Structure du Bloc III. Cinq ensembles. D’abord l’appel unique adressé à l’ensemble des rusul — manger des ṭayyibāt, agir droitement — et le rappel que leur umma est une umma unique, aussitôt suivi de la division en sectes (zubur), chaque parti se satisfaisant de ce qu’il détient (S23:51–54). Puis l’illusion de ceux qui voient dans l’aisance matérielle un bienfait hâté, mise en regard du portrait de ceux que saisit la khashya envers leur Rabb (S23:55–61). Puis le principe qu’aucune nafs n’est chargée au-delà de sa capacité, et pourtant les cœurs de ces dénégateurs restent dans la ghamra, jusqu’au châtiment qui saisit leurs mutrafūn, au cri refusé, et au rappel de leur arrogance nocturne envers les āyāt (S23:62–67). Puis une série de questions rhétoriques sur l’absence de méditation, la reconnaissance du rasūl, l’accusation de jinna, et le ḥaqq qui, s’il avait suivi leurs désirs, aurait corrompu l’univers (S23:68–72). Enfin le ṣirāṭ droit vers lequel le rasūl appelle, la déviation de qui ne croit pas en l’Ākhira, et la fermeture : ni la miséricorde ni le châtiment ne les détournent de leur ṭughyān, jusqu’à la porte ultime qui les plonge dans le désespoir (S23:73–77).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.23:51 L’appel unique aux rusul — manger des bonnes choses, agir droitement
S.23:52 Votre umma, une umma unique — prémunissez-vous envers Moi
S.23:53 La division en sectes (zubur), chacun satisfait de ce qu’il détient
S.23:54 Laisse-les dans leur ghamra, jusqu’à un temps
S.23:55–56 L’illusion : l’aisance matérielle, un bienfait hâté ? Non, ils ne perçoivent pas
S.23:57 La khashya envers leur Rabb, saisis d’appréhension
S.23:58 La foi dans les āyāt de leur Rabb
S.23:59 Nul shirk envers leur Rabb
S.23:60 Donner, le cœur dans l’appréhension du retour
S.23:61 Ceux-là se hâtent vers les bonnes choses, les devançant
S.23:62 Nulle nafs chargée au-delà de sa capacité — le Kitāb qui dit le vrai
S.23:63 Leurs cœurs, dans une ghamra à l’égard de ceci
S.23:64 La saisie de leurs mutrafūn par le châtiment — le cri
S.23:65 « Ne criez pas aujourd’hui, vous ne serez pas secourus »
S.23:66–67 Le retour sur les talons — orgueil et veillée nocturne (sāmiran)
S.23:68 N’ont-ils pas médité la Parole ?
S.23:69 N’ont-ils pas reconnu leur rasūl ?
S.23:70 Disent-ils qu’il a la jinna ?
S.23:71 Si le ḥaqq avait suivi leurs désirs — leur propre dhikr, dont ils se détournent
S.23:72 Leur demandes-tu un tribut ? Le tribut de ton Rabb est meilleur
S.23:73 Tu les appelles vers un ṣirāṭ droit
S.23:74 Ceux qui ne croient pas en l’Ākhira dévient du ṣirāṭ
S.23:75 Même la miséricorde ne les détournerait pas de leur ṭughyān
S.23:76 Saisis par le châtiment, sans humilité ni imploration
S.23:77 La porte du châtiment sévère — le désespoir (mublisūn)

L’appel unique aux rusul, l’umma une, la division en sectes · S23:51–54

S.23:51 · L’appel unique aux rusul — manger des bonnes choses, agir droitement

S.23:51
يَا أَيُّهَا الرُّسُلُ كُلُوا مِنَ الطَّيِّبَاتِ وَاعْمَلُوا صَالِحًا ۖ إِنِّي بِمَا تَعْمَلُونَ عَلِيمٌ
Yā ayyuhā r-rusulu kulū mina ṭ-ṭayyibāti wa-ʿmalū ṣāliḥan innī bimā taʿmalūna ʿalīm Ô vous, les rusul : mangez des ṭayyibāt, et agissez droitement (ṣāliḥan) — Je suis, de ce que vous faites, parfaitement informé (ʿalīm).
Notes lexicales
yā ayyuhā r-rusul
Dit : ce verset ouvre ce Bloc par une adresse collective portant sur l'ensemble des *rusul*, au pluriel — un rassemblement du propos, non un rassemblement physique : le texte ne décrit ici aucune réunion effective de tous les *rusul* en un même lieu ou un même temps, mais pose un principe qui vaut pour chacun d'eux, à travers les récits qui viennent d'être égrenés dans les deux Blocs précédents (Nūḥ, un *rasūl* anonyme, Mūsā et Hārūn, le fils de Maryam).
aṭ-ṭayyibāt
racine *ṭ-y-b* : ce qui est bon, pur, sain — une qualité qui recoupe souvent, sans s'y réduire, ce qui est *ḥalāl* (licite). Conservé en translittération, « bonnes choses » dans le corps du *trad*, faute d'un mot français unique qui couvre à la fois la pureté et l'agrément que porte ce terme.
ṣāliḥan
racine *ṣ-l-ḥ*, précédent établi (*passim*, depuis S2:25) — l'agir droit, juste, qui répare ou maintient un ordre bon.

