Structure du Bloc X. Cinq ensembles. D’abord le khamr et le maysir, rapprochés des anṣāb et des azlām (voir S5:3) et qualifiés de rijs — « œuvre du shayṭān » — suivis de l’appel à obéir et de la clause sur ce qui a déjà été consommé (S5:90–93). Puis l’épreuve du gibier accessible en état de ḥurum, l’interdit de le tuer et le détail de sa kaffāra, et le rappel du licite retrouvé (S5:94–96). Puis la Kaʿba et les institutions du pèlerinage comme qiyām — point d’appui stable — pour les gens, la réitération du balāgh du rasūl, et le contraste khabīth/ṭayyib (S5:97–100). Puis la mise en garde contre les questions qui nuisent, le rejet des pratiques bahīra/sāʾiba/waṣīla/ḥām comme fabrication contre Allaah, et le refus de suivre les pères sans raisonner (S5:101–105). Enfin la procédure détaillée du témoignage au moment de la waṣiyya (S5:106–108).
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.5:90 | Khamr, maysir, anṣāb, azlām : un rijs, œuvre du shayṭān |
| S.5:91 | Le dessein du shayṭān : l’hostilité, le détournement du dhikr et de la ṣalāt |
| S.5:92 | Obéir à Allaah et au rasūl — le balāgh seul |
| S.5:93 | Nul junāḥ pour ce qui a été consommé, si taqwā, īmān et iḥsān |
| S.5:94 | L’épreuve du gibier à portée de main |
| S.5:95 | L’interdit de tuer le gibier en ḥurum — le détail de la kaffāra |
| S.5:96 | Le gibier de mer licite, le gibier de terre interdit en ḥurum |
| S.5:97 | La Kaʿba et les institutions du pèlerinage, qiyām pour les gens |
| S.5:98 | Allaah, sévère dans la sanction, Ghafūr, Raḥīm |
| S.5:99 | Le rasūl n’a de charge que le balāgh |
| S.5:100 | Le khabīth et le ṭayyib ne s’égalent pas |
| S.5:101 | Ne pas interroger sur ce qui nuirait |
| S.5:102 | Le précédent d’un peuple qui a interrogé et en est devenu kāfir |
| S.5:103 | Le rejet de bahīra, sāʾiba, waṣīla, ḥām — une fabrication contre Allaah |
| S.5:104 | « Il nous suffit de ce sur quoi nous avons trouvé nos pères » |
| S.5:105 | Veiller sur soi-même ; le retour vers Allaah |
| S.5:106 | Le témoignage au moment de la waṣiyya — deux témoins, leur serment |
| S.5:107 | Si les témoins sont convaincus de faute — la substitution |
| S.5:108 | La finalité de cette procédure — craindre Allaah, écouter |
Khamr, maysir, obéissance et clause de non-rétroactivité · S5:90–93
S.5:90 · Khamr, maysir, anṣāb, azlām : un rijs, œuvre du shayṭān
Note de méthode — le mécanisme grammatical de cette mise en garde, distinct de la formule d’interdit explicite. Ce verset ne recourt pas au verbe ḥarrama ni à l’adjectif ḥarām, employés en S5:3 (Bloc I) pour la liste de l’illicite alimentaire (« ḥurrimat ʿalaykum … »). Il procède autrement : une qualification catégorique (innamā … rijs, « ne sont qu’une souillure »), rattachée explicitement à l’œuvre du shayṭān, suivie d’un impératif direct (fa-jtanibūhu, « écartez-vous-en »), et prolongée au verset suivant par une question rhétorique fermée (fa-hal antum muntahūn, « allez-vous donc cesser ? », S5:91). Dit : c’est cette construction précise — qualification + impératif + question rhétorique de clôture — qui porte, dans ce verset, la force de la mise en garde contre le khamr et le maysir, et non l’emploi du terme ḥarām lui-même, absent de ces deux versets. Cette observation est de pure linguistique descriptive ; elle ne remet en cause aucune conclusion tirée par ailleurs de l’ensemble du passage.
