Structure du Bloc V, dernier Bloc de la Sourate 23. Cinq ensembles. D’abord la scène qui s’ouvre sur le soufflement dans le Ṣūr : plus aucun lien de parenté (ansāb) entre les gens ce jour-là, et nulle question posée d’un groupe à l’autre — puis la pesée elle-même, aux balances lourdes ou légères, qui décide du falāḥ ou de la perte (S23:101–103). Puis la scène du Feu : les visages qu’il scorche, le reproche adressé à ceux qui traitaient les āyāt de mensonge, leur aveu — « notre shiqwa nous a dominés » —, leur demande de sortir, et la réponse qui la clôt : « demeurez-y, abaissés, et ne Me parlez plus » (S23:104–108). Puis le rappel d’un groupe des ʿibād d’Allaah, moqué par ceux-là mêmes jusqu’à leur faire oublier le dhikr — et la récompense donnée aujourd’hui pour leur patience (S23:109–111). Puis l’interrogation sur la durée du séjour terrestre, la réponse dérisoire qui s’ensuit, et la question retournée sur le sens même de la création — a-t-elle été faite en pure futilité (ʿabathan) ? (S23:112–115). Enfin la formule de clôture de toute la sourate : taʿālā Allaah, al-Malik, al-Ḥaqq, Rabb de l’ʿArsh, al-Karīm — le rejet de toute invocation d’un autre ilāh sans burhān — et l’invocation finale, reprise presque à l’identique de celle du groupe moqué (S23:116–118).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.23:101 Le soufflement dans le Ṣūr — plus de liens de parenté, plus de question mutuelle
S.23:102–103 Les balances lourdes, le falāḥ — les balances légères, la perte, khālidūn dans Jahannam
S.23:104–105 Le Feu qui scorche les visages — le reproche : « Mes āyāt ne vous étaient-elles pas récitées ? »
S.23:106–107 L’aveu — « notre shiqwa nous a dominés » — la demande de sortir
S.23:108 La réponse qui clôt — « demeurez-y, abaissés, et ne Me parlez plus »
S.23:109–111 Le groupe de Mes ʿibād, moqué jusqu’à l’oubli de Mon dhikr — la récompense de leur patience
S.23:112–114 « Combien de temps avez-vous demeuré ? » — « Un jour, ou une partie d’un jour » — « Bien peu »
S.23:115 Avez-vous pensé que Nous vous avions créés en pure futilité ?
S.23:116 Clôture — taʿālā Allaah, al-Malik, al-Ḥaqq, Rabb de l’ʿArsh, al-Karīm
S.23:117 Quiconque invoque un autre ilāh sans burhān — les kāfirūn ne réussissent pas
S.23:118 L’invocation finale — « pardonne et fais miséricorde »

Le soufflement dans le Ṣūr, l’absence de liens et de question mutuelle, la pesée · S23:101–103

S.23:101 · Le soufflement dans le Ṣūr — plus de liens de parenté, plus de question mutuelle