S.23:52 · Votre umma, une umma unique — prémunissez-vous envers Moi

S.23:52
وَإِنَّ هَٰذِهِ أُمَّتُكُمْ أُمَّةً وَاحِدَةً وَأَنَا رَبُّكُمْ فَاتَّقُونِ
Wa-inna hādhihi ummatukum ummatan wāḥidatan wa-anā rabbukum fa-ttaqūn Et ceci est votre umma (ummatukum), une umma unique (ummatan wāḥidatan) — et Je suis votre Rabb : prémunissez-vous donc envers Moi (fa-ttaqūn).
Notes lexicales
hādhihi ummatukum ummatan wāḥidatan wa-anā rabbukum
précédent presque exact, mot pour mot, déjà établi (S21:92 : « *inna hādhihi ummatukum ummatan wāḥidatan wa-anā rabbukum fa-ʿbudūn* ») — même ouverture, mais clôture différente : « *fa-ʿbudūn* » (adorez-Moi) là-bas, « *fa-ttaqūni* » (prémunissez-vous envers Moi) ici. Deux appels distincts pour une même formule-cadre d'unité de l'*umma* des *rusul*, l'un n'étant pas réduit à l'autre.
fa-ttaqūn
racine *w-q-y*, précédent établi (*tattaqūn*, S23:23/32, Blocs I-II, même sourate, et *passim*) — se prémunir.

S.23:53 · La division en sectes (zubur), chacun satisfait de ce qu’il détient

S.23:53
فَتَقَطَّعُوا أَمْرَهُمْ بَيْنَهُمْ زُبُرًا ۖ كُلُّ حِزْبٍ بِمَا لَدَيْهِمْ فَرِحُونَ
Fa-taqaṭṭaʿū amrahum baynahum zuburan kullu ḥizbin bimā ladayhim fariḥūn Mais ils se sont fragmentés (taqaṭṭaʿū), quant à leur affaire, entre eux, en factions (zuburan) — chaque parti (ḥizb), de ce qu’il détient, est satisfait (fariḥūn).
Notes lexicales
fa-taqaṭṭaʿū amrahum baynahum
précédent direct déjà établi pour cette même construction (S21:93 : « *wa-taqaṭṭaʿū amrahum baynahum kullun ilaynā rājiʿūn* ») — la clôture y était différente (le retour de chacun vers Allaah), ici remplacée par la mention des *zubur* et de la satisfaction de chaque parti.
zuburan
racine *z-b-r*. Ibn Manẓūr y distingue deux sens attestés : la pièce détachée, le fragment solide (*zubra*, un morceau de fer) ; et l'écrit affermi, composé avec soin (d'où *az-Zabūr*, le *Kitāb* donné à Dāwūd). Dans ce verset, au pluriel indéfini et en position d'état circonstanciel du verbe « ils se sont fragmentés », c'est le premier sens qui est retenu — des fragments, des parts séparées d'un même tout — distinct donc d'*az-Zabūr* malgré la racine commune, qu'aucune note ne doit laisser confondre.
kullu ḥizbin … fariḥūn
*ḥizb*, racine *ḥ-z-b* : le parti, le groupe constitué autour d'une position commune. *Fariḥūn*, racine *f-r-ḥ* : la satisfaction, la joie. Dit : le texte souligne ici l'autosuffisance de chaque secte dans ce qu'elle détient déjà — une clôture sur soi qui prolonge, sans la nommer autrement, la fragmentation qui vient d'être décrite.