- al-khamr
- racine *kh-m-r* : Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) — le recouvrement, l'obscurcissement ; *khamara* : voiler, couvrir. Voir S2:219 : « ce qui voile la raison ». Conservé en translittération, faute d'équivalent français rendant à la fois la boisson visée et l'image du voile posé sur le discernement.
- al-maysir
- racine *y-s-r* (la facilité ; voir S2:219) : gain obtenu sans effort proportionné, par tirage au sort. Cohérence intra-coranique majeure : la note sur S2:219 précisait explicitement que ce verset-là « ne prononce pas d'interdiction … l'interdiction formelle du *khamr*, si elle est établie ailleurs dans le corpus coranique (S5:90–91, hors de ce bloc), n'est pas le contenu de ce verset précis ». Ce Bloc X est ce lieu même annoncé par cette note.
- al-anṣāb
- pluriel de *nuṣub*, racine *n-ṣ-b* : pierre dressée servant de support à un sacrifice. Voir S5:3, au singulier, dans un contexte alimentaire (« ce qui a été sacrifié sur *an-nuṣub* »). Dit — une nuance à nommer : ce verset ne vise plus seulement la viande sacrifiée sur ces pierres, mais les pierres elles-mêmes comme objet à écarter — un déplacement de l'aliment vers le support cultuel lui-même.
- al-azlām
- même terme qu'en S5:3 : flèches sans empennes utilisées pour une décision par tirage.
- rijs
- racine *r-j-s* : Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) — un sens unique qui porte l'idée d'un mélange désordonné et d'un relâchement, d'où *ar-rijs*, la souillure, ce qui doit être écarté par nature. Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) — « *kullu qadhar* », toute chose tenue pour impure ou répugnante. Al-Farāhīdī (*Kitāb al-ʿAyn*) — même sens de souillure (*qadhar*), à distinguer de la racine voisine *r-j-z* (le châtiment, la punition), que ce verset n'emploie pas. Dit : le texte qualifie les quatre éléments cités comme relevant d'une seule et même catégorie — la souillure —, sans distinguer entre eux de degré.
- min ʿamali sh-shayṭān
- Dit : le texte rattache ces quatre éléments non à Allaah ni à une simple coutume neutre, mais explicitement à « l'œuvre du *shayṭān* » — une attribution causale que le texte pose sans la développer davantage.
- fa-jtanibūhu
- racine *j-n-b* : *janb*, le flanc, le côté ; à la forme VIII, se placer soi-même de côté par rapport à une chose, s'en écarter délibérément — plus qu'une simple abstention passive.
- tufliḥūn
- racine *f-l-ḥ* : réussir, parvenir à ce que l'on visait — l'image agricole sous-jacente (*fallāḥ*, celui qui fend la terre pour la rendre fertile) porte l'idée d'un travail qui porte son fruit. Note de structure : ce même verbe referme S5:100, dix versets plus loin, sur la même formule (*laʿallakum tufliḥūn*) — un possible effet de bouclage littéraire entre l'ouverture et la clôture de cet ensemble, signalé sans en tirer de conclusion au-delà de l'observation structurelle.
S.5:91 · Le dessein du shayṭān : l’hostilité, le détournement du dhikr et de la ṣalāt
- al-ʿadāwa
- racine *ʿ-d-w* (voir S5:62/64/78/82) : dépasser une limite avec hostilité.
- al-baghḍāʾ
- racine *b-gh-ḍ* : la haine, l'aversion réciproque — antonyme direct de *mawadda* (l'affection, voir S5:82).
- yaṣuddakum
- racine *ṣ-d-d* (voir S5:2 : « *an ṣaddūkum ʿani l-masjidi l-ḥarām* », « qu'il vous a barré l'accès à la Mosquée sacrée ») : barrer, détourner de force. Cohérence intra-coranique : même racine, même sourate — d'un empêchement extérieur (barrer l'accès au sanctuaire) à un empêchement intérieur (détourner du *dhikr* et de la *ṣalāt*).
