Structure du Bloc IX. Trois ensembles. D’abord un contraste entre l’hostilité la plus vive, attribuée aux Yahūd et à ceux qui ont commis le shirk, et une proximité affective reconnue chez une partie de ceux qui se sont dits Naṣārā — en particulier chez des qissīsūn et des ruhbān dont le texte souligne l’absence d’istikbār — suivi de leur réaction à l’écoute de ce qui est descendu au rasūl, de leur demande d’être inscrits parmi les shāhidūn, de leur rétribution, puis, en contraste, du sort de ceux qui commettent le kufr et démentent les āyāt (S5:82–86). Puis un principe adressé directement aux croyants : ne pas s’interdire à soi-même ce qu’Allaah a rendu licite, et manger ce qui est licite et bon (S5:87–88). Enfin la distinction entre le serment prononcé sans intention (laghw) et le serment délibérément contracté, et le détail de la kaffāra due pour ce dernier (S5:89).

Avertissement de méthode — la portée exacte de S5:82. Ce verset est souvent cité, hors de son texte, comme un jugement global sur « les chrétiens ». Le texte lui-même ne dit pas cela : il emploie le partitif minhum (« parmi eux »), restreignant explicitement l’observation à une partie de ceux qui se sont dits Naṣārā — ceux, précisément, chez qui se trouvent des qissīsūn et des ruhbān sans istikbār. Ce Bloc s’en tient à cette restriction posée par le texte lui-même, sans l’élargir ni la réduire.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.5:82 Hostilité des Yahūd et de ceux qui ont commis le shirk ; proximité affective d’une partie des Naṣārā — qissīsūn et ruhbān sans istikbār
S.5:83 Les larmes de reconnaissance à l’écoute de ce qui est descendu, la demande d’être inscrits parmi les shāhidūn
S.5:84 Leur question retournée : pourquoi ne pas croire ?
S.5:85 Leur rétribution : des jardins, un khulūd
S.5:86 Le sort de ceux qui commettent le kufr et démentent les āyāt
S.5:87 Ne pas interdire les ṭayyibāt qu’Allaah a rendues ḥalāl
S.5:88 Manger ce qui est ḥalāl et ṭayyib, la taqwā
S.5:89 Laghw et serment délibérément contracté, la kaffāra

Hostilité et proximité affective, la reconnaissance de la vérité et son contraire · S5:82–86

S.5:82 · Hostilité des Yahūd et de ceux qui ont commis le shirk ; proximité affective d’une partie des Naṣārā

S.5:82
۞ لَتَجِدَنَّ أَشَدَّ النَّاسِ عَدَاوَةً لِلَّذِينَ آمَنُوا الْيَهُودَ وَالَّذِينَ أَشْرَكُوا ۖ وَلَتَجِدَنَّ أَقْرَبَهُمْ مَوَدَّةً لِلَّذِينَ آمَنُوا الَّذِينَ قَالُوا إِنَّا نَصَارَىٰ ۚ ذَٰلِكَ بِأَنَّ مِنْهُمْ قِسِّيسِينَ وَرُهْبَانًا وَأَنَّهُمْ لَا يَسْتَكْبِرُونَ
La-tajidanna ashadda n-nāsi ʿadāwatan li-lladhīna āmanu l-yahūda wa-lladhīna ashrakū — wa-la-tajidanna aqrabahum mawaddatan li-lladhīna āmanu lladhīna qālū innā naṣārā — dhālika bi-anna minhum qissīsīna wa-ruhbānan wa-annahum lā yastakbirūn Tu trouveras assurément les plus véhéments des gens en hostilité (ʿadāwatan) envers ceux qui ont cru : les Yahūd, et ceux qui ont commis le shirk. Et tu trouveras assurément les plus proches d’eux en affection (mawaddatan) envers ceux qui ont cru : ceux qui ont dit « nous sommes Naṣārā » — cela, parce que, parmi eux (minhum), il y a des qissīsūn et des ruhbān, et qu’ils ne s’enorgueillissent pas (lā yastakbirūn).

