Structure du Bloc VI. Deux récits, sixième et septième des huit mouvements narratifs annoncés dès l’ouverture de cette sourate (Bloc I, S26:8–9), construits sur le même schéma déjà rencontré pour Nūḥ, Hūd et Ṣāliḥ (Blocs IV-V de cette sourate). D’abord Lūṭ envoyé à son peuple : l’appel au tawḥīd porté par leur frère (akhūhum) Lūṭ, l’injonction à la taqwā et à l’obéissance sans rémunération demandée (S26:160–164) ; le reproche contre l’acte tourné vers les mâles et le délaissement de ce que leur Rabb a créé pour eux de leurs épouses (S26:165–166) ; la menace d’expulsion et la réponse de Lūṭ, qui en appelle à son Rabb pour que lui et sa famille soient sauvés de ce qu’ils font (S26:167–169) ; le sauvetage de tous, sauf une vieille femme restée en arrière, puis la destruction des autres et la pluie funeste (S26:170–173) ; et le refrain — septième des huit occurrences annoncées (S26:174–175). Puis les gens du Fourré (aṣḥāb al-Aykah) et Shuʿayb : le même appel au tawḥīd et à l’obéissance sans rémunération (S26:176–180) ; l’exigence de la pleine mesure, de la pesée exacte, du respect des biens d’autrui, et le refus de semer le désordre, assortis de l’appel à se prémunir de Ce qui les a créés, eux et la multitude des générations anciennes (S26:181–184) ; l’objection — « tu n’es que du nombre des musaḥḥarīn », déjà rencontrée à l’identique pour Ṣāliḥ (Bloc V, S26:153) — suivie de la demande d’un fragment du ciel comme signe (S26:185–187) ; la réponse de Shuʿayb et le châtiment du jour de l’ombre (S26:188–189) ; et le refrain — huitième et dernière occurrence, qui clôt la série annoncée au Bloc I (S26:190–191).

Point de méthode — prudence sur S26:165–166, sans importer aucune conclusion au-delà de ce que le texte affirme. Ce passage reprend, en des termes proches mais non identiques, le reproche déjà traduit pour le même récit, dans une autre sourate (S7:80–81 : « innakum la-taʾtūna r-rijāla shahwatan min dūni n-nisāʾi », « vous allez certes aux hommes par désir, en dehors des femmes »). Ici, le verbe est appliqué non aux hommes (rijāl) mais aux mâles (dhukrān, pluriel de dhakar), et le reproche est formulé en miroir : rechercher les mâles parmi les ʿālamīn d’une part, délaisser ce que le Rabb a créé pour eux de leurs épouses d’autre part. Dit : le texte rapporte un reproche de Lūṭ à son peuple portant sur un acte et sur un délaissement conjoint, qualifiés ensemble de transgression (qawmun ʿādūn). Non-dit : ce seul verset ne développe aucune élaboration juridique ou doctrinale au-delà de ce reproche narratif direct ; ce Bloc s’en tient à la traduction du texte, sans importer de conclusion normative qui ne serait pas affirmée ici même.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.26:160 Le peuple de Lūṭ traite de menteurs les envoyés
S.26:161–163 « Je suis pour vous un rasūl digne de confiance » — « Prémunissez-vous, et obéissez-moi »
S.26:164 Sans rémunération demandée
S.26:165–166 Le reproche : les mâles recherchés, les épouses délaissées
S.26:167 La menace d’expulsion
S.26:168–169 La réponse de Lūṭ — la détestation de cet agissement, la prière pour le sauvetage
S.26:170–171 Le sauvetage, sauf une vieille femme restée en arrière
S.26:172–173 La destruction des autres, la pluie funeste
S.26:174–175 Le refrain — septième occurrence
S.26:176 Les gens du Fourré traitent de menteurs les envoyés
S.26:177–178 Shuʿayb : « Je suis pour vous un rasūl digne de confiance »
S.26:179–180 « Prémunissez-vous, et obéissez-moi » — sans rémunération demandée
S.26:181–184 Pleine mesure, pesée exacte, ne pas léser les gens, ne pas semer le désordre
S.26:185–186 « Tu n’es que du nombre des musaḥḥarīn » — « tu es du nombre des menteurs »
S.26:187 La demande d’un fragment du ciel
S.26:188 La réponse de Shuʿayb
S.26:189 Le châtiment du jour de l’ombre
S.26:190–191 Le refrain — huitième et dernière occurrence

