Structure du Bloc III. Quatre ensembles, qui ouvrent le récit d’Ibrāhīm au sein de cette sourate. D’abord la confrontation avec son père et son peuple sur l’adoration des idoles — questions posées, réponse de tradition reçue, et le constat final qui les désigne comme un ennemi, à l’exception du Rabb des ʿālamīn (S26:69–77). Puis la parole même d’Ibrāhīm sur ce qui le lie à son Rabb — une énumération de ce qu’Il fait pour lui, suivie d’une supplication qui va du ḥukm demandé jusqu’à l’annonce du jour où seul un cœur intact aura prix (S26:78–89). Puis la scène du Jour elle-même : le jardin rapproché pour les muttaqīn, la fournaise exposée à découvert pour les égarés, et la question qui leur est posée sur ce qu’ils adoraient (S26:90–95). Enfin la dispute de ceux qui sont jetés dans le Feu avec ce qu’ils adoraient — aveu de l’égarement, absence de shāfiʿ et d’ami, souhait d’un retour — close par le même refrain qui ponctue chacun des huit mouvements de cette sourate (S26:96–104).

Rappel de méthode, première occurrence dans ce Bloc — « Ce qui » pour Allaah. La séquence S26:78–82 attribue au Rabb d’Ibrāhīm une suite d’actions par la construction relative alladī (« celui qui… »). Conformément à la règle constante, cette relative est rendue par « Ce qui » plutôt que « Celui qui » lorsqu’elle attribue une action à Allaah : en français, le neutre absolu s’exprime par la locution « ce qui »/« ce que », non par « celui qui » — pronom masculin qui désignerait une personne. Le pronom ordinaire « Il »/« Lui » reste, lui, employé normalement là où le texte emploie huwa en reprise du sujet (ainsi à S26:78 : fa-huwa yahdīn, « c’est Lui qui me guide ») ou dans une construction conditionnelle sans relative substantive (S26:80 : fa-huwa yashfīn, « c’est Lui qui me guérit »).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.26:69 « Et récite-leur le récit d’Ibrāhīm »
S.26:70 « Qu’adorez-vous ? »
S.26:71 « Nous adorons des idoles, et nous leur demeurons attachés »
S.26:72–73 Vous entendent-elles ? Vous profitent-elles, ou vous nuisent-elles ?
S.26:74 « Nous avons trouvé nos pères agissant ainsi »
S.26:75–77 « Ils sont pour moi un ennemi — sauf le Rabb des ʿālamīn »
S.26:78–79 Ce qui l’a créé, le guide, le nourrit, l’abreuve
S.26:80–82 Ce qui le guérit, le fait mourir puis revivre, et dont il espère le pardon
S.26:83 « Accorde-moi un ḥukm, et fais-moi rejoindre les ṣāliḥīn »
S.26:84 « Accorde-moi une renommée de vérité parmi ceux qui viendront »
S.26:85 « Fais de moi un héritier du jardin du naʿīm »
S.26:86 « Pardonne à mon père — il était des égarés »
S.26:87 « Ne m’humilie pas le jour où ils seront ressuscités »
S.26:88–89 Le jour où seul profite un cœur intact (qalb salīm)
S.26:90–91 Le jardin rapproché, la fournaise exposée à découvert
S.26:92–93 « Où est ce que vous adoriez ? »
S.26:94–95 Culbutés dans le Feu avec les égarés et les troupes d’Iblīs
S.26:96–98 « Par Allaah, nous étions dans un égarement manifeste »
S.26:99–101 « Nul shāfiʿ, nul ami chaleureux pour nous »
S.26:102 « Si seulement nous avions un retour ! »
S.26:103–104 Le refrain de clôture — un signe, al-ʿAzīz, ar-Raḥīm

1. Ibrāhīm face à son père et à son peuple · S26:69–77

S.26:69 · « Et récite-leur le récit d’Ibrāhīm »

S.26:69
وَاتْلُ عَلَيْهِمْ نَبَأَ إِبْرَاهِيمَ
Wa-tlu ʿalayhim nabaʾa ibrāhīm Et récite-leur le récit (nabaʾ) d’Ibrāhīm.
Notes lexicales
nabaʾ
racine *n-b-ʾ* : une nouvelle, un récit digne d'être rapporté pour son importance — distinct de *qiṣṣa* (le récit suivi) par l'accent mis sur la portée de ce qui est annoncé, non sur son déroulé. Première occurrence développée de cette racine.

