Structure du Bloc II. Cinq ensembles. D’abord une génération nouvelle, née après le peuple de Nūḥ, à qui un rasūl est envoyé avec le même appel : adorez Allaah, vous n’avez pas d’ilāh en dehors de Lui — rejet de l’assemblée dans l’aisance matérielle, qui n’y voit qu’un être humain ordinaire, nie la résurrection, et accuse le rasūl d’avoir forgé un mensonge contre Allaah (S23:31–38). Puis l’invocation du rasūl, la réponse annonçant un regret prochain, et le châtiment par le Cri qui les réduit à des débris emportés (S23:39–41). Puis d’autres générations encore, chacune démentant le rasūl qui lui est envoyé, aucune ne devançant ni ne retardant son terme fixé, toutes réduites à n’être que des récits (S23:42–44). Puis Mūsā et Hārūn envoyés avec une autorité manifeste vers Firʿawn et son assemblée, qui refusent de croire en deux êtres humains dont le peuple leur est asservi, et sont anéantis pour avoir démenti (S23:45–48). Enfin le Kitāb donné à Mūsā pour la guidance, et le fils de Maryam avec sa mère faits signe, abrités vers une hauteur dotée de stabilité et d’une eau courante (S23:49–50).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.23:31 Une génération autre, née après eux
S.23:32 Un rasūl envoyé parmi eux — le même appel au tawḥīd
S.23:33 L’assemblée dans l’aisance : « un homme ordinaire comme vous »
S.23:34 Obéir à un humain semblable : vous seriez perdants
S.23:35 La promesse de la résurrection mise en doute
S.23:36 Hayhāta, hayhāta — l’éloignement de ce qui est promis
S.23:37 Rien que notre vie d’ici-bas — nul ne sera ressuscité
S.23:38 « Un homme qui a forgé un mensonge contre Allaah »
S.23:39 L’invocation du rasūl — « secours-moi »
S.23:40 Sous peu, ils seront pleins de regret
S.23:41 Le Cri en toute vérité — réduits à des débris
S.23:42 D’autres générations encore, après elles
S.23:43 Nulle communauté ne devance ni ne retarde son terme
S.23:44 Des rusul envoyés successivement (tatrā) — tous démentis, réduits en récits
S.23:45–46 Mūsā et Hārūn envoyés vers Firʿawn et son assemblée
S.23:47 « Croirons-nous en deux humains semblables, dont le peuple nous est asservi ? »
S.23:48 Démentis, ils furent du nombre des anéantis
S.23:49 Le Kitāb donné à Mūsā, pour qu’ils soient guidés
S.23:50 Le fils de Maryam et sa mère, un signe — le refuge en une rabwa

Une génération nouvelle, un rasūl rejeté par l’assemblée dans l’aisance · S23:31–38

S.23:31 · Une génération autre, née après eux

S.23:31
ثُمَّ أَنْشَأْنَا مِنْ بَعْدِهِمْ قَرْنًا آخَرِينَ
Thumma anshaʾnā min baʿdihim qarnan ākharīn Puis Nous avons fait naître, après eux, une génération (qarn) autre.
Notes lexicales
qarnan
racine *q-r-n*, précédent établi (S6:6 ; S10:13–14, S17:17, S18:83) : ce qui est joint, un ensemble de contemporains liés par leur époque — d'où le sens de génération. Le pluriel *qurūn* reparaît à S23:42, ce même Bloc.
anshaʾnā … baʿdihim
Dit : le texte ne nomme pas cette génération ; il la rattache seulement, par « après eux » (*min baʿdihim*), à celle de Nūḥ qui vient d'être engloutie (S23:23–30, Bloc I). Non-dit : aucune identité, aucun lieu ni aucune durée ne sont précisés.

