face à la plus insignifiante des créatures) demeure inchangée quelle que soit la lecture retenue.

S.22:73
يَا أَيُّهَا النَّاسُ ضُرِبَ مَثَلٌ فَاسْتَمِعُوا لَهُ ۚ إِنَّ الَّذِينَ تَدْعُونَ مِنْ دُونِ اللَّهِ لَنْ يَخْلُقُوا ذُبَابًا وَلَوِ اجْتَمَعُوا لَهُ ۖ وَإِنْ يَسْلُبْهُمُ الذُّبَابُ شَيْئًا لَا يَسْتَنْقِذُوهُ مِنْهُ ۚ ضَعُفَ الطَّالِبُ وَالْمَطْلُوبُ
Yā ayyuhā n-nāsu ḍuriba mathalun fa-stamiʿū lahu inna lladhīna tadʿūna min dūni llāhi lan yakhluqū dhubāban wa-law-i jtamaʿū lahu wa-in yaslubhumu dh-dhubābu shayʾan lā yastanqidhūhu minhu ḍaʿufa ṭ-ṭālibu wa-l-maṭlūb Ô les humains, une parabole (mathal) a été frappée (ḍuriba) : écoutez-la. Ceux que vous invoquez en dehors d’Allaah ne créeront jamais (lan yakhluqū) une mouche (dhubāb), même s’ils s’unissaient tous pour cela — et si la mouche leur ravit (yaslub) quelque chose, ils ne pourraient le lui reprendre (lā yastanqidhūhu) : faible est celui qui cherche, et faible est celui qui est cherché (ḍaʿufa ṭ-ṭālibu wa-l-maṭlūb).
Notes lexicales
ḍuriba mathalun
racine *ḍ-r-b* à la forme passive appliquée à *mathal* (la parabole) — voir *yaḍribu llāhu l-amthāl* (S13:17).
yaslubhumu … yastanqidhūhu
*salaba* (ravir, dépouiller) et *istanqadha* (reprendre, sauver de force), racine *n-q-dh*.
ḍaʿufa ṭ-ṭālibu wa-l-maṭlūbu
voir le callout ci-dessus.

S.22:74 · Ils n’ont pas estimé Allaah à Sa juste mesure

S.22:74
مَا قَدَرُوا اللَّهَ حَقَّ قَدْرِهِ ۗ إِنَّ اللَّهَ لَقَوِيٌّ عَزِيزٌ
Mā qadaru llāha ḥaqqa qadrihi inna llāha la-qawiyyun ʿazīz Ils n’ont pas estimé Allaah à Sa juste mesure (mā qadaru llāha ḥaqqa qadrihi) — Allaah est certes Qawiyy, ʿAzīz.
Notes lexicales
mā qadaru llāha ḥaqqa qadrihi
formule identique à S6:91 : « *wa-mā qadaru llāha ḥaqqa qadrihi idh qālū mā anzala llāhu ʿalā basharin min shayʾ* » — là appliquée au rejet de toute révélation, ici à l'incapacité totale de ce qui est associé à Allaah.
la-qawiyyun ʿazīzun
reprise mot pour mot de S22:40.

L’élection des rusul, la science de ce qui précède et suit · S22:75–76

S.22:75 · Allaah élit des messagers parmi les malāʾika et parmi les humains

S.22:75
اللَّهُ يَصْطَفِي مِنَ الْمَلَائِكَةِ رُسُلًا وَمِنَ النَّاسِ ۚ إِنَّ اللَّهَ سَمِيعٌ بَصِيرٌ
Allāhu yaṣṭafī mina l-malāʾikati rusulan wa-mina n-nāsi inna llāha samīʿun baṣīr Allaah élit (yaṣṭafī) des messagers (rusul) parmi les malāʾika, et parmi les humains — Allaah est certes Samīʿ, Baṣīr.
Notes lexicales
yaṣṭafī
racine *ṣ-f-w* (choisir en écartant tout ce qui n'est pas pur, élire) — voir S3:33 (« *inna llāha ṣṭafā ādama wa-nūḥan wa-āla ibrāhīma wa-āla ʿimrāna ʿalā l-ʿālamīn* ») et S7:144 (« *iṣṭafaytuka ʿalā n-nās* »).
mina l-malāʾikati rusulan wa-mina n-nāsi
**Dit** : le terme *rusul* (messagers) est ici employé pour désigner à la fois des *malāʾika* et des humains. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas en quoi consiste la fonction de messager pour les *malāʾika*, ni si elle recouvre exactement ce que ce terme désigne pour les humains — ce Bloc rapporte le terme partagé sans fusionner les deux fonctions au-delà de ce que le texte affirme.

