Structure du Bloc IV. Cinq mouvements. Ordre au nabī de proclamer ḥamd et paix sur les ʿibād élus, puis cinq questions rhétoriques (création cieux/terre/jardins ; terre-assise + barrière entre les mers ; réponse à la détresse + humains successeurs de la terre ; guidance dans les ténèbres + vents annonciateurs ; création puis re-création), chacune close par « y a-t-il un ilāh avec Allaah ? » (S27:59–64). Puis le ghayb exclusif à Allaah et le savoir des kāfirūn jamais convergé sur l’Ākhira (S27:65–66) ; l’objection « légende des anciens » et l’appel à parcourir la terre (S27:67–69) ; consolation au nabī face à la moquerie sur la date, réponse sans date mais affirmant l’imminence (S27:70–72) ; clôture sur le faḍl d’Allaah malgré l’ingratitude humaine, Sa connaissance de ce que les poitrines renferment/divulguent, et rien de caché qui ne soit dans un Kitāb manifeste — écho direct à l’ouverture de la sourate (S27:73–75).

Point de méthode — les cinq questions rhétoriques (S27:60–64), sans élaboration scolastique importée. Même structure répétée cinq fois : une action cosmique/providentielle à l’évidence posée comme telle, puis le refrain « y a-t-il un ilāh avec Allaah ? ». Ce Bloc restitue ce que chaque question affirme par elle-même — l’énumération interdit toute association avec Allaah —, sans le développement scolastique que la théologie postérieure a pu bâtir sur ce type de passage (même prudence déjà posée pour S21:22, à propos du burhān at-tamānuʿ, terme absent du Coran).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.27:59 « Dis : la ḥamd est à Allaah, et paix sur Ses ʿibād élus »
S.27:60 Qui a créé les cieux et la terre, et fait germer les jardins ?
S.27:61 Qui a fait de la terre une assise, et placé une barrière entre les mers ?
S.27:62 Qui répond à la détresse, et vous établit successeurs de la terre ?
S.27:63 Qui guide dans les ténèbres, et envoie les vents en annonce ?
S.27:64 Qui fait exister la création puis la refait ? — « Apportez votre preuve »
S.27:65 Le ghayb, exclusif à Allaah
S.27:66 Leur savoir n’a jamais convergé sur l’Ākhira — doute, aveuglement
S.27:67–68 « Rien que des légendes des anciens »
S.27:69 « Parcourez la terre, et regardez »
S.27:70 Ne t’attriste pas, ne sois pas dans l’oppression
S.27:71–72 « Quand cette promesse ? » — « Elle est peut-être déjà sur vos talons »
S.27:73 Le faḍl d’Allaah envers les humains — leur ingratitude
S.27:74 Ce que les poitrines renferment, ce qui est divulgué
S.27:75 Rien de caché qui ne soit dans un Kitāb manifeste

La ḥamd et les cinq questions rhétoriques · S27:59–64

S.27:59 · « Dis : la ḥamd est à Allaah, et paix sur Ses ʿibād élus »

