Structure du Bloc VI, dernier Bloc de la Sourate 28. Neuf ensembles. D’abord le principe qu’Allaah ne détruit jamais une cité avant d’y avoir envoyé un rasūl (S28:59). Puis le contraste entre le mutaʿ d’ici-bas et ce qui est auprès d’Allaah, et la comparaison entre celui à qui une belle promesse a été faite et celui qui n’a reçu que la jouissance passagère de ce monde (S28:60–61). Puis le Jour où il sera demandé : « Où sont Mes associés ? », la réponse de ceux qui ont égaré d’autres, l’appel resté sans réponse, la question posée aux mursalūn, et les récits devenus opaques (S28:62–67). Puis l’affirmation qu’Allaah crée et choisit comme Il veut, sans qu’aucun choix n’appartienne à quiconque d’autre, Ce qui sait ce qui est caché et ce qui est déclaré, et la clôture sur le jugement et le retour (S28:68–70). Puis les deux questions rhétoriques sur une nuit ou un jour qui seraient perpétuels, et la raḥma logée dans leur alternance (S28:71–73). Puis la reprise de la même question sur les associés, et le témoin tiré de chaque umma (S28:74–75). Puis le long récit de Qārūn : ses trésors, l’avertissement de son peuple, sa réponse, sa sortie dans sa parure, les deux réactions opposées, son engloutissement, et le revirement de ceux qui avaient envié son sort (S28:76–82). Puis la Demeure dernière réservée à qui ne recherche ni domination ni corruption sur la terre, et la rétribution strictement proportionnée (S28:83–84). Enfin la clôture de la sourate adressée directement au nabī : le retour promis, le Kitāb reçu comme seule raḥma, l’appel à ne jamais être un soutien pour les kāfirūn, et la dernière affirmation — nulle chose ne subsiste, sinon Son wajh — qui referme la sourate sur la formule même déjà posée en S28:70 (S28:85–88).
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.28:59 | Nul châtiment sans rasūl envoyé auparavant |
| S.28:60 | Le mutaʿ d’ici-bas face à ce qui est auprès d’Allaah |
| S.28:61 | La belle promesse face à la jouissance passagère — les muḥḑarūn |
| S.28:62 | « Où sont Mes associés ? » |
| S.28:63 | La réponse de ceux qui ont égaré — « nous nous dégageons vers Toi » |
| S.28:64 | L’appel resté sans réponse — s’ils avaient été guidés |
| S.28:65 | « Qu’avez-vous répondu aux mursalūn ? » |
| S.28:66 | Les récits devenus opaques — ils ne s’interrogent plus |
| S.28:67 | L’exception de qui revient, croit, agit droitement |
| S.28:68 | Allaah crée et choisit — nul choix pour eux |
| S.28:69 | Ce qui sait ce que les poitrines cachent et déclarent |
| S.28:70 | Nul ilāh que Lui — la ḥamd en la première et la dernière — le jugement, le retour |
| S.28:71–72 | Une nuit, un jour perpétuels — quel ilāh vous apporterait l’autre ? |
| S.28:73 | La raḥma logée dans l’alternance de la nuit et du jour |
| S.28:74 | Reprise — « Où sont Mes associés ? » |
| S.28:75 | Un témoin tiré de chaque umma — le ḥaqq appartient à Allaah |
| S.28:76 | Qārūn et ses trésors — « ne te réjouis pas avec excès » |
| S.28:77 | « Recherche la Demeure dernière, sans oublier ta part d’ici-bas » |
| S.28:78 | La réponse de Qārūn — « cela m’a été donné sur une science qui est mienne » |
| S.28:79 | La sortie dans sa parure — « que n’avons-nous son pareil » |
| S.28:80 | La réponse de ceux qui ont reçu la science |
