Structure du Bloc VI. Ce bloc revient sur le jour où « les deux camps se sont rencontrés » (S3:155, S3:166–167), déjà évoqué en amont dans la sourate : la mise en garde contre l'obéissance aux kāfirūn (S3:149–150) ; le déroulement du jour lui-même — l'alternance, l'épreuve, le tamḥīṣ répété (S3:151–155) ; l'interdiction de penser comme les kāfirūn au sujet de la mort au combat (S3:156–158) ; le caractère du rasūl envers les croyants et la consultation (S3:159–160) ; l'interdiction du ghulūl (S3:161) ; les degrés devant Allaah et le rappel du bienfait de l'envoi d'un rasūl (S3:162–165) ; ce qui a atteint les croyants ce jour-là et les munāfiqūn (S3:166–168) ; ceux qui sont tués sur le chemin d'Allaah (S3:169–171) ; ceux qui ont répondu malgré la blessure (S3:172–175) ; la mise en garde contre l'inquiétude face à ceux qui se hâtent vers le kufr (S3:176–178) ; la clôture sur le tri qualitatif entre le vicié et le bon, et le ghayb (S3:179–180). يُمَحِّصَ yumaḥḥiṣa réapparaît en S3:154, seconde occurrence du fil « Al-Tamḥīṣ » dans la sourate.
Ne pas obéir aux kāfirūn, Allaah seul mawlā · S3:149–150
S.3:149–150
يَـٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوٓا۟ إِن تُطِيعُوا۟ ٱلَّذِينَ كَفَرُوا۟ يَرُدُّوكُمْ عَلَىٰٓ أَعْقَـٰبِكُمْ فَتَنقَلِبُوا۟ خَـٰسِرِينَ بَلِ ٱللَّهُ مَوْلَىٰكُمْ ۖ وَهُوَ خَيْرُ ٱلنَّـٰصِرِينَ
Yā-ayyuhā lladhīna āmanū in tuṭīʿu lladhīna kafarū yaruddūkum ʿalā aʿqābikum fa-tanqalibū khāsirīn — bali llāhu mawlākum wa-huwa khayru l-nāṣirīn
Ô vous qui avez cru, si vous obéissez à ceux qui ont couvert leur reconnaissance, ils vous feront retourner sur vos talons, et vous reviendrez perdants. Allaah est plutôt votre mawlā — Il est le meilleur des secoureurs.
Notes lexicales. يَرُدُّوكُمْ عَلَىٰٓ أَعْقَـٰبِكُمْ yaruddūkum ʿalā aʿqābikum — « vous faire retourner sur vos talons » : même image que yanqalib ʿalā ʿaqibayhi (S3:144), reprise trois fois dans ce même segment de la sourate — abandon d'une position tenue. مَوْلَىٰ mawlā — racine w-l-y : ce qui est proche au point de prendre en charge — protecteur, allié, celui vers qui l'on se tourne ; même famille racinale que tawallaw (S3:155) et awliyāʾ (S3:175) plus loin dans ce bloc — le champ sémantique de la racine w-l-y (proximité qui engage) traverse tout ce passage, appliqué tour à tour à Allaah, aux croyants qui se détournent, et au Shayṭān.
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Le jour de la rencontre des deux camps · S3:151–155
S.3:151
سَنُلْقِى فِى قُلُوبِ ٱلَّذِينَ كَفَرُوا۟ ٱلرُّعْبَ بِمَآ أَشْرَكُوا۟ بِٱللَّهِ مَا لَمْ يُنَزِّلْ بِهِۦ سُلْطَـٰنًا ۖ وَمَأْوَىٰهُمُ ٱلنَّارُ ۚ وَبِئْسَ مَثْوَى ٱلظَّـٰلِمِينَ
Sa-nulqī fī qulūbi lladhīna kafarū l-ruʿba bi-mā ashrakū bi-llāhi mā lam yunazzil bihi sulṭānan — wa-maʾwāhumu l-nāru — wa-biʾsa mathwā l-ẓālimīn
Nous jetterons l’effroi dans les cœurs de ceux qui ont couvert leur reconnaissance, pour avoir associé à Allaah ce sur quoi Il n’a fait descendre aucun sulṭān — leur refuge est le Feu : quel détestable séjour pour les ẓālimūn.
S.3:152
وَلَقَدْ صَدَقَكُمُ ٱللَّهُ وَعْدَهُۥٓ إِذْ تَحُسُّونَهُم بِإِذْنِهِۦ ۖ حَتَّىٰٓ إِذَا فَشِلْتُمْ وَتَنَـٰزَعْتُمْ فِى ٱلْأَمْرِ وَعَصَيْتُم مِّنۢ بَعْدِ مَآ أَرَىٰكُم مَّا تُحِبُّونَ ۚ مِنكُم مَّن يُرِيدُ ٱلدُّنْيَا وَمِنكُم مَّن يُرِيدُ ٱلْـَٔاخِرَةَ ۚ ثُمَّ صَرَفَكُمْ عَنْهُمْ لِيَبْتَلِيَكُمْ ۖ وَلَقَدْ عَفَا عَنكُمْ ۗ وَٱللَّهُ ذُو فَضْلٍ عَلَى ٱلْمُؤْمِنِينَ
Wa-la-qad ṣadaqakumu llāhu waʿdahu idh taḥussūnahum bi-idhnih — ḥattā idhā fashiltum wa-tanāzaʿtum fi l-amri wa-ʿaṣaytum min baʿdi mā arākum mā tuḥibbūn — minkum man yurīdu l-dunyā wa-minkum man yurīdu l-ākhirah — thumma ṣarafakum ʿanhum li-yabtaliyakum — wa-la-qad ʿafā ʿankum — wa-llāhu dhū faḍlin ʿalā l-muʾminīn
Allaah vous a tenu Sa promesse, lorsque vous les abattiez par Sa permission — jusqu’au moment où vous avez faibli, où vous vous êtes disputés au sujet de l’affaire, et où vous avez désobéi, après qu’Il vous eut montré ce que vous aimiez. Parmi vous, certains voulaient ce bas monde, et parmi vous, certains voulaient l’ākhira. Puis Il vous a détournés d’eux pour vous éprouver — et Il vous a certes pardonné. Allaah dispose de faḍl envers les muʾminūn.
