Structure du Bloc VII. Quatre ensembles. D’abord une promesse conditionnée : si les Ahl al-Kitāb avaient cru et s’étaient prémunis, si surtout ils avaient établi (aqāmū) la Tawrāh, l’Injīl et ce qui leur a été descendu, ils en auraient reçu une abondance concrète — mais parmi eux une communauté seulement se tient sur une voie médiane, la plupart agissant mal (S5:65–66). Puis l’ordre adressé au rasūl lui-même : transmettre intégralement (tablīgh), sans quoi la mission ne serait pas remplie, avec la promesse d’une préservation face aux gens — suivi de la même sévérité retournée vers les Ahl al-Kitāb : ils ne sont sur rien tant qu’ils n’établissent pas leurs propres Livres (S5:67–68). Puis le critère universel, en S2:62 et repris ici presque à l’identique : la foi en Allaah, au Jour dernier, et l’acte droit — au-delà de toute étiquette communautaire (S5:69). Enfin le rappel du mīthāq pris des Banū Isrāʾīl, l’envoi répété de rusul, le double sort qui leur est réservé — démentis pour les uns, tués pour les autres — et la cécité volontaire qui se répète malgré un premier retour accueilli par Allaah (S5:70–71).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.5:65 La promesse conditionnée : croire et se prémunir
S.5:66 Établir la Tawrāh et l’Injīl — une communauté médiane, une majorité qui agit mal
S.5:67 Le tablīgh comme essence de la risāla — la préservation face aux gens
S.5:68 « Vous n’êtes sur rien » — la même sévérité retournée, ne pas s’affliger
S.5:69 Le critère universel : la foi en Allaah, au Jour dernier, l’acte droit
S.5:70 Le mīthāq des Banū Isrāʾīl — des rusul envoyés, démentis ou tués
S.5:71 La cécité volontaire répétée, malgré un premier retour accueilli

La promesse conditionnée à l’établissement des Livres · S5:65–66

S.5:65 · La promesse conditionnée : croire et se prémunir

S.5:65
وَلَوْ أَنَّ أَهْلَ الْكِتَابِ آمَنُوا وَاتَّقَوْا لَكَفَّرْنَا عَنْهُمْ سَيِّئَاتِهِمْ وَلَأَدْخَلْنَاهُمْ جَنَّاتِ النَّعِيمِ
Wa-law anna ahla l-kitābi āmanū wa-ttaqaw la-kaffarnā ʿanhum sayyiʾātihim wa-la-adkhalnāhum jannāti n-naʿīm Et si les Ahl al-Kitāb avaient cru et s’étaient constitué une taqwā (ittaqaw), Nous aurions assurément effacé pour eux leurs fautes (sayyiʾātihim), et Nous les aurions assurément fait entrer dans les jardins de la plénitude comblée (jannāti n-naʿīm).

Note de cohérence intra-coranique — une formule deux fois dans cette même sourate. Le couple kaffara ʿan … sayyiʾāt / adkhala … jannāt reprend, presque mot pour mot, la formule en S5:12 (Bloc II : « la-ukaffiranna ʿankum sayyiʾātikum wa-la-udkhilannakum jannātin tajrī min taḥtihā l-anhāru », promesse faite aux Banū Isrāʾīl sous condition d’établir la ṣalāt, de donner la zakāt et de soutenir les rusul) et en S3:195 (rapportée dans la même note). Ici, la structure est inversée en mode conditionnel irréel du passé (law … la- : « si… alors, assurément… », portant sur une condition non réalisée) plutôt qu’en promesse conditionnelle ouverte : dit, le texte constate que cette condition (croire et se prémunir) n’a pas été remplie par ceux qu’il vise ici.

