Structure du Bloc VIII. Cinq ensembles. D’abord le rejet de deux prétentions rapportées sur Allaah — « Allaah, c’est Lui, al-Masīḥ fils de Maryam », suivie de la parole d’al-Masīḥ lui-même appelant à l’adoration exclusive d’Allaah, et « Allaah est le troisième de trois » — chacune qualifiée de kufr, avec la menace d’un châtiment pour qui persiste (S5:72–73). Puis un appel à la tawba, l’humanité d’al-Masīḥ et de sa mère — tous deux mangeaient de la nourriture — et la question retournée sur l’impuissance de ce qui est adoré en dehors d’Allaah (S5:74–76). Puis, en un seul verset, l’ordre de ne pas excéder dans le dīn et de ne pas suivre les ahwāʾ d’un peuple déjà égaré (S5:77). Puis la malédiction des kāfirūn parmi les Banū Isrāʾīl par la langue de Dāwūd et de ʿĪsā, et le constat d’un manquement collectif face au munkar (S5:78–79). Enfin l’alliance avec les kāfirūn prise par beaucoup d’entre eux, le sakhaṭ d’Allaah qui s’ensuit, et le constat que la plupart d’entre eux sont des fāsiqūn (S5:80–81).

Avertissement de méthode — S5:72–73 et S5:75, passages exigeant la même rigueur que S4:171–172 et S5:17. Ce Bloc reprend, de deux façons distinctes, des prétentions déjà traitées ailleurs avec la plus grande prudence méthodologique : l’identification d’Allaah à al-Masīḥ (déjà rejetée en S5:17, Bloc III) et la formule du « trois » (déjà rejetée en S4:171–172, Sourate 4, Bloc X). La même règle s’applique ici : dire précisément ce que le texte affirme et rejette, sans importer ni la doctrine trinitaire chrétienne telle qu’elle s’est formulée historiquement, ni aucune reconstruction théologique venant combler ce que le texte ne détaille pas. Le texte lui-même est, dans ce Bloc, la seule source de ce qui est rapporté et de ce qui est réfuté.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.5:72 Le rejet de « Allaah, c’est al-Masīḥ » — la parole d’al-Masīḥ, le shirk
S.5:73 Le rejet de « Allaah est le troisième de trois »
S.5:74 L’appel à la tawba
S.5:75 Al-Masīḥ n’est qu’un rasūl — l’humanité de la mère et du fils
S.5:76 L’impuissance de ce qui est adoré en dehors d’Allaah
S.5:77 Ne pas excéder dans le dīn, ne pas suivre les ahwāʾ d’un peuple égaré
S.5:78 La malédiction des kāfirūn parmi les Banū Isrāʾīl, par la langue de Dāwūd et de ʿĪsā
S.5:79 Le manquement collectif face au munkar
S.5:80 L’alliance prise avec les kāfirūn, le sakhaṭ d’Allaah
S.5:81 « Beaucoup d’entre eux sont des fāsiqūn »

Le rejet de « Allaah, c’est al-Masīḥ » et de « le troisième de trois » · S5:72–73