S.22:76 · Ce qui sait ce qui est devant eux et derrière eux

S.22:76
يَعْلَمُ مَا بَيْنَ أَيْدِيهِمْ وَمَا خَلْفَهُمْ ۗ وَإِلَى اللَّهِ تُرْجَعُ الْأُمُورُ
Yaʿlamu mā bayna aydīhim wa-mā khalfahum wa-ilā llāhi turjaʿu l-umūr Ce qui sait ce qui est devant eux (mā bayna aydīhim) et ce qui est derrière eux (mā khalfahum) — et c’est vers Allaah que toute chose fait retour (turjaʿu l-umūr).
Notes lexicales
mā bayna aydīhim wa-mā khalfahum
formule présente en S2:255 et S21:28.
wa-ilā llāhi turjaʿu l-umūr
formule fréquente dans le Coran.

L’appel au rukūʿ, au sujūd, à l’adoration, au bien · S22:77

S.22:77 · Inclinez-vous, prosternez-vous, adorez votre Rabb, faites le bien

Marque de prosternation (۩). La marque de sajda présente dans le texte source est conservée dans le champ ar=, comme pour S13:15. C’est la seconde marque de ce type dans la sourate (la première se trouvant en S22:18).

S.22:77
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا ارْكَعُوا وَاسْجُدُوا وَاعْبُدُوا رَبَّكُمْ وَافْعَلُوا الْخَيْرَ لَعَلَّكُمْ تُفْلِحُونَ ۩
Yā ayyuhā lladhīna āmanu rkaʿū wa-sjudū wa-ʿbudū rabbakum wa-fʿalu l-khayra laʿallakum tufliḥūn Ô vous qui avez cru, inclinez-vous (irkaʿū), prosternez-vous (usjudū), adorez votre Rabb, et faites le bien (al-khayr) — ainsi, peut-être, réussirez-vous (tufliḥūn).
Notes lexicales
irkaʿū wa-sjudū
mêmes racines que *ar-rukkaʿ as-sujūd* (S22:26) — ici sous forme d'ordre direct adressé aux croyants.
tufliḥūn
racine *f-l-ḥ*, fréquente dans le Coran.

Clôture de la sourate · S22:78

S.22:78 · Clôture — le jihād véritable, l’élection, nulle gêne dans le dīn, la milla d’Ibrāhīm, témoins sur les gens

Point de méthode — plusieurs échos intra-coraniques directs dans ce verset de clôture. Trois rapprochements méritent d’être nommés ensemble. (1) Mā jaʿala ʿalaykum fī d-dīni min ḥaraj reprend, dans une construction très proche, l’affirmation de S5:6 (« mā yurīdu llāhu li-yajʿala ʿalaykum min ḥaraj »). (2) Li-yakūna r-rasūlu shahīdan ʿalaykum wa-takūnū shuhadāʾa ʿalā n-nās reprend, dans l’ordre inverse, la formule de S2:143 (« li-takūnū shuhadāʾa ʿalā n-nāsi wa-yakūna r-rasūlu ʿalaykum shahīdā ») — ce Bloc signale cette inversion d’ordre (ici le rasūl est nommé témoin en premier, puis les croyants) comme un simple effet de construction, sans en tirer de conséquence doctrinale distincte. (3) Wa-ʿtaṣimū bi-llāhi reprend le même verbe, à la même forme, que S3:103 (« wa-ʿtaṣimū bi-ḥabli llāhi jamīʿan »), ici appliqué directement à Allaah plutôt qu’à Son « lien » (ḥabl) — et huwa mawlākum reprend l’affirmation de S3:150 (« bal Allāhu mawlākum »).