Notes lexicales. ٱلرُّعْبَ al-ruʿb — racine r-ʿ-b : l'effroi qui saisit, la peur violente — distinct de khawf (crainte en général) et de khashya (crainte révérencielle) déjà rencontrés ; ici une frayeur précise jetée dans les cœurs. سُلْطَـٰنًا sulṭānan — racine s-l-ṭ : une force qui s'impose, une autorité/preuve qui domine — l'association à Allaah se fait « sans sulṭān descendu », c'est-à-dire sans fondement qui s'impose comme une évidence. تَحُسُّونَهُم taḥussūnahum — racine ḥ-s-s : sens de base, percevoir par les sens, sentir ; en contexte de combat, sens dérivé attesté : frapper, abattre en nombre. فَشِلْتُمْ fashiltum — racine f-sh-l : faiblir, perdre courage jusqu'à l'échec. تَنَـٰزَعْتُمْ tanāzaʿtum — racine n-z-ʿ : s'arracher mutuellement une chose, ici au sens de se disputer, tirer chacun de son côté. صَرَفَكُمْ ṣarafakum — racine ṣ-r-f : détourner, faire dévier d'une trajectoire. Ce que le texte dit : la défaite relative qui a suivi n'est pas présentée comme un abandon d'Allaah, mais comme la conséquence d'un enchaînement précis (affaiblissement, dispute, désobéissance) suivi d'un détournement à but éprouvant, puis d'un pardon explicite.
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S.3:153
إِذْ تُصْعِدُونَ وَلَا تَلْوُۥنَ عَلَىٰٓ أَحَدٍ وَٱلرَّسُولُ يَدْعُوكُمْ فِىٓ أُخْرَىٰكُمْ فَأَثَـٰبَكُمْ غَمًّۢا بِغَمٍّ لِّكَيْلَا تَحْزَنُوا۟ عَلَىٰ مَا فَاتَكُمْ وَلَا مَآ أَصَـٰبَكُمْ ۗ وَٱللَّهُ خَبِيرٌۢ بِمَا تَعْمَلُونَ
Idh tuṣʿidūna wa-lā talwūna ʿalā aḥadin wa-l-rasūlu yadʿūkum fī ukhrākum fa-athābakum ghamman bi-ghammin li-kaylā taḥzanū ʿalā mā fātakum wa-lā mā aṣābakum — wa-llāhu khabīrun bi-mā taʿmalūn
Lorsque vous fuyiez sans vous retourner vers personne, tandis que le rasūl vous appelait, à l’arrière de vous, Il vous a alors rétribué d’un chagrin après un chagrin, afin que vous ne vous affligiez ni pour ce qui vous a échappé ni pour ce qui vous a atteints — Allaah est parfaitement informé de ce que vous faites.
S.3:154
ثُمَّ أَنزَلَ عَلَيْكُم مِّنۢ بَعْدِ ٱلْغَمِّ أَمَنَةً نُّعَاسًا يَغْشَىٰ طَآئِفَةً مِّنكُمْ ۖ وَطَآئِفَةٌ قَدْ أَهَمَّتْهُمْ أَنفُسُهُمْ يَظُنُّونَ بِٱللَّهِ غَيْرَ ٱلْحَقِّ ظَنَّ ٱلْجَـٰهِلِيَّةِ ۖ يَقُولُونَ هَل لَّنَا مِنَ ٱلْأَمْرِ مِن شَىْءٍ ۗ قُلْ إِنَّ ٱلْأَمْرَ كُلَّهُۥ لِلَّهِ ۗ يُخْفُونَ فِىٓ أَنفُسِهِم مَّا لَا يُبْدُونَ لَكَ ۖ يَقُولُونَ لَوْ كَانَ لَنَا مِنَ ٱلْأَمْرِ شَىْءٌ مَّا قُتِلْنَا هَـٰهُنَا ۗ قُل لَّوْ كُنتُمْ فِى بُيُوتِكُمْ لَبَرَزَ ٱلَّذِينَ كُتِبَ عَلَيْهِمُ ٱلْقَتْلُ إِلَىٰ مَضَاجِعِهِمْ ۖ وَلِيَبْتَلِىَ ٱللَّهُ مَا فِى صُدُورِكُمْ وَلِيُمَحِّصَ مَا فِى قُلُوبِكُمْ ۗ وَٱللَّهُ عَلِيمٌۢ بِذَاتِ ٱلصُّدُورِ
Thumma anzala ʿalaykum min baʿdi l-ghammi amanatan nuʿāsan yaghshā ṭāʾifatan minkum — wa-ṭāʾifatun qad ahammathum anfusuhum yaẓunnūna bi-llāhi ghayra l-ḥaqqi ẓanna l-jāhiliyyah — yaqūlūna hal lanā mina l-amri min shayʾ — qul inna l-amra kullahu li-llāh — yukhfūna fī anfusihim mā lā yubdūna lak — yaqūlūna law kāna lanā mina l-amri shayʾun mā qutilnā hāhunā — qul law kuntum fī buyūtikum la-baraza lladhīna kutiba ʿalayhimu l-qatlu ilā maḍājiʿihim — wa-li-yabtaliya llāhu mā fī ṣudūrikum wa-li-yumaḥḥiṣa mā fī qulūbikum — wa-llāhu ʿalīmun bi-dhāti l-ṣudūr
Puis Il a fait descendre sur vous, après le chagrin, un apaisement — un assoupissement qui enveloppait une partie d’entre vous, tandis qu’une autre partie, préoccupée d’elle-même, pensait d’Allaah ce qui n’est pas vrai — une pensée d’ignorance — disant : « Avons-nous quelque chose à dire dans l’affaire ? » Dis : « L’affaire tout entière appartient à Allaah. » Ils cachent en eux-mêmes ce qu’ils ne te dévoilent pas, disant : « Si nous avions eu quelque chose à dire dans l’affaire, nous n’aurions pas été tués ici. » Dis : « Même si vous étiez restés dans vos maisons, ceux pour qui la mort était prescrite se seraient certainement rendus vers leurs lieux de chute » — afin qu’Allaah éprouve ce qu’il y a dans vos poitrines, et qu’Il trie ce qu’il y a dans vos cœurs. Allaah connaît parfaitement le contenu des poitrines.
