Structure du Bloc I. Quatre ensembles. D’abord l’exorde (S26:1–9) : les lettres séparées Ṭā-Sīn-Mīm, les āyāt du Kitāb explicite, la mise en garde contre l’excès de chagrin du nabī, le dhikr renouvelé reçu en se détournant, le démenti et les nouvelles annoncées, la terre et ses espèces végétales — close par un refrain qui reviendra, à l’identique, huit fois dans cette sourate. Puis l’appel à Mūsā et son envoi vers Firʿawn : le peuple injuste à avertir, la crainte de Mūsā, l’envoi à Hārūn, la réassurance, la demande de libérer les Banū Isrāʾīl (S26:10–17). Puis la confrontation avec Firʿawn : le bienfait de l’enfance rappelé et retourné en reproche, la réponse de Mūsā sur le ḥukm reçu (S26:18–22). Puis le dialogue sur l’identité du Rabb des ʿālamīn, qui occupe toute la suite de l’audience — jusqu’à la menace d’emprisonnement et les deux signes donnés en réponse : le bâton devenu serpent, la main devenue blanche (S26:23–33).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.26:1 Ṭā-Sīn-Mīm — lettres séparées
S.26:2 Les āyāt du Kitāb explicite
S.26:3 Le risque, pour le nabī, de se consumer de chagrin
S.26:4 Le signe qui aurait imposé la soumission
S.26:5 Le dhikr renouvelé, reçu en se détournant
S.26:6 Le démenti, et les nouvelles annoncées
S.26:7 La terre, et chaque espèce végétale noble
S.26:8–9 Un signe — mais la plupart ne croient pas ; al-ʿAzīz, ar-Raḥīm
S.26:10–11 L’appel à Mūsā — le peuple de Firʿawn, injuste
S.26:12–14 La crainte de Mūsā — l’envoi à Hārūn, la faute redoutée
S.26:15–17 La réassurance — l’envoi vers Firʿawn, la demande pour les Banū Isrāʾīl
S.26:18–19 Le rappel de Firʿawn — « tu es du nombre des kāfirīn »
S.26:20–22 La réponse de Mūsā — le ḥukm reçu, le bienfait retourné
S.26:23 « Qu’est-ce que le Rabb des ʿālamīn ? »
S.26:24 Le Rabb des cieux, de la terre, et de ce qui est entre eux
S.26:25 Firʿawn à son entourage : « N’écoutez-vous donc pas ? »
S.26:26 Le Rabb des pères, les tout premiers
S.26:27 L’accusation de folie (majnūn)
S.26:28 Le Rabb de l’orient et de l’occident
S.26:29 La menace d’emprisonnement — Firʿawn s’érige en ilāh
S.26:30 « Même si je t’apportais quelque chose de manifeste ? »
S.26:31 « Apporte-le, si tu es du nombre des véridiques »
S.26:32 Le bâton devenu grand serpent
S.26:33 La main devenue blanche

Exorde — Ṭā-Sīn-Mīm, le Kitāb explicite, le dhikr renouvelé détourné · S26:1–9

S.26:1 · Ṭā-Sīn-Mīm — lettres séparées

S.26:1
طسم
Ṭā-Sīn-Mīm Ṭā. Sīn. Mīm.
Notes lexicales
Ṭā-Sīn-Mīm
lettres séparées (*ḥurūf muqaṭṭaʿāt*) — voir l'étude dédiée [Les Muqaṭṭaʿāt](/etudes/trad-muqattaat/), qui répertorie déjà nommément cette combinaison : elle n'apparaît, dans tout le Coran, qu'ici et en ouverture de la Sourate 28 (Al-Qaṣaṣ), les deux fois suivie de la même formule déictique (« voilà les *āyāt* du Kitāb explicite », S26:2, ce Bloc). Conformément à la règle constante, aucun sens n'est attribué à ces trois lettres — le texte les donne en position d'ouverture, et ce Bloc s'en tient à cette observation. Ces trois lettres donnent aussi son nom traditionnel à la sourate (*ash-Shuʿarāʾ*, « les poètes », mot qui n'apparaît qu'au tout dernier verset de la sourate, S26:224, hors du périmètre de ce Bloc).

S.26:2 · Les āyāt du Kitāb explicite

S.26:2
تِلْكَ آيَاتُ الْكِتَابِ الْمُبِينِ
Tilka āyātu l-kitābi l-mubīn Voilà les āyāt du Kitāb explicite (al-mubīn).
Notes lexicales
al-mubīn
racine *b-y-n* : ce qui est rendu clair, distinct, qui sépare nettement le vrai du faux — précédent extensivement établi pour qualifier le Kitāb. Même racine que *mubīn* appliqué, plus loin dans ce Bloc, au serpent (S26:32) et à la main (S26:33) donnés comme signes à Mūsā — un même registre de clarté manifeste, sans confusion possible.