Note de méthode — portée du partitif minhum. Voir l’avertissement placé en tête de ce Bloc : le texte ne dit pas que l’ensemble de ceux qui se sont dits Naṣārā sont proches par l’affection, mais que, parmi eux, se trouvent des qissīsūn et des ruhbān répondant à ce trait — et c’est cette présence précise que le texte donne comme raison (dhālika bi-anna, « cela, parce que ») de la proximité constatée.

Notes lexicales
ashadda n-nāsi ʿadāwatan … aqrabahum mawaddatan
structure grammaticale strictement symétrique (deux compléments de spécification à l'accusatif, *tamyīz*, portant sur un superlatif). *ʿAdāwa*, racine *ʿ-d-w* (voir S5:62/64, Bloc VI ; S5:78, Bloc VIII) : dépasser une limite avec hostilité. *Mawadda*, racine *w-d-d* : Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) — *al-widād*, l'affection, l'attachement bienveillant, une disposition de constance envers autrui. Dit : le texte pose ces deux dispositions en position rigoureusement parallèle, sans en commenter la cause à ce stade du verset.
alladhīna qālū innā naṣārā
Dit : le texte désigne ce second groupe par une parole rapportée au discours direct — leur propre auto-désignation (« nous sommes *Naṣārā* ») — non par une catégorie que le texte construirait lui-même. Sur l'origine du terme *Naṣārā* : certains lexicographes classiques le rattachent à la racine *n-ṣ-r* (le secours), en cohérence intra-coranique avec S3:52, où les *ḥawāriyyūn* répondent à ʿĪsā : « *naḥnu anṣāru llāh* », « nous sommes les secoureurs d'Allaah » ; d'autres le rattachent à un nom de lieu (*Nāṣira*). Non-dit : ce verset ne tranche lui-même aucune de ces deux origines.
minhum qissīsīna wa-ruhbānan
Dit : le partitif *minhum* restreint explicitement l'observation à une partie de ceux qui se sont dits *Naṣārā* — même usage du partitif en S4:46 et S5:73 (Bloc VIII). *Ruhbān*, pluriel de *rāhib*, racine *r-h-b* (voir l'étude Le Shirk, sur S9:31) : la crainte révérencielle — traduit « moines ». *Qissīsīn*, pluriel de *qissīs* : terme dont l'origine est discutée par les lexicographes classiques — certains le rattachent à la racine arabe *q-s-s* (Ibn Fāris : suivre une trace, rapporter un récit — d'où *qaṣaṣ*, le récit), d'autres y voient un emprunt à l'araméen/syriaque désignant spécifiquement le prêtre chrétien, adopté tel quel dans l'usage arabe. La translittération est conservée ; on traduit par « prêtres », au sens d'une charge cléricale distincte du monachisme désigné par *ruhbān*. Non-dit : le texte ne définit pas lui-même, au-delà de cette distinction lexicale, la fonction précise que recouvre chacun des deux termes.
lā yastakbirūn
racine *k-b-r*, forme X (voir S4:172–173, Sourate 4, Bloc X) : s'enorgueillir. Dit — un contraste à nommer : là où S4:172–173 condamnait l'*istikbār* comme motif de châtiment pour qui dédaigne l'*ʿibāda*, ce verset pose l'absence d'*istikbār* comme un trait reconnu chez une partie précise des *qissīsūn* et des *ruhbān* — le même terme structure, selon qu'il est affirmé ou nié, une condamnation dans un passage et un constat favorable dans l'autre.

