Structure du Bloc I — ouverture de la Sourate 27. Ce Bloc ouvre la sourate par un court exorde sur le Qurʾān comme guidance et bonne annonce pour les muʾminūn, et sur l’aveuglement de ceux qui ne croient pas en l’au-delà (S27:1–6). Vient ensuite le récit de Mūsā au feu aperçu dans la nuit : l’appel, l’auto-désignation d’Allaah, le bâton devenu jānn, la main blanchie, les neuf āyāt données à Firʿawn et son peuple, et leur déni malgré la certitude intérieure (S27:7–14). S’ouvre alors le récit de Dāwūd et Sulaymān : la science qui leur est donnée, l’héritage de Sulaymān, son armée de jinn, d’humains et d’oiseaux, l’épisode de la fourmi qui avertit les siennes, et la prière de gratitude de Sulaymān (S27:15–19). Le Bloc se referme sur l’épisode du hudhud : son absence remarquée, la menace, son rapport sur la reine de Sabaʾ et son peuple qui se prosternent devant le soleil, et la question rhétorique sur la prosternation due à Allaah seul, Rabb du ʿArsh immense (S27:20–26).

Point théologiquement sensible majeur — S27:8, « béni soit qui est dans le feu et qui est autour de lui ». Ce verset appelle la plus grande prudence méthodologique. Voir le callout dédié à cet endroit : ce Bloc n’affirme à aucun moment qu’Allaah se trouverait spatialement « dans » ce feu — la construction grammaticale de ce verset laisse plusieurs lectures possibles quant au référent de « qui »/« ce qui » (man), qu’aucune de ces lectures n’assimile à une présence corporelle ou locative d’Allaah. Les trois lectures possibles sont exposées côte à côte, sans qu’aucune ne soit retenue comme seule valable.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.27:1 Ṭā-Sīn — les āyāt du Qurʾān et d’un Kitāb manifeste
S.27:2–3 Guidance et bonne annonce pour les muʾminūn
S.27:4–5 Ceux qui ne croient pas en l’au-delà — leurs actes embellis
S.27:6 Le Qurʾān reçu de la part de Ce qui est sage et savant
S.27:7 Mūsā aperçoit un feu
S.27:8 L’appel — « béni soit qui est dans le feu et qui est autour de lui »
S.27:9 « C’est Moi, Allaah, al-ʿAzīz, al-Ḥakīm »
S.27:10 Le bâton devenu jānn — la fuite de Mūsā — « ne crains rien »
S.27:11 L’exception — celui qui a commis une injustice, puis l’a réparée
S.27:12 La main blanchie — neuf āyāt pour Firʿawn et son peuple
S.27:13 « Ceci est une sorcellerie manifeste »
S.27:14 Le déni malgré la certitude intérieure
S.27:15 Dāwūd et Sulaymān reçoivent une science — la ḥamd
S.27:16 Sulaymān hérite de Dāwūd — le langage des oiseaux
S.27:17 L’armée rassemblée — jinn, humains, oiseaux
S.27:18 La fourmi avertit les siennes
S.27:19 Le sourire de Sulaymān — sa prière de gratitude
S.27:20–21 L’absence du hudhud — la menace
S.27:22 L’excuse du hudhud — « j’ai cerné ce que tu n’as pas cerné »
S.27:23 Une femme qui règne sur eux — un trône immense
S.27:24 Elle et son peuple se prosternent devant le soleil
S.27:25 Pourquoi ne se prosternent-ils pas devant Ce qui fait sortir le caché
S.27:26 Allaah, nul ilāh que Lui, Rabb du ʿArsh immense

Exorde — le Qurʾān, guidance pour les muʾminūn · S27:1–6

S.27:1 · Ṭā-Sīn — les āyāt du Qurʾān et d’un Kitāb manifeste

S.27:1
طس ۚ تِلْكَ آيَاتُ الْقُرْآنِ وَكِتَابٍ مُبِينٍ
Ṭā-Sīn — tilka āyātu l-qurʾāni wa-kitābin mubīn Ṭā. Sīn. Voilà les āyāt du Qurʾān, et d’un Kitāb manifeste (mubīn).
Notes lexicales
Ṭā-Sīn
lettres séparées (*ḥurūf muqaṭṭaʿāt*) — voir l'étude dédiée [Les Muqaṭṭaʿāt](/etudes/trad-muqattaat/). Conformément à la règle constante, aucun sens n'est attribué à ces deux lettres d'ouverture.
āyātu l-qurʾāni wa-kitābin mubīn
*āyāt*, *Qurʾān* et *Kitāb* conservés en translittération, conformément à l'usage constant. **Point de transparence** : cette ouverture associe deux désignations du même texte (« le Qurʾān » et « un Kitāb manifeste ») plutôt que la formule plus brève déjà rencontrée ailleurs (« les āyāt du Kitāb manifeste », S12:1, S26:2) — ce Bloc n'y voit pas une distinction de nature entre les deux termes, mais un simple doublet d'ouverture propre à cette sourate.