S.26:3 · Le risque, pour le nabī, de se consumer de chagrin

S.26:3
لَعَلَّكَ بَاخِعٌ نَفْسَكَ أَلَّا يَكُونُوا مُؤْمِنِينَ
Laʿallaka bākhiʿun nafsaka allā yakūnū muʾminīn Peut-être vas-tu te consumer toi-même (bākhiʿun nafsaka), parce qu’ils ne sont pas muʾminūn.
Notes lexicales
bākhiʿun nafsaka
racine *b-kh-ʿ* : Ibn Manẕūr (*Lisān al-ʿArab*) — *bakhaʿa nafsahu* signifie *qatalahā ghamman* (il l'a tuée de chagrin) : se consumer, s'épuiser jusqu'à l'extrême par la peine. Précédent exact, mot pour mot, déjà établi (S18:6 : « *fa-laʿallaka bākhiʿun nafsaka ʿalā āthārihim in lam yuʾminū bi-hādhā l-ḥadīthi asafā* »). **Dit** : le texte adresse ici au *nabī* une mise en garde contre un excès de peine devant le refus de croire — un état humain ordinaire, sans aucune question théologique en jeu.

S.26:4 · Le signe qui aurait imposé la soumission

S.26:4
إِنْ نَشَأْ نُنَزِّلْ عَلَيْهِمْ مِنَ السَّمَاءِ آيَةً فَظَلَّتْ أَعْنَاقُهُمْ لَهَا خَاضِعِينَ
In nashaʾ nunazzil ʿalayhim mina s-samāʾi āyatan fa-ẕallat aʿnāquhum lahā khāḑiʿīn Si Nous voulions, Nous ferions descendre sur eux, du ciel, un signe (āya) devant lequel leurs cous resteraient (fa-ẕallat) en pleine soumission (khāḑiʿīn).
Notes lexicales
fa-ẕallat aʿnāquhum lahā khāḑiʿīn
*ʿunuq* (le cou, pluriel *aʿnāq*) et racine *kh-ḑ-ʿ* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : l'abaissement qui courbe, la soumission qui plie la posture elle-même. **Dit** : ce seul verset affirme une capacité (« si Nous voulions »), posée au conditionnel — un signe d'une telle force qu'aucune résistance n'y resterait possible, l'image retenue étant celle de cous littéralement pliés. **Non-dit** : le verset ne dit pas, et ce Bloc ne l'ajoute pas, qu'Allaah s'abstiendrait par principe d'un tel signe contraignant — il pose seulement, par ce conditionnel, un contraste avec ce qui est effectivement constaté dans les deux versets suivants : un *dhikr* qui vient, sans contrainte, et qui se trouve pourtant détourné.

S.26:5 · Le dhikr renouvelé, reçu en se détournant

S.26:5
وَمَا يَأْتِيهِمْ مِنْ ذِكْرٍ مِنَ الرَّحْمَٰنِ مُحْدَثٍ إِلَّا كَانُوا عَنْهُ مُعْرِضِينَ
Wa-mā yaʾtīhim min dhikrin mina r-raḥmāni muḥdathin illā kānū ʿanhu muʿriḑīn Or, pas un dhikr (rappel), nouvellement reçu (muḥdath) d’ar-Raḥmān, ne leur vient sans qu’ils ne s’en détournent (muʿriḑīn).
Notes lexicales
muḥdath
racine *ḥ-d-th* (*ḥadath* : survenir, apparaître après ne pas avoir été) — participe passif : ce qui vient de parvenir, de survenir récemment. Précédent exact déjà établi (S21:2, à propos de *rabbihim* plutôt que *r-Raḥmān*) : **dit**, le texte qualifie le caractère continu et renouvelé de la révélation ; **non-dit**, ce seul mot ne dit pas, et ne saurait dire sans forcer le sens de la racine, que le message serait une invention — il désigne un moment d'arrivée, non une origine fabriquée.
muʿriḑīn
racine *ʿ-r-ḑ* : se détourner, présenter le flanc plutôt que la face. Même structure, presque mot pour mot, que S6:4 (déjà publié : « pas un signe parmi les signes de leur Rabb ne leur vient sans qu'ils ne s'en détournent ») — ce Bloc rattache les deux versets comme deux expressions d'une même constance textuelle.