S.26:70 · « Qu’adorez-vous ? »

S.26:70
إِذْ قَالَ لِأَبِيهِ وَقَوْمِهِ مَا تَعْبُدُونَ
Idh qāla li-abīhi wa-qawmihi mā taʿbudūn Quand il dit à son père et à son peuple : « Qu’adorez-vous ? »

S.26:71 · « Nous adorons des idoles, et nous leur demeurons attachés »

S.26:71
قَالُوا نَعْبُدُ أَصْنَامًا فَنَظَلُّ لَهَا عَاكِفِينَ
Qālū naʿbudu aṣnāman fa-naẓallu lahā ʿākifīn Ils dirent : « Nous adorons des idoles (aṣnām), et nous demeurons attachés à elles avec assiduité (ʿākifīn). »
Notes lexicales
aṣnām
pluriel de *ṣanam* (idole, statue façonnée). Les lexicographes classiques hésitent sur l'origine même de ce mot — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) ne lui trouve pas de racine triconsonantique arabe assurée, et certains le tiennent pour un terme ancien déjà fixé dans la langue plutôt que dérivé d'un verbe arabe reconnu — à la différence de *wathan* (l'idole comme chose érigée, de *wathana*, fixer), que ce seul verset n'emploie pas.
ʿākifīn
racine *ʿ-k-f* : s'attacher à un lieu ou à une chose, s'y maintenir avec constance (d'où l'*iʿtikāf*, la retraite assidue). Même terme déjà établi pour ceux qui se maintiennent dans la Maison d'Ibrāhīm en dévotion (*al-ʿākifīn*, S2:125/187, déjà publiées) — ici, la même assiduité qualifie, à l'inverse, l'attachement du peuple d'Ibrāhīm à des idoles. Ce Bloc ne fusionne pas les deux emplois : même racine, objet radicalement opposé.

S.26:72–73 · Vous entendent-elles ? Vous profitent-elles, ou vous nuisent-elles ?

S.26:72–73
قَالَ هَلْ يَسْمَعُونَكُمْ إِذْ تَدْعُونَ أَوْ يَنْفَعُونَكُمْ أَوْ يَضُرُّونَ
Qāla hal yasmaʿūnakum idh tadʿūn aw yanfaʿūnakum aw yaḑurrūn Il dit : « Vous entendent-elles (yasmaʿūnakum) quand vous les invoquez ? Ou vous profitent-elles, ou vous nuisent-elles ? »

S.26:74 · « Nous avons trouvé nos pères agissant ainsi »

S.26:74
قَالُوا بَلْ وَجَدْنَا آبَاءَنَا كَذَٰلِكَ يَفْعَلُونَ
Qālū bal wajadnā ābāʾanā ka-dhālika yafʿalūn Ils dirent : « Non, mais nous avons trouvé (wajadnā) nos pères agissant ainsi. »
Notes lexicales
wajadnā ābāʾanā ka-dhālika yafʿalūn
**Dit :** la réponse ne porte aucune justification propre — elle invoque seulement la pratique héritée (*wajadnā*, nous avons trouvé) comme fondement suffisant, sans répondre aux trois questions précises que Ibrāhīm vient de poser (S26:72–73, ce Bloc).

