Structure du Bloc II — la reine de Sabaʾ. Ce Bloc poursuit directement le récit ouvert par le hudhud à la fin du Bloc I : Sulaymān envoie une lettre à la reine de Sabaʾ et à son peuple, qu’elle lit devant son assemblée (S27:27–31). Elle consulte ses conseillers, qui lui laissent la décision ; elle choisit d’envoyer un présent plutôt que d’affronter directement (S27:32–35). Sulaymān refuse ce présent et menace d’une armée (S27:36–37). Il demande alors qui lui apportera le trône de la reine ; un ʿifrīt des jinn s’y engage, mais un autre — dont le texte ne nomme pas l’identité au-delà de « celui qui avait une science venant du Kitāb » — l’apporte plus vite encore, ce qui donne lieu à une prière de gratitude de Sulaymān (S27:38–40). Le Bloc se referme sur l’épreuve du trône rendu méconnaissable, l’arrivée de la reine, le palais de verre qu’elle prend pour de l’eau, et sa déclaration finale de soumission à Allaah (S27:41–44).
Point de méthode — aucune identification extra-textuelle importée. Ni le nom de la reine, ni celui de « celui qui avait une science venant du Kitāb » (S27:40), ne sont donnés par le texte de ce passage. Conformément à la méthode constante, ce Bloc ne comble ces silences par aucune tradition extérieure (l’identification de la reine à une certaine Bilqīs, ou de l’homme savant à un vizir nommé) : les deux restent nommés ici seulement par ce que le texte dit d’eux.
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.27:27 | « Nous allons voir si tu as dit vrai » |
| S.27:28 | L’envoi de la lettre |
| S.27:29–31 | La reine lit la lettre à son assemblée |
| S.27:32 | Elle sollicite leur avis |
| S.27:33 | L’assemblée : « Nous sommes forts » |
| S.27:34–35 | Sa réponse — les rois et la corruption — l’envoi d’un présent |
| S.27:36 | Sulaymān refuse le présent |
| S.27:37 | La menace de l’armée |
| S.27:38 | Sulaymān demande le trône |
| S.27:39 | L’ʿifrīt des jinn s’engage |
| S.27:40 | Celui qui avait une science du Kitāb — le trône apporté en un instant |
| S.27:41 | « Rendez-lui son trône méconnaissable » |
| S.27:42 | « Est-ce là ton trône ? » |
| S.27:43 | Ce qu’elle adorait l’avait détournée |
| S.27:44 | Le palais de verre — sa reconnaissance finale |
La lettre envoyée à Sabaʾ · S27:27–31
S.27:27 · « Nous allons voir si tu as dit vrai »
- sananẕuru
- racine *n-ẕ-r*, forme I : regarder, examiner, attendre de voir — même racine reprise deux fois plus loin dans ce Bloc (*fa-nāẕiratun*, S27:35 ; *nanẕur*, S27:41, ce Bloc), chaque fois pour une vérification qui attend sa confirmation par les faits. **Dit** : Sulaymān ne tranche pas d'emblée la véracité du rapport du hudhud (S27:22, Bloc I) — il pose une épreuve de vérification avant toute décision.
- al-kādhibīn
- racine *k-dh-b*, très largement établie : le mensonge, le défaut de conformité entre la parole et le réel.
S.27:28 · L’envoi de la lettre
- kitābī hādhā
- racine *k-t-b* : ici, un écrit matériel adressé — une lettre — non le *Kitāb* au sens de l'Écrit révélé, déjà largement conservé en translittération pour ce second sens. Même racine, deux portées distinctes : ce Bloc rend ce premier emploi par « lettre », en français ordinaire, et réserve la translittération « *Kitāb* » au sens révélé (voir S27:40, ce Bloc).
- fa-alqih … tawalla ʿanhum
- *alqih*, même racine *l-q-y* que *alqi ʿaṣāka* (S27:10, Bloc I) et que *ulqiya* (S27:29, ce Bloc) : jeter, déposer, remettre. *Tawalla ʿanhum*, racine *w-l-y*, forme VI : se détourner, s'écarter — ici au sens concret de laisser la lettre produire son effet sans rester présent, distinct de l'emploi de la même racine pour *walī* (déjà établi ailleurs).