S.26:6 · Le démenti, et les nouvelles annoncées

S.26:6
فَقَدْ كَذَّبُوا فَسَيَأْتِيهِمْ أَنْبَاءُ مَا كَانُوا بِهِ يَسْتَهْزِئُونَ
Fa-qad kadhdhabū fa-sayaʾtīhim anbāʾu mā kānū bihi yastahziʾūn Ils ont donc démenti — les nouvelles (anbāʾ) de ce dont ils se sont moqués leur parviendront bientôt.
Notes lexicales
fa-sayaʾtīhim anbāʾu mā kānū bihi yastahziʾūn
précédent exact, presque mot pour mot, déjà établi (S6:5, déjà publié : « *fa-qad kadhdhabū bi-l-ḥaqqi lammā jāʾahum — fa-sawfa yaʾtīhim anbāʾu mā kānū bihi yastahziʾūn* »). *Anbāʾ*, racine *n-b-ʾ* : les nouvelles, les informations rapportées — même racine que *nabī*, celui à qui une nouvelle est transmise.

S.26:7 · La terre, et chaque espèce végétale noble

S.26:7
أَوَلَمْ يَرَوْا إِلَى الْأَرْضِ كَمْ أَنْبَتْنَا فِيهَا مِنْ كُلِّ زَوْجٍ كَرِيمٍ
Awalam yarawā ilā l-arḑi kam anbatnā fīhā min kulli zawjin karīm N’ont-ils donc pas vu la terre — combien Nous y avons fait germer, de toute espèce (zawj) noble (karīm) ?
Notes lexicales
zawjin karīm
*zawj*, racine *z-w-j* : ce qui s'associe à autre chose pour former une paire (voir l'étude [Femmes et hommes](/etudes/femmes-hommes/), qui traite ce terme pour le couple humain, S4:1, déjà publiée). **Point de langue** : ici, *zawj* ne désigne pas un conjoint humain, mais une espèce végétale — le mot couvre, dans l'usage coranique, toute paire ou catégorie appariée, humaine ou non ; ce Bloc rend donc ce sens botanique par « espèce » plutôt que par « conjoint ». *Karīm*, racine *k-r-m* : ce qui est noble, généreux en son genre — première occurrence développée de cette racine appliquée à des plantes.

S.26:8–9 · Un signe — mais la plupart ne croient pas ; al-ʿAzīz, ar-Raḥīm

S.26:8–9
إِنَّ فِي ذَٰلِكَ لَآيَةً ۖ وَمَا كَانَ أَكْثَرُهُمْ مُؤْمِنِينَ ۝ وَإِنَّ رَبَّكَ لَهُوَ الْعَزِيزُ الرَّحِيمُ
Inna fī dhālika la-āyatan wa-mā kāna aktharuhum muʾminīn — wa-inna rabbaka la-huwa l-ʿazīzu r-raḥīm En cela, assurément, un signe (āya) — mais la plupart d’entre eux ne sont pas muʾminūn. Et ton Rabb est assurément, Lui, al-ʿAzīz, ar-Raḥīm.
Notes lexicales
inna fī dhālika la-āyatan wa-mā kāna aktharuhum muʾminīn — wa-inna rabbaka la-huwa l-ʿazīzu r-raḥīm
**Point de structure, pour l'ensemble de la sourate.** Ce couple de versets forme un refrain qui revient, à l'identique, huit fois dans cette seule sourate (S26:8–9, 67–68, 103–104, 121–122, 139–140, 158–159, 174–175, 190–191) — closant chacun des huit mouvements narratifs qui la composent (cet exorde, puis les récits de Mūsā, Ibrāhīm, Nūḥ, Hūd, Ṣāliḥ, Lūṭ et Shuʿayb). Ce Bloc signale cette structure dès sa première occurrence ; les Blocs suivants de cette sourate n'auront plus à en reprendre l'analyse. *Al-ʿAzīz* (racine *ʿ-z-z*, la force qui ne connaît pas de contrainte extérieure) et *ar-Raḥīm* (racine *r-ḥ-m*) sont conservés en translittération, conformément à la règle constante pour ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah.

L’appel à Mūsā, et son envoi vers Firʿawn · S26:10–17

S.26:10–11 · L’appel à Mūsā — le peuple de Firʿawn, injuste

S.26:10–11
وَإِذْ نَادَىٰ رَبُّكَ مُوسَىٰ أَنِ ائْتِ الْقَوْمَ الظَّالِمِينَ ۝ قَوْمَ فِرْعَوْنَ ۚ أَلَا يَتَّقُونَ
Wa-idh nādā rabbuka mūsā ani ʾti l-qawma ẕ-ẕālimīn — qawma firʿawna alā yataqqūn Et quand ton Rabb appela (nādā) Mūsā : « Va vers le peuple injuste (aẕ-ẕālimīn) — le peuple de Firʿawn. Ne vont-ils donc pas se prémunir (yataqqūn) ? »
Notes lexicales
al-qawma ẕ-ẕālimīn
racine *ẕ-l-m*, très largement établie : l'injustice, ce qui place une chose hors de sa juste place. Rendu par « le peuple injuste », conservé entre parenthèses en translittération, conformément à l'usage déjà fixé (S10:85, S23:93–94).
alā yataqqūn
racine *w-q-y*, précédent extensivement établi (*tattaqūn*, *fa-ttaqūn*, S5:58, S16:52, S23:52/86) : se prémunir — *taqwā*, le nom d'action, reste conservé en translittération, mais la forme verbale est rendue par « se prémunir ».