| S.28:81 | L’engloutissement de Qārūn et de sa demeure |
| S.28:82 | Le revirement de ceux qui avaient envié son sort |
| S.28:83 | La Demeure dernière — pour qui ne recherche ni domination ni corruption |
| S.28:84 | La rétribution strictement proportionnée |
| S.28:85 | Le retour promis — « mon Rabb sait mieux » |
| S.28:86 | Le Kitāb reçu comme seule raḥma — ne pas soutenir les kāfirūn |
| S.28:87 | Ne pas se laisser détourner des āyāt — l’appel, et non le shirk |
| S.28:88 | Clôture — nul ilāh avec Allaah, nulle chose ne subsiste sinon Son wajh |
Nul châtiment sans rasūl envoyé auparavant · S28:59
S.28:59 · Nul châtiment sans rasūl envoyé auparavant
Point de méthode — précédent direct, S17:15. Ce verset pose, à propos des cités (al-qurā), le même principe déjà rencontré sous une formulation légèrement différente (S17:15 : « wa-mā kunnā muʿadhdhibīna ḥattā nabʿatha rasūlā », « Nous ne châtions qu’après avoir envoyé un rasūl ») : nulle destruction collective n’intervient avant l’envoi d’un rasūl qui récite les āyāt. Dit : le texte restreint cette destruction aux cités dont les habitants sont ẓālimūn — non-dit : ce seul verset ne précise pas la nature exacte de cet avertissement reçu ni sa durée avant que la destruction n’intervienne.
- wa-mā kāna rabbuka muhlika l-qurā
- voir le callout dédié ci-dessus. *Ahlaka*, racine *h-l-k*, précédent extensivement établi (S28:58, Bloc V) : détruire, faire disparaître entièrement.
- fī ummihā
- racine *ʾ-m-m* : *umm*, la mère — employé ici par métonymie pour désigner la cité principale, celle dont dépendent les localités alentour, à l'image d'une mère dont les enfants procèdent. **Non-dit** : ce seul mot ne précise pas si cette cité « mère » diffère de la cité finalement détruite, ou s'il s'agit d'un seul et même lieu nommé ainsi parce qu'il est le centre de son propre territoire.
Le mutaʿ d’ici-bas face à ce qui est auprès d’Allaah · S28:60–61
S.28:60 · Le mutaʿ d’ici-bas face à ce qui est auprès d’Allaah
- matāʿu l-ḥayāti d-dunyā wa-zīnatuhā
- *matāʿ*, racine *m-t-ʿ*, précédent établi (S13:26) : l'objet de jouissance limitée dans le temps. *Zīna*, racine *z-y-n* : la parure, l'ornement — déjà rencontrée pour la parure que l'on porte (S24:31/60). Les deux termes conjoints qualifient ici l'ensemble de ce qui peut être donné en ce monde, quelle que soit sa forme.
- mā ʿinda llāhi khayrun wa-abqā
- *abqā*, racine *b-q-y* : ce qui demeure, ce qui subsiste sans s'épuiser — opposé direct de *matāʿ*, qui s'épuise par nature. Première occurrence développée de cette racine, qui reparaît au terme de ce Bloc (S28:88, *illā wajhahu*) pour qualifier, cette fois, Allaah Lui-même.
S.28:61 · La belle promesse face à la jouissance passagère — les muḥḑarūn
- waʿdan ḥasanan fa-huwa lāqīhi
- *laqiya*, racine *l-q-y* : rencontrer, parvenir à ce qu'on attendait. **Dit** : le texte pose ici une rencontre effective et certaine de la promesse, non une simple espérance.
- al-muḥḑarīn
- racine *ḥ-ḑ-r* (forme IV, passif) : ce qui est amené, produit, présenté devant quelqu'un — ici devant le jugement. **Non-dit** : ce seul mot ne précise pas la forme exacte de cette présentation, seulement qu'elle intervient après une vie passée dans la seule jouissance passagère.