S.23:101
فَإِذَا نُفِخَ فِي الصُّورِ فَلَا أَنْسَابَ بَيْنَهُمْ يَوْمَئِذٍ وَلَا يَتَسَاءَلُونَ
Fa-idhā nufikha fi ṣ-ṣūri fa-lā ansāba baynahum yawmaʾidhin wa-lā yatasāʾalūn Alors, quand il sera soufflé dans le Ṣūr — il n’y aura plus, entre eux, ce jour-là (yawmaʾidhin), aucun lien de parenté (ansāb), et ils ne s’interrogeront pas les uns les autres (lā yatasāʾalūn).
Notes lexicales
nufikha fi ṣ-ṣūri
racine *ṣ-w-r*, précédent établi (S6:73, S18:99) : le soufflement dans le *Ṣūr* comme signal du rassemblement final. Un point de pure lexicographie, non de théologie, est déjà signalé à cet endroit (S6:73) sur l'ambiguïté attestée chez les classiques entre *ṣūr* comme instrument sonore et sa parenté possible avec *ṣuwar* (les formes), sans que ce seul verset ne donne aucun détail narratif supplémentaire.
ansāb
Point de vigilance lexicale, à distinguer d'un terme proche. *Ansāb*, pluriel de *nasab*, racine *n-s-b* : la lignée, le lien de parenté par filiation — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) y rattache l'idée de rattachement d'une chose à son origine. Ce mot ne doit pas être confondu avec *al-anṣāb* (racine distincte *n-ṣ-b*, avec un *ṣād* et non un *sīn*), déjà rencontré (S5:3/90) pour désigner les pierres dressées servant de support à un sacrifice — les deux termes se prononcent de façon voisine en translittération mais n'ont aucune parenté de racine. Dit : ce verset affirme que les liens de filiation et d'appartenance familiale, sur lesquels se fondait l'identité sociale avant la mort, cessent d'opérer comme recours ce jour-là.
lā yatasāʾalūn
racine *s-ʾ-l* (interroger), à la forme réciproque (*tasāʾala* : s'interroger mutuellement). Non-dit : ce seul verset ne précise pas le moment exact de la scène eschatologique qu'il vise — seulement qu'à cet instant précis, nulle question ne se pose plus d'un groupe à l'autre, chacun étant renvoyé à son propre compte (voir S23:102–103, ce Bloc, et S23:112–115, ce Bloc, où les questions reprennent, mais posées par Allaah Lui-même, non entre créatures).

S.23:102–103 · Les balances lourdes, le falāḥ — les balances légères, la perte, khālidūn dans Jahannam

S.23:102–103
فَمَنْ ثَقُلَتْ مَوَازِينُهُ فَأُولَٰئِكَ هُمُ الْمُفْلِحُونَ ۝ وَمَنْ خَفَّتْ مَوَازِينُهُ فَأُولَٰئِكَ الَّذِينَ خَسِرُوا أَنْفُسَهُمْ فِي جَهَنَّمَ خَالِدُونَ
Fa-man thaqulat mawāzīnuhu fa-ulāʾika humu l-mufliḥūn — wa-man khaffat mawāzīnuhu fa-ulāʾika lladhīna khasirū anfusahum fī jahannama khālidūn Quiconque a ses balances (mawāzīn) lourdes (thaqulat) — ceux-là sont eux-mêmes les mufliḥūn (ceux qui ont atteint le falāḥ). Et quiconque a ses balances légères (khaffat) — ceux-là sont ceux qui se sont perdus eux-mêmes (khasirū anfusahum), demeurant (khālidūn) dans Jahannam.
Notes lexicales
mawāzīnuhu — thaqulat / khaffat
*mīzān* (pluriel *mawāzīn*), racine *w-z-n*, précédent établi (S7:8–9, S11:84–85, S21:47) : la pesée eschatologique des œuvres. Non-dit, déjà signalé à l'identique en S7:8–9 : ce que représente concrètement ce « poids » (les actes eux-mêmes, leur valeur propre) n'est pas précisé par ces seuls versets — une lecture reliant le poids des balances aux œuvres accomplies est une inférence courante, non une donnée que le texte affirme lui-même en ces termes.
al-mufliḥūn
racine *f-l-ḥ* (réussir, faire fructifier), précédent établi dès l'ouverture de cette sourate (S23:1, Bloc I : « *qad aflaḥa l-muʾminūn* ») — ce verset referme ainsi, par le même terme, le portrait ouvert au premier verset de la sourate.
khasirū anfusahum
précédent établi (S4:119, S6:31/140, S7:9) : se perdre soi-même — non une perte de biens extérieurs, mais la personne elle-même qui s'égare.

