Structure du Bloc X. Cinq ensembles. D’abord le khamr et le maysir, rapprochés des anṣāb et des azlām (voir S5:3) et qualifiés de rijs — « œuvre du shayṭān » — suivis de l’appel à obéir et de la clause sur ce qui a déjà été consommé (S5:90–93). Puis l’épreuve du gibier accessible en état de ḥurum, l’interdit de le tuer et le détail de sa kaffāra, et le rappel du licite retrouvé (S5:94–96). Puis la Kaʿba et les institutions du pèlerinage comme qiyām — point d’appui stable — pour les gens, la réitération du balāgh du rasūl, et le contraste khabīth/ṭayyib (S5:97–100). Puis la mise en garde contre les questions qui nuisent, le rejet des pratiques bahīra/sāʾiba/waṣīla/ḥām comme fabrication contre Allaah, et le refus de suivre les pères sans raisonner (S5:101–105). Enfin la procédure détaillée du témoignage au moment de la waṣiyya (S5:106–108).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.5:90 Khamr, maysir, anṣāb, azlām : un rijs, œuvre du shayṭān
S.5:91 Le dessein du shayṭān : l’hostilité, le détournement du dhikr et de la ṣalāt
S.5:92 Obéir à Allaah et au rasūl — le balāgh seul
S.5:93 Nul junāḥ pour ce qui a été consommé, si taqwā, īmān et iḥsān
S.5:94 L’épreuve du gibier à portée de main
S.5:95 L’interdit de tuer le gibier en ḥurum — le détail de la kaffāra
S.5:96 Le gibier de mer licite, le gibier de terre interdit en ḥurum
S.5:97 La Kaʿba et les institutions du pèlerinage, qiyām pour les gens
S.5:98 Allaah, sévère dans la sanction, Ghafūr, Raḥīm
S.5:99 Le rasūl n’a de charge que le balāgh
S.5:100 Le khabīth et le ṭayyib ne s’égalent pas
S.5:101 Ne pas interroger sur ce qui nuirait
S.5:102 Le précédent d’un peuple qui a interrogé et en est devenu kāfir
S.5:103 Le rejet de bahīra, sāʾiba, waṣīla, ḥām — une fabrication contre Allaah
S.5:104 « Il nous suffit de ce sur quoi nous avons trouvé nos pères »
S.5:105 Veiller sur soi-même ; le retour vers Allaah
S.5:106 Le témoignage au moment de la waṣiyya — deux témoins, leur serment
S.5:107 Si les témoins sont convaincus de faute — la substitution
S.5:108 La finalité de cette procédure — craindre Allaah, écouter

Khamr, maysir, obéissance et clause de non-rétroactivité · S5:90–93

S.5:90 · Khamr, maysir, anṣāb, azlām : un rijs, œuvre du shayṭān

S.5:90
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا إِنَّمَا الْخَمْرُ وَالْمَيْسِرُ وَالْأَنْصَابُ وَالْأَزْلَامُ رِجْسٌ مِنْ عَمَلِ الشَّيْطَانِ فَاجْتَنِبُوهُ لَعَلَّكُمْ تُفْلِحُونَ
Yā ayyuhā lladhīna āmanū innamā l-khamru wa-l-maysiru wa-l-anṣābu wa-l-azlāmu rijsun min ʿamali sh-shayṭāni fa-jtanibūhu laʿallakum tufliḥūn Ô vous qui avez cru, le khamr, le maysir, les anṣāb et les azlām ne sont qu’un rijs (une souillure), relevant de l’œuvre du shayṭān — écartez-vous-en donc (fa-jtanibūhu) ; peut-être serez-vous tufliḥūn (dans l’état de qui a réussi).

Note de méthode — le mécanisme grammatical de cette mise en garde, distinct de la formule d’interdit explicite. Ce verset ne recourt pas au verbe ḥarrama ni à l’adjectif ḥarām, employés en S5:3 (Bloc I) pour la liste de l’illicite alimentaire (« ḥurrimat ʿalaykum … »). Il procède autrement : une qualification catégorique (innamā … rijs, « ne sont qu’une souillure »), rattachée explicitement à l’œuvre du shayṭān, suivie d’un impératif direct (fa-jtanibūhu, « écartez-vous-en »), et prolongée au verset suivant par une question rhétorique fermée (fa-hal antum muntahūn, « allez-vous donc cesser ? », S5:91). Dit : c’est cette construction précise — qualification + impératif + question rhétorique de clôture — qui porte, dans ce verset, la force de la mise en garde contre le khamr et le maysir, et non l’emploi du terme ḥarām lui-même, absent de ces deux versets. Cette observation est de pure linguistique descriptive ; elle ne remet en cause aucune conclusion tirée par ailleurs de l’ensemble du passage.

Notes lexicales
al-khamr
racine *kh-m-r* : Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) — le recouvrement, l'obscurcissement ; *khamara* : voiler, couvrir. Voir S2:219 : « ce qui voile la raison ». Conservé en translittération, faute d'équivalent français rendant à la fois la boisson visée et l'image du voile posé sur le discernement.
al-maysir
racine *y-s-r* (la facilité ; voir S2:219) : gain obtenu sans effort proportionné, par tirage au sort. Cohérence intra-coranique majeure : la note sur S2:219 précisait explicitement que ce verset-là « ne prononce pas d'interdiction … l'interdiction formelle du *khamr*, si elle est établie ailleurs dans le corpus coranique (S5:90–91, hors de ce bloc), n'est pas le contenu de ce verset précis ». Ce Bloc X est ce lieu même annoncé par cette note.
al-anṣāb
pluriel de *nuṣub*, racine *n-ṣ-b* : pierre dressée servant de support à un sacrifice. Voir S5:3, au singulier, dans un contexte alimentaire (« ce qui a été sacrifié sur *an-nuṣub* »). Dit — une nuance à nommer : ce verset ne vise plus seulement la viande sacrifiée sur ces pierres, mais les pierres elles-mêmes comme objet à écarter — un déplacement de l'aliment vers le support cultuel lui-même.
al-azlām
même terme qu'en S5:3 : flèches sans empennes utilisées pour une décision par tirage.
rijs
racine *r-j-s* : Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) — un sens unique qui porte l'idée d'un mélange désordonné et d'un relâchement, d'où *ar-rijs*, la souillure, ce qui doit être écarté par nature. Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) — « *kullu qadhar* », toute chose tenue pour impure ou répugnante. Al-Farāhīdī (*Kitāb al-ʿAyn*) — même sens de souillure (*qadhar*), à distinguer de la racine voisine *r-j-z* (le châtiment, la punition), que ce verset n'emploie pas. Dit : le texte qualifie les quatre éléments cités comme relevant d'une seule et même catégorie — la souillure —, sans distinguer entre eux de degré.
min ʿamali sh-shayṭān
Dit : le texte rattache ces quatre éléments non à Allaah ni à une simple coutume neutre, mais explicitement à « l'œuvre du *shayṭān* » — une attribution causale que le texte pose sans la développer davantage.
fa-jtanibūhu
racine *j-n-b* : *janb*, le flanc, le côté ; à la forme VIII, se placer soi-même de côté par rapport à une chose, s'en écarter délibérément — plus qu'une simple abstention passive.
tufliḥūn
racine *f-l-ḥ* : réussir, parvenir à ce que l'on visait — l'image agricole sous-jacente (*fallāḥ*, celui qui fend la terre pour la rendre fertile) porte l'idée d'un travail qui porte son fruit. Note de structure : ce même verbe referme S5:100, dix versets plus loin, sur la même formule (*laʿallakum tufliḥūn*) — un possible effet de bouclage littéraire entre l'ouverture et la clôture de cet ensemble, signalé sans en tirer de conclusion au-delà de l'observation structurelle.

