Structure du Bloc V. Un seul récit, celui de Ṣāliḥ envoyé à Thamūd — sixième des huit mouvements narratifs annoncés dès l’ouverture de cette sourate (Bloc I, S26:8–9), construit sur le même schéma déjà rencontré pour Nūḥ et Hūd (Bloc IV) : l’appel au tawḥīd porté par leur frère (akhūhum) Ṣāliḥ, l’injonction à la taqwā et à l’obéissance sans rémunération demandée, le rappel ironique des bienfaits terrestres dont ce peuple jouit — jardins, sources, cultures, palmiers, demeures taillées avec habileté dans les montagnes (S26:141–149). Puis l’injonction répétée, assortie cette fois du refus d’obéir à l’ordre des excessifs qui répandent le désordre sur la terre (S26:150–152). Puis l’objection du peuple — l’accusation d’ensorcellement ou, selon une seconde lecture lexicale, de simple condition mortelle, et la demande d’un signe (S26:153–154). Puis la chamelle donnée comme signe, le partage du tour d’eau, et l’interdit de lui faire aucun mal (S26:155–156). Enfin le sacrifice mutilant de la chamelle, le regret, le châtiment, et le refrain qui clôt ce récit — cinquième occurrence des huit annoncées dans cette sourate (S26:157–159).
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.26:141 | Thamūd traite de menteurs les envoyés |
| S.26:142–143 | « Je suis pour vous un rasūl digne de confiance » |
| S.26:144–145 | « Prémunissez-vous d’Allaah, et obéissez-moi » — sans rémunération demandée |
| S.26:146–149 | Jardins, sources, cultures, palmiers — les demeures taillées dans les montagnes |
| S.26:150–152 | « Prémunissez-vous d’Allaah, et obéissez-moi » — répété ; ne pas obéir à l’ordre des excessifs |
| S.26:153–154 | « Tu n’es que du nombre des musaḥḥarīn » — « tu n’es qu’un être humain comme nous » |
| S.26:155–156 | La chamelle : un tour de boire pour elle, un tour pour vous |
| S.26:157–158 | Le sacrifice mutilant, le regret, le châtiment — le refrain |
| S.26:159 | Le refrain — cinquième occurrence |
Ṣāliḥ envoyé à Thamūd · S26:141–159
S.26:141 · Thamūd traite de menteurs les envoyés
- al-mursalīn
- troisième occurrence, dans cette sourate, de cette même construction (un seul peuple démentant « les envoyés » au pluriel, bien qu'un seul *rasūl* lui ait été envoyé) — après Nūḥ (S26:105) et Hūd (S26:123), Bloc IV ; voir la note de cohérence intra-coranique déjà posée à cet endroit, non reprise ici.
S.26:142–143 · « Je suis pour vous un rasūl digne de confiance »
- akhūhum … rasūlun amīn
- reprise à l'identique de la formule déjà établie pour Nūḥ et Hūd (S26:106–107/124, Bloc IV de cette sourate) ; voir les notes données à cet endroit sur *akhūhum* et sur *amīn* (distinct de la particule liturgique *āmīn*, voir l'étude dédiée [Que savons-nous réellement du mot Āmīn ?](/etudes/amin-mot/)), non reprises ici.
S.26:144–145 · « Prémunissez-vous d’Allaah, et obéissez-moi » — sans rémunération demandée
- fa-ttaqū llāha wa-aṭīʿūn … ajr
- reprise à l'identique du refrain structurel déjà établi pour Nūḥ et Hūd (S26:108–110/126–127, Bloc IV) — voir la note déjà donnée à cet endroit, dont le renvoi à l'étude dédiée [Le Nabī n'est pas législateur](/etudes/nabi-legislateur/), non reprise ici.