S.26:75–77 · « Ils sont pour moi un ennemi — sauf le Rabb des ʿālamīn »

S.26:75–77
قَالَ أَفَرَأَيْتُمْ مَا كُنْتُمْ تَعْبُدُونَ أَنْتُمْ وَآبَاؤُكُمُ الْأَقْدَمُونَ فَإِنَّهُمْ عَدُوٌّ لِي إِلَّا رَبَّ الْعَالَمِينَ
Qāla a-fa-raʾaytum mā kuntum taʿbudūn — antum wa-ābāʾukumu l-aqdamūn — fa-innahum ʿaduwwun lī illā rabba l-ʿālamīn Il dit : « Avez-vous donc vu ce que vous adoriez, vous et vos ancêtres les plus reculés (al-aqdamūn) ? Ils sont pour moi un ennemi (ʿaduww) — sauf le Rabb des ʿālamīn, »
Notes lexicales
al-aqdamūn
racine *q-d-m* (précéder, être en avant) : les plus anciens, les plus reculés dans le temps — superlatif appliqué ici aux générations d'aïeux, au-delà des seuls pères déjà nommés en S26:74.
ʿaduwwun lī
racine *ʿ-d-w* (dépasser une limite, aller au-delà avec hostilité) — d'où l'ennemi. **Point de grammaire :** *ʿaduww* est ici un singulier à valeur collective, appliqué à l'ensemble des idoles qui viennent d'être évoquées au pluriel (*mā kuntum taʿbudūn*) — une forme attestée en arabe classique pour un nom qui désigne une qualité plutôt qu'un dénombrement.
illā rabba l-ʿālamīn
**Point de grammaire notable :** la particule *illā* introduit ici une exception disjointe (*istiṫnāʾ munqaṫiʿ*) — le Rabb des *ʿālamīn* n'appartenait pas, avant cette particule, à l'ensemble des choses adorées qui viennent d'être qualifiées d'ennemi : la construction pose un contraste total (ennemi / non-ennemi), non une soustraction à l'intérieur d'un même ensemble. Même désignation *rabb al-ʿālamīn* déjà établie au Bloc I de cette sourate (S26:16/23–28) — *rabb* n'est jamais rendu par « Seigneur », mais conservé en translittération.

2. La parole d’Ibrāhīm sur ce qui le lie à son Rabb, et sa supplication · S26:78–89

S.26:78–79 · Ce qui l’a créé, le guide, le nourrit, l’abreuve

S.26:78–79
الَّذِي خَلَقَنِي فَهُوَ يَهْدِينِ وَالَّذِي هُوَ يُطْعِمُنِي وَيَسْقِينِ
Alladhī khalaqanī fa-huwa yahdīn — wa-lladhī huwa yuṭʿimunī wa-yasqīn Ce qui m’a créé — et c’est Lui qui me guide ; et Ce qui me nourrit et m’abreuve ;
Notes lexicales
alladhī khalaqanī fa-huwa yahdīn
voir le rappel de méthode en tête de ce Bloc sur le rendu de *alladhī* appliqué à Allaah par « Ce qui ». **Dit :** Ibrāhīm énumère ici, dans l'ordre, la création puis la guidance (*hidāya*) comme deux actes distincts et successifs de son Rabb.
yuṭʿimunī wa-yasqīn
racines *ṭ-ʿ-m* (nourrir) et *s-q-y* (abreuver) — première occurrence développée de ce couple, appliqué ici à la subsistance la plus élémentaire reçue d'Ibrāhīm.

S.26:80–82 · Ce qui le guérit, le fait mourir puis revivre, et dont il espère le pardon