S.27:59
قُلِ الْحَمْدُ لِلَّهِ وَسَلَامٌ عَلَىٰ عِبَادِهِ الَّذِينَ اصْطَفَىٰ ۗ آللَّهُ خَيْرٌ أَمَّا يُشْرِكُونَ
Quli l-ḥamdu lillāhi wa-salāmun ʿalā ʿibādihi lladhīna ṣṭafā āllāhu khayrun amma yushrikūn Dis : « La ḥamd est à Allaah, et paix (salām) sur Ses ʿibād qu’Il a élus (iṣṭafā) ! Allaah est-Il meilleur, ou ce qu’ils [Lui] associent ? »
Notes lexicales
al-ḥamdu lillāh
racine *ḥ-m-d*, établie dès l'ouverture de ce corpus (S1:2) et distinguée du *shukr* dans cette même sourate (S27:15/19, Bloc I) : la louange qui reconnaît une qualité, non la seule gratitude pour un bienfait reçu.
salāmun ʿalā ʿibādihi
racine *s-l-m*, même racine que le fil de la soumission (*muslimīn*/*aslamtu*) qui traverse les Blocs II et III de cette sourate (S27:31/38/42/44/54) — ici au sens distinct d'un souhait de paix adressé aux *ʿibād* élus, première occurrence de ce sens précis dans ce Bloc.
ʿibādihi lladhīna ṣṭafā
racine *ṣ-f-w* (forme VIII), précédent déjà publié (S3:33/42 : « choisir en écartant tout le reste, élire de façon exclusive »), repris ici à l'identique. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas qui sont exactement ces *ʿibād* élus (l'ensemble des croyants, les *rusul* spécifiquement, ou toute autre catégorie) — ce Bloc n'importe aucune liste pour combler ce silence.
āllāhu khayrun amma yushrikūn
**Dit** : ce premier refrain rhétorique (« Allaah est-Il meilleur, ou ce qu'ils associent ? ») ouvre la série de questions qui suit (S27:60–64, ce Bloc), chacune close par un second refrain distinct (« y a-t-il un *ilāh* avec Allaah ? ») — deux formulations d'un même argument, encadrant tout ce passage.

S.27:60 · Qui a créé les cieux et la terre, et fait germer les jardins ?

S.27:60
أَمَّنْ خَلَقَ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضَ وَأَنْزَلَ لَكُمْ مِنَ السَّمَاءِ مَاءً فَأَنْبَتْنَا بِهِ حَدَائِقَ ذَاتَ بَهْجَةٍ مَا كَانَ لَكُمْ أَنْ تُنْبِتُوا شَجَرَهَا ۗ أَإِلَٰهٌ مَعَ اللَّهِ ۚ بَلْ هُمْ قَوْمٌ يَعْدِلُونَ
Amman khalaqa s-samāwāti wa-l-arḍa wa-anzala lakum mina s-samāʾi māʾan fa-anbatnā bihi ḥadāʾiqa dhāta bahjatin mā kāna lakum an tunbitū shajarahā a-ilāhun maʿa llāhi bal hum qawmun yaʿdilūn Ou bien, qui a créé les cieux et la terre, et a fait descendre pour vous, du ciel, une eau — et Nous en avons fait germer des jardins pleins d’éclat (ḥadāʾiqa dhāta bahjatin), dont il n’était pas en votre pouvoir de faire germer les arbres ? Y a-t-il un ilāh avec Allaah ? Ils sont plutôt un peuple qui dévie (yaʿdilūn).
Notes lexicales
amman khalaqa … fa-anbatnā
**Point de grammaire, sans portée théologique.** Le texte amorce la question à la troisième personne distante (« qui a créé… et a fait descendre »), puis bascule au « Nous » pour l'acte de faire germer (*fa-anbatnā*) — un glissement énonciatif que les grammairiens arabes classiques nomment parfois *iltifāt* : les deux constructions visent le même sujet, Allaah, sans qu'aucune différence de sens n'en découle.
ḥadāʾiqa dhāta bahjatin
*ḥadāʾiq*, pluriel de *ḥadīqa* (racine *ḥ-d-q*) : un jardin clos, entouré. *Bahja*, racine *b-h-j* : l'éclat, la splendeur qui réjouit le regard. Premières occurrences de ces deux racines.
a-ilāhun maʿa llāh
*ilāh*, conservé en translittération conformément à la règle constante de ce Projet (jamais rendu par « divinité »). Premier des cinq emplois de ce refrain dans ce passage (S27:60–64, ce Bloc).
qawmun yaʿdilūn
racine *ʿ-d-l* : les lexicographes classiques (Ibn Fāris, *Maqāyīs al-Lugha*) y distinguent deux sens principaux — la justice, l'équité (sens le plus connu), et, dans une construction distincte, s'écarter, dévier d'une direction (*ʿadala ʿan ṭ-ṭarīq*, « il a dévié du chemin »). Le contexte — un refus de toute mise en parallèle avec Allaah — impose ici le second sens : « ils dévient », non « ils sont justes ». Première occurrence développée de cette racine, dans ce sens précis.