S.5:72 · Le rejet de « Allaah, c’est al-Masīḥ » — la parole d’al-Masīḥ, le shirk

S.5:72
لَقَدْ كَفَرَ الَّذِينَ قَالُوا إِنَّ اللَّهَ هُوَ الْمَسِيحُ ابْنُ مَرْيَمَ ۖ وَقَالَ الْمَسِيحُ يَا بَنِي إِسْرَائِيلَ اعْبُدُوا اللَّهَ رَبِّي وَرَبَّكُمْ ۖ إِنَّهُ مَنْ يُشْرِكْ بِاللَّهِ فَقَدْ حَرَّمَ اللَّهُ عَلَيْهِ الْجَنَّةَ وَمَأْوَاهُ النَّارُ ۖ وَمَا لِلظَّالِمِينَ مِنْ أَنْصَارٍ
La-qad kafara lladhīna qālū inna llāha huwa l-masīḥu bnu maryama — wa-qāla l-masīḥu yā banī isrāʾīla ʿbudū llāha rabbī wa-rabbakum — innahu man yushrik bi-llāhi fa-qad ḥarrama llāhu ʿalayhi l-jannata wa-maʾwāhu n-nāru — wa-mā li-ẓ-ẓālimīna min anṣār Ont commis le kufr ceux qui ont dit : « Allaah, c’est Lui, al-Masīḥ fils de Maryam. » Or al-Masīḥ a dit : « Ô Banū Isrāʾīl, adorez Allaah, mon Rabb et votre Rabb. » Quiconque associe (yushrik) à Allaah, Allaah lui interdit alors le jardin (al-jannah), et son refuge est le Feu — et il n’y a, pour les ẓālimūn, aucun secoureur (anṣār).

Note de cohérence intra-coranique — une reprise exacte, puis une divergence. Ce verset ouvre par la formule mot pour mot identique à S5:17 (Bloc III) : « la-qad kafara lladhīna qālū inna llāha huwa l-masīḥu bnu maryama ». Voir la note déjà posée à cet endroit sur kafara et sur al-Masīḥ (translittéré, racine m-s-ḥ, nom propre composé sans équivalent français). Dit — la divergence : là où S5:17 poursuit par une réfutation rationnelle construite par le texte lui-même (la vulnérabilité d’al-Masīḥ face à la royauté d’Allaah), ce verset poursuit différemment : il rapporte la parole même d’al-Masīḥ (« adorez Allaah, mon Rabb et votre Rabb »), puis énonce une règle générale sur le shirk et sa conséquence. Le texte mobilise donc, en deux endroits distincts de cette même sourate, deux stratégies de réfutation de la même prétention, sans les confondre.

Notes lexicales
yā banī isrāʾīla ʿbudū llāha rabbī wa-rabbakum
Dit : le texte cite au discours direct une parole attribuée à al-Masīḥ lui-même, appelant à l'adoration exclusive d'Allaah, désigné comme *Rabb* à la fois pour lui-même et pour ceux à qui il s'adresse — une parole que le texte rapporte pour la faire porter contre la prétention qu'il vient de citer et de rejeter. Non-dit : ce verset ne précise ni le moment ni les circonstances de cette parole.
innahu man yushrik bi-llāh
*innahu* est ici un pronom de discours sans référent nommé (le « pronom de l'affaire », *ḍamīr ash-shaʾn*), une construction grammaticale classique introduisant une proposition conditionnelle (*man…*) — un point de syntaxe, non de doctrine. *Yushrik*, racine *sh-r-k* : voir l'étude dédiée Le Shirk — associer à Allaah une part de ce qui Lui revient exclusivement. Précédent direct : S4:48 (« *inna llāha lā yaghfiru an yushraka bihi* »).
ḥarrama llāhu ʿalayhi l-jannata wa-maʾwāhu n-nāru
racine *ḥ-r-m* (S5:3, S5:26) : rendre inaccessible, interdire. *Maʾwā*, racine *ʾ-w-y* : le refuge, le lieu où l'on se retire — même terme et même formule que S3:162 (« *wa-maʾwāhu jahannam* »).
wa-mā li-ẓ-ẓālimīna min anṣār
formule identique à S3:192 : *anṣār*, pluriel de *nāṣir* (racine *n-ṣ-r*), traduit « secoureur » à cet endroit — conservé ici à l'identique. *Ẓālimīn*, racine *ẓ-l-m* (S5:39, S5:45, S5:51) : placer une chose hors de sa juste place.