S.5:91 · Le dessein du shayṭān : l’hostilité, le détournement du dhikr et de la ṣalāt

S.5:91
إِنَّمَا يُرِيدُ الشَّيْطَانُ أَنْ يُوقِعَ بَيْنَكُمُ الْعَدَاوَةَ وَالْبَغْضَاءَ فِي الْخَمْرِ وَالْمَيْسِرِ وَيَصُدَّكُمْ عَنْ ذِكْرِ اللَّهِ وَعَنِ الصَّلَاةِ ۖ فَهَلْ أَنْتُمْ مُنْتَهُونَ
Innamā yurīdu sh-shayṭānu an yūqiʿa baynakumu l-ʿadāwata wa-l-baghḍāʾa fi l-khamri wa-l-maysiri wa-yaṣuddakum ʿan dhikri llāhi wa-ʿani ṣ-ṣalāti — fa-hal antum muntahūn Le shayṭān ne veut, par le khamr et le maysir, que jeter entre vous l’ʿadāwa (l’hostilité) et le baghḍāʾ (la haine mutuelle), et vous détourner (yaṣuddakum) du dhikr d’Allaah et de la ṣalāt — allez-vous donc cesser (muntahūn) ?
Notes lexicales
al-ʿadāwa
racine *ʿ-d-w* (voir S5:62/64/78/82) : dépasser une limite avec hostilité.
al-baghḍāʾ
racine *b-gh-ḍ* : la haine, l'aversion réciproque — antonyme direct de *mawadda* (l'affection, voir S5:82).
yaṣuddakum
racine *ṣ-d-d* (voir S5:2 : « *an ṣaddūkum ʿani l-masjidi l-ḥarām* », « qu'il vous a barré l'accès à la Mosquée sacrée ») : barrer, détourner de force. Cohérence intra-coranique : même racine, même sourate — d'un empêchement extérieur (barrer l'accès au sanctuaire) à un empêchement intérieur (détourner du *dhikr* et de la *ṣalāt*).
muntahūn
racine *n-h-y*, forme X (*intahā*) : cesser, s'arrêter à une limite. Dit : le texte referme ce court développement non par un ordre direct supplémentaire, mais par une question rhétorique fermée, qui présuppose la réponse attendue sans l'énoncer elle-même comme un impératif nouveau.

S.5:92 · Obéir à Allaah et au rasūl — le balāgh seul

S.5:92
وَأَطِيعُوا اللَّهَ وَأَطِيعُوا الرَّسُولَ وَاحْذَرُوا ۚ فَإِنْ تَوَلَّيْتُمْ فَاعْلَمُوا أَنَّمَا عَلَىٰ رَسُولِنَا الْبَلَاغُ الْمُبِينُ
Wa-aṭīʿu llāha wa-aṭīʿu r-rasūla wa-ḥdharū — fa-in tawallaytum fa-ʿlamū annamā ʿalā rasūlinā l-balāghu l-mubīn Et obéissez à Allaah, et obéissez au rasūl, et prenez garde (wa-ḥdharū) — si vous vous détournez (tawallaytum), sachez alors que Notre rasūl n’a pour charge que la communication manifeste (al-balāgh al-mubīn).
Notes lexicales
wa-ḥdharū
racine *ḥ-dh-r* : prendre garde, se prémunir contre un danger identifié — proche mais distinct de la *taqwā*, qui porte une portée plus générale.
tawallaytum
racine *w-l-y* (voir Bloc VI et *passim*) : se détourner, rompre un lien d'allégeance.
annamā ʿalā rasūlinā l-balāghu l-mubīn
*balāgh*, racine *b-l-gh* (voir S5:67, Bloc VII ; étude dédiée Nabī et Rasūl — النَّبِيُّ وَالرَّسُولُ) : la communication portée à son terme, sans reste. Cohérence intra-coranique : cette clause referme le développement sur le *khamr* et le *maysir* par le même principe qu'en S5:44–50 (Bloc V, étude Le Nabī n'est pas législateur) : le *rasūl* transmet, il ne légifère pas de son propre chef. La mise en garde qui précède est ainsi présentée comme relevant de ce qui a été communiqué, non d'une initiative propre du *rasūl*.

S.5:93 · Nul junāḥ pour ce qui a été consommé, si taqwā, īmān et iḥsān

S.5:93
لَيْسَ عَلَى الَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ جُنَاحٌ فِيمَا طَعِمُوا إِذَا مَا اتَّقَوْا وَآمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ ثُمَّ اتَّقَوْا وَآمَنُوا ثُمَّ اتَّقَوْا وَأَحْسَنُوا ۗ وَاللَّهُ يُحِبُّ الْمُحْسِنِينَ
Laysa ʿalā lladhīna āmanū wa-ʿamilū ṣ-ṣāliḥāti junāḥun fīmā ṭaʿimū idhā mā ttaqaw wa-āmanū wa-ʿamilū ṣ-ṣāliḥāti thumma ttaqaw wa-āmanū thumma ttaqaw wa-aḥsanū — wa-llāhu yuḥibbu l-muḥsinīn Nul junāḥ ne pèse sur ceux qui ont cru et fait les œuvres droites (ṣāliḥāt) pour ce qu’ils ont consommé (fīmā ṭaʿimū), s’ils se sont constitué une taqwā (ittaqaw) et ont cru et fait les œuvres droites, puis se sont constitué une taqwā et ont cru, puis se sont constitué une taqwā et ont bien agi (aḥsanū) — Allaah honore (yuḥibbu) les muḥsinūn.