Le Feu, le reproche, l’aveu, la demande refusée · S23:104–108

S.23:104–105 · Le Feu qui scorche les visages — le reproche : « Mes āyāt ne vous étaient-elles pas récitées ? »

S.23:104–105
تَلْفَحُ وُجُوهَهُمُ النَّارُ وَهُمْ فِيهَا كَالِحُونَ ۝ أَلَمْ تَكُنْ آيَاتِي تُتْلَىٰ عَلَيْكُمْ فَكُنْتُمْ بِهَا تُكَذِّبُونَ
Talfaḥu wujūhahumu n-nāru wa-hum fīhā kāliḥūn — a-lam takun āyātī tutlā ʿalaykum fa-kuntum bihā tukadhdhibūn Le Feu scorche (talfaḥu) leurs visages, et ils sont, en lui, les lèvres crispées et rétractées (kāliḥūn). « Mes āyāt ne vous étaient-elles pas récitées, et vous les traitiez de mensonge (tukadhdhibūn) ? »
Notes lexicales
talfaḥu
racine *l-f-ḥ*. Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : le contact d'une chaleur intense qui frappe et marque la surface, sans nécessairement consumer — distinct de *ḥaraqa* (brûler, consumer entièrement), que ce verset n'emploie pas.
kāliḥūn
racine *k-l-ḥ*. Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : le visage dont les lèvres se rétractent et se crispent sous l'effet d'une douleur extrême, découvrant les dents — une grimace involontaire, non une expression volontaire. Conservée en translittération dans le champ `trl`, rendue ici par un groupe de mots qui en couvre le sens, faute d'équivalent français en un seul mot.
a-lam takun āyātī tutlā ʿalaykum … tukadhdhibūn
Dit : le reproche porte précisément sur un double constat — une transmission effective (« il vous était récité ») et un rejet actif de cette transmission (« vous le traitiez de mensonge »), non sur une simple ignorance.

S.23:106–107 · L’aveu — « notre shiqwa nous a dominés » — la demande de sortir

S.23:106–107
قَالُوا رَبَّنَا غَلَبَتْ عَلَيْنَا شِقْوَتُنَا وَكُنَّا قَوْمًا ضَالِّينَ ۝ رَبَّنَا أَخْرِجْنَا مِنْهَا فَإِنْ عُدْنَا فَإِنَّا ظَالِمُونَ
Qālū rabbanā ghalabat ʿalaynā shiqwatunā wa-kunnā qawman ḍāllīn — rabbanā akhrijnā minhā fa-in ʿudnā fa-innā ẕālimūn Ils dirent : « Notre Rabb, notre shiqwa nous a dominés (ghalabat ʿalaynā), et nous étions un peuple égaré (ḍāllīn). Notre Rabb, fais-nous sortir de là (akhrijnā minhā) — si nous y retournons, alors nous serons certes injustes (ẕālimūn). »
Notes lexicales
shiqwatunā ghalabat ʿalaynā
racine *sh-q-w* (le malheur, l'infortune qui s'oppose au *falāḥ* déjà nommé en S23:102, ce Bloc). *Ghalabat*, racine *gh-l-b* (dominer, l'emporter sur) : Dit : l'aveu attribue cette domination à leur propre *shiqwa*, non à une contrainte extérieure — une formulation qui, par sa construction même (le malheur comme sujet actif), souligne l'emprise ressentie sans trancher la question, non posée par ce seul verset, de son origine première.
qawman ḍāllīn
racine *ḍ-l-l* (s'égarer), précédent établi (*passim*) — reconnaissance, par leur propre bouche, de l'égarement déjà nommé par le *rasūl* de leur vivant.
akhrijnā minhā fa-in ʿudnā fa-innā ẕālimūn
Dit : la demande de sortie est elle-même conditionnée — ils reconnaissent par avance que leur propre retour à ce qu'ils faisaient constituerait un *ẕulm*, une injustice. Non-dit : ce seul verset ne précise pas si cette demande reçoit, à cet instant même, une réponse favorable ou défavorable — la réponse vient au verset suivant (S23:108, ce Bloc).