S.27:29–31 · La reine lit la lettre à son assemblée
Point de transparence — la basmala à l’intérieur d’une lettre. Ce passage rapporte le contenu même de la lettre de Sulaymān, qui s’ouvre par la formule bismi llāhi r-raḥmāni r-raḥīm (S27:30). C’est la seule fois, dans l’ensemble du Coran, où cette formule n’ouvre pas une sourate mais se trouve citée comme la parole même d’une lettre rapportée à l’intérieur d’un récit — un fait textuel que ce Bloc signale sans en tirer de conclusion au-delà de ce simple constat.
- al-malaʾ
- racine *m-l-ʾ* (remplir) : l'assemblée des notables qui « remplissent » le corps dirigeant par leur rang — précédent extensivement établi (S2:246 ; S7:60 ; S23:24 ; S26:34).
- ulqiya ilayya kitābun karīm
- *ulqiya*, même racine que *fa-alqih* (S27:28, ce Bloc) — ici au passif, la lettre « se trouve jetée » vers elle sans qu'elle en nomme le porteur. *Karīm*, racine *k-r-m* : ce qui se distingue par sa valeur, sa noblesse — première occurrence développée dans ce Bloc, reprise plus loin sous une forme appliquée à Allaah (*Ghaniyyun Karīm*, S27:40, ce Bloc).
- allā taʿlū ʿalayya
- racine *ʿ-l-w* : s'élever, se placer au-dessus — ici au sens figuré de l'orgueil qui prétend dominer un autre. **Précision nécessaire** : cette racine est la même que celle d'*al-Aʿlā*, nom qu'il convient de manier avec une prudence méthodologique particulière lorsqu'il concerne Allaah (voir la règle sur la connotation de lieu) — mais cet emploi-ci ne concerne en rien Allaah : c'est une prétention humaine à la domination entre créatures, sans aucune portée théologique.
- wa-ʾtūnī muslimīn
- racine *s-l-m*, forme IV (*aslama*) : se remettre, se soumettre entièrement. Première occurrence développée de cette racine précise dans ce Bloc — elle reviendra à trois reprises encore (S27:38, S27:42, S27:44, ce Bloc), la dernière fois dans la bouche même de la reine : ce fil lexical traverse tout le Bloc, de l'exigence posée par Sulaymān jusqu'à la déclaration finale de la reine.
La consultation de l’assemblée et l’envoi d’un présent · S27:32–35
S.27:32 · Elle sollicite leur avis
- aftūnī
- racine *f-t-y*, forme IV (*aftā*) : rendre un avis qui tranche une question posée. Première occurrence développée.
- qāṭiʿatan amran ḥattā tashhadūn
- *qāṭiʿa*, racine *q-ṭ-ʿ* (couper, décider tranchant) ; *tashhadūn*, racine *sh-h-d* (être témoin, être présent). **Dit** : la reine pose explicitement un principe de gouvernement — ne jamais décider seule sans la présence et l'avis de son assemblée —, sans que ce seul verset n'en précise la portée institutionnelle au-delà de cette affaire.
S.27:33 · L’assemblée : « Nous sommes forts »
- ulū quwwatin wa-ulū baʾsin shadīd
- *quwwa*, racine *q-w-y*, largement établie. *Baʾs*, racine *b-ʾ-s* : la rigueur, la vigueur redoutée au combat — première occurrence développée. **Dit, avec précision** : l'assemblée affirme sa capacité militaire, mais, dans le même souffle, renvoie la décision à la reine seule (*wa-l-amru ilayki*) — elle ne lui impose aucun choix.
S.27:34–35 · Sa réponse — les rois et la corruption — l’envoi d’un présent
- al-mulūka … afsadūhā
- racine *f-s-d* — étude dédiée [fasad-mufsidun.md](/etudes/fasad-mufsidun/), déjà établie (S5:33, S7:103, S27:12/14). **Dit** : la reine pose un principe général sur la conduite des rois conquérants, qu'elle applique ensuite à sa propre décision.
- aʿizzata ahlihā adhillatan
- *aʿizza*, racine *ʿ-z-z* (la force, l'élévation de rang) — même racine que le Nom *al-ʿAzīz*, mais ici appliquée à des humains honorés, sans aucune portée théologique (même type de précision déjà posé pour un adjectif ordinaire bâti sur cette racine, S14:17). *Adhilla*, racine *dh-l-l* : l'abaissement, l'humiliation — même racine reprise plus loin dans ce Bloc pour la menace de Sulaymān (*adhillatan*, S27:37, ce Bloc).
- mursilatun … bi-hadiyyatin
- *hadiyya*, racine *h-d-y* : le présent, le cadeau qu'on fait porter à quelqu'un — même racine que *hudā*, la guidance (S27:2, Bloc I), et que *tahtadī*/*yahtadūn* (S27:41, ce Bloc) : une même racine arabe couvre, selon la forme, le don qu'on envoie et le chemin droit qu'on reçoit — un rapprochement purement philologique, que ce Bloc signale sans y voir de lien de sens direct entre ce présent matériel et la guidance.
- fa-nāẕiratun bima yarjiʿu l-mursalūn
- même racine *n-ẕ-r* que *sananẕuru* (S27:27, ce Bloc) ; même racine *r-j-ʿ* que *mādhā yarjiʿūn* (S27:28, ce Bloc) — la reine applique, sans le savoir, la même méthode de vérification par les faits que Sulaymān avait appliquée au hudhud.
Le refus du présent et la menace de Sulaymān · S27:36–37
S.27:36 · Sulaymān refuse le présent
- a-tumiddūnani bi-mālin
- racine *m-d-d* : fournir, pourvoir en continu — première occurrence développée.
- bi-hadiyyatikum tafraḥūn
- racine *f-r-ḥ* : la joie prise dans une possession ou un bien reçu — première occurrence développée. **Dit** : Sulaymān ne rejette pas le présent par orgueil de richesse personnelle, mais en indique le motif explicite — ce qu'Allaah lui a donné dépasse, selon lui, toute mesure matérielle envoyée par la reine.
S.27:37 · La menace de l’armée
- lā qibala lahum bihā
- racine *q-b-l* : la capacité de faire face, de tenir position devant une force — première occurrence développée sous cette forme précise.
- adhillatan … ṣāghirūn
- *adhilla*, même racine que S27:34, ce Bloc. *Ṣāghirūn*, racine *ṣ-gh-r* (être petit, rendu petit) : première occurrence développée — l'humiliation portée jusqu'à la réduction de rang, non seulement l'abaissement.
Le trône apporté en un instant · S27:38–40
S.27:38 · Sulaymān demande le trône
- bi-ʿarshihā
- *ʿarsh*, même mot que S27:23 (Bloc I) : une réalité matérielle et humaine — le trône de la reine —, rendue en français par le mot ordinaire « trône », distincte du *ʿArsh* d'Allaah conservé en translittération (S27:26, Bloc I).
- yaʾtūnī muslimīn
- même racine *s-l-m* que S27:31, ce Bloc. **Dit** : Sulaymān veut obtenir le trône avant même que la reddition annoncée dans sa lettre ne survienne — une anticipation sur l'événement, dont ce seul verset ne précise pas le motif exact (démonstration de puissance, ou volonté de hâter la reconnaissance de la reine) : **non-dit**, que ce Bloc ne comble par aucune élaboration supplémentaire.
S.27:39 · L’ʿifrīt des jinn s’engage
- ʿifrītun mina l-jinni
- racine *ʿ-f-r* : les lexicographes classiques (dont Ibn Manẓūr, *Lisān al-ʿArab*) rattachent ce terme à l'idée d'une force et d'une habileté peu communes — une puissance à la fois physique et rusée, attribuée ici à l'un des jinn (déjà largement établi, S27:17, Bloc I). Unique occurrence de ce mot dans le Coran. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas la nature exacte de cette force (une force physique capable de déplacer un objet lointain, ou une capacité d'un autre ordre) ; ce Bloc ne tranche pas au-delà de ce que le verset suivant laisse entendre par contraste.
- min maqāmika
- racine *q-w-m*, même racine que *maqāmī* (« Ma comparution », S14:14 — où il s'agissait de la comparution devant Allaah) : ici au sens concret et distinct d'une position physique d'assise, le siège que Sulaymān occupe durant l'audience — aucun rapport entre les deux emplois, sinon la racine elle-même.
- la-qawiyyun amīn
- *qawiyy*, racine *q-w-y*, largement établie. *Amīn*, racine *ʾ-m-n*, même famille que *rasūlun amīn*, déjà rencontré pour plusieurs *rusul* (S26:107/125/143) — ici appliqué à un jinn qui se porte garant de sa propre fiabilité pour cette tâche précise.
S.27:40 · Celui qui avait une science du Kitāb — le trône apporté en un instant
Point de méthode — une identité que le texte ne nomme pas. Ce verset introduit un second interlocuteur par la seule relative « al-ladhī ʿindahu ʿilmun mina l-kitāb » — celui qui avait, auprès de lui, une science venant du Kitāb. Dit : le texte affirme que cette personne dispose d’une science tirée du Kitāb, et qu’elle accomplit la tâche plus rapidement que l’ʿifrīt, dans un délai qui équivaut à l’instantané (« avant que ton regard ne revienne à toi »). Non-dit : ni l’identité de cette personne (un compagnon de Sulaymān, ou toute autre lecture), ni la nature exacte de ce Kitāb (un écrit particulier détenu par elle, ou la science révélée en général), ne sont précisées par ce seul verset. Ce Bloc nomme cette personne uniquement par les mots du texte, sans importer aucune identification issue d’une tradition extérieure.
- al-ladhī ʿindahu ʿilmun mina l-kitāb
- voir le callout de méthode ci-dessus. *Kitāb*, ici conservé en translittération au sens d'une science ou d'un écrit révélé — à distinguer du sens de « lettre » rencontré au début de ce Bloc (*kitābī hādhā*, S27:28).
- qabla an yartadda ilayka ṭarfuka
- racine *ṭ-r-f* : le regard, le battement de la paupière — une expression idiomatique pour l'instantané absolu, plus rapide encore que le délai annoncé par l'ʿifrīt (« avant que tu ne te lèves de ta place », S27:39, ce Bloc). Première occurrence développée.
- mustaqirran ʿindahu
- racine *q-r-r* (forme X, *istaqarra*) : être fixé, immobilisé en un lieu après un mouvement — première occurrence développée.
- min faḍli rabbī
- même racine *f-ḍ-l* que *faḍḍalanā* (S27:15, Bloc I) et *al-faḍlu l-mubīn* (S27:16, Bloc I).
- li-yabluwanī a-ashkuru am akfuru
- racine *b-l-w* : éprouver, mettre à l'épreuve pour révéler ce qui est caché — précédent établi (S2:155). **Dit** : Sulaymān reçoit cet événement extraordinaire comme une épreuve posée par Allaah, non comme un mérite personnel — l'opposition qui suit (*shakara*/*kafara*, la racine *sh-k-r* déjà distinguée du *ḥamd*, S27:15/19, Bloc I, et la racine *k-f-r*) pose un principe général valable pour quiconque, non seulement pour lui.
- rabbī ghaniyyun karīm
- *al-Ghaniyy*, racine *gh-n-y* : ce qui n'a besoin de rien, l'absence de tout manque — ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah, conservé en translittération, première occurrence développée sous cette forme nominale précise. *Karīm*, même racine que *kitābun karīm* (S27:29, ce Bloc), ici appliqué à Allaah : la générosité et la noblesse qui ne dépendent d'aucune contrepartie attendue — **dit** : même si la reconnaissance (*shukr*) est due, Allaah n'en a Lui-même aucun besoin (*ghaniyy*).
L’épreuve du trône et la reconnaissance finale · S27:41–44
S.27:41 · « Rendez-lui son trône méconnaissable »
- nakkirū lahā ʿarshahā
- racine *n-k-r*, forme II (rendre étranger, méconnaissable) : même racine que *nukr* (« une chose détestable », S18:74), mais nuance distincte — ici, altérer l'apparence d'un objet pour qu'il ne soit plus reconnu tel quel, non la qualification morale d'un acte.
- a-tahtadī … lā yahtadūn
- même racine *h-d-y* que *hudā* (S27:2, Bloc I) et *hadiyya* (S27:35, ce Bloc) : ici au sens de reconnaître, retrouver le repère juste malgré l'altération posée par l'épreuve — un même mot pour la guidance la plus large et pour la simple reconnaissance d'un objet déguisé, fil lexical qui traverse tout ce Bloc.
S.27:42 · « Est-ce là ton trône ? »
- qālat ka-annahu huwa
- **Dit, avec précision** : la reine ne confirme ni n'infirme franchement — sa réponse reste prudemment qualifiée (« c'est comme si c'était lui »), sans qu'elle affirme une identité certaine. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas si cette prudence tient à une hésitation réelle devant l'altération posée par l'épreuve (S27:41, ce Bloc), ou à une finesse délibérée de sa part, consciente d'être mise à l'épreuve ; ce Bloc ne tranche pas entre ces lectures.
- wa-ūtīnā l-ʿilma min qablihā wa-kunnā muslimīn
- **Crux grammatical.** Ce seul verset ne nomme pas explicitement le locuteur de cette seconde phrase : la construction à la première personne du pluriel (« on nous a donné », « nous étions ») peut se lire comme la suite de la parole de la reine elle-même — elle affirmerait alors que, elle et les siens, avaient déjà quelque connaissance et une disposition à la soumission avant même cette épreuve du trône — ou comme une intervention distincte, rapportée par le texte à la troisième personne sur l'ensemble de la scène. Ce Bloc ne tranche pas entre ces deux lectures. *Muslimīn*, même racine *s-l-m* que S27:31/38, ce Bloc : le fil de la soumission, annoncé depuis la lettre de Sulaymān, se referme presque sur ce mot, avant la déclaration finale et sans ambiguïté de la reine elle-même (S27:44, ce Bloc).
S.27:43 · Ce qu’elle adorait l’avait détournée
- wa-ṣaddahā
- même racine *ṣ-d-d* que *fa-ṣaddahum ʿani s-sabīl* (S27:24, Bloc I — où le *shayṭān* détournait la reine et son peuple de la prosternation devant Allaah, au profit du soleil). **Cohérence intra-Bloc** : ce verset reprend le même diagnostic en des termes presque identiques — le culte rendu au soleil, déjà nommé en S27:24, est ici désigné sans plus de détail par « ce qu'elle adorait en dehors d'Allaah ».
S.27:44 · Le palais de verre — sa reconnaissance finale
- aṣ-ṣarḥ
- racine *ṣ-r-ḥ* : Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) rattache cette racine à l'idée de ce qui est rendu clair, dégagé, manifeste — d'où le sens d'un édifice élevé, à l'aspect net et ouvert. Première et seule occurrence de ce mot dans ce Bloc, reprise aussitôt après (*ṣarḥun mumarrad*, même verset).
- ḥasibathu lujjatan
- racine *l-j-j* : une étendue d'eau profonde et agitée — unique occurrence de ce mot dans le Coran. **Dit** : la reine se méprend sur la nature du sol qu'elle s'apprête à traverser — une méprise que le texte rapporte sans détour, pour expliquer le geste qui suit.
- wa-kashafat ʿan sāqayhā
- racine *k-sh-f* (découvrir, dévoiler) et racine *s-w-q* (*sāq*, la jambe, le mollet) : un geste pratique, pour ne pas mouiller un vêtement qu'elle croit devoir traverser dans l'eau. **Non-dit** : ce seul verset ne développe aucune portée au-delà de ce geste concret ; ce Bloc n'y ajoute aucune élaboration supplémentaire.
- ṣarḥun mumarradun min qawārīra
- *mumarrad*, racine *m-r-d* : rendu lisse, poli, sans aspérité — Ibn Manẓūr. *Qawārīr*, pluriel de *qārūra* : le verre, le cristal. Première occurrence développée de ces deux racines : le sol qu'elle prenait pour de l'eau n'était qu'une surface de verre poli.
- ẕalamtu nafsī wa-aslamtu
- *ẕalamtu*, racine *ẕ-l-m*, très largement établie : placer une chose hors de sa juste place — ici appliqué par la reine à elle-même, en reconnaissance de son propre tort passé (le culte rendu au soleil, S27:24/43, ce Bloc). *Aslamtu*, même racine *s-l-m* que S27:31/38/42, ce Bloc : la déclaration finale, à la première personne et sans la moindre réserve, de ce que la lettre de Sulaymān exigeait dès l'ouverture de ce Bloc (« venez à moi en vous soumettant », S27:31).
- lillāhi rabbi l-ʿālamīn
- même formule de clôture que celle qui accompagnait l'appel au feu de Mūsā (« Allaah, Rabb des ʿālamīn, est dégagé de toute imperfection », S27:8, Bloc I) : le Bloc se referme ainsi sur la même désignation d'Allaah que celle qui l'avait ouvert, par la bouche de deux personnages distincts — Mūsā d'abord à travers l'appel qui lui fut adressé, la reine de Sabaʾ ici de sa propre bouche.