S.23:32 · Un rasūl envoyé parmi eux — le même appel au tawḥīd

S.23:32
فَأَرْسَلْنَا فِيهِمْ رَسُولًا مِنْهُمْ أَنِ اعْبُدُوا اللَّهَ مَا لَكُمْ مِنْ إِلَٰهٍ غَيْرُهُ ۖ أَفَلَا تَتَّقُونَ
Fa-arsalnā fīhim rasūlan minhum ani ʿbudū llāha mā lakum min ilāhin ghayruhu a-fa-lā tattaqūn Nous envoyâmes alors, parmi eux, un rasūl issu d’eux-mêmes [portant cet ordre] : « Adorez Allaah — vous n’avez pas d’ilāh en dehors de Lui. Ne vous prémunirez-vous (tattaqūn) donc pas ? »
Notes lexicales
rasūlan minhum … mā lakum min ilāhin ghayruhu a-fa-lā tattaqūn
reprise, presque mot pour mot, de la formule déjà employée pour l'envoi de Nūḥ (S23:23, Bloc I, même sourate) et établie depuis S7:59/65 — seule différence : la précision *rasūlan minhum* (« un *rasūl* issu d'eux-mêmes »), qui annonce directement l'objection soulevée au verset suivant sur l'humanité ordinaire de ce *rasūl*.

S.23:33 · L’assemblée dans l’aisance : « un homme ordinaire comme vous »

S.23:33
وَقَالَ الْمَلَأُ مِنْ قَوْمِهِ الَّذِينَ كَفَرُوا وَكَذَّبُوا بِلِقَاءِ الْآخِرَةِ وَأَتْرَفْنَاهُمْ فِي الْحَيَاةِ الدُّنْيَا مَا هَٰذَا إِلَّا بَشَرٌ مِثْلُكُمْ يَأْكُلُ مِمَّا تَأْكُلُونَ مِنْهُ وَيَشْرَبُ مِمَّا تَشْرَبُونَ
Wa-qāla l-malaʾu min qawmihi lladhīna kafarū wa-kadhdhabū bi-liqāʾi l-ākhirati wa-atrafnāhum fi l-ḥayāti d-dunyā mā hādhā illā basharun mithlukum yaʾkulu mimmā taʾkulūna minhu wa-yashrabu mimmā tashrabūn Et l’assemblée (al-malaʾ) de son peuple — ceux qui avaient commis le kufr, qui avaient démenti la rencontre de l’Ākhira (liqāʾ al-ākhira), et à qui Nous avions donné l’aisance (atrafnāhum) dans la vie d’ici-bas — dirent : « Celui-ci n’est qu’un être humain ordinaire (basharun mithlukum), comme vous : il mange de ce dont vous mangez, et il boit de ce dont vous buvez. »
Notes lexicales
al-malaʾu … lladhīna kafarū
reprise, presque mot pour mot, de la même construction qu'à l'ouverture du récit de Nūḥ (S23:24, Bloc I, même sourate) ; *al-malaʾ*, précédent établi (S2:246, et chacun des récits de ce type déjà traduits).
kadhdhabū bi-liqāʾi l-ākhirati
*liqāʾ*, racine *l-q-y*, précédent établi avec la même vigilance déjà exercée pour *liqāʾu llāh* (S6:31) : la « rencontre » porte sur la réalité effective et inéluctable de la reddition de comptes, non sur une donnée visuelle ou spatiale — ici, l'objet de la rencontre démentie est nommément « l'Ākhira » elle-même, non Allaah ; précédent direct pour cette même expression exacte (S7:147 : *liqāʾ al-ākhira*).
wa-atrafnāhum fi l-ḥayāti d-dunyā
racine *t-r-f*, précédent établi (*mutrafīhā*, S17:16 : les gens aisés d'une cité, dont la transgression dans l'abondance précède et motive sa destruction). Dit : le texte rapporte ici, par une proposition incidente à la première personne (« Nous leur avions donné l'aisance »), que c'est Allaah Lui-même qui a placé cette assemblée dans un confort matériel — une donnée factuelle sur leur condition, non une approbation de leur rejet du *rasūl* qui suit immédiatement. Non-dit : ce seul verset ne développe pas le lien de causalité entre cette aisance et leur *kufr* au-delà de leur juxtaposition dans la même phrase.
basharun mithlukum
précédent exact établi dans ce Bloc même (S23:24, Bloc I : « *basharun mithlukum* »), repris ici à l'identique ; *bashar*, précédent établi (S15:28) — l'humain sous l'aspect de son enveloppe visible.