Notes lexicales
law anna … āmanū wa-ttaqaw
law + accompli marque l'irréel du passé : une condition non vérifiée, dont l'effet énoncé (l'effacement des fautes, l'entrée au jardin) n'a donc pas eu lieu. *Ittaqaw*, racine *w-q-y* (étude dédiée Les muttaqūn) : « ceux qui se constituent une protection, une mise à l'abri » — non simplement « les pieux ». *taqwā* est conservé en translittération ; la forme verbale est rendue par « se constituer une taqwā », non par « se prémunir », afin de garder visible en français le nom d'action *taqwā* lui-même.
la-kaffarnā ʿanhum sayyiʾātihim
racine *k-f-r* à la forme II (*kaffara*) : couvrir, effacer — sens distinct de la forme I (*kafara*, rejeter/dissimuler dès S2). *Sayyiʾa*, racine *s-w-ʾ* : ce qui est mauvais, une faute. Traduction « effacer les fautes » déjà retenue en S5:12 (Bloc II) et S3:195 — reprise ici à l'identique, par cohérence intra-coranique.
jannāti n-naʿīm
*naʿīm*, même racine *n-ʿ-m* que *anʿamta* (S1:7 : « le bienfait, la plénitude accordée »). *Naʿīm* est ici un nom de forme intensive (*faʿīl*) : une plénitude portée à son comble, non un simple bienfait ponctuel. Traduit par « la plénitude comblée » plutôt que par le mot traditionnel « délices », jugé trop étroitement sensoriel au regard du champ lexical de la racine.

S.5:66 · Établir la Tawrāh et l’Injīl — une communauté médiane, une majorité qui agit mal

S.5:66
وَلَوْ أَنَّهُمْ أَقَامُوا التَّوْرَاةَ وَالْإِنْجِيلَ وَمَا أُنْزِلَ إِلَيْهِمْ مِنْ رَبِّهِمْ لَأَكَلُوا مِنْ فَوْقِهِمْ وَمِنْ تَحْتِ أَرْجُلِهِمْ ۚ مِنْهُمْ أُمَّةٌ مُقْتَصِدَةٌ ۖ وَكَثِيرٌ مِنْهُمْ سَاءَ مَا يَعْمَلُونَ
Wa-law annahum aqāmu t-tawrāta wa-l-injīla wa-mā unzila ilayhim min rabbihim la-akalū min fawqihim wa-min taḥti arjulihim — minhum ummatun muqtaṣidatun — wa-kathīrun minhum sāʾa mā yaʿmalūn Et s’ils avaient établi (aqāmū) la Tawrāh et l’Injīl, et ce qui leur a été descendu de la part de leur Rabb, ils auraient assurément mangé de ce qui est au-dessus d’eux et de ce qui est sous leurs pieds. Parmi eux, une communauté se tient sur une voie médiane (ummatun muqtaṣidah) ; mais beaucoup d’entre eux — combien est mauvais (sāʾa) ce qu’ils font !
Notes lexicales
min rabbihim
racine *r-b-b*. *Rabb* est conservé en translittération plutôt que traduit par « Seigneur » : la racine porte, dans son champ sémantique arabe, à la fois l'idée d'éducation et de croissance progressive (*tarbiya*) et celle de souveraineté sur ce qui est élevé et conduit à son plein accomplissement — un champ que le seul mot français « Seigneur » (registre féodal et d'autorité) ne couvre pas.
aqāmu t-tawrāta wa-l-injīl
racine *q-w-m*, forme IV (*aqāma*) : mettre debout, donner sa pleine tenue à une chose — exclusivement à propos de la *ṣalāt* (« *yuqīmūna ṣ-ṣalāt* », S5:55). **Dit** : ce verset étend le même verbe à la Tawrāh et à l'Injīl eux-mêmes, non à un acte rituel ponctuel — établir un Livre, dans cet emploi, désigne donc lui donner sa pleine mise en œuvre, non seulement le détenir, le réciter ou le conserver. **Non-dit** : le texte ne précise pas ici le contenu exact de cette pleine mise en œuvre pour ces deux Livres — au-delà du verbe lui-même, il n'en détaille pas les actes.
la-akalū min fawqihim wa-min taḥti arjulihim
**Dit** : une image d'abondance matérielle concrète — nourriture venue d'en haut (la pluie, le ciel) et d'en bas (la terre, ce qui pousse sous les pieds). **Non-dit** : le texte ne dit pas explicitement que cette abondance est uniquement matérielle et non pas aussi une image plus large de la subsistance en général — les deux lectures restent cohérentes avec la formule, sans que ce verset seul ne tranche entre elles.
ummatun muqtaṣidah
racine *q-ṣ-d* : Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) rattache cette racine à l'idée d'une droiture de trajectoire, d'un chemin tenu sans détour ni excès (*istiqāmatu ṭ-ṭarīqi wa-nahjihi*). À la forme VIII (*iqtaṣada*), le participe *muqtaṣid* désigne ce qui se tient sur une voie médiane — ni en défaut, ni en excès. **Non-dit** : le texte ne précise pas ici les traits concrets qui définissent cette communauté médiane, au-delà de cette seule qualification ; l'identifier à un groupe historique précis excéderait ce que ce verset formule seul. Aucune correspondance française en un seul mot ne portant à la fois l'idée de mesure et de rectitude du chemin, la traduction retient un groupe de mots (« qui se tient sur une voie médiane »).
sāʾa mā yaʿmalūn
même racine *s-w-ʾ* que *sayyiʾātihim* (S5:65, ce Bloc) : ce qui est mauvais. Ici à la forme exclamative (*sāʾa*, « combien est mauvais »), portant sur l'agir (*yaʿmalūn*) de la majorité, distincte de la minorité *muqtaṣida* qui vient d'être nommée.

Le tablīgh comme essence de la risāla, la sévérité retournée · S5:67–68

S.5:67 · Le tablīgh comme essence de la risāla — la préservation face aux gens

S.5:67
۞ يَا أَيُّهَا الرَّسُولُ بَلِّغْ مَا أُنْزِلَ إِلَيْكَ مِنْ رَبِّكَ ۖ وَإِنْ لَمْ تَفْعَلْ فَمَا بَلَّغْتَ رِسَالَتَهُ ۚ وَاللَّهُ يَعْصِمُكَ مِنَ النَّاسِ ۗ إِنَّ اللَّهَ لَا يَهْدِي الْقَوْمَ الْكَافِرِينَ
Yā ayyuhā r-rasūlu balligh mā unzila ilayka min rabbika — wa-in lam tafʿal fa-mā ballaghta risālatahu — wa-llāhu yaʿṣimuka mina n-nāsi — inna llāha lā yahdi l-qawma l-kāfirīn Ô Rasūl, transmets (balligh) ce qui t’a été descendu de la part de ton Rabb — et si tu ne le fais pas, tu n’auras pas transmis Sa mission (risālatahu). Allaah te préserve (yaʿṣimuka) des gens. Allaah ne guide pas le peuple des kāfirūn.

Note de méthode — étude dédiée. L’étude (Le Rasūl et le Nabī) traite ce verset précisément pour établir la définition textuelle du rasūl : sa fonction essentielle est la transmission intégrale (tablīgh), au point que l’accomplissement de la risāla elle-même est posé comme conditionné par cette transmission (« wa-in lam tafʿal fa-mā ballaghta risālatahu »). Cette lecture est reprise ici sans modification, par cohérence intra-coranique.

Notes lexicales
balligh
racine *b-l-gh* : atteindre, faire parvenir jusqu'à son terme. Voir l'étude Rasūl : le *tablīgh* comme transmission intégrale, sans reste, de ce qui a été confié.
risālatahu
même racine *r-s-l* que *rasūl* : ce qui est porté et transmis (*Kitāb al-ʿAyn*, al-Farāhīdī, voir l'étude Rasūl). **Dit** : le texte lie explicitement l'accomplissement de la *risāla* au *tablīgh* — l'un ne va pas sans l'autre dans la formulation de ce verset.
yaʿṣimuka mina n-nās
racine *ʿ-ṣ-m* à la forme VIII (*iʿtaṣamū*, S4 : se retenir fermement, s'accrocher à ce qui protège — *ʿiṣma*, la protection). Ici à la forme I, sens causatif : Allaah retient, préserve Son *rasūl* à l'abri des gens. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas la nature exacte de cette préservation (physique, contre un complot, contre le découragement face au rejet) — on n'importe ici aucun récit narratif externe pour trancher cette question, qui excède ce que ce verset formule seul.

S.5:68 · « Vous n’êtes sur rien » — la même sévérité retournée, ne pas s’affliger

S.5:68
قُلْ يَا أَهْلَ الْكِتَابِ لَسْتُمْ عَلَىٰ شَيْءٍ حَتَّىٰ تُقِيمُوا التَّوْرَاةَ وَالْإِنْجِيلَ وَمَا أُنْزِلَ إِلَيْكُمْ مِنْ رَبِّكُمْ ۗ وَلَيَزِيدَنَّ كَثِيرًا مِنْهُمْ مَا أُنْزِلَ إِلَيْكَ مِنْ رَبِّكَ طُغْيَانًا وَكُفْرًا ۖ فَلَا تَأْسَ عَلَى الْقَوْمِ الْكَافِرِينَ
Qul yā ahla l-kitābi lastum ʿalā shayʾin ḥattā tuqīmu t-tawrāta wa-l-injīla wa-mā unzila ilaykum min rabbikum — wa-la-yazīdanna kathīran minhum mā unzila ilayka min rabbika ṭughyānan wa-kufrā — fa-lā taʾsa ʿalā l-qawmi l-kāfirīn Dis : « Ô Ahl al-Kitāb, vous n’êtes sur rien tant que vous n’établissez pas la Tawrāh, l’Injīl, et ce qui vous a été descendu de la part de votre Rabb. » Et ce qui a été fait descendre vers toi de la part de ton Rabb ne fera assurément qu’accroître, chez beaucoup d’entre eux, débordement (ṭughyān) et kufr. Ne t’afflige donc pas (fa-lā taʾsa) pour le peuple des kāfirūn.
Notes lexicales
lastum ʿalā shayʾin
**Dit** : formule directe — l'absence d'établissement (*iqāma*, voir S5:66 ci-dessus) des Livres est posée comme rendant nulle toute position (« vous n'êtes sur rien »), sans mesure intermédiaire énoncée par ce verset.
wa-la-yazīdanna kathīran minhum … ṭughyānan wa-kufrā
Cohérence intra-coranique — reprise mot pour mot. Cette clause reproduit exactement la formule en S5:64 (Bloc VI) — même effet paradoxal déjà noté à cet endroit : la révélation elle-même comme occasion sur laquelle bute un refus déjà présent, non comme cause de ce refus au sens d'une origine.
fa-lā taʾsa
même racine *ʾ-s-y* et même formule exacte qu'en S5:26 (Bloc III : « ne t'afflige pas, ne te désole pas »), où elle consolait Mūsā au moment de la sanction prononcée contre son propre peuple. **Dit** : ici, la même consolation est adressée au *nabī* Muḥammad, dans une situation structurellement semblable — face au rejet persistant d'un peuple auquel il a pourtant transmis ce qui lui incombait.

Le critère universel de la foi · S5:69

S.5:69 · Le critère universel : la foi en Allaah, au Jour dernier, l’acte droit

S.5:69
إِنَّ الَّذِينَ آمَنُوا وَالَّذِينَ هَادُوا وَالصَّابِئُونَ وَالنَّصَارَىٰ مَنْ آمَنَ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الْآخِرِ وَعَمِلَ صَالِحًا فَلَا خَوْفٌ عَلَيْهِمْ وَلَا هُمْ يَحْزَنُونَ
Inna lladhīna āmanū wa-lladhīna hādū wa-ṣ-ṣābiʾūna wa-n-naṣārā man āmana bi-llāhi wa-l-yawmi l-ākhiri wa-ʿamila ṣāliḥan fa-lā khawfun ʿalayhim wa-lā hum yaḥzanūn Ceux qui ont cru, ceux qui ont pratiqué le judaïsme (hādū), les ṣābiʾūn et les naṣārā — quiconque parmi eux a cru en Allaah et au Jour dernier, et a accompli un acte droit — nulle crainte sur eux, et ils ne seront pas attristés.

Note de cohérence intra-coranique — une reprise de S2:62, avec deux écarts textuels à signaler honnêtement. Ce verset reprend, presque à l’identique, la formule en S2:62 (« Inna lladhīna āmanū wa-lladhīna hādū wa-n-naṣārā wa-ṣ-ṣābiʾīna man āmana bi-llāhi wa-l-yawmi l-ākhiri wa-ʿamila ṣāliḥan »), verset pivot posant la foi et l’acte droit — non l’appartenance communautaire — comme critère. Deux écarts méritent d’être nommés sans être estompés. Premier écart (ordre) : S2:62 énumère « ceux qui ont pratiqué le judaïsme, les naṣārā et les ṣābiʾūn » ; S5:69 énumère « ceux qui ont pratiqué le judaïsme, les ṣābiʾūn et les naṣārā » — l’ordre des deux derniers groupes est inversé. Non-dit : on ne tranche pas ici si cet ordre inversé porte un sens propre ou relève d’une variation stylistique sans portée distincte — les deux versets restent par ailleurs identiques dans leur critère. Second écart (grammatical) : dans les deux versets, le nom aṣ-ṣābiʾūn/aṣ-ṣābiʾīna est attendu, sur le plan de la syntaxe classique, au cas régi par inna (l’accusatif) comme les autres noms coordonnés — c’est bien le cas en S2:62 (aṣ-ṣābiʾīna, accusatif) mais non en S5:69, où le mot apparaît au nominatif (aṣ-ṣābiʾūna). Dit : ce point de grammaire est un fait attesté et discuté de longue date par les grammairiens arabes classiques (parmi les solutions proposées : une reprise au nominatif comme sujet d’une phrase nominale sous-entendue, distincte de la coordination qui précède) ; il est signalé ici comme un fait linguistique, sans en tirer une conclusion sur le sens du verset au-delà de ce que la syntaxe elle-même documente. Sur le fond du critère lui-même : voir la note déjà posée à S2:62, reprise ici à l’identique — le texte ne dit pas que ces communautés sont également sur la hudā ; il dit que quiconque, parmi elles, a cru et agi droitement, reçoit cette même issue.

Notes lexicales
aṣ-ṣābiʾūn
terme conservé en translittération, comme en S2:62 — aucune identification communautaire précise n'est tranchée par le seul emploi de ce mot dans le corpus coranique.
fa-lā khawfun ʿalayhim wa-lā hum yaḥzanūn
Cohérence intra-coranique : même formule que S2:62 et de nombreux autres passages. **Dit** : S5:69 omet la clause « *fa-lahum ajruhum ʿinda rabbihim* » (« à eux leur rétribution auprès de leur Seigneur ») présente en S2:62, ne conservant que l'absence de crainte et d'affliction. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas la raison de cette économie de formulation par rapport à S2:62.

Le mīthāq des Banū Isrāʾīl, la cécité répétée · S5:70–71

S.5:70 · Le mīthāq des Banū Isrāʾīl — des rusul envoyés, démentis ou tués

S.5:70
لَقَدْ أَخَذْنَا مِيثَاقَ بَنِي إِسْرَائِيلَ وَأَرْسَلْنَا إِلَيْهِمْ رُسُلًا ۖ كُلَّمَا جَاءَهُمْ رَسُولٌ بِمَا لَا تَهْوَىٰ أَنْفُسُهُمْ فَرِيقًا كَذَّبُوا وَفَرِيقًا يَقْتُلُونَ
La-qad akhadhnā mīthāqa banī isrāʾīla wa-arsalnā ilayhim rusulan — kullamā jāʾahum rasūlun bimā lā tahwā anfusuhum farīqan kadhdhabū wa-farīqan yaqtulūn Nous avons certes pris le mīthāq des Banū Isrāʾīl, et Nous leur avons envoyé des rusul. Chaque fois qu’un rasūl leur venait avec ce qui ne correspondait pas aux désirs de leurs âmes, un groupe (farīqan), ils l’ont traité de menteur, et un autre groupe, ils le tuent.