S.23:108 · La réponse qui clôt — « demeurez-y, abaissés, et ne Me parlez plus »

Point de méthode — le locuteur non nommé de S23:108. Comme en S23:40 (Bloc II, même sourate), le verbe qāla qui ouvre ce verset n’est précédé d’aucun sujet grammatical explicite. La lecture de cohérence contextuelle — non ce que ce seul verset affirme nommément — rattache cette parole à Allaah Lui-même : elle répond directement à la demande qui vient d’être formulée (S23:107, ce Bloc, « notre Rabb, fais-nous sortir »), et le verset suivant (S23:109, ce Bloc) poursuit sans rupture à la première personne (« parmi Mes ʿibād… Mon dhikr »). Cette lecture est retenue par cohérence immédiate du passage, sans qu’aucune règle absolue ne soit en jeu : l’impératif ikhsaʾū et l’interdiction de parole qui suit sont des actes de langage, non une description d’Allaah Lui-même.

S.23:108
قَالَ اخْسَئُوا فِيهَا وَلَا تُكَلِّمُونِ
Qāla khsaʾū fīhā wa-lā tukallimūn Il fut répondu : « Demeurez-y, abaissés (ikhsaʾū), et ne Me parlez plus (lā tukallimūni). »
Notes lexicales
ikhsaʾū
racine *kh-s-ʾ*. Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : l'ordre donné à un chien de s'écarter et de rester à distance — employé ici, par extension, comme l'ordre le plus abaissant qui puisse être adressé à un groupe humain. Dit : le texte choisit délibérément ce terme, au lieu d'un simple ordre de rester, pour marquer l'abaissement total de ceux à qui il s'adresse.
lā tukallimūni
racine *k-l-m* (parler), à la forme II (adresser la parole à). Dit : cette interdiction ferme tout dialogue ultérieur — voir le callout ci-dessus pour l'identité de qui parle.

Le groupe de Mes ʿibād, moqué jusqu’à l’oubli de Mon dhikr — la récompense de leur patience · S23:109–111

S.23:109–111 · Le groupe de Mes ʿibād, moqué jusqu’à l’oubli de Mon dhikr — la récompense de leur patience