Note de vigilance méthodologique — ẓann al-jāhiliyya et second tamḥīṣ. ٱلْجَـٰهِلِيَّةِ al-jāhiliyya, racine j-h-l, désigne ici littéralement l'état d'ignorance, la pensée dépourvue de savoir juste — le texte qualifie une manière de penser (« ẓann », supposition non fondée) et non une période historique délimitée. **Non-dit** : ce verset ne fournit en lui-même aucune borne chronologique ni définition d'« ère »; toute lecture qui importerait une périodisation historique précise déborderait l'analyse linguistique de ce seul passage. وَلِيُمَحِّصَ wa-li-yumaḥḥiṣa reprend, à l'identique, le verbe-pivot déjà noté en S3:141 — seconde occurrence de la racine m-ḥ-ṣ dans la sourate, renforçant le fil « Al-Tamḥīṣ » : l'épreuve vécue ce jour-là est explicitement présentée comme un tri de ce que contiennent les poitrines et les cœurs, non comme une simple punition.
S.3:155
إِنَّ ٱلَّذِينَ تَوَلَّوْا۟ مِنكُمْ يَوْمَ ٱلْتَقَى ٱلْجَمْعَانِ إِنَّمَا ٱسْتَزَلَّهُمُ ٱلشَّيْطَـٰنُ بِبَعْضِ مَا كَسَبُوا۟ ۖ وَلَقَدْ عَفَا ٱللَّهُ عَنْهُمْ ۗ إِنَّ ٱللَّهَ غَفُورٌ حَلِيمٌ
Inna lladhīna tawallaw minkum yawma ltaqā l-jamʿāni innamā stazallahumu l-shayṭānu bi-baʿḍi mā kasabū — wa-la-qad ʿafā llāhu ʿanhum — inna llāha ghafūrun ḥalīm
Ceux d’entre vous qui se sont détournés, le jour où les deux groupes se sont rencontrés, le Shayṭān les a fait glisser à cause d’une partie de ce qu’ils avaient acquis — et Allaah leur a certes pardonné : Allaah est ghafūr, ḥalīm.
Notes lexicales. أَمَنَةً نُّعَاسًا amanatan nuʿāsan — un apaisement (racine ʾ-m-n, sécurité) prenant la forme d'un assoupissement (racine n-ʿ-s) — deux racines juxtaposées pour préciser la nature de la faveur descendue. تُصْعِدُونَ tuṣʿidūna — racine ṣ-ʿ-d : monter, gravir ; en contexte de fuite sur un terrain, s'éloigner en hauteur — sens dérivé de fuite. لَبَرَزَ la-baraza — racine b-r-z : sortir à découvert, se manifester à l'air libre. مَضَاجِعِ maḍājiʿ — racine ḍ-j-ʿ : lieux où l'on s'allonge — ici, lieu de chute. تَوَلَّوْا۟ tawallaw — même racine w-l-y que mawlā (S3:150) : se détourner, littéralement « se retirer de la proximité qui engageait ». ٱسْتَزَلَّهُمُ istazallahum — racine z-l-l : faire glisser, faire chuter — le Shayṭān est présenté comme cause du glissement, non comme cause de l'acquis initial (« bi-baʿḍi mā kasabū » : à cause d'une partie de ce qu'ils avaient acquis) — l'articulation entre la responsabilité propre et l'instigation reste, dans ce seul verset, non tranchée entre les deux facteurs.
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Ne pas penser la mort comme les kāfirūn · S3:156–158
S.3:156
يَـٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ لَا تَكُونُوا۟ كَٱلَّذِينَ كَفَرُوا۟ وَقَالُوا۟ لِإِخْوَٰنِهِمْ إِذَا ضَرَبُوا۟ فِى ٱلْأَرْضِ أَوْ كَانُوا۟ غُزًّى لَّوْ كَانُوا۟ عِندَنَا مَا مَاتُوا۟ وَمَا قُتِلُوا۟ لِيَجْعَلَ ٱللَّهُ ذَٰلِكَ حَسْرَةً فِى قُلُوبِهِمْ ۗ وَٱللَّهُ يُحْىِۦ وَيُمِيتُ ۗ وَٱللَّهُ بِمَا تَعْمَلُونَ بَصِيرٌ
Yā-ayyuhā lladhīna āmanū lā takūnū ka-lladhīna kafarū wa-qālū li-ikhwānihim idhā ḍarabū fi l-arḍi aw kānū ghuzzan law kānū ʿindanā mā mātū wa-mā qutilū li-yajʿala llāhu dhālika ḥasratan fī qulūbihim — wa-llāhu yuḥyī wa-yumīt — wa-llāhu bi-mā taʿmalūna baṣīr
Ô vous qui avez cru, ne soyez pas comme ceux qui ont couvert leur reconnaissance et qui disent de leurs frères, lorsqu’ils voyagent sur terre ou partent en expédition : « S’ils étaient restés auprès de nous, ils ne seraient pas morts et n’auraient pas été tués » — afin qu’Allaah fasse de cela un regret amer dans leurs cœurs. C’est Allaah qui fait vivre et fait mourir — Allaah voit parfaitement ce que vous faites.
S.3:157–158
وَلَئِن قُتِلْتُمْ فِى سَبِيلِ ٱللَّهِ أَوْ مُتُّمْ لَمَغْفِرَةٌ مِّنَ ٱللَّهِ وَرَحْمَةٌ خَيْرٌ مِّمَّا يَجْمَعُونَ وَلَئِن مُّتُّمْ أَوْ قُتِلْتُمْ لَإِلَى ٱللَّهِ تُحْشَرُونَ
Wa-la-in qutiltum fī sabīli llāhi aw muttum la-maghfiratun mina llāhi wa-raḥmatun khayrun mimmā yajmaʿūn — wa-la-in muttum aw qutiltum la-ilā llāhi tuḥsharūn
Si vous êtes tués sur le chemin d’Allaah ou si vous mourez, un pardon d’Allaah et une raḥma valent mieux que ce qu’ils amassent. Que vous mouriez ou soyez tués, c’est vers Allaah que vous serez rassemblés.
Notes lexicales. حَسْرَةً ḥasratan — racine ḥ-s-r, déjà rencontrée S2:167 : le regret amer qui dépouille. يُحْىِۦ وَيُمِيتُ yuḥyī wa-yumīt — formule appariant les racines ḥ-y-y et m-w-t : Ce que le texte dit est un principe de causalité unique de la vie et de la mort, opposé à l'idée implicite reprochée aux kāfirūn selon laquelle rester ou partir changerait l'issue. تُحْشَرُونَ tuḥsharūn — racine ḥ-sh-r : rassembler en un lieu unique, sens déjà rencontré à propos du jugement dernier.