S.5:73 · Le rejet de « Allaah est le troisième de trois »

S.5:73
لَقَدْ كَفَرَ الَّذِينَ قَالُوا إِنَّ اللَّهَ ثَالِثُ ثَلَاثَةٍ ۘ وَمَا مِنْ إِلَٰهٍ إِلَّا إِلَٰهٌ وَاحِدٌ ۚ وَإِنْ لَمْ يَنْتَهُوا عَمَّا يَقُولُونَ لَيَمَسَّنَّ الَّذِينَ كَفَرُوا مِنْهُمْ عَذَابٌ أَلِيمٌ
La-qad kafara lladhīna qālū inna llāha thālithu thalāthatin — wa-mā min ilāhin illā ilāhun wāḥidun — wa-in lam yantahū ʿammā yaqūlūna la-yamassanna lladhīna kafarū minhum ʿadhābun alīm Ont commis le kufr ceux qui ont dit : « Allaah est le troisième de trois (thālithu thalāthatin). » Or il n’y a d’ilāh qu’un ilāh unique (wāḥid) — et s’ils ne cessent (yantahū) pas ce qu’ils disent, un châtiment douloureux touchera assurément ceux d’entre eux qui ont commis le kufr.

Note de cohérence intra-coranique — même doctrine, formulation distincte de S4:171–172. Ce verset rejoint, sur le fond, l’interdit posé en S4:171–172 (Sourate 4, Bloc X) : « wa-lā taqūlū thalāthatun … innamā llāhu ilāhun wāḥidun ». Dit — une différence de formulation à nommer sans l’estomper : S4:171 rapporte un interdit adressé directement aux Ahl al-Kitāb (« ne dites pas ‹ trois › »), tandis que ce verset rapporte et rejette une parole déjà tenue, formulée plus précisément — non un simple « trois », mais thālithu thalāthatin, « le troisième de trois » (structure de l’annexion, iḍāfa, posant Allaah comme un élément compté au sein d’un ensemble de trois). Le texte qualifie cette parole précise de kufr, puis pose l’unicité (ilāhun wāḥidun) comme seule affirmation qu’il retient à son propre compte — reprenant ainsi, mot pour mot, la formule en S4:171 (« innamā llāhu ilāhun wāḥidun »). Non-dit : comme en S4:171–172, ce verset ne développe pas la doctrine précise qu’il vise à corriger, au-delà de la formule qu’il cite et rejette.

Notes lexicales
thālithu thalāthatin
racine *th-l-th* : *thālith* (le troisième, ordinal) construit en annexion avec *thalāthatin* (trois) — une structure posant explicitement un compte à trois éléments, dont Allaah serait l'un. Distincte de la simple négation cardinale « trois » de S4:171.
ilāhun wāḥidun
même couple qu'en S4:171 : *ilāh* (ce qui est pris comme objet d'adoration, racine *ʾ-l-h*), *wāḥid* (unique, racine *w-ḥ-d*). Le texte pose ici l'unicité comme affirmation directe, immédiatement après le rejet de la parole citée.
in lam yantahū ʿammā yaqūlūna … minhum
racine *n-h-y* (cesser, se retenir) et *q-w-l* à l'inaccompli (*yaqūlūna*, « ce qu'ils disent », un acte de parole présenté comme actuel et réitéré). Dit : le texte restreint explicitement la portée du châtiment annoncé à « ceux d'entre eux qui ont commis le *kufr* » (*min-hum*, partitif ; voir S4:46, S5:57) — non à l'ensemble de la communauté visée par la parole rapportée.

L’appel à la tawba, l’humanité du Masīḥ et de sa mère, l’impuissance de ce qui est adoré hors d’Allaah · S5:74–76