« Où sont Mes associés ? » — la réponse, l’appel sans écho, la question aux mursalūn · S28:62–67
S.28:62 · « Où sont Mes associés ? »
- shurakāʾiya
- racine *sh-r-k*, extensivement établie : ce qu'on associe à Allaah dans l'adoration. **Précision de méthode** : le pronom possessif (« Mes ») reprend ici la prétention même de ceux qui associaient — le texte ne pose pas qu'Allaah aurait, en réalité, des associés, mais cite leur propre vocabulaire pour le retourner contre eux.
- tazʿumūn
- racine *z-ʿ-m* : affirmer sans fondement assuré, prétendre. Première occurrence développée.
S.28:63 · La réponse de ceux qui ont égaré — « nous nous dégageons vers Toi »
- ḥaqqa ʿalayhimu l-qawlu
- racine *ḥ-q-q* : s'avérer, se confirmer comme fondé. **Dit** : le texte affirme qu'une Parole déjà prononcée se trouve, pour ce groupe, vérifiée — **non-dit** : ce seul verset ne nomme pas le contenu exact de cette Parole, laissé à ce que le contexte immédiat (le châtiment annoncé) rend seul plausible.
- aghwaynā … ghawaynā
- racine *gh-w-y* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : s'écarter du droit chemin, se perdre. **Dit, avec précision** : le texte distingue la forme causative (*aghwaynā*, « nous avons égaré [autrui] ») de la forme simple (*ghawaynā*, « nous nous sommes égarés [nous-mêmes] ») — ceux qui parlent reconnaissent avoir eux-mêmes été égarés avant d'égarer d'autres, sans que ce verset précise par quoi ou par qui ils l'ont été en premier lieu.
- tabarraʾnā ilayka
- racine *b-r-ʾ*, forme V (réfléchie) : se dégager, se désolidariser entièrement d'une chose ou d'un lien. Première occurrence développée de cette forme.
S.28:64 · L’appel resté sans réponse — s’ils avaient été guidés
- fa-lam yastajībū lahum
- racine *j-w-b*, forme X : répondre à un appel. **Dit** : le texte constate l'absence totale de réponse, confirmant par l'expérience ce que S28:62–63 (ce Bloc) venait d'énoncer sur la vanité de ces associés.
- law annahum kānū yahtadūn
- **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas si cette formule exprime un regret formulé par les égarés eux-mêmes, ou une remarque du texte sur leur situation — ce Bloc rapporte la construction telle qu'elle se présente, sans trancher l'identité exacte de celui à qui elle est imputée.
S.28:65 · « Qu’avez-vous répondu aux mursalūn ? »
- mādhā ajabtumu l-mursalīn
- **Précision de méthode** : la question posée en S28:62 (ce Bloc) portait sur les associés prétendus ; celle-ci, construite sur le même refrain (*wa-yawma yunādīhim fa-yaqūl*), porte sur un objet distinct — la réponse donnée aux *mursalūn* eux-mêmes. Ce Bloc rapporte les deux questions sans les fusionner.
S.28:66 · Les récits devenus opaques — ils ne s’interrogent plus
- fa-ʿamiyat ʿalayhimu l-anbāʾu
- racine *ʿ-m-y* : la cécité. **Point de méthode, sens porté plutôt que calqué** : le texte applique ici à des *anbāʾ* (récits, informations) un verbe qui, littéralement, dit « devenir aveugle » — une image où ce n'est pas le regard qui s'aveugle, mais la chose regardée qui perd toute netteté. Conformément à la méthode retenue ici, la traduction porte le sens — l'opacité, la confusion totale qui s'empare des réponses qu'ils pourraient donner — plutôt que de calquer l'image sur un sujet qui, en français, ne la porterait pas naturellement.
- lā yatasāʾalūn
- racine *s-ʾ-l*, forme VI (réciproque) : s'interroger les uns les autres. **Dit** : la conséquence posée par le texte n'est pas le silence par choix, mais l'impossibilité même de formuler une réponse concertée.