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Le caractère du rasūl, la consultation, le ghulūl · S3:159–161
S.3:159
فَبِمَا رَحْمَةٍ مِّنَ ٱللَّهِ لِنتَ لَهُمْ ۖ وَلَوْ كُنتَ فَظًّا غَلِيظَ ٱلْقَلْبِ لَٱنفَضُّوا۟ مِنْ حَوْلِكَ ۖ فَٱعْفُ عَنْهُمْ وَٱسْتَغْفِرْ لَهُمْ وَشَاوِرْهُمْ فِى ٱلْأَمْرِ ۖ فَإِذَا عَزَمْتَ فَتَوَكَّلْ عَلَى ٱللَّهِ ۚ إِنَّ ٱللَّهَ يُحِبُّ ٱلْمُتَوَكِّلِينَ
Fa-bi-mā raḥmatin mina llāhi linta lahum — wa-law kunta fażżan ghalīẓa l-qalbi la-nfaḍḍū min ḥawlik — fa-ʿfu ʿanhum wa-staghfir lahum wa-shāwirhum fi l-amr — fa-idhā ʿazamta fa-tawakkal ʿalā llāh — inna llāha yuḥibbu l-mutawakkilīn
C’est par une raḥma venue d’Allaah que tu as été doux envers eux — si tu avais été rude, au cœur dur, ils se seraient dispersés loin de toi. Pardonne-leur donc, implore le pardon pour eux, et consulte-les sur l’affaire ; puis, une fois ta décision arrêtée, place ta confiance en Allaah — Allaah aime ceux qui placent leur confiance en Lui.
Notes lexicales. لِنتَ linta — racine l-y-n : être doux, souple. Ce verset qualifie le rasūl, non Allaah — la règle du site excluant les adjectifs à connotation humaine pour désigner Allaah ne concerne pas cette occurrence. فَظًّا غَلِيظَ ٱلْقَلْبِ fażżan ghalīẓa l-qalb — rudesse (f-ẓ-ẓ) et dureté du cœur (gh-l-ẓ) — image opposée à linta. شَاوِرْهُمْ shāwirhum — racine sh-w-r : consulter, extraire un avis (comme on extrait le miel) — la consultation (shūrā) est ici une injonction directe adressée au rasūl lui-même. تَوَكَّلْ / ٱلْمُتَوَكِّلِينَ tawakkal / al-mutawakkilīn — racine w-k-l : confier une affaire à un mandataire, s'en remettre — même racine que al-wakīl (S3:173, plus loin dans ce bloc). Ce que le texte dit : la consultation précède la décision, laquelle est suivie du tawakkul — un ordre séquentiel précis (consulter, puis décider, puis s'en remettre), non une confusion des trois étapes.
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S.3:160
إِن يَنصُرْكُمُ ٱللَّهُ فَلَا غَالِبَ لَكُمْ ۖ وَإِن يَخْذُلْكُمْ فَمَن ذَا ٱلَّذِى يَنصُرُكُم مِّنۢ بَعْدِهِۦ ۗ وَعَلَى ٱللَّهِ فَلْيَتَوَكَّلِ ٱلْمُؤْمِنُونَ
In yanṣurkumu llāhu fa-lā ghāliba lakum — wa-in yakhdhulkum fa-man dhā lladhī yanṣurukum min baʿdih — wa-ʿalā llāhi fa-l-yatawakkali l-muʾminūn
Si Allaah vous secourt, nul ne peut vous vaincre ; s’Il vous abandonne, qui donc pourrait vous secourir après Lui ? Que les muʾminūn placent leur confiance en Allaah seul.
S.3:161
وَمَا كَانَ لِنَبِىٍّ أَن يَغُلَّ ۚ وَمَن يَغْلُلْ يَأْتِ بِمَا غَلَّ يَوْمَ ٱلْقِيَـٰمَةِ ۚ ثُمَّ تُوَفَّىٰ كُلُّ نَفْسٍ مَّا كَسَبَتْ وَهُمْ لَا يُظْلَمُونَ
Wa-mā kāna li-nabiyyin an yaghulla — wa-man yaghlul yaʾti bi-mā ghalla yawma l-qiyāmah — thumma tuwaffā kullu nafsin mā kasabat wa-hum lā yuẓlamūn
Il n’appartient à aucun nabī de commettre un ghulūl — quiconque commet un ghulūl viendra, au jour de la résurrection, avec ce qu’il a soustrait. Puis chaque âme recevra en plein ce qu’elle a acquis, sans qu’aucune tort ne lui soit fait.
Notes lexicales. يَخْذُلْكُمْ yakhdhulkum — racine kh-dh-l : abandonner, laisser sans secours — opposé exact de naṣr dans le même verset. غُلَّ ghulla / ghalla — racine gh-l-l : soustraire furtivement, détourner ce qui devrait revenir à la collectivité — même racine que ghill (rancœur tapie, non rencontrée dans ce bloc) : le sens commun de la racine est ce qui circule caché, sous la surface, qu'il s'agisse d'un bien détourné ou d'un ressentiment dissimulé. تُوَفَّىٰ tuwaffā — racine w-f-y, sens de base ici : donner/recevoir en totalité, parachever une remise — à distinguer du sens dérivé euphémique pour la mort (yutawaffawna, S2:234, S2:240 ; mutawaffīka, S3:55, cf. note de vigilance dédiée) : ici, aucune connotation de mort, seulement l'idée d'une rétribution rendue complète.
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Degrés devant Allaah, le bienfait de l'envoi d'un rasūl · S3:162–165
S.3:162–163
أَفَمَنِ ٱتَّبَعَ رِضْوَٰنَ ٱللَّهِ كَمَنۢ بَآءَ بِسَخَطٍ مِّنَ ٱللَّهِ وَمَأْوَىٰهُ جَهَنَّمُ ۚ وَبِئْسَ ٱلْمَصِيرُ هُمْ دَرَجَـٰتٌ عِندَ ٱللَّهِ ۗ وَٱللَّهُ بَصِيرٌۢ بِمَا يَعْمَلُونَ
A-fa-mani ttabaʿa riḍwāna llāhi ka-man bāʾa bi-sakhaṭin mina llāhi wa-maʾwāhu jahannam — wa-biʾsa l-maṣīr — hum darajātun ʿinda llāh — wa-llāhu baṣīrun bi-mā yaʿmalūn
Celui qui a suivi l’agrément d’Allaah est-il comparable à celui qui est revenu chargé d’un courroux d’Allaah, et dont le refuge est jahannam — quelle détestable destination ? Ils sont des degrés auprès d’Allaah — Allaah voit parfaitement ce qu’ils font.