S.27:61 · Qui a fait de la terre une assise, et placé une barrière entre les mers ?

S.27:61
أَمَّنْ جَعَلَ الْأَرْضَ قَرَارًا وَجَعَلَ خِلَالَهَا أَنْهَارًا وَجَعَلَ لَهَا رَوَاسِيَ وَجَعَلَ بَيْنَ الْبَحْرَيْنِ حَاجِزًا ۗ أَإِلَٰهٌ مَعَ اللَّهِ ۚ بَلْ أَكْثَرُهُمْ لَا يَعْلَمُونَ
Amman jaʿala l-arḍa qarāran wa-jaʿala khilālahā anhāran wa-jaʿala lahā rawāsiya wa-jaʿala bayna l-baḥrayni ḥājizan a-ilāhun maʿa llāhi bal aktharuhum lā yaʿlamūn Ou bien, qui a fait de la terre une assise stable (qarāran), y a placé des rivières en son sein (khilālahā), y a placé des montagnes-ancrages (rawāsiya), et a placé entre les deux mers une barrière (ḥājizan) ? Y a-t-il un ilāh avec Allaah ? Ils sont plutôt, pour la plupart, dans l’ignorance.
Notes lexicales
qarāran
racine *q-r-r* : ce qui demeure fixé, une assise stable — première occurrence développée de ce sens précis, distincte de *mustaqirran* (S27:40, Bloc II, même racine, appliquée au trône immobilisé).
khilālahā anhāran
*khilāl*, racine *kh-l-l* : l'intervalle, ce qui traverse de part en part — précédent établi (S24:4 : l'interstice entre les nuées).
rawāsiya
précédent exact, mot pour mot, déjà établi (S13:3, S16:15–16, S21:31) : les montagnes comme ancrages qui empêchent la terre de vaciller.
bayna l-baḥrayni ḥājizan
racine *ḥ-j-z* : ce qui empêche le passage, l'obstacle qui sépare — première occurrence de cette racine précise. **Point de transparence** : ce même phénomène — une séparation entre deux mers — est déjà nommé ailleurs par un terme distinct, *barzakh*, conservé en translittération (S25:53 : « *jaʿala baynahumā barzakhan wa-ḥijran maḥjūrā* »). Ce Bloc ne confond pas les deux termes arabes (*ḥājiz* et *barzakh*) sous une seule traduction : chacun est rendu pour lui-même, bien qu'ils visent ici un même type de phénomène.

S.27:62 · Qui répond à la détresse, et vous établit successeurs de la terre ?

S.27:62
أَمَّنْ يُجِيبُ الْمُضْطَرَّ إِذَا دَعَاهُ وَيَكْشِفُ السُّوءَ وَيَجْعَلُكُمْ خُلَفَاءَ الْأَرْضِ ۗ أَإِلَٰهٌ مَعَ اللَّهِ ۚ قَلِيلًا مَا تَذَكَّرُونَ
Amman yujību l-muḍṭarra idhā daʿāhu wa-yakshifu s-sūʾa wa-yajʿalukum khulafāʾa l-arḍi a-ilāhun maʿa llāhi qalīlan mā tadhakkarūn Ou bien, qui répond à celui que l’extrême détresse contraint (al-muḍṭarr), quand il L’invoque, qui lève le mal (yakshifu s-sūʾa), et qui vous établit comme successeurs de la terre (khulafāʾa l-arḍ) ? Y a-t-il un ilāh avec Allaah ? Combien peu vous vous rappelez (tadhakkarūn) !
Notes lexicales
al-muḍṭarr
racine *ḍ-r-r* (forme VIII, *iḍṭarra*) — même famille que *ḍurr*/*ḍarrāʾ*, déjà établie (S6:42, S7:94, S10:12 : l'affliction, le dommage qui touche). La forme VIII marque ici la contrainte extrême : celui que le dommage pousse à n'avoir plus aucune autre issue que l'appel. Première occurrence de cette forme précise.
yakshifu s-sūʾa
racine *k-sh-f* : précédent exact déjà établi pour cette même action réservée à Allaah (S6:41 : « *fa-yakshifu mā tadʿūna ilayhi* » ; S10:12 : « *kashafnā ʿanhu ḍurrahu* »).
khulafāʾa l-arḍ
pluriel de *khalīfa*, racine *kh-l-f*, extensivement établie (S2:30, S6:165, S7:69/74, S10:14, S24:55) : ce qui vient après, prend la suite.