S.26:12–14 · La crainte de Mūsā — l’envoi à Hārūn, la faute redoutée

S.26:12–14
قَالَ رَبِّ إِنِّي أَخَافُ أَنْ يُكَذِّبُونِ ۝ وَيَضِيقُ صَدْرِي وَلَا يَنْطَلِقُ لِسَانِي فَأَرْسِلْ إِلَىٰ هَارُونَ ۝ وَلَهُمْ عَلَيَّ ذَنْبٌ فَأَخَافُ أَنْ يَقْتُلُونِ
Qāla rabbi innī akhāfu an yukadhdhibūn — wa-yaḑīqu ṣadrī wa-lā yanṭaliqu lisānī fa-arsil ilā hārūn — wa-lahum ʿalayya dhanbun fa-akhāfu an yaqtulūn Il dit : « Mon Rabb, je crains qu’ils ne me démentent (an yukadhdhibūni), que ma poitrine ne se resserre (yaḑīqu ṣadrī), que ma langue ne se délie pas (lā yanṭaliqu lisānī) — envoie donc [quelqu’un] vers Hārūn. Et il y a, sur moi, une faute (dhanb) qui les concerne — je crains donc qu’ils ne me tuent. »
Notes lexicales
yaḑīqu ṣadrī wa-lā yanṭaliqu lisānī
*ṣadr* (la poitrine, siège de la capacité intérieure à porter une charge) et racine *ṭ-l-q* (se délier, se libérer) — à mettre en regard, par cohérence intra-coranique, de la demande que Mūsā adressera, dans une autre circonstance, pour que sa poitrine s'élargisse et que le nœud de sa langue soit dénoué (S20:25–28 : *ishraḥ lī ṣadrī… wa-ḥlul ʿuqdatan min lisānī*) — deux moments distincts où Mūsā exprime la même difficulté d'élocution devant la tâche qui lui est confiée.
fa-arsil ilā hārūn
**Non-dit** : ce seul verset demande simplement l'envoi [d'un message, ou de quelqu'un] vers Hārūn, sans préciser davantage la nature exacte de son association à la tâche — celle-ci sera développée ailleurs dans le Coran (notamment S20:29–32, hors du périmètre actuellement traduit, où Hārūn est explicitement établi comme *wazīr*, « assistant chargé d'une charge », aux côtés de Mūsā) ; ce Bloc ne l'anticipe pas.
wa-lahum ʿalayya dhanbun
racine *dh-n-b* : la faute, le méfait qui pèse sur son auteur. **Non-dit, par souci d'exactitude.** Ce seul verset ne précise ni la nature de cette faute, ni les circonstances qui l'ont entourée — aucun récit (la mort accidentelle d'un homme lors d'une rixe, rapportée en détail ailleurs dans le Coran, S28:15, hors du périmètre actuellement traduit) n'est importé ici. Firʿawn y reviendra lui-même, de façon tout aussi allusive, aux versets suivants (S26:19, ce Bloc : « *faʿalta faʿlataka llatī faʿalta* », « tu as fait le fait que tu as fait »).

S.26:15–17 · La réassurance — l’envoi vers Firʿawn, la demande pour les Banū Isrāʾīl

S.26:15–17
قَالَ كَلَّا ۖ فَاذْهَبَا بِآيَاتِنَا ۖ إِنَّا مَعَكُمْ مُسْتَمِعُونَ ۝ فَأْتِيَا فِرْعَوْنَ فَقُولَا إِنَّا رَسُولُ رَبِّ الْعَالَمِينَ ۝ أَنْ أَرْسِلْ مَعَنَا بَنِي إِسْرَائِيلَ
Qāla kallā — fa-dhhabā bi-āyātinā innā maʿakum mustamiʿūn — fa-ʾtiyā firʿawna fa-qūlā innā rasūlu rabbi l-ʿālamīn — an arsil maʿanā banī isrāʾīl Il dit : « Non, pas du tout. Allez-y donc tous deux, avec Nos āyāt — Nous sommes, avec vous, à l’écoute (mustamiʿūn). Allez donc tous deux vers Firʿawn, et dites : “Nous sommes le rasūl du Rabb des ʿālamīn — renvoie avec nous les Banū Isrāʾīl.” »
Notes lexicales
kallā
particule de rejet catégorique — **Dit** : la réponse écarte d'emblée les trois craintes énoncées au verset précédent, avant même de les traiter une à une (l'écoute promise répond à la crainte du démenti ; la tâche confiée aux deux frères ensemble répond à la difficulté d'élocution ; rien, dans ce seul passage, n'est dit explicitement de la troisième crainte, celle d'être tué — **non-dit**).
rabbi l-ʿālamīn
précédent extensivement établi (S1:2, déjà publié : « *rabbi l-ʿālamīn* » ; S7:61/104) : *Rabb* et *ʿālamīn*, l'un et l'autre conservés en translittération.
rasūlu rabbi l-ʿālamīn
**Point de grammaire.** *Rasūl* est ici au singulier (« Nous sommes le *rasūl* »), alors que les deux frères parlent ensemble au duel/pluriel du reste de la phrase — les grammairiens classiques y voient soit un singulier au sens collectif (une seule mission portée par les deux), soit un emploi de *rasūl* comme nom générique ne prenant pas la marque du nombre. Ce Bloc ne tranche pas entre les deux lectures, le sens global n'en étant pas affecté.

La confrontation avec Firʿawn — le passé rappelé, le ḥukm reçu · S26:18–22

S.26:18–19 · Le rappel de Firʿawn — « tu es du nombre des kāfirīn »

S.26:18–19
قَالَ أَلَمْ نُرَبِّكَ فِينَا وَلِيدًا وَلَبِثْتَ فِينَا مِنْ عُمُرِكَ سِنِينَ ۝ وَفَعَلْتَ فَعْلَتَكَ الَّتِي فَعَلْتَ وَأَنْتَ مِنَ الْكَافِرِينَ
Qāla alam nurabbika fīnā walīdan wa-labithta fīnā min ʿumurika sinīn — wa-faʿalta faʿlataka llatī faʿalta wa-anta mina l-kāfirīn Il [Firʿawn] dit : « Ne t’avons-Nous pas élevé (nurabbika) parmi nous, tout enfant (walīdan), et n’as-tu pas demeuré parmi nous des années de ta vie ? Puis tu as fait le fait que tu as fait (faʿalta faʿlataka llatī faʿalta), et tu es du nombre des kāfirīn. »
Notes lexicales
alam nurabbika fīnā walīdan
racine *r-b-w/y* (élever, faire croître) — même racine que *Rabb* lui-même, employée ici dans son sens ordinaire d'éducation d'un enfant, appliquée à un être humain (Firʿawn) : aucune question de méthode, cet emploi n'ayant aucun rapport avec le Nom *Rabb* réservé à Allaah.
faʿalta faʿlataka llatī faʿalta
racine *f-ʿ-l*, construite en écho interne (« tu as fait ton fait que tu as fait ») : une désignation volontairement allusive, par Firʿawn lui-même, d'un acte qu'il tient pour entendu sans le nommer. **Non-dit** : ni la nature exacte de cet acte, ni ses circonstances, ne sont précisées par ce seul verset — voir la note déjà posée à S26:14, ce Bloc, sur *dhanb*.
mina l-kāfirīn
conservé en translittération, conformément à l'usage constant. **Point de transparence** : dans la bouche de Firʿawn, ce terme désigne l'ingratitude envers le bienfait qu'il prétend avoir accordé (l'avoir élevé) — un sens social de la racine *k-f-r* (couvrir, dissimuler — ici, dissimuler un bienfait reçu), distinct, mais non étranger, de l'emploi théologique du même terme pour qui dissimule les signes d'Allaah.

S.26:20–22 · La réponse de Mūsā — le ḥukm reçu, le bienfait retourné

S.26:20–22
قَالَ فَعَلْتُهَا إِذًا وَأَنَا مِنَ الضَّالِّينَ ۝ فَفَرَرْتُ مِنْكُمْ لَمَّا خِفْتُكُمْ فَوَهَبَ لِي رَبِّي حُكْمًا وَجَعَلَنِي مِنَ الْمُرْسَلِينَ ۝ وَتِلْكَ نِعْمَةٌ تَمُنُّهَا عَلَيَّ أَنْ عَبَّدْتَ بَنِي إِسْرَائِيلَ
Qāla faʿaltuhā idhan wa-anā mina ḑ-ḑāllīn — fa-fararttu minkum lammā khiftukum fa-wahaba lī rabbī ḥukman wa-jaʿalanī mina l-mursalīn — wa-tilka niʿmatun tamunnuhā ʿalayya an ʿabbadta banī isrāʾīl Il [Mūsā] dit : « Je l’ai faite, alors, étant du nombre des égarés (aḑ-ḑāllīn). Puis j’ai fui, loin de vous, quand je vous ai craints — et mon Rabb m’a fait don (wahaba) d’un ḥukm, et m’a établi parmi les mursalūn. Et ce bienfait (niʿma) dont tu me fais grief (tamunnuhā) — [tu me le rappelles] alors que tu as asservi (ʿabbadta) les Banū Isrāʾīl ! »
Notes lexicales
faʿaltuhā idhan wa-anā mina ḑ-ḑāllīn
racine *ḑ-l-l* : l'égarement, s'écarter du chemin droit — rendu par « égaré », conservé entre parenthèses en translittération. **Dit** : Mūsā reconnaît l'acte sans le nier, mais le qualifie comme relevant d'un état d'égarement (*ḑalāl*) antérieur à sa mission de *rasūl* — **non-dit** : ce seul verset ne précise ni la nature de l'acte (voir S26:14, ce Bloc), ni ce que recouvre précisément cet « égarement » dans ce contexte (ignorance, absence encore de guidance reçue, ou autre) ; toute précision au-delà relève de l'*inférence*.
fa-wahaba lī rabbī ḥukman wa-jaʿalanī mina l-mursalīn
*ḥukm*, conservé en translittération — précédent établi, voir l'étude dédiée [Le Nabī n'est pas législateur](/etudes/nabi-legislateur/) ; S12:22, S21:79 : une décision qui s'impose, la capacité de trancher avec exactitude, non le seul « jugement » judiciaire. **Dit** : le texte présente ce don comme postérieur à la fuite de Mūsā, et comme ce qui accompagne directement son établissement parmi les *mursalūn* — sans que ce seul verset ne précise la nature exacte de ce que ce *ḥukm* lui a permis de trancher.
niʿmatun tamunnuhā ʿalayya … an ʿabbadta banī isrāʾīl
racine *m-n-n* (faire grief d'un bienfait rendu, le rappeler comme une dette) et racine *ʿ-b-d*, ici à la forme II (*ʿabbada*, asservir, réduire en servitude — distincte de l'adoration, *ʿibāda*, rendue à Allaah). **Dit, par contraste direct voulu par le texte** : Mūsā retourne le reproche de Firʿawn en une question — le bienfait allégué (l'avoir élevé, enfant, dans son palais) est mis en balance, dans la même phrase, avec l'asservissement de tout un peuple ; le texte ne tranche pas explicitement laquelle des deux pèse davantage, laissant la question ouverte par sa seule construction.

Le dialogue sur l’identité du Rabb des ʿālamīn · S26:23–29

S.26:23 · « Qu’est-ce que le Rabb des ʿālamīn ? »

S.26:23
قَالَ فِرْعَوْنُ وَمَا رَبُّ الْعَالَمِينَ
Qāla firʿawnu wa-mā rabbu l-ʿālamīn Firʿawn dit : « Et qu’est-ce donc que le Rabb des ʿālamīn ? »
Notes lexicales
wa-mā rabbu l-ʿālamīn
**Point de structure, pour l'ensemble de cet échange (S26:23–29).** La question de Firʿawn porte sur la nature même (*mā*, « qu'est-ce que ») du Rabb annoncé par Mūsā et Hārūn au verset précédent — non sur son identité parmi plusieurs candidats (*man*, « qui »). Les sept réponses de Mūsā qui suivent ne répondent jamais directement à cette question par une définition abstraite : elles énumèrent ce dont ce Rabb a la pleine maîtrise (cieux et terre, pères, orient et occident) — une façon de répondre par l'étendue de ce qui Lui appartient, plutôt que par une essence qu'aucun mot ne pourrait cerner. Firʿawn, de son côté, ne répond jamais sur ce terrain : il déplace chaque fois le débat (l'accusation de folie, S26:27 ; la menace, S26:29).

S.26:24 · Le Rabb des cieux, de la terre, et de ce qui est entre eux

S.26:24
قَالَ رَبُّ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ وَمَا بَيْنَهُمَا ۖ إِنْ كُنْتُمْ مُوقِنِينَ
Qāla rabbu s-samāwāti wa-l-arḑi wa-mā baynahumā in kuntum mūqinīn Il [Mūsā] dit : « Le Rabb des cieux et de la terre, et de ce qui est entre les deux — si vous [cherchez à] être de ceux qui savent avec certitude (mūqinīn). »
Notes lexicales
mūqinīn
racine *y-q-n* (*al-yaqīn*, la certitude qui ne laisse place à aucun doute) — voir l'étude dédiée [Al-ʿIlm — La saisie certaine du réel](/etudes/ilm-ulama/), qui établit déjà ce terme comme la connaissance certaine, opposée au *ẕann* (la simple conjecture). **Dit** : Mūsā répond en désignant l'étendue de la maîtrise de ce Rabb (les cieux, la terre et ce qui est entre eux), et conditionne l'accès à cette évidence à une disposition intérieure (chercher la certitude), non à une démonstration qu'il imposerait.