- muntahūn
- racine *n-h-y*, forme X (*intahā*) : cesser, s'arrêter à une limite. Dit : le texte referme ce court développement non par un ordre direct supplémentaire, mais par une question rhétorique fermée, qui présuppose la réponse attendue sans l'énoncer elle-même comme un impératif nouveau.
S.5:92 · Obéir à Allaah et au rasūl — le balāgh seul
- wa-ḥdharū
- racine *ḥ-dh-r* : prendre garde, se prémunir contre un danger identifié — proche mais distinct de la *taqwā*, qui porte une portée plus générale.
- tawallaytum
- racine *w-l-y* (voir Bloc VI et *passim*) : se détourner, rompre un lien d'allégeance.
- annamā ʿalā rasūlinā l-balāghu l-mubīn
- *balāgh*, racine *b-l-gh* (voir S5:67, Bloc VII ; étude dédiée Nabī et Rasūl — النَّبِيُّ وَالرَّسُولُ) : la communication portée à son terme, sans reste. Cohérence intra-coranique : cette clause referme le développement sur le *khamr* et le *maysir* par le même principe qu'en S5:44–50 (Bloc V, étude Le Nabī n'est pas législateur) : le *rasūl* transmet, il ne légifère pas de son propre chef. La mise en garde qui précède est ainsi présentée comme relevant de ce qui a été communiqué, non d'une initiative propre du *rasūl*.
S.5:93 · Nul junāḥ pour ce qui a été consommé, si taqwā, īmān et iḥsān
Note de méthode — la portée exacte de « fīmā ṭaʿimū ». Ce verset suit immédiatement le développement sur le khamr et le maysir (S5:90–91), et la lecture qui le rattache à ce qui a pu être consommé avant l’établissement de cette mise en garde est, de ce fait, une lecture contextuelle solide. Dit : le texte lui-même, cependant, ne nomme pas le khamr dans ce verset — il parle de « ce qu’ils ont consommé » (fīmā ṭaʿimū) en des termes généraux, sans préciser lui-même le moment ni l’objet exact de cette consommation. Non-dit : l’identification précise de « ce qui a été consommé » au khamr bu avant la mise en garde qui précède est une lecture par proximité textuelle, non une donnée que ce verset affirme explicitement par ses propres mots. On retient cette lecture contextuelle comme la plus probable, tout en signalant qu’elle relève de la cohérence de l’ensemble du passage plutôt que du seul énoncé de ce verset pris isolément.
- junāḥ
- racine *j-n-ḥ* (voir S2:158, S2:198) : l'inclinaison vers la faute — nulle inclinaison de ce type imputée ici.
- ttaqaw … āmanū … ʿamilū ṣ-ṣāliḥāt … aḥsanū
- Dit : le texte répète trois fois la *taqwā* comme charnière de la triple clause (*ittaqaw wa-āmanū* ; *thumma ttaqaw wa-āmanū* ; *thumma ttaqaw wa-aḥsanū*), avec une progression du dernier terme : les œuvres droites (*ʿamilū ṣ-ṣāliḥāt*) cèdent la place, à la troisième reprise, à l'*iḥsān* (agir au mieux) — une gradation que le texte construit lui-même par cette répétition, sans qu'il en explicite la raison au-delà de la structure elle-même.
- wa-llāhu yuḥibbu l-muḥsinīn
- Cohérence intra-coranique : formule identique à S2:195 et S3:134. *Yuḥibbu*, racine *ḥ-b-b* : lorsqu'Allaah est concerné, le verbe est rendu par « honorer » (comme en S5:87 : « Allaah n'honore pas… »), ce qui évite de projeter sur ce qui est dit d'Allaah un sentiment de type humain ; la forme arabe est donnée entre parenthèses dans la traduction.
L’épreuve du gibier en ḥurum, sa kaffāra, le licite retrouvé · S5:94–96
S.5:94 · L’épreuve du gibier à portée de main
- la-yabluwannakum
- racine *b-l-w* : éprouver, mettre à l'épreuve pour manifester ce qui était déjà en germe.