S.27:63 · Qui guide dans les ténèbres, et envoie les vents en annonce ?

S.27:63
أَمَّنْ يَهْدِيكُمْ فِي ظُلُمَاتِ الْبَرِّ وَالْبَحْرِ وَمَنْ يُرْسِلُ الرِّيَاحَ بُشْرًا بَيْنَ يَدَيْ رَحْمَتِهِ ۗ أَإِلَٰهٌ مَعَ اللَّهِ ۚ تَعَالَى اللَّهُ عَمَّا يُشْرِكُونَ
Amman yahdīkum fī ẕulumāti l-barri wa-l-baḥri wa-man yursilu r-riyāḥa bushran bayna yaday raḥmatihi a-ilāhun maʿa llāhi taʿāla llāhu ʿammā yushrikūn Ou bien, qui vous guide dans les ténèbres (ẕulumāt) de la terre ferme et de la mer, et qui envoie les vents en annonce (bushran), devant Sa raḥma (bayna yaday raḥmatihi) ? Y a-t-il un ilāh avec Allaah ? Allaah transcende (taʿālā) ce qu’ils Lui associent.
Notes lexicales
ẕulumāti l-barri wa-l-baḥr
racine *ẕ-l-m* (famille des ténèbres, distincte de *ẕulm*, l'injustice — déjà distinguées dès S6:1) : les obscurités traversées de nuit ou par le gros temps, sur terre comme en mer. **Dit** : le texte affirme une guidance offerte dans ces obscurités ; **non-dit** : il n'en précise pas ici le moyen exact, déjà nommé ailleurs pour un cas particulier (l'étoile, S16:16 : « *wa-bi-n-najmi hum yahtadūn* »).
yursilu r-riyāḥa bushran bayna yaday raḥmatihi
précédent quasi mot pour mot déjà établi (S7:57 : « *wa-huwa lladhī yursilu r-riyāḥa bushran bayna yaday raḥmatihi* ») — seule la construction change (relative affirmative là, interrogative rhétorique ici), le contenu restant identique.
taʿāla llāhu ʿammā yushrikūn
racine *ʿ-l-w*. **Point de méthode, conforme à la règle absolue de ce Projet.** Ce verbe (*taʿālā*) porte, dans son sens premier, une image d'élévation — la même racine que celle dont ce Projet exige la plus grande prudence lorsqu'elle concerne Allaah, pour ne jamais y installer de connotation de lieu. Précédent déjà établi pour ce verbe précis, appliqué à Allaah dans une formule presque identique (S16:1 : « *subḥānahu wa-taʿālā ʿammā yushrikūn* », rendu « Il transcende ce qu'ils Lui associent ») : « transcende » porte le sens de ce qui dépasse et déborde toute limite, sans réintroduire l'idée d'un lieu plus élevé — à la différence de « Très-Haut », que ce Projet exclut par principe pour cette racine appliquée à Allaah.