S.28:67 · L’exception de qui revient, croit, agit droitement
- tāba wa-āmana wa-ʿamila ṣāliḥan
- triade extensivement établie : *tawba* (le retour), *īmān* (la foi), *ʿamal ṣāliḥ* (l'agir droit) — reconduite ici, après le tableau sans appel des versets précédents de ce Bloc, comme seule issue restée ouverte.
Allaah crée et choisit — nul choix pour eux · S28:68–70
S.28:68 · Allaah crée et choisit — nul choix pour eux
Point de méthode — mā kāna lahumu l-khiyarah, un constat textuel, non une thèse importée. Dit : le texte affirme qu’Allaah crée ce qu’Il veut et choisit (yakhtāru), et qu’aucun choix (al-khiyara) n’appartient à « eux » — pronom dont ce seul verset ne précise pas l’antécédent exact (les faux associés déjà évoqués dans ce Bloc, ou les humains en général). Non-dit : ce verset ne développe aucune doctrine sur la liberté ou la contrainte de l’agir humain en général ; il affirme seulement, dans ce contexte précis, qu’Allaah seul détient le choix de ce qu’Il crée et de qui Il élit — ce Bloc n’étend pas cette affirmation au-delà de ce qu’elle énonce elle-même, laissant hors de son périmètre les débats que ce verset a pu nourrir ailleurs.
- yakhtāru … al-khiyaratu
- racine *kh-y-r* : choisir ce qui est meilleur, préférer. Première occurrence développée de cette racine. Voir le callout dédié ci-dessus.
- subḥāna llāhi wa-taʿālā ʿammā yushrikūn
- couple extensivement établi : *subḥāna*, « Il est dégagé de toute imperfection » (jamais « gloire à ») ; *taʿālā*, racine *ʿ-l-w*, « transcende », jamais un mot de lieu ou de hauteur spatiale, conformément à la règle absolue retenue ici (voir notamment S23:92, S27:63).
S.28:69 · Ce qui sait ce que les poitrines cachent et déclarent
- mā tukinnu ṣudūruhum
- racine *k-n-n* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : mettre à couvert, dissimuler entièrement à la vue. Première occurrence développée de cette racine. Couple antithétique *tukinnu*/*yuʿlinūn* (cacher/déclarer) qui recouvre, par une autre paire de mots, le couple *ghayb*/*shahāda* déjà établi ailleurs.
S.28:70 · Nul ilāh que Lui — la ḥamd en la première et la dernière — le jugement, le retour
Point de structure — formule reprise à la clôture de la sourate (S28:88). Lahu l-ḥukmu wa-ilayhi turjaʿūn (« à Lui le jugement, et c’est à Lui que vous retournez ») referme ce verset ; la même formule, mot pour mot, referme aussi le dernier verset de cette sourate (S28:88, fin de ce Bloc) — une clôture en écho qui enserre tout ce qui sépare les deux occurrences.
- lahu l-ḥamdu fi l-ūlā wa-l-ākhirati
- *al-ḥamd*, extensivement établi depuis S1:1 : la louange qui revient de droit. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas si « la première et la dernière » désignent la vie d'ici-bas et l'Ākhira, ou plus largement tout ce qui précède et tout ce qui suit — ce Bloc ne tranche pas entre ces lectures proches.
- lahu l-ḥukmu wa-ilayhi turjaʿūn
- voir le callout dédié ci-dessus.
Une nuit, un jour perpétuels, la raḥma dans leur alternance · S28:71–73
S.28:71–72 · Une nuit, un jour perpétuels — quel ilāh vous apporterait l’autre ?
- sarmadan
- racine quadrilitère *s-r-m-d*, rare dans le Coran — les lexicographes classiques (Ibn Manẓūr, *Lisān al-ʿArab*) la glosent comme ce qui se poursuit sans la moindre interruption ni alternance. Première occurrence de cette racine.