Note de méthode — la portée exacte de « fīmā ṭaʿimū ». Ce verset suit immédiatement le développement sur le khamr et le maysir (S5:90–91), et la lecture qui le rattache à ce qui a pu être consommé avant l’établissement de cette mise en garde est, de ce fait, une lecture contextuelle solide. Dit : le texte lui-même, cependant, ne nomme pas le khamr dans ce verset — il parle de « ce qu’ils ont consommé » (fīmā ṭaʿimū) en des termes généraux, sans préciser lui-même le moment ni l’objet exact de cette consommation. Non-dit : l’identification précise de « ce qui a été consommé » au khamr bu avant la mise en garde qui précède est une lecture par proximité textuelle, non une donnée que ce verset affirme explicitement par ses propres mots. On retient cette lecture contextuelle comme la plus probable, tout en signalant qu’elle relève de la cohérence de l’ensemble du passage plutôt que du seul énoncé de ce verset pris isolément.

Notes lexicales
junāḥ
racine *j-n-ḥ* (voir S2:158, S2:198) : l'inclinaison vers la faute — nulle inclinaison de ce type imputée ici.
ttaqaw … āmanū … ʿamilū ṣ-ṣāliḥāt … aḥsanū
Dit : le texte répète trois fois la *taqwā* comme charnière de la triple clause (*ittaqaw wa-āmanū* ; *thumma ttaqaw wa-āmanū* ; *thumma ttaqaw wa-aḥsanū*), avec une progression du dernier terme : les œuvres droites (*ʿamilū ṣ-ṣāliḥāt*) cèdent la place, à la troisième reprise, à l'*iḥsān* (agir au mieux) — une gradation que le texte construit lui-même par cette répétition, sans qu'il en explicite la raison au-delà de la structure elle-même.
wa-llāhu yuḥibbu l-muḥsinīn
Cohérence intra-coranique : formule identique à S2:195 et S3:134. *Yuḥibbu*, racine *ḥ-b-b* : lorsqu'Allaah est concerné, le verbe est rendu par « honorer » (comme en S5:87 : « Allaah n'honore pas… »), ce qui évite de projeter sur ce qui est dit d'Allaah un sentiment de type humain ; la forme arabe est donnée entre parenthèses dans la traduction.

L’épreuve du gibier en ḥurum, sa kaffāra, le licite retrouvé · S5:94–96

S.5:94 · L’épreuve du gibier à portée de main

S.5:94
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لَيَبْلُوَنَّكُمُ اللَّهُ بِشَيْءٍ مِنَ الصَّيْدِ تَنَالُهُ أَيْدِيكُمْ وَرِمَاحُكُمْ لِيَعْلَمَ اللَّهُ مَنْ يَخَافُهُ بِالْغَيْبِ ۚ فَمَنِ اعْتَدَىٰ بَعْدَ ذَٰلِكَ فَلَهُ عَذَابٌ أَلِيمٌ
Yā ayyuhā lladhīna āmanū la-yabluwannakumu llāhu bi-shayʾin mina ṣ-ṣaydi tanāluhu aydīkum wa-rimāḥukum li-yaʿlama llāhu man yakhāfuhu bi-l-ghaybi — fa-mani ʿtadā baʿda dhālika fa-lahu ʿadhābun alīm Ô vous qui avez cru, Allaah va assurément vous éprouver (la-yabluwannakum) par quelque gibier qu’atteignent vos mains et vos lances, afin qu’il devienne manifeste (li-yaʿlama llāh) qui Le redoute (yakhāfuhu) dans l’inaccessible (bi-l-ghayb) — quiconque transgresse (iʿtadā) après cela aura un châtiment douloureux.
Notes lexicales
la-yabluwannakum
racine *b-l-w* : éprouver, mettre à l'épreuve pour manifester ce qui était déjà en germe.
li-yaʿlama llāhu man yakhāfuhu bi-l-ghayb
Non-dit — la portée de « li-yaʿlama ». Cette clause de finalité (*li-* + subjonctif) construit grammaticalement l'épreuve comme orientée vers un savoir qui « advient » à son issue. Le texte ne développe pas ici le mécanisme de cette clause appliquée à Allaah — on ne tire de cette seule construction grammaticale aucune inférence sur une évolution du savoir d'Allaah, savoir que le texte affirme ailleurs (S5:97 : « Allaah sait ce qui est dans les cieux et sur la terre ») comme déjà total. Cette clause de finalité est ici rapportée à la fonction que le texte donne lui-même à l'épreuve — rendre manifeste une disposition (craindre Allaah « dans l'inaccessible », *bi-l-ghayb*, c'est-à-dire hors de toute contrainte ou surveillance visible) —, sans se prononcer au-delà sur la nature exacte de ce que ce verbe implique lorsqu'il est appliqué à Allaah.
bi-l-ghayb
racine *gh-y-b* : ce qui échappe à la perception directe — ici, la situation où rien ni personne ne contraint visiblement à l'obéissance.
iʿtadā
racine *ʿ-d-w*, forme VIII (voir *passim*) : transgresser une limite posée.