Lūṭ envoyé à son peuple · S26:160–175

S.26:160 · Le peuple de Lūṭ traite de menteurs les envoyés

S.26:160
كَذَّبَتْ قَوْمُ لُوطٍ الْمُرْسَلِينَ
Kadhdhabat qawmu lūṭin al-mursalīn Le peuple de Lūṭ traita de menteurs les envoyés (al-mursalīn).
Notes lexicales
al-mursalīn
quatrième occurrence, dans cette sourate, de cette même construction (un seul peuple démentant « les envoyés » au pluriel, bien qu'un seul *rasūl* lui ait été envoyé) — après Nūḥ (S26:105), Hūd (S26:123) et Ṣāliḥ (S26:141), Blocs IV-V ; voir la note de cohérence intra-coranique déjà posée à cet endroit, non reprise ici.

S.26:161–163 · « Je suis pour vous un rasūl digne de confiance » — « Prémunissez-vous, et obéissez-moi »

S.26:161–163
إِذْ قَالَ لَهُمْ أَخُوهُمْ لُوطٌ أَلَا تَتَّقُونَ إِنِّي لَكُمْ رَسُولٌ أَمِينٌ فَاتَّقُوا اللَّهَ وَأَطِيعُونِ
Idh qāla lahum akhūhum lūṭun alā tattaqūn — innī lakum rasūlun amīn — fa-ttaqū llāha wa-aṭīʿūn Quand leur frère (akhūhum) Lūṭ leur dit : « Ne vous prémunirez-vous donc pas ? Je suis pour vous un rasūl digne de confiance (amīn). Prémunissez-vous donc d’Allaah, et obéissez-moi. »
Notes lexicales
akhūhum lūṭun
Point de transparence, sans portée théologique. Cette sourate applique à Lūṭ la même formule de fraternité d'appartenance (*akhūhum*, « leur frère ») déjà employée pour Nūḥ, Hūd et Ṣāliḥ (Blocs IV-V de cette sourate) — alors que, dans le récit parallèle de la Sourate 7, l'introduction du récit de Lūṭ (S7:80 : « *wa-lūṭan idh qāla li-qawmihi* », « Et Lūṭ, quand il dit à son peuple ») ne reprenait pas cette même formule, point déjà signalé à cet endroit comme une simple observation descriptive. Ce Bloc relève cette différence entre les deux occurrences du même récit sans y attacher de conséquence de sens : *akhūhum* désigne, ici comme pour les autres envoyés de cette sourate, l'appartenance de Lūṭ à son propre peuple, non un lien de sang.
rasūlun amīn … fa-ttaqū llāha wa-aṭīʿūn
reprise à l'identique de la formule déjà établie pour Nūḥ, Hūd et Ṣāliḥ (S26:107–108/125–126/142–144, Blocs IV-V de cette sourate) ; voir les notes déjà données à cet endroit sur *amīn* (distinct de la particule liturgique *āmīn*, voir l'étude dédiée [Que savons-nous réellement du mot Āmīn ?](/etudes/amin-mot/)), non reprises ici.

S.26:164 · Sans rémunération demandée

S.26:164
وَمَا أَسْأَلُكُمْ عَلَيْهِ مِنْ أَجْرٍ ۖ إِنْ أَجْرِيَ إِلَّا عَلَىٰ رَبِّ الْعَالَمِينَ
Wa-mā asʾalukum ʿalayhi min ajrin in ajriya illā ʿalā rabbi l-ʿālamīn « Et je ne vous demande, pour cela, aucune rémunération (ajr) — ma rémunération n’incombe qu’au Rabb des ʿālamīn. »
Notes lexicales
mā asʾalukum ʿalayhi min ajr … rabbi l-ʿālamīn
reprise à l'identique du refrain structurel déjà établi pour Nūḥ, Hūd et Ṣāliḥ (S26:109/127/145, Blocs IV-V) — voir la note déjà donnée à cet endroit, dont le renvoi à l'étude dédiée [Le Nabī n'est pas législateur](/etudes/nabi-legislateur/), non reprise ici.