- taskunūna fīhi
- racine *s-k-n*, précédent établi (S28:58, Bloc V, *masākinuhum*) : le repos, l'immobilité apaisée — ici appliqué au repos que la nuit rend possible.
S.28:73 · La raḥma logée dans l’alternance de la nuit et du jour
- li-tabtaghū min faḑlihi
- *ibtaghā*, racine *b-gh-y*, précédent établi (S28:57, Bloc IV, *ibtighāʾa wajhi rabbihim* — construction voisine mais distincte, l'objet visé ici étant le *faḑl*, non le *wajh*) : rechercher activement. *Faḑl*, extensivement établi depuis S3:73 : le don qui excède toute mesure due.
Reprise — « Où sont Mes associés ? », le témoin de chaque umma · S28:74–75
S.28:74 · Reprise — « Où sont Mes associés ? »
- ayna shurakāʾiya …
- reprise mot pour mot de S28:62 (ce Bloc) — voir la note qui y est posée. Ce Bloc rapporte cette répétition exacte, qui referme le mouvement ouvert aux versets 62–67 en y ajoutant, immédiatement après, le témoin tiré de chaque *umma* (S28:75, ce Bloc).
S.28:75 · Un témoin tiré de chaque umma — le ḥaqq appartient à Allaah
- nazaʿnā min kulli ummatin shahīdan
- racine *n-z-ʿ* (arracher, tirer avec force hors d'un lieu) appliquée ici au prélèvement d'un témoin. Précédent de sens voisin déjà établi pour la mention d'un témoin par *umma* (S16:84/89 : *nabʿathu … shahīdan*, « Nous susciterons un témoin ») — ce verset emploie un verbe différent (*nazaʿnā* plutôt que *nabʿathu*), que ce Bloc rapporte sans l'harmoniser avec l'autre.
- hātū burhānakum
- précédent exact, mot pour mot, déjà établi par l'étude dédiée [Hātū burhānakum](/etudes/hatu-burhanakum/) : l'exigence d'une preuve effective, non d'une simple affirmation.
- ḑalla ʿanhum mā kānū yaftarūn
- *ḑalla*, ici au sens de se perdre, disparaître — distinct de son emploi plus fréquent pour l'égarement moral. *Yaftarūn*, racine *f-r-y*, précédent établi (S28:36, Bloc IV, *siḥrun muftaran*) : inventer de toutes pièces.
Qārūn : les trésors, l’avertissement, la réponse, la sortie dans la parure, l’engloutissement · S28:76–82
S.28:76 · Qārūn et ses trésors — « ne te réjouis pas avec excès »
Point de méthode — ce que le texte dit de Qārūn, et ce qu’il n’en dit pas. Dit : le texte nomme Qārūn comme appartenant au peuple de Mūsā (min qawmi mūsā), rapporte qu’il bagha contre eux (dépassa la mesure à leur détriment), et lui attribue des trésors dont les seules clés pèseraient sur une troupe d’hommes forts. Non-dit : ce seul verset ne précise ni le lien de parenté éventuel entre Qārūn et Mūsā, ni la nature exacte de son excès contre son peuple, ni la provenance de sa richesse — ce Bloc n’importe aucun détail narratif extérieur à ce que ce récit affirme lui-même, verset après verset.
- fa-baghā ʿalayhim
- racine *b-gh-y*, précédent établi (S22:60, *bughiya ʿalayhi*) : dépasser une limite au détriment d'autrui — ici Qārūn lui-même comme sujet actif de ce dépassement, non comme celui qui le subit.
- la-tanūʾu bi-l-ʿuṣbati ulī l-quwwati
- racine *n-w-ʾ* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : plier, s'incliner sous le poids d'une charge. L'image porte sur les clés elles-mêmes (*mafātiḥahu*), non sur les trésors en entier — une hyperbole qui mesure l'immensité de la richesse par le poids de ce qui en ouvre seulement l'accès. *Al-ʿuṣba* : un groupe d'hommes en nombre suffisant pour porter une charge commune. Première occurrence développée de ces deux termes.