S.23:34 · Obéir à un humain semblable : vous seriez perdants

S.23:34
وَلَئِنْ أَطَعْتُمْ بَشَرًا مِثْلَكُمْ إِنَّكُمْ إِذًا لَخَاسِرُونَ
Wa-la-in aṭaʿtum basharan mithlakum innakum idhan la-khāsirūn Et si vous obéissez à un être humain semblable à vous, vous serez alors certes du nombre des perdants (al-khāsirūn).
Notes lexicales
la-khāsirūn
racine *kh-s-r*, précédent établi (S7:90/178, S12:14) — pour cette construction précise (« si vous suiviez/obéissiez [à un tel], vous seriez certes perdants »), précédent exact et presque mot pour mot : S7:90 (« *la-ini ttabaʿtum shuʿayban innakum idhan la-khāsirūn* », l'assemblée de Madyan au sujet de Shuʿayb) et S12:14 (les frères de Yūsuf) — un même schéma rhétorique, retourné ici contre le *rasūl* de ce récit.

S.23:35 · La promesse de la résurrection mise en doute

S.23:35
أَيَعِدُكُمْ أَنَّكُمْ إِذَا مِتُّمْ وَكُنْتُمْ تُرَابًا وَعِظَامًا أَنَّكُمْ مُخْرَجُونَ
A-yaʿidukum annakum idhā mittum wa-kuntum turāban wa-ʿiẓāman annakum mukhrajūn Vous promet-il que, lorsque vous serez morts et que vous serez devenus terre (turāb) et ossements (ʿiẓām), vous en serez fait sortir (mukhrajūn) ?
Notes lexicales
turāban wa-ʿiẓāman … mukhrajūn
Dit, cohérence intra-Bloc : cette même paire — terre et ossements — reprend, en l'inversant du côté de l'objection, l'énumération déjà posée au sujet de la création humaine dans l'ordre normal (*sulāla*, *nuṭfa*, *ʿalaqa*, *muḍgha*, os, chair, S23:12–14, Bloc I, même sourate) : l'argument de l'assemblée consiste précisément à juger impossible le mouvement inverse de cette même matière.

S.23:36 · Hayhāta, hayhāta — l’éloignement de ce qui est promis

Crux lexical — hapax coranique, hayhāta. Ce mot, répété deux fois dans ce seul verset, n’apparaît nulle part ailleurs dans le Coran. Ibn Manẓūr (Lisān al-ʿArab) le classe parmi les asmāʾ al-afʿāl (les « noms de verbe », des particules qui fonctionnent comme un verbe figé) de sens baʿuda — être, devenir lointain, hors d’atteinte — employées en exclamation pour marquer l’éloignement extrême, voire l’impossibilité, de la chose évoquée. Al-Khalīl ibn Aḥmad (Kitāb al-ʿAyn) et Ibn Fāris (Maqāyīs al-Lugha) convergent sur ce même sens d’éloignement, sans unanimité sur la construction morphologique exacte du mot (origine discutée entre les lexicographes classiques eux-mêmes). Hayhāta hayhāta est donc rendu par une double exclamation d’éloignement extrême, le terme étant conservé en translittération faute d’un équivalent français qui rende à la fois l’exclamation et le redoublement.

S.23:36
۞ هَيْهَاتَ هَيْهَاتَ لِمَا تُوعَدُونَ
Hayhāta hayhāta li-mā tūʿadūn Hayhāta, hayhāta — combien lointain, combien lointain, ce qui vous est promis !
Notes lexicales
li-mā tūʿadūn
voir le callout ci-dessus. Dit : l'assemblée déclare ici close, par cette double exclamation, la possibilité même de ce qui vient d'être évoqué au verset précédent (la sortie des morts) — une fermeture catégorique, non une simple hésitation.

S.23:37 · Rien que notre vie d’ici-bas — nul ne sera ressuscité

S.23:37
إِنْ هِيَ إِلَّا حَيَاتُنَا الدُّنْيَا نَمُوتُ وَنَحْيَا وَمَا نَحْنُ بِمَبْعُوثِينَ
In hiya illā ḥayātunā d-dunyā namūtu wa-naḥyā wa-mā naḥnu bi-mabʿūthīn Il n’y a rien d’autre que notre vie d’ici-bas : nous mourons et nous vivons, et nous ne serons jamais ressuscités (mabʿūthīn).
Notes lexicales
namūtu wa-naḥyā
Non-dit : ce seul verset ne précise pas le sens exact de cette formule — elle pourrait désigner soit le simple fait que les uns meurent pendant que d'autres naissent et vivent (la succession des générations, sans retour pour chaque individu), soit, plus largement, le cycle de la vie et de la mort tel qu'il se présente à l'observation ordinaire. Les deux nuances aboutissent au même rejet catégorique qui suit.
mabʿūthīn
racine *b-ʿ-th*, précédent établi dans ce Bloc même (*tubʿathūn*, S23:16, Bloc I) et ailleurs (S6:27/36) : faire sortir, faire se lever hors d'un état de repos — ici niée par l'assemblée pour elle-même.