S.23:109–111
إِنَّهُ كَانَ فَرِيقٌ مِنْ عِبَادِي يَقُولُونَ رَبَّنَا آمَنَّا فَاغْفِرْ لَنَا وَارْحَمْنَا وَأَنْتَ خَيْرُ الرَّاحِمِينَ ۝ فَاتَّخَذْتُمُوهُمْ سِخْرِيًّا حَتَّىٰ أَنْسَوْكُمْ ذِكْرِي وَكُنْتُمْ مِنْهُمْ تَضْحَكُونَ ۝ إِنِّي جَزَيْتُهُمُ الْيَوْمَ بِمَا صَبَرُوا أَنَّهُمْ هُمُ الْفَائِزُونَ
Innahu kāna farīqun min ʿibādī yaqūlūna rabbanā āmannā fa-ghfir lanā wa-rḥamnā wa-anta khayru r-rāḥimīn — fa-ttakhadhtumūhum sikhriyyan ḥattā ansawkum dhikrī wa-kuntum minhum taḍḥakūn — innī jazaytuhumu l-yawma bimā ṣabarū annahum humu l-fāʾizūn Il y eut certes, parmi Mes ʿibād, un groupe (farīq) qui disait : « Notre Rabb, nous avons cru (āmannā) — pardonne-nous et fais-nous miséricorde — Tu es le meilleur de ceux qui font miséricorde (khayru r-rāḥimīn) ! » Mais vous les avez pris en moquerie (sikhriyyan), jusqu’à ce qu’ils vous aient fait oublier (ansawkum) Mon dhikr, et vous vous moquiez (taḍḥakūn) d’eux. Je les ai certes récompensés (jazaytuhumu), aujourd’hui, pour ce qu’ils ont enduré avec patience (ṣabarū) : ce sont eux, les triomphants (al-fāʾizūn).
Notes lexicales
min ʿibādī
racine *ʿ-b-d*, précédent établi. Dit : la bascule à la première personne (« Mes ʿibād », « Mon dhikr », S23:110, ce Bloc) confirme la lecture retenue au verset précédent (S23:108, voir le callout dédié) : ce passage est énoncé du point de vue d'Allaah Lui-même.
khayru r-rāḥimīn
racine *r-ḥ-m*. Précédent voisin, non identique, déjà établi (S7:151 : « *wa-anta arḥamu r-rāḥimīn* », « Tu es le plus miséricordieux de ceux qui font miséricorde ») — ce verset emploie ici *khayru* (le meilleur) plutôt que le superlatif *arḥamu*, deux tournures de sens très proche pour exprimer la même exclusivité. Cette même formule revient à l'identique en clôture de ce Bloc (S23:118).
sikhriyyan … taḍḥakūn
racine *s-kh-r* (la moquerie), précédent établi (S11:38, moquerie entre humains ; S9:79, *sakhira llāhu minhum*, traité comme rétribution en miroir plutôt qu'émotion prêtée à Allaah). Point de vigilance, par contraste : ici, les deux sujets de la moquerie (« vous ») et de la récompense qui la clôt (« Moi », S23:111, ce Bloc) sont bien distincts — aucune confusion entre les deux usages de la racine n'est en jeu, l'un restant strictement humain, l'autre relevant d'une rétribution, non d'une émotion.
al-fāʾizūn
racine *f-w-z*, précédent établi (*al-fawzu l-ʿaẕīm*, S9) : le triomphe, l'atteinte de ce qui était recherché — ici au pluriel substantivé, désignant directement les personnes elles-mêmes.

Combien de temps ? — la futilité refusée · S23:112–115

S.23:112–114 · « Combien de temps avez-vous demeuré ? » — « Un jour, ou une partie d’un jour » — « Bien peu »

Verset déjà traité dans l’étude dédiée — S23:112–113. Ce dialogue est cité et analysé dans l’étude dédiée Amwāt, Aḥyāʾ, Barzakh, à laquelle ce Bloc renvoie et dont il reprend la traduction, pour la cohérence de ce qui est dit ailleurs sur ce même passage. Dit : la réponse donnée (« un jour, ou une partie d’un jour ») n’affirme rien sur la durée réelle écoulée — elle rapporte seulement ce que cette durée, aussi longue soit-elle en réalité, est devenue dans la perception de ceux qui l’ont traversée. L’étude dédiée rapproche ce passage de S2:259 (cent ans vécus comme yawman aw baʿḍa yawm) pour montrer qu’il s’agit d’une disproportion constante entre la durée effective et sa perception, non d’une affirmation sur la nature du temps lui-même.

S.23:112–114
قَالَ كَمْ لَبِثْتُمْ فِي الْأَرْضِ عَدَدَ سِنِينَ ۝ قَالُوا لَبِثْنَا يَوْمًا أَوْ بَعْضَ يَوْمٍ فَاسْأَلِ الْعَادِّينَ ۝ قَالَ إِنْ لَبِثْتُمْ إِلَّا قَلِيلًا ۖ لَوْ أَنَّكُمْ كُنْتُمْ تَعْلَمُونَ
Qāla kam labithtum fi l-arḍi ʿadada sinīn — qālū labithnā yawman aw baʿḍa yawmin fa-sʾali l-ʿāddīn — qāla in labithtum illā qalīlan law annakum kuntum taʿlamūn Il dit : « Combien de temps avez-vous demeuré sur terre, en nombre d’années ? » Ils dirent : « Nous avons demeuré un jour, ou une partie d’un jour — interroge donc ceux qui comptent (al-ʿāddīn). » Il dit : « Vous n’avez demeuré que peu — si seulement vous saviez ! »
Notes lexicales
kam labithtum … ʿadada sinīn
voir le callout dédié ci-dessus. Non-dit : ce seul verset ne nomme pas le locuteur de cette question — la lecture la plus immédiate, par continuité avec S23:108 (ce Bloc) et avec l'ensemble du passage, la rattache à Allaah Lui-même, sans que cela ne soit la seule lecture possible.
al-ʿāddīn
racine *ʿ-d-d* (compter), déjà rencontrée sous forme nominale dans ce même verset (*ʿadada sinīn*). Dit : la réponse elle-même reconnaît son incapacité à chiffrer la durée écoulée, renvoyant la question à des tiers capables de compter.

