Structure du Bloc IV. Deux récits, construits sur un schéma identique à celui déjà rencontré dans cette sourate pour Mūsā (Blocs I–II) et pour Ibrāhīm (Bloc III) — l’un des huit mouvements narratifs annoncés dès l’ouverture. D’abord Nūḥ envoyé à son peuple : l’appel au tawḥīd rendu par un frère de sang commun (akhūhum), le refus d’obéir parce que ce sont « les plus vils » qui ont cru les premiers, la défense de Nūḥ, la menace de lapidation, son invocation pour une issue tranchée, le sauvetage dans l’arche chargée et la noyade du reste (S26:105–122). Puis Hūd envoyé à ʿĀd : même appel, le reproche porté sur des constructions et des forteresses vouées à une permanence illusoire, la violence de ce peuple qualifiée de tyrannie, le rappel des bienfaits reçus, la réponse qui invoque la seule « coutume des anciens », le démenti et la destruction (S26:123–140). Chacun des deux récits se clôt par le même refrain qui ponctue déjà les deux mouvements précédents de cette sourate (S26:8–9, 67–68, 103–104) — troisième occurrence à S26:121–122, quatrième à S26:139–140.
Rappel de méthode, première occurrence dans ce Bloc — « Ce qui » pour Allaah. S26:132 attribue au Rabb une action par la construction relative alladhī (« celui qui… »). Conformément à la règle constante, cette relative est rendue par « Ce qui » plutôt que « Celui qui » lorsqu’elle attribue une action à Allaah : en français, le neutre absolu s’exprime par la locution « ce qui »/« ce que », non par « celui qui » — pronom masculin qui désignerait une personne.
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.26:105 | Le peuple de Nūḥ traite de menteurs les envoyés |
| S.26:106–107 | « Je suis pour vous un rasūl digne de confiance » |
| S.26:108–110 | « Prémunissez-vous d’Allaah, et obéissez-moi » — sans rémunération demandée |
| S.26:111 | « Croirions-nous en toi, toi que suivent les plus vils ? » |
| S.26:112–115 | La réponse de Nūḥ : ce qu’il ne sait pas, ce qui n’incombe qu’à son Rabb, ce qu’il n’est pas |
| S.26:116 | La menace de lapidation |
| S.26:117–118 | « Tranche entre moi et eux, et sauve-moi » |
| S.26:119–120 | L’arche chargée, et la noyade du reste |
| S.26:121–122 | Le refrain — troisième occurrence |
| S.26:123 | ʿĀd traite de menteurs les envoyés |
| S.26:124–127 | L’appel de Hūd — même formule |
| S.26:128–129 | Le reproche : bâtir sur chaque hauteur, espérer y demeurer indéfiniment |
| S.26:130 | « Quand vous frappez, vous frappez en tyrans » |
| S.26:131 | « Prémunissez-vous d’Allaah, et obéissez-moi » — répété |
| S.26:132–134 | Ce qui les a pourvus de bestiaux, de fils, de jardins, de sources |
| S.26:135 | La crainte d’un jour immense |
| S.26:136–138 | « Qu’importe pour nous — ceci n’est que la coutume des anciens » |
| S.26:139–140 | Le démenti, la destruction, le refrain — quatrième occurrence |
1. Le récit de Nūḥ · S26:105–122
S.26:105 · Le peuple de Nūḥ traite de menteurs les envoyés
- al-mursalīn
- pluriel de *mursal* (envoyé), racine *r-s-l* — même construction que l'ouverture de chacun des cinq récits de cette série (S26:105, 123, 141, 160, 176) : le peuple dément « les envoyés » au pluriel, bien qu'un seul *rasūl* lui ait été envoyé. **Point de cohérence intra-coranique**, déjà relevé pour une construction identique (*kadhdhabū r-rusula*, S25:36–37) : démentir un seul *rasūl* revient, dans l'usage du texte, à démentir l'ensemble de ce qui est transmis par tout *rasūl* — ce Bloc ne développe pas davantage ce point, déjà posé, pour chacun des cinq récits qui suivent dans cette sourate.
S.26:106–107 · « Je suis pour vous un rasūl digne de confiance »
- akhūhum
- « leur frère » — précédent déjà établi (S7:65/73/85) : ce terme désigne un lien d'appartenance au même peuple, non une parenté biologique. Pour Nūḥ, le texte emploie ici cette même désignation, à la différence de S7:59 où le récit parallèle ne la nommait pas pour lui.