- li-yaʿlama llāhu man yakhāfuhu bi-l-ghayb
- Non-dit — la portée de « li-yaʿlama ». Cette clause de finalité (*li-* + subjonctif) construit grammaticalement l'épreuve comme orientée vers un savoir qui « advient » à son issue. Le texte ne développe pas ici le mécanisme de cette clause appliquée à Allaah — on ne tire de cette seule construction grammaticale aucune inférence sur une évolution du savoir d'Allaah, savoir que le texte affirme ailleurs (S5:97 : « Allaah sait ce qui est dans les cieux et sur la terre ») comme déjà total. Cette clause de finalité est ici rapportée à la fonction que le texte donne lui-même à l'épreuve — rendre manifeste une disposition (craindre Allaah « dans l'inaccessible », *bi-l-ghayb*, c'est-à-dire hors de toute contrainte ou surveillance visible) —, sans se prononcer au-delà sur la nature exacte de ce que ce verbe implique lorsqu'il est appliqué à Allaah.
- bi-l-ghayb
- racine *gh-y-b* : ce qui échappe à la perception directe — ici, la situation où rien ni personne ne contraint visiblement à l'obéissance.
- iʿtadā
- racine *ʿ-d-w*, forme VIII (voir *passim*) : transgresser une limite posée.
S.5:95 · L’interdit de tuer le gibier en ḥurum — le détail de la kaffāra
- mutaʿammidan
- racine *ʿ-m-d*, forme V : agir avec intention délibérée. Cohérence intra-coranique : même terme qu'en S4:93, où il distinguait l'homicide délibéré de l'homicide par erreur (*khaṭaʾan*, S4:92) — même distinction reconduite ici pour le gibier tué en état de *ḥurum*.
- jazāʾun mithlu mā qatala mina n-naʿam
- *naʿam* (voir S5:1 : *bahīmat al-anʿām*) : les troupeaux. Dit : le texte fixe un principe d'équivalence (*mithlu mā qatala*, « l'équivalent de ce qu'il a tué ») laissé à l'appréciation de deux [témoins ou arbitres] justes — non-dit : le texte ne détaille pas ici les critères précis de cette équivalence.
- dhawā ʿadlin minkum
- racine *ʿ-d-l* : la droiture d'appréciation. Cette expression revient à l'identique en S5:106, plus loin dans ce même Bloc, pour la procédure de témoignage.
- hadyan bāligha l-Kaʿba / kaffāratun ṭaʿāmu masākīn / ṣiyāman
- *al-hady* : voir S5:2. *Kaffāra* et *masākīn* : vocabulaire repris de S5:89, où la même gradation — compensation matérielle, nourriture de pauvres, à défaut un jeûne — structurait déjà l'expiation du serment délibérément rompu. *Ṣiyām* : voir l'étude L'Abstention Sacrée — الصِّيَامُ — As-Ṣiyām. Cohérence intra-coranique : structure de gradation identique à celle de S4:92 pour l'affranchissement d'un captif, à défaut un jeûne.
- li-yadhūqa wabāla amrihi
- racine *dh-w-q* : goûter, faire l'expérience sensible d'une chose. *Wabāl*, racine *w-b-l* : la lourdeur, la conséquence pesante d'un acte. Dit : le texte présente l'expiation non comme une simple formalité, mais comme ce par quoi l'auteur de l'acte « goûte » lui-même la charge de ce qu'il a commis.
- ʿafā llāhu ʿammā salaf
- racine *ʿ-f-w* (voir S2:219, entre autres) : lever ce qui pesait. Dit : le texte efface explicitement ce qui a été commis avant cette prescription — une clause de non-rétroactivité de même nature que celle posée en S5:93 pour la consommation antérieure, mais ici nommée sans ambiguïté (*ʿammā salafa*, « ce qui est passé »).
- fa-yantaqimu llāhu minhu … dhū ntiqām
- racine *n-q-m* : Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) — une réaction en retour proportionnée à un mal commis, la rétribution punitive. Dit : le texte réserve cette rétribution à la récidive (*ʿāda*) après que l'effacement du passé (*ʿafā*) a déjà été accordé une fois — non à la première faute elle-même, pour laquelle la *kaffāra* suffit.
