Structure du Bloc III. Cinq ensembles. D’abord l’appel unique adressé à l’ensemble des rusul — manger des ṭayyibāt, agir droitement — et le rappel que leur umma est une umma unique, aussitôt suivi de la division en sectes (zubur), chaque parti se satisfaisant de ce qu’il détient (S23:51–54). Puis l’illusion de ceux qui voient dans l’aisance matérielle un bienfait hâté, mise en regard du portrait de ceux que saisit la khashya envers leur Rabb (S23:55–61). Puis le principe qu’aucune nafs n’est chargée au-delà de sa capacité, et pourtant les cœurs de ces dénégateurs restent dans la ghamra, jusqu’au châtiment qui saisit leurs mutrafūn, au cri refusé, et au rappel de leur arrogance nocturne envers les āyāt (S23:62–67). Puis une série de questions rhétoriques sur l’absence de méditation, la reconnaissance du rasūl, l’accusation de jinna, et le ḥaqq qui, s’il avait suivi leurs désirs, aurait corrompu l’univers (S23:68–72). Enfin le ṣirāṭ droit vers lequel le rasūl appelle, la déviation de qui ne croit pas en l’Ākhira, et la fermeture : ni la miséricorde ni le châtiment ne les détournent de leur ṭughyān, jusqu’à la porte ultime qui les plonge dans le désespoir (S23:73–77).
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.23:51 | L’appel unique aux rusul — manger des bonnes choses, agir droitement |
| S.23:52 | Votre umma, une umma unique — prémunissez-vous envers Moi |
| S.23:53 | La division en sectes (zubur), chacun satisfait de ce qu’il détient |
| S.23:54 | Laisse-les dans leur ghamra, jusqu’à un temps |
| S.23:55–56 | L’illusion : l’aisance matérielle, un bienfait hâté ? Non, ils ne perçoivent pas |
| S.23:57 | La khashya envers leur Rabb, saisis d’appréhension |
| S.23:58 | La foi dans les āyāt de leur Rabb |
| S.23:59 | Nul shirk envers leur Rabb |
| S.23:60 | Donner, le cœur dans l’appréhension du retour |
| S.23:61 | Ceux-là se hâtent vers les bonnes choses, les devançant |
| S.23:62 | Nulle nafs chargée au-delà de sa capacité — le Kitāb qui dit le vrai |
| S.23:63 | Leurs cœurs, dans une ghamra à l’égard de ceci |
| S.23:64 | La saisie de leurs mutrafūn par le châtiment — le cri |
| S.23:65 | « Ne criez pas aujourd’hui, vous ne serez pas secourus » |
| S.23:66–67 | Le retour sur les talons — orgueil et veillée nocturne (sāmiran) |
| S.23:68 | N’ont-ils pas médité la Parole ? |
| S.23:69 | N’ont-ils pas reconnu leur rasūl ? |
| S.23:70 | Disent-ils qu’il a la jinna ? |
| S.23:71 | Si le ḥaqq avait suivi leurs désirs — leur propre dhikr, dont ils se détournent |
| S.23:72 | Leur demandes-tu un tribut ? Le tribut de ton Rabb est meilleur |
| S.23:73 | Tu les appelles vers un ṣirāṭ droit |
| S.23:74 | Ceux qui ne croient pas en l’Ākhira dévient du ṣirāṭ |
| S.23:75 | Même la miséricorde ne les détournerait pas de leur ṭughyān |
| S.23:76 | Saisis par le châtiment, sans humilité ni imploration |
| S.23:77 | La porte du châtiment sévère — le désespoir (mublisūn) |
L’appel unique aux rusul, l’umma une, la division en sectes · S23:51–54
S.23:51 · L’appel unique aux rusul — manger des bonnes choses, agir droitement
- yā ayyuhā r-rusul
- Dit : ce verset ouvre ce Bloc par une adresse collective portant sur l'ensemble des *rusul*, au pluriel — un rassemblement du propos, non un rassemblement physique : le texte ne décrit ici aucune réunion effective de tous les *rusul* en un même lieu ou un même temps, mais pose un principe qui vaut pour chacun d'eux, à travers les récits qui viennent d'être égrenés dans les deux Blocs précédents (Nūḥ, un *rasūl* anonyme, Mūsā et Hārūn, le fils de Maryam).