S.23:38 · « Un homme qui a forgé un mensonge contre Allaah »

S.23:38
إِنْ هُوَ إِلَّا رَجُلٌ افْتَرَىٰ عَلَى اللَّهِ كَذِبًا وَمَا نَحْنُ لَهُ بِمُؤْمِنِينَ
In huwa illā rajulun iftarā ʿalā llāhi kadhiban wa-mā naḥnu lahu bi-muʾminīn « Ce n’est qu’un homme qui a forgé (iftarā) un mensonge (kadhib) contre Allaah, et nous ne sommes pas croyants en lui. »
Notes lexicales
iftarā ʿalā llāhi kadhiban
racine *f-r-y*, forme VIII : fabriquer de toutes pièces, inventer — appliquée ici à l'accusation que l'assemblée porte contre son propre *rasūl*, par un renversement déjà rencontré dans d'autres récits de ce type (S7:16, S10:17, où l'accusation de *iftirāʾ* contre Allaah revient de façon récurrente dans la bouche des dénégateurs).

L’invocation du rasūl et le châtiment par le Cri · S23:39–41

S.23:39 · L’invocation du rasūl — « secours-moi »

S.23:39
قَالَ رَبِّ انْصُرْنِي بِمَا كَذَّبُونِ
Qāla rabbi nṣurnī bi-mā kadhdhabūn Il dit : « Mon Rabb, secours-moi (unṣurnī), pour ce qu’ils m’ont traité de menteur (kadhdhabūn). »
Notes lexicales
rabbi nṣurnī bi-mā kadhdhabūn
reprise mot pour mot de l'invocation de Nūḥ (S23:26, Bloc I, même sourate) — la même formule revient, à l'identique, dans la bouche de ce second *rasūl* resté anonyme, le texte ne tranchant pas son identité.

S.23:40 · Sous peu, ils seront pleins de regret

S.23:40
قَالَ عَمَّا قَلِيلٍ لَيُصْبِحُنَّ نَادِمِينَ
Qāla ʿammā qalīlin la-yuṣbiḥunna nādimīn Il fut dit : « Sous peu (ʿammā qalīl), ils seront certainement, au matin, pleins de regret (nādimīn). »
Notes lexicales
qāla … nādimīn
Non-dit, point de transparence : ce verset ne nomme pas, par un sujet explicite, l'auteur de cette réponse (le texte porte seulement *qāla*, « il dit »). La structure du dialogue — l'invocation du *rasūl* au verset précédent, suivie d'une réponse qui annonce le sort de ses opposants — correspond au même schéma que le dialogue de Nūḥ (S23:26–27, Bloc I, où la réponse d'Allaah est, elle, explicitement introduite par *fa-awḥaynā ilayhi*, « Nous lui révélâmes »). Par cohérence de structure plutôt que par une mention explicite dans ce seul verset, il s'agit vraisemblablement de la réponse d'Allaah à l'invocation du *rasūl* — une lecture appuyée par la suite immédiate (le châtiment par le Cri, S23:41), mais une lecture de cohérence contextuelle, non ce que ce seul verset affirme nommément par lui-même.
nādimīn
racine *n-d-m* : le regret qui suit un acte qu'on ne peut plus défaire.