S.5:74 · L’appel à la tawba

S.5:74
أَفَلَا يَتُوبُونَ إِلَى اللَّهِ وَيَسْتَغْفِرُونَهُ ۚ وَاللَّهُ غَفُورٌ رَحِيمٌ
A-fa-lā yatūbūna ila llāhi wa-yastaghfirūnahu — wa-llāhu ghafūrun raḥīm Ne reviendront-ils donc pas (a-fa-lā yatūbūna) vers Allaah, et ne Lui demanderont-ils pas pardon (yastaghfirūnahu) ? Allaah est Ghafūr, Raḥīm.
Notes lexicales
a-fa-lā yatūbūna … wa-yastaghfirūnahu
racine *t-w-b* (S2:160, S5:71, Bloc VII) : le retour formel vers Allaah. Racine *gh-f-r* à la forme X (*istaghfara*, demander le pardon). **Dit** : le texte formule cet appel comme une question rhétorique adressée à ceux dont les paroles viennent d'être citées et rejetées aux deux versets précédents — une porte laissée ouverte, non une sentence définitive.
ghafūrun raḥīm
couple présent dès S1:1 et *passim* : ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah — conservé en translittération, immédiatement après l'appel à la *tawba* qui précède.

S.5:75 · Al-Masīḥ n’est qu’un rasūl — l’humanité de la mère et du fils

S.5:75
مَا الْمَسِيحُ ابْنُ مَرْيَمَ إِلَّا رَسُولٌ قَدْ خَلَتْ مِنْ قَبْلِهِ الرُّسُلُ وَأُمُّهُ صِدِّيقَةٌ ۖ كَانَا يَأْكُلَانِ الطَّعَامَ ۗ انْظُرْ كَيْفَ نُبَيِّنُ لَهُمُ الْآيَاتِ ثُمَّ انْظُرْ أَنَّىٰ يُؤْفَكُونَ
Mā l-masīḥu bnu maryama illā rasūlun qad khalat min qablihi r-rusulu wa-ummuhu ṣiddīqatun — kānā yaʾkulāni ṭ-ṭaʿāma — nẓur kayfa nubayyinu lahumu l-āyāti thumma nẓur annā yuʾfakūn Al-Masīḥ fils de Maryam n’est qu’un rasūl : des rusul sont passés (khalat) avant lui, et sa mère était ṣiddīqa. Tous deux mangeaient de la nourriture (kānā yaʾkulāni ṭ-ṭaʿāma). Regarde comment Nous leur exposons clairement les āyāt, puis regarde comment ils sont détournés [de la vérité] (yuʾfakūn).

Note de méthode — l’argument du texte, tel qu’il le formule lui-même. Dit : le texte construit ici un argument explicite en trois temps — (1) al-Masīḥ appartient à la catégorie déjà connue des rusul, qui l’ont précédé (qad khalat min qablihi r-rusul) ; (2) sa mère porte une qualification humaine de vertu (ṣiddīqa), non une qualification d’un autre ordre ; (3) tous deux avaient un besoin corporel commun et constant — manger de la nourriture. Cette dernière donnée est présentée par le texte lui-même comme un signe (āya) que le lecteur est invité à considérer (« regarde… »), en cohérence directe avec l’argument en S5:17 (Bloc III) : la vulnérabilité d’al-Masīḥ face à ce qui pourrait le faire périr. Non-dit : le texte ne détaille pas ici en quoi consiste précisément le détournement (yuʾfakūn) qu’il dénonce à la fin du verset, au-delà du contraste qu’il pose entre la clarté de l’āya exposée et le fait que certains s’en détournent malgré tout.