S.26:25 · Firʿawn à son entourage : « N’écoutez-vous donc pas ? »

S.26:25
قَالَ لِمَنْ حَوْلَهُ أَلَا تَسْتَمِعُونَ
Qāla li-man ḥawlahu alā tastamiʿūn Il [Firʿawn] dit à ceux qui l’entouraient : « N’écoutez-vous donc pas ? »
Notes lexicales
li-man ḥawlahu
**Point de transparence.** Ce verset désigne l'entourage de Firʿawn par une simple périphrase (« ceux qui l'entouraient »), non par le terme *al-malaʾ* (« l'assemblée des notables ») — précédent extensivement établi (S2:246, S7:60, S11:27, S12:43) — que le texte emploiera, lui, nommément, un peu plus loin dans cette même sourate, hors du périmètre de ce Bloc (S26:34 : « *qāla li-l-malaʾi ḥawlahu* »). Ce Bloc ne fusionne pas les deux désignations.

S.26:26 · Le Rabb des pères, les tout premiers

S.26:26
قَالَ رَبُّكُمْ وَرَبُّ آبَائِكُمُ الْأَوَّلِينَ
Qāla rabbukum wa-rabbu ābāʾikumu l-awwalīn Il [Mūsā] dit : « Votre Rabb, et le Rabb de vos pères, les tout premiers (al-awwalīn). »
Notes lexicales
rabbu ābāʾikumu l-awwalīn
**Dit** : Mūsā élargit sa réponse précédente en l'ancrant dans la continuité des générations — le même Rabb que celui des cieux et de la terre est aussi celui des ancêtres de Firʿawn lui-même, sans qu'aucune lignée particulière ne soit nommée par ce seul mot.

S.26:27 · L’accusation de folie (majnūn)

S.26:27
قَالَ إِنَّ رَسُولَكُمُ الَّذِي أُرْسِلَ إِلَيْكُمْ لَمَجْنُونٌ
Qāla inna rasūlakumu lladhī ursila ilaykum la-majnūn Il [Firʿawn] dit : « Votre rasūl, celui qui vous a été envoyé, est assurément atteint de folie (la-majnūn). »
Notes lexicales
la-majnūn
racine *j-n-n* (ce qui est voilé, caché — la raison dérobée). Précédent exact déjà établi (S68:1–2, déjà publié : « *mā anta bi-niʿmati rabbika bi-majnūn* », « tu n'es pas, par la faveur de ton Rabb, atteint de folie »). **Dit** : Firʿawn déplace le débat depuis la question du Rabb des *ʿālamīn* vers une disqualification de la personne même de Mūsā — sans répondre sur le fond à ce qui vient d'être dit.

S.26:28 · Le Rabb de l’orient et de l’occident

S.26:28
قَالَ رَبُّ الْمَشْرِقِ وَالْمَغْرِبِ وَمَا بَيْنَهُمَا ۖ إِنْ كُنْتُمْ تَعْقِلُونَ
Qāla rabbu l-mashriqi wa-l-maghribi wa-mā baynahumā in kuntum taʿqilūn Il [Mūsā] dit : « Le Rabb de l’orient (al-mashriq) et de l’occident (al-maghrib), et de ce qui est entre les deux — si vous raisonnez (taʿqilūn). »
Notes lexicales
rabbu l-mashriqi wa-l-maghrib
*al-mashriq* (racine *sh-r-q*, le lieu où le soleil se lève) et *al-maghrib* (racine *gh-r-b*, le lieu où il se couche) — première occurrence développée de ce couple. **Dit** : Mūsā referme, par cette troisième réponse, l'énumération commencée aux deux versets précédents (cieux et terre, S26:24 ; les pères, S26:26) en couvrant à présent l'étendue de la terre elle-même, d'un bout à l'autre de la course du soleil — toujours sans jamais répondre par une définition abstraite à la question initiale de Firʿawn (« qu'est-ce que... »), voir la note posée à S26:23, ce Bloc.