S.23:115 · Avez-vous pensé que Nous vous avions créés en pure futilité ?

S.23:115
أَفَحَسِبْتُمْ أَنَّمَا خَلَقْنَاكُمْ عَبَثًا وَأَنَّكُمْ إِلَيْنَا لَا تُرْجَعُونَ
A-fa-ḥasibtum annamā khalaqnākum ʿabathan wa-annakum ilaynā lā turjaʿūn Avez-vous donc pensé (ḥasibtum) que Nous vous avions créés en pure futilité (ʿabathan), et que vous ne seriez pas ramenés (turjaʿūn) vers Nous ?
Notes lexicales
ʿabathan
racine *ʿ-b-th*. Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : l'action dépourvue de visée, le jeu sans but ni conséquence utile. Dit : ce verset retourne, sous forme de question rhétorique fermée, l'ensemble de la scène qui précède (la pesée, le Feu, le rappel du groupe moqué) en argument contre l'idée même d'une création sans finalité ni suite — l'absence de *ʿabath* étant posée comme ce que cette scène même démontre.
lā turjaʿūn
racine *r-j-ʿ* (revenir, être ramené) — même racine que l'impératif de S23:99 (Bloc IV, même sourate : *rabbi rjiʿūni*, « mon Rabb, faites-moi revenir »), ici à la forme passive et tournée vers l'avenir plutôt que vers une demande immédiate.

Clôture de la Sourate 23 · S23:116–118

S.23:116 · Clôture — taʿālā Allaah, al-Malik, al-Ḥaqq, Rabb de l’ʿArsh, al-Karīm

S.23:116
فَتَعَالَى اللَّهُ الْمَلِكُ الْحَقُّ ۖ لَا إِلَٰهَ إِلَّا هُوَ رَبُّ الْعَرْشِ الْكَرِيمِ
Fa-taʿālā llāhu l-maliku l-ḥaqqu lā ilāha illā huwa rabbu l-ʿarshi l-karīm Il transcende (taʿālā) — Allaah, al-Malik, al-Ḥaqq. Nul ilāh que Lui, Rabb de l’ʿArsh, al-Karīm.
Notes lexicales
fa-taʿālā
racine *ʿ-l-w*, précédent établi et défini (S6:100/S9:40, S13:9 *al-Mutaʿāl*, S16:1, S17:43, S20:114, S23:92 Bloc IV) : « transcende », jamais un mot de lieu ou de hauteur spatiale. Le pronom « Il » employé ici reprend normalement le sujet du verbe (*taʿālā llāhu*), et ne relève pas de la règle du neutre « Ce qui », réservée à la construction épithète « Celui qui X ».
al-Maliku l-Ḥaqqu
précédent exact, mot pour mot, déjà établi pour cette même formule complète (S20:114 : « *fa-taʿālā llāhu l-maliku l-ḥaqqu* ») — *al-Malik*, racine *m-l-k*, la royauté et la pleine possession ; *al-Ḥaqq*, ce qui est fondé en réalité, le réel par excellence.
rabbu l-ʿarshi l-karīm
*ʿArsh* conservé en translittération, conformément à la méthode constante (S7:54 et occurrences suivantes) : aucune image matérielle ou spatiale n'est ajoutée à ce que le texte nomme. Point de méthode : ce verset qualifie l'*ʿArsh* par *al-karīm* (ce qui est noble, ce qui donne largement — racine *k-r-m*), distinct de l'épithète *al-ʿaẕīm* (immense) rencontrée pour le même *ʿArsh* en S9:129 et S23:86 (Bloc IV, même sourate) — deux qualifications différentes du même terme, qui n'entrent pas en contradiction mais soulignent chacune un aspect distinct, sans qu'aucune des deux ne précise une forme ou une mesure.