S.23:54 · Laisse-les dans leur ghamra, jusqu’à un temps

S.23:54
فَذَرْهُمْ فِي غَمْرَتِهِمْ حَتَّىٰ حِينٍ
Fa-dharhum fī ghamratihim ḥattā ḥīn Laisse-les donc (fa-dharhum) dans leur ghamra, jusqu’à un temps (ḥattā ḥīn).
Notes lexicales
dharhum
racine *w-dh-r* : laisser, délaisser — un ordre de non-intervention, adressé au *rasūl* destinataire de ce discours.
ghamratihim
racine *gh-m-r*. Ibn Manẓūr : *al-ghamr*, l'eau profonde qui recouvre et submerge entièrement ce qu'elle engloutit ; par extension, *ghamra* désigne un état qui enveloppe et submerge la personne — ici, l'égarement où cette division en sectes les a plongés. Conservé en translittération, faute d'un seul mot français qui rende à la fois l'image de submersion et l'état durable qu'elle désigne. Le même terme reparaît, appliqué à un autre objet, en S23:63, ce Bloc.
ḥattā ḥīn
précédent exact déjà établi (S23:25, Bloc I, même sourate) — « jusqu'à un temps », durée non précisée par le texte.

L’illusion de l’aisance, le vrai portrait de la khashya · S23:55–61

S.23:55–56 · L’illusion : l’aisance matérielle, un bienfait hâté ? Non, ils ne perçoivent pas

S.23:55–56
أَيَحْسَبُونَ أَنَّمَا نُمِدُّهُمْ بِهِ مِنْ مَالٍ وَبَنِينَ نُسَارِعُ لَهُمْ فِي الْخَيْرَاتِ ۚ بَلْ لَا يَشْعُرُونَ
A-yaḥsabūna annamā numidduhum bihī min mālin wa-banīna nusāriʿu lahum fi l-khayrāti bal lā yashʿurūn Pensent-ils que ce par quoi Nous les prolongeons (numidduhum), en biens et en fils, [signifierait que] Nous nous empressons vers eux dans les bonnes choses (al-khayrāt) ? Non — ils ne perçoivent pas (lā yashʿurūn).
Notes lexicales
numidduhum
racine *m-d-d*, précédent établi (S2:15 : « *yamudduhum fī ṭughyānihim* », à propos des moqueurs) — prolonger, accorder en continu, sans que ce prolongement n'implique par lui-même une faveur méritée — la même racine servant ici à démentir aussitôt l'inférence que l'assemblée en tirerait.
al-khayrāt
racine *kh-y-r*, même racine que *khayr* (le bien) — pluriel, « les bonnes choses ». Reparaît en S23:61, ce Bloc.
lā yashʿurūn
racine *sh-ʿ-r* : percevoir, ressentir — distincte de *shiʿr* (la poésie, même racine mais sens technique). Dit : le texte nie ici tout lien de nécessité entre l'abondance matérielle et une quelconque faveur hâtée — une correction directe de l'illusion déjà signalée en S23:33 (Bloc II, même sourate : *wa-atrafnāhum fi l-ḥayāti d-dunyā*), sans développer davantage le mécanisme de cette aisance.

S.23:57 · La khashya envers leur Rabb, saisis d’appréhension

S.23:57
إِنَّ الَّذِينَ هُمْ مِنْ خَشْيَةِ رَبِّهِمْ مُشْفِقُونَ
Inna lladhīna hum min khashyati rabbihim mushfiqūn Ceux qui, de la khashya envers leur Rabb, sont saisis d’appréhension (mushfiqūn)…
Notes lexicales
khashyati rabbihim
racine *kh-sh-y*, précédent établi (S2:74) : crainte respectueuse qui fait s'incliner devant ce que l'on sait puissant. Conservé en translittération — « crainte » seul efface la dimension de reconnaissance qui accompagne ce mot.
mushfiqūn
racine *sh-f-q*. Ibn Manẓūr : *ash-shafaqa*, l'inquiétude anticipée pour ce qu'on redoute de voir advenir — une appréhension vigilante, distincte de la *khashya* (la crainte révérencielle devant ce que l'on sait puissant) à laquelle elle est ici associée sans s'y confondre. Conservé en translittération, « saisis d'appréhension » comme glose la plus proche en français.

S.23:58 · La foi dans les āyāt de leur Rabb

S.23:58
وَالَّذِينَ هُمْ بِآيَاتِ رَبِّهِمْ يُؤْمِنُونَ
Wa-lladhīna hum bi-āyāti rabbihim yuʾminūn …et ceux qui, aux āyāt de leur Rabb, croient…

S.23:59 · Nul shirk envers leur Rabb

S.23:59
وَالَّذِينَ هُمْ بِرَبِّهِمْ لَا يُشْرِكُونَ
Wa-lladhīna hum bi-rabbihim lā yushrikūn …et ceux qui, à leur Rabb, n’associent rien (lā yushrikūna)…
Notes lexicales
lā yushrikūn
racine *sh-r-k*, précédent établi (étude dédiée [Le shirk dans le Coran](/etudes/shirk/)) — conservé en translittération sous forme nominale (*shirk*) ; le verbe est ici rendu par « n'associent rien ».