S.5:83 · Les larmes de reconnaissance, la demande d’être inscrits parmi les shāhidūn

S.5:83
وَإِذَا سَمِعُوا مَا أُنْزِلَ إِلَى الرَّسُولِ تَرَىٰ أَعْيُنَهُمْ تَفِيضُ مِنَ الدَّمْعِ مِمَّا عَرَفُوا مِنَ الْحَقِّ ۖ يَقُولُونَ رَبَّنَا آمَنَّا فَاكْتُبْنَا مَعَ الشَّاهِدِينَ
Wa-idhā samiʿū mā unzila ila r-rasūli tarā aʿyunahum tafīḍu mina d-damʿi mimmā ʿarafū mina l-ḥaqqi — yaqūlūna rabbanā āmannā fa-ktubnā maʿa sh-shāhidīn Et quand ils entendent ce qui a été fait descendre (mā unzila) vers le rasūl, tu vois leurs yeux déborder de larmes (tafīḍu mina d-damʿi), à cause de ce qu’ils ont reconnu (ʿarafū) du ḥaqq — ils disent : « Notre Rabb, nous avons cru : inscris-nous donc parmi les shāhidūn. »
Notes lexicales
tafīḍu mina d-damʿi
racine *f-y-ḍ* : Ibn Fāris (*Maqāyīs*) — *faḍa l-māʾ*, l'eau a débordé, s'est répandue au-delà de sa retenue ; image du débordement physique appliquée ici aux larmes (*damʿ*). Dit : le texte présente ce débordement comme une réaction corporelle observable (« tu vois »), consécutive à l'écoute — non comme un état permanent ou une disposition acquise.
mimmā ʿarafū mina l-ḥaqq
racine *ʿ-r-f* (voir l'étude Le Kāfir dans le Coran, sur S2:89 : « *fa-lammā jāʾahum mā ʿarafū kafarū bihi* », « quand vint à eux ce qu'ils reconnaissaient, ils refusèrent »). Dit — un contraste à nommer : là où S2:89 rapporte un groupe qui, après avoir reconnu (*ʿarafū*), a refusé (*kafarū*), ce verset rapporte le mouvement inverse chez la partie des *Naṣārā* décrite en S5:82 — reconnaître (*ʿarafū*) et en pleurer, puis déclarer la foi. Le texte mobilise la même racine *ʿ-r-f* pour construire, selon les cas, deux trajectoires opposées.
rabbanā āmannā fa-ktubnā maʿa sh-shāhidīn
Cohérence intra-coranique : reprise mot pour mot de la clausule finale de S3:52–53 — la parole des *ḥawāriyyūn* : « *rabbanā āmannā bi-mā anzalta wa-ttabaʿnā r-rasūla fa-ktubnā maʿa sh-shāhidīn* ». Ce verset reprend à l'identique l'ouverture (*rabbanā āmannā*) et la clôture (*fa-ktubnā maʿa sh-shāhidīn*), sans les deux compléments intermédiaires de S3:53. *Shāhidīn*, racine *sh-h-d* (voir S2:143 ; S3:53) : les témoins.

S.5:84 · Leur question retournée : pourquoi ne pas croire ?

S.5:84
وَمَا لَنَا لَا نُؤْمِنُ بِاللَّهِ وَمَا جَاءَنَا مِنَ الْحَقِّ وَنَطْمَعُ أَنْ يُدْخِلَنَا رَبُّنَا مَعَ الْقَوْمِ الصَّالِحِينَ
Wa-mā lanā lā nuʾminu bi-llāhi wa-mā jāʾanā mina l-ḥaqqi wa-naṭmaʿu an yudkhilanā rabbunā maʿa l-qawmi ṣ-ṣāliḥīn Et qu’aurions-nous à ne pas croire en Allaah et en ce qui nous est venu du ḥaqq, alors que nous aspirons (naṭmaʿu) à ce que notre Rabb nous fasse entrer avec le peuple des ṣāliḥīn ?
Notes lexicales
wa-mā lanā lā nuʾmin
question rhétorique niant une objection possible. Dit : le texte poursuit au discours direct la parole amorcée au verset précédent (*yaqūlūna*).
naṭmaʿu
racine *ṭ-m-ʿ* : Ibn Fāris (*Maqāyīs*) — *shiddat ar-raghba fī sh-shayʾ*, un désir vif et tendu vers une chose. Dit : le texte présente cette aspiration comme la motivation qu'ils déclarent eux-mêmes à leur foi, non comme une certitude déjà acquise.
l-qawmi ṣ-ṣāliḥīn
racine *ṣ-l-ḥ* : ce qui est droit, conforme, juste.