S.3:164
لَقَدْ مَنَّ ٱللَّهُ عَلَى ٱلْمُؤْمِنِينَ إِذْ بَعَثَ فِيهِمْ رَسُولًا مِّنْ أَنفُسِهِمْ يَتْلُوا۟ عَلَيْهِمْ ءَايَـٰتِهِۦ وَيُزَكِّيهِمْ وَيُعَلِّمُهُمُ ٱلْكِتَـٰبَ وَٱلْحِكْمَةَ وَإِن كَانُوا۟ مِن قَبْلُ لَفِى ضَلَـٰلٍ مُّبِينٍ
La-qad manna llāhu ʿala l-muʾminīna idh baʿatha fīhim rasūlan min anfusihim yatlū ʿalayhim āyātihi wa-yuzakkīhim wa-yuʿallimuhumu l-kitāba wa-l-ḥikmata wa-in kānū min qablu la-fī ḍalālin mubīn
Allaah a certes accordé une faveur aux muʾminūn en suscitant parmi eux un rasūl issu d’eux-mêmes, qui leur récite Ses signes, les fait croître en pureté, et leur enseigne le kitāb et la ḥikma — alors qu’ils étaient auparavant dans un égarement manifeste.
Notes lexicales. بَآءَ bāʾa — racine b-w-ʾ : revenir se loger dans un état, s'y installer — « revenir chargé d'un courroux » au sens de s'y établir. دَرَجَـٰتٌ darajāt — racine d-r-j, déjà rencontrée S2:228 avec une note de non-généralisation circonscrivant le contexte : ici, l'emploi est distinct, un principe général de hiérarchie des situations devant Allaah selon ce qui est suivi (agrément ou courroux). مَنَّ manna — racine m-n-n : accorder une faveur ; homographe du terme désignant la manne alimentaire (S2:57), sans lien de sens entre les deux emplois. يُزَكِّيهِمْ yuzakkīhim — racine z-k-w : faire croître en pureté — même racine que zakāt, l'action de purifier/faire croître transposée ici à la personne elle-même. ٱلْحِكْمَةَ al-ḥikma — racine ḥ-k-m : ce qui retient de l'erreur, comme le mors retient la monture — même racine que ḥukm (jugement, gouvernance). ضَلَـٰلٍ مُّبِينٍ ḍalālin mubīn — mubīn, racine b-y-n, même famille que le fil de la clarification (bayān) déjà noté à plusieurs reprises dans la sourate — ici au sens adjectival très fréquent de « manifeste, clair », sans qu'il faille y lire systématiquement un rappel volontaire du fil.
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S.3:165
أَوَلَمَّآ أَصَـٰبَتْكُم مُّصِيبَةٌ قَدْ أَصَبْتُم مِّثْلَيْهَا قُلْتُمْ أَنَّىٰ هَـٰذَا ۖ قُلْ هُوَ مِنْ عِندِ أَنفُسِكُمْ ۗ إِنَّ ٱللَّهَ عَلَىٰ كُلِّ شَىْءٍ قَدِيرٌ
A-wa-lammā aṣābatkum muṣībatun qad aṣabtum mithlayhā qultum annā hādhā — qul huwa min ʿindi anfusikum — inna llāha ʿalā kulli shayʾin qadīr
Est-ce que, lorsqu’un malheur vous atteint après que vous en avez infligé le double, vous dites : « D’où cela vient-il ? » Dis : « Cela vient de vous-mêmes. » Allaah a pouvoir sur toute chose.
Notes lexicales. مُّصِيبَةٌ muṣība — racine ṣ-w-b : ce qui atteint, frappe droit au but. مِّثْلَيْهَا mithlayhā — le double, litt. « ses deux pareilles » — un rappel arithmétique implicite au ratio déjà mentionné en S3:152 (« une blessure semblable a atteint l'autre camp », S3:140). مِنْ عِندِ أَنفُسِكُمْ min ʿindi anfusikum — « de vous-mêmes » : Ce que le texte dit rattache directement le malheur subi à un enchaînement de causes humaines déjà détaillé en S3:152 (faiblesse, dispute, désobéissance), sans contredire par ailleurs que « tout vient d'Allaah » — la sourate n'oppose pas les deux registres de causalité (cf. la question symétrique posée en S4:78, hors de ce bloc).
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Les munāfiqūn distingués · S3:166–168
S.3:166–167
وَمَآ أَصَـٰبَكُمْ يَوْمَ ٱلْتَقَى ٱلْجَمْعَانِ فَبِإِذْنِ ٱللَّهِ وَلِيَعْلَمَ ٱلْمُؤْمِنِينَ وَلِيَعْلَمَ ٱلَّذِينَ نَافَقُوا۟ ۚ وَقِيلَ لَهُمْ تَعَالَوْا۟ قَـٰتِلُوا۟ فِى سَبِيلِ ٱللَّهِ أَوِ ٱدْفَعُوا۟ ۖ قَالُوا۟ لَوْ نَعْلَمُ قِتَالًا لَّٱتَّبَعْنَـٰكُمْ ۗ هُمْ لِلْكُفْرِ يَوْمَئِذٍ أَقْرَبُ مِنْهُمْ لِلْإِيمَـٰنِ ۚ يَقُولُونَ بِأَفْوَٰهِهِم مَّا لَيْسَ فِى قُلُوبِهِمْ ۗ وَٱللَّهُ أَعْلَمُ بِمَا يَكْتُمُونَ
Wa-mā aṣābakum yawma ltaqā l-jamʿāni fa-bi-idhni llāhi wa-li-yaʿlama l-muʾminīn — wa-li-yaʿlama lladhīna nāfaqū — wa-qīla lahum taʿālaw qātilū fī sabīli llāhi awi dfaʿū — qālū law naʿlamu qitālan la-ttabaʿnākum — hum li-l-kufri yawmaʾidhin aqrabu minhum li-l-īmān — yaqūlūna bi-afwāhihim mā laysa fī qulūbihim — wa-llāhu aʿlamu bi-mā yaktumūn
Ce qui vous a atteints le jour où les deux groupes se sont rencontrés l’a été par la permission d’Allaah, et afin qu’Il distingue les muʾminūn — et qu’Il distingue ceux qui ont pratiqué le nifāq. Il leur fut dit : « Venez, combattez sur le chemin d’Allaah, ou du moins repoussez [l’ennemi]. » Ils dirent : « Si nous savions qu’il y aurait combat, nous vous suivrions. » Ils étaient ce jour-là plus proches du kufr que de la foi, disant de leurs bouches ce qui n’était pas dans leurs cœurs — Allaah connaît parfaitement ce qu’ils dissimulent.