S.23:41 · Le Cri en toute vérité — réduits à des débris

S.23:41
فَأَخَذَتْهُمُ الصَّيْحَةُ بِالْحَقِّ فَجَعَلْنَاهُمْ غُثَاءً ۚ فَبُعْدًا لِلْقَوْمِ الظَّالِمِينَ
Fa-akhadhathumu ṣ-ṣayḥatu bi-l-ḥaqqi fa-jaʿalnāhum ghuthāʾan fa-buʿdan li-l-qawmi ẓ-ẓālimīn Le Cri (aṣ-ṣayḥa) les saisit alors, en toute vérité (bi-l-ḥaqq), et Nous en avons fait des débris emportés par le flot (ghuthāʾ) — éloignement donc (buʿdan) pour le peuple injuste (aẓ-ẓālimīn) !
Notes lexicales
aṣ-ṣayḥatu bi-l-ḥaqqi
racine *ṣ-y-ḥ* : le Cri, châtiment déjà rencontré sous forme voisine (*ar-rajfa*, S7:91/78, pour Thamūd et Madyan — un châtiment de nature proche, nommé différemment selon les récits).
ghuthāʾan
racine *gh-th-w*, chez les lexicographes classiques : les débris végétaux desséchés, la paille et les détritus qu'un flot emporte et dépose pêle-mêle à la surface de l'eau, sans consistance ni valeur propre — image d'anéantissement total qui prolonge, par contraste, celle du bétail et de l'arche comme moyens de salut (S23:21–22, Bloc I, même sourate).
fa-buʿdan li-l-qawmi ẓ-ẓālimīn
racine *b-ʿ-d* : l'éloignement, précédent établi (*buʿdan … baʿidat*, S11:44/95) comme formule d'exécration prononcée sur un peuple anéanti — reprise ici à l'identique, et de nouveau à S23:44, ce même Bloc.

D’autres générations, des rusul envoyés successivement · S23:42–44

S.23:42 · D’autres générations encore, après elles

S.23:42
ثُمَّ أَنْشَأْنَا مِنْ بَعْدِهِمْ قُرُونًا آخَرِينَ
Thumma anshaʾnā min baʿdihim qurūnan ākharīn Puis Nous avons fait naître, après elles, d’autres générations (qurūn).
Notes lexicales
qurūnan
pluriel de *qarn* (voir S23:31, ce Bloc). Dit : le texte accélère ici son rythme narratif — d'un récit détaillé (Nūḥ, Bloc I) à un second récit resserré (S23:31–41, ce Bloc), puis à cette simple mention générique de « générations » successives, sans plus aucun nom ni détail circonstanciel.

S.23:43 · Nulle communauté ne devance ni ne retarde son terme

S.23:43
مَا تَسْبِقُ مِنْ أُمَّةٍ أَجَلَهَا وَمَا يَسْتَأْخِرُونَ
Mā tasbiqu min ummatin ajalahā wa-mā yastaʾkhirūn Nulle communauté (umma) ne devance son terme (ajal), ni ne le retarde.
Notes lexicales
ajalahā
racine *ʾ-j-l*, précédent établi (*ajal musammā*, *passim*) : le terme fixé — ici appliqué non à un individu mais à une communauté entière (*umma*) prise comme un tout. Dit : le texte affirme une fixité stricte de ce terme, sans en préciser les critères de détermination au-delà de cette seule affirmation.

S.23:44 · Des rusul envoyés successivement (tatrā) — tous démentis, réduits en récits

S.23:44
ثُمَّ أَرْسَلْنَا رُسُلَنَا تَتْرَىٰ ۖ كُلَّ مَا جَاءَ أُمَّةً رَسُولُهَا كَذَّبُوهُ ۚ فَأَتْبَعْنَا بَعْضَهُمْ بَعْضًا وَجَعَلْنَاهُمْ أَحَادِيثَ ۚ فَبُعْدًا لِقَوْمٍ لَا يُؤْمِنُونَ
Thumma arsalnā rusulanā tatrā kulla mā jāʾa ummatan rasūluhā kadhdhabūhu fa-atbaʿnā baʿḍahum baʿḍan wa-jaʿalnāhum aḥādītha fa-buʿdan li-qawmin lā yuʾminūn Puis Nous avons envoyé Nos rusul les uns après les autres (tatrā) : chaque fois qu’un rasūl venait à une communauté, elle le traitait de menteur — alors Nous les avons fait se succéder (atbaʿnā) les uns aux autres, et Nous les avons réduits à n’être que des récits (aḥādīth) — éloignement donc pour un peuple qui ne croit pas !
Notes lexicales
tatrā
racine *w-t-r* : Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) rattache ce terme à *al-witr* (l'unité isolée, l'impair) — *tatrā* désigne des envois qui se suivent un par un, chacun séparé du suivant par un intervalle, par opposition à un envoi groupé en une seule fois. Dit : le texte affirme ainsi une continuité espacée, non un envoi massif et simultané de tous les *rusul*.
jaʿalnāhum aḥādītha
racine *ḥ-d-th* : pluriel d'*ḥadīth*, au sens le plus large de ce terme — ce qui est rapporté, raconté, un sujet de conversation. Dit : le texte affirme que ces communautés anéanties ne sont plus désormais que matière à récit — un sort rapporté comme une conséquence de leur démenti. Ce sens lexical général, purement descriptif, ne se confond pas avec le sens technique que ce même mot *ḥadīth* a pu recevoir plus tard dans la tradition islamique pour désigner les paroles rapportées du *nabī* Muḥammad — l'emploi de ce seul verset est purement lexical.
fa-buʿdan li-qawmin lā yuʾminūn
même formule d'exécration que S23:41, ce Bloc — reprise ici une seconde fois, en clôture de ce resserrement narratif sur les générations successives.