S.27:2–3 · Guidance et bonne annonce pour les muʾminūn

S.27:2–3
هُدًى وَبُشْرَىٰ لِلْمُؤْمِنِينَ الَّذِينَ يُقِيمُونَ الصَّلَاةَ وَيُؤْتُونَ الزَّكَاةَ وَهُمْ بِالْآخِرَةِ هُمْ يُوقِنُونَ
Hudan wa-bushrā li-l-muʾminīn — alladhīna yuqīmūna ṣ-ṣalāta wa-yuʾtūna z-zakāta wa-hum bi-l-ākhirati hum yūqinūn Guidance (hudan) et bonne annonce (bushrā) pour les muʾminūn — ceux qui établissent la ṣalāt, donnent la zakāt, et qui, de l’au-delà (al-ākhira), ont la certitude (yūqinūn).
Notes lexicales
hudan … bushrā
*bushrā*, racine *b-sh-r*, précédent établi (S2:97–99, S3:126, S11:69 : « l'annonce heureuse »). Première occurrence développée de ce couple exact.
al-muʾminīn
racine *ʾ-m-n*, conservée en translittération : ceux qui ont la *īmān*, la conviction intérieure assurée.
ṣ-ṣalāta … z-zakāta
*ṣalāt* et *zakāt*, termes sans équivalent français fidèle, conservés en translittération.
bi-l-ākhirati hum yūqinūn
*al-ākhira*, racine *ʾ-kh-r* : ce qui vient après, en dernier — précédent établi (S2:4, S4:162) : rendu par « l'au-delà », un repère temporel relatif (ce qui vient en dernier), non la description ontologique d'un second monde séparé. *Yūqinūn*, racine *y-q-n* : la certitude qui ne laisse place à aucun doute, plus forte que la simple croyance — première occurrence développée de cette racine précise.

S.27:4–5 · Ceux qui ne croient pas en l’au-delà — leurs actes embellis

S.27:4–5
إِنَّ الَّذِينَ لَا يُؤْمِنُونَ بِالْآخِرَةِ زَيَّنَّا لَهُمْ أَعْمَالَهُمْ فَهُمْ يَعْمَهُونَ أُولَٰئِكَ الَّذِينَ لَهُمْ سُوءُ الْعَذَابِ وَهُمْ فِي الْآخِرَةِ هُمُ الْأَخْسَرُونَ
Inna lladhīna lā yuʾminūna bi-l-ākhirati zayyannā lahum aʿmālahum fa-hum yaʿmahūn — ulāʾika lladhīna lahum sūʾu l-ʿadhābi wa-hum fi l-ākhirati humu l-akhsarūn Quant à ceux qui ne croient pas en l’au-delà, Nous avons embelli pour eux leurs actions (zayyannā lahum aʿmālahum) — ils errent donc aveuglément (yaʿmahūn). Voilà ceux pour qui est le pire du châtiment — et ce sont eux, dans l’au-delà, les plus grands perdants (al-akhsarūn).
Notes lexicales
zayyannā lahum aʿmālahum
racine *z-y-n*, précédent extensivement établi (S2:212, S6:43/108/122/137, S16:63 : embellir, rendre attrayant). **Point de transparence** : ce verset attribue directement à Allaah à la première personne (« Nous avons embelli ») cette même action ailleurs attribuée nommément au *shayṭān* (S6:43/137, S16:63 ; et plus loin dans ce Bloc même, S27:24) ou laissée sans agent nommé (S2:212). Ce Bloc rapporte les trois formulations telles que le texte les pose, sans les fondre en une seule : le texte lui-même attribue tantôt cette embellissement à Allaah, tantôt au *shayṭān*, sans qu'aucun verset pris isolément n'explicite le rapport entre ces deux attributions.
yaʿmahūn
racine *ʿ-m-h* : errer sans direction, comme aveuglé, par opposition à *ʿamiya* (être aveugle au sens propre). Première occurrence développée.
al-akhsarūn
racine *kh-s-r* : la perte, l'échec d'une transaction — élatif, « les plus grands perdants ». Première occurrence développée de cette forme précise.

S.27:6 · Le Qurʾān reçu de la part de Ce qui est sage et savant

S.27:6
وَإِنَّكَ لَتُلَقَّى الْقُرْآنَ مِنْ لَدُنْ حَكِيمٍ عَلِيمٍ
Wa-innaka la-tulaqqā l-qurʾāna min ladun ḥakīmin ʿalīm Et toi, tu reçois certainement (la-tulaqqā) le Qurʾān, de la part de Ce qui est parfaitement sage et parfaitement savant (ḥakīmin ʿalīm).
Notes lexicales
la-tulaqqā
racine *l-q-y*, forme II au passif : être amené à recevoir, se voir remettre. Première occurrence développée de cette forme précise.
min ladun ḥakīmin ʿalīm
*ladun*, distinct de *ʿinda* (auprès de) : marque une provenance immédiate, sans intermédiaire — précédent établi (*min ladunka*, S3:8 ; *min ladun ḥakīmin khabīr*, S11:1, construction presque identique). *Ḥakīm* et *ʿalīm*, ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah, conservés en translittération, ici indéfinis (sans article), ce qui explique le rendu « Ce qui est parfaitement sage et parfaitement savant » plutôt que les Noms définis *al-Ḥakīm al-ʿAlīm*.

Mūsā et le feu · S27:7–14

S.27:7 · Mūsā aperçoit un feu

S.27:7
إِذْ قَالَ مُوسَىٰ لِأَهْلِهِ إِنِّي آنَسْتُ نَارًا سَآتِيكُمْ مِنْهَا بِخَبَرٍ أَوْ آتِيكُمْ بِشِهَابٍ قَبَسٍ لَعَلَّكُمْ تَصْطَلُونَ
Idh qāla mūsā li-ahlihi innī ānastu nāran sa-ātīkum minhā bi-khabarin aw ātīkum bi-shihābin qabasin laʿallakum taṣṭalūn [Rappelle] quand Mūsā dit aux siens (li-ahlihi) : « J’ai distinctement perçu (ānastu) un feu — je vous en apporterai une nouvelle (khabar), ou je vous apporterai un tison enflammé (shihābin qabasin), afin que vous vous réchauffiez (taṣṭalūn). »
Notes lexicales
ānastu
racine *ʾ-n-s* : percevoir avec netteté, distinguer clairement une chose qui devient familière à la perception — précédent exact déjà établi (S20:10, même verbe pour le même événement).
shihābin qabasin
*qabas*, le tison, le brandon ardent qu'on prélève d'un feu pour en porter ailleurs — précédent établi (*bi-qabasin*, S20:10). *Shihāb*, la flamme, la torche vive — ici en apposition qualifiant le *qabas* lui-même. **Point de transparence** : ce *shihāb* désigne ici une flamme destinée à l'usage domestique (s'éclairer, se chauffer), à distinguer nettement de *shihābun mubīn* (S15:18), le projectile qui poursuit le *shayṭān* dérobant l'écoute céleste — même mot, deux emplois sans rapport de sens.
taṣṭalūn
racine *ṣ-l-y*, forme VIII : se chauffer, se réchauffer auprès d'un feu. Première occurrence développée.