Note de vigilance méthodologique — nifāq (racine n-f-q). نَافَقُوا۟ nāfaqū partage sa racine triconsonantique avec infāq (dépenser, faire circuler son bien — S2:3, S2:195), mais développe ici un sens second, distinct : les dictionnaires anciens rattachent ce sens au nāfiqāʾ, l'une des issues cachées du terrier du jarbū (une petite gerboise), qui perce toujours une sortie de secours dissimulée en plus de son entrée visible — d'où le sens dérivé de duplicité, de double face (une ouverture montrée, une autre tenue cachée). Ce que le texte dit ici, dans la continuité de cette image : « ils disent de leurs bouches ce qui n'est pas dans leurs cœurs » — une discordance entre parole manifestée et contenu intérieur, cohérente avec cette double issue. يَكْتُمُونَ yaktumūn — racine k-t-m, déjà centrale dans l'étude dédiée Kitmān et bayān — même verbe que celui employé pour la dissimulation des Gens du Livre en S3:71 et S3:75 ; la sourate applique ici la même racine à un autre groupe. تَعَالَوْا۟ taʿālaw — racine ʿ-l-w, la même que al-aʿlawna (S3:139) : impératif figé signifiant simplement « venez », sans connotation d'élévation dans cet emploi idiomatique — un rappel que la racine ʿ-l-w ne porte pas systématiquement un sens spatial actif, ce qui conforte, par contraste, la prudence requise lorsqu'elle qualifie Allaah.
S.3:168
ٱلَّذِينَ قَالُوا۟ لِإِخْوَٰنِهِمْ وَقَعَدُوا۟ لَوْ أَطَاعُونَا مَا قُتِلُوا۟ ۗ قُلْ فَٱدْرَءُوا۟ عَنْ أَنفُسِكُمُ ٱلْمَوْتَ إِن كُنتُمْ صَـٰدِقِينَ
Alladhīna qālū li-ikhwānihim wa-qaʿadū law aṭāʿūnā mā qutilū — qul fa-drāʾū ʿan anfusikumu l-mawta in kuntum ṣādiqīn
Ceux qui ont dit de leurs frères, tout en restant assis : « S’ils nous avaient obéi, ils n’auraient pas été tués » — dis : « Écartez donc la mort de vous-mêmes, si vous êtes véridiques. »
Notes lexicales. وَقَعَدُوا۟ qaʿadū — racine q-ʿ-d : s'asseoir, rester en place — opposé implicite à ceux qui sont sortis combattre. فَٱدْرَءُوا۟ fa-drāʾū — racine d-r-ʾ : repousser, écarter par un mouvement contraire. Ce que le texte dit : la réponse ne discute pas la prémisse (obéir aurait-il changé l'issue) mais la renvoie à son incohérence logique — si l'obéissance évitait la mort, que ceux qui le prétendent l'évitent eux-mêmes.
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Ceux qui sont tués sur le chemin d'Allaah, ceux qui ont répondu malgré la blessure · S3:169–175
S.3:169–171
وَلَا تَحْسَبَنَّ ٱلَّذِينَ قُتِلُوا۟ فِى سَبِيلِ ٱللَّهِ أَمْوَٰتًۢا ۚ بَلْ أَحْيَآءٌ عِندَ رَبِّهِمْ يُرْزَقُونَ فَرِحِينَ بِمَآ ءَاتَىٰهُمُ ٱللَّهُ مِن فَضْلِهِۦ وَيَسْتَبْشِرُونَ بِٱلَّذِينَ لَمْ يَلْحَقُوا۟ بِهِم مِّنْ خَلْفِهِمْ أَلَّا خَوْفٌ عَلَيْهِمْ وَلَا هُمْ يَحْزَنُونَ يَسْتَبْشِرُونَ بِنِعْمَةٍ مِّنَ ٱللَّهِ وَفَضْلٍ وَأَنَّ ٱللَّهَ لَا يُضِيعُ أَجْرَ ٱلْمُؤْمِنِينَ
Wa-lā taḥsabanna lladhīna qutilū fī sabīli llāhi amwātan — bal aḥyāʾun ʿinda rabbihim yurzaqūn — fariḥīna bi-mā ātāhumu llāhu min faḍlih wa-yastabshirūna bi-lladhīna lam yalḥaqū bihim min khalfihim allā khawfun ʿalayhim wa-lā hum yaḥzanūn — yastabshirūna bi-niʿmatin mina llāhi wa-faḍlin wa-anna llāha lā yuḍīʿu ajra l-muʾminīn
Ne considère pas ceux qui sont tués sur le chemin d’Allaah comme morts — bien au contraire, vivants, auprès de leur Seigneur, pourvus. Se réjouissant de ce qu’Allaah leur a donné de Sa faveur, et se réjouissant par avance au sujet de ceux qui ne les ont pas encore rejoints, venant après eux : aucune crainte sur eux, et ils ne s’affligeront pas. Ils se réjouissent d’un bienfait d’Allaah et d’une faveur, et de ce qu’Allaah ne laisse pas se perdre la rétribution des muʾminūn.
Note de renvoi méthodologique. Ce passage touche au statut de ceux qui sont tués sur le chemin d'Allaah, question directement liée aux passages déjà traités dans l'étude dédiée Amwāt, aḥyāʾ, barzakh. **Non-dit** : le verset affirme un état (« vivants, pourvus, se réjouissant ») sans en préciser la modalité (lieu, nature du corps, temporalité) — aucune de ces précisions n'est fournie par le texte lui-même dans ce passage.