S.26:80–82
وَإِذَا مَرِضْتُ فَهُوَ يَشْفِينِ وَالَّذِي يُمِيتُنِي ثُمَّ يُحْيِينِ وَالَّذِي أَطْمَعُ أَنْ يَغْفِرَ لِي خَطِيئَتِي يَوْمَ الدِّينِ
Wa-idhā mariḑtu fa-huwa yashfīn — wa-lladhī yumītunī thumma yuḥyīn — wa-lladhī aṭmaʿu an yaghfira lī khaṭīʾatī yawma d-dīn et quand je suis malade (mariḑtu), c’est Lui qui me guérit (yashfīn) ; et Ce qui me fait mourir, puis me fait revivre ; et Ce qui, je l’espère ardemment (aṭmaʿu), me pardonnera ma faute (khaṭīʾa) au jour du dīn.
Notes lexicales
wa-idhā mariḑtu fa-huwa yashfīn
**Point de structure grammaticale, analyse purement linguistique.** Dans toute la série qui court de S26:78 à S26:81, chaque action est directement rattachée au Rabb par un sujet explicite (*alladhī*/*huwa* : Il crée, Il guide, Il nourrit, Il abreuve, Il fait mourir, Il fait revivre) — à une seule exception : le verbe *mariḑtu* (« je suis malade »), à la première personne, sans agent causal exprimé. Le texte ne rattache donc pas, par sa seule construction grammaticale, la maladie elle-même au Rabb de la même façon que les autres actes de cette série — seule la guérison qui en répond (*fa-huwa yashfīn*) Lui est explicitement rapportée. Ce Bloc relève cette asymétrie syntaxique sans l'interpréter davantage : **dit**, la dissymétrie des sujets grammaticaux ; **non-dit**, toute conclusion sur l'origine de la maladie elle-même, que ce seul verset ne pose pas.
yashfīn
racine *sh-f-y* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) rattache l'ensemble de cette racine à une seule idée-mère : le bord, la limite extrême d'une chose (*shafā*, le bord d'un précipice ou le dernier moment d'une chose qui s'achève). Le *shifāʾ* (la guérison) serait ainsi le passage hors de la limite, hors du bord de la maladie. Première occurrence développée de cette racine.
yumītunī thumma yuḥyīn
précédent direct déjà établi pour la même paire verbale, dans l'ordre inverse (*yuḥyī wa-yumīt*, S2:258, déjà publiée, le débat d'Ibrāhīm avec celui qui disputait de son Rabb) — ici, Ibrāhīm applique à lui-même, dans l'ordre mort puis vie, la même capacité déjà revendiquée face à ce contradicteur.
aṭmaʿu
racine *ṭ-m-ʿ* : un espoir vif, teinté d'un désir ardent — distinct du simple *rajāʾ* (l'espoir posé, sans cette teinte). Même racine reprise par les saḥara convertis au Bloc II de cette sourate (*naṭmaʿu*, S26:51) pour espérer, eux aussi, le pardon de leurs fautes.
khaṭīʾatī
racine *kh-ṭ-ʾ* : manquer la cible, s'écarter du droit sans viser délibérément le mal — distinct de *ẓulm* (déséquilibre) et de *ithm* (la faute qui engage lourdement). Forme singulière de la même racine déjà rencontrée au pluriel dans cette sourate (*khaṭāyānā*, Bloc II, S26:51).
yawma d-dīn
déjà établi (Fātiḥa, S1:4, déjà publiée) : *dīn* conservé en translittération — ni « jugement » ni « religion » ne couvrent seuls tout le champ du terme.

S.26:83 · « Accorde-moi un ḥukm, et fais-moi rejoindre les ṣāliḥīn »

S.26:83
رَبِّ هَبْ لِي حُكْمًا وَأَلْحِقْنِي بِالصَّالِحِينَ
Rabbi hab lī ḥukman wa-alḥiqnī bi-ṣ-ṣāliḥīn Mon Rabb, accorde-moi un ḥukm, et fais-moi rejoindre (alḥiqnī) les ṣāliḥīn.
Notes lexicales
ḥukman
racine *ḥ-k-m* : voir, pour l'analyse complète de cette racine, le Bloc I de cette sourate (S26:21) et l'étude dédiée [Le Nabī n'est pas législateur](/etudes/nabi-legislateur/), qui établit que le *ḥukm* n'appartient qu'à Allaah. **Point de méthode :** ici, Ibrāhīm ne revendique pas un *ḥukm* de son propre chef — il le demande (*hab lī*, « accorde-moi ») comme un don que seul son Rabb peut lui faire, ce qui est cohérent avec ce principe plutôt que contraire à lui : le *ḥukm* reste ce que le Rabb seul dispense, y compris à un nabī.
alḥiqnī bi-ṣ-ṣāliḥīn
racine *l-ḥ-q* (joindre, faire parvenir à rejoindre un groupe) : la demande porte sur une appartenance à venir, non sur une qualité déjà acquise. *Ṣāliḥīn* : terme déjà établi pour ceux dont l'agir est droit.