Notes lexicales
mā l-masīḥu … illā rasūlun
même structure restrictive (*mā … illā*) qu'en S4:171 (« *innamā l-masīḥu ʿīsā bnu maryama rasūlu llāhi* ») — formule ici légèrement resserrée, sans les précisions de *kalima* et de *rūḥ minhu* apportées en S4:171. On ne comble pas cette économie de formulation par un ajout non fourni par ce verset.
qad khalat min qablihi r-rusul
racine *kh-l-w* (S2:134/141 : « *tilka ummatun qad khalat* », « cette communauté est passée ») : ce qui a eu lieu et s'en est allé. **Dit** : le texte situe explicitement al-Masīḥ dans une série de *rusul* qui l'ont précédé, sans exception marquée pour lui à cet endroit.
ummuhu ṣiddīqatun
racine *ṣ-d-q* (S4:69, *aṣ-ṣiddīqīn* : « la véracité portée à son degré le plus confirmé ») — ici au féminin, appliquée à Maryam. **Non-dit** : ce seul verset ne détaille pas les actes précis qui motivent cette qualification, au-delà du terme lui-même.
kānā yaʾkulāni ṭ-ṭaʿām
duel de l'inaccompli (*yaʾkulāni*, « tous deux mangeaient »), racine *ʾ-k-l*. **Dit** : le texte pose ce besoin corporel commun comme une donnée factuelle avancée à l'appui de l'argument qui précède — sans qu'aucun terme d'ordre affectif ou anthropomorphisant ne soit en jeu ici, puisque ni Maryam ni al-Masīḥ ne sont,, désignés par les mots réservés à Allaah.
annā yuʾfakūn
racine *ʾ-f-k* : Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) — *al-afk*, le retournement, l'inversion d'une chose par rapport à sa réalité ; d'où *ifk*, le grand mensonge qui inverse le vrai. À la forme passive (*yuʾfakūn*), « ils sont détournés [de la vérité] » : un mouvement subi, non une simple erreur de jugement. Première occurrence de cette racine relevée.

S.5:76 · L’impuissance de ce qui est adoré en dehors d’Allaah

S.5:76
قُلْ أَتَعْبُدُونَ مِنْ دُونِ اللَّهِ مَا لَا يَمْلِكُ لَكُمْ ضَرًّا وَلَا نَفْعًا ۚ وَاللَّهُ هُوَ السَّمِيعُ الْعَلِيمُ
Qul a-taʿbudūna min dūni llāhi mā lā yamliku lakum ḍarran wa-lā nafʿan — wa-llāhu huwa s-samīʿu l-ʿalīm Dis : « Adorez-vous, en dehors d’Allaah, ce qui ne détient pour vous ni le pouvoir de nuire (ḍarr) ni celui d’être utile (nafʿ) ? » Allaah est, Lui, as-Samīʿ, al-ʿAlīm.
Notes lexicales
mā lā yamliku lakum ḍarran wa-lā nafʿan
même racine *m-l-k* qu'en S5:17 (Bloc III : « *fa-man yamliku mina llāhi shayʾan* ») : détenir un pouvoir de disposition. **Dit** : le texte pose ici un critère général — l'incapacité à nuire ou à être utile — appliqué à « ce qui » est adoré en dehors d'Allaah, sans nommer explicitement al-Masīḥ à cet endroit précis du verset.
as-samīʿu l-ʿalīm
couple de noms (S2:127, S3:34–35) : ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah — conservé en translittération, en contraste direct avec l'impuissance qui vient d'être posée pour ce qui est adoré hors d'Allaah.

Ne pas excéder dans le dīn · S5:77

S.5:77 · Ne pas excéder dans le dīn, ne pas suivre les ahwāʾ d’un peuple égaré

S.5:77
قُلْ يَا أَهْلَ الْكِتَابِ لَا تَغْلُوا فِي دِينِكُمْ غَيْرَ الْحَقِّ وَلَا تَتَّبِعُوا أَهْوَاءَ قَوْمٍ قَدْ ضَلُّوا مِنْ قَبْلُ وَأَضَلُّوا كَثِيرًا وَضَلُّوا عَنْ سَوَاءِ السَّبِيلِ
Qul yā ahla l-kitābi lā taghlū fī dīnikum ghayra l-ḥaqqi wa-lā tattabiʿū ahwāʾa qawmin qad ḍallū min qablu wa-aḍallū kathīran wa-ḍallū ʿan sawāʾi s-sabīl Dis : « Ô Ahl al-Kitāb, n’excédez pas (lā taghlū) dans votre dīn, hors du ḥaqq, et ne suivez pas les désirs (ahwāʾ) d’un peuple qui s’est déjà égaré (ḍallū) auparavant, en a égaré beaucoup, et s’est égaré loin du milieu du chemin (sawāʾ as-sabīl). »