S.26:29 · La menace d’emprisonnement — Firʿawn s’érige en ilāh

S.26:29
قَالَ لَئِنِ اتَّخَذْتَ إِلَٰهًا غَيْرِي لَأَجْعَلَنَّكَ مِنَ الْمَسْجُونِينَ
Qāla la-ini ttakhadhta ilāhan ghayrī la-ajʿalannaka mina l-masjūnīn Il [Firʿawn] dit : « Si tu prends un ilāh autre que moi, je te mettrai assurément parmi les emprisonnés (al-masjūnīn). »
Notes lexicales
ilāhan ghayrī … al-masjūnīn
racine *s-j-n* (emprisonner, retenir enclos) — première occurrence développée. **Point de transparence, aucune règle absolue en jeu.** Ce verset ne porte, à aucun moment, sur la nature d'Allaah : c'est Firʿawn, un être humain, qui revendique ici pour lui-même la position d'*ilāh* exclusif — l'inverse exact de la formule de *tawḥīd* déjà rencontrée dans la bouche de chacun des *rusul* (« vous n'avez pas d'*ilāh* en dehors de Lui », S7:59/65/73/85). Le texte ne commente pas davantage cette revendication à cet endroit — les deux signes qui suivent immédiatement (S26:30–33, ce Bloc) y répondent par les faits, non par une réfutation énoncée en paroles.

Les deux signes donnés en réponse · S26:30–33

S.26:30 · « Même si je t’apportais quelque chose de manifeste ? »

S.26:30
قَالَ أَوَلَوْ جِئْتُكَ بِشَيْءٍ مُبِينٍ
Qāla awalaw jiʾtuka bi-shayʾin mubīn Il [Mūsā] dit : « Même si je t’apportais quelque chose de manifeste (mubīn) ? »
Notes lexicales
awalaw jiʾtuka bi-shayʾin mubīn
*mubīn*, même racine que S26:2 (ce Bloc, voir la note qui y est posée) et que les deux signes qui vont suivre (S26:32–33, ce Bloc). **Dit** : Mūsā répond à la menace de Firʿawn par une question conditionnelle, qui annonce directement les deux signes qui suivent sans encore les nommer.

S.26:31 · « Apporte-le, si tu es du nombre des véridiques »

S.26:31
قَالَ فَأْتِ بِهِ إِنْ كُنْتَ مِنَ الصَّادِقِينَ
Qāla fa-ʾti bihi in kunta mina ṣ-ṣādiqīn Il [Firʿawn] dit : « Apporte-le donc, si tu es du nombre des véridiques (aṣ-ṣādiqīn). »
Notes lexicales
aṣ-ṣādiqīn
racine *ṣ-d-q* (la véracité, la conformité de la parole au réel) — première occurrence développée. **Dit** : Firʿawn accepte, par cette réponse même, de se placer sur le terrain d'une preuve vérifiable — exactement ce que les deux versets suivants lui apportent.

S.26:32 · Le bâton devenu grand serpent

S.26:32
فَأَلْقَىٰ عَصَاهُ فَإِذَا هِيَ ثُعْبَانٌ مُبِينٌ
Fa-alqā ʿaṣāhu fa-idhā hiya thuʿbānun mubīn Il jeta alors son bâton (ʿaṣā) — et voici qu’il fut un grand serpent (thuʿbān) manifeste (mubīn).
Notes lexicales
thuʿbānun mubīn
racine *th-ʿ-b* : *Lisān al-ʿArab* — un serpent de grande taille, distinct du terme générique *ḥayya* (employé pour le même épisode en S20:20 : « *fa-alqāhā fa-idhā hiya ḥayyatun tasʿā* »), ou du petit *jānn* (S27:10, hors du périmètre actuellement traduit). Précédent exact, mot pour mot, déjà établi (S7:107, déjà publié). Les trois mots employés pour ce même bâton transformé dans trois passages distincts du Coran (*ḥayya*, *thuʿbān*, *jānn*) décrivent un seul et même signe — ce Bloc le signale sans y voir de contradiction, les trois termes relevant du même champ lexical du serpent, à des degrés de taille ou de registre différents.

S.26:33 · La main devenue blanche

S.26:33
وَنَزَعَ يَدَهُ فَإِذَا هِيَ بَيْضَاءُ لِلنَّاظِرِينَ
Wa-nazaʿa yadahu fa-idhā hiya bayḑāʾu li-n-nāẕirīn Et il retira sa main (yad) — et voici qu’elle était blanche (bayḑāʾ) pour ceux qui regardaient (li-n-nāẕirīn).
Notes lexicales
yadahu
précédent exact, mot pour mot, déjà établi (S7:108, déjà publié). **Précision, aucune règle de méthode nouvelle requise** : ce *yad* désigne la main de Mūsā lui-même, non celle d'Allaah — aucune question d'anthropomorphisme en jeu ici, à distinguer nettement de la vigilance méthodologique exercée pour *yad Allaah* (S5:64, point d'accord explicite toujours en attente).

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