S.27:64 · Qui fait exister la création puis la refait ? — « Apportez votre preuve »

S.27:64
أَمَّنْ يَبْدَأُ الْخَلْقَ ثُمَّ يُعِيدُهُ وَمَنْ يَرْزُقُكُمْ مِنَ السَّمَاءِ وَالْأَرْضِ ۗ أَإِلَٰهٌ مَعَ اللَّهِ ۚ قُلْ هَاتُوا بُرْهَانَكُمْ إِنْ كُنْتُمْ صَادِقِينَ
Amman yabdaʾu l-khalqa thumma yuʿīduhu wa-man yarzuqukum mina s-samāʾi wa-l-arḍi a-ilāhun maʿa llāhi qul hātū burhānakum in kuntum ṣādiqīn Ou bien, qui fait exister la création une première fois (yabdaʾu l-khalqa), puis la refait (yuʿīduhu), et qui vous pourvoit (yarzuqukum), du ciel et de la terre ? Y a-t-il un ilāh avec Allaah ? Dis : « Apportez votre preuve (hātū burhānakum), si vous êtes véridiques ! »
Notes lexicales
yabdaʾu l-khalqa thumma yuʿīduhu
précédent exact déjà établi (S10:4/34, S21:104) : la symétrie entre la première création et la seconde — la résurrection —, posée comme preuve rhétorique récurrente.
hātū burhānakum
formule déjà étudiée en détail → voir l'étude dédiée [Hātū burhānakum](/etudes/hatu-burhanakum/), déjà mobilisée à l'identique en S2:111 et S21:24 : l'exigence d'une preuve (*burhān*) effective, non d'une simple affirmation.

Le ghayb, exclusif à Allaah — l’aveuglement devant l’Ākhira · S27:65–66

S.27:65 · Le ghayb, exclusif à Allaah

S.27:65
قُلْ لَا يَعْلَمُ مَنْ فِي السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ الْغَيْبَ إِلَّا اللَّهُ ۚ وَمَا يَشْعُرُونَ أَيَّانَ يُبْعَثُونَ
Qul lā yaʿlamu man fī s-samāwāti wa-l-arḍi l-ghayba illā llāhu wa-mā yashʿurūna ayyāna yubʿathūn Dis : « Nul, dans les cieux et sur la terre, ne connaît le ghayb, sauf Allaah — et ils ne perçoivent pas (yashʿurūn) quand ils seront ressuscités (yubʿathūn). »
Notes lexicales
lā yaʿlamu … al-ghayba illā llāh
racine *gh-y-b*, *ghayb* conservé en translittération conformément à l'usage le plus récemment établi (S6:59 : « *mafātiḥu l-ghayb* »). **Point de transparence, pour harmonisation** : deux études déjà publiées sur ce site rendent ce même mot de façon distincte — « l'inconnaissable » (*Muḥkam et Mutashābih*) et « l'invisible » (*L'Heure et ses signes*) — sans que ce Bloc ne tranche laquelle, ou la translittération retenue ici, doit prévaloir sur le site. Ce verset est déjà cité dans [Muḥkam et Mutashābih](/etudes/muhkam-mutashabih/) comme preuve intra-coranique que ce régime d'exclusivité (*illā llāh*) ne tolère aucune exception, pas même pour les *rāsikhūna fī l-ʿilm* (à propos de S3:7).
man fī s-samāwāti wa-l-arḍ
**Écho intra-sourate.** Ce même Bloc de la sourate avait déjà nommé, en termes voisins mais distincts, ce qu'Allaah seul fait sortir de sa dissimulation (*al-khabʾ*, S27:25, Bloc I) — ici, c'est l'ensemble du *ghayb* lui-même, non seulement ce qui est cachés dans les cieux et la terre, qui est déclaré hors de toute connaissance autre que celle d'Allaah.
wa-mā yashʿurūna ayyāna yubʿathūn
même racine *sh-ʿ-r* déjà rencontrée trois fois dans cette sourate (*lā yashʿurūn*, S27:18/50/51, Blocs I et III) — ici étendue à l'Heure elle-même : même le moment exact de la résurrection échappe à cette perception, cohérent avec l'exclusivité du *ghayb* qui vient d'être affirmée.