S.23:117 · Quiconque invoque un autre ilāh sans burhān — les kāfirūn ne réussissent pas

S.23:117
وَمَنْ يَدْعُ مَعَ اللَّهِ إِلَٰهًا آخَرَ لَا بُرْهَانَ لَهُ بِهِ فَإِنَّمَا حِسَابُهُ عِنْدَ رَبِّهِ ۚ إِنَّهُ لَا يُفْلِحُ الْكَافِرُونَ
Wa-man yadʿu maʿa llāhi ilāhan ākhara lā burhāna lahu bihi fa-innamā ḥisābuhu ʿinda rabbihi innahu lā yufliḥu l-kāfirūn Et quiconque invoque, avec Allaah, un autre ilāh — sans avoir, pour cela, aucune preuve (burhān) — son compte (ḥisāb) n’est qu’auprès de son Rabb. Les kāfirūn, certes, ne réussissent pas (lā yufliḥu).
Notes lexicales
lā burhāna lahu bihi
*burhān*, racine *b-r-h*, précédent établi par l'étude dédiée [Hātū burhānakum](/etudes/hatu-burhanakum/) et par S12:24, S21:24 : l'exigence d'une preuve effective, non d'une simple affirmation. Dit : ce verset ne se contente pas de nier la validité d'une telle invocation — il la qualifie par l'absence même de ce qui pourrait la fonder, avant de renvoyer son sort au seul *ḥisāb* (le compte, la reddition) auprès du Rabb de celui qui invoque — non auprès d'un tribunal collectif immédiat.
lā yufliḥu l-kāfirūn
racine *f-l-ḥ*, formule déjà rencontrée à plusieurs reprises pour clore un développement, appliquée ailleurs aux *ẕālimūn* (S6:135, S10:1, S12:23) ou aux *mujrimūn* (S10:17) — première occurrence de cette même formule appliquée nommément aux *kāfirūn*, sans que cela ne change la structure de l'énoncé : le défaut de *falāḥ* reste attaché, selon les versets, à la qualification précise que chacun retient pour le groupe visé.

S.23:118 · L’invocation finale — « pardonne et fais miséricorde »

S.23:118
وَقُلْ رَبِّ اغْفِرْ وَارْحَمْ وَأَنْتَ خَيْرُ الرَّاحِمِينَ
Wa-qul rabbi ghfir wa-rḥam wa-anta khayru r-rāḥimīn Et dis : « Mon Rabb, pardonne et fais miséricorde — Tu es le meilleur de ceux qui font miséricorde ! »
Notes lexicales
rabbi ghfir wa-rḥam wa-anta khayru r-rāḥimīn
Dit : ce verset, qui clôt la sourate, reprend à l'identique l'invocation prêtée plus haut au groupe moqué des *ʿibād* (S23:109, ce Bloc : « *rabbanā āmannā fa-ghfir lanā wa-rḥamnā wa-anta khayru r-rāḥimīn* ») — ici mise, à la deuxième personne de l'impératif (« dis »), dans la bouche du *rasūl* lui-même, et sans l'objet direct (« nous ») porté par les pronoms suffixés du verset cité. L'écho est net : la sourate ouverte sur le portrait des *muʾminūn* (S23:1–11, Bloc I) et sur le rappel d'un groupe persécuté pour sa foi (S23:109–111, ce Bloc) se referme sur la même formule d'invocation, reprise comme modèle à prononcer pour quiconque lit ce verset.

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