S.27:8 · L’appel — « béni soit qui est dans le feu et qui est autour de lui »

Point théologiquement sensible majeur, prudence maximale. Ce verset rapporte un appel (nūdiya, à la forme passive : le texte ne nomme pas ici l’agent de l’appel) qui proclame une bénédiction (būrika, forme I passive de la racine b-r-k — distincte de tabāraka, forme VI réservée à Allaah seul et déjà traitée dans l’étude dédiée Baraka et tabarruk) sur « man » (qui/ce qui) est dans le feu et sur « man » est autour de lui. Le crux grammatical : man est un pronom qui peut désigner aussi bien une personne (« qui ») qu’une réalité impersonnelle (« ce qui »), et ce seul verset ne nomme pas son référent. Les lectures possibles, qu’aucun élément de ce verset ne permet de trancher avec certitude, sont au nombre de plusieurs : (1) une bénédiction posée sur le lieu et l’événement eux-mêmes — le feu et ses alentours comme siège d’un signe — sans aucun référent personnel ; (2) une bénédiction visant Mūsā et tout ce qui se trouve à proximité de ce feu ; (3) une bénédiction visant des malāʾika ou une présence sacrée associée à ce feu, non autrement nommée par ce texte. Ce qu’aucune lecture retenue par ce Bloc n’affirme, et ne doit jamais affirmer : que Allaah Se trouverait Lui-même, spatialement, contenu « dans » ce feu — une telle lecture installerait une localisation corporelle d’Allaah, strictement exclue, qui refuse systématiquement toute connotation de lieu à Son sujet (voir le traitement de l’istiwāʾ ʿalā l-ʿarsh, S7:54). Le feu est ici le lieu où un signe et un appel se produisent, non un contenant d’Allaah. La suite immédiate de ce même verset — « et Allaah, Rabb des ʿālamīn, est dégagé de toute imperfection » — et le verset suivant, où le texte identifie lui-même l’interlocuteur par une parole à la première personne (« Ô Mūsā, c’est Moi, en vérité, Allaah… », S27:9, ce Bloc) plutôt que par un lieu, confirment cette lecture non spatiale : c’est la parole qui s’adresse à Mūsā depuis ce lieu, non une présence corporelle qui y résiderait. Ce Bloc nomme les lectures possibles sans en imposer une seule.

S.27:8
فَلَمَّا جَاءَهَا نُودِيَ أَنْ بُورِكَ مَنْ فِي النَّارِ وَمَنْ حَوْلَهَا وَسُبْحَانَ اللَّهِ رَبِّ الْعَالَمِينَ
Fa-lammā jāʾahā nūdiya an būrika man fi n-nāri wa-man ḥawlahā wa-subḥāna llāhi rabbi l-ʿālamīn Puis, lorsqu’il y parvint, il fut appelé (nūdiya) : « Béni (būrika) soit qui est dans ce feu, et qui est autour de lui — et Allaah, Rabb des ʿālamīn, est dégagé de toute imperfection (subḥāna). »
Notes lexicales
nūdiya … būrika man
voir le callout de méthode ci-dessus, qui expose l'ensemble du point.
subḥāna llāhi rabbi l-ʿālamīn
racine *s-b-ḥ*, précédent établi (S2:32 : « Il est dégagé de toute imperfection, entièrement au-delà de toute limitation ») — une définition fonctionnelle que ce Bloc retient de préférence à « Gloire à Allaah » (rendu ailleurs dans des blocs déjà publiés, écart déjà signalé pour harmonisation par la session de validation, S16:1). **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas si cette proclamation fait partie de l'appel lui-même adressé à Mūsā, ou constitue une insertion du texte à la troisième personne sur l'ensemble de la scène — la grammaire de la phrase permet les deux lectures sans trancher.

S.27:9 · « C’est Moi, Allaah, al-ʿAzīz, al-Ḥakīm »

S.27:9
يَا مُوسَىٰ إِنَّهُ أَنَا اللَّهُ الْعَزِيزُ الْحَكِيمُ
Yā mūsā innahu anā llāhu l-ʿazīzu l-ḥakīm « Ô Mūsā, c’est Moi, en vérité — Allaah, al-ʿAzīz, al-Ḥakīm. »
Notes lexicales
innahu anā llāh
**Dit** : ce verset identifie directement l'interlocuteur par une auto-désignation à la première personne — exactement la même structure que *innanī anā llāhu lā ilāha illā anā* (S20:14), pour le même épisode. Voir le callout de méthode posé au verset précédent (S27:8, ce Bloc) : c'est cette parole même qui identifie l'interlocuteur, non une localisation.
al-ʿazīz al-ḥakīm
couple de Noms très largement établi, conservé en translittération.