S.26:165–166 · Le reproche : les mâles recherchés, les épouses délaissées

Point théologiquement et socialement sensible, prudence maximale — voir le callout de méthode donné en tête de ce Bloc. Ce Bloc traduit ce reproche dans les termes mêmes du texte, sans importer ni conclusion juridique, ni élaboration extérieure à ce que ces deux versets affirment.

S.26:165–166
أَتَأْتُونَ الذُّكْرَانَ مِنَ الْعَالَمِينَ وَتَذَرُونَ مَا خَلَقَ لَكُمْ رَبُّكُمْ مِنْ أَزْوَاجِكُمْ ۚ بَلْ أَنْتُمْ قَوْمٌ عَادُونَ
A-taʾtūna dh-dhukrāna mina l-ʿālamīn — wa-tadharūna mā khalaqa lakum rabbukum min azwājikum bal antum qawmun ʿādūn « Allez-vous aux mâles (adh-dhukrān), parmi les créatures (al-ʿālamīn), et délaissez-vous (tadharūna) ce que votre Rabb a créé pour vous de vos épouses (azwājikum) ? Vous êtes bien plutôt un peuple qui transgresse (ʿādūn). »
Notes lexicales
adh-dhukrān
racine *dh-k-r*, pluriel de *dhakar* (le mâle) — première occurrence développée de ce pluriel précis. **Dit** : le reproche porte sur le fait d'aller « aux mâles parmi les *ʿālamīn* » — une formulation de portée générale (« parmi les créatures »), distincte de la construction *ar-rijāl* (« les hommes ») employée pour le même récit dans la Sourate 7 (S7:81), sans divergence de contenu entre les deux occurrences.
tadharūna mā khalaqa lakum rabbukum min azwājikum
racine *dh-r* (laisser, délaisser) — première occurrence développée. **Dit** : le second volet du reproche, construit en miroir du premier par la conjonction *wa* (« et »), porte sur le délaissement de ce que le Rabb a créé pour eux « de leurs épouses » (*azwāj*, déjà établi comme terme couvrant à la fois le lien conjugal et, par extension, l'appariement en général — étude dédiée [Femmes et hommes](/etudes/femmes-hommes/), déjà mobilisée au Bloc I de cette même sourate pour S26:7). **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas davantage la nature exacte de ce qui est délaissé au-delà de cette mise en regard des deux volets du reproche.
qawmun ʿādūn
racine *ʿ-d-w* (dépasser une limite, transgresser) — à distinguer du terme *musrifūn* (l'excès, racine *s-r-f*) employé pour qualifier le même peuple dans le récit parallèle de la Sourate 7 (S7:81) : deux racines distinctes pour un même reproche final, sans divergence de sens entre elles. Première occurrence développée de cette racine précise.

S.26:167 · La menace d’expulsion

S.26:167
قَالُوا لَئِنْ لَمْ تَنْتَهِ يَا لُوطُ لَتَكُونَنَّ مِنَ الْمُخْرَجِينَ
Qālū la-in lam tantahi yā lūṭu la-takūnanna mina l-mukhrajīn Ils dirent : « Si tu ne cesses pas (lam tantahi), ô Lūṭ, tu seras certainement du nombre de ceux qu’on expulse (al-mukhrajīn). »
Notes lexicales
al-mukhrajīn
racine *kh-r-j*, même racine que *mukhrajīn* déjà rencontrée — mais en un sens opposé : « ils n'en seront jamais expulsés » (*wa-mā hum minhā bi-mukhrajīn*, S15:48), à propos de la demeure des *muttaqīn*. Ici, au contraire, la menace porte sur l'expulsion hors de la cité elle-même — contraste de sens entre les deux occurrences, sans qu'aucune conclusion supplémentaire n'en soit tirée au-delà de cette antithèse. Point de cohérence : la réponse effective de ce peuple, dans le récit parallèle de la Sourate 7 (S7:82), use du verbe *akhrijūhum* de la même racine pour cette même expulsion.