S.5:85 · Leur rétribution : des jardins, un khulūd

S.5:85
فَأَثَابَهُمُ اللَّهُ بِمَا قَالُوا جَنَّاتٍ تَجْرِي مِنْ تَحْتِهَا الْأَنْهَارُ خَالِدِينَ فِيهَا ۚ وَذَٰلِكَ جَزَاءُ الْمُحْسِنِينَ
Fa-athābahumu llāhu bimā qālū jannātin tajrī min taḥtihā l-anhāru khālidīna fīhā — wa-dhālika jazāʾu l-muḥsinīn Allaah les a alors rétribués (fa-athābahum), pour ce qu’ils ont dit, par des jardins sous lesquels coulent les rivières, où ils demeurent (khālidīna) — et cela est la rétribution (jazāʾ) des muḥsinīn.
Notes lexicales
fa-athābahumu llāhu bimā qālū
racine *th-w-b* (voir S3:145/172/195) : ce qui revient en retour, la rétribution — ici à la forme IV (causative), « faire revenir en retour à quelqu'un ». Dit : le texte rattache explicitement (*bimā qālū*, « pour ce qu'ils ont dit ») cette rétribution à la déclaration du verset précédent, non à un acte distinct qui resterait tu.
jannātin tajrī min taḥtihā l-anhāru khālidīna fīhā
formule récurrente dans le Coran (S2, S3, S4, S5:12 Bloc II).
jazāʾu l-muḥsinīn
*jazāʾ*, racine *j-z-y*, et *muḥsinīn*, racine *ḥ-s-n*.

S.5:86 · Le sort de ceux qui commettent le kufr et démentent les āyāt

S.5:86
وَالَّذِينَ كَفَرُوا وَكَذَّبُوا بِآيَاتِنَا أُولَٰئِكَ أَصْحَابُ الْجَحِيمِ
Wa-lladhīna kafarū wa-kadhdhabū bi-āyātinā ulāʾika aṣḥābu l-jaḥīm Et ceux qui ont commis le kufr et démenti (kadhdhabū) Nos āyāt, ceux-là sont les compagnons (aṣḥāb) de al-jaḥīm.
Notes lexicales
wa-lladhīna kafarū wa-kadhdhabū bi-āyātinā
vocabulaire récurrent (*kafara*, *kadhdhaba*, *āyāt*, *aṣḥāb*, *al-jaḥīm*). Dit : ce verset referme l'ensemble S5:82–86 par un contraste symétrique avec la trajectoire de reconnaissance décrite en S5:83–85. Non-dit : le texte ne précise pas ici si ce verset vise spécifiquement une partie de ceux mentionnés en S5:82, ou pose une règle générale valant au-delà du contexte immédiat — cette extension resterait une inférence, non une donnée du verset lui-même.

Ne pas interdire ce qu’Allaah a rendu licite · S5:87–88

S.5:87 · Ne pas interdire les ṭayyibāt qu’Allaah a rendues ḥalāl

S.5:87
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لَا تُحَرِّمُوا طَيِّبَاتِ مَا أَحَلَّ اللَّهُ لَكُمْ وَلَا تَعْتَدُوا ۚ إِنَّ اللَّهَ لَا يُحِبُّ الْمُعْتَدِينَ
Yā ayyuhā lladhīna āmanū lā tuḥarrimū ṭayyibāti mā aḥalla llāhu lakum wa-lā taʿtadū — inna llāha lā yuḥibbu l-muʿtadīn Ô vous qui avez cru, ne rendez pas interdit (lā tuḥarrimū) ce qu’il y a de bon (ṭayyibāt) parmi ce qu’Allaah a rendu licite (aḥalla) pour vous, et ne transgressez pas (lā taʿtadū) — Allaah n’honore pas (lā yuḥibbu) les muʿtadīn.