S.27:10 · Le bâton devenu jānn — la fuite de Mūsā — « ne crains rien »

S.27:10
وَأَلْقِ عَصَاكَ ۚ فَلَمَّا رَآهَا تَهْتَزُّ كَأَنَّهَا جَانٌّ وَلَّىٰ مُدْبِرًا وَلَمْ يُعَقِّبْ ۚ يَا مُوسَىٰ لَا تَخَفْ إِنِّي لَا يَخَافُ لَدَيَّ الْمُرْسَلُونَ
Wa-alqi ʿaṣāka — fa-lammā raʾāhā tahtazzu ka-annahā jānnun wallā mudbiran wa-lam yuʿaqqib — yā mūsā lā takhaf innī lā yakhāfu ladayya l-mursalūn « Et jette ton bâton (ʿaṣāka). » Puis, quand il le vit s’agiter (tahtazzu) comme s’il était un jānn, il tourna le dos en fuyant (wallā mudbiran) et ne revint pas sur ses pas (lam yuʿaqqib). « Ô Mūsā, ne crains rien (lā takhaf) : en vérité, auprès de Moi (ladayya), les mursalūn ne craignent pas. »
Notes lexicales
jānn
racine *j-n-n* : Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) — un serpent fin, agile et de petite taille, par contraste avec *thuʿbān* (le grand serpent, S7:107/S26:32) et avec *ḥayya* (le terme générique, S20:20), déjà signalés comme trois mots distincts pour un seul et même signe selon les passages. Cette même racine donne aussi *jinn* (déjà largement établi) — un rapprochement lexical que ce Bloc signale par souci de transparence philologique, sans qu'aucun rapport de sens ne soit affirmé par ce seul verset entre le serpent et les *jinn*, au-delà de l'idée commune de ce qui se dérobe au regard ou se meut avec discrétion.
wallā mudbiran wa-lam yuʿaqqib
racine *d-b-r* (le dos, ce qui vient après) et racine *ʿ-q-b* (forme II, revenir sur ses pas) : la fuite de Mūsā est décrite sans détour, puis immédiatement suivie de la parole rassurante. Première occurrence développée des deux racines.
innī lā yakhāfu ladayya l-mursalūn
**Point de grammaire.** La construction associe un pronom de première personne (*innī*) à un verbe à la troisième personne du pluriel (*lā yakhāfu … al-mursalūn*) : non pas « moi, je ne crains pas », mais l'énoncé d'un principe général — « en vérité, [ce qui est vrai c'est que] les *mursalūn* ne craignent pas en Ma présence (*ladayya*) ». Précédent de même fonction rassurante déjà établi (*lā takhaf*, S20:21/68, S11:70), ici formulé comme principe plutôt que comme simple ordre.

S.27:11 · L’exception — celui qui a commis une injustice, puis l’a réparée

S.27:11
إِلَّا مَنْ ظَلَمَ ثُمَّ بَدَّلَ حُسْنًا بَعْدَ سُوءٍ فَإِنِّي غَفُورٌ رَحِيمٌ
Illā man ẓalama thumma baddala ḥusnan baʿda sūʾin fa-innī ghafūrun raḥīm — sauf celui qui a commis une injustice (ẓalama), puis a substitué le bien après le mal (baddala ḥusnan baʿda sūʾin) : alors, Moi, Je suis Ghafūr, Raḥīm.
Notes lexicales
illā man ẓalama … baddala ḥusnan baʿda sūʾin
racine *b-d-l*, forme II : remplacer une chose par une autre. **Dit** : le texte pose un principe général — l'injustice (*ẓulm*) commise peut être suivie d'un remplacement par le bien, et ce remplacement ouvre le pardon (*ghafūr*) et la *raḥma*. **Non-dit** : ce seul verset ne nomme pas le référent précis de « celui qui a commis une injustice » — il peut s'agir d'un principe général inséré dans le discours rassurant adressé à Mūsā (un cas de figure parmi d'autres, sans viser Mūsā lui-même), ou d'une allusion à un épisode antérieur de la vie de Mūsā que ce seul verset ne développe pas. Ce Bloc ne tranche pas entre ces deux lectures, et n'importe aucun récit extérieur pour combler ce silence.

S.27:12 · La main blanchie — neuf āyāt pour Firʿawn et son peuple

S.27:12
وَأَدْخِلْ يَدَكَ فِي جَيْبِكَ تَخْرُجْ بَيْضَاءَ مِنْ غَيْرِ سُوءٍ ۖ فِي تِسْعِ آيَاتٍ إِلَىٰ فِرْعَوْنَ وَقَوْمِهِ ۚ إِنَّهُمْ كَانُوا قَوْمًا فَاسِقِينَ
Wa-adkhil yadaka fī jaybika takhruj bayḍāʾa min ghayri sūʾin fī tisʿi āyātin ilā firʿawna wa-qawmihi innahum kānū qawman fāsiqīn « Et introduis ta main (yadaka) dans l’ouverture de ton vêtement (jaybika) : elle en sortira blanche, sans mal aucun (bayḍāʾa min ghayri sūʾin) — [cela,] parmi neuf āyāt, [destinées] à Firʿawn et à son peuple : ils sont certes un peuple qui transgresse (fāsiqīn). »
Notes lexicales
yadaka … bayḍāʾa min ghayri sūʾin
précédent exact, mot pour mot, déjà établi (S7:108, S20:22, S26:33). **Précision** : ce *yad* désigne la main de Mūsā lui-même, non celle d'Allaah — aucune question d'anthropomorphisme en jeu ici, à distinguer nettement de la vigilance méthodologique exercée pour *yad Allaah* (S5:64, point d'accord explicite toujours en attente).
jaybika
racine *j-y-b* : l'ouverture, l'encolure d'un vêtement. Première occurrence développée.
fī tisʿi āyātin
**Dit** : ce verset nomme un ensemble de neuf āyāt données à Firʿawn et son peuple, sans les énumérer toutes ici — seuls deux signes concrets sont développés dans ce passage même (le bâton, S27:10 ; la main, ce verset). **Non-dit** : la liste complète des neuf n'est pas donnée par ce seul verset ; ce Bloc n'importe aucune énumération extérieure pour la compléter.
qawman fāsiqīn
racine *f-s-q* : sortir de l'obéissance, transgresser la limite fixée — précédent largement établi, conservé en translittération.