S.5:96 · Le gibier de mer licite, le gibier de terre interdit en ḥurum
- Allaah lladhī ilayhi tuḥsharūn
- Application de la règle terminologique. La construction épithète *al-ladhī* appliquée à Allaah est rendue par « Ce vers quoi », non « Celui vers qui » — neutre le plus absolu possible.
- as-sayyāra
- racine *s-y-r* : ce qui se déplace, la caravane, le voyageur en déplacement.
- tuḥsharūn
- racine *ḥ-sh-r* : rassembler, réunir en un lieu depuis la dispersion. Dit : ce verset referme l'ensemble S5:94–96 (l'épreuve, l'interdit, sa *kaffāra*, le licite retrouvé) par un rappel du retour vers Allaah, sans détail supplémentaire sur les modalités de ce rassemblement.
La Kaʿba, qiyām pour les gens ; le balāgh réitéré ; khabīth et ṭayyib · S5:97–100
S.5:97 · La Kaʿba et les institutions du pèlerinage, qiyām pour les gens
- qiyāman li-n-nās
- racine *q-w-m* : ce qui tient debout, ce qui sert de point d'appui stable. Cohérence intra-coranique : même terme qu'en S4:5 (« les biens qu'Allaah a faits pour vous un *qiyām* »), où il désignait déjà une fonction de soutien stable pour l'ordre social — ici appliqué à la Kaʿba, au mois sacré et aux institutions du pèlerinage comme repères stables organisant le calendrier, la sécurité et les échanges des gens.
- al-hady / al-qalāʾid
- voir S5:2.
- anna llāha yaʿlamu mā fi s-samāwāti wa-mā fi l-arḍ
- Dit : ce verset affirme, immédiatement après l'épreuve du gibier (S5:94) et sa clause de finalité *li-yaʿlama*, un savoir d'Allaah explicitement total et déjà acquis (« sait ce qui est dans les cieux et sur la terre ») — un rappel qui éclaire, par cohérence intra-coranique immédiate, la clause de finalité de S5:94 comme relevant de la manifestation d'une disposition humaine, non d'un savoir qui s'accroîtrait pour Allaah.
S.5:98 · Allaah, sévère dans la sanction, Ghafūr, Raḥīm
- shadīdu l-ʿiqāb … ghafūrun raḥīm
- formule récurrente dans le Coran, associant les deux mêmes pôles (la sévérité de la sanction, la portée du pardon) sans que le texte ne les hiérarchise l'un par rapport à l'autre.
S.5:99 · Le rasūl n’a de charge que le balāgh
- mā ʿalā r-rasūli illā l-balāgh
- Cohérence intra-coranique : reprise resserrée du principe posé en S5:92, dans ce même Bloc, et en S5:67 (Bloc VII). Dit : cette clausule referme l'ensemble S5:94–99 en revenant au principe qui l'ouvrait (S5:92), avant d'introduire le contraste *khabīth*/*ṭayyib* du verset suivant.
- tubdūna / taktumūn
- racines *b-d-w* et *k-t-m* : divulguer, dissimuler.
S.5:100 · Le khabīth et le ṭayyib ne s’égalent pas
- al-khabīth / aṭ-ṭayyib
- racines *kh-b-th* et *ṭ-y-b* (voir S2:267 ; S3:179 ; S4:2) : le vicié et le sain. Non-dit : ce verset ne nomme pas ici l'objet précis de cette comparaison — contrairement à S4:2 (biens des orphelins) ou S2:267 (ce qui est dépensé) —, la formule est posée ici sous une forme générale.
- aʿjabaka
- racine *ʿ-j-b* (voir S2:204/221) : ce qui séduit par l'apparence ou l'abondance, indépendamment de sa valeur réelle.