S.5:95 · L’interdit de tuer le gibier en ḥurum — le détail de la kaffāra

S.5:95
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لَا تَقْتُلُوا الصَّيْدَ وَأَنْتُمْ حُرُمٌ ۚ وَمَنْ قَتَلَهُ مِنْكُمْ مُتَعَمِّدًا فَجَزَاءٌ مِثْلُ مَا قَتَلَ مِنَ النَّعَمِ يَحْكُمُ بِهِ ذَوَا عَدْلٍ مِنْكُمْ هَدْيًا بَالِغَ الْكَعْبَةِ أَوْ كَفَّارَةٌ طَعَامُ مَسَاكِينَ أَوْ عَدْلُ ذَٰلِكَ صِيَامًا لِيَذُوقَ وَبَالَ أَمْرِهِ ۗ عَفَا اللَّهُ عَمَّا سَلَفَ ۚ وَمَنْ عَادَ فَيَنْتَقِمُ اللَّهُ مِنْهُ ۗ وَاللَّهُ عَزِيزٌ ذُو انْتِقَامٍ
Yā ayyuhā lladhīna āmanū lā taqtulū ṣ-ṣayda wa-antum ḥurum — wa-man qatalahu minkum mutaʿammidan fa-jazāʾun mithlu mā qatala mina n-naʿami yaḥkumu bihi dhawā ʿadlin minkum hadyan bāligha l-Kaʿbati aw kaffāratun ṭaʿāmu masākīna aw ʿadlu dhālika ṣiyāman li-yadhūqa wabāla amrihi — ʿafā llāhu ʿammā salafa — wa-man ʿāda fa-yantaqimu llāhu minhu — wa-llāhu ʿazīzun dhū ntiqām Ô vous qui avez cru, ne tuez pas le gibier tant que vous êtes en état de ḥurum. Quiconque parmi vous le tue avec intention délibérée (mutaʿammidan), qu’il y ait une compensation (jazāʾ) équivalente à ce qu’il a tué, parmi le bétail (naʿam), dont décident (yaḥkumu bihi) deux [hommes] justes (dhawā ʿadl) parmi vous : une offrande (hadyan) parvenant à la Kaʿba, ou une expiation (kaffāra) : nourrir des pauvres (masākīn), ou l’équivalent de cela en jeûne (ṣiyāman), afin qu’il goûte la lourdeur (wabāl) de son acte. Allaah a effacé ce qui est passé (ʿafā … ʿammā salaf) ; quiconque récidive (ʿāda), Allaah Se vengera de lui (fa-yantaqimu) — Allaah est ʿAzīz, doué de vengeance (dhū ntiqām).
Notes lexicales
mutaʿammidan
racine *ʿ-m-d*, forme V : agir avec intention délibérée. Cohérence intra-coranique : même terme qu'en S4:93, où il distinguait l'homicide délibéré de l'homicide par erreur (*khaṭaʾan*, S4:92) — même distinction reconduite ici pour le gibier tué en état de *ḥurum*.
jazāʾun mithlu mā qatala mina n-naʿam
*naʿam* (voir S5:1 : *bahīmat al-anʿām*) : les troupeaux. Dit : le texte fixe un principe d'équivalence (*mithlu mā qatala*, « l'équivalent de ce qu'il a tué ») laissé à l'appréciation de deux [témoins ou arbitres] justes — non-dit : le texte ne détaille pas ici les critères précis de cette équivalence.
dhawā ʿadlin minkum
racine *ʿ-d-l* : la droiture d'appréciation. Cette expression revient à l'identique en S5:106, plus loin dans ce même Bloc, pour la procédure de témoignage.
hadyan bāligha l-Kaʿba / kaffāratun ṭaʿāmu masākīn / ṣiyāman
*al-hady* : voir S5:2. *Kaffāra* et *masākīn* : vocabulaire repris de S5:89, où la même gradation — compensation matérielle, nourriture de pauvres, à défaut un jeûne — structurait déjà l'expiation du serment délibérément rompu. *Ṣiyām* : voir l'étude L'Abstention Sacrée — الصِّيَامُ — As-Ṣiyām. Cohérence intra-coranique : structure de gradation identique à celle de S4:92 pour l'affranchissement d'un captif, à défaut un jeûne.
li-yadhūqa wabāla amrihi
racine *dh-w-q* : goûter, faire l'expérience sensible d'une chose. *Wabāl*, racine *w-b-l* : la lourdeur, la conséquence pesante d'un acte. Dit : le texte présente l'expiation non comme une simple formalité, mais comme ce par quoi l'auteur de l'acte « goûte » lui-même la charge de ce qu'il a commis.
ʿafā llāhu ʿammā salaf
racine *ʿ-f-w* (voir S2:219, entre autres) : lever ce qui pesait. Dit : le texte efface explicitement ce qui a été commis avant cette prescription — une clause de non-rétroactivité de même nature que celle posée en S5:93 pour la consommation antérieure, mais ici nommée sans ambiguïté (*ʿammā salafa*, « ce qui est passé »).
fa-yantaqimu llāhu minhu … dhū ntiqām
racine *n-q-m* : Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) — une réaction en retour proportionnée à un mal commis, la rétribution punitive. Dit : le texte réserve cette rétribution à la récidive (*ʿāda*) après que l'effacement du passé (*ʿafā*) a déjà été accordé une fois — non à la première faute elle-même, pour laquelle la *kaffāra* suffit.

S.5:96 · Le gibier de mer licite, le gibier de terre interdit en ḥurum

S.5:96
أُحِلَّ لَكُمْ صَيْدُ الْبَحْرِ وَطَعَامُهُ مَتَاعًا لَكُمْ وَلِلسَّيَّارَةِ ۖ وَحُرِّمَ عَلَيْكُمْ صَيْدُ الْبَرِّ مَا دُمْتُمْ حُرُمًا ۗ وَاتَّقُوا اللَّهَ الَّذِي إِلَيْهِ تُحْشَرُونَ
Uḥilla lakum ṣaydu l-baḥri wa-ṭaʿāmuhu matāʿan lakum wa-li-s-sayyārati — wa-ḥurrima ʿalaykum ṣaydu l-barri mā dumtum ḥuruman — wa-ttaqu llāha lladhī ilayhi tuḥsharūn Vous est rendue licite la chasse en mer et sa nourriture, comme jouissance (matāʿan) pour vous et pour les voyageurs (as-sayyāra) — et vous est rendue interdite la chasse sur terre tant que vous demeurez en état de ḥurum. Constituez-vous une taqwā d’Allaah, Ce vers quoi vous serez rassemblés (tuḥsharūn).
Notes lexicales
Allaah lladhī ilayhi tuḥsharūn
Application de la règle terminologique. La construction épithète *al-ladhī* appliquée à Allaah est rendue par « Ce vers quoi », non « Celui vers qui » — neutre le plus absolu possible.
as-sayyāra
racine *s-y-r* : ce qui se déplace, la caravane, le voyageur en déplacement.
tuḥsharūn
racine *ḥ-sh-r* : rassembler, réunir en un lieu depuis la dispersion. Dit : ce verset referme l'ensemble S5:94–96 (l'épreuve, l'interdit, sa *kaffāra*, le licite retrouvé) par un rappel du retour vers Allaah, sans détail supplémentaire sur les modalités de ce rassemblement.

La Kaʿba, qiyām pour les gens ; le balāgh réitéré ; khabīth et ṭayyib · S5:97–100