S.23:60 · Donner, le cœur dans l’appréhension du retour

Point de méthode — deux lectures attestées, mā ātaw / mā ataw. Les lexicographes et les transmetteurs des qirāʾāt rapportent deux lectures pour ce segment : mā ātaw (avec hamza, forme IV du verbe ā-t-ā, « ce qu’ils ont donné ») et mā ataw (sans hamza, forme I du verbe ʾ-t-y, « ce qu’ils ont fait, accompli »). La première oriente le sens vers un don déjà accompli ; la seconde, vers l’ensemble plus large des actes accomplis. La lecture la plus répandue (mā ātaw, le don) est retenue ici, l’autre étant signalée — les deux lectures convergeant, de toute façon, vers une même disposition de cœur : ne jamais présumer de la valeur de son propre acte devant le retour vers le Rabb.

S.23:60
وَالَّذِينَ يُؤْتُونَ مَا آتَوْا وَقُلُوبُهُمْ وَجِلَةٌ أَنَّهُمْ إِلَىٰ رَبِّهِمْ رَاجِعُونَ
Wa-lladhīna yuʾtūna mā ātaw wa-qulūbuhum wajilatun annahum ilā rabbihim rājiʿūn …et ceux qui donnent ce qu’ils donnent (mā ātaw), le cœur saisi d’appréhension (wajilatun) à l’idée que c’est vers leur Rabb qu’ils retournent (rājiʿūn)…
Notes lexicales
wajilatun
racine *w-j-l* : l'appréhension du cœur devant une issue incertaine — distincte de *mushfiqūn* (S23:57, ce Bloc) par sa cible précise, ici nommément le retour vers le Rabb.
rājiʿūn
racine *r-j-ʿ* : le retour. Non-dit : ce seul verset ne précise pas la nature exacte de cette appréhension — doute sur l'acceptation de leur don, ou humilité générale devant le jugement à venir ? Les deux lectures posées dans le callout ci-dessus convergent vers une même disposition de retenue.

S.23:61 · Ceux-là se hâtent vers les bonnes choses, les devançant

S.23:61
أُولَٰئِكَ يُسَارِعُونَ فِي الْخَيْرَاتِ وَهُمْ لَهَا سَابِقُونَ
Ulāʾika yusāriʿūna fi l-khayrāti wa-hum lahā sābiqūn Ceux-là se hâtent (yusāriʿūna) dans les bonnes choses (al-khayrāt) — et ils sont, vers elles, ceux qui devancent (sābiqūn).
Notes lexicales
yusāriʿūna … al-khayrāt
reprise de la racine *s-r-ʿ* déjà employée, de façon inversée, en S23:56, ce Bloc même (*nusāriʿu lahum*, « Nous nous empressons vers eux ») — appliquée ici positivement à ce portrait, par contraste volontaire avec l'illusion dénoncée plus haut.
sābiqūn
racine *s-b-q* : devancer, précéder.

Nul fardeau au-delà de la capacité — jusqu’au châtiment, le cri refusé · S23:62–67

S.23:62 · Nulle nafs chargée au-delà de sa capacité — le Kitāb qui dit le vrai

S.23:62
وَلَا نُكَلِّفُ نَفْسًا إِلَّا وُسْعَهَا ۖ وَلَدَيْنَا كِتَابٌ يَنْطِقُ بِالْحَقِّ ۚ وَهُمْ لَا يُظْلَمُونَ
Wa-lā nukallifu nafsan illā wusʿahā wa-ladaynā kitābun yanṭiqu bi-l-ḥaqqi wa-hum lā yuẓlamūn Et Nous ne chargeons aucune nafs au-delà de sa capacité (wusʿahā) — et Nous avons, auprès de Nous, un Kitāb qui énonce le ḥaqq (yanṭiqu bi-l-ḥaqq) — et ils ne sont pas lésés (lā yuẓlamūn).
Notes lexicales
illā wusʿahā
précédent exact, mot pour mot, déjà établi (S2:233/286 : « *lā yukallifu llāhu nafsan illā wusʿahā* ») — racine *w-s-ʿ* : la capacité, l'amplitude fonctionnelle, non spatiale.
yanṭiqu bi-l-ḥaqqi
racine *n-ṭ-q* : parler, articuler — appliquée ici à un *Kitāb* qui « énonce » le *ḥaqq*, une image distincte de celle des *āyāt* « récitées » (*tutlā*, S23:66, ce Bloc), que l'une n'absorbe pas l'autre.

S.23:63 · Leurs cœurs, dans une ghamra à l’égard de ceci

S.23:63
بَلْ قُلُوبُهُمْ فِي غَمْرَةٍ مِنْ هَٰذَا وَلَهُمْ أَعْمَالٌ مِنْ دُونِ ذَٰلِكَ هُمْ لَهَا عَامِلُونَ
Bal qulūbuhum fī ghamratin min hādhā wa-lahum aʿmālun min dūni dhālika hum lahā ʿāmilūn Mais leurs cœurs sont dans une ghamra à l’égard de ceci (hādhā) — et ils ont des actes, en dehors de cela, qu’ils ne cessent d’accomplir (ʿāmilūn).
Notes lexicales
ghamratin min hādhā
reprise de la racine *gh-m-r* déjà posée en S23:54, ce Bloc, mais appliquée ici à un objet distinct : non plus la division en sectes elle-même, mais « ceci » (*hādhā*), dont le référent le plus proche est le *Kitāb* qui énonce le *ḥaqq* (S23:62, juste avant). Non-dit : ce seul verset ne tranche pas si *hādhā* désigne précisément ce *Kitāb*, ou plus largement l'ensemble du rappel qui vient d'être fait.
aʿmālun min dūni dhālika … ʿāmilūn
racine *ʿ-m-l*. Dit : le texte oppose ici deux objets d'activité — la *ghamra* où se trouvent leurs cœurs, et des actes « en dehors de cela » (*min dūni dhālika*) qu'ils persistent à accomplir. Non-dit : la nature exacte de ces actes n'est pas précisée au-delà de cette seule opposition.

S.23:64 · La saisie de leurs mutrafūn par le châtiment — le cri

S.23:64
حَتَّىٰ إِذَا أَخَذْنَا مُتْرَفِيهِمْ بِالْعَذَابِ إِذَا هُمْ يَجْأَرُونَ
Ḥattā idhā akhadhnā mutrafīhim bi-l-ʿadhābi idhā hum yajʾarūn …jusqu’à ce que, quand Nous saisissons leurs mutrafūn (gens dans l’aisance) par le châtiment — les voilà qui crient (yajʾarūn).
Notes lexicales
mutrafīhim
racine *t-r-f*, précédent exact déjà établi dans ce Bloc II, même sourate (S23:33 : *wa-atrafnāhum*) et ailleurs (S17:16 : *mutrafīhā*).
yajʾarūn
racine *j-ʾ-r*. Ibn Manẓūr : le cri fort et prolongé, employé à l'origine pour le mugissement du bétail en détresse, étendu par la langue classique au cri de détresse poussé par l'être humain dans l'épreuve.

S.23:65 · « Ne criez pas aujourd’hui, vous ne serez pas secourus »

S.23:65
لَا تَجْأَرُوا الْيَوْمَ ۖ إِنَّكُمْ مِنَّا لَا تُنْصَرُونَ
Lā tajʾarū l-yawma innakum minnā lā tunṣarūn « Ne criez pas (lā tajʾarū) aujourd’hui : vous ne serez, de Notre part, pas secourus (lā tunṣarūn). »
Notes lexicales
lā tunṣarūn
racine *n-ṣ-r*, précédent établi dans ce Bloc II, même sourate (S23:39 : *unṣurnī*, l'invocation du *rasūl*) — ici inversé : le secours refusé à ceux qui l'avaient refusé au *rasūl*.

S.23:66–67 · Le retour sur les talons — orgueil et veillée nocturne (sāmiran)

Crux lexical — mustakbirīna bihi sāmiran tahjurūn. Trois termes méritent ici une attention particulière. Sāmiran (racine s-m-r) désigne, chez les lexicographes classiques (Ibn Manẓūr, Lisān al-ʿArab), celui qui tient samar — la veillée, la conversation nocturne prolongée ; le terme s’entend ici au singulier distributif, chacun d’eux participant à de telles veillées. Tahjurūna (racine h-j-r) porte, en arabe classique, deux sens distincts qu’il importe de ne pas confondre : le premier, bien connu par les occurrences de hijra (l’émigration, l’éloignement délibéré d’un lieu ou d’une conduite) ; un second, attesté indépendamment par les mêmes lexicographes — ahjara fī manṭiqihi, tenir des propos incohérents, insensés ou grossiers (hujr, hadhayān, le délire de la parole). C’est ce second sens qui est retenu ici : le contexte (une veillée nocturne où l’on parle de quelque chose, bihi) désigne la façon dont l’assemblée traitait les āyāt qui venaient de leur être rappelées (S23:66) — non un éloignement physique. Le pronom bihi (« à son sujet ») se rattache le plus naturellement à ces mêmes āyāt. L’ensemble est donc rendu par la tenue de propos dépréciatifs au cours de veillées nocturnes, en distinguant explicitement cette racine h-j-r de son autre emploi, bien davantage établi, pour la hijra.

S.23:66–67
قَدْ كَانَتْ آيَاتِي تُتْلَىٰ عَلَيْكُمْ فَكُنْتُمْ عَلَىٰ أَعْقَابِكُمْ تَنْكِصُونَ مُسْتَكْبِرِينَ بِهِ سَامِرًا تَهْجُرُونَ
Qad kānat āyātī tutlā ʿalaykum fa-kuntum ʿalā aʿqābikum tankiṣūn mustakbirīna bihi sāmiran tahjurūn « Mes āyāt vous étaient certes récitées, mais vous reveniez sur vos talons (tankiṣūn), vous enflant d’orgueil (mustakbirīn) à leur sujet, tenant à leur propos, en veillées nocturnes (sāmiran), des propos insensés (tahjurūn). »
Notes lexicales
tankiṣūn
racine *n-k-ṣ*. Ibn Fāris : reculer sur ses pas, revenir en arrière après avoir avancé.
mustakbirīn
précédent établi (*istakbarū*, S23:46, Bloc II, même sourate, et *passim*).
sāmiran … tahjurūn
voir le callout ci-dessus.

N’ont-ils pas médité la Parole ? Le ḥaqq qui dérangerait l’univers · S23:68–72

S.23:68 · N’ont-ils pas médité la Parole ?

S.23:68
أَفَلَمْ يَدَّبَّرُوا الْقَوْلَ أَمْ جَاءَهُمْ مَا لَمْ يَأْتِ آبَاءَهُمُ الْأَوَّلِينَ
A-fa-lam yaddabbarū l-qawla am jāʾahum mā lam yaʾti ābāʾahumu l-awwalīn N’ont-ils donc pas médité (yaddabbarū) la Parole (al-qawl) ? Ou bien leur est-il venu ce qui n’est pas venu à leurs premiers pères (ābāʾahumu l-awwalīn) ?
Notes lexicales
yaddabbarū
racine *d-b-r*, forme V. Ibn Manẓūr : considérer l'arrière (*dubur*) d'une chose, en peser l'aboutissement et les conséquences — d'où le sens de méditer en profondeur, non une simple lecture.
al-qawl
Non-dit : ce seul verset ne précise pas si *al-qawl* (« la Parole ») désigne l'ensemble du message récité (les *āyāt*, S23:66, ce Bloc) ou, plus spécifiquement, ce discours-ci ; le sens le plus large est retenu par défaut.
mā lam yaʾti ābāʾahumu l-awwalīn
précédent exact déjà établi dans ce Bloc I, même sourate (S23:24 : « *mā samiʿnā bi-hādhā fī ābāʾinā l-awwalīn* ») — même argument d'absence de précédent, repris ici par la voix du texte lui-même sous forme de question rhétorique inversée.

S.23:69 · N’ont-ils pas reconnu leur rasūl ?

S.23:69
أَمْ لَمْ يَعْرِفُوا رَسُولَهُمْ فَهُمْ لَهُ مُنْكِرُونَ
Am lam yaʿrifū rasūlahum fa-hum lahu munkirūn Ou bien n’ont-ils pas reconnu (yaʿrifū) leur rasūl, de sorte qu’ils le renient (munkirūn) ?
Notes lexicales
lam yaʿrifū … munkirūn
Dit : ce verset présuppose une reconnaissance antérieure de ce *rasūl* par son peuple, que leur déni actuel contredirait. Non-dit : ce seul verset ne précise ni la nature ni le contenu de cette reconnaissance antérieure. *Munkirūn*, racine *n-k-r* : nier, désavouer.
rasūlahum
Point de structure. À partir de ce verset, le texte quitte le registre narratif consacré aux peuples antérieurs (S23:23–50, Blocs I-II, même sourate) pour s'adresser, de façon implicite d'abord (« leur *rasūl* »), puis explicite (S23:73, ce Bloc : « *wa-innaka* », « et toi »), à la situation du *rasūl* contemporain du texte et de son propre peuple — un changement de registre qui n'est pas pour autant une coupure absolue : le vocabulaire (*jinna*, *kadhdhabū*) reste le même que pour les récits précédents.

S.23:70 · Disent-ils qu’il a la jinna ?

S.23:70
أَمْ يَقُولُونَ بِهِ جِنَّةٌ ۚ بَلْ جَاءَهُمْ بِالْحَقِّ وَأَكْثَرُهُمْ لِلْحَقِّ كَارِهُونَ
Am yaqūlūna bihi jinnatun bal jāʾahum bi-l-ḥaqqi wa-aktharuhum li-l-ḥaqqi kārihūn Ou bien disent-ils qu’il est atteint de jinna ? Non — il leur est venu avec le ḥaqq, mais la plupart d’entre eux, pour le ḥaqq, sont aversifs (kārihūn).
Notes lexicales
bihi jinnatun
précédent exact déjà établi dans ce Bloc I, même sourate (S23:25 : « *in huwa illā rajulun bihi jinnatun* ») — même accusation, reprise ici à l'identique contre ce second *rasūl*, celui que le texte adresse désormais directement (voir la note de structure, S23:69, ce Bloc).
kārihūn
racine *k-r-h*, précédent établi (S9:73 : *ṭawʿan aw karhan*) — l'aversion, le rejet actif.

S.23:71 · Si le ḥaqq avait suivi leurs désirs — leur propre dhikr, dont ils se détournent

S.23:71
وَلَوِ اتَّبَعَ الْحَقُّ أَهْوَاءَهُمْ لَفَسَدَتِ السَّمَاوَاتُ وَالْأَرْضُ وَمَنْ فِيهِنَّ ۚ بَلْ أَتَيْنَاهُمْ بِذِكْرِهِمْ فَهُمْ عَنْ ذِكْرِهِمْ مُعْرِضُونَ
Wa-lawi ttabaʿa l-ḥaqqu ahwāʾahum la-fasadati s-samāwātu wa-l-arḍu wa-man fīhinna bal ataynāhum bi-dhikrihim fa-hum ʿan dhikrihim muʿriḍūn Et si le ḥaqq avait suivi leurs désirs (ahwāʾahum), les cieux, la terre et quiconque s’y trouve se seraient corrompus (fasadat) — Nous leur avons plutôt apporté leur dhikr, mais eux, de leur dhikr, se détournent (muʿriḍūn).
Notes lexicales
ahwāʾahum
racine *h-w-y* : le désir qui penche, qui incline.
la-fasadati s-samāwātu wa-l-arḍu
racine *f-s-d*, précédent établi (étude dédiée [Fasād et mufsidūn](/etudes/fasad-mufsidun/)) — la corruption, le dérèglement d'un ordre.
bi-dhikrihim … ʿan dhikrihim muʿriḍūn
racine *dh-k-r*. Non-dit : ce seul verset laisse ouverte la nuance exacte de « leur *dhikr* » — le rappel/l'avertissement qui leur est destiné, ou, par un autre sens attesté de la même racine, leur propre renom (une mention qui serait pour eux un honneur). Le sens le plus courant de rappel est retenu par défaut. *Muʿriḍūn*, reprise exacte de la racine déjà posée en S23:3, Bloc I, même sourate.

S.23:72 · Leur demandes-tu un tribut ? Le tribut de ton Rabb est meilleur

S.23:72
أَمْ تَسْأَلُهُمْ خَرْجًا فَخَرَاجُ رَبِّكَ خَيْرٌ ۖ وَهُوَ خَيْرُ الرَّازِقِينَ
Am tasʾaluhum kharjan fa-kharāju rabbika khayrun wa-huwa khayru r-rāziqīn Ou bien leur demandes-tu un tribut (kharjan) ? Le tribut de ton Rabb est meilleur — et Il est le meilleur des pourvoyeurs (khayru r-rāziqīn).
Notes lexicales
kharjan … kharāju rabbika
racine *kh-r-j* : ce qui sort, d'où le tribut, la redevance prélevée. Dit : le texte oppose ici un éventuel tribut matériel que le *rasūl* pourrait réclamer à ce que le Rabb seul accorde, sans développer davantage la nature de ce second « tribut ».
khayru r-rāziqīn
racine *r-z-q*, précédent établi (*passim*). Le pronom « *huwa* » (Il) reste ici le pronom ordinaire employé pour le verbe/l'attribut dont Allaah est sujet — distinct de la construction épithète « Celui qui », seule visée par la règle du neutre absolu.

Le ṣirāṭ droit et la déviation — ni la miséricorde ni le châtiment ne les détournent · S23:73–77

S.23:73 · Tu les appelles vers un ṣirāṭ droit

S.23:73
وَإِنَّكَ لَتَدْعُوهُمْ إِلَىٰ صِرَاطٍ مُسْتَقِيمٍ
Wa-innaka la-tadʿūhum ilā ṣirāṭin mustaqīm Et toi, tu les appelles certes vers un ṣirāṭ droit (mustaqīm).
Notes lexicales
ṣirāṭin mustaqīm
précédent établi depuis l'ouverture (S1:6 : « *ihdinā ṣ-ṣirāṭa l-mustaqīm* »). Ce verset confirme, par l'adresse directe « *wa-innaka* » (et toi), le changement de registre déjà signalé en S23:69, ce Bloc.