- ulī l-albāb
- *lubb*, le noyau, ce qu'il y a de plus essentiel dans l'intellect. Cohérence intra-coranique : expression que l'on retrouve en clôture de S3:190 (l'*āya* de la création des cieux et de la terre) — ici appliquée à la capacité de ne pas se laisser égarer par la seule abondance apparente du *khabīth*.
- laʿallakum tufliḥūn
- Note de structure : reprise exacte de la clôture de S5:90 ; voir la note sur S5:90 à propos de l'effet de bouclage entre l'ouverture et la clôture de S5:90–100.
Ne pas interroger sur ce qui nuit ; rejet de la fabrication ancestrale · S5:101–105
S.5:101 · Ne pas interroger sur ce qui nuirait
- tasuʾkum
- racine *s-w-ʾ* : nuire, causer un mal ou un déplaisir — même racine que *sayyiʾa* (la mauvaise action).
- ḥīna yunazzalu l-Qurʾān
- Dit : le texte présuppose ici, par cette clause temporelle, que la descente du *Qurʾān* pouvait encore se poursuivre au moment où ce verset s'adresse à ses destinataires — non-dit : le texte ne précise pas ici la chronologie exacte de cette descente ni son terme.
- ḥalīm
- racine *ḥ-l-m* : la retenue qui n'agit pas dans l'immédiateté de ce qui susciterait une réaction. Voir S2:225 pour la même paire *ghafūr*/*ḥalīm*.
S.5:102 · Le précédent d’un peuple qui a interrogé et en est devenu kāfir
- qad saʾalahā qawmun min qablikum
- Cohérence intra-coranique : rapprochement avec S2:108 : « *am turīdūna an tasʾalū rasūlakum kamā suʾila Mūsā min qablu* », « voulez-vous interroger votre *rasūl* comme Mūsā fut interrogé auparavant ? » — même structure d'avertissement contre une demande insistante adressée à un *rasūl*, bien que S2:108 ne nomme pas ici le peuple visé par ce verset-ci. Non-dit : ce verset ne précise pas lui-même l'identité de ce peuple antérieur ni la nature exacte des choses interrogées.
- aṣbaḥū bihā kāfirīn
- racine *ṣ-b-ḥ* (devenir, au sens d'un changement d'état constaté) et *k-f-r*. Dit : le texte rattache explicitement le *kufr* de ce peuple à l'acte même d'avoir interrogé (*bihā*, « à cause d'elles ») — non à une cause distincte qui resterait tue.
S.5:103 · Le rejet de bahīra, sāʾiba, waṣīla, ḥām — une fabrication contre Allaah
Note de méthode — bahīra, sāʾiba, waṣīla, ḥām : quatre termes techniques sans équivalent français, définis par les dictionnaires classiques, non par le tafsīr. Ces quatre mots désignent des pratiques d’attribution rituelle d’animaux d’élevage, documentées comme telles dans les dictionnaires classiques de la langue arabe (Lisān al-ʿArab d’Ibn Manẓūr, entrées correspondantes) plutôt que dans un exposé narratif de circonstances : al-baḥīra, racine b-ḥ-r (fendre) — chamelle dont l’oreille est fendue et qui est laissée sans monte ni traite après un certain nombre de mises bas ; as-sāʾiba, racine s-y-b (laisser aller librement) — chamelle relâchée en liberté à la suite d’un vœu ; al-waṣīla, racine w-ṣ-l (joindre) — brebis ou chèvre dont une portée gémellaire liait un traitement particulier ; al-ḥām, racine ḥ-m-y (protéger, rendre inviolable) — étalon dispensé de charge après un nombre déterminé de saillies. Dit : le texte ne détaille lui-même aucune de ces quatre pratiques — il se limite à nier qu’Allaah les ait instituées, et à qualifier cette attribution de mensonge forgé contre Allaah. Non-dit : le détail concret de chaque pratique, ci-dessus rapporté, provient de l’usage attesté de ces quatre mots dans la langue arabe classique documentée par les dictionnaires — non du texte coranique lui-même, qui se contente de les nommer pour les récuser.