S.5:97 · La Kaʿba et les institutions du pèlerinage, qiyām pour les gens

S.5:97
۞ جَعَلَ اللَّهُ الْكَعْبَةَ الْبَيْتَ الْحَرَامَ قِيَامًا لِلنَّاسِ وَالشَّهْرَ الْحَرَامَ وَالْهَدْيَ وَالْقَلَائِدَ ۚ ذَٰلِكَ لِتَعْلَمُوا أَنَّ اللَّهَ يَعْلَمُ مَا فِي السَّمَاوَاتِ وَمَا فِي الْأَرْضِ وَأَنَّ اللَّهَ بِكُلِّ شَيْءٍ عَلِيمٌ
Jaʿala llāhu l-Kaʿbata l-bayta l-ḥarāma qiyāman li-n-nāsi wa-sh-shahra l-ḥarāma wa-l-hadya wa-l-qalāʾida — dhālika li-taʿlamū anna llāha yaʿlamu mā fi s-samāwāti wa-mā fi l-arḍi wa-anna llāha bi-kulli shayʾin ʿalīm Allaah a fait de la Kaʿba, la Maison sacrée, un point d’appui stable (qiyāman) pour les gens, ainsi que du mois sacré, de l’offrande (al-hady) et des guirlandes qui la signalent (al-qalāʾid) — cela, afin que vous sachiez qu’Allaah sait ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre, et qu’Allaah est, de toute chose, connaissant (ʿalīm).
Notes lexicales
qiyāman li-n-nās
racine *q-w-m* : ce qui tient debout, ce qui sert de point d'appui stable. Cohérence intra-coranique : même terme qu'en S4:5 (« les biens qu'Allaah a faits pour vous un *qiyām* »), où il désignait déjà une fonction de soutien stable pour l'ordre social — ici appliqué à la Kaʿba, au mois sacré et aux institutions du pèlerinage comme repères stables organisant le calendrier, la sécurité et les échanges des gens.
al-hady / al-qalāʾid
voir S5:2.
anna llāha yaʿlamu mā fi s-samāwāti wa-mā fi l-arḍ
Dit : ce verset affirme, immédiatement après l'épreuve du gibier (S5:94) et sa clause de finalité *li-yaʿlama*, un savoir d'Allaah explicitement total et déjà acquis (« sait ce qui est dans les cieux et sur la terre ») — un rappel qui éclaire, par cohérence intra-coranique immédiate, la clause de finalité de S5:94 comme relevant de la manifestation d'une disposition humaine, non d'un savoir qui s'accroîtrait pour Allaah.

S.5:98 · Allaah, sévère dans la sanction, Ghafūr, Raḥīm

S.5:98
اعْلَمُوا أَنَّ اللَّهَ شَدِيدُ الْعِقَابِ وَأَنَّ اللَّهَ غَفُورٌ رَحِيمٌ
Iʿlamū anna llāha shadīdu l-ʿiqābi wa-anna llāha ghafūrun raḥīm Sachez qu’Allaah est sévère dans la sanction (shadīdu l-ʿiqāb), et qu’Allaah est Ghafūr, Raḥīm.
Notes lexicales
shadīdu l-ʿiqāb … ghafūrun raḥīm
formule récurrente dans le Coran, associant les deux mêmes pôles (la sévérité de la sanction, la portée du pardon) sans que le texte ne les hiérarchise l'un par rapport à l'autre.

S.5:99 · Le rasūl n’a de charge que le balāgh

S.5:99
مَا عَلَى الرَّسُولِ إِلَّا الْبَلَاغُ ۗ وَاللَّهُ يَعْلَمُ مَا تُبْدُونَ وَمَا تَكْتُمُونَ
Mā ʿalā r-rasūli illā l-balāghu — wa-llāhu yaʿlamu mā tubdūna wa-mā taktumūn Le rasūl n’a de charge que la communication (al-balāgh) — Allaah sait ce que vous divulguez et ce que vous dissimulez.
Notes lexicales
mā ʿalā r-rasūli illā l-balāgh
Cohérence intra-coranique : reprise resserrée du principe posé en S5:92, dans ce même Bloc, et en S5:67 (Bloc VII). Dit : cette clausule referme l'ensemble S5:94–99 en revenant au principe qui l'ouvrait (S5:92), avant d'introduire le contraste *khabīth*/*ṭayyib* du verset suivant.
tubdūna / taktumūn
racines *b-d-w* et *k-t-m* : divulguer, dissimuler.

S.5:100 · Le khabīth et le ṭayyib ne s’égalent pas

S.5:100
قُلْ لَا يَسْتَوِي الْخَبِيثُ وَالطَّيِّبُ وَلَوْ أَعْجَبَكَ كَثْرَةُ الْخَبِيثِ ۚ فَاتَّقُوا اللَّهَ يَا أُولِي الْأَلْبَابِ لَعَلَّكُمْ تُفْلِحُونَ
Qul lā yastawī l-khabīthu wa-ṭ-ṭayyibu wa-law aʿjabaka kathratu l-khabīthi — fa-ttaqu llāha yā ulī l-albābi laʿallakum tufliḥūn Dis : « Le khabīth (le vicié) et le ṭayyib (le bon) ne s’égalent pas (lā yastawī), même si l’abondance du khabīth te séduit (aʿjabaka) » — constituez-vous donc une taqwā d’Allaah, ô détenteurs de raison (ulī l-albāb) ; peut-être serez-vous tufliḥūn.
Notes lexicales
al-khabīth / aṭ-ṭayyib
racines *kh-b-th* et *ṭ-y-b* (voir S2:267 ; S3:179 ; S4:2) : le vicié et le sain. Non-dit : ce verset ne nomme pas ici l'objet précis de cette comparaison — contrairement à S4:2 (biens des orphelins) ou S2:267 (ce qui est dépensé) —, la formule est posée ici sous une forme générale.
aʿjabaka
racine *ʿ-j-b* (voir S2:204/221) : ce qui séduit par l'apparence ou l'abondance, indépendamment de sa valeur réelle.
ulī l-albāb
*lubb*, le noyau, ce qu'il y a de plus essentiel dans l'intellect. Cohérence intra-coranique : expression que l'on retrouve en clôture de S3:190 (l'*āya* de la création des cieux et de la terre) — ici appliquée à la capacité de ne pas se laisser égarer par la seule abondance apparente du *khabīth*.
laʿallakum tufliḥūn
Note de structure : reprise exacte de la clôture de S5:90 ; voir la note sur S5:90 à propos de l'effet de bouclage entre l'ouverture et la clôture de S5:90–100.

Ne pas interroger sur ce qui nuit ; rejet de la fabrication ancestrale · S5:101–105

S.5:101 · Ne pas interroger sur ce qui nuirait

S.5:101
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لَا تَسْأَلُوا عَنْ أَشْيَاءَ إِنْ تُبْدَ لَكُمْ تَسُؤْكُمْ وَإِنْ تَسْأَلُوا عَنْهَا حِينَ يُنَزَّلُ الْقُرْآنُ تُبْدَ لَكُمْ عَفَا اللَّهُ عَنْهَا ۗ وَاللَّهُ غَفُورٌ حَلِيمٌ
Yā ayyuhā lladhīna āmanū lā tasʾalū ʿan ashyāʾa in tubda lakum tasuʾkum wa-in tasʾalū ʿanhā ḥīna yunazzalu l-Qurʾānu tubda lakum — ʿafā llāhu ʿanhā — wa-llāhu ghafūrun ḥalīm Ô vous qui avez cru, n’interrogez pas sur des choses qui, si elles vous étaient dévoilées (tubda lakum), vous feraient du mal (tasuʾkum) ; et si vous les interrogez au moment où le Qurʾān descend (ḥīna yunazzalu l-Qurʾān), elles vous seront dévoilées. Allaah a passé outre cela (ʿafā llāhu ʿanhā) — Allaah est Ghafūr, Ḥalīm.
Notes lexicales
tasuʾkum
racine *s-w-ʾ* : nuire, causer un mal ou un déplaisir — même racine que *sayyiʾa* (la mauvaise action).
ḥīna yunazzalu l-Qurʾān
Dit : le texte présuppose ici, par cette clause temporelle, que la descente du *Qurʾān* pouvait encore se poursuivre au moment où ce verset s'adresse à ses destinataires — non-dit : le texte ne précise pas ici la chronologie exacte de cette descente ni son terme.
ḥalīm
racine *ḥ-l-m* : la retenue qui n'agit pas dans l'immédiateté de ce qui susciterait une réaction. Voir S2:225 pour la même paire *ghafūr*/*ḥalīm*.