S.27:66 · Leur savoir n’a jamais convergé sur l’Ākhira — doute, aveuglement

Crux grammatical, non théologique — deux lectures de iddāraka, sans trancher. Verbe forme VIII, racine d-r-k (« converger, rattraper »), deux lectures classiques possibles. Lecture 1 (interrogative elliptique) : bal introduirait une question rhétorique à marque elliptique — « leur savoir a-t-il donc convergé sur l’Ākhira ? » —, réponse négative donnée aussitôt (« ils sont plutôt dans le doute »). Lecture 2 (affirmative) : simple négation directe — leur savoir n’a jamais atteint de certitude. Ce Bloc retient la lecture 1, cohérente avec la progression des trois « bal » du verset (savoir supposé → doute → aveuglement), sans exclure la 2.

S.27:66
بَلِ ادَّارَكَ عِلْمُهُمْ فِي الْآخِرَةِ ۚ بَلْ هُمْ فِي شَكٍّ مِنْهَا ۖ بَلْ هُمْ مِنْهَا عَمُونَ
Bali ddāraka ʿilmuhum fi l-ākhirati bal hum fī shakkin minhā bal hum minhā ʿamūn Leur savoir a-t-il donc convergé (iddāraka), au sujet de l’Ākhira ? Ils sont plutôt dans le doute (shakk) à son égard — ils sont plutôt, à son égard, aveugles (ʿamūn).
Notes lexicales
iddāraka
voir le callout ci-dessus. Racine *d-r-k* : atteindre, rattraper, faire converger plusieurs éléments vers un même point — première occurrence développée de cette racine.
ʿamūn
racine *ʿ-m-y* (l'aveuglement proprement dit) — à distinguer de *yaʿmahūn* (S27:4, Bloc I de cette sourate, racine *ʿ-m-h* : l'errance aveugle, le mouvement sans direction), déjà signalée comme racine voisine mais distincte. Ici, l'aveuglement porte précisément sur l'Ākhira, non sur une conduite générale.

L’objection des kāfirūn — « parcourez la terre » · S27:67–69

S.27:67–68 · « Rien que des légendes des anciens »

S.27:67–68
وَقَالَ الَّذِينَ كَفَرُوا أَإِذَا كُنَّا تُرَابًا وَآبَاؤُنَا أَئِنَّا لَمُخْرَجُونَ لَقَدْ وُعِدْنَا هَٰذَا نَحْنُ وَآبَاؤُنَا مِنْ قَبْلُ إِنْ هَٰذَا إِلَّا أَسَاطِيرُ الْأَوَّلِينَ
Wa-qāla lladhīna kafarū a-idhā kunnā turāban wa-ābāʾunā a-innā la-mukhrajūn — la-qad wuʿidnā hādhā naḥnu wa-ābāʾunā min qablu in hādhā illā asāṭīru l-awwalīn Et ceux qui ont commis le kufr dirent : « Quand nous serons poussière (turāban), nous et nos pères, serons-nous vraiment fait sortir (la-mukhrajūn) ? Cela nous a déjà été promis (wuʿidnā), à nous et à nos pères, auparavant — ce n’est rien d’autre que des légendes des anciens (asāṭīru l-awwalīn). »
Notes lexicales
turāban … la-mukhrajūn
*turāb* (la poussière), même type d'objection déjà rencontré sous une formulation voisine (S23:82 : « *turāban wa-ʿiẕāman* »). *Mukhrajūn*, racine *kh-r-j* : ici au sens de « faits sortir [de terre] » — à distinguer nettement de l'emploi de la même racine, ailleurs, au sens d'« expulsés » (S15:48, S26:167) : un même mot, deux sens opposés selon le contexte.
asāṭīru l-awwalīn
précédent extensivement établi (S6:25, S16:24, S23:83 ; étude dédiée [Ummī — l'illettrisme du nabī](/etudes/ummi-illettre/)) : l'accusation récurrente que le message ne serait que récits fabuleux hérités des anciens.