S.26:84 · « Accorde-moi une renommée de vérité parmi ceux qui viendront »

S.26:84
وَاجْعَلْ لِي لِسَانَ صِدْقٍ فِي الْآخِرِينَ
Wa-jʿal lī lisāna ṣidqin fi l-ākhirīn Et accorde-moi une renommée de vérité (lisān ṣidq) parmi ceux qui viendront après (al-ākhirīn).
Notes lexicales
lisāna ṣidqin
littéralement « une langue de vérité » — idiome de l'arabe classique qui ne désigne pas l'organe, mais une mention favorable et véridique laissée dans la bouche des générations à venir : un renom durable et exact. Précédent exact déjà établi pour la même expression, accordée à Ibrāhīm lui-même en réponse à cette demande (*wa-jaʿalnā lahum lisāna ṣidqin ʿaliyyā*, S19:50) — ce Bloc porte le sens visé plutôt que le calque littéral.
al-ākhirīn
racine *ʾ-kh-r* (ce qui vient après, ce qui est dernier) : les générations futures, par contraste avec *al-aqdamūn* (S26:76, ce Bloc) — les deux extrémités du temps, les tout premiers ancêtres et ceux qui viendront bien après, encadrent ainsi la figure d'Ibrāhīm.

S.26:85 · « Fais de moi un héritier du jardin du naʿīm »

S.26:85
وَاجْعَلْنِي مِنْ وَرَثَةِ جَنَّةِ النَّعِيمِ
Wa-jʿalnī min warathati jannati n-naʿīm Et fais de moi un héritier (min warathati) du jardin (janna) du naʿīm.
Notes lexicales
warathati jannati n-naʿīm
racine *w-r-th* (hériter) : même racine qu'un fil lexical déjà suivi ailleurs (S19:6/40/63). *Naʿīm* (racine *n-ʿ-m*, le bienfait, l'aisance comblée) : terme déjà rencontré dans la Fātiḥa (*alladhīna anʿamta ʿalayhim*, S1:7, déjà publiée) — ici substantivé pour qualifier le jardin lui-même.

S.26:86 · « Pardonne à mon père — il était des égarés »

S.26:86
وَاغْفِرْ لِأَبِي إِنَّهُ كَانَ مِنَ الضَّالِّينَ
Wa-ghfir li-abī innahu kāna mina ḑ-ḑāllīn Et pardonne à mon père — il était du nombre des égarés (aḑ-ḑāllīn).
Notes lexicales
wa-ghfir li-abī
**Point de continuité, sans accord nouveau et distinct requis.** Cette demande de pardon pour le père d'Ibrāhīm s'inscrit dans le même ensemble qu'un point déjà signalé : la promesse d'*istighfār* faite par Ibrāhīm à son père (*sa-astaghfiru laka rabbī*, S19:47) et sa résolution rapportée ailleurs (S9:113–114, point d'accord explicite déjà en attente). Ce Bloc ne rouvre pas cette prudence déjà posée sur le sort exact du père — il relève seulement que cette demande, ici formulée dans la bouche même d'Ibrāhīm au sein de son récit propre, appartient au même ensemble textuel.

S.26:87 · « Ne m’humilie pas le jour où ils seront ressuscités »

S.26:87
وَلَا تُخْزِنِي يَوْمَ يُبْعَثُونَ
Wa-lā tukhzinī yawma yubʿathūn Et ne m’humilie pas (lā tukhzinī) le jour où ils seront ressuscités (yubʿathūn).
Notes lexicales
lā tukhzinī
racine *kh-z-y* : l'humiliation, le dévoilement public d'une faute qui couvre de honte. Première occurrence développée de cette racine.