S.5:102 · Le précédent d’un peuple qui a interrogé et en est devenu kāfir

S.5:102
قَدْ سَأَلَهَا قَوْمٌ مِنْ قَبْلِكُمْ ثُمَّ أَصْبَحُوا بِهَا كَافِرِينَ
Qad saʾalahā qawmun min qablikum thumma aṣbaḥū bihā kāfirīn Un peuple avant vous les a interrogées (saʾalahā), puis ils en sont devenus (aṣbaḥū bihā), à cause d’elles, des kāfirūn.
Notes lexicales
qad saʾalahā qawmun min qablikum
Cohérence intra-coranique : rapprochement avec S2:108 : « *am turīdūna an tasʾalū rasūlakum kamā suʾila Mūsā min qablu* », « voulez-vous interroger votre *rasūl* comme Mūsā fut interrogé auparavant ? » — même structure d'avertissement contre une demande insistante adressée à un *rasūl*, bien que S2:108 ne nomme pas ici le peuple visé par ce verset-ci. Non-dit : ce verset ne précise pas lui-même l'identité de ce peuple antérieur ni la nature exacte des choses interrogées.
aṣbaḥū bihā kāfirīn
racine *ṣ-b-ḥ* (devenir, au sens d'un changement d'état constaté) et *k-f-r*. Dit : le texte rattache explicitement le *kufr* de ce peuple à l'acte même d'avoir interrogé (*bihā*, « à cause d'elles ») — non à une cause distincte qui resterait tue.

S.5:103 · Le rejet de bahīra, sāʾiba, waṣīla, ḥām — une fabrication contre Allaah

S.5:103
مَا جَعَلَ اللَّهُ مِنْ بَحِيرَةٍ وَلَا سَائِبَةٍ وَلَا وَصِيلَةٍ وَلَا حَامٍ ۙ وَلَٰكِنَّ الَّذِينَ كَفَرُوا يَفْتَرُونَ عَلَى اللَّهِ الْكَذِبَ ۖ وَأَكْثَرُهُمْ لَا يَعْقِلُونَ
Mā jaʿala llāhu min baḥīratin wa-lā sāʾibatin wa-lā waṣīlatin wa-lā ḥāmin — wa-lākinna lladhīna kafarū yaftarūna ʿalā llāhi l-kadhiba — wa-aktharuhum lā yaʿqilūn Allaah n’a institué (mā jaʿala) ni baḥīra, ni sāʾiba, ni waṣīla, ni ḥām — mais ceux qui ont commis le kufr forgent (yaftarūna) contre Allaah le mensonge (al-kadhib), et la plupart d’entre eux ne raisonnent pas (lā yaʿqilūn).

Note de méthode — bahīra, sāʾiba, waṣīla, ḥām : quatre termes techniques sans équivalent français, définis par les dictionnaires classiques, non par le tafsīr. Ces quatre mots désignent des pratiques d’attribution rituelle d’animaux d’élevage, documentées comme telles dans les dictionnaires classiques de la langue arabe (Lisān al-ʿArab d’Ibn Manẓūr, entrées correspondantes) plutôt que dans un exposé narratif de circonstances : al-baḥīra, racine b-ḥ-r (fendre) — chamelle dont l’oreille est fendue et qui est laissée sans monte ni traite après un certain nombre de mises bas ; as-sāʾiba, racine s-y-b (laisser aller librement) — chamelle relâchée en liberté à la suite d’un vœu ; al-waṣīla, racine w-ṣ-l (joindre) — brebis ou chèvre dont une portée gémellaire liait un traitement particulier ; al-ḥām, racine ḥ-m-y (protéger, rendre inviolable) — étalon dispensé de charge après un nombre déterminé de saillies. Dit : le texte ne détaille lui-même aucune de ces quatre pratiques — il se limite à nier qu’Allaah les ait instituées, et à qualifier cette attribution de mensonge forgé contre Allaah. Non-dit : le détail concret de chaque pratique, ci-dessus rapporté, provient de l’usage attesté de ces quatre mots dans la langue arabe classique documentée par les dictionnaires — non du texte coranique lui-même, qui se contente de les nommer pour les récuser.

Notes lexicales
mā jaʿala llāhu
Cohérence intra-coranique : même structure de négation (« Allaah n'a pas institué… ») que pour d'autres attributions rejetées dans le corpus coranique — le texte nie ici que ces pratiques viennent d'Allaah, sans se prononcer sur leur origine humaine par ailleurs.
yaftarūna ʿalā llāhi l-kadhib
racine *f-r-y* : forger, fabriquer de toutes pièces — l'image est celle d'une chose découpée et façonnée artificiellement, non d'un simple mensonge improvisé. Cohérence intra-coranique : même qualification (« forger un mensonge contre Allaah ») que celle de l'étude dédiée Ḥalāl et Ḥarām dans le Coran sur S16:116, à propos de qui déclare de son propre chef le *ḥalāl* et le *ḥarām*.
aktharuhum lā yaʿqilūn
racine *ʿ-q-l* (voir S2:170, entre autres).

S.5:104 · « Il nous suffit de ce sur quoi nous avons trouvé nos pères »

S.5:104
وَإِذَا قِيلَ لَهُمْ تَعَالَوْا إِلَىٰ مَا أَنْزَلَ اللَّهُ وَإِلَى الرَّسُولِ قَالُوا حَسْبُنَا مَا وَجَدْنَا عَلَيْهِ آبَاءَنَا ۚ أَوَلَوْ كَانَ آبَاؤُهُمْ لَا يَعْلَمُونَ شَيْئًا وَلَا يَهْتَدُونَ
Wa-idhā qīla lahum taʿālaw ilā mā anzala llāhu wa-ilā r-rasūli qālū ḥasbunā mā wajadnā ʿalayhi ābāʾanā — a-wa-law kāna ābāʾuhum lā yaʿlamūna shayʾan wa-lā yahtadūn Et quand il leur est dit : « Venez à ce qu’Allaah a fait descendre, et au rasūl » — ils disent : « Il nous suffit (ḥasbunā) de ce sur quoi nous avons trouvé (wajadnā) nos pères » — même si leurs pères ne savaient rien (lā yaʿlamūna shayʾan) et n’étaient pas guidés (lā yahtadūn) ?
Notes lexicales
ḥasbunā mā wajadnā ʿalayhi ābāʾanā … lā yaʿlamūna shayʾan wa-lā yahtadūn
Cohérence intra-coranique majeure, avec une variation lexicale à nommer. Parallèle très proche de S2:170 : « *wa-idhā qīla lahumu ttabiʿū mā anzala llāhu qālū bal nattabiʿu mā alfaynā ʿalayhi ābāʾanā — a-wa-law kāna ābāʾuhum lā yaʿqilūna shayʾan wa-lā yahtadūn* ». Dit — deux différences lexicales précises : là où S2:170 emploie *alfaynā* (racine *l-f-y*, trouver ce qui était déjà en place sans l'avoir cherché) et clôt sur *lā yaʿqilūna* (ne raisonnaient pas, racine *ʿ-q-l*), ce verset (S5:104) emploie *wajadnā* (racine *w-j-d*, trouver au sens plus général de rencontrer, disposer de) et clôt sur *lā yaʿlamūna* (ne savaient pas, racine *ʿ-l-m*). On nomme cette double variation sans la réduire à une simple répétition : le grief adressé aux pères se déplace ici du défaut de raisonnement vers le défaut de savoir — une nuance que le texte construit par le choix même des deux racines distinctes.
taʿālaw ilā mā anzala llāhu wa-ilā r-rasūl
Dit : l'appel initial associe explicitement « ce qu'Allaah a fait descendre » et « le *rasūl* » comme deux destinations conjointes — cohérence avec le principe du *rasūl* comme relais de transmission, non comme source distincte (voir S5:92/99, dans ce même Bloc).

S.5:105 · Veiller sur soi-même ; le retour vers Allaah

S.5:105
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا عَلَيْكُمْ أَنْفُسَكُمْ ۖ لَا يَضُرُّكُمْ مَنْ ضَلَّ إِذَا اهْتَدَيْتُمْ ۚ إِلَى اللَّهِ مَرْجِعُكُمْ جَمِيعًا فَيُنَبِّئُكُمْ بِمَا كُنْتُمْ تَعْمَلُونَ
Yā ayyuhā lladhīna āmanū ʿalaykum anfusakum — lā yaḍurrukum man ḍalla idhā htadaytum — ilā llāhi marjiʿukum jamīʿan fa-yunabbiʾukum bimā kuntum taʿmalūn Ô vous qui avez cru, [veillez] sur vous-mêmes (ʿalaykum anfusakum) — celui qui s’égare (man ḍalla) ne vous nuit pas si vous êtes guidés (htadaytum) — vers Allaah est votre retour (marjiʿukum), tous ensemble, et Il vous informera (fa-yunabbiʾukum) de ce que vous faisiez.
Notes lexicales
ʿalaykum anfusakum
construction elliptique (littéralement « sur vous, vous-mêmes ») : une charge implicite de vigilance portée sur soi, sans verbe explicite — non-dit : le texte ne précise pas ici le verbe exact que cette construction elliptique sous-entend (veiller, répondre, se charger de).
lā yaḍurrukum man ḍalla idhā htadaytum
racines *ḍ-r-r* (nuire) et *ḍ-l-l* (s'égarer). Dit : ce verset referme l'ensemble S5:101–105 en ramenant la question de l'égarement d'autrui à la responsabilité individuelle — l'égarement constaté chez un autre n'affecte pas, par lui-même, la personne qui est elle-même guidée.
ilā llāhi marjiʿukum … fa-yunabbiʾukum
racines *r-j-ʿ* et *n-b-ʾ*.

Le témoignage au moment de la waṣiyya · S5:106–108

S.5:106 · Le témoignage au moment de la waṣiyya — deux témoins, leur serment

S.5:106
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا شَهَادَةُ بَيْنِكُمْ إِذَا حَضَرَ أَحَدَكُمُ الْمَوْتُ حِينَ الْوَصِيَّةِ اثْنَانِ ذَوَا عَدْلٍ مِنْكُمْ أَوْ آخَرَانِ مِنْ غَيْرِكُمْ إِنْ أَنْتُمْ ضَرَبْتُمْ فِي الْأَرْضِ فَأَصَابَتْكُمْ مُصِيبَةُ الْمَوْتِ ۚ تَحْبِسُونَهُمَا مِنْ بَعْدِ الصَّلَاةِ فَيُقْسِمَانِ بِاللَّهِ إِنِ ارْتَبْتُمْ لَا نَشْتَرِي بِهِ ثَمَنًا وَلَوْ كَانَ ذَا قُرْبَىٰ ۙ وَلَا نَكْتُمُ شَهَادَةَ اللَّهِ إِنَّا إِذًا لَمِنَ الْآثِمِينَ
Yā ayyuhā lladhīna āmanū shahādatu baynikum idhā ḥaḍara aḥadakumu l-mawtu ḥīna l-waṣiyyati ithnāni dhawā ʿadlin minkum aw ākharāni min ghayrikum in antum ḍarabtum fi l-arḍi fa-aṣābatkum muṣībatu l-mawti — taḥbisūnahumā min baʿdi ṣ-ṣalāti fa-yuqsimāni bi-llāhi ini rtabtum lā nashtarī bihi thamanan wa-law kāna dhā qurbā — wa-lā naktumu shahādata llāhi innā idhan la-mina l-āthimīn Ô vous qui avez cru, le témoignage (shahāda) entre vous, quand la mort se présente (ḥaḍara) à l’un de vous, au moment de la waṣiyya : deux [témoins] justes (dhawā ʿadl) parmi vous, ou deux autres, non des vôtres, si vous êtes en déplacement sur la terre et que vous atteint le malheur (muṣība) de la mort. Vous les retiendrez après la ṣalāt, et ils jureront (yuqsimāni) par Allaah, si vous avez un doute (in artabtum) : « Nous n’échangerons pas cela contre un prix (thamanan), même s’il s’agit d’un proche (dhā qurbā), et nous ne dissimulerons pas le témoignage d’Allaah — nous serions alors, certes, parmi les āthimūn (ceux qui portent une faute). »
Notes lexicales
idhā ḥaḍara aḥadakumu l-mawtu … l-waṣiyya
Cohérence intra-coranique majeure : ouverture presque mot pour mot identique à S2:180 : « *kutiba ʿalaykum idhā ḥaḍara aḥadakumu l-mawtu … al-waṣiyyatu* ». Ce verset développe ici, non la prescription elle-même de la *waṣiyya* (posée en S2:180), mais la procédure de témoignage qui l'entoure.
dhawā ʿadlin minkum
reprise exacte de l'expression de S5:95, dans ce même Bloc.
in artabtum
racine *r-y-b* : Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) — le doute mêlé d'inquiétude ou de suspicion, plus marqué que le simple *shakk* (le doute neutre). Dit : le texte ne prescrit ce serment qu'à la condition d'un doute déjà là (*in artabtum*) — non de manière systématique.
lā nashtarī bihi thamanan wa-law kāna dhā qurbā
Dit : le serment porte explicitement sur le refus de vendre le témoignage contre un prix, même au bénéfice d'un proche (*dhā qurbā*) — le texte nomme ainsi lui-même le risque le plus probable de biais dans ce témoignage : le lien de proximité.
shahādata llāhi … l-āthimīn
*shahāda* qualifiée ici « d'Allaah » — non-dit : le texte ne précise pas explicitement en quoi ce témoignage est d'Allaah plutôt que des parties elles-mêmes ; inférence : la formule peut désigner soit un témoignage rendu devant Allaah, soit un témoignage dont Allaah est garant — on ne tranche pas entre ces deux lectures, toutes deux cohérentes avec le contexte du serment prêté « par Allaah » qui précède immédiatement.

S.5:107 · Si les témoins sont convaincus de faute — la substitution

S.5:107
فَإِنْ عُثِرَ عَلَىٰ أَنَّهُمَا اسْتَحَقَّا إِثْمًا فَآخَرَانِ يَقُومَانِ مَقَامَهُمَا مِنَ الَّذِينَ اسْتَحَقَّ عَلَيْهِمُ الْأَوْلَيَانِ فَيُقْسِمَانِ بِاللَّهِ لَشَهَادَتُنَا أَحَقُّ مِنْ شَهَادَتِهِمَا وَمَا اعْتَدَيْنَا إِنَّا إِذًا لَمِنَ الظَّالِمِينَ
Fa-in ʿuthira ʿalā annahumā staḥaqqā ithman fa-ākharāni yaqūmāni maqāmahumā mina lladhīna staḥaqqa ʿalayhimu l-awlayāni fa-yuqsimāni bi-llāhi la-shahādatunā aḥaqqu min shahādatihimā wa-mā ʿtadaynā innā idhan la-mina ẓ-ẓālimīn Et si l’on découvre (ʿuthira) que ces deux [témoins] se sont rendus coupables d’une faute (istaḥaqqā ithman), alors deux autres prendront leur place (yaqūmāni maqāmahumā), parmi ceux envers qui la faute a été commise (mina lladhīna staḥaqqa ʿalayhimu), les deux plus proches en droit (al-awlayān) — et ils jureront par Allaah : « Notre témoignage est plus digne d’être retenu (aḥaqqu) que le témoignage de ces deux-là, et nous n’avons pas transgressé (mā ʿtadaynā) — nous serions alors, certes, parmi les ẓālimūn. »

Note de méthode — une syntaxe dense, à la lecture procédurale non tranchée par ce Bloc. Ce verset enchaîne plusieurs relatives et duels (al-ākharān, « les deux autres » ; al-awlayān, « les deux plus proches en droit ») dont l’articulation grammaticale précise a fait l’objet, chez les grammairiens arabes classiques, de lectures distinctes — notamment sur le point de savoir si al-awlayān est en apposition à al-ākharān (les deux témoins de substitution sont eux-mêmes « les deux plus proches en droit » parmi les héritiers lésés) ou s’y articule autrement. Dit : le principe général est net — des témoins convaincus de faute (istaḥaqqā ithman) sont remplacés par deux autres, pris parmi ceux à qui un tort a été fait (mina lladhīna staḥaqqa ʿalayhimu), qui jurent à leur tour. Non-dit : ce Bloc ne tranche pas la mécanique procédurale la plus fine (l’articulation exacte de al-awlayān), signalée ici comme un point de grammaire dense plutôt que résolu.

Notes lexicales
ʿuthira ʿalā
racine *ʿ-th-r* : Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) — trébucher, tomber sur une chose par accident ; au passif, ici : être découvert fortuitement.
istaḥaqqā ithman / staḥaqqa ʿalayhim
racine *ḥ-q-q*, forme X : se rendre digne de, encourir. Dit — un même verbe pour deux positions opposées : le texte emploie la même forme verbale pour désigner, d'un côté, ce que les témoins fautifs ont encouru (une faute, *ithman*) et, de l'autre, ce qu'un tort a fait encourir aux héritiers lésés (*ʿalayhimu*, « à charge desquels » un droit est né) — un même mécanisme grammatical au service de deux effets juridiques distincts.
aḥaqqu min shahādatihimā
racine *ḥ-q-q* de nouveau, au comparatif : plus digne, plus fondé.

S.5:108 · La finalité de cette procédure — craindre Allaah, écouter

S.5:108
ذَٰلِكَ أَدْنَىٰ أَنْ يَأْتُوا بِالشَّهَادَةِ عَلَىٰ وَجْهِهَا أَوْ يَخَافُوا أَنْ تُرَدَّ أَيْمَانٌ بَعْدَ أَيْمَانِهِمْ ۗ وَاتَّقُوا اللَّهَ وَاسْمَعُوا ۗ وَاللَّهُ لَا يَهْدِي الْقَوْمَ الْفَاسِقِينَ
Dhālika adnā an yaʾtū bi-sh-shahādati ʿalā wajhihā aw yakhāfū an turadda aymānun baʿda aymānihim — wa-ttaqu llāha wa-smaʿū — wa-llāhu lā yahdī l-qawma l-fāsiqīn Cela est plus proche (adnā) pour qu’ils apportent le témoignage sous sa forme correcte (ʿalā wajhihā), ou qu’ils redoutent qu’un serment soit récusé (turadda) après leurs serments. Constituez-vous une taqwā d’Allaah et écoutez (wa-smaʿū) — Allaah ne guide pas le peuple des fāsiqūn.
Notes lexicales
adnā an yaʾtū bi-sh-shahādati ʿalā wajhihā
racine *d-n-w* (proximité) et *w-j-h* (la face, ici au sens de la forme exacte, correcte, d'une chose). Dit : le texte présente toute cette procédure — les deux témoins, leur serment, leur remplacement possible — comme un moyen (« plus proche ») de faire advenir un témoignage conforme, non comme une garantie absolue.
turadda aymānun baʿda aymānihim
racine *r-d-d* : renvoyer, récuser. *Aymān* (voir S5:89) — même racine que le serment traité pour la *kaffāra*, ici appliquée à la procédure de témoignage.
al-fāsiqīn
racine *f-s-q* (voir S5:44–49, et *passim*) : l'écart hors du cadre.

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