Note de cohérence intra-coranique — reprise quasi mot pour mot de S4:171. L’ouverture de ce verset (« yā ahla l-kitābi lā taghlū fī dīnikum ») reprend, à l’identique, la formule en S4:171 (Sourate 4, Bloc X, où elle introduit le rejet du « trois »). Voir la note déjà posée à cet endroit sur la racine gh-l-w (dépasser la juste mesure). Dit — un ajout propre à ce verset : S5:77 précise ici « ghayra l-ḥaqqi » (« hors du ḥaqq »), absent de S4:171, et prolonge l’interdit par la mise en garde contre le fait de suivre les ahwāʾ d’un peuple déjà égaré — une clause absente de S4:171, qui enchaînait directement sur la définition du statut d’al-Masīḥ. Non-dit : ce verset ne nomme pas ce « peuple » déjà égaré ; l’identifier avec certitude à un groupe historique précis excéderait ce que ce verset formule seul.

Notes lexicales
lā taghlū fī dīnikum ghayra l-ḥaqqi
racine *gh-l-w* (S4:171) : l'excès qui dépasse une limite. *Ghayra l-ḥaqqi* (« hors du *ḥaqq* ») qualifie ici précisément la nature de l'excès visé — un dépassement qui s'écarte de ce qui est conforme au vrai.
ahwāʾa qawmin qad ḍallū
*ahwāʾ*, racine *h-w-y* (S2:120, S2:145 ; voir l'étude ʿIlm et ʿulamāʾ) : le désir, le penchant, par opposition au savoir. *Ḍalla*, racine *ḍ-l-l* (S2:108, S5:60, Bloc VI) : quitter le chemin droit.
sawāʾ as-sabīl
même formule que S2:108 et S5:12, S5:60 : l'axe médian d'un chemin — s'en égarer, c'est quitter cet axe, non simplement se tromper de destination.

La malédiction des Banū Isrāʾīl kāfirūn, le manquement face au munkar · S5:78–79

S.5:78 · La malédiction des kāfirūn parmi les Banū Isrāʾīl, par la langue de Dāwūd et de ʿĪsā

S.5:78
لُعِنَ الَّذِينَ كَفَرُوا مِنْ بَنِي إِسْرَائِيلَ عَلَىٰ لِسَانِ دَاوُودَ وَعِيسَى ابْنِ مَرْيَمَ ۚ ذَٰلِكَ بِمَا عَصَوْا وَكَانُوا يَعْتَدُونَ
Luʿina lladhīna kafarū min banī isrāʾīla ʿalā lisāni dāwūda wa-ʿīsā bni maryama — dhālika bimā ʿaṣaw wa-kānū yaʿtadūn Furent éloignés [de la raḥma] (luʿina) ceux qui ont commis le kufr parmi les Banū Isrāʾīl, par la langue (ʿalā lisāni) de Dāwūd et de ʿĪsā fils de Maryam — cela pour avoir désobéi (ʿaṣaw) et n’avoir cessé de transgresser (yaʿtadūn).
Notes lexicales
luʿina
même racine *l-ʿ-n* que S5:13, S5:60, S5:64 : éloigner, exclure [de la *raḥma*] — jamais rendue par un terme d'émotion attribué à Allaah. Ici à la forme passive, sans agent nommé dans le texte lui-même à cet endroit précis (l'agent de l'exclusion, Allaah, est constant dans les autres emplois de cette racine).
ʿalā lisāni dāwūda wa-ʿīsā
Dit : le texte attribue l'énoncé de cette exclusion à la parole (littéralement « la langue ») de deux figures précises, Dāwūd et ʿĪsā fils de Maryam. Non-dit : ce verset ne cite pas le contenu exact de cette parole, ni le moment ou l'occasion où elle aurait été prononcée — aucun texte extérieur (biblique ou autre) n'est importé ici pour combler cette absence.
ʿaṣaw wa-kānū yaʿtadūn
*ʿaṣā*, racine *ʿ-ṣ-y* : désobéir, refuser de se conformer. *Iʿtadā*, racine *ʿ-d-w* (S5:62, Bloc VI : *al-ʿudwān* ; S5:64 : *al-ʿadāwa*) : dépasser une limite avec hostilité. **Dit** : le texte rattache explicitement (*bimā*, « pour avoir ») cette exclusion à ces deux causes nommées, sans en ajouter d'autres.