S.27:13 · « Ceci est une sorcellerie manifeste »

S.27:13
فَلَمَّا جَاءَتْهُمْ آيَاتُنَا مُبْصِرَةً قَالُوا هَٰذَا سِحْرٌ مُبِينٌ
Fa-lammā jāʾat-hum āyātunā mubṣiratan qālū hādhā siḥrun mubīn Puis, lorsque Nos āyāt leur vinrent, donnant à voir clairement (mubṣiratan), ils dirent : « Ceci est une sorcellerie manifeste (siḥrun mubīn). »
Notes lexicales
mubṣiratan
racine *b-ṣ-r*, ici à la forme active transitive appliquée aux *āyāt* elles-mêmes (« rendant visible », « donnant à voir clairement ») plutôt qu'au sujet qui perçoit — nuance grammaticale propre à ce verset, première occurrence développée sous cette forme précise.
siḥrun mubīn
précédent exact déjà établi pour ce même épisode (S7:109, S26:34–35) : l'accusation de sorcellerie opposée aux signes donnés à Mūsā.

S.27:14 · Le déni malgré la certitude intérieure

S.27:14
وَجَحَدُوا بِهَا وَاسْتَيْقَنَتْهَا أَنْفُسُهُمْ ظُلْمًا وَعُلُوًّا ۚ فَانْظُرْ كَيْفَ كَانَ عَاقِبَةُ الْمُفْسِدِينَ
Wa-jaḥadū bihā wa-stayqanat-hā anfusuhum ẓulman wa-ʿuluwwan fa-nẕur kayfa kāna ʿāqibatu l-mufsidīn Et ils les renièrent (jaḥadū), alors que leurs âmes en avaient la certitude intérieure (istayqanat-hā anfusuhum) — par injustice (ẓulman) et par orgueil (ʿuluwwan). Regarde donc ce qu’il advint de la fin (ʿāqiba) de ceux qui sèment le trouble (al-mufsidīn).
Notes lexicales
jaḥadū … wa-stayqanat-hā anfusuhum
racine *j-ḥ-d* : nier ouvertement ce que l'on sait ou tient pour établi — à distinguer d'un simple doute. **Dit**, avec précision : le texte affirme explicitement que ce déni verbal contredisait une certitude (*istayqanat*, même racine que *yūqinūn*, S27:3, ce Bloc) déjà présente « en leurs âmes » — un déni de la bouche, non un défaut de connaissance intérieure. Même racine *y-q-n* que S27:3 (ce Bloc), signalée par souci de cohérence lexicale interne.
al-mufsidīn
racine *f-s-d* — étude dédiée [fasad-mufsidun.md](/etudes/fasad-mufsidun/), déjà établie (S5:33, S7:103).

Dāwūd, Sulaymān, et la fourmi · S27:15–19

S.27:15 · Dāwūd et Sulaymān reçoivent une science — la ḥamd

S.27:15
وَلَقَدْ آتَيْنَا دَاوُودَ وَسُلَيْمَانَ عِلْمًا ۖ وَقَالَا الْحَمْدُ لِلَّهِ الَّذِي فَضَّلَنَا عَلَىٰ كَثِيرٍ مِنْ عِبَادِهِ الْمُؤْمِنِينَ
Wa-la-qad ātaynā dāwūda wa-sulaymāna ʿilman wa-qālā l-ḥamdu lillāhi lladhī faḍḍalanā ʿalā kathīrin min ʿibādihi l-muʾminīn Et Nous avons certes donné à Dāwūd et à Sulaymān une science (ʿilman) — et tous deux dirent : « La ḥamd est à Allaah, Ce qui nous a favorisés (faḍḍalanā) au-dessus de beaucoup de Ses ʿibād muʾminūn. »
Notes lexicales
dāwūda wa-sulaymāna
noms propres conservés en translittération, conformément à l'usage constant pour l'ensemble des noms de personnes (*Mūsā*, *Ibrāhīm*, etc.). Première occurrence développée de ce récit.
al-ḥamdu lillāhi lladhī faḍḍalanā
*al-ḥamd*, déjà établi dès l'ouverture de ce corpus (S1:2) : la louange qui reconnaît une qualité, distincte du *shukr* (la gratitude pour un bienfait reçu, S6:1). **Première occurrence, dans ce Bloc, de la construction épithète attribuant à Allaah l'action par une proposition relative** (« Ce qui nous a favorisés », *al-ladhī faḍḍalanā*) : conformément à la règle retenue, elle est rendue par « Ce qui » plutôt que par « Celui qui » — en français, le neutre absolu s'exprime par la locution « ce qui »/« ce que », et non par « celui qui », pronom masculin qui désigne ordinairement une personne. Le pronom ordinaire « Il » reste employé normalement pour les verbes dont Allaah est sujet ; seule cette construction épithète est ici visée.

S.27:16 · Sulaymān hérite de Dāwūd — le langage des oiseaux

S.27:16
وَوَرِثَ سُلَيْمَانُ دَاوُودَ ۖ وَقَالَ يَا أَيُّهَا النَّاسُ عُلِّمْنَا مَنْطِقَ الطَّيْرِ وَأُوتِينَا مِنْ كُلِّ شَيْءٍ ۖ إِنَّ هَٰذَا لَهُوَ الْفَضْلُ الْمُبِينُ
Wa-waritha sulaymānu dāwūda wa-qāla yā ayyuhā n-nāsu ʿullimnā manṭiqa ṭ-ṭayri wa-ūtīnā min kulli shayʾin inna hādhā la-huwa l-faḍlu l-mubīn Et Sulaymān hérita de (waritha) Dāwūd, et dit : « Ô vous, les gens (an-nās) ! On nous a enseigné le langage des oiseaux (manṭiqa ṭ-ṭayr), et on nous a donné de toute chose — ceci est assurément la faveur manifeste (al-faḍlu l-mubīn). »
Notes lexicales
waritha sulaymānu dāwūda
racine *w-r-th* : hériter — première occurrence développée. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas la nature exacte de cet héritage (royauté, prophétie, science, ou l'ensemble) — ce Bloc n'importe aucune précision au-delà de ce que la suite du verset nomme elle-même (le langage des oiseaux, le don de toute chose).
manṭiqa ṭ-ṭayr
racine *n-ṭ-q* : l'expression articulée, la parole structurée — distincte du simple cri ou son. Première occurrence développée. **Dit** : le texte affirme qu'un enseignement a été donné à Sulaymān pour comprendre cette expression propre aux oiseaux — **non-dit** : la nature exacte de cette « langue » (un système de signes, une parole au sens plein, ou toute autre forme de communication) n'est pas précisée par ce seul mot.
al-faḍlu l-mubīn
racine *f-ḍ-l*, précédent établi (*faḍḍalanā*, S27:15, ce Bloc, même racine).

