Structure du Bloc I. Ouverture de la Sourate 5. Trois ensembles denses : l’appel à honorer les ʿuqūd, le licite du bétail, et l’interdit de la chasse en état de sacralisation, puis les shaʿāʾir d’Allaah et l’appel à l’entraide dans le birr plutôt que dans l’ithm (S5:1–2) ; la liste détaillée de l’illicite alimentaire, close par le verset de l’achèvement du dīn (S5:3) ; le licite retrouvé — gibier dressé, nourriture des Gens du Livre, mariage avec leurs femmes muḥṣanāt — puis les conditions de la ṣalāt, le wuḍūʾ et le tayammum (S5:4–6).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.5:1 Honorer les ʿuqūd — le licite du bétail — l’interdit de la chasse en ḥurum
S.5:2 Les shaʿāʾir d’Allaah — s’entraider dans le birr, non dans l’ithm
S.5:3 La liste de l’illicite alimentaire — l’achèvement du dīn
S.5:4 Le gibier des animaux de chasse dressés
S.5:5 Les ṭayyibāt, la nourriture des Gens du Livre, le mariage avec leurs muḥṣanāt
S.5:6 La ṣalāt — le wuḍūʾ et le tayammum

Al-ʿuqūd, les shaʿāʾir, l’entraide dans le birr · S5:1–2

S.5:1 · Honorer les ʿuqūd — le licite du bétail — l’interdit de la chasse en ḥurum

S.5:1
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا أَوْفُوا بِالْعُقُودِ ۚ أُحِلَّتْ لَكُم بَهِيمَةُ الْأَنْعَامِ إِلَّا مَا يُتْلَىٰ عَلَيْكُمْ غَيْرَ مُحِلِّي الصَّيْدِ وَأَنتُمْ حُرُمٌ ۗ إِنَّ اللَّهَ يَحْكُمُ مَا يُرِيدُ
Yā ayyuhā lladhīna āmanū awfū bi-l-ʿuqūd — uḥillat lakum bahīmatu l-anʿāmi illā mā yutlā ʿalaykum ghayra muḥillī ṣ-ṣaydi wa-antum ḥurum — inna llāha yaḥkumu mā yurīd Ô vous qui avez cru, honorez pleinement les ʿuqūd (les engagements contractés) — vous est rendu licite le bétail des troupeaux (bahīmat al-anʿām), à l’exception de ce qui vous sera récité [plus loin] — sans rendre licite la chasse alors que vous êtes en état de ḥurum (sacralisation). Allaah décide ce qu’Il veut.
Notes lexicales
al-ʿuqūd
racine *ʿ-q-d* : nouer, lier fermement. Plus fort que *ʿahd* (engagement, promesse) : l'image est celle d'un nœud serré, difficile à défaire. Le texte ouvre la sourate par cet impératif, sans restreindre la portée des *ʿuqūd* visés (contrats entre humains, ou engagement plus large envers Allaah) — non-dit sur cette restriction.
bahīmat al-anʿām
*bahīma*, racine *b-h-m* : ce qui est obscur, indistinct — appliqué à l'animal dépourvu de parole articulée. *Al-anʿām* : les troupeaux (chameaux, bovins, ovins, caprins).
illā mā yutlā ʿalaykum
Dit : le texte s'auto-référence — il annonce ici une clarification à venir, confirmée trois versets plus loin par la liste détaillée de S5:3. Cette structure interne (annonce puis détail) est un procédé que le texte emploie explicitement.
ḥurum
pluriel de *muḥrim* : celui qui est entré dans l'état de sacralisation (*iḥrām*). Le texte ne précise pas ici les modalités de cet état — non-dit sur son protocole.
yaḥkumu mā yurīd
racine *ḥ-k-m* : juger, décider avec fermeté et rectitude — distinct de *qaḍā* (décréter) ou *amara* (ordonner). Le texte clôt le verset sur cette affirmation générale avant même d'entrer dans le détail des interdits — inférence : elle encadre d'emblée toute la liste qui suit comme relevant d'une décision, non d'une explication qui se justifierait par ailleurs.