S.26:168–169 · La réponse de Lūṭ — la détestation de cet agissement, la prière pour le sauvetage

S.26:168–169
قَالَ إِنِّي لِعَمَلِكُمْ مِنَ الْقَالِينَ رَبِّ نَجِّنِي وَأَهْلِي مِمَّا يَعْمَلُونَ
Qāla innī li-ʿamalikum mina l-qālīn — rabbi najjinī wa-ahlī mimmā yaʿmalūn Il dit : « Je suis, envers votre agissement (ʿamalikum), du nombre de ceux qui le détestent (al-qālīn). Mon Rabb, sauve-moi (najjinī), moi et ma famille (ahlī), de ce qu’ils font. »
Notes lexicales
al-qālīn
racine *q-l-y* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : la détestation, l'aversion intense et répétée envers une chose. Première occurrence développée de cette racine. **Dit** : Lūṭ oppose, à l'agissement de son peuple, sa propre détestation déclarée — le texte ne précise pas davantage, par ce seul mot, la nature de cette aversion au-delà de ce qu'affirme déjà le verset précédent (S26:165–166, ce Bloc).
rabbi najjinī wa-ahlī
racine *n-j-w* (sauver), précédent extensivement établi (*najjaynā*, S7:72, S11:58/66/94, S15:59). *Ahlī* (ma famille) : même terme que celui employé pour le sauvetage effectif au verset suivant (S26:170, ce Bloc) — la prière de Lūṭ et sa réalisation s'enchaînent sans écart lexical.

S.26:170–171 · Le sauvetage, sauf une vieille femme restée en arrière

S.26:170–171
فَنَجَّيْنَاهُ وَأَهْلَهُ أَجْمَعِينَ إِلَّا عَجُوزًا فِي الْغَابِرِينَ
Fa-najjaynāhu wa-ahlahu ajmaʿīn — illā ʿajūzan fi l-ghābirīn Nous le sauvâmes donc, lui et sa famille, tous ensemble (ajmaʿīn) — sauf une vieille femme (ʿajūzan), qui fut du nombre de ceux qui restèrent en arrière (al-ghābirīn).
Notes lexicales
illā ʿajūzan
racine *ʿ-j-z* (la vieillesse, l'incapacité liée à l'âge) — première occurrence développée. **Point de transparence.** Cette occurrence du récit désigne celle qui ne fut pas sauvée par le terme *ʿajūz* (« une vieille femme »), sans préciser par ce mot seul son lien avec Lūṭ ; le récit parallèle de la Sourate 7 la désigne par *imraʾatahu* (« son épouse », S7:83) — deux formulations du même événement, sans divergence de contenu, ce Bloc ne fusionnant pas les deux désignations au-delà de ce que chaque occurrence affirme elle-même.
al-ghābirīn
racine *gh-b-r* (rester en arrière, ne pas suivre ceux qui partent) — précédent exact déjà établi pour ce même événement (S7:83, S15:60). **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas la raison de ce sort — ce Bloc s'en tient à l'affirmation du texte, sans importer de récit extérieur.

S.26:172–173 · La destruction des autres, la pluie funeste

S.26:172–173
ثُمَّ دَمَّرْنَا الْآخَرِينَ وَأَمْطَرْنَا عَلَيْهِمْ مَطَرًا ۖ فَسَاءَ مَطَرُ الْمُنْذَرِينَ
Thumma dammarnā l-ākharīn — wa-amṭarnā ʿalayhim maṭaran fa-sāʾa maṭaru l-munẕarīn Puis Nous détruisîmes entièrement (dammarnā) les autres — et Nous fîmes pleuvoir sur eux une pluie (maṭaran) : combien funeste (sāʾa) fut la pluie de ceux qui avaient été avertis (al-munẕarīn) !
Notes lexicales
dammarnā
racine *d-m-r* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : détruire entièrement, anéantir sans reste. Première occurrence développée de cette racine, distincte des verbes de destruction déjà rencontrés pour les autres peuples de cette sourate (*aghraqnā*, la noyade de Nūḥ ; *ahlaka*, l'anéantissement général d'ʿĀd — Bloc IV) — **non-dit** sur le moyen concret de cette destruction au-delà de ce que précise le second hémistiche du même verset.
amṭarnā ʿalayhim maṭaran … al-munẕarīn
précédent presque mot pour mot déjà établi pour le même événement, dans le récit parallèle de la Sourate 7 (S7:84 : « *wa-amṭarnā ʿalayhim maṭaran* ») — **non-dit** là comme ici sur la nature exacte de cette « pluie » (eau, ou une autre substance). *Al-munẕarīn*, racine *n-dh-r*, même famille que *ʿāqibatu l-munẕarīn* déjà rencontrée (S10:73).

S.26:174–175 · Le refrain — septième occurrence

S.26:174–175
إِنَّ فِي ذَٰلِكَ لَآيَةً ۖ وَمَا كَانَ أَكْثَرُهُمْ مُؤْمِنِينَ وَإِنَّ رَبَّكَ لَهُوَ الْعَزِيزُ الرَّحِيمُ
Inna fī dhālika la-āyatan wa-mā kāna aktharuhum muʾminīn — wa-inna rabbaka la-huwa l-ʿazīzu r-raḥīm En cela, assurément, un signe (āya) — mais la plupart d’entre eux ne sont pas muʾminūn. Et ton Rabb est assurément, Lui, al-ʿAzīz, ar-Raḥīm.
Notes lexicales
inna fī dhālika la-āyatan … al-ʿazīzu r-raḥīm
Septième occurrence du refrain structurel de cette sourate, annoncé au Bloc I (S26:8–9) et déjà rencontré quatre fois aux Blocs IV-V (S26:67–68, 121–122, 139–140, 158–159) : le récit de Lūṭ s'achève ici sur la septième des huit occurrences — il n'en reste plus qu'une, à la clôture du récit de Shuʿayb qui suit immédiatement dans ce Bloc (S26:190–191).

Les gens du Fourré et Shuʿayb · S26:176–191

S.26:176 · Les gens du Fourré traitent de menteurs les envoyés

S.26:176
كَذَّبَ أَصْحَابُ الْأَيْكَةِ الْمُرْسَلِينَ
Kadhdhaba aṣḥābu l-aykati l-mursalīn Les gens du Fourré (aṣḥābu l-Aykah) traitèrent de menteurs les envoyés.
Notes lexicales
aṣḥābu l-Aykah
racine *ʾ-y-k* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : *al-aykah*, un bosquet, un fourré d'arbres serrés et touffus ; précédent déjà établi (S15:78), où ce peuple était nommé sans qu'aucun terme de ce passage ne le rattache explicitement à Madyan ou à Shuʿayb — point alors laissé *non-dit*, ce Bloc ne l'important pas de l'extérieur. **Ce verset-ci confirme nommément cette identification** : le verset suivant (S26:177, ce Bloc) nomme Shuʿayb comme celui qui fut envoyé à ces mêmes gens du Fourré — une identification désormais affirmée par le texte lui-même, à cet endroit précis, et non plus seulement inférée d'un rapprochement extérieur.
kadhdhaba aṣḥābu l-aykati
Point de méthode, grammatical, sans portée théologique. Le verbe est ici au masculin singulier (*kadhdhaba*), alors que le même refrain structurel emploie le féminin (*kadhdhabat*) pour Nūḥ, Hūd, Ṣāliḥ et Lūṭ (S26:105/123/141/160, Blocs IV-V et ce Bloc) : la différence tient à la nature grammaticale du sujet — *aṣḥāb* (pluriel brisé de *ṣāḥib*) autorise, dans l'usage classique, l'accord au masculin singulier, tandis que *qawm* et les noms de peuples employés plus haut prennent couramment l'accord féminin singulier. Simple variation grammaticale attendue, non une divergence de sens.

S.26:177–178 · Shuʿayb : « Je suis pour vous un rasūl digne de confiance »

S.26:177–178
إِذْ قَالَ لَهُمْ شُعَيْبٌ أَلَا تَتَّقُونَ إِنِّي لَكُمْ رَسُولٌ أَمِينٌ
Idh qāla lahum shuʿaybun alā tattaqūn — innī lakum rasūlun amīn Quand Shuʿayb leur dit : « Ne vous prémunirez-vous donc pas ? Je suis pour vous un rasūl digne de confiance. »
Notes lexicales
shuʿaybun … rasūlun amīn
Point de transparence. Cette occurrence n'emploie pas la formule *akhūhum* (« leur frère ») déjà appliquée, dans ce même Bloc, à Lūṭ, et aux Blocs IV-V à Nūḥ, Hūd et Ṣāliḥ — le nom de Shuʿayb est ici introduit directement, sans cette qualification ; le récit parallèle de la Sourate 7 l'emploie pourtant pour ce même envoyé (*wa-ilā madyana akhāhum shuʿayban*, S7:85). Simple variation de formulation entre les deux occurrences du même récit, sans divergence de contenu.

S.26:179–180 · « Prémunissez-vous, et obéissez-moi » — sans rémunération demandée

S.26:179–180
فَاتَّقُوا اللَّهَ وَأَطِيعُونِ وَمَا أَسْأَلُكُمْ عَلَيْهِ مِنْ أَجْرٍ ۖ إِنْ أَجْرِيَ إِلَّا عَلَىٰ رَبِّ الْعَالَمِينَ
Fa-ttaqū llāha wa-aṭīʿūn — wa-mā asʾalukum ʿalayhi min ajrin in ajriya illā ʿalā rabbi l-ʿālamīn « Prémunissez-vous donc d’Allaah, et obéissez-moi. Et je ne vous demande, pour cela, aucune rémunération — ma rémunération n’incombe qu’au Rabb des ʿālamīn. »
Notes lexicales
fa-ttaqū llāha wa-aṭīʿūn … ajr
reprise à l'identique du même refrain structurel déjà établi quatre fois dans cette sourate (S26:108–110/126–127/144–145/163–164, Blocs IV-V et ce Bloc) — voir les notes déjà données à cet endroit, non reprises ici.

S.26:181–184 · Pleine mesure, pesée exacte, ne pas léser les gens, ne pas semer le désordre

S.26:181–184
۞ أَوْفُوا الْكَيْلَ وَلَا تَكُونُوا مِنَ الْمُخْسِرِينَ وَزِنُوا بِالْقِسْطَاسِ الْمُسْتَقِيمِ وَلَا تَبْخَسُوا النَّاسَ أَشْيَاءَهُمْ وَلَا تَعْثَوْا فِي الْأَرْضِ مُفْسِدِينَ وَاتَّقُوا الَّذِي خَلَقَكُمْ وَالْجِبِلَّةَ الْأَوَّلِينَ
Awfū l-kayla wa-lā takūnū mina l-mukhsirīn — wa-zinū bi-l-qisṭāsi l-mustaqīm — wa-lā tabkhasū n-nāsa ashyāʾahum wa-lā taʿthaw fi l-arḍi mufsidīn — wa-ttaqū lladhī khalaqakum wa-l-jibillata l-awwalīn « Donnez pleine mesure (al-kayl), et ne soyez pas de ceux qui font perdre (al-mukhsirīn). Pesez avec la balance exacte (al-qisṭās al-mustaqīm). Et ne lésez pas les gens dans leurs biens (lā tabkhasū), et ne semez pas le désordre sur la terre en corrupteurs (lā taʿthaw … mufsidīn). Et prémunissez-vous de Ce qui vous a créés, vous et la multitude des générations anciennes (al-jibilla l-awwalīn). »
Notes lexicales
۞
marque de division (*rubʿ al-ḥizb*) du texte source, placée ici au tout début de ce verset — incluse dans le champ `ar=` conformément à l'usage constant.
awfū l-kayl … al-mukhsirīn
*kayl* (la mesure de capacité), précédent établi (*al-kayl wa-l-mīzān*, S6:152, S7:85, S11:84–85). *Al-mukhsirīn*, racine *kh-s-r* (faire perdre, causer un préjudice) — première occurrence développée de cette forme précise, appliquée ici à ceux qui, par une mesure tronquée, font subir une perte à autrui.
al-qisṭās al-mustaqīm
précédent exact déjà établi (*al-qisṭās al-mustaqīm*, S17:35) : une balance dont l'exactitude est elle-même qualifiée de droite — *qisṭās*, de la même famille sémantique que *qisṭ* (l'équité), distinct de *mīzān* (la pesée au sens le plus général).
lā tabkhasū n-nāsa ashyāʾahum
précédent exact et mot pour mot déjà établi pour ce même récit, dans deux sourates distinctes (S7:85, S11:85) : racine *b-kh-s*, diminuer frauduleusement ce qui revient de droit à autrui.
lā taʿthaw fi l-arḍi mufsidīn
précédent exact, mot pour mot, déjà établi pour ce même récit (S11:85) ; voir l'étude dédiée [Fasād et mufsidūn](/etudes/fasad-mufsidun/).
al-jibillata l-awwalīn
racine *j-b-l* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) et Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : *al-jibilla* désigne la nature propre d'une chose telle qu'elle a été façonnée, et, par extension couramment attestée, la masse, la multitude d'un ensemble de créatures déjà formées — ici appliqué aux générations humaines antérieures prises dans leur ensemble. **Crux lexical, pas de correspondance en un seul mot français** : ce Bloc retient le groupe de mots « la multitude des générations anciennes », faute d'équivalent français à un seul terme, plutôt qu'une translittération seule, le sens restant suffisamment cerné par ce groupe de mots. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas si cette « multitude » désigne l'humanité tout entière depuis son origine, ou seulement les peuples déjà rencontrés dans ce récit — ce Bloc ne tranche pas au-delà de ce que le texte affirme.

S.26:185–186 · « Tu n’es que du nombre des musaḥḥarīn » — « tu es du nombre des menteurs »

S.26:185–186
قَالُوا إِنَّمَا أَنْتَ مِنَ الْمُسَحَّرِينَ وَمَا أَنْتَ إِلَّا بَشَرٌ مِثْلُنَا وَإِنْ نَظُنُّكَ لَمِنَ الْكَاذِبِينَ
Qālū innamā anta mina l-musaḥḥarīn — wa-mā anta illā basharun mithlunā wa-in naẕunnuka la-mina l-kādhibīn Ils dirent : « Tu n’es rien d’autre que du nombre des musaḥḥarīn. Tu n’es qu’un être humain (bashar) comme nous, et nous pensons bien (naẕunnuka) que tu es du nombre des menteurs (al-kādhibīn). »
Notes lexicales
al-musaḥḥarīn
reprise à l'identique de l'expression déjà rencontrée pour Ṣāliḥ dans ce Bloc même (S26:153, Bloc V de cette sourate) — crux lexical, deux lectures classiques attestées, sans trancher, déjà exposé à cet endroit (« les ensorcelés » ou « ceux qui mangent et qui boivent », simples mortels) ; voir la note donnée alors, non reprise ici.
bashar mithlunā
précédent extensivement établi (S14:10, S23:24/33, S26:154) : l'objection porte toujours sur l'humanité ordinaire du *rasūl*, jamais sur le contenu de son message.