S.26:146–149 · Jardins, sources, cultures, palmiers — les demeures taillées dans les montagnes
- a-tutrakūna fī mā hāhunā āminīn
- Dit : le reproche porte sur l'illusion d'une permanence garantie par le seul cadre matériel environnant. *Āminīn*, précédent établi (S15:46/82 ; S12:99, déjà traduite) : la sécurité perçue, non la sécurité effective — le verset suivant, dans ce même Bloc (S26:157–158), montrera que cette sécurité ne les a pas préservés, de la même façon que pour le peuple d'al-Ḥijr (S15:82–83, déjà rapproché de ce même récit par cohérence intra-coranique).
- zurūʿin wa-nakhlin
- précédent établi pour ce même couple de termes (S13:4, S18:32) : les cultures et les palmiers, parmi l'énumération habituelle des bienfaits terrestres.
- ṭalʿuhā haḍīm
- racine *h-ḍ-m* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) rattache cette racine à l'idée de légèreté, de finesse, de ce qui est tendre et aisément entamé (la même racine désigne, par extension, la digestion aisée). *Ṭalʿ* : le bourgeon, la spadice naissante du palmier. Première occurrence développée de cette racine : les palmiers de Thamūd sont ici qualifiés par la tendreté, la délicatesse de leur fruit naissant.
- tanḥitūna mina l-jibāli buyūtan
- précédent presque mot pour mot déjà établi pour un peuple analogue, successeur de ʿĀd (S7:74 : *tanḥitūna l-jibāla buyūtan*) et pour les gens d'al-Ḥijr (S15:82 : *yanḥitūna mina l-jibāli buyūtan āminīn*), déjà rapprochés là, par cohérence intra-coranique et sans que ce seul nom ne soit prononcé, du peuple de Ṣāliḥ — ce verset confirme nommément cette identification.
- fārihīn
- racine *f-r-h* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : la dextérité, l'habileté technique exercée avec aisance. Première occurrence développée de cette racine. **Crux lexical, deux nuances attestées, sans trancher** : une partie des lexicographes classiques y lit la seule compétence du bâtisseur habile ; d'autres y entendent une nuance de suffisance, d'aisance complaisante dans l'accomplissement — les deux nuances restent cohérentes avec le reproche d'orgueil matériel qui structure ce passage (S26:146–149 dans son ensemble), sans que ce Bloc ne tranche entre elles.
S.26:150–152 · « Prémunissez-vous d’Allaah, et obéissez-moi » — répété ; ne pas obéir à l’ordre des excessifs
- fa-ttaqū llāha wa-aṭīʿūn
- second emploi du même refrain déjà posé en S26:144 (ce Bloc) — voir la note donnée à cet endroit, non reprise ici.
- al-musrifīn
- précédent extensivement établi (S7:31, S10:83, S21:9) : ceux qui outrepassent la juste mesure.
- yufsidūna fi l-arḍi wa-lā yuṣliḥūn
- étude dédiée [fasad-mufsidun.md](/etudes/fasad-mufsidun/) (S5:33) — précédent presque mot pour mot pour la même opposition entre *fasād* et *iṣlāḥ* (S7:56/85). **Point de méthode** : l'identité exacte de ces « excessifs » (une faction précise au sein de Thamūd, ou une désignation plus large) n'est pas précisée par ce seul verset — *non-dit*, ce Bloc ne l'importe pas.
S.26:153–154 · « Tu n’es que du nombre des musaḥḥarīn » — « tu n’es qu’un être humain comme nous »
- al-musaḥḥarīn
- Crux lexical, deux lectures classiques attestées, sans trancher. Racine *s-ḥ-r*. Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) rapporte, pour ce terme précis, deux lectures distinctes : (1) la forme intensive de la racine de la *siḥr* (la sorcellerie) — « ceux qui ont été ensorcelés de façon répétée ou intensive » ; (2) un sens dérivé, rattaché à la même racine (*as-saḥr* désignant la zone des poumons et des entrailles où se loge la nourriture digérée) — « ceux qui mangent et qui boivent », c'est-à-dire de simples mortels soumis aux mêmes besoins corporels que tout un chacun. Cette seconde lecture est explicitement reprise, sous une forme non ambiguë, par le second hémistiche de ce même verset (« tu n'es qu'un être humain comme nous ») — ce qui en fait, pour ce Bloc, la lecture la mieux étayée par le contexte immédiat, sans que la première lecture (l'accusation de sorcellerie) ne soit pour autant écartée : les deux sont attestées par les lexicographes classiques eux-mêmes. Cette même expression reviendra à l'identique pour Shuʿayb, plus loin dans cette sourate (S26:185, hors de ce Bloc).