S.5:2 · Les shaʿāʾir d’Allaah — s’entraider dans le birr, non dans l’ithm

S.5:2
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لَا تُحِلُّوا شَعَائِرَ اللَّهِ وَلَا الشَّهْرَ الْحَرَامَ وَلَا الْهَدْيَ وَلَا الْقَلَائِدَ وَلَا آمِّينَ الْبَيْتَ الْحَرَامَ يَبْتَغُونَ فَضْلًا مِّن رَّبِّهِمْ وَرِضْوَانًا ۚ وَإِذَا حَلَلْتُمْ فَاصْطَادُوا ۚ وَلَا يَجْرِمَنَّكُمْ شَنَآنُ قَوْمٍ أَن صَدُّوكُمْ عَنِ الْمَسْجِدِ الْحَرَامِ أَن تَعْتَدُوا ۘ وَتَعَاوَنُوا عَلَى الْبِرِّ وَالتَّقْوَىٰ ۖ وَلَا تَعَاوَنُوا عَلَى الْإِثْمِ وَالْعُدْوَانِ ۚ وَاتَّقُوا اللَّهَ ۖ إِنَّ اللَّهَ شَدِيدُ الْعِقَابِ
Yā ayyuhā lladhīna āmanū lā tuḥillū shaʿāʾira llāhi wa-lā sh-shahra l-ḥarāma wa-lā l-hadya wa-lā l-qalāʾida wa-lā āmmīna l-bayta l-ḥarāma yabtaghūna faḍlan min rabbihim wa-riḍwānā — wa-idhā ḥalaltum fa-ṣṭādū — wa-lā yajrimannakum shanaʾānu qawmin an ṣaddūkum ʿani l-masjidi l-ḥarāmi an taʿtadū — wa-taʿāwanū ʿalā l-birri wa-t-taqwā wa-lā taʿāwanū ʿalā l-ithmi wa-l-ʿudwān — wa-ttaqu llāh — inna llāha shadīdu l-ʿiqāb Ô vous qui avez cru, ne rendez pas illicites les shaʿāʾir (marqueurs distinctifs) d’Allaah, ni le mois sacré, ni les offrandes destinées [au sanctuaire] (al-hady), ni les guirlandes qui les signalent (al-qalāʾid), ni ceux qui se dirigent vers la Maison sacrée en quête d’une faveur de leur Rabb et d’un agrément. Et une fois sortis de l’état de sacralisation, chassez [si vous le voulez]. Et que la haine envers un peuple, du fait qu’il vous a barré l’accès à la Mosquée sacrée, ne vous entraîne pas à transgresser. Entraidez-vous dans le birr (la droiture agissante) et la taqwā, et ne vous entraidez pas dans l’ithm (la faute) et l’ʿudwān (l’hostilité qui dépasse la limite). Prémunissez-vous d’Allaah — Allaah est sévère dans la sanction.
Notes lexicales
shaʿāʾir
racine *sh-ʿ-r* : percevoir, reconnaître. Précédent établi en S2:158 (Al-Ṣafā et al-Marwa comme *shaʿāʾir*) : ce ne sont pas de simples rites, mais des marqueurs distinctifs par lesquels une démarche se signale et se reconnaît.
al-hady / al-qalāʾid
offrandes animales conduites vers le sanctuaire, et les guirlandes qui les signalent comme telles. Non-dit : le texte ne détaille pas ici leur protocole exact.
al-birr / at-taqwā ≠ al-ithm / al-ʿudwān
opposition structurante à quatre termes. *Birr*, racine *b-r-r* : la droiture agissante, la bonté qui se traduit en actes — non un simple sentiment. *ʿUdwān*, racine *ʿ-d-w* : liée à *ʿadāwa* (l'inimitié) et *taʿaddā* (transgresser une limite) — l'hostilité qui dépasse le cadre.