S.3:172–173
ٱلَّذِينَ ٱسْتَجَابُوا۟ لِلَّهِ وَٱلرَّسُولِ مِنۢ بَعْدِ مَآ أَصَابَهُمُ ٱلْقَرْحُ ۚ لِلَّذِينَ أَحْسَنُوا۟ مِنْهُمْ وَٱتَّقَوْا۟ أَجْرٌ عَظِيمٌ ٱلَّذِينَ قَالَ لَهُمُ ٱلنَّاسُ إِنَّ ٱلنَّاسَ قَدْ جَمَعُوا۟ لَكُمْ فَٱخْشَوْهُمْ فَزَادَهُمْ إِيمَـٰنًا وَقَالُوا۟ حَسْبُنَا ٱللَّهُ وَنِعْمَ ٱلْوَكِيلُ
Alladhīna stajābū li-llāhi wa-l-rasūli min baʿdi mā aṣābahumu l-qarḥ — li-lladhīna aḥsanū minhum wa-ttaqaw ajrun ʿaẓīm — alladhīna qāla lahumu l-nāsu inna l-nāsa qad jamaʿū lakum fa-khshawhum fa-zādahum īmānan wa-qālū ḥasbunā llāhu wa-niʿma l-wakīl
Ceux qui ont répondu à Allaah et au rasūl après que la blessure les eut atteints — pour ceux d’entre eux qui ont agi avec excellence et se sont prémunis, une rétribution immense. Ceux à qui les gens dirent : « Les gens se sont rassemblés contre vous, craignez-les » — cela ne fit qu’accroître leur foi, et ils dirent : « Allaah nous suffit — quel excellent mandataire ! »
Notes lexicales. ٱسْتَجَابُوا۟ istajābū — racine j-w-b, la même que le titre déjà validé de la Sourate 2, Al-Ijāba (La Réponse) : ici appliqué directement aux croyants qui répondent, en écho lexical direct avec ce titre. حَسْبُنَا ḥasbunā — racine ḥ-s-b : ce qui suffit, ce qui compte comme assez. ٱلْوَكِيلُ al-wakīl — racine w-k-l, même racine que tawakkul (S3:159–160) : celui à qui l'on confie une affaire en toute confiance.
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S.3:174–175
فَٱنقَلَبُوا۟ بِنِعْمَةٍ مِّنَ ٱللَّهِ وَفَضْلٍ لَّمْ يَمْسَسْهُمْ سُوٓءٌ وَٱتَّبَعُوا۟ رِضْوَٰنَ ٱللَّهِ ۗ وَٱللَّهُ ذُو فَضْلٍ عَظِيمٍ إِنَّمَا ذَٰلِكُمُ ٱلشَّيْطَـٰنُ يُخَوِّفُ أَوْلِيَآءَهُۥ فَلَا تَخَافُوهُمْ وَخَافُونِ إِن كُنتُم مُّؤْمِنِينَ
Fa-nqalabū bi-niʿmatin mina llāhi wa-faḍlin lam yamsashum sūʾun wa-ttabaʿū riḍwāna llāh — wa-llāhu dhū faḍlin ʿaẓīm — innamā dhālikumu l-shayṭānu yukhawwifu awliyāʾahu fa-lā takhāfūhum wa-khāfūni in kuntum muʾminīn
Ils s’en revinrent avec un bienfait d’Allaah et une faveur, sans qu’aucun mal ne les eût touchés, et ils suivirent l’agrément d’Allaah — Allaah dispose d’une faveur immense. Ce n’est que le Shayṭān qui effraie ses alliés — ne les craignez donc pas, et craignez-Moi, si vous êtes muʾminūn.
Notes lexicales. أَوْلِيَآءَهُۥ awliyāʾahu — racine w-l-y, encore : les alliés du Shayṭān, en écho direct à mawlā (S3:150) et tawallaw (S3:155) — la même racine parcourt, sur l'ensemble du bloc, trois pôles opposés (Allaah comme mawlā, ceux qui se détournent, les alliés du Shayṭān). يُخَوِّفُ yukhawwifu — racine kh-w-f : faire craindre, instiller la peur — Ce que le texte dit : la peur suscitée n'a de prise que sur ceux qui la lui accordent, le verset renvoyant explicitement à une crainte due à Allaah seul en alternative.
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Ne pas s'affliger pour ceux qui se hâtent vers le kufr · S3:176–178
S.3:176–177
وَلَا يَحْزُنكَ ٱلَّذِينَ يُسَـٰرِعُونَ فِى ٱلْكُفْرِ ۚ إِنَّهُمْ لَن يَضُرُّوا۟ ٱللَّهَ شَيْـًٔا ۗ يُرِيدُ ٱللَّهُ أَلَّا يَجْعَلَ لَهُمْ حَظًّا فِى ٱلْـَٔاخِرَةِ ۖ وَلَهُمْ عَذَابٌ عَظِيمٌ إِنَّ ٱلَّذِينَ ٱشْتَرَوُا۟ ٱلْكُفْرَ بِٱلْإِيمَـٰنِ لَن يَضُرُّوا۟ ٱللَّهَ شَيْـًٔا وَلَهُمْ عَذَابٌ أَلِيمٌ
Wa-lā yaḥzunka lladhīna yusāriʿūna fi l-kufr — innahum lan yaḍurrū llāha shayʾā — yurīdu llāhu allā yajʿala lahum ḥaẓẓan fi l-ākhirati wa-lahum ʿadhābun ʿaẓīm — inna lladhīna shtarawu l-kufra bi-l-īmāni lan yaḍurrū llāha shayʾan wa-lahum ʿadhābun alīm
Que ne t’afflige pas ceux qui se hâtent vers le kufr — ils ne nuiront en rien à Allaah. Allaah veut ne leur accorder aucune part dans l’ākhira, et pour eux un châtiment immense. Ceux qui ont acheté le kufr au prix de l’īmān ne nuiront en rien à Allaah, et pour eux un châtiment douloureux.
S.3:178
وَلَا يَحْسَبَنَّ ٱلَّذِينَ كَفَرُوٓا۟ أَنَّمَا نُمْلِى لَهُمْ خَيْرٌ لِّأَنفُسِهِمْ ۚ إِنَّمَا نُمْلِى لَهُمْ لِيَزْدَادُوٓا۟ إِثْمًا ۚ وَلَهُمْ عَذَابٌ مُّهِينٌ
Wa-lā yaḥsabanna lladhīna kafarū annamā numlī lahum khayrun li-anfusihim — innamā numlī lahum li-yazdādū ithman — wa-lahum ʿadhābun muhīn
Que ceux qui ont couvert leur reconnaissance ne pensent pas que le délai que Nous leur accordons soit un bien pour eux-mêmes — Nous ne leur accordons ce délai que pour qu’ils s’accroissent en faute — et pour eux un châtiment humiliant.