- aṭ-ṭayyibāt
- racine *ṭ-y-b* : ce qui est bon, pur, sain — une qualité qui recoupe souvent, sans s'y réduire, ce qui est *ḥalāl* (licite). Conservé en translittération, « bonnes choses » dans le corps du *trad*, faute d'un mot français unique qui couvre à la fois la pureté et l'agrément que porte ce terme.
- ṣāliḥan
- racine *ṣ-l-ḥ*, précédent établi (*passim*, depuis S2:25) — l'agir droit, juste, qui répare ou maintient un ordre bon.
S.23:52 · Votre umma, une umma unique — prémunissez-vous envers Moi
- hādhihi ummatukum ummatan wāḥidatan wa-anā rabbukum
- précédent presque exact, mot pour mot, déjà établi (S21:92 : « *inna hādhihi ummatukum ummatan wāḥidatan wa-anā rabbukum fa-ʿbudūn* ») — même ouverture, mais clôture différente : « *fa-ʿbudūn* » (adorez-Moi) là-bas, « *fa-ttaqūni* » (prémunissez-vous envers Moi) ici. Deux appels distincts pour une même formule-cadre d'unité de l'*umma* des *rusul*, l'un n'étant pas réduit à l'autre.
- fa-ttaqūn
- racine *w-q-y*, précédent établi (*tattaqūn*, S23:23/32, Blocs I-II, même sourate, et *passim*) — se prémunir.
S.23:53 · La division en sectes (zubur), chacun satisfait de ce qu’il détient
- fa-taqaṭṭaʿū amrahum baynahum
- précédent direct déjà établi pour cette même construction (S21:93 : « *wa-taqaṭṭaʿū amrahum baynahum kullun ilaynā rājiʿūn* ») — la clôture y était différente (le retour de chacun vers Allaah), ici remplacée par la mention des *zubur* et de la satisfaction de chaque parti.
- zuburan
- racine *z-b-r*. Ibn Manẓūr y distingue deux sens attestés : la pièce détachée, le fragment solide (*zubra*, un morceau de fer) ; et l'écrit affermi, composé avec soin (d'où *az-Zabūr*, le *Kitāb* donné à Dāwūd). Dans ce verset, au pluriel indéfini et en position d'état circonstanciel du verbe « ils se sont fragmentés », c'est le premier sens qui est retenu — des fragments, des parts séparées d'un même tout — distinct donc d'*az-Zabūr* malgré la racine commune, qu'aucune note ne doit laisser confondre.
- kullu ḥizbin … fariḥūn
- *ḥizb*, racine *ḥ-z-b* : le parti, le groupe constitué autour d'une position commune. *Fariḥūn*, racine *f-r-ḥ* : la satisfaction, la joie. Dit : le texte souligne ici l'autosuffisance de chaque secte dans ce qu'elle détient déjà — une clôture sur soi qui prolonge, sans la nommer autrement, la fragmentation qui vient d'être décrite.
S.23:54 · Laisse-les dans leur ghamra, jusqu’à un temps
- dharhum
- racine *w-dh-r* : laisser, délaisser — un ordre de non-intervention, adressé au *rasūl* destinataire de ce discours.
- ghamratihim
- racine *gh-m-r*. Ibn Manẓūr : *al-ghamr*, l'eau profonde qui recouvre et submerge entièrement ce qu'elle engloutit ; par extension, *ghamra* désigne un état qui enveloppe et submerge la personne — ici, l'égarement où cette division en sectes les a plongés. Conservé en translittération, faute d'un seul mot français qui rende à la fois l'image de submersion et l'état durable qu'elle désigne. Le même terme reparaît, appliqué à un autre objet, en S23:63, ce Bloc.
- ḥattā ḥīn
- précédent exact déjà établi (S23:25, Bloc I, même sourate) — « jusqu'à un temps », durée non précisée par le texte.