S.27:17 · L’armée rassemblée — jinn, humains, oiseaux

S.27:17
وَحُشِرَ لِسُلَيْمَانَ جُنُودُهُ مِنَ الْجِنِّ وَالْإِنْسِ وَالطَّيْرِ فَهُمْ يُوزَعُونَ
Wa-ḥushira li-sulaymāna junūduhu mina l-jinni wa-l-insi wa-ṭ-ṭayri fa-hum yūzaʿūn Et furent rassemblées (ḥushira), pour Sulaymān, ses armées (junūduhu) — parmi les jinn, les humains (al-ins), et les oiseaux — et elles étaient tenues en ordre, contenues (yūzaʿūn).
Notes lexicales
al-jinni wa-l-insi
*jinn*, racine *j-n-n* (ce qui se dérobe au regard), précédent extensivement établi (S6:100/128/130) ; voir aussi la note sur *jānn* (S27:10, ce Bloc). *Al-ins* : l'espèce humaine, par contraste.
yūzaʿūn
racine *w-z-ʿ* : retenir, contenir, maintenir en ordre un groupe pour empêcher qu'il ne se disperse — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*). Première occurrence développée. Même racine reprise plus loin dans ce Bloc sous une forme différente (*awziʿnī*, S27:19, ce Bloc) — voir la note qui y est posée.

S.27:18 · La fourmi avertit les siennes

S.27:18
حَتَّىٰ إِذَا أَتَوْا عَلَىٰ وَادِ النَّمْلِ قَالَتْ نَمْلَةٌ يَا أَيُّهَا النَّمْلُ ادْخُلُوا مَسَاكِنَكُمْ لَا يَحْطِمَنَّكُمْ سُلَيْمَانُ وَجُنُودُهُ وَهُمْ لَا يَشْعُرُونَ
Ḥattā idhā ataw ʿalā wādi n-namli qālat namlatun yā ayyuhā n-namlu dkhulū masākinakum lā yaḥṭimannakum sulaymānu wa-junūduhu wa-hum lā yashʿurūn — jusqu’à ce que, parvenus à la vallée des fourmis (wādi n-naml), une fourmi (namlatun) dît : « Ô fourmis ! Entrez dans vos demeures (masākinakum), de peur que Sulaymān et ses armées ne vous écrasent (yaḥṭimannakum) sans s’en apercevoir (wa-hum lā yashʿurūn). »
Notes lexicales
namlatun … yaḥṭimannakum
*naml*, racine *n-m-l* : la fourmi — mot qui donne son nom traditionnel à cette sourate (*an-Naml*), unique occurrence de ce terme dans ce passage. *Yaḥṭimannakum*, racine *ḥ-ṭ-m* : briser, écraser avec violence — première occurrence développée. **Dit** : le texte attribue à cette fourmi une parole structurée, adressée à ses semblables, par le même terme *qālat* (« elle dit ») employé pour toute parole rapportée — sans qu'aucune élaboration sur la nature de ce langage animal ne soit donnée au-delà de ce que le texte affirme ici.
wa-hum lā yashʿurūn
**Dit, avec précision** : le texte précise explicitement que l'écrasement redouté serait commis sans que Sulaymān et ses armées ne s'en rendent compte (*lā yashʿurūn*) — la fourmi ne les accuse donc pas d'une intention de nuire, mais signale un risque d'inattention.

S.27:19 · Le sourire de Sulaymān — sa prière de gratitude

S.27:19
فَتَبَسَّمَ ضَاحِكًا مِنْ قَوْلِهَا وَقَالَ رَبِّ أَوْزِعْنِي أَنْ أَشْكُرَ نِعْمَتَكَ الَّتِي أَنْعَمْتَ عَلَيَّ وَعَلَىٰ وَالِدَيَّ وَأَنْ أَعْمَلَ صَالِحًا تَرْضَاهُ وَأَدْخِلْنِي بِرَحْمَتِكَ فِي عِبَادِكَ الصَّالِحِينَ
Fa-tabassama ḍāḥikan min qawlihā wa-qāla rabbi awziʿnī an ashkura niʿmataka llatī anʿamta ʿalayya wa-ʿalā wālidayya wa-an aʿmala ṣāliḥan tarḍāhu wa-adkhilnī bi-raḥmatika fī ʿibādika ṣ-ṣāliḥīn Il sourit, amusé (ḍāḥikan) par sa parole, et dit : « Mon Rabb, dispose-moi (awziʿnī) à être reconnaissant (ashkura) pour Ton bienfait (niʿmataka), celui dont Tu m’as comblé, moi et mes deux parents, et à accomplir une œuvre juste (ṣāliḥan) qui T’agrée (tarḍāhu) — et fais-moi entrer, par Ta raḥma, parmi Tes ʿibād justes (aṣ-ṣāliḥīn). »
Notes lexicales
awziʿnī
même racine *w-z-ʿ* que *yūzaʿūn* (S27:17, ce Bloc), mais ici à la forme IV, au sens dérivé de « dispose-moi, inspire-moi la disposition de » — un emploi distinct du sens de « contenir, maintenir en ordre » vu au verset précédent, signalé par souci de transparence lexicale sans qu'aucun rapport de sens ne soit affirmé entre les deux emplois.
ashkura niʿmataka
*shukr*, déjà distingué du *ḥamd* (S6:1, S27:15, ce Bloc) : la gratitude pour un bienfait reçu (*niʿma*) plutôt que la reconnaissance d'une excellence intrinsèque.
ṣāliḥan tarḍāhu … ʿibādika ṣ-ṣāliḥīn
racine *ṣ-l-ḥ*, très largement établie : l'œuvre juste, qui remet les choses dans leur bon ordre. **Dit** : la prière de Sulaymān associe explicitement trois éléments — la gratitude, l'œuvre juste, et l'entrée parmi les *ʿibād* justes — sans qu'aucun ordre de priorité entre eux ne soit affirmé par ce seul verset.

Le hudhud et la nouvelle de Sabaʾ · S27:20–26

S.27:20–21 · L’absence du hudhud — la menace

S.27:20–21
وَتَفَقَّدَ الطَّيْرَ فَقَالَ مَا لِيَ لَا أَرَى الْهُدْهُدَ أَمْ كَانَ مِنَ الْغَائِبِينَ لَأُعَذِّبَنَّهُ عَذَابًا شَدِيدًا أَوْ لَأَذْبَحَنَّهُ أَوْ لَيَأْتِيَنِّي بِسُلْطَانٍ مُبِينٍ
Wa-tafaqqada ṭ-ṭayra fa-qāla mā liya lā arā l-hudhuda am kāna mina l-ghāʾibīn — la-uʿadhdhibannahu ʿadhāban shadīdan aw la-adhbaḥannahu aw la-yaʾtiyannī bi-sulṭānin mubīn Et il passa en revue les oiseaux (tafaqqada ṭ-ṭayr), et dit : « Qu’ai-je à ne pas voir le hudhud ? Serait-il du nombre des absents (al-ghāʾibīn) ? Je le châtierai certainement d’un châtiment sévère, ou je l’égorgerai (adhbaḥannahu), à moins qu’il ne m’apporte une justification manifeste (sulṭānin mubīn). »
Notes lexicales
tafaqqada
racine *f-q-d* : rechercher avec attention ce qui pourrait manquer, passer en revue pour constater une absence. Première occurrence développée.
al-hudhud
le hudhud (la huppe) : première et seule occurrence de ce mot dans le Coran. Aucune racine triconsonantiale productive ne s'y rattache au-delà du nom de l'oiseau lui-même ; les lexicographes classiques (Ibn Manẓūr) le rapportent comme un nom isolé, probablement formé par imitation du cri de l'oiseau. Conservé en translittération, faute d'un terme français qui porterait la même charge narrative propre à ce récit.
sulṭānin mubīn
racine *s-l-ṭ*, précédent établi (S3:151, S4:91 : l'autorité, la preuve qui s'impose avec force). Ici au sens de justification recevable, qui vaudrait au hudhud d'échapper au châtiment annoncé.

S.27:22 · L’excuse du hudhud — « j’ai cerné ce que tu n’as pas cerné »

S.27:22
فَمَكَثَ غَيْرَ بَعِيدٍ فَقَالَ أَحَطْتُ بِمَا لَمْ تُحِطْ بِهِ وَجِئْتُكَ مِنْ سَبَإٍ بِنَبَإٍ يَقِينٍ
Fa-makatha ghayra baʿīdin fa-qāla aḥaṭtu bimā lam tuḥiṭ bihi wa-jiʾtuka min sabaʾin bi-nabaʾin yaqīn Il [le hudhud] ne tarda pas longtemps (makatha ghayra baʿīd), et dit : « J’ai cerné (aḥaṭtu) ce que tu n’as pas cerné (lam tuḥiṭ bihi), et je t’apporte, de Sabaʾ, une nouvelle certaine (nabaʾin yaqīn). »
Notes lexicales
aḥaṭtu bimā lam tuḥiṭ bihi
racine *ḥ-w-ṭ* : cerner, embrasser entièrement par la connaissance — première occurrence développée appliquée à une connaissance humaine (à distinguer de son emploi pour la connaissance d'Allaah, non rencontré dans ce Bloc). **Dit** : le hudhud affirme détenir une information que Sulaymān, malgré son savoir et son autorité, ne possède pas — une affirmation que la suite du récit (S27:23–26, ce Bloc) vient aussitôt justifier par son contenu, sans que le texte n'en relativise la portée.
sabaʾin … nabaʾin yaqīn
*Sabaʾ* : nom propre d'un royaume, conservé en translittération. *Nabaʾ*, racine *n-b-ʾ* : la nouvelle, l'information rapportée — même racine que *nabī* (déjà établi). *Yaqīn*, même racine que *yūqinūn* (S27:3, ce Bloc) et *stayqanat-hā* (S27:14, ce Bloc) : la certitude sans doute possible.

S.27:23 · Une femme qui règne sur eux — un trône immense

Point de structure, échange lexical avec la clôture de ce Bloc. Ce verset qualifie le siège de la reine de Sabaʾ de « ʿarshun ʿaẓīm » — un trône immense. Le même adjectif ʿaẓīm reviendra, à la toute fin de ce Bloc, pour qualifier le ʿArsh d’Allaah (« rabbu l-ʿarshi l-ʿaẓīm », S27:26, ce Bloc). Précision nécessaire, conforme au précédent déjà établi (le trône de Yūsuf, S12:100, qui n’est en rien le ʿArsh d’Allaah) : le mot arabe ʿarsh est le même pour les deux, mais ce Bloc rend celui de la reine, une réalité matérielle et humaine, par le mot français ordinaire « trône », et réserve la translittération « ʿArsh » au seul emploi concernant Allaah (S27:26) — une distinction de traduction qui marque, en français, ce que l’arabe laisse entendre par le simple effet de l’écho lexical : la grandeur attribuée à un trône humain, mise en regard, à la fin de ce même passage, avec celle du ʿArsh dont Allaah est Rabb.

S.27:23
إِنِّي وَجَدْتُ امْرَأَةً تَمْلِكُهُمْ وَأُوتِيَتْ مِنْ كُلِّ شَيْءٍ وَلَهَا عَرْشٌ عَظِيمٌ
Innī wajadtu mraʾatan tamlikuhum wa-ūtiyat min kulli shayʾin wa-lahā ʿarshun ʿaẓīm « J’ai trouvé une femme qui règne sur eux (tamlikuhum), à qui tout a été donné, et qui possède un trône immense. »
Notes lexicales
imraʾatan tamlikuhum
racine *m-l-k* : régner, exercer la pleine autorité — ici au féminin, sans que le texte ne nomme cette femme (l'identification traditionnelle à une reine nommée Bilqīs n'est pas donnée par ce seul verset ni par aucun verset de ce Bloc : **non-dit**, que ce Bloc ne comble par aucune source extérieure au texte).
ʿarshun ʿaẓīm
voir le callout de méthode ci-dessus.

S.27:24 · Elle et son peuple se prosternent devant le soleil

S.27:24
وَجَدْتُهَا وَقَوْمَهَا يَسْجُدُونَ لِلشَّمْسِ مِنْ دُونِ اللَّهِ وَزَيَّنَ لَهُمُ الشَّيْطَانُ أَعْمَالَهُمْ فَصَدَّهُمْ عَنِ السَّبِيلِ فَهُمْ لَا يَهْتَدُونَ
Wajadtuhā wa-qawmahā yasjudūna li-sh-shamsi min dūni llāhi wa-zayyana lahumu sh-shayṭānu aʿmālahum fa-ṣaddahum ʿani s-sabīli fa-hum lā yahtadūn « Je l’ai trouvée, elle et son peuple, se prosternant devant le soleil, en dehors d’Allaah — le shayṭān leur a embelli (zayyana lahum) leurs actions, et les a détournés du chemin (ṣaddahum ʿani s-sabīl) : ils ne sont donc pas guidés (lā yahtadūn). »
Notes lexicales
zayyana lahumu sh-shayṭānu aʿmālahum
précédent exact, mot pour mot, déjà établi (S6:43/137, S16:63). **Cohérence intra-coranique, rappel** : voir la note posée en S27:4–5 (ce Bloc) sur la double attribution, par le texte lui-même, de cette même action tantôt à Allaah (S27:4, ce Bloc), tantôt au *shayṭān* (ici).
ṣaddahum ʿani s-sabīl
racine *ṣ-d-d* : détourner, faire obstacle — précédent établi (S4:167).

S.27:25 · Pourquoi ne se prosternent-ils pas devant Ce qui fait sortir le caché

S.27:25
أَلَّا يَسْجُدُوا لِلَّهِ الَّذِي يُخْرِجُ الْخَبْءَ فِي السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ وَيَعْلَمُ مَا تُخْفُونَ وَمَا تُعْلِنُونَ
Allā yasjudū lillāhi lladhī yukhriju l-khabʾa fi s-samāwāti wa-l-arḍi wa-yaʿlamu mā tukhfūna wa-mā tuʿlinūn — afin qu’ils ne se prosternent pas devant Allaah, Ce qui fait sortir ce qui est caché (al-khabʾ) dans les cieux et la terre, et qui sait ce que vous cachez et ce que vous divulguez.
Notes lexicales
lillāhi lladhī yukhriju l-khabʾ
même construction épithète que *al-ladhī faḍḍalanā* (S27:15, ce Bloc, voir la note qui y pose la règle) : rendue de même par « Ce qui fait sortir », non par « Celui qui ».
al-khabʾ
racine *kh-b-ʾ* : ce qui est dissimulé, enfoui, soustrait au regard — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : une racine qui porte sur l'action de cacher une chose pour la soustraire à la vue. Première occurrence développée. **Dit** : le texte affirme qu'Allaah fait sortir ce qui est caché « dans les cieux et la terre » — **non-dit** : la nature précise de ce qui est ainsi désigné (la pluie, les trésors enfouis, tout ce qui est latent dans la création) n'est pas spécifiée par ce seul mot ; ce Bloc ne tranche pas entre ces lectures possibles, toutes compatibles avec le sens premier de la racine.
mā tukhfūna wa-mā tuʿlinūn
même opposition que *al-khabʾ* qui précède dans ce même verset — ce qui est caché et ce qui est rendu public —, mais appliquée ici directement à l'auditoire (« vous »), en écho à la fourmi qui parlait sans être vue (S27:18, ce Bloc) et au hudhud qui savait ce que Sulaymān ignorait (S27:22, ce Bloc).

S.27:26 · Allaah, nul ilāh que Lui, Rabb du ʿArsh immense

S.27:26
اللَّهُ لَا إِلَٰهَ إِلَّا هُوَ رَبُّ الْعَرْشِ الْعَظِيمِ
Allāhu lā ilāha illā huwa rabbu l-ʿarshi l-ʿaẓīm Allaah — nul ilāh que Lui, Rabb du ʿArsh immense.
Notes lexicales
lā ilāha illā huwa
*ilāh* conservé en translittération, précédent établi (S2:255, S3:2/6/18, S9:129) — non traduit par « divinité », conformément à la règle réservant les mots de cette famille aux entités mythologiques polythéistes.
rabbu l-ʿarshi l-ʿaẓīm
précédent exact, mot pour mot, déjà établi (S9:129). *ʿArsh*, conservé en translittération ; *ʿaẓīm* qualifie ici le ʿArsh lui-même, non Allaah directement, et se rend donc sans difficulté par l'adjectif français « immense » — construction distincte de *istawā ʿalā l-ʿarsh* (S7:54), et qui ne rouvre donc pas la question spécifique de l'*istiwāʾ*, laquelle reste un point d'accord explicite séparé. Voir aussi le callout posé en S27:23 (ce Bloc) sur l'écho lexical avec le trône de la reine de Sabaʾ.

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