Note de cohérence intra-coranique — ḥalāl et ḥarām. Ce verset formule le principe inverse et complémentaire de celui exposé dans l’étude dédiée Ḥalāl et Ḥarām dans le Coran, à partir de S16:116 (« wa-lā taqūlū … hādhā ḥalālun wa-hādhā ḥarāmun li-taftarū ʿalā llāhi l-kadhib ») : seul Allaah délimite le ḥalāl et le ḥarām, et le fait sans autorisation coranique est qualifié par le texte de mensonge forgé sur Allaah (iftirāʾ ʿalā llāh). Dit : là où S16:116 vise l’excès dans l’interdiction déclarée à autrui, S5:87 vise l’excès inverse — s’interdire à soi-même, par choix personnel, ce qu’Allaah a rendu licite. Le même principe protège ici contre les deux directions de l’excès.

Notes lexicales
lā tuḥarrimū ṭayyibāti mā aḥalla llāhu lakum
racines *ḥ-r-m* et *ḥ-l-l*. *Ṭayyibāt*, racine *ṭ-y-b* (voir S5:1, Bloc I) : ce qui est bon, sain, conforme à sa nature propre. Non-dit : ce seul verset ne nomme aucune circonstance ni aucun interlocuteur précis à l'origine de cette mise en garde — aucun récit extérieur n'est importé ici pour combler cette absence.
wa-lā taʿtadū
racine *ʿ-d-w* (voir Bloc VI ; Bloc VIII ; S5:82, ce Bloc) : dépasser une limite avec hostilité — ici sous une forme générale, sans complément nommé.
inna llāha lā yuḥibbu l-muʿtadīn
Cohérence intra-coranique : reprise mot pour mot de S2:190. *Yuḥibbu*, racine *ḥ-b-b* : lorsqu'Allaah est concerné, le verbe est rendu par « honorer » (comme en S2:276 et S3:32 : « Allaah n'honore pas… »), ce qui évite de projeter sur ce qui est dit d'Allaah un sentiment de type humain ; la forme arabe est donnée entre parenthèses dans la traduction.

S.5:88 · Manger ce qui est ḥalāl et ṭayyib, la taqwā

S.5:88
وَكُلُوا مِمَّا رَزَقَكُمُ اللَّهُ حَلَالًا طَيِّبًا ۚ وَاتَّقُوا اللَّهَ الَّذِي أَنْتُمْ بِهِ مُؤْمِنُونَ
Wa-kulū mimmā razaqakumu llāhu ḥalālan ṭayyiban — wa-ttaqu llāha lladhī antum bihi muʾminūn Et mangez de ce qu’Allaah vous a accordé comme subsistance (razaqakum), licite (ḥalālan) et bon (ṭayyiban) — et constituez-vous une taqwā (wa-ttaqū) d’Allaah, en qui vous croyez (muʾminūn).
Notes lexicales
razaqakumu llāh
racine *r-z-q* : la subsistance accordée.
ḥalālan ṭayyiban
accusatif de manière (*ḥāl*) qualifiant conjointement le statut licite et la qualité bonne de ce qui est consommé.
wa-ttaqu llāha lladhī antum bihi muʾminūn
taqwā : voir les études consacrées à ce terme. Dit : ce verset referme l'ensemble S5:87–88 en reliant directement l'acte alimentaire — manger ce qui est licite et bon — à la *taqwā* envers Allaah, sans étape intermédiaire.