S.22:78
وَجَاهِدُوا فِي اللَّهِ حَقَّ جِهَادِهِ ۚ هُوَ اجْتَبَاكُمْ وَمَا جَعَلَ عَلَيْكُمْ فِي الدِّينِ مِنْ حَرَجٍ ۚ مِلَّةَ أَبِيكُمْ إِبْرَاهِيمَ ۚ هُوَ سَمَّاكُمُ الْمُسْلِمِينَ مِنْ قَبْلُ وَفِي هَٰذَا لِيَكُونَ الرَّسُولُ شَهِيدًا عَلَيْكُمْ وَتَكُونُوا شُهَدَاءَ عَلَى النَّاسِ ۚ فَأَقِيمُوا الصَّلَاةَ وَآتُوا الزَّكَاةَ وَاعْتَصِمُوا بِاللَّهِ هُوَ مَوْلَاكُمْ ۖ فَنِعْمَ الْمَوْلَىٰ وَنِعْمَ النَّصِيرُ
Wa-jāhidū fi llāhi ḥaqqa jihādihi huwa jtabākum wa-mā jaʿala ʿalaykum fi d-dīni min ḥarajin millata abīkum ibrāhīma huwa sammākumu l-muslimīna min qablu wa-fī hādhā li-yakūna r-rasūlu shahīdan ʿalaykum wa-takūnū shuhadāʾa ʿalā n-nāsi fa-aqīmu ṣ-ṣalāta wa-ātu z-zakāta wa-ʿtaṣimū bi-llāhi huwa mawlākum fa-niʿma l-mawlā wa-niʿma n-naṣīr Et évertuez-vous (jāhidū) pour Allaah (fi llāhi) de la juste mesure de cet effort (ḥaqqa jihādihi) — c’est Lui qui vous a élus (huwa jtabākum), et Il n’a placé sur vous, dans le dīn, nulle gêne (ḥaraj) — la milla de votre père Ibrāhīm. C’est Lui qui vous a nommés muslimūn, auparavant (min qablu) et dans ceci [le Qurʾān] — afin que le rasūl soit témoin sur vous, et que vous soyez témoins sur les gens. Accomplissez donc la ṣalāt, acquittez-vous de la zakāt, et attachez-vous fermement à Allaah (wa-ʿtaṣimū bi-llāhi) : c’est Lui votre mawlā — quel excellent mawlā, et quel excellent secours (fa-niʿma l-mawlā wa-niʿma n-naṣīr) !
Notes lexicales
wa-jāhidū fi llāhi ḥaqqa jihādihi
racine *j-h-d* (l'effort soutenu). **Point de grammaire, sans portée théologique** : la construction *fi llāhi* (« en/pour Allaah ») diffère de la formule plus fréquente *fī sabīli llāhi* (« dans le *sabīl* d'Allaah »). **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas en quoi cette construction distincte infléchirait le sens par rapport à la formule usuelle — ce Bloc rapporte la différence de construction sans lui attribuer de portée distincte au-delà de ce que la grammaire indique.
huwa jtabākum
racine *j-b-y* (élire, rassembler par choix) — voir S16:121 et S20:122 (« *thumma jtabāhu rabbuhu* »).
mā jaʿala ʿalaykum fi d-dīni min ḥarajin
voir le callout ci-dessus.
millata abīkum ibrāhīma
la *milla* d'Ibrāhīm, présente en S2, S3, S4 et S16:123.
huwa sammākumu l-muslimīna min qablu wa-fī hādhā
**Dit** : le texte affirme une double nomination — « auparavant » (*min qablu*) et « dans ceci » (*wa-fī hādhā*, le Qurʾān lui-même). **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas le lieu textuel exact de cette nomination antérieure — ce Bloc n'importe aucune identification supplémentaire (un verset précis attribué à Ibrāhīm, par exemple) au-delà de ce que ce verset affirme lui-même.
li-yakūna r-rasūlu shahīdan ʿalaykum wa-takūnū shuhadāʾa ʿalā n-nāsi
voir le callout ci-dessus.
wa-ʿtaṣimū bi-llāhi huwa mawlākum
voir le callout ci-dessus.
fa-niʿma l-mawlā wa-niʿma n-naṣīr
construction exclamative *niʿma* + Nom, de forme voisine de S3:173 (« *ḥasbunā llāhu wa-niʿma l-wakīl* »), ici appliquée à *mawlā* et *naṣīr* — clôture de la sourate sur le double rôle, nommé au fil de ce Bloc (S22:60, S22:74), de protecteur et de secours.

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