L’illusion de l’aisance, le vrai portrait de la khashya · S23:55–61
S.23:55–56 · L’illusion : l’aisance matérielle, un bienfait hâté ? Non, ils ne perçoivent pas
- numidduhum
- racine *m-d-d*, précédent établi (S2:15 : « *yamudduhum fī ṭughyānihim* », à propos des moqueurs) — prolonger, accorder en continu, sans que ce prolongement n'implique par lui-même une faveur méritée — la même racine servant ici à démentir aussitôt l'inférence que l'assemblée en tirerait.
- al-khayrāt
- racine *kh-y-r*, même racine que *khayr* (le bien) — pluriel, « les bonnes choses ». Reparaît en S23:61, ce Bloc.
- lā yashʿurūn
- racine *sh-ʿ-r* : percevoir, ressentir — distincte de *shiʿr* (la poésie, même racine mais sens technique). Dit : le texte nie ici tout lien de nécessité entre l'abondance matérielle et une quelconque faveur hâtée — une correction directe de l'illusion déjà signalée en S23:33 (Bloc II, même sourate : *wa-atrafnāhum fi l-ḥayāti d-dunyā*), sans développer davantage le mécanisme de cette aisance.
S.23:57 · La khashya envers leur Rabb, saisis d’appréhension
- khashyati rabbihim
- racine *kh-sh-y*, précédent établi (S2:74) : crainte respectueuse qui fait s'incliner devant ce que l'on sait puissant. Conservé en translittération — « crainte » seul efface la dimension de reconnaissance qui accompagne ce mot.
- mushfiqūn
- racine *sh-f-q*. Ibn Manẓūr : *ash-shafaqa*, l'inquiétude anticipée pour ce qu'on redoute de voir advenir — une appréhension vigilante, distincte de la *khashya* (la crainte révérencielle devant ce que l'on sait puissant) à laquelle elle est ici associée sans s'y confondre. Conservé en translittération, « saisis d'appréhension » comme glose la plus proche en français.
S.23:58 · La foi dans les āyāt de leur Rabb
S.23:59 · Nul shirk envers leur Rabb
- lā yushrikūn
- racine *sh-r-k*, précédent établi (étude dédiée [Le shirk dans le Coran](/etudes/shirk/)) — conservé en translittération sous forme nominale (*shirk*) ; le verbe est ici rendu par « n'associent rien ».
S.23:60 · Donner, le cœur dans l’appréhension du retour
Point de méthode — deux lectures attestées, mā ātaw / mā ataw. Les lexicographes et les transmetteurs des qirāʾāt rapportent deux lectures pour ce segment : mā ātaw (avec hamza, forme IV du verbe ā-t-ā, « ce qu’ils ont donné ») et mā ataw (sans hamza, forme I du verbe ʾ-t-y, « ce qu’ils ont fait, accompli »). La première oriente le sens vers un don déjà accompli ; la seconde, vers l’ensemble plus large des actes accomplis. La lecture la plus répandue (mā ātaw, le don) est retenue ici, l’autre étant signalée — les deux lectures convergeant, de toute façon, vers une même disposition de cœur : ne jamais présumer de la valeur de son propre acte devant le retour vers le Rabb.
- wajilatun
- racine *w-j-l* : l'appréhension du cœur devant une issue incertaine — distincte de *mushfiqūn* (S23:57, ce Bloc) par sa cible précise, ici nommément le retour vers le Rabb.
- rājiʿūn
- racine *r-j-ʿ* : le retour. Non-dit : ce seul verset ne précise pas la nature exacte de cette appréhension — doute sur l'acceptation de leur don, ou humilité générale devant le jugement à venir ? Les deux lectures posées dans le callout ci-dessus convergent vers une même disposition de retenue.
S.23:61 · Ceux-là se hâtent vers les bonnes choses, les devançant
- yusāriʿūna … al-khayrāt
- reprise de la racine *s-r-ʿ* déjà employée, de façon inversée, en S23:56, ce Bloc même (*nusāriʿu lahum*, « Nous nous empressons vers eux ») — appliquée ici positivement à ce portrait, par contraste volontaire avec l'illusion dénoncée plus haut.
- sābiqūn
- racine *s-b-q* : devancer, précéder.
Nul fardeau au-delà de la capacité — jusqu’au châtiment, le cri refusé · S23:62–67
S.23:62 · Nulle nafs chargée au-delà de sa capacité — le Kitāb qui dit le vrai
- illā wusʿahā
- précédent exact, mot pour mot, déjà établi (S2:233/286 : « *lā yukallifu llāhu nafsan illā wusʿahā* ») — racine *w-s-ʿ* : la capacité, l'amplitude fonctionnelle, non spatiale.
- yanṭiqu bi-l-ḥaqqi
- racine *n-ṭ-q* : parler, articuler — appliquée ici à un *Kitāb* qui « énonce » le *ḥaqq*, une image distincte de celle des *āyāt* « récitées » (*tutlā*, S23:66, ce Bloc), que l'une n'absorbe pas l'autre.
S.23:63 · Leurs cœurs, dans une ghamra à l’égard de ceci
- ghamratin min hādhā
- reprise de la racine *gh-m-r* déjà posée en S23:54, ce Bloc, mais appliquée ici à un objet distinct : non plus la division en sectes elle-même, mais « ceci » (*hādhā*), dont le référent le plus proche est le *Kitāb* qui énonce le *ḥaqq* (S23:62, juste avant). Non-dit : ce seul verset ne tranche pas si *hādhā* désigne précisément ce *Kitāb*, ou plus largement l'ensemble du rappel qui vient d'être fait.
- aʿmālun min dūni dhālika … ʿāmilūn
- racine *ʿ-m-l*. Dit : le texte oppose ici deux objets d'activité — la *ghamra* où se trouvent leurs cœurs, et des actes « en dehors de cela » (*min dūni dhālika*) qu'ils persistent à accomplir. Non-dit : la nature exacte de ces actes n'est pas précisée au-delà de cette seule opposition.
S.23:64 · La saisie de leurs mutrafūn par le châtiment — le cri
- mutrafīhim
- racine *t-r-f*, précédent exact déjà établi dans ce Bloc II, même sourate (S23:33 : *wa-atrafnāhum*) et ailleurs (S17:16 : *mutrafīhā*).
- yajʾarūn
- racine *j-ʾ-r*. Ibn Manẓūr : le cri fort et prolongé, employé à l'origine pour le mugissement du bétail en détresse, étendu par la langue classique au cri de détresse poussé par l'être humain dans l'épreuve.
S.23:65 · « Ne criez pas aujourd’hui, vous ne serez pas secourus »
- lā tunṣarūn
- racine *n-ṣ-r*, précédent établi dans ce Bloc II, même sourate (S23:39 : *unṣurnī*, l'invocation du *rasūl*) — ici inversé : le secours refusé à ceux qui l'avaient refusé au *rasūl*.
S.23:66–67 · Le retour sur les talons — orgueil et veillée nocturne (sāmiran)
Crux lexical — mustakbirīna bihi sāmiran tahjurūn. Trois termes méritent ici une attention particulière. Sāmiran (racine s-m-r) désigne, chez les lexicographes classiques (Ibn Manẓūr, Lisān al-ʿArab), celui qui tient samar — la veillée, la conversation nocturne prolongée ; le terme s’entend ici au singulier distributif, chacun d’eux participant à de telles veillées. Tahjurūna (racine h-j-r) porte, en arabe classique, deux sens distincts qu’il importe de ne pas confondre : le premier, bien connu par les occurrences de hijra (l’émigration, l’éloignement délibéré d’un lieu ou d’une conduite) ; un second, attesté indépendamment par les mêmes lexicographes — ahjara fī manṭiqihi, tenir des propos incohérents, insensés ou grossiers (hujr, hadhayān, le délire de la parole). C’est ce second sens qui est retenu ici : le contexte (une veillée nocturne où l’on parle de quelque chose, bihi) désigne la façon dont l’assemblée traitait les āyāt qui venaient de leur être rappelées (S23:66) — non un éloignement physique. Le pronom bihi (« à son sujet ») se rattache le plus naturellement à ces mêmes āyāt. L’ensemble est donc rendu par la tenue de propos dépréciatifs au cours de veillées nocturnes, en distinguant explicitement cette racine h-j-r de son autre emploi, bien davantage établi, pour la hijra.