L’illicite alimentaire et l’achèvement du dīn · S5:3

S.5:3 · La liste de l’illicite alimentaire — l’achèvement du dīn

S.5:3
حُرِّمَتْ عَلَيْكُمُ الْمَيْتَةُ وَالدَّمُ وَلَحْمُ الْخِنزِيرِ وَمَا أُهِلَّ لِغَيْرِ اللَّهِ بِهِ وَالْمُنْخَنِقَةُ وَالْمَوْقُوذَةُ وَالْمُتَرَدِّيَةُ وَالنَّطِيحَةُ وَمَا أَكَلَ السَّبُعُ إِلَّا مَا ذَكَّيْتُمْ وَمَا ذُبِحَ عَلَى النُّصُبِ وَأَن تَسْتَقْسِمُوا بِالْأَزْلَامِ ۚ ذَٰلِكُمْ فِسْقٌ ۗ الْيَوْمَ يَئِسَ الَّذِينَ كَفَرُوا مِن دِينِكُمْ فَلَا تَخْشَوْهُمْ وَاخْشَوْنِ ۚ الْيَوْمَ أَكْمَلْتُ لَكُمْ دِينَكُمْ وَأَتْمَمْتُ عَلَيْكُمْ نِعْمَتِي وَرَضِيتُ لَكُمُ الْإِسْلَامَ دِينًا ۚ فَمَنِ اضْطُرَّ فِي مَخْمَصَةٍ غَيْرَ مُتَجَانِفٍ لِّإِثْمٍ ۙ فَإِنَّ اللَّهَ غَفُورٌ رَّحِيمٌ
Ḥurrimat ʿalaykumu l-maytatu wa-d-damu wa-laḥmu l-khinzīri wa-mā uhilla li-ghayri llāhi bihi wa-l-munkhaniqatu wa-l-mawqūdhatu wa-l-mutaraddiyatu wa-n-naṭīḥatu wa-mā akala s-sabuʿu illā mā dhakkaytum wa-mā dhubiḥa ʿalā n-nuṣubi wa-an tastaqsimū bi-l-azlām — dhālikum fisq — al-yawma yaʾisa lladhīna kafarū min dīnikum fa-lā takhshawhum wa-khshawni — al-yawma akmaltu lakum dīnakum wa-atmamtu ʿalaykum niʿmatī wa-raḍītu lakumu l-islāma dīnā — fa-mani ḍṭurra fī makhmaṣatin ghayra mutajānifin li-ithmin fa-inna llāha ghafūrun raḥīm Vous sont interdits la bête morte [d’elle-même] (al-maytata), le sang, la chair du porc, ce sur quoi un nom autre qu’Allaah a été proclamé, la bête étranglée, la bête assommée, celle qui a fait une chute mortelle, celle qui a été encornée à mort, celle qu’une bête féroce a dévorée — sauf ce que vous avez [pu] égorger [alors qu’elle vivait encore] —, ce qui a été sacrifié sur des pierres dressées (an-nuṣub), et le fait de chercher une décision par les flèches divinatoires (al-azlām) : voilà un fisq (un écart hors du cadre). Aujourd’hui, ceux qui ont commis le kufr désespèrent [de voir aboutir leurs visées contre] votre dīn — ne les craignez donc pas, et craignez-Moi. Aujourd’hui J’ai rendu complet pour vous votre dīn, J’ai parachevé sur vous Mon bienfait (niʿma), et J’ai agréé pour vous l’al-islām comme dīn. Quant à quiconque est contraint par la faim, sans inclination vers la faute, alors Allaah est Ghafūr, Raḥīm.
Notes lexicales
al-maytata
racine *m-w-t* : la bête morte par elle-même, sans que la vie en ait été ôtée par un acte maîtrisé. Précédent établi en S2:173, qui donnait déjà quatre termes (*al-maytata*, *ad-dam*, *laḥm al-khinzīr*, *mā uhilla li-ghayri llāh*). Ce verset les reprend à l'identique puis ajoute cinq catégories supplémentaires (étranglée, assommée, chute mortelle, encornée, dévorée par une bête féroce), avant de préciser l'exception de l'égorgement encore vivant — cohérence intra-coranique : le critère de fond reste le même dans les deux versets (une mort non maîtrisée par l'acte d'égorgement), les cinq ajouts en précisant les cas de figure plutôt qu'en changeant le critère.
an-nuṣub / al-azlām
*an-nuṣub* : pierres dressées servant de support à un sacrifice. *Al-azlām* : flèches sans empennes utilisées pour une décision par tirage. Le texte interdit l'acte de chercher une décision par ce moyen, sans détailler ici son protocole exact — non-dit.
al-yawma yaʾisa lladhīna kafarū min dīnikum
racine *y-ʾ-s* : désespérer, perdre tout espoir d'atteindre quelque chose. Non-dit : le texte ne précise pas explicitement l'objet exact de ce désespoir — désespoir de voir votre *dīn* disparaître, ou désespoir plus large lié à votre *dīn* — les deux lectures convergent sur le même constat : une espérance qui portait sur votre *dīn* est désormais éteinte.