S.26:88–89 · Le jour où seul profite un cœur intact (qalb salīm)

S.26:88–89
يَوْمَ لَا يَنْفَعُ مَالٌ وَلَا بَنُونَ إِلَّا مَنْ أَتَى اللَّهَ بِقَلْبٍ سَلِيمٍ
Yawma lā yanfaʿu mālun wa-lā banūn — illā man atā llāha bi-qalbin salīm le jour où ni richesse (māl) ni fils (banūn) ne profiteront — sauf à qui vient à Allaah avec un cœur intact (qalb salīm).
Notes lexicales
qalbin salīm
racine *s-l-m* : être indemne, intact, exempt de toute atteinte — même racine que *silm*/*salām* (l'état d'intégrité, la paix) et *islām* (la remise de soi intègre). *Qalb salīm* : un cœur préservé de toute atteinte. **Dit :** le texte pose l'exception sur l'état du cœur lui-même, non sur la richesse ou la descendance qui viennent d'être nommées. **Non-dit :** ce seul verset ne précise pas la nature exacte de cette intégrité — la cohérence intra-coranique (le *shirk* nommé ailleurs comme *ẓulm ʿaẕīm*, hors du périmètre de ce Bloc) oriente vers une lecture d'absence de *shirk*, sans que ce verset seul ne le formule en ces termes.

3. La scène du Jour : le jardin rapproché, la fournaise exposée · S26:90–95

S.26:90–91 · Le jardin rapproché, la fournaise exposée à découvert

S.26:90–91
وَأُزْلِفَتِ الْجَنَّةُ لِلْمُتَّقِينَ وَبُرِّزَتِ الْجَحِيمُ لِلْغَاوِينَ
Wa-uzlifati l-jannatu li-l-muttaqīn — wa-burrizati l-jaḥīmu li-l-ghāwīn Et le jardin (janna) sera rapproché (uzlifat) pour les muttaqīn — et la fournaise (jaḥīm) sera exposée à découvert (burrizat) pour les égarés (al-ghāwīn).
Notes lexicales
uzlifati … burrizati
deux formes passives, sans agent exprimé — racines *z-l-f* (approcher, faire venir près) et *b-r-z* (apparaître en plein jour, sortir de ce qui dissimule). **Dit :** les deux issues sont posées en parallèle structurel exact (un sujet, un verbe passif, un bénéficiaire) ; **non-dit**, ce seul verset ne nomme pas l'agent de ces deux actions, laissé implicite comme dans d'autres passifs déjà rencontrés (*ulqiya*, Bloc II de cette sourate, S26:46).
al-ghāwīn
racine *gh-w-y* : l'égarement actif, qui s'engage et s'enfonce — distinct de la simple *ḑalāla* (s'écarter du chemin). Précédent déjà établi pour cette même racine (*ghayy*, S19:59–60 et S2:256, déjà publiée).

S.26:92–93 · « Où est ce que vous adoriez ? »

S.26:92–93
وَقِيلَ لَهُمْ أَيْنَ مَا كُنْتُمْ تَعْبُدُونَ مِنْ دُونِ اللَّهِ هَلْ يَنْصُرُونَكُمْ أَوْ يَنْتَصِرُونَ
Wa-qīla lahum ayna mā kuntum taʿbudūn — min dūni llāhi hal yanṣurūnakum aw yantaṣirūn Et il leur sera dit : « Où est ce que vous adoriez en dehors d’Allaah ? Vous secourent-ils, ou se secourent-ils eux-mêmes ? »
Notes lexicales
wa-qīla
forme passive sans locuteur nommé — même construction déjà rencontrée pour une parole rapportée sans identification textuelle de qui la prononce (S19:64).
hal yanṣurūnakum aw yantaṣirūn
deux formes de la même racine *n-ṣ-r* (secourir) : la forme simple tournée vers autrui (*yanṣurūnakum*, vous secourir), la forme réfléchie tournée vers soi (*yantaṣirūn*, se secourir eux-mêmes) — la question épuise ainsi les deux directions possibles d'un secours, et les deux sont laissées sans réponse par le texte.

S.26:94–95 · Culbutés dans le Feu avec les égarés et les troupes d’Iblīs

S.26:94–95
فَكُبْكِبُوا فِيهَا هُمْ وَالْغَاوُونَ وَجُنُودُ إِبْلِيسَ أَجْمَعُونَ
Fa-kubkibū fīhā hum wa-l-ghāwūn — wa-junūdu iblīsa ajmaʿūn Ils y seront alors culbutés (kubkibū) — eux [ce qu’ils adoraient], et les égarés, et les troupes (junūd) d’Iblīs, tous ensemble.
Notes lexicales
fa-kubkibū
forme quadrilitère redoublée de la racine *k-b-b* (renverser, jeter face contre terre) : *kubkiba* porte, par son redoublement même, une valeur intensive et répétée — non un simple renversement, mais un culbutement violent et en masse.
hum … wa-l-ghāwūn … wa-junūdu iblīsa
**Point de référence grammaticale.** Ce verset distingue trois catégories jetées ensemble dans le Feu : *hum* (« eux »), dont l'antécédent est ce qui fut adoré en dehors d'Allaah (*mā kuntum taʿbudūn*, S26:92–93, ce Bloc) ; *al-ghāwūn*, leurs adorateurs égarés ; et *junūd Iblīs*, les troupes d'Iblīs — une troisième catégorie distincte des deux premières. **Non-dit :** ce seul verset ne précise pas la composition exacte de ces *junūd* (troupes) d'Iblīs — ce Bloc n'importe aucune identification extérieure.

4. La dispute dans le Feu, et la clôture du récit · S26:96–104

S.26:96–98 · « Par Allaah, nous étions dans un égarement manifeste »

S.26:96–98
قَالُوا وَهُمْ فِيهَا يَخْتَصِمُونَ تَاللَّهِ إِنْ كُنَّا لَفِي ضَلَالٍ مُبِينٍ إِذْ نُسَوِّيكُمْ بِرَبِّ الْعَالَمِينَ
Qālū wa-hum fīhā yakhtaṣimūn — ta-llāhi in kunnā la-fī ḑalālin mubīn — idh nusawwīkum bi-rabbi l-ʿālamīn Ils diront, tandis qu’ils s’y disputeront (yakhtaṣimūn) : « Par Allaah, nous étions assurément dans un égarement manifeste, quand nous vous égalions (nusawwīkum) au Rabb des ʿālamīn,
Notes lexicales
yakhtaṣimūn
racine *kh-ṣ-m* : être en litige, se disputer — ceux qui furent adorés et ceux qui les adoraient se rejettent désormais mutuellement la faute.
nusawwīkum
racine *s-w-y* (égaler, mettre sur un même rang) : les adorateurs confessent avoir placé ce qu'ils adoraient sur le même rang que le Rabb des *ʿālamīn* — reconnaissance, dans le Feu, de ce que le texte nomme ailleurs *shirk*, sans que ce mot ne soit ici employé.

S.26:99–101 · « Nul shāfiʿ, nul ami chaleureux pour nous »