- mā jaʿala llāhu
- Cohérence intra-coranique : même structure de négation (« Allaah n'a pas institué… ») que pour d'autres attributions rejetées dans le corpus coranique — le texte nie ici que ces pratiques viennent d'Allaah, sans se prononcer sur leur origine humaine par ailleurs.
- yaftarūna ʿalā llāhi l-kadhib
- racine *f-r-y* : forger, fabriquer de toutes pièces — l'image est celle d'une chose découpée et façonnée artificiellement, non d'un simple mensonge improvisé. Cohérence intra-coranique : même qualification (« forger un mensonge contre Allaah ») que celle de l'étude dédiée Ḥalāl et Ḥarām dans le Coran sur S16:116, à propos de qui déclare de son propre chef le *ḥalāl* et le *ḥarām*.
- aktharuhum lā yaʿqilūn
- racine *ʿ-q-l* (voir S2:170, entre autres).
S.5:104 · « Il nous suffit de ce sur quoi nous avons trouvé nos pères »
- ḥasbunā mā wajadnā ʿalayhi ābāʾanā … lā yaʿlamūna shayʾan wa-lā yahtadūn
- Cohérence intra-coranique majeure, avec une variation lexicale à nommer. Parallèle très proche de S2:170 : « *wa-idhā qīla lahumu ttabiʿū mā anzala llāhu qālū bal nattabiʿu mā alfaynā ʿalayhi ābāʾanā — a-wa-law kāna ābāʾuhum lā yaʿqilūna shayʾan wa-lā yahtadūn* ». Dit — deux différences lexicales précises : là où S2:170 emploie *alfaynā* (racine *l-f-y*, trouver ce qui était déjà en place sans l'avoir cherché) et clôt sur *lā yaʿqilūna* (ne raisonnaient pas, racine *ʿ-q-l*), ce verset (S5:104) emploie *wajadnā* (racine *w-j-d*, trouver au sens plus général de rencontrer, disposer de) et clôt sur *lā yaʿlamūna* (ne savaient pas, racine *ʿ-l-m*). On nomme cette double variation sans la réduire à une simple répétition : le grief adressé aux pères se déplace ici du défaut de raisonnement vers le défaut de savoir — une nuance que le texte construit par le choix même des deux racines distinctes.
- taʿālaw ilā mā anzala llāhu wa-ilā r-rasūl
- Dit : l'appel initial associe explicitement « ce qu'Allaah a fait descendre » et « le *rasūl* » comme deux destinations conjointes — cohérence avec le principe du *rasūl* comme relais de transmission, non comme source distincte (voir S5:92/99, dans ce même Bloc).
S.5:105 · Veiller sur soi-même ; le retour vers Allaah
- ʿalaykum anfusakum
- construction elliptique (littéralement « sur vous, vous-mêmes ») : une charge implicite de vigilance portée sur soi, sans verbe explicite — non-dit : le texte ne précise pas ici le verbe exact que cette construction elliptique sous-entend (veiller, répondre, se charger de).
- lā yaḍurrukum man ḍalla idhā htadaytum
- racines *ḍ-r-r* (nuire) et *ḍ-l-l* (s'égarer). Dit : ce verset referme l'ensemble S5:101–105 en ramenant la question de l'égarement d'autrui à la responsabilité individuelle — l'égarement constaté chez un autre n'affecte pas, par lui-même, la personne qui est elle-même guidée.
- ilā llāhi marjiʿukum … fa-yunabbiʾukum
- racines *r-j-ʿ* et *n-b-ʾ*.
Le témoignage au moment de la waṣiyya · S5:106–108
S.5:106 · Le témoignage au moment de la waṣiyya — deux témoins, leur serment
- idhā ḥaḍara aḥadakumu l-mawtu … l-waṣiyya
- Cohérence intra-coranique majeure : ouverture presque mot pour mot identique à S2:180 : « *kutiba ʿalaykum idhā ḥaḍara aḥadakumu l-mawtu … al-waṣiyyatu* ». Ce verset développe ici, non la prescription elle-même de la *waṣiyya* (posée en S2:180), mais la procédure de témoignage qui l'entoure.