Avertissement de méthode — « Aujourd’hui J’ai rendu complet pour vous votre dīn ». Le texte ne précise à aucun moment, dans ce verset, quel jour est visé par al-yawma (« aujourd’hui ») — ni date, ni circonstance, ni lieu n’y sont donnés. Toute identification à un jour précis, une circonstance historique ou un lieu déterminé provient d’une source extérieure au texte — non-dit, que cette méthode refuse de combler. Ce que le texte affirme, et rien de plus : à un moment que le texte lui-même ne date pas, l’interdit alimentaire vient d’être complété, et cette complétion est présentée comme un achèvement (ikmāl) du dīn et un parachèvement (itmām) du bienfait (niʿma). Le terme al-islām est ici conservé en translittération, conformément à la règle déjà posée en S3:19 (première occurrence du nom) : aucun mot français ne porte à la fois le sens de remise complète, de paix et d’intégrité que couvre sa racine s-l-m.


Le licite retrouvé — gibier, nourriture, mariage · S5:4–5

S.5:4 · Le gibier des animaux de chasse dressés

S.5:4
يَسْأَلُونَكَ مَاذَا أُحِلَّ لَهُمْ ۖ قُلْ أُحِلَّ لَكُمُ الطَّيِّبَاتُ ۙ وَمَا عَلَّمْتُم مِّنَ الْجَوَارِحِ مُكَلِّبِينَ تُعَلِّمُونَهُنَّ مِمَّا عَلَّمَكُمُ اللَّهُ ۖ فَكُلُوا مِمَّا أَمْسَكْنَ عَلَيْكُمْ وَاذْكُرُوا اسْمَ اللَّهِ عَلَيْهِ ۖ وَاتَّقُوا اللَّهَ ۚ إِنَّ اللَّهَ سَرِيعُ الْحِسَابِ
Yasʾalūnaka mādhā uḥilla lahum — qul uḥilla lakumu ṭ-ṭayyibātu wa-mā ʿallamtum mina l-jawāriḥi mukallibīna tuʿallimūnahunna mimmā ʿallamakumu llāhu fa-kulū mimmā amsakna ʿalaykum wa-dhkuru sma llāhi ʿalayhi wa-ttaqu llāh — inna llāha sarīʿu l-ḥisāb Ils t’interrogent sur ce qui leur est rendu licite. Dis : « Vous sont rendues licites les ṭayyibāt (les bonnes choses), ainsi que ce qu’ont capturé pour vous les animaux de chasse dressés (al-jawāriḥ), que vous avez dressés d’après ce qu’Allaah vous a enseigné. Mangez donc de ce qu’ils retiennent pour vous, et mentionnez sur cela le nom d’Allaah — et prémunissez-vous d’Allaah. Allaah est prompt dans le compte. »
Notes lexicales
aṭ-ṭayyibāt
racine *ṭ-y-b* : ce qui est pur, sain, bon. Précédent établi dès S2:168, S2:172 : catégorie large qui inclut mais dépasse le seul domaine alimentaire.
al-jawāriḥ mukallibīn
*al-jawāriḥ*, racine *j-r-ḥ* (blesser, acquérir) : les animaux de capture (chiens, rapaces) dressés pour la chasse. Le texte pose deux conditions explicites avant que la capture soit licite : un dressage effectif, transmis par l'humain d'après « ce qu'Allaah [lui] a enseigné », et la mention du nom d'Allaah sur la prise — dit, sans que le texte détaille davantage la nature de ce dressage.