Laghw et serment délibérément contracté, la kaffāra · S5:89

S.5:89 · La distinction entre le serment par mégarde et le serment délibéré, le détail de la kaffāra

S.5:89
لَا يُؤَاخِذُكُمُ اللَّهُ بِاللَّغْوِ فِي أَيْمَانِكُمْ وَلَٰكِنْ يُؤَاخِذُكُمْ بِمَا عَقَّدْتُمُ الْأَيْمَانَ ۖ فَكَفَّارَتُهُ إِطْعَامُ عَشَرَةِ مَسَاكِينَ مِنْ أَوْسَطِ مَا تُطْعِمُونَ أَهْلِيكُمْ أَوْ كِسْوَتُهُمْ أَوْ تَحْرِيرُ رَقَبَةٍ ۖ فَمَنْ لَمْ يَجِدْ فَصِيَامُ ثَلَاثَةِ أَيَّامٍ ۚ ذَٰلِكَ كَفَّارَةُ أَيْمَانِكُمْ إِذَا حَلَفْتُمْ ۚ وَاحْفَظُوا أَيْمَانَكُمْ ۚ كَذَٰلِكَ يُبَيِّنُ اللَّهُ لَكُمْ آيَاتِهِ لَعَلَّكُمْ تَشْكُرُونَ
Lā yuʾākhidhukumu llāhu bi-l-laghwi fī aymānikum wa-lākin yuʾākhidhukum bimā ʿaqqadtumu l-aymāna — fa-kaffāratuhu iṭʿāmu ʿasharati masākīna min awsaṭi mā tuṭʿimūna ahlīkum aw kiswatuhum aw taḥrīru raqabatin — fa-man lam yajid fa-ṣiyāmu thalāthati ayyāmin — dhālika kaffāratu aymānikum idhā ḥalaftum — wa-ḥfaẓū aymānakum — ka-dhālika yubayyinu llāhu lakum āyātihi laʿallakum tashkurūn Allaah ne vous tient pas pour responsables (lā yuʾākhidhukum) du laghw dans vos serments (aymānikum), mais Il vous tient pour responsables de ce que vous avez contracté avec intention (ʿaqqadtumu) des serments. Son expiation (kaffāratuhu) est de nourrir dix pauvres (masākīn), de la moyenne (min awsaṭi) de ce que vous nourrissez vos familles, ou de les vêtir (kiswatuhum), ou d’affranchir un captif (taḥrīru raqabatin) ; quiconque n’en trouve pas les moyens, alors un jeûne (fa-ṣiyāmu) de trois jours. Cela est l’expiation (kaffāra) de vos serments quand vous avez juré (ḥalaftum). Et gardez vos serments. C’est ainsi qu’Allaah vous expose clairement Ses āyāt — peut-être serez-vous reconnaissants (tashkurūn).
Notes lexicales
lā yuʾākhidhukumu llāhu bi-l-laghwi fī aymānikum
Cohérence intra-coranique majeure : reprise quasi mot pour mot de S2:225 (Sourate 2, Bloc VIII) : « *lā yuʾākhidhukumu llāhu bi-l-laghwi fī aymānikum wa-lākin yuʾākhidhukum bi-mā kasabat qulūbukum* ». *Al-laghw*, racine *l-gh-w* : « la parole vide de portée, non délibérée » — distincte du serment sciemment engagé. *Yuʾākhidhu*, racine *ʾ-kh-dh* : saisir, tenir pour responsable en vue d'une rétribution. Dit — une divergence à nommer : S2:225 oppose le *laghw* à « ce que vos cœurs ont acquis » (*bimā kasabat qulūbukum*), tandis que ce verset lui oppose « ce que vous avez contracté des serments » (*bimā ʿaqqadtumu l-aymāna*) — une formulation plus spécifique, qui introduit ici la *kaffāra* que S2:225 ne développait pas.
ʿaqqadtumu l-aymāna
racine *ʿ-q-d* : Ibn Fāris (*Maqāyīs*) — *shadd wa-rabṭ*, lier, nouer fermement ; d'où *ʿaqd*, le contrat, le lien noué avec intention. Dit : le texte oppose ainsi, par la structure grammaticale elle-même, le serment qui échappe à l'intention (*laghw*) au serment noué (*ʿaqqada*) avec une intention délibérée — le critère de responsabilité posé par ce verset est l'intention, non la formule prononcée en elle-même.
fa-kaffāratuhu