S.27:69 · « Parcourez la terre, et regardez »

S.27:69
قُلْ سِيرُوا فِي الْأَرْضِ فَانْظُرُوا كَيْفَ كَانَ عَاقِبَةُ الْمُجْرِمِينَ
Qul sīrū fi l-arḍi fa-nẕurū kayfa kāna ʿāqibatu l-mujrimīn Dis : « Parcourez la terre, puis regardez quelle a été la fin des mujrimūn. »
Notes lexicales
sīrū fi l-arḍi … ʿāqibatu l-mujrimīn
précédent quasi mot pour mot déjà établi (S6:11, S16:36 : « *sīrū fi l-arḍi … ʿāqibatu l-mukadhdhibīn* », « ceux qui ont démenti »). **Point de transparence** : ce verset-ci retient une qualification distincte — *al-mujrimīn* (ceux qui commettent le crime), non *al-mukadhdhibīn* — rejoignant plutôt, sur ce point précis, le choix déjà fait dans un récit parallèle (S7:84). Ce Bloc rapporte cette variation sans la lisser.

Consolation du nabī — « quand cette promesse ? » · S27:70–72

S.27:70 · Ne t’attriste pas, ne sois pas dans l’oppression

S.27:70
وَلَا تَحْزَنْ عَلَيْهِمْ وَلَا تَكُنْ فِي ضَيْقٍ مِمَّا يَمْكُرُونَ
Wa-lā taḥzan ʿalayhim wa-lā takun fī ḍayqin mimmā yamkurūn Et ne t’attriste pas (lā taḥzan) à leur sujet, et ne sois pas dans l’oppression (ḍayq) à cause de ce qu’ils manigancent (yamkurūn).
Notes lexicales
lā taḥzan … fī ḍayqin mimmā yamkurūn
précédent exact, mot pour mot, déjà établi pour cette même consolation adressée au nabī (S16:127 : « *wa-lā taḥzan ʿalayhim wa-lā taku fī ḍayqin mimmā yamkurūn* »). *Yamkurūn*, racine *m-k-r*, ici appliquée aux humains — à distinguer de son emploi, dans cette même sourate, appliqué à Allaah (*makarnā*, S27:50, Bloc III, déjà signalé comme figure de style sans portée affective).

S.27:71–72 · « Quand cette promesse ? » — « Elle est peut-être déjà sur vos talons »

S.27:71–72
وَيَقُولُونَ مَتَىٰ هَٰذَا الْوَعْدُ إِنْ كُنْتُمْ صَادِقِينَ قُلْ عَسَىٰ أَنْ يَكُونَ رَدِفَ لَكُمْ بَعْضُ الَّذِي تَسْتَعْجِلُونَ
Wa-yaqūlūna matā hādhā l-waʿdu in kuntum ṣādiqīn — qul ʿasā an yakūna radifa lakum baʿḑu lladhī tastaʿjilūn Et ils disent : « Quand [se réalisera] cette promesse (al-waʿd), si vous êtes véridiques ? » Dis : « Il se peut qu’une partie de ce que vous cherchez à hâter (tastaʿjilūn) soit déjà sur vos talons (radifa lakum). »
Notes lexicales
matā hādhā l-waʿdu in kuntum ṣādiqīn
précédent exact, mot pour mot, déjà établi pour cette même moquerie (S10:48, S21:38).
radifa lakum
racine *r-d-f* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : *ar-radīf*, celui qui monte juste derrière un premier cavalier sur la même bête ; d'où le sens de ce qui suit immédiatement, qui talonne de près. Première occurrence de cette racine. **Dit, avec précision** : la réponse donnée au nabī ne fixe aucune date, mais affirme, par cette image, une proximité déjà engagée — non une simple éventualité lointaine. **Non-dit** : ni la part exacte visée (*baʿḍu lladhī tastaʿjilūn*), ni le moment précis, ne sont précisés par ce seul verset.