S.26:99–101
وَمَا أَضَلَّنَا إِلَّا الْمُجْرِمُونَ فَمَا لَنَا مِنْ شَافِعِينَ وَلَا صَدِيقٍ حَمِيمٍ
Wa-mā aḑallanā illā l-mujrimūn — fa-mā lanā min shāfiʿīn — wa-lā ṣadīqin ḥamīm et seuls les coupables (al-mujrimūn) nous ont égarés — nous n’avons donc ni shāfiʿīn, ni ami chaleureux (ṣadīq ḥamīm). »
Notes lexicales
al-mujrimūn
racine *j-r-m* : trancher, couper — d'où commettre un acte qui se détache et pèse sur son auteur. Terme déjà établi pour ceux dont l'acte constitue une faute grave.
fa-mā lanā min shāfiʿīn
racine *sh-f-ʿ*. → Voir l'étude dédiée [La shafāʿa dans le Coran](/etudes/shafaa/), qui traite déjà nommément ce verset (26:100) parmi les constats des gens du Feu : la racine ne porte pas, dans son sens premier, l'idée de plaidoirie ou de défense, mais celle de se joindre à, de former une paire avec. Ce Bloc conserve donc *shāfiʿīn* en translittération plutôt que « intercesseurs », conformément à cette étude : les gens du Feu constatent ici l'absence de qui se joindrait à eux, non l'absence d'un avocat.
wa-lā ṣadīqin ḥamīm
**Précédent exact, cohérence intra-coranique.** Ce même couple — l'absence de *ḥamīm* (ami chaleureux, intime) et de *shafīʿ* — se retrouve, dans le même ordre inversé, en S40:18 (*mā li-ẓ-ẕālimīna min ḥamīmin wa-lā shafīʿin yuṭāʿ*, cité dans l'étude [La shafāʿa dans le Coran](/etudes/shafaa/)) : une formule qui revient, pour qualifier le même dénuement. Racine *ḥ-m-m* : la chaleur intense — ici appliquée, par image, à la dévotion d'un ami proche ; **point de transparence**, cette racine qualifie ailleurs dans le Coran l'eau bouillante du châtiment (hors du périmètre de ce Bloc) — un même noyau de sens (la chaleur), deux registres entièrement distincts, que ce Bloc ne fusionne pas.

S.26:102 · « Si seulement nous avions un retour ! »

S.26:102
فَلَوْ أَنَّ لَنَا كَرَّةً فَنَكُونَ مِنَ الْمُؤْمِنِينَ
Fa-law anna lanā karratan fa-nakūna mina l-muʾminīn Si seulement nous avions un retour (karra), nous serions du nombre des muʾminūn !
Notes lexicales
karratan
racine *k-r-r* : le mouvement de retour au point de départ pour reprendre la séquence depuis son origine. Précédent exact déjà établi pour ce même souhait, dans une construction quasiment identique (*law anna lanā karratan*, S2:167, déjà publiée, où ceux qui ont suivi souhaitent un retour pour se dissocier de ceux qu'ils suivaient). **Non-dit, comme en S2:167 :** le texte ne dit pas que ce retour serait possible — il en rapporte seulement le souhait, sans suite.

S.26:103–104 · Le refrain de clôture — un signe, al-ʿAzīz, ar-Raḥīm

S.26:103–104
إِنَّ فِي ذَٰلِكَ لَآيَةً ۖ وَمَا كَانَ أَكْثَرُهُمْ مُؤْمِنِينَ وَإِنَّ رَبَّكَ لَهُوَ الْعَزِيزُ الرَّحِيمُ
Inna fī dhālika la-āyatan wa-mā kāna aktharuhum muʾminīn — wa-inna rabbaka la-huwa l-ʿazīzu r-raḥīm En cela, assurément, un signe (āya) — mais la plupart d’entre eux ne sont pas muʾminūn. Et ton Rabb est assurément, Lui, al-ʿAzīz, ar-Raḥīm.
Notes lexicales
inna fī dhālika la-āyatan … al-ʿazīzu r-raḥīm
**Troisième occurrence du refrain structurel de cette sourate** (annoncé au Bloc I, S26:8–9 : ce couple de versets revient à l'identique huit fois, clôturant chacun des huit mouvements narratifs — le récit d'Ibrāhīm s'achève ici sur sa troisième occurrence). *Al-ʿAzīz* et *ar-Raḥīm* restent conservés en translittération, conformément à la règle constante pour ce que l'on peut dire lorsqu'on parle du Rabb.

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