S.23:74 · Ceux qui ne croient pas en l’Ākhira dévient du ṣirāṭ

S.23:74
وَإِنَّ الَّذِينَ لَا يُؤْمِنُونَ بِالْآخِرَةِ عَنِ الصِّرَاطِ لَنَاكِبُونَ
Wa-inna lladhīna lā yuʾminūna bi-l-ākhirati ʿani ṣ-ṣirāṭi la-nākibūn Et ceux qui ne croient pas en l’Ākhira, du ṣirāṭ, sont certes déviants (nākibūn).
Notes lexicales
nākibūn
racine *n-k-b*. Ibn Fāris : s'écarter, dévier de côté, quitter la ligne droite — en écho direct et contrasté avec *ṣirāṭin mustaqīm* du verset précédent.

S.23:75 · Même la miséricorde ne les détournerait pas de leur ṭughyān

S.23:75
۞ وَلَوْ رَحِمْنَاهُمْ وَكَشَفْنَا مَا بِهِمْ مِنْ ضُرٍّ لَلَجُّوا فِي طُغْيَانِهِمْ يَعْمَهُونَ
Wa-law raḥimnāhum wa-kashafnā mā bihim min ḍurrin la-lajjū fī ṭughyānihim yaʿmahūn Et si Nous leur avions fait miséricorde (raḥimnāhum) et avions levé (kashafnā) ce qui, chez eux, est détresse (ḍurr), ils persisteraient certes (la-lajjū) dans leur ṭughyān, errant sans repère (yaʿmahūn).
Notes lexicales
la-lajjū
racine *l-j-j*. Ibn Manẓūr : s'obstiner, persister avec entêtement dans une direction.
ṭughyānihim … yaʿmahūn
précédents exacts déjà établis (S2:15 : « *yamudduhum fī ṭughyānihim yaʿmahūn* ») — *ṭughyān*, racine *ṭ-gh-y*, le dépassement des limites ; *yaʿmahūn*, déjà rendu « égarés sans repère ».
wa-law raḥimnāhum … la-lajjū
Dit/non-dit : le texte pose ici une contrefactuelle qui n'affirme rien sur ce qui s'est réellement passé — l'énoncé d'un principe, non une description de leur situation effective : même la levée de leur détresse ne suffirait pas, à elle seule, à les détourner de ce qu'ils ont choisi.

S.23:76 · Saisis par le châtiment, sans humilité ni imploration

S.23:76
وَلَقَدْ أَخَذْنَاهُمْ بِالْعَذَابِ فَمَا اسْتَكَانُوا لِرَبِّهِمْ وَمَا يَتَضَرَّعُونَ
Wa-la-qad akhadhnāhum bi-l-ʿadhābi fa-mā stakānū li-rabbihim wa-mā yataḍarraʿūn Et Nous les avons certes saisis par le châtiment — mais ils ne se sont pas humiliés (istakānū) envers leur Rabb, et ils n’ont pas imploré (yataḍarraʿūn).
Notes lexicales
istakānū
racine *s-k-n* à la forme X selon la majorité des lexicographes classiques (par un phénomène de métathèse avec la racine *k-w-n*, discuté par Ibn Manẓūr) : l'abaissement volontaire, la soumission du cœur.
yataḍarraʿūn
racine *ḍ-r-ʿ*. Ibn Fāris : l'imploration accompagnée d'un abaissement du corps, la supplication humble.

S.23:77 · La porte du châtiment sévère — le désespoir (mublisūn)

S.23:77
حَتَّىٰ إِذَا فَتَحْنَا عَلَيْهِمْ بَابًا ذَا عَذَابٍ شَدِيدٍ إِذَا هُمْ فِيهِ مُبْلِسُونَ
Ḥattā idhā fataḥnā ʿalayhim bāban dhā ʿadhābin shadīdin idhā hum fīhi mublisūn …jusqu’à ce que, quand Nous ouvrons sur eux une porte à châtiment sévère (bāban dhā ʿadhābin shadīd) — les voilà, en elle, plongés dans le désespoir (mublisūn).
Notes lexicales
mublisūn
racine *b-l-s*. Ibn Manẓūr rapporte, pour *ablasa*, le sens de tomber dans un silence accablé, un désespoir qui coupe toute parole et toute espérance de secours. Les lexicographes classiques eux-mêmes ne s'accordent pas sur l'origine du nom *Iblīs* : certains le rattachent à cette même racine arabe (celui qui s'est trouvé réduit au désespoir, exclu de la miséricorde), d'autres le tiennent pour un nom d'origine non arabe, sans dérivation triconsonantiale véritable. Cette divergence est rapportée sans être tranchée, et ce seul verset — qui n'évoque aucunement *Iblīs* — n'en tire aucune conclusion sur cette question distincte.

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