- tankiṣūn
- racine *n-k-ṣ*. Ibn Fāris : reculer sur ses pas, revenir en arrière après avoir avancé.
- mustakbirīn
- précédent établi (*istakbarū*, S23:46, Bloc II, même sourate, et *passim*).
- sāmiran … tahjurūn
- voir le callout ci-dessus.
N’ont-ils pas médité la Parole ? Le ḥaqq qui dérangerait l’univers · S23:68–72
S.23:68 · N’ont-ils pas médité la Parole ?
- yaddabbarū
- racine *d-b-r*, forme V. Ibn Manẓūr : considérer l'arrière (*dubur*) d'une chose, en peser l'aboutissement et les conséquences — d'où le sens de méditer en profondeur, non une simple lecture.
- al-qawl
- Non-dit : ce seul verset ne précise pas si *al-qawl* (« la Parole ») désigne l'ensemble du message récité (les *āyāt*, S23:66, ce Bloc) ou, plus spécifiquement, ce discours-ci ; le sens le plus large est retenu par défaut.
- mā lam yaʾti ābāʾahumu l-awwalīn
- précédent exact déjà établi dans ce Bloc I, même sourate (S23:24 : « *mā samiʿnā bi-hādhā fī ābāʾinā l-awwalīn* ») — même argument d'absence de précédent, repris ici par la voix du texte lui-même sous forme de question rhétorique inversée.
S.23:69 · N’ont-ils pas reconnu leur rasūl ?
- lam yaʿrifū … munkirūn
- Dit : ce verset présuppose une reconnaissance antérieure de ce *rasūl* par son peuple, que leur déni actuel contredirait. Non-dit : ce seul verset ne précise ni la nature ni le contenu de cette reconnaissance antérieure. *Munkirūn*, racine *n-k-r* : nier, désavouer.
- rasūlahum
- Point de structure. À partir de ce verset, le texte quitte le registre narratif consacré aux peuples antérieurs (S23:23–50, Blocs I-II, même sourate) pour s'adresser, de façon implicite d'abord (« leur *rasūl* »), puis explicite (S23:73, ce Bloc : « *wa-innaka* », « et toi »), à la situation du *rasūl* contemporain du texte et de son propre peuple — un changement de registre qui n'est pas pour autant une coupure absolue : le vocabulaire (*jinna*, *kadhdhabū*) reste le même que pour les récits précédents.
S.23:70 · Disent-ils qu’il a la jinna ?
- bihi jinnatun
- précédent exact déjà établi dans ce Bloc I, même sourate (S23:25 : « *in huwa illā rajulun bihi jinnatun* ») — même accusation, reprise ici à l'identique contre ce second *rasūl*, celui que le texte adresse désormais directement (voir la note de structure, S23:69, ce Bloc).
- kārihūn
- racine *k-r-h*, précédent établi (S9:73 : *ṭawʿan aw karhan*) — l'aversion, le rejet actif.
S.23:71 · Si le ḥaqq avait suivi leurs désirs — leur propre dhikr, dont ils se détournent
- ahwāʾahum
- racine *h-w-y* : le désir qui penche, qui incline.
- la-fasadati s-samāwātu wa-l-arḍu
- racine *f-s-d*, précédent établi (étude dédiée [Fasād et mufsidūn](/etudes/fasad-mufsidun/)) — la corruption, le dérèglement d'un ordre.