racine *k-f-r* (voir l'étude Le Kāfir dans le Coran) : le sens premier, selon al-Farāhīdī et Ibn Fāris, est le recouvrement, la dissimulation (*kafara* : il a recouvert). Note de cohérence lexicale : *kaffāra* (l'acte expiatoire qui « recouvre » une faute) partage cette même racine que *kufr* (le refus qui « recouvre » une vérité reconnue) et que le verbe *kaffara* de S5:12 (Bloc II, même sourate : « *la-ukaffiranna ʿankum sayyiʾātikum* », « J'effacerai pour vous vos fautes ») — un même noyau sémantique du recouvrement structure, selon l'usage grammatical, des notions aussi distinctes que le déni d'une vérité et l'acte compensatoire qui efface une faute. *Kaffāra* est gardé en translittération, faute d'un seul mot français rendant à la fois l'idée de compensation et celle de recouvrement d'une faute — « expiation » en français porte le premier aspect, non le second.
iṭʿāmu ʿasharati masākīna min awsaṭi mā tuṭʿimūna ahlīkum
racine *ṭ-ʿ-m* : nourrir. *Masākīn*, pluriel de *miskīn*, racine *s-k-n* : voir l'étude L'Abstention Sacrée — as-Ṣiyām, sur S2:184 : « *fidyatun ṭaʿāmu miskīn* », « nourrir un pauvre » — « pauvres ». *Awsaṭ*, racine *w-s-ṭ* (voir S2:143 : « *ummatan wasaṭan* », ce qui est équidistant des extrémités) — ici au sens de la qualité moyenne, ni la plus pauvre ni la plus généreuse, de ce que le foyer nourrit habituellement les siens. Dit : le texte fixe ainsi un étalon concret, non un montant fixe universel — la mesure ordinaire du foyer de celui qui expie.
kiswatuhum
racine *k-s-w* : vêtir. Non-dit : le texte ne précise pas la nature ni la qualité du vêtement, à la différence de la précision apportée pour la nourriture (*min awsaṭi mā tuṭʿimūna ahlīkum*).
taḥrīru raqabatin
Cohérence intra-coranique : reprise exacte de la formule de S4:92 (Sourate 4, Bloc VI), où l'étude Le Coran et l'esclavage établit que *raqaba* (littéralement la nuque) désigne par métonymie la personne captive dans son entier, et *taḥrīr* l'acte actif d'affranchissement : « affranchir un captif ».
fa-man lam yajid fa-ṣiyāmu thalāthati ayyāmin
racine *w-j-d* (trouver, disposer des moyens) et *ṣ-w-m* (voir l'étude L'Abstention Sacrée — as-Ṣiyām) : l'abstention volontaire, conservée en translittération. Cohérence intra-coranique : même structure de gradation (compensation matérielle, à défaut un jeûne) que S4:92 (Bloc VI, Sourate 4), où le jeûne de deux mois consécutifs se substituait à l'affranchissement pour qui n'en avait pas les moyens.
wa-ḥfaẓū aymānakum
racine *ḥ-f-ẓ* : garder, préserver. Dit : cette clause referme le développement en revenant à l'exhortation initiale — non celle de multiplier les serments, mais celle de tenir ceux qui ont été délibérément contractés.
ka-dhālika yubayyinu llāhu lakum āyātihi laʿallakum tashkurūn
racine *b-y-n* : exposer clairement, rendre manifeste. *Shakara*, racine *sh-k-r* (voir l'étude Le Kāfir dans le Coran, sur S14:7 : antonyme direct de *kafara* au sens d'ingratitude) — ici à la forme espérée (*laʿallakum*) : la reconnaissance attendue en retour de cette clarification.

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