S.26:187 · La demande d’un fragment du ciel

S.26:187
فَأَسْقِطْ عَلَيْنَا كِسَفًا مِنَ السَّمَاءِ إِنْ كُنْتَ مِنَ الصَّادِقِينَ
Fa-asqiṭ ʿalaynā kisafan mina s-samāʾi in kunta mina ṣ-ṣādiqīn « Fais donc tomber sur nous un fragment (kisafan) du ciel, si tu es du nombre des véridiques (aṣ-ṣādiqīn). »
Notes lexicales
kisafan mina s-samāʾ
racine *k-s-f* (le fragment, le morceau détaché d'un ensemble) — précédent exact déjà établi pour cette même exigence, adressée au *nabī* Muḥammad par les dénégateurs de son peuple (*aw tusqiṭa s-samāʾa … kisafan*, S17:92) : la même demande d'un fragment du ciel précipité, déjà posée comme l'une des six exigences de miracle alors opposées au *nabī* — ici formulée par le peuple de Shuʿayb, en écho, sans que ce Bloc n'en tire de conclusion supplémentaire au-delà de ce rapprochement lexical.

S.26:188 · La réponse de Shuʿayb

S.26:188
قَالَ رَبِّي أَعْلَمُ بِمَا تَعْمَلُونَ
Qāla rabbī aʿlamu bimā taʿmalūn Il dit : « Mon Rabb sait mieux (aʿlamu) ce que vous faites. »
Notes lexicales
rabbī aʿlamu bimā taʿmalūn
Non-dit : Shuʿayb ne répond pas directement à la demande d'un signe cataclysmique formulée au verset précédent — il renvoie la connaissance de ce qui est fait à son Rabb, sans confirmer ni refuser lui-même la demande. Ce Bloc s'en tient à ce que le texte rapporte, sans compléter cette réponse par une suite narrative qui ne serait pas donnée ici.

S.26:189 · Le châtiment du jour de l’ombre

S.26:189
فَكَذَّبُوهُ فَأَخَذَهُمْ عَذَابُ يَوْمِ الظُّلَّةِ ۚ إِنَّهُ كَانَ عَذَابَ يَوْمٍ عَظِيمٍ
Fa-kadhdhabūhu fa-akhadhahum ʿadhābu yawmi ẕ-ẕullati innahu kāna ʿadhāba yawmin ʿaẕīm Ils le traitèrent de menteur — le châtiment du jour de l’ombre (yawm aẕ-ẕulla) les saisit alors : ce fut certes le châtiment d’un jour immense.
Notes lexicales
yawm aẕ-ẕulla
racine *ẕ-l-l* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : *aẕ-ẕulla*, une couverture qui surplombe et projette son ombre — le plus souvent un nuage ou une voûte qui s'étend au-dessus de ce qu'il recouvre. Première occurrence développée de ce terme précis. **Dit** : le texte nomme ce châtiment par ce seul terme, « le jour de l'ombre/de la couverture ». **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas la nature physique exacte de cet événement (une chaleur extrême sous un ciel couvert, ou tout autre phénomène) — ce Bloc n'importe aucune description qui ne serait pas donnée par le texte lui-même.

S.26:190–191 · Le refrain — huitième et dernière occurrence

S.26:190–191
إِنَّ فِي ذَٰلِكَ لَآيَةً ۖ وَمَا كَانَ أَكْثَرُهُمْ مُؤْمِنِينَ وَإِنَّ رَبَّكَ لَهُوَ الْعَزِيزُ الرَّحِيمُ
Inna fī dhālika la-āyatan wa-mā kāna aktharuhum muʾminīn — wa-inna rabbaka la-huwa l-ʿazīzu r-raḥīm En cela, assurément, un signe — mais la plupart d’entre eux ne sont pas muʾminūn. Et ton Rabb est assurément, Lui, al-ʿAzīz, ar-Raḥīm.
Notes lexicales
inna fī dhālika la-āyatan … al-ʿazīzu r-raḥīm
Huitième et dernière occurrence du refrain structurel annoncé dès l'ouverture de cette sourate (Bloc I, S26:8–9) et rencontré sept fois auparavant (S26:67–68, 103–104, 121–122, 139–140, 158–159, 174–175, ce Bloc) : le récit des gens du Fourré et de Shuʿayb clôt ici la série des huit mouvements narratifs annoncés — chacun des huit récits de cette sourate s'achève désormais sur ce même refrain.

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