Clôture — le faḍl, les cœurs, le Kitāb manifeste · S27:73–75

S.27:73 · Le faḍl d’Allaah envers les humains — leur ingratitude

S.27:73
وَإِنَّ رَبَّكَ لَذُو فَضْلٍ عَلَى النَّاسِ وَلَٰكِنَّ أَكْثَرَهُمْ لَا يَشْكُرُونَ
Wa-inna rabbaka la-dhū faḍlin ʿalā n-nāsi wa-lākinna aktharahum lā yashkurūn Et ton Rabb est certes détenteur d’une faveur (la-dhū faḍlin) envers les humains (an-nās) — mais la plupart d’entre eux ne sont pas reconnaissants (lā yashkurūn).
Notes lexicales
la-dhū faḍlin ʿalā n-nās
racine *f-ḍ-l*, déjà établie à trois reprises dans cette même sourate (*faḍḍalanā*, S27:15 ; *al-faḍlu l-mubīn*, S27:16 ; *min faḍli rabbī*, S27:40, Blocs I–II).
lā yashkurūn
racine *sh-k-r*, déjà distinguée du *ḥamd* (S6:1, S27:15/19) : la gratitude pour un bienfait reçu.

S.27:74 · Ce que les poitrines renferment, ce qui est divulgué

S.27:74
وَإِنَّ رَبَّكَ لَيَعْلَمُ مَا تُكِنُّ صُدُورُهُمْ وَمَا يُعْلِنُونَ
Wa-inna rabbaka la-yaʿlamu mā tukinnu ṣudūruhum wa-mā yuʿlinūn Et ton Rabb sait certainement ce que leurs poitrines (ṣudūruhum) renferment (tukinnu), et ce qu’ils divulguent (yuʿlinūn).
Notes lexicales
mā tukinnu ṣudūruhum wa-mā yuʿlinūn
*tukinnu*, racine *k-n-n* — même famille que *akinna* (S6:25 : les voiles qui couvrent les cœurs), ici au sens verbal de « tenir renfermé, caché à l'intérieur ». **Écho intra-sourate** : cette même opposition entre ce qui est caché et ce qui est divulgué avait déjà été posée, en ces mêmes termes de racine (*kh-f-y*/*ʿ-l-n*), à propos d'Allaah Lui-même, dans ce Bloc même de cette sourate (*mā tukhfūna wa-mā tuʿlinūn*, S27:25, Bloc I) — ici avec une racine distincte pour la part cachée (*k-n-n* plutôt que *kh-f-y*), mais la même opposition thématique.

S.27:75 · Rien de caché qui ne soit dans un Kitāb manifeste

S.27:75
وَمَا مِنْ غَائِبَةٍ فِي السَّمَاءِ وَالْأَرْضِ إِلَّا فِي كِتَابٍ مُبِينٍ
Wa-mā min ghāʾibatin fi s-samāʾi wa-l-arḍi illā fī kitābin mubīn Et il n’y a rien de caché (ghāʾibatin) dans le ciel et la terre, qui ne soit dans un Kitāb manifeste (mubīn).
Notes lexicales
ghāʾibatin
même racine *gh-y-b* que *al-ghayb* (S27:65, ce Bloc), mais ici sous une forme substantive singulière (« une chose cachée ») plutôt que le nom abstrait : ce verset vise une chose particulière, prise individuellement, non l'inconnaissable en général.
kitābin mubīn
précédent exact, mot pour mot, déjà établi pour cette même formule (S6:59 : « *wa-lā raṭbin wa-lā yābisin illā fī kitābin mubīn* »). **Écho de clôture** : cette même expression ouvrait déjà cette sourate (*wa-kitābin mubīn*, S27:1, Bloc I) — ce Bloc referme ainsi ce mouvement sur le même terme qui l'avait ouvert, sans que ce seul rapprochement lexical ne soit développé davantage ici.

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