- rasūlun amīn
- racine *ʾ-m-n* : la sécurité, la fiabilité qui met à l'abri de toute crainte — d'où *amīn*, celui en qui l'on peut placer sa confiance sans risque de trahison. Précédent direct déjà établi pour le même qualificatif appliqué à un *rasūl* (*nāṣiḥun amīn*, S7:68, pour Hūd) ; **point de transparence**, ce même mot *amīn* (« digne de confiance », adjectif coranique attesté) est à distinguer strictement de la particule liturgique *āmīn* (absente du Coran, voir l'étude dédiée [Que savons-nous réellement du mot Āmīn ?](/etudes/amin-mot/)) — deux mots sans aucun rapport au-delà d'une ressemblance graphique.
S.26:108–110 · « Prémunissez-vous d’Allaah, et obéissez-moi » — sans rémunération demandée
- fa-ttaqū llāha wa-aṭīʿūn
- **Refrain structurel.** Cette double injonction revient, à l'identique, dans chacun des cinq récits de cette série (ici répétée deux fois pour Nūḥ ; reprise pour Hūd, S26:126/131, ce Bloc ; puis pour Ṣāliḥ, Lūṭ, Shuʿayb, hors de ce Bloc). **Point de méthode :** l'obéissance demandée (*aṭīʿūn*, « obéissez-moi ») suit directement, et non en alternative, la *taqwā* d'Allaah — le texte ne pose pas ce *rasūl* comme une source de norme indépendante de ce qu'il transmet ; voir l'étude dédiée [Le Nabī n'est pas législateur](/etudes/nabi-legislateur/), qui établit ce principe pour l'ensemble du corpus coranique.
- ajr
- racine *ʾ-j-r* : la rémunération, le salaire dû pour un service rendu. **Refrain également répété** dans chacun des cinq récits (S26:109, 127 ce Bloc ; hors Bloc pour Ṣāliḥ/Lūṭ/Shuʿayb) : chaque *rasūl* de cette série affirme ne réclamer à son peuple aucune rémunération, la sienne n'incombant qu'au Rabb des *ʿālamīn* — premier maillon de cette chaîne dans cette sourate.
- rabbi l-ʿālamīn
- précédent extensivement établi, dont au Bloc I de cette même sourate (S26:16/23–28) : *rabb* n'est jamais rendu par « Seigneur », mais conservé en translittération.
S.26:111 · « Croirions-nous en toi, toi que suivent les plus vils ? »
- al-arḏalūn
- racine *r-dh-l* : ce qui est de rang inférieur, méprisé, mis au rebut — superlatif ici substantivé. **Dit :** l'objection porte explicitement sur le rang social de ceux qui ont déjà cru, non sur le contenu du message lui-même. **Non-dit :** ce seul verset ne précise pas en quoi consiste exactement ce rang inférieur (richesse, lignage, considération) ; aucune identification n'est importée. Première occurrence développée de cette racine.
S.26:112–115 · La réponse de Nūḥ : ce qu’il ne sait pas, ce qui n’incombe qu’à son Rabb, ce qu’il n’est pas
- wa-mā ʿilmī bimā kānū yaʿmalūn
- **Dit :** Nūḥ ne répond pas à l'objection sur le rang des *arḏalūn* en la contestant ou en la justifiant — il déclare seulement n'avoir aucune connaissance de leurs actes, détournant la question du rang social vers l'ignorance où il se trouve lui-même quant à leur mérite réel. **Non-dit :** le texte ne tranche pas ici si le rang invoqué par l'assemblée est fondé ou non — il déplace seulement le critère.
- in ḥisābuhum illā ʿalā rabbī
- racine *ḥ-s-b* : compter, tenir un compte exact — le *ḥisāb* comme évaluation qui n'appartient qu'au Rabb, non à Nūḥ lui-même ni à l'assemblée qui l'interroge.
- bi-ṭāridi l-muʾminīn
- racine *ṭ-r-d* : chasser, repousser au loin. Première occurrence développée de cette racine — Nūḥ refuse explicitement d'exclure les *muʾminīn* au rang méprisé, quel que soit ce rang.
- nadhīrun mubīn
- précédent déjà établi, où cette même désignation est posée comme l'un des titres par lesquels le texte qualifie tout *nabī* — non celui de législateur (voir l'étude dédiée [Le Nabī n'est pas législateur](/etudes/nabi-legislateur/), qui cite nommément S15:89).
S.26:116 · La menace de lapidation
- al-marjūmīn
- racine *r-j-m* : jeter des pierres, frapper par projection. **Point de transparence, sans portée juridique.** Cette même racine se retrouve au cœur du débat traité par l'étude dédiée [La Lapidation](/etudes/lapidation/), qui établit que la seule peine coranique prévue pour la *zinā* est la flagellation, et non la lapidation. Ce Bloc relève que l'emploi de *r-j-m* en ce verset n'a aucun rapport avec ce débat juridique : il s'agit ici d'une menace de violence collective proférée par le peuple de Nūḥ contre lui, non d'une peine légiférée par le texte — un même mot, deux registres que ce Bloc ne confond pas.
S.26:117–118 · « Tranche entre moi et eux, et sauve-moi »
- fa-ftaḥ … fatḥan
- **Crux lexical.** Racine *f-t-ḥ* : son sens premier est ouvrir — mais Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) rattache à cette même idée-mère le fait de lever ce qui faisait obstacle, de résoudre une affaire restée fermée ; d'où l'emploi, attesté dans cet idiome précis (*iftaḥ baynī wa-bayna qawmī*), d'un sens de trancher, départager de façon décisive et sans retour — non celui d'ouvrir une porte au sens matériel. Ce Bloc porte donc le sens visé (« tranche », « décision ouverte et sans appel ») plutôt qu'un calque littéral (« ouvre »), conformément à la méthode constante.
S.26:119–120 · L’arche chargée, et la noyade du reste
- al-fulk
- précédent extensivement établi (S7:64, S11:37–44, S23:27) pour l'arche de Nūḥ.
- al-mashḥūn
- racine *sh-ḥ-n* : charger un navire, l'emplir de sa cargaison — d'où « chargée », « pleinement remplie ». Première occurrence développée de cette racine.
S.26:121–122 · Le refrain — troisième occurrence
- inna fī dhālika la-āyatan … al-ʿazīzu r-raḥīm
- **Troisième occurrence** du refrain structurel de cette sourate, annoncé au Bloc I (S26:8–9) : ce couple de versets revient, à l'identique, huit fois, clôturant chacun des huit mouvements narratifs — le récit de Nūḥ s'achève ici sur la troisième. *Al-ʿAzīz* et *ar-Raḥīm* restent conservés en translittération, conformément à la règle constante pour ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah.
2. Le récit de Hūd et ʿĀd · S26:123–140
S.26:123 · ʿĀd traite de menteurs les envoyés
S.26:124–127 · L’appel de Hūd — même formule
- idh qāla lahum akhūhum hūdun … rabbi l-ʿālamīn
- **Reprise à l'identique**, mot pour mot, de l'ouverture de l'appel de Nūḥ (S26:106–109, ce Bloc) — seul le nom change. Voir les notes déjà données sur *akhūhum*, *rasūlun amīn*, *fa-ttaqū llāha wa-aṭīʿūn* et *ajr* à cet endroit, non reprises ici.
S.26:128–129 · Le reproche : bâtir sur chaque hauteur, espérer y demeurer indéfiniment
- rīʿin
- racine *r-y-ʿ* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : un lieu élevé, une hauteur ou une crête qui domine le paysage. Première occurrence développée de cette racine.
- āyatan
- **Point de transparence lexicale.** Racine *ʾ-y-y*, très largement établie au sens de « signe » (théologique ou cosmique). Ici, appliquée à une construction humaine sur une hauteur, elle garde son sens premier le plus général — une marque visible, un repère, un monument qui signale — sans aucune connotation religieuse dans ce seul emploi : un même mot, un registre entièrement profane, que ce Bloc ne confond pas avec les emplois théologiques du même terme (comme au verset suivant, S26:130).
- taʿbathūn
- racine *ʿ-b-th* : agir sans but sérieux, par pur jeu ou futilité. Première occurrence développée de cette racine.
- maṣāniʿa
- pluriel de *maṣnaʿ*, racine *ṣ-n-ʿ* (fabriquer, construire). **Crux lexical, deux lectures classiques, sans trancher.** Les lexicographes anciens hésitent entre deux sens : des forteresses ou châteaux fortifiés, ou des citernes et réservoirs destinés à recueillir l'eau — les deux usages du mot étant attestés en arabe ancien. Ce Bloc retient le sens le plus large (« forteresses »), cohérent avec le parallélisme de ce verset avec le précédent (constructions d'orgueil), sans exclure la seconde lecture.
- takhludūn
- racine *kh-l-d* : demeurer sans fin, la permanence — même racine que *khuld*/*khālidīn*, déjà établie pour la permanence promise au jardin (S25:15). **Dit :** le reproche porte sur l'espoir d'une permanence terrestre par ces constructions ; **non-dit**, ce verset ne développe pas davantage la vanité de cet espoir au-delà de ce qu'il affirme.
S.26:130 · « Quand vous frappez, vous frappez en tyrans »
- baṭashtum
- racine *b-ṭ-sh* : saisir et frapper avec une violence soudaine et décisive. Première occurrence développée de cette racine.
- jabbārīn
- racine *j-b-r* : contraindre par la force, imposer sa domination. Précédent exact déjà établi pour ce même terme (« tyrans », S5:22, pour le peuple trouvé dans la terre sanctifiée) — ici appliqué, à front renversé, à ʿĀd elle-même.
S.26:131 · « Prémunissez-vous d’Allaah, et obéissez-moi » — répété
S.26:132–134 · Ce qui les a pourvus de bestiaux, de fils, de jardins, de sources
- wa-ttaqū lladhī amaddakum
- voir le rappel de méthode en tête de ce Bloc sur le rendu de *alladhī* appliqué à Allaah par « Ce qui ».
- amaddakum
- racine *m-d-d* : étendre, fournir de façon continue et renouvelée — d'où *madad*, le renfort, l'apport qui prolonge et soutient. Première occurrence développée de cette racine, appliquée ici à l'ensemble des bienfaits reçus par ʿĀd.
- anʿām … jannāt … ʿuyūn
- trois termes déjà établis : le bétail, les jardins irrigués, les sources — même énumération de bienfaits terrestres que celle déjà rencontrée pour d'autres peuples anéantis (S10:24, S16:5, déjà publiées).
S.26:135 · La crainte d’un jour immense
- akhāfu ʿalaykum ʿadhāba yawmin ʿaẕīm
- formule identique, mot pour mot, à celle déjà employée par Nūḥ dans le récit parallèle de la Sourate 7 (*innī akhāfu ʿalaykum ʿadhāba yawmin ʿaẕīm*, S7:59) — ici reprise par Hūd dans cette sourate.
S.26:136–138 · « Qu’importe pour nous — ceci n’est que la coutume des anciens »
- sawāʾun ʿalaynā
- construction déjà établie pour exprimer une indifférence totale face à deux issues également vaines (*sawāʾun ʿalayhim a-andhartahum am lam tundhirhum*, S2:6, déjà publiée, pour les *kāfirūn*) — ici, ʿĀd applique à l'exhortation de Hūd la même indifférence déclarée.
- a-waʿaẕta … al-wāʿiẕīn
- racine *w-ʿ-ẕ* : exhorter, avertir en rappelant une conséquence à venir. Première occurrence développée de cette racine.
- khuluqu l-awwalīn
- **Crux lexical, deux lectures, sans trancher.** Le texte de référence retenu (*ara-quransimple*, lecture de Ḥafs) porte ici *khuluqu* (avec ḑamma sur les trois lettres) — racine *kh-l-q* au sens de la coutume, le trait de caractère ou la manière d'agir reçue et répétée. D'autres *qirāʾāt* classiques, attestées par ailleurs, portent *khalqu* (la création, la nature même) à la même place — un sens voisin mais distinct (« ceci n'est que la nature des tout premiers », c'est-à-dire : les hommes ont toujours été ainsi). Ce Bloc retient la lecture de Ḥafs (« coutume ») sans écarter la seconde, les deux étant linguistiquement recevables. **Dit**, dans les deux lectures : le peuple de Hūd invoque, pour rejeter l'avertissement, une pratique ou une nature héritée des générations précédentes — le même type de réponse déjà rencontré pour le peuple de Nūḥ (*wajadnā ābāʾanā ka-dhālika yafʿalūn*, Bloc III de cette sourate, S26:74).
S.26:139–140 · Le démenti, la destruction, le refrain — quatrième occurrence
- fa-ahlaknāhum
- racine *h-l-k* : périr, être anéanti. **Point de transparence :** le verbe employé pour la destruction d'ʿĀd (*ahlaka*, anéantir de façon générale) diffère de celui employé pour le peuple de Nūḥ dans ce même Bloc (*aghraqa*, noyer spécifiquement, S26:120) — **non-dit**, ce seul verset ne précise pas par quel moyen cette destruction survient ; aucune description extérieure (vent, tempête) n'est importée dans le périmètre de ce Bloc.
- inna fī dhālika la-āyatan … al-ʿazīzu r-raḥīm
- **Quatrième occurrence** du même refrain structurel — le récit de Hūd et ʿĀd s'achève ici, à mi-parcours des huit occurrences annoncées depuis le Bloc I de cette sourate (S26:8–9).