S.5:5 · Les ṭayyibāt, la nourriture des Gens du Livre, le mariage avec leurs muḥṣanāt

S.5:5
الْيَوْمَ أُحِلَّ لَكُمُ الطَّيِّبَاتُ ۖ وَطَعَامُ الَّذِينَ أُوتُوا الْكِتَابَ حِلٌّ لَّكُمْ وَطَعَامُكُمْ حِلٌّ لَّهُمْ ۖ وَالْمُحْصَنَاتُ مِنَ الْمُؤْمِنَاتِ وَالْمُحْصَنَاتُ مِنَ الَّذِينَ أُوتُوا الْكِتَابَ مِن قَبْلِكُمْ إِذَا آتَيْتُمُوهُنَّ أُجُورَهُنَّ مُحْصِنِينَ غَيْرَ مُسَافِحِينَ وَلَا مُتَّخِذِي أَخْدَانٍ ۗ وَمَن يَكْفُرْ بِالْإِيمَانِ فَقَدْ حَبِطَ عَمَلُهُ وَهُوَ فِي الْآخِرَةِ مِنَ الْخَاسِرِينَ
Al-yawma uḥilla lakumu ṭ-ṭayyibātu — wa-ṭaʿāmu lladhīna ūtu l-kitāba ḥillun lakum wa-ṭaʿāmukum ḥillun lahum — wa-l-muḥṣanātu mina l-muʾmināti wa-l-muḥṣanātu mina lladhīna ūtu l-kitāba min qablikum idhā ātaytumūhunna ujūrahunna muḥṣinīna ghayra musāfiḥīna wa-lā muttakhidhī akhdān — wa-man yakfur bi-l-īmāni fa-qad ḥabiṭa ʿamaluhu wa-huwa fī l-ākhirati mina l-khāsirīn Aujourd’hui, les ṭayyibāt vous sont rendues licites, et la nourriture de ceux à qui le Livre a été donné est licite pour vous, et votre nourriture est licite pour eux — et [vous sont rendues licites] les femmes muḥṣanāt (préservées dans la chasteté) parmi les croyantes, et les femmes muḥṣanāt parmi ceux à qui le Livre a été donné avant vous, dès lors que vous leur remettez leurs ujūr (leurs dus), en [les prenant] comme muḥṣinīn (dans une visée d’engagement protégé), non comme musāfiḥīn (dans une visée de débauche), ni preneurs d’amants secrets (akhdān). Quiconque renie ce qui doit être cru (yakfur bi-l-īmān), son œuvre s’est videée, et il sera, dans l’au-delà, parmi les perdants.
Notes lexicales
al-muḥṣanāt
racine *ḥ-ṣ-n* : fortifier, protéger. Le même terme a déjà porté deux sens contextuels distincts dans ce projet : en S4:24, appliqué aux femmes « déjà engagées dans un lien » (unions interdites) ; en S4:25, appliqué aux femmes « préservées » au sens de chastes et disponibles au mariage (*muḥṣanāt muʾmināt*). Ce verset (S5:5) reprend nettement le second sens, confirmé par la reprise de la formule *muḥṣinīna ghayra musāfiḥīn* déjà rencontrée en S4:24 — cohérence intra-coranique : même racine, deux applications contextuelles distinctes déjà repérées par ce projet, non contradictoires.
wa-man yakfur bi-l-īmāni
littéralement : quiconque renie *al-īmān* lui-même (et non seulement « Allaah » ou « les *āyāt* », formulations plus fréquentes ailleurs). Inférence : la formulation place ici l'objet du reniement sur ce qui doit être cru comme tel, plutôt que sur son objet (Allaah, la révélation) — une nuance que le texte ne développe pas davantage ici.