- lā tafraḥ … inna llāha lā yuḥibbu l-fariḥīn
- racine *f-r-ḥ* : la réjouissance, ici qualifiée négativement par le contexte (une jouissance qui s'enferme sur elle-même, sans rapporter sa source à Allaah — voir S28:82, ce Bloc, où le même terme recevra un sens positif appliqué au *faḑl* d'Allaah). *Yuḥibbu*, racine *ḥ-b-b* : conformément à la règle constante retenue ici, ce verbe est rendu par « honorer » lorsqu'Allaah en est le sujet (précédent établi, notamment S5:54, S28:56).
S.28:77 · « Recherche la Demeure dernière, sans oublier ta part d’ici-bas »
- wa-btaghi … ad-dāra l-ākhirata … wa-lā tansa naṣībaka mina d-dunyā
- **Dit** : le conseil adressé à Qārūn (par son peuple, dans la continuité de S28:76) pose les deux termes conjointement, sans opposer l'un à l'autre — rechercher la Demeure dernière ne suppose pas ici de délaisser sa part licite d'ici-bas. *Naṣīb*, racine *n-ṣ-b* : la part qui revient à chacun.
- aḥsin ka-mā aḥsana llāhu ilayka
- racine *ḥ-s-n*, extensivement établie (*iḥsān*, *muḥsin*) : faire le bien, agir avec excellence — ici dans une construction en miroir, le bien reçu d'Allaah appelant un bien fait à son tour.
- lā tabghi l-fasāda … lā yuḥibbu l-mufsidīn
- *fasād*, extensivement établi (étude dédiée [Le fasād et les mufsidūn dans le Coran](/etudes/fasad-mufsidun/)) : la sortie hors de l'équilibre, hors de la juste mesure. *Yuḥibbu* : voir la note posée à S28:76 (ce Bloc).
S.28:78 · La réponse de Qārūn — « cela m’a été donné sur une science qui est mienne »
- innamā ūtītuhu ʿalā ʿilmin ʿindī
- **Dit** : Qārūn attribue sa richesse à une science qui lui est propre (*ʿindī*, « qui est chez moi ») — une réponse qui s'oppose directement au conseil de S28:77 (ce Bloc), lequel rattachait tout bien reçu à Allaah. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas la nature de cette science revendiquée.
- wa-lā yusʾalu ʿan dhunūbihimu l-mujrimūn
- **Point de grammaire, non de doctrine.** Cette clause referme le verset par un énoncé général, détaché de Qārūn nommément — les lexicographes et grammairiens classiques y relèvent une construction elliptique, dont le sens porté est que les *mujrimūn* seront reconnus par leurs traits avant tout interrogatoire, non qu'aucune reddition de compte n'aurait lieu. Ce Bloc rapporte la formule sans trancher davantage ce point de construction au-delà de ce que ce seul verset permet.
S.28:79 · La sortie dans sa parure — « que n’avons-nous son pareil »
- fī zīnatihi
- même racine *z-y-n* que S28:60 (ce Bloc) : la parure, l'apparat — ici déployé publiquement par Qārūn devant son peuple.
- ḥaẕẕin ʿaẕīm
- *ḥaẕẕ*, racine *ḥ-ẕ-ẕ* : la part, le lot échu à quelqu'un — ici une part de fortune, non un décret abstrait. Première occurrence développée de cette racine.
S.28:80 · La réponse de ceux qui ont reçu la science
- waylakum
- racine *w-y-l*, précédent établi (S19:37 : interjection de perte irrémédiable) — ici adressé, non à des *kāfirūn*, mais à des croyants dont la convoitise vient de s'exprimer (S28:79, ce Bloc) : un reproche fraternel, non une condamnation.