- basharun mithlunā
- précédent extensivement établi (S14:10, S23:24/33) : l'objection porte toujours sur l'humanité ordinaire du *rasūl*, jamais sur le contenu de son message.
S.26:155–156 · La chamelle : un tour de boire pour elle, un tour pour vous
- hādhihi nāqatun
- Point de transparence, sans portée théologique. Cette occurrence du récit ne reprend pas la construction en annexion (*iḍāfa*) au nom d'Allaah déjà rencontrée pour le même événement (*hādhihi nāqatu llāhi*, S7:73) : ici, le texte nomme simplement « une chamelle ». Aucune divergence de contenu entre les deux occurrences de ce même récit dans le Coran — seulement une différence de formulation propre à chacune, le statut de signe (*āya*) de la chamelle étant par ailleurs affirmé dans l'autre occurrence sans être répété ici dans les mêmes termes.
- shirb
- racine *sh-r-b* (boire) : le tour, la part d'eau attribuée à chacun en alternance. Première occurrence développée de cette racine.
- yawmin maʿlūmin
- Non-dit : la périodicité exacte de cette alternance (quotidienne, ou selon un autre rythme) n'est pas précisée par ce seul verset.
- lā tamassūhā bi-sūʾin
- reprise, à peu de variantes près, de l'interdit déjà établi pour la même chamelle (*wa-lā tamassūhā bi-sūʾin*, S7:73).
S.26:157–158 · Le sacrifice mutilant, le regret, le châtiment — le refrain
- ʿaqarūhā
- précédent exact déjà établi pour le même geste (*fa-ʿaqarū n-nāqata*, S7:77) : sectionner les jarrets d'un animal pour l'immobiliser avant de l'abattre — un mode de mise à mort brutal et délibéré, distinct d'un simple abattage.
- nādimīn
- racine *n-d-m* : le regret qui suit un acte déjà accompli. Première occurrence développée de cette racine. Point de transparence, non-dit : ce verset rapporte le regret du peuple avant que le texte, dans la même phrase, n'affirme la survenue du châtiment lui-même — il ne précise pas si ce regret a précédé, accompagné, ou immédiatement suivi l'arrivée du châtiment ; ce Bloc s'en tient à l'ordre dans lequel le texte rapporte les deux faits, sans en tirer de conclusion temporelle au-delà.
- fa-akhadhahumu l-ʿadhābu
- Point de transparence : le verbe employé ici (*akhadha*, saisir) diffère de ceux déjà rencontrés pour la destruction de Nūḥ (*aghraqa*, noyer) et de ʿĀd (*ahlaka*, anéantir, Bloc IV de cette sourate) — non-dit sur le moyen exact de ce châtiment par ce seul mot ; il est nommé ailleurs pour ce même peuple (*ar-rajfa*, S7:78 ; *aṣ-ṣayḥa*, S11:67, S15:83), non repris ici au-delà de ce que ce verset affirme lui-même.
- inna fī dhālika la-āyatan wa-mā kāna aktharuhum muʾminīn
- Cinquième occurrence du refrain structurel de cette sourate, annoncé au Bloc I (S26:8–9) et déjà rencontré trois fois au Bloc IV (S26:67–68, 121–122, 139–140) : le récit de Ṣāliḥ et Thamūd s'achève ici sur la cinquième des huit occurrences.
S.26:159 · Le refrain — cinquième occurrence
- al-ʿazīzu r-raḥīm
- clôture du refrain, voir la note donnée au verset précédent (ce Bloc) — *al-ʿAzīz* et *ar-Raḥīm* restent conservés en translittération, conformément à la règle constante pour ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah.