Structure du Bloc III. Deux récits brefs, construits sur le même schéma déjà rencontré pour les récits prophétiques d’autres sourates (S7, S11, S26). D’abord Ṣāliḥ envoyé à Thamūd, déjà scindé en deux factions qui s’opposent : il leur reproche de hâter le mal avant le bien plutôt que de demander pardon ; ils lui attribuent un mauvais présage, qu’il renvoie à Allaah seul (S27:45–47). Un petit groupe de neuf, qui semait le désordre dans le pays, se jure mutuellement de l’exécuter de nuit, lui et sa famille, en préparant à l’avance un alibi mensonger — manœuvre à laquelle répond une manœuvre d’Allaah, qui les anéantit tous, sans qu’ils s’en aperçoivent ; leurs maisons restent vides, et les muʾminūn sont sauvés (S27:48–53). Puis Lūṭ à son peuple : le reproche de la fāḥisha commise à visage découvert, le désir tourné vers les hommes plutôt que les femmes, la seule réponse étant l’expulsion de sa famille, le sauvetage de tous sauf son épouse, et la pluie funeste qui s’abat sur les autres (S27:54–58).
Point de méthode — deux récits déjà traduits ailleurs pour d’autres sourates, repris ici en des termes proches mais non identiques. Ces deux récits (Ṣāliḥ/Thamūd, Lūṭ) ont déjà été traduits pour d’autres sourates qui les racontent (S7:73–84, S11:61–83, S26:141–175). Ce Bloc signale, à chaque endroit où le texte de cette sourate s’écarte, même légèrement, de la formulation déjà rencontrée ailleurs, cette variation telle qu’elle se présente — sans jamais lisser les deux versions en une seule, et sans importer dans l’une ce que seule l’autre affirme.
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.27:45 | Ṣāliḥ envoyé à Thamūd — deux factions qui s’opposent |
| S.27:46 | « Pourquoi hâtez-vous le mal avant le bien ? » |
| S.27:47 | Le mauvais présage attribué à Ṣāliḥ — « votre sort est auprès d’Allaah » |
| S.27:48 | Les neuf du clan qui semaient le désordre |
| S.27:49 | Le serment du complot nocturne — l’alibi préparé à l’avance |
| S.27:50–51 | La manœuvre en miroir — l’anéantissement |
| S.27:52 | Leurs maisons laissées vides — un signe |
| S.27:53 | Les muʾminūn sauvés |
| S.27:54 | Lūṭ — la fāḥisha commise à visage découvert |
| S.27:55 | Le désir tourné vers les hommes — « un peuple ignorant » |
| S.27:56 | « Expulsez la famille de Lūṭ » |
| S.27:57 | Le sauvetage, sauf l’épouse |
| S.27:58 | La pluie funeste |
Ṣāliḥ envoyé à Thamūd · S27:45–53
S.27:45 · Ṣāliḥ envoyé à Thamūd — deux factions qui s’opposent
- thamūda akhāhum ṣāliḥan
- même construction, mot pour mot, que celle déjà établie pour ce récit et pour les récits parallèles (S11:61, S26:141–142) : *akhāhum*, « leur frère » — Ṣāliḥ appartient au peuple même qu'il avertit, non un étranger venu d'ailleurs.
- farīqāni yakhtaṣimūn
- racine *kh-ṣ-m* : s'opposer, être partie adverse dans un différend — première occurrence développée. **Dit** : le texte constate la division de Thamūd en deux factions opposées dès l'annonce même de l'appel de Ṣāliḥ, sans détailler ici la teneur précise de leur différend — la suite du récit (S27:46–47, ce Bloc) en donne le contenu : l'une des deux factions réclame la hâte du mal, l'autre (implicitement, celle de Ṣāliḥ et des muʾminūn, S27:53, ce Bloc) s'y refuse.
S.27:46 · « Pourquoi hâtez-vous le mal avant le bien ? »
- lima tastaʿjilūna bi-s-sayyiʾati qabla l-ḥasanati
- précédent exact, mot pour mot, déjà établi pour la même construction (S13:6 : « *wa-yastaʿjilūnaka bi-s-sayyiʾati qabla l-ḥasanati* », « ils te réclament de hâter le mal avant le bien ») — racine *ʿ-j-l* : la précipitation qui ne veut pas attendre son heure.
- law-lā tastaghfirūna … turḥamūn
- couple *istighfār*/*raḥma*, extensivement établi (S11:90, et *passim*) : demander pardon ouvre la voie à la *raḥma*, sans qu'aucune automaticité ne soit affirmée par ce seul verset au-delà de la possibilité qu'exprime « *laʿallakum* » (peut-être).
S.27:47 · Le mauvais présage attribué à Ṣāliḥ — « votre sort est auprès d’Allaah »
- iṭṭayyarnā … ṭāʾirukum ʿinda llāh
- racine *ṭ-y-r* (l'oiseau) : un usage attesté avant l'islam, de l'observation du vol des oiseaux (pratique divinatoire) au sens dérivé de « présage, sort attaché à un événement » — précédent exact, de même structure, déjà établi pour le même reproche adressé à Mūsā (S7:131 : « *yaṭṭayyarū bi-mūsā … ṭāʾiruhum ʿinda llāh* »). **Point de transparence, philologique seulement** : cette même racine *ṭ-y-r* donne aussi, par un sens distinct, le mot ordinaire pour « oiseau » (*ṭayr*), déjà rencontré au tout début de cette sourate pour le langage que Sulaymān reçoit en partage (*manṭiqa ṭ-ṭayr*, S27:16, Bloc I de cette sourate) — un même mot arabe, deux sens dérivés sans rapport de fond entre eux, signalé ici par souci de transparence lexicale.
- qawmun tuftanūn
- racine *f-t-n*, conservée en translittération (précédent établi dès S2:191 ; S8:25/28) : ni « persécution » ni « sédition » n'en couvrent seules le sens — l'épreuve qui révèle et qui divise. **Dit** : Ṣāliḥ retourne l'accusation portée contre lui — ce n'est pas lui qui serait la cause d'un malheur, mais son peuple lui-même qui se trouve mis à l'épreuve par ce qu'il annonce.
S.27:48 · Les neuf du clan qui semaient le désordre
- tisʿatu rahṭin
- racine *r-h-ṭ* : le clan proche, le petit groupe de parenté immédiate — précédent établi (S11:91–92 : *rahṭuka*, le clan de Shuʿayb, dont la seule présence protégeait ce dernier de la lapidation). Ici, à l'inverse, c'est un clan de neuf hommes qui constitue la menace, non la protection.
- yufsidūna … lā yuṣliḥūn
- couple *f-s-d*/*ṣ-l-ḥ*, opposé terme à terme — étude dédiée [fasad-mufsidun.md](/etudes/fasad-mufsidun/), déjà établie (S5:33, S7:103, S27:12/14, Bloc I de cette sourate). **Dit** : le texte ne se contente pas de nommer le trouble qu'ils causent (*yufsidūna*), il ajoute explicitement qu'ils ne le corrigent pas non plus (*lā yuṣliḥūn*) — une double caractérisation, non une simple redite.
S.27:49 · Le serment du complot nocturne — l’alibi préparé à l’avance
- taqāsamū billāh
- racine *q-s-m*, forme VI (réciproque) : se jurer mutuellement, par un serment échangé entre plusieurs personnes — première occurrence développée.
- la-nubayyitannahu
- racine *b-y-t* (la nuit) : attaquer, exécuter un dessein de nuit, par surprise — première occurrence développée.
- li-waliyyihi
- racine *w-l-y* : celui qui a charge, protection ou lien de proximité envers une personne — ici, l'allié ou le proche de Ṣāliḥ à qui ce clan prévoit de mentir. Précédent établi pour cette même racine, en un sens distinct (*tawalla*, S27:28, Bloc II de cette sourate : se détourner).
- mā shahidnā mahlika ahlihi wa-innā la-ṣādiqūn
- racine *h-l-k* (*mahlik*, le lieu ou le moment de la perte) et racine *ṣ-d-q* (déjà établie dès S27:27, Bloc II de cette sourate : la véracité conforme au réel). **Dit, avec précision** : le texte rapporte, avant même que l'acte ne soit commis, le mensonge que ce clan prépare pour s'en disculper par avance — un alibi fabriqué d'avance, revendiqué comme vérité (*ṣādiqūn*) alors même qu'il est annoncé comme mensonger par celui qui le profère. Le texte expose ainsi, sans commentaire supplémentaire, la nature préméditée de ce double forfait — le meurtre projeté, et le mensonge destiné à le couvrir.
La manœuvre en miroir et le sauvetage · S27:50–53
S.27:50–51 · La manœuvre en miroir — l’anéantissement
- makarū makran wa-makarnā makran
- racine *m-k-r* : la manœuvre indirecte visant à déjouer un dessein. **Point de méthode, déjà établi, aucun accord nouveau requis** : le texte emploie délibérément le même terme pour les deux sujets — figure de style qui interdit de traduire différemment selon le sujet (précédent fixé pour S3:54, et appliqué pour S10:21). Le sens retenu reste fonctionnel : une réponse qui renverse une manœuvre humaine, sans qu'aucun affect humain (ruse, dissimulation, plaisir de tromper) ne soit projeté sur Allaah par ce choix lexical.
- wa-hum lā yashʿurūn
- **Écho intra-sourate.** Même formule exacte que celle employée par la fourmi avertissant les siennes de l'inattention de Sulaymān (S27:18, Bloc I de cette sourate : « *wa-hum lā yashʿurūn* »). Ici, c'est le clan comploteur lui-même qui se trouve pris sans s'en apercevoir — un même tour de phrase appliqué, dans cette seule sourate, à deux situations où une partie agit sans percevoir ce qui se prépare contre elle ou autour d'elle.
- dammarnāhum wa-qawmahum ajmaʿīn
- racine *d-m-r* : détruire de fond en comble, ruiner entièrement — précédent établi (*dammarnāhum tadmīrā*, S25:36). **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas si « leur peuple, tous ensemble » (*qawmahum ajmaʿīn*) inclut, par hypothèse, un reste de Thamūd resté étranger au complot du clan des neuf — le verset suivant (S27:53, ce Bloc) répond cependant à cette question en son principe, en affirmant séparément que les muʾminūn, eux, furent sauvés : l'anéantissement total nommé ici ne concerne donc, lu avec ce qui suit, que ceux qui n'étaient pas de ce nombre.
S.27:52 · Leurs maisons laissées vides — un signe
- khāwiyatan
- racine *kh-w-y* : vide, désert — précédent établi (S2:259, déjà publiée : *khāwiyatun ʿalā ʿurūshihā*, la cité en ruine dont les toitures se sont effondrées). Ici, l'image est resserrée sur les seules maisons laissées sans habitants.
- bimā ẕalamū
- racine *ẕ-l-m*, très largement établie : placer une chose hors de sa juste place. **Dit** : le texte rattache explicitement la ruine de ces maisons au *ẕulm* commis — la manœuvre nocturne et le mensonge préparé par avance (S27:49, ce Bloc) en sont les actes concrets.
S.27:53 · Les muʾminūn sauvés
- anjaynā … āmanū … yattaqūn
- couple *īmān*/*taqwā*, extensivement établi. **Dit** : ce verset bref répond explicitement à la question laissée ouverte au verset précédent (S27:51, ce Bloc) sur l'étendue de l'anéantissement — un reste de Thamūd, qualifié ici par sa foi et sa *taqwā*, est nommément excepté du sort du clan comploteur et de ceux qui le suivaient.
Lūṭ à son peuple · S27:54–58
S.27:54 · Lūṭ — la fāḥisha commise à visage découvert
- al-fāḥisha
- précédent établi (S7:80 : « *mā sabaqakum bihā min aḥadin mina l-ʿālamīn* », aucun précédent parmi les *ʿālamīn*) — ce qui dépasse la mesure convenable.
- wa-antum tubṣirūn
- racine *b-ṣ-r* (voir clairement). **Dit, avec précision** : ce verset ne reprend pas ici l'argument de l'absence de précédent parmi les *ʿālamīn* (formulé en ces termes en S7:80), mais insiste à la place sur le caractère conscient et à visage découvert de l'acte — « alors que vous voyez clairement » ce que vous faites. Deux récits du même épisode, dans deux sourates distinctes, insistent ainsi sur deux aspects différents du même reproche, sans que l'un contredise l'autre.
S.27:55 · Le désir tourné vers les hommes — « un peuple ignorant »
- la-taʾtūna r-rijāla shahwatan min dūni n-nisāʾ
- précédent exact, mot pour mot, déjà établi pour ce même reproche (S7:81 : « *innakum la-taʾtūna r-rijāla shahwatan min dūni n-nisāʾi* »). *Shahwa*, racine *sh-h-w* : le désir, l'appétit.
- qawmun tajhalūn
- racine *j-h-l* : l'ignorance, l'absence de la connaissance requise pour agir avec discernement — première occurrence développée sous cette forme précise. **Point de transparence** : le verset parallèle (S7:81) qualifiait ce même peuple de « *qawmun musrifūn* » (un peuple qui commet l'excès) ; ici, le texte retient une qualification distincte — l'ignorance, non l'excès. Ce Bloc rapporte les deux qualifications telles que le texte les pose à chaque endroit, sans les fondre en une seule ni en écarter une au profit de l'autre.
S.27:56 · « Expulsez la famille de Lūṭ »
- āla lūṭin
- racine *ʾ-w-l* (*āl*) : la maison, l'entourage proche, ceux qui se rattachent à quelqu'un — précédent établi (*āla firʿawn*, S7:141). **Point de transparence** : le verset parallèle (S7:82) désignait la famille de Lūṭ par le seul pronom (« expulsez-*les* »), sans la nommer expressément ; ce Bloc signale que ce verset-ci la nomme explicitement, sans qu'aucune différence de sens n'en découle au-delà de cette précision.
- unāsun yataṭahharūn
- précédent exact, mot pour mot, déjà établi pour cette même parole (S7:82) — racine *ṭ-h-r* (forme V, se purifier, se prétendre pur) : un emploi ironique et méprisant du vocabulaire de la pureté, retourné par le peuple de Lūṭ contre ceux qui la revendiquent, non une qualification que le texte adopte à son propre compte.
S.27:57 · Le sauvetage, sauf l’épouse
- qaddarnāhā mina l-ghābirīn
- *al-ghābirīn*, racine *gh-b-r* (rester en arrière, subsister derrière) : précédent exact déjà établi pour ce même événement (S7:83). **Point de transparence** : le verset parallèle emploie ici un simple verbe d'état (« *kānat mina l-ghābirīn* », « elle était du nombre de ceux qui restent en arrière », S7:83), tandis que ce verset-ci emploie *qaddarnāhā* (racine *q-d-r*, déjà largement établie pour la détermination précise d'une chose) — « Nous l'avons destinée » : une attribution plus explicite de ce sort à un décret, plutôt qu'à un simple constat d'état. Ce Bloc rapporte les deux formulations sans les confondre. **Non-dit** : ni l'un ni l'autre verset ne précise la raison de ce sort réservé à l'épouse — ce Bloc n'importe aucun récit extérieur pour la combler.
S.27:58 · La pluie funeste
- amṭarnā ʿalayhim maṭaran
- précédent exact, mot pour mot, déjà établi pour ce même événement (S7:84 : « *wa-amṭarnā ʿalayhim maṭaran* »).
- fa-sāʾa maṭaru l-mundharīn
- *sāʾa*, racine *s-w-ʾ* (même racine que *as-sayyiʾa*, S27:46, ce Bloc), ici comme exclamation de blâme : « combien est mauvaise… ». *Al-mundharīn*, racine *n-dh-r* (avertir, donner un avertissement préalable), largement établie. **Point de transparence** : le verset parallèle (S7:84) clôt ce même événement par « regarde quelle fut la fin des criminels (*al-mujrimīn*) » ; ce verset-ci retient une qualification distincte — non leur crime, mais le fait qu'ils avaient été avertis (*al-mundharīn*) avant que ne s'abatte sur eux cette pluie, un avertissement que Lūṭ leur avait expressément adressé (S27:54–55, ce Bloc).