- lā yulaqqāhā illā ṣ-ṣābirūn
- racine *l-q-y* (forme passive) : être amené à rencontrer, recevoir. *Ṣābirūn*, racine *ṣ-b-r*, extensivement établie : ceux qui tiennent dans l'endurance patiente — ici posée comme condition de cette rétribution, en contraste direct avec l'empressement convoiteux de S28:79.
S.28:81 · L’engloutissement de Qārūn et de sa demeure
- khasafnā bihi … l-arḑa
- racine *kh-s-f* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : s'affaisser, s'enfoncer d'un coup. Première occurrence développée de cette racine. **Dit** : le texte nomme un engloutissement qui atteint, conjointement, Qārūn et sa demeure.
- min fiʾatin … al-muntaṣirīn
- *fiʾa*, racine *f-ʾ-y* : un groupe, une troupe constituée. *Muntaṣirīn*, même racine *n-ṣ-r* que *yanṣurūnahu* dans ce même verset, à la forme réfléchie (forme VIII) : ceux qui se procureraient eux-mêmes un secours, par leurs propres moyens — distincte du secours (*naṣr*) qui viendrait d'un tiers.
S.28:82 · Le revirement de ceux qui avaient envié son sort
Note lexicale — l’interjection wayka’anna. Ibn Manẓūr (Lisān al-ʿArab) glose cette expression composite (way + ka-anna, « malheur ! comme si… ») comme la marque d’une prise de conscience soudaine, mêlant l’effroi et l’étonnement devant une évidence qui vient d’apparaître. Première occurrence de cette expression — rendue ici par une tournure qui porte ce double mouvement plutôt que par un calque littéral.
- wayka'anna llāha yabsuṭu r-rizqa … wa-yaqdiru
- précédent exact, mot pour mot, déjà établi pour ce même couple verbal (S13:26 : « *Allāhu yabsuṭu r-rizqa li-man yashāʾu wa-yaqdiru* », rendu à l'identique) : étendre/resserrer le *rizq*, sans que l'abondance donnée à Qārūn n'en ait jamais été, par elle-même, un signe d'agrément.
- law-lā an manna llāhu ʿalaynā
- *manna*, racine *m-n-n* : faire grâce, combler d'un bienfait non mérité par un dû — ici le seul fait d'avoir été épargné de l'engloutissement qui a frappé Qārūn.
La Demeure dernière, la rétribution proportionnée · S28:83–84
S.28:83 · La Demeure dernière — pour qui ne recherche ni domination ni corruption
- ʿuluwwan fi l-arḑi
- racine *ʿ-l-w* — **précision de méthode** : cette occurrence qualifie une domination humaine recherchée sur la terre (précédent établi pour ce même emploi humain de la racine, S27:14 : *istakbarū … ẓulman wa-ʿuluwwan*) — elle n'entre donc pas dans le champ de la règle absolue retenue ici qui proscrit tout mot de cette racine impliquant un lieu ou une hauteur lorsqu'il s'agit d'Allaah (*al-ʿAliyy*, *taʿālā*) : ici, c'est l'arrogance humaine qui est visée, non Allaah.
- al-ʿāqibatu li-l-muttaqīn
- précédent établi (S28:37, Bloc IV : *man takūnu lahu ʿāqibatu d-dār*) : l'issue qui vient au terme, non un simple résultat intermédiaire.
S.28:84 · La rétribution strictement proportionnée
- man jāʾa bi-l-ḥasanati fa-lahu khayrun minhā
- **Dit, avec précision — asymétrie délibérée.** Le texte pose une dissymétrie explicite entre les deux cas : la bonne action reçoit « mieux qu'elle » (une surabondance), tandis que la mauvaise n'est rétribuée qu'à sa propre mesure, sans aggravation — précédent de principe déjà établi pour cette même asymétrie (S6:160 ; S27:89–90).