La ṣalāt, le wuḍūʾ et le tayammum · S5:6

S.5:6 · La ṣalāt — le wuḍūʾ et le tayammum

S.5:6
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا إِذَا قُمْتُمْ إِلَى الصَّلَاةِ فَاغْسِلُوا وُجُوهَكُمْ وَأَيْدِيَكُمْ إِلَى الْمَرَافِقِ وَامْسَحُوا بِرُءُوسِكُمْ وَأَرْجُلَكُمْ إِلَى الْكَعْبَيْنِ ۚ وَإِن كُنتُمْ جُنُبًا فَاطَّهَّرُوا ۚ وَإِن كُنتُم مَّرْضَىٰ أَوْ عَلَىٰ سَفَرٍ أَوْ جَاءَ أَحَدٌ مِّنكُم مِّنَ الْغَائِطِ أَوْ لَامَسْتُمُ النِّسَاءَ فَلَمْ تَجِدُوا مَاءً فَتَيَمَّمُوا صَعِيدًا طَيِّبًا فَامْسَحُوا بِوُجُوهِكُمْ وَأَيْدِيكُم مِّنْهُ ۚ مَا يُرِيدُ اللَّهُ لِيَجْعَلَ عَلَيْكُم مِّنْ حَرَجٍ وَلَٰكِن يُرِيدُ لِيُطَهِّرَكُمْ وَلِيُتِمَّ نِعْمَتَهُ عَلَيْكُمْ لَعَلَّكُمْ تَشْكُرُونَ
Yā ayyuhā lladhīna āmanū idhā qumtum ilā ṣ-ṣalāti fa-ghsilū wujūhakum wa-aydiyakum ilā l-marāfiqi wa-msaḥū bi-ruʾūsikum wa-arjulakum ilā l-kaʿbayn — wa-in kuntum junuban fa-ṭṭahharū — wa-in kuntum marḍā aw ʿalā safarin aw jāʾa aḥadun minkum mina l-ghāʾiṭi aw lāmastumu n-nisāʾa fa-lam tajidū māʾan fa-tayammamū ṣaʿīdan ṭayyiban fa-msaḥū bi-wujūhikum wa-aydīkum minhu — mā yurīdu llāhu li-yajʿala ʿalaykum min ḥarajin wa-lākin yurīdu li-yuṭahhirakum wa-li-yutimma niʿmatahu ʿalaykum laʿallakum tashkurūn Ô vous qui avez cru, lorsque vous vous levez pour la ṣalāt, lavez vos visages et vos mains jusqu’aux coudes, passez les mains humides sur vos têtes, et [lavez] vos pieds jusqu’aux chevilles. Si vous êtes en état de janāba (impureté majeure), purifiez-vous entièrement (fa-ṭṭahharū). Et si vous êtes malades, ou en voyage, ou que l’un de vous revient du lieu retiré (al-ghāʾiṭ), ou que vous avez eu un contact avec les femmes, et que vous ne trouvez pas d’eau, alors recourez au tayammum sur une surface pure (ṣaʿīdan ṭayyibā) : passez-en sur vos visages et vos mains. Allaah ne veut pas vous imposer de gêne (ḥaraj), mais Il veut vous purifier et parachever sur vous Son bienfait, afin que vous soyez reconnaissants.
Notes lexicales
wa-arjulakum ilā l-kaʿbayn
Note de grammaire — dit par la désinence casuelle. Dans le texte uthmānī ici retenu, *arjulakum* (« vos pieds ») porte la désinence à l'accusatif (*-kum*, comme *wujūhakum* et *aydiyakum*, les éléments lavés par *fa-ghsilū*), et non la désinence du génitif qu'aurait entraînée un rattachement direct à *bi-ruʾūsikum* (élément essuyé par *wa-msaḥū*, construit avec *bi-*). La structure casuelle du verset ici retenu rattache donc grammaticalement les pieds à l'action de laver, non à celle d'essuyer. Ce point a fait l'objet, dans l'histoire de la lecture du texte, de lectures et de débats différents (d'autres *qirāʾāt* portent une désinence au génitif) — ce projet rapporte ici ce que porte le texte dans la version retenue, sans trancher au-delà de ce que la désinence indique.
junuban / fa-ṭṭahharū
Cohérence intra-coranique : S4:43 emploie pour le même état le verbe *taghtasilū* (se laver entièrement) ; ce verset emploie *fa-ṭṭahharū* (se purifier), un terme plus général de la racine *ṭ-h-r*. Les deux versets convergent sur l'exigence d'une purification complète en cas de *janāba*, ce verset-ci ajoutant le détail complet du *wuḍūʾ* (visage, mains, tête, pieds) que S4:43 ne redonnait pas.
mā yurīdu llāhu li-yajʿala ʿalaykum min ḥaraj
Dit : le texte formule lui-même la finalité des allègements qui précèdent (*tayammum* en l'absence d'eau) — non une gêne mais une purification, et un bienfait parachevé. Cette clause de finalité n'a pas d'équivalent aussi explicite en S4:43.

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