Mūsā et Hārūn envoyés vers Firʿawn — le rejet des deux frères · S23:45–48

S.23:45–46 · Mūsā et Hārūn envoyés vers Firʿawn et son assemblée

S.23:45–46
ثُمَّ أَرْسَلْنَا مُوسَىٰ وَأَخَاهُ هَارُونَ بِآيَاتِنَا وَسُلْطَانٍ مُبِينٍ إِلَىٰ فِرْعَوْنَ وَمَلَئِهِ فَاسْتَكْبَرُوا وَكَانُوا قَوْمًا عَالِينَ
Thumma arsalnā mūsā wa-akhāhu hārūna bi-āyātinā wa-sulṭānin mubīnin ilā firʿawna wa-malaʾihi fa-stakbarū wa-kānū qawman ʿālīn Puis Nous avons envoyé Mūsā et son frère Hārūn, avec Nos āyāt et une autorité manifeste (sulṭānin mubīn), vers Firʿawn et son assemblée (malaʾ) — ils s’enorgueillirent (istakbarū) et furent un peuple dominateur (ʿālīn).
Notes lexicales
sulṭānin mubīn
racine *s-l-ṭ*, précédent exact établi (S11:96–97 : « *wa-la-qad arsalnā mūsā bi-āyātinā wa-sulṭānin mubīnin ilā firʿawna wa-malaʾihi* », formule reprise ici presque mot pour mot) — une autorité démonstrative, la force probante d'un signe manifeste, non un pouvoir politique.
istakbarū
précédent établi (S2:34 et *passim* ; S7:75–76/90, S10:75, dans ce même type de récit).
qawman ʿālīn
racine *ʿ-l-w*, employée ici en son sens purement humain — la domination orgueilleuse exercée par un peuple sur un autre. Point de vigilance, sans portée théologique ici : ce verset qualifie Firʿawn et son peuple, non Allaah — à distinguer explicitement de la racine du Nom *al-Aʿlā* et des emplois humains déjà rencontrés de la même racine (*mani staʿlā*, *anta l-aʿlā*, S20:63–64/68), par cohérence avec la distinction déjà posée entre tout emploi humain de cette racine et le Nom réservé à Allaah.

S.23:47 · « Croirons-nous en deux humains semblables, dont le peuple nous est asservi ? »

Point de méthode — qawmuhumā lanā ʿābidūn, la racine ʿ-b-d au sens de servitude sociale. La racine ʿ-b-d, établie au sens cultuel (ʿibāda, l’adoration rendue à Allaah seul), est employée dans ce verset par l’assemblée de Firʿawn en un tout autre sens : « leur peuple nous est ʿābidūn » désigne la condition sociale d’asservissement, de sujétion matérielle des Banū Isrāʾīl sous la domination égyptienne — non un culte religieux qui leur serait rendu. Cet emploi est donc distingué explicitement du sens cultuel de la même racine (S23:23/32, ce Bloc même, Bloc I et II : ʿbudū llāha), par simple parenté de racine sans confusion de sens, sur le même principe méthodologique déjà appliqué à d’autres homonymies radicales (par exemple lam yaghnaw, S7:92, distingué d’al-Ghanī).

S.23:47
فَقَالُوا أَنُؤْمِنُ لِبَشَرَيْنِ مِثْلِنَا وَقَوْمُهُمَا لَنَا عَابِدُونَ
Fa-qālū a-nuʾminu li-basharayni mithlinā wa-qawmuhumā lanā ʿābidūn Ils dirent : « Croirons-nous en deux êtres humains semblables à nous, alors que leur peuple est à notre service (ʿābidūn) ? »
Notes lexicales
li-basharayni mithlinā … ʿābidūn
voir le callout ci-dessus ; *bashar*, même emploi déjà rencontré pour l'objection faite à Nūḥ et à son successeur anonyme (S23:24/33, ce Bloc et Bloc I) — un même argument d'humanité ordinaire, retourné ici contre deux *rusul* à la fois.