- bi-dhikrihim … ʿan dhikrihim muʿriḍūn
- racine *dh-k-r*. Non-dit : ce seul verset laisse ouverte la nuance exacte de « leur *dhikr* » — le rappel/l'avertissement qui leur est destiné, ou, par un autre sens attesté de la même racine, leur propre renom (une mention qui serait pour eux un honneur). Le sens le plus courant de rappel est retenu par défaut. *Muʿriḍūn*, reprise exacte de la racine déjà posée en S23:3, Bloc I, même sourate.
S.23:72 · Leur demandes-tu un tribut ? Le tribut de ton Rabb est meilleur
- kharjan … kharāju rabbika
- racine *kh-r-j* : ce qui sort, d'où le tribut, la redevance prélevée. Dit : le texte oppose ici un éventuel tribut matériel que le *rasūl* pourrait réclamer à ce que le Rabb seul accorde, sans développer davantage la nature de ce second « tribut ».
- khayru r-rāziqīn
- racine *r-z-q*, précédent établi (*passim*). Le pronom « *huwa* » (Il) reste ici le pronom ordinaire employé pour le verbe/l'attribut dont Allaah est sujet — distinct de la construction épithète « Celui qui », seule visée par la règle du neutre absolu.
Le ṣirāṭ droit et la déviation — ni la miséricorde ni le châtiment ne les détournent · S23:73–77
S.23:73 · Tu les appelles vers un ṣirāṭ droit
- ṣirāṭin mustaqīm
- précédent établi depuis l'ouverture (S1:6 : « *ihdinā ṣ-ṣirāṭa l-mustaqīm* »). Ce verset confirme, par l'adresse directe « *wa-innaka* » (et toi), le changement de registre déjà signalé en S23:69, ce Bloc.
S.23:74 · Ceux qui ne croient pas en l’Ākhira dévient du ṣirāṭ
- nākibūn
- racine *n-k-b*. Ibn Fāris : s'écarter, dévier de côté, quitter la ligne droite — en écho direct et contrasté avec *ṣirāṭin mustaqīm* du verset précédent.
S.23:75 · Même la miséricorde ne les détournerait pas de leur ṭughyān
- la-lajjū
- racine *l-j-j*. Ibn Manẓūr : s'obstiner, persister avec entêtement dans une direction.
- ṭughyānihim … yaʿmahūn
- précédents exacts déjà établis (S2:15 : « *yamudduhum fī ṭughyānihim yaʿmahūn* ») — *ṭughyān*, racine *ṭ-gh-y*, le dépassement des limites ; *yaʿmahūn*, déjà rendu « égarés sans repère ».
- wa-law raḥimnāhum … la-lajjū
- Dit/non-dit : le texte pose ici une contrefactuelle qui n'affirme rien sur ce qui s'est réellement passé — l'énoncé d'un principe, non une description de leur situation effective : même la levée de leur détresse ne suffirait pas, à elle seule, à les détourner de ce qu'ils ont choisi.
S.23:76 · Saisis par le châtiment, sans humilité ni imploration
- istakānū
- racine *s-k-n* à la forme X selon la majorité des lexicographes classiques (par un phénomène de métathèse avec la racine *k-w-n*, discuté par Ibn Manẓūr) : l'abaissement volontaire, la soumission du cœur.
- yataḍarraʿūn
- racine *ḍ-r-ʿ*. Ibn Fāris : l'imploration accompagnée d'un abaissement du corps, la supplication humble.
S.23:77 · La porte du châtiment sévère — le désespoir (mublisūn)
- mublisūn
- racine *b-l-s*. Ibn Manẓūr rapporte, pour *ablasa*, le sens de tomber dans un silence accablé, un désespoir qui coupe toute parole et toute espérance de secours. Les lexicographes classiques eux-mêmes ne s'accordent pas sur l'origine du nom *Iblīs* : certains le rattachent à cette même racine arabe (celui qui s'est trouvé réduit au désespoir, exclu de la miséricorde), d'autres le tiennent pour un nom d'origine non arabe, sans dérivation triconsonantiale véritable. Cette divergence est rapportée sans être tranchée, et ce seul verset — qui n'évoque aucunement *Iblīs* — n'en tire aucune conclusion sur cette question distincte.