Notes lexicales. يُسَـٰرِعُونَ yusāriʿūna — même racine s-r-ʿ que sāriʿū (S3:133, « hâtez-vous vers un pardon ») : la même hâte, ici tournée vers le kufr plutôt que vers le pardon — un contraste rhétorique voulu à l'échelle du bloc. حَظًّا ḥaẓẓan — racine ḥ-ẓ-ẓ : une part, un lot attribué. ٱشْتَرَوُا۟ ishtarawu — racine sh-r-y, déjà rencontrée S2:207 (« se donner tout entier ») : ici, l'image inverse d'une transaction — échanger l'īmān contre le kufr, une opération de perte volontaire. نُمْلِى numlī — racine m-l-w/m-l-y : prolonger, allonger un délai — sens concret de « donner du mou », de la longueur (comme une corde qu'on laisse filer), distinct de toute idée de faveur ou de rétribution positive : le délai accordé n'est pas en lui-même un bienfait.
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Le tri entre le vicié et le bon, le ghayb · S3:179–180
S.3:179
مَّا كَانَ ٱللَّهُ لِيَذَرَ ٱلْمُؤْمِنِينَ عَلَىٰ مَآ أَنتُمْ عَلَيْهِ حَتَّىٰ يَمِيزَ ٱلْخَبِيثَ مِنَ ٱلطَّيِّبِ ۗ وَمَا كَانَ ٱللَّهُ لِيُطْلِعَكُمْ عَلَى ٱلْغَيْبِ وَلَـٰكِنَّ ٱللَّهُ يَجْتَبِى مِن رُّسُلِهِۦ مَن يَشَآءُ ۖ فَـَٔامِنُوا۟ بِٱللَّهِ وَرُسُلِهِۦ ۚ وَإِن تُؤْمِنُوا۟ وَتَتَّقُوا۟ فَلَكُمْ أَجْرٌ عَظِيمٌ
Mā kāna llāhu li-yadhara l-muʾminīna ʿalā mā antum ʿalayhi ḥattā yamīza l-khabītha mina l-ṭayyib — wa-mā kāna llāhu li-yuṭliʿakum ʿala l-ghaybi wa-lākinna llāha yajtabī min rusulihi man yashāʾ — fa-āminū bi-llāhi wa-rusulih — wa-in tuʾminū wa-tattaqū fa-lakum ajrun ʿaẓīm
Allaah n’est pas de nature à laisser les muʾminūn dans l’état où vous êtes, sans distinguer le vicié du bon — Allaah n’est pas de nature à vous faire accéder au ghayb, mais Allaah choisit, parmi Ses rusul, qui Il veut. Croyez donc en Allaah et en Ses rusul — si vous croyez et vous prémunissez, une rétribution immense vous revient.
Note de vigilance méthodologique — yamīza (m-y-z), distincte de yumaḥḥiṣa (m-ḥ-ṣ). يَمِيزَ yamīza, racine m-y-z, et يُمَحِّصَ yumaḥḥiṣa, racine m-ḥ-ṣ (S3:141, S3:154), relèvent toutes deux d'un champ sémantique du tri, mais par des mécanismes distincts que le texte ne confond pas : m-y-z désigne la séparation d'un mélange selon une qualité déjà présente — trier ce qui est intrinsèquement khabīth (vicié, racine kh-b-th, S2:267) de ce qui est intrinsèquement ṭayyib (bon par nature, racine ṭ-y-b, S2:168/172) — tandis que m-ḥ-ṣ désigne un tri produit par le passage même de l'épreuve, une purification qui advient dans l'événement. Les deux racines convergent ici pour appuyer l'hypothèse de titre « Al-Tamḥīṣ » : le texte présente l'épreuve subie comme le moyen par lequel un tri qualitatif, déjà latent, devient manifeste — sans que l'une des deux racines ne se substitue à l'autre. يَجْتَبِى yajtabī — racine j-b-y : rassembler vers soi, faire venir à soi (sens concret : collecter) ; ici, choisir en attirant à soi. يُطْلِعَكُمْ yuṭliʿakum — racine ṭ-l-ʿ : faire apparaître, faire accéder à une vue.
S.3:180
وَلَا يَحْسَبَنَّ ٱلَّذِينَ يَبْخَلُونَ بِمَآ ءَاتَىٰهُمُ ٱللَّهُ مِن فَضْلِهِۦ هُوَ خَيْرًا لَّهُم ۖ بَلْ هُوَ شَرٌّ لَّهُمْ ۖ سَيُطَوَّقُونَ مَا بَخِلُوا۟ بِهِۦ يَوْمَ ٱلْقِيَـٰمَةِ ۗ وَلِلَّهِ مِيرَٰثُ ٱلسَّمَـٰوَٰتِ وَٱلْأَرْضِ ۗ وَٱللَّهُ بِمَا تَعْمَلُونَ خَبِيرٌ
Wa-lā yaḥsabanna lladhīna yabkhalūna bi-mā ātāhumu llāhu min faḍlihi huwa khayran lahum — bal huwa sharrun lahum — sa-yuṭawwaqūna mā bakhilū bihi yawma l-qiyāmah — wa-li-llāhi mīrāthu l-samāwāti wa-l-arḍ — wa-llāhu bi-mā taʿmalūna khabīr
Que ceux qui font preuve d’avarice concernant ce qu’Allaah leur a donné de Sa faveur ne pensent pas que cela soit un bien pour eux — c’est au contraire un mal pour eux : ce dont ils ont été avares leur sera mis en collier au jour de la résurrection. À Allaah revient l’héritage des cieux et de la terre — Allaah est parfaitement informé de ce que vous faites.
Notes lexicales. يَبْخَلُونَ yabkhalūn — racine b-kh-l : retenir par avarice ce qui devrait être donné. سَيُطَوَّقُونَ sa-yuṭawwaqūn — racine ṭ-w-q : mettre un collier, un anneau autour du cou — image concrète de ce qui a été retenu, porté ensuite comme une marque visible. مِيرَٰثُ mīrāth — racine w-r-th : ce qui revient en héritage. Ce que le texte dit : la faveur reçue et retenue par avarice n'est pas neutralisée mais devient, au jour de la résurrection, une marque portée par celui qui l'a retenue — le texte clôt ainsi le bloc sur l'idée que rien de ce qui a été donné n'échappe, en dernier ressort, au retour à Allaah, seul héritier ultime des cieux et de la terre.
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Barāʾa du bloc
Cette traduction est conduite selon la méthode islamducoran.fr. Elle n'est pas prescriptive. Elle est révisable à la lumière du texte. L'unique garant de la compréhension est Allaah.
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