S.23:48 · Démentis, ils furent du nombre des anéantis

S.23:48
فَكَذَّبُوهُمَا فَكَانُوا مِنَ الْمُهْلَكِينَ
Fa-kadhdhabūhumā fa-kānū mina l-muhlakīn Ils les traitèrent de menteurs, tous deux, et ils furent alors du nombre de ceux qui furent anéantis (al-muhlakīn).
Notes lexicales
al-muhlakīn
racine *h-l-k*, précédent établi (*ahlaknā*, S6:6, S10:13, S17:17) — ici au participe passif, « ceux qui furent anéantis » : le sort de Firʿawn et de son peuple, raconté ici en une seule clause resserrée, sans le développement narratif que d'autres sourates consacrent à ce même récit.

Le Kitāb donné à Mūsā — le fils de Maryam et sa mère, un signe · S23:49–50

S.23:49 · Le Kitāb donné à Mūsā, pour qu’ils soient guidés

S.23:49
وَلَقَدْ آتَيْنَا مُوسَى الْكِتَابَ لَعَلَّهُمْ يَهْتَدُونَ
Wa-la-qad ātaynā mūsā l-kitāba laʿallahum yahtadūn Et Nous avons certes donné à Mūsā le Kitāb, afin qu’ils soient guidés (yahtadūn).
Notes lexicales
al-kitāba laʿallahum yahtadūn
*al-Kitāb* donné à Mūsā, précédent établi (S6:154 : « *thumma ātaynā mūsā l-kitāba tamāman ʿalā lladhī aḥsan* »). Non-dit : ce seul verset ne précise pas qui, précisément, est visé par « eux » (*hum*) — les Banū Isrāʾīl au sens large, ou plus spécifiquement le peuple de Firʿawn tout juste anéanti au verset précédent ; le pronom reste d'un référent large par défaut (ceux à qui ce *Kitāb* fut destiné).

S.23:50 · Le fils de Maryam et sa mère, un signe — le refuge en une rabwa

S.23:50
وَجَعَلْنَا ابْنَ مَرْيَمَ وَأُمَّهُ آيَةً وَآوَيْنَاهُمَا إِلَىٰ رَبْوَةٍ ذَاتِ قَرَارٍ وَمَعِينٍ
Wa-jaʿalnā bna maryama wa-ummahu āyatan wa-āwaynāhumā ilā rabwatin dhāti qarārin wa-maʿīn Et Nous avons fait du fils de Maryam et de sa mère un signe (āya) — et Nous les avons abrités tous deux (āwaynāhumā) vers une hauteur (rabwa) dotée de stabilité (qarār) et d’une eau courante (maʿīn).
Notes lexicales
ibna maryama wa-ummahu āyatan
précédent direct déjà établi pour ce même rapprochement — Maryam et son fils faits *āya* ensemble (S21:91 : « *wa-jaʿalnāhā wa-bnahā āyatan lil-ʿālamīn* ») ; précédent également pour le statut de *rasūl* du fils lui-même (S5:75 : « *mā l-masīḥu bnu maryama illā rasūlun* »). Dit : ici, c'est l'ordre inverse qui est posé — « le fils de Maryam et sa mère » plutôt que « Maryam et son fils » — sans qu'une conclusion ne soit tirée de cette seule inversion d'ordre au-delà de la variation stylistique elle-même.
rabwatin dhāti qarārin wa-maʿīn
*rabwa*, racine *r-b-w* : une élévation de terrain, un lieu haut. *Qarār*, même racine que *qarārin makīn* (S23:13, Bloc I, même sourate). *Maʿīn*, racine *m-ʿ-n* ou *ʿ-y-n* selon les lexicographes classiques : une eau qui coule à la vue, visible et abondante. Non-dit : sur le même principe de prudence déjà appliqué à chaque lieu que le texte ne nomme pas explicitement (le Ṭūr Saynāʾ sans identification de son arbre, S23:20, Bloc I, même sourate ; le Masjid al-Aqṣā, S17:1 ; Dhū l-Qarnayn et son rempart, S18:83), cette *rabwa* n'est rattachée à aucun lieu géographique précis qu'une partie de la tradition exégétique a pu proposer hors du texte — le texte s'arrête à cette double qualité de stabilité et d'eau courante, sans davantage de précision.

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