- dhawā ʿadlin minkum
- reprise exacte de l'expression de S5:95, dans ce même Bloc.
- in artabtum
- racine *r-y-b* : Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) — le doute mêlé d'inquiétude ou de suspicion, plus marqué que le simple *shakk* (le doute neutre). Dit : le texte ne prescrit ce serment qu'à la condition d'un doute déjà là (*in artabtum*) — non de manière systématique.
- lā nashtarī bihi thamanan wa-law kāna dhā qurbā
- Dit : le serment porte explicitement sur le refus de vendre le témoignage contre un prix, même au bénéfice d'un proche (*dhā qurbā*) — le texte nomme ainsi lui-même le risque le plus probable de biais dans ce témoignage : le lien de proximité.
- shahādata llāhi … l-āthimīn
- *shahāda* qualifiée ici « d'Allaah » — non-dit : le texte ne précise pas explicitement en quoi ce témoignage est d'Allaah plutôt que des parties elles-mêmes ; inférence : la formule peut désigner soit un témoignage rendu devant Allaah, soit un témoignage dont Allaah est garant — on ne tranche pas entre ces deux lectures, toutes deux cohérentes avec le contexte du serment prêté « par Allaah » qui précède immédiatement.
S.5:107 · Si les témoins sont convaincus de faute — la substitution
Note de méthode — une syntaxe dense, à la lecture procédurale non tranchée par ce Bloc. Ce verset enchaîne plusieurs relatives et duels (al-ākharān, « les deux autres » ; al-awlayān, « les deux plus proches en droit ») dont l’articulation grammaticale précise a fait l’objet, chez les grammairiens arabes classiques, de lectures distinctes — notamment sur le point de savoir si al-awlayān est en apposition à al-ākharān (les deux témoins de substitution sont eux-mêmes « les deux plus proches en droit » parmi les héritiers lésés) ou s’y articule autrement. Dit : le principe général est net — des témoins convaincus de faute (istaḥaqqā ithman) sont remplacés par deux autres, pris parmi ceux à qui un tort a été fait (mina lladhīna staḥaqqa ʿalayhimu), qui jurent à leur tour. Non-dit : ce Bloc ne tranche pas la mécanique procédurale la plus fine (l’articulation exacte de al-awlayān), signalée ici comme un point de grammaire dense plutôt que résolu.
- ʿuthira ʿalā
- racine *ʿ-th-r* : Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) — trébucher, tomber sur une chose par accident ; au passif, ici : être découvert fortuitement.
- istaḥaqqā ithman / staḥaqqa ʿalayhim
- racine *ḥ-q-q*, forme X : se rendre digne de, encourir. Dit — un même verbe pour deux positions opposées : le texte emploie la même forme verbale pour désigner, d'un côté, ce que les témoins fautifs ont encouru (une faute, *ithman*) et, de l'autre, ce qu'un tort a fait encourir aux héritiers lésés (*ʿalayhimu*, « à charge desquels » un droit est né) — un même mécanisme grammatical au service de deux effets juridiques distincts.
- aḥaqqu min shahādatihimā
- racine *ḥ-q-q* de nouveau, au comparatif : plus digne, plus fondé.
S.5:108 · La finalité de cette procédure — craindre Allaah, écouter
- adnā an yaʾtū bi-sh-shahādati ʿalā wajhihā
- racine *d-n-w* (proximité) et *w-j-h* (la face, ici au sens de la forme exacte, correcte, d'une chose). Dit : le texte présente toute cette procédure — les deux témoins, leur serment, leur remplacement possible — comme un moyen (« plus proche ») de faire advenir un témoignage conforme, non comme une garantie absolue.
- turadda aymānun baʿda aymānihim
- racine *r-d-d* : renvoyer, récuser. *Aymān* (voir S5:89) — même racine que le serment traité pour la *kaffāra*, ici appliquée à la procédure de témoignage.
- al-fāsiqīn
- racine *f-s-q* (voir S5:44–49, et *passim*) : l'écart hors du cadre.