S.5:79 · Le manquement collectif face au munkar

S.5:79
كَانُوا لَا يَتَنَاهَوْنَ عَنْ مُنْكَرٍ فَعَلُوهُ ۚ لَبِئْسَ مَا كَانُوا يَفْعَلُونَ
Kānū lā yatanāhawna ʿan munkarin faʿalūhu — la-biʾsa mā kānū yafʿalūn Ils ne se retenaient pas mutuellement (lā yatanāhawna) du munkar qu’ils commettaient — combien est misérable (la-biʾsa) ce qu’ils faisaient !

Note de cohérence intra-coranique — un même manquement, deux formulations. Ce verset fait écho, par la même racine n-h-y, au reproche de S5:63 (Bloc VI) contre une partie des rabbāniyyūn et des aḥbār : « law-lā yanhāhumu r-rabbāniyyūna wa-l-aḥbāru ʿan qawlihimu l-ithma wa-aklihimu s-suḥt » (« que ne leur interdisent les rabbāniyyūn et les aḥbār… »). Dit : là où S5:63 visait un manquement d’une catégorie précise (ceux ayant charge d’enseignement) envers d’autres, ce verset emploie la forme réciproque (tafāʿul, yatanāhawna, « se retenir les uns les autres ») pour décrire un manquement plus large et mutuel, sans distinguer ici une catégorie particulière responsable de l’interdiction du munkar.

Notes lexicales
lā yatanāhawna ʿan munkarin
racine *n-h-y*, forme VI (réciproque) sous sa forme I en S5:63. *Munkar*, racine *n-k-r* (*al-maʿrūf / al-munkar*, S3:104/110/114) : ce qui est rejeté par la raison droite (*al-ʿaql*), l'opposé structurel du *maʿrūf*.

L’alliance interdite, le sakhaṭ, la majorité fāsiqūn · S5:80–81

S.5:80 · L’alliance prise avec les kāfirūn, le sakhaṭ d’Allaah

S.5:80
تَرَىٰ كَثِيرًا مِنْهُمْ يَتَوَلَّوْنَ الَّذِينَ كَفَرُوا ۚ لَبِئْسَ مَا قَدَّمَتْ لَهُمْ أَنْفُسُهُمْ أَنْ سَخِطَ اللَّهُ عَلَيْهِمْ وَفِي الْعَذَابِ هُمْ خَالِدُونَ
Tarā kathīran minhum yatawallawna lladhīna kafarū — la-biʾsa mā qaddamat lahum anfusuhum an sakhiṭa llāhu ʿalayhim wa-fi l-ʿadhābi hum khālidūn Tu vois beaucoup d’entre eux prendre pour walī (yatawallawna) ceux qui ont commis le kufr — combien est misérable ce que leurs nafs ont fait précéder pour eux : qu’Allaah ait manifesté à leur égard un sakhaṭ [un rejet, un retrait de la faveur] — et dans le châtiment, ils demeurent (khālidūn).