Clôture de la sourate — le retour promis, le Kitāb reçu comme raḥma, la fidélité au tawḥīd · S28:85–88
S.28:85 · Le retour promis — « mon Rabb sait mieux »
Point de méthode — maʿād, un retour que ce seul verset ne localise pas. Dit : le texte affirme que celui qui a imposé (faraḑa) le Qurʾān au nabī le ramènera assurément vers un maʿād (racine ʿ-w-d, le lieu ou le moment du retour). Non-dit : ce seul verset ne précise ni la nature ni le moment de ce maʿād — ni retour physique vers un lieu quitté, ni retour eschatologique vers Allaah, ni les deux à la fois ne sont nommés comme tels par ce verset ; ce Bloc n’importe aucune identification historique extérieure au texte, et retient la translittération faute d’un mot français qui couvrirait, sans trancher, cette même ouverture de sens.
- inna lladhī faraḑa ʿalayka l-qurʾāna
- **Précision de méthode — « Ce qui », non « Celui qui ».** Conformément à la règle retenue ici, la construction épithète attribuant à Allaah une action (*lladhī faraḑa*) est rendue par « Ce qui » plutôt que « Celui qui » — le neutre absolu que porte, en français, la seule locution « ce qui ». *Faraḑa*, racine *f-r-ḑ* : imposer comme une obligation déterminée.
- maʿādin
- voir le callout dédié ci-dessus.
S.28:86 · Le Kitāb reçu comme seule raḥma — ne pas soutenir les kāfirūn
- wa-mā kunta tarjū … illā raḥmatan min rabbika
- **Dit** : le texte affirme que la réception du Kitāb n'a répondu à aucune attente préalable du *nabī* lui-même — elle est posée comme un don pur, non comme l'aboutissement d'une espérance qu'il aurait formée.
- ẕahīran li-l-kāfirīn
- racine *ẕ-h-r* : le soutien, l'appui qui se tient au dos de quelqu'un. Première occurrence développée de cette racine.
S.28:87 · Ne pas se laisser détourner des āyāt — l’appel, et non le shirk
- lā yaṣuddannaka
- racine *ṣ-d-d* : détourner, faire obstacle au passage. Première occurrence développée de cette racine.
S.28:88 · Clôture — nul ilāh avec Allaah, nulle chose ne subsiste sinon Son wajh
Point de méthode — illā wajhahu, cohérence avec la règle constante retenue ici sur la racine w-j-h. Il a déjà été établi, à plusieurs reprises (S2:115, S6:52, S13:22), que la racine w-j-h appliquée à Allaah ne désigne jamais un visage ou une face corporelle : les lexicographes classiques (Ibn Fāris, Maqāyīs al-Lugha) lui reconnaissent un second sens, wajh ash-shayʾ, la réalité la plus essentielle d’une chose, ce vers quoi elle fait face en elle-même. Les occurrences déjà rencontrées portaient sur une visée humaine tournée vers Allaah (yurīdu wajhahu, ibtighāʾa wajhihi) ; celle-ci diffère par sa construction — kullu shayʾin hālikun illā wajhahu (« toute chose est périssable, sinon Son wajh ») pose une affirmation de permanence, non une direction d’intention. Portée dans la structure du français plutôt que calquée mot à mot, cette affirmation revient à dire que tout, hormis Allaah Lui-même — Sa réalité propre, ce qu’Il est en Lui-même — est appelé à périr. Le terme est conservé en translittération, conformément à la règle absolue retenue ici contre tout mot installant une image corporelle à propos d’Allaah.
- kullu shayʾin hālikun illā wajhahu
- voir le callout dédié ci-dessus. *Hālik*, même racine *h-l-k* que *ahlaknā*/*muhlik*, extensivement établie dans ce Bloc (S28:58–59) — ici au sens intransitif : ce qui périt par nature, et non ce qui est détruit par un agent extérieur.
- lahu l-ḥukmu wa-ilayhi turjaʿūn
- reprise mot pour mot de la clôture de S28:70 (ce Bloc) — voir le callout qui y est posé : la sourate se referme ainsi sur la même formule qui en marquait déjà, vingt versets plus haut, un premier aboutissement.