Note de méthode — sakhaṭ. Sakhaṭ (racine s-kh-ṭ) apparaît aussi en S3:162, où il est rendu par « courroux ». Dit : ce mot désigne, selon Ibn Fāris (Maqāyīs al-Lugha), l’exact opposé de riḍā (l’agrément, la satisfaction) — un retrait de faveur, une non-approbation, structurellement de la même famille que ghaḍab (voir S5:60 et S1:7 : « une réaction de rejet, un retrait de la faveur », jamais un sentiment attribué à Allaah). Or « courroux » porte, en français, une connotation d’émotion humaine (la colère), que l’on écarte pour ce que l’on dit d’Allaah. Ce qui est retenu ici : sakhaṭ est traduit de la même manière non affective que ghaḍab. Le rendu « courroux » de S3:162 est signalé comme à harmoniser avec ce choix.

Notes lexicales
yatawallawna lladhīna kafarū
même racine *w-l-y*, forme V, que S5:51 (« *wa-man yatawallahum minkum* », Bloc VI) : prendre pour *walī*, adopter comme lien le plus proche. **Dit** : le texte décrit ici un fait constaté (« tu vois »), non une prescription nouvelle — un écho direct à l'interdit en S5:51 et S5:57.
mā qaddamat lahum anfusuhum
racine *q-d-m* (faire précéder, envoyer devant soi) : une image sous des formes voisines pour ce que les actes préparent par avance à celui qui les commet. *Nafs*, conservé en translittération (voir S4:1, S5:25, S5:30).
an sakhiṭa llāhu ʿalayhim
voir la note de méthode ci-dessus. **Non-dit** : comme pour *ghaḍab*, le texte ne dit rien au-delà de ce que la racine désigne dans son usage général : un retrait de faveur, non une émotion.
wa-fi l-ʿadhābi hum khālidūn
racine *kh-l-d* (S2:217, S4:93) : la fixité durable, ici appliquée à la situation dans le châtiment.

S.5:81 · « Beaucoup d’entre eux sont des fāsiqūn »

S.5:81
وَلَوْ كَانُوا يُؤْمِنُونَ بِاللَّهِ وَالنَّبِيِّ وَمَا أُنْزِلَ إِلَيْهِ مَا اتَّخَذُوهُمْ أَوْلِيَاءَ وَلَٰكِنَّ كَثِيرًا مِنْهُمْ فَاسِقُونَ
Wa-law kānū yuʾminūna bi-llāhi wa-n-nabiyyi wa-mā unzila ilayhi mā ttakhadhūhum awliyāʾa wa-lākinna kathīran minhum fāsiqūn Et s’ils croyaient en Allaah, au nabī, et à ce qui lui a été descendu, ils ne les auraient pas pris pour awliyāʾ — mais beaucoup d’entre eux sont des fāsiqūn.
Notes lexicales
al-nabiyyi wa-mā unzila ilayhi
Dit : « *mā unzila ilayhi* » (« ce qui lui a été descendu ») fait écho direct à la formule employée tout au long de cette même sourate pour désigner ce qui est révélé au *nabī* Muḥammad (voir S5:67, S5:68, Bloc VII : « *mā unzila ilayka min rabbika* », adressé directement à lui à la deuxième personne) — ce verset, à la troisième personne, désigne donc *an-nabiyy* (« le *nabī* ») par le même repère textuel : celui à qui cette révélation est adressée dans le présent de l'énonciation du texte. **Non-dit** : ce seul verset ne nomme pas ce *nabī*.
mā ttakhadhūhum awliyāʾa
même racine *w-l-y* que S5:80 (ce Bloc) et S5:51, S5:57 (Bloc VI) : le lien le plus proche, ici nié comme conséquence logique d'une foi authentique — le texte pose une implication (« s'ils croyaient… ils n'auraient pas pris ») plutôt qu'une simple coïncidence entre les deux faits.
kathīran minhum fāsiqūn
même racine *f-s-q* que S5:25, S5:59, S5:47/49 : sortir hors du cadre. **Dit** : le texte referme ce Bloc, comme il avait refermé S5:59, en qualifiant « beaucoup d'entre eux » (*kathīran minhum*), non la totalité de la communauté interpellée depuis S5:78.

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