Note de cohérence intra-coranique. Ce verset reprend, quasi mot pour mot, une formule en S2:87 (Bloc III de la Sourate 2 : « a-fa-kullamā jāʾakum rasūlun bi-mā lā tahwā anfusukum istakbartum fa-farīqan kadhdhabtum wa-farīqan taqtulūn », adressée directement aux Banū Isrāʾīl à la deuxième personne). Ici, la même structure est reprise à la troisième personne, en un constat général plutôt qu’en interpellation directe, et sans la clause de l’orgueil (istakbartum) qui figurait en S2:87. Le mīthāq lui-même a déjà été traité à propos des Banū Isrāʾīl en S5:12 (Bloc II) — le présent verset le nomme de nouveau, sans en reprendre ici le détail des conditions.

Notes lexicales
mīthāqa banī isrāʾīl
racine *w-th-q* (S5:7, S5:12, Bloc II) : le lien contracté, le pacte qui engage. Voir la note déjà posée à S5:12 pour le détail de ce *mīthāq*.
bimā lā tahwā anfusuhum
racine *h-w-y* : le désir, le penchant. **Dit** : le texte pose le critère du rejet non comme une objection rationnelle argumentée, mais comme un défaut de correspondance avec un désir déjà formé.
farīqan kadhdhabū wa-farīqan yaqtulūn
même partitif *farīq* (groupe, une partie) que S4:46 et S5:57 : **dit**, le texte distingue deux groupes aux sorts distincts — dément l'un, tue l'autre — sans les confondre en un bloc unique. Notable : le premier verbe (*kadhdhabū*) est à l'accompli, le second (*yaqtulūn*) à l'inaccompli — une variation temporelle qui est signalée sans lui attribuer de portée supplémentaire non formulée par le texte lui-même.

S.5:71 · La cécité volontaire répétée, malgré un premier retour accueilli

S.5:71
وَحَسِبُوا أَلَّا تَكُونَ فِتْنَةٌ فَعَمُوا وَصَمُّوا ثُمَّ تَابَ اللَّهُ عَلَيْهِمْ ثُمَّ عَمُوا وَصَمُّوا كَثِيرٌ مِنْهُمْ ۚ وَاللَّهُ بَصِيرٌ بِمَا يَعْمَلُونَ
Wa-ḥasibū allā takūna fitnatun fa-ʿamū wa-ṣammū — thumma tāba llāhu ʿalayhim — thumma ʿamū wa-ṣammū kathīrun minhum — wa-llāhu baṣīrun bimā yaʿmalūn Et ils ont estimé (ḥasibū) qu’il n’y aurait pas de fitna — alors ils sont devenus aveugles et sourds. Puis Allaah a accueilli leur retour (tāba ʿalayhim). Puis, de nouveau, ils sont devenus aveugles et sourds, beaucoup d’entre eux — et Allaah est Baṣīr de ce qu’ils font.
Notes lexicales
ḥasibū allā takūna fitnatun
racine *ḥ-s-b* (S2:214, S3:142, notamment *ḥasibtum*) : calculer, estimer par supputation — non une certitude fondée, mais une évaluation qui se révèle fausse. *Fitna* conservé en translittération, comme en S2:102 : aucun mot français unique n'en couvre le champ (épreuve, trouble, tentation, dissension selon le contexte).
fa-ʿamū wa-ṣammū
racines *ʿ-m-y* (aveugle) et *ṣ-m-m* (sourd) à propos d'un même registre de fermeture perceptive (S2:18, Bloc I : « *ṣummun bukmun ʿumyun fa-hum lā yarjiʿūn* », « sourds, muets, aveugles — ils ne reviendront donc pas »). **Dit** : le texte emploie ici les mêmes racines à la forme verbale (*ʿamiya*, *ṣamma*, devenir aveugle/sourd) plutôt qu'au nom qualificatif — un devenir, non un état donné d'emblée. **Non-dit** : comme en S2:18, ce verset ne précise pas si cette cécité et cette surdité sont d'ordre sensoriel ou d'une autre nature — le mot est employé tel quel, sans que l’on tranche entre un emploi littéral et un emploi élargi à la perception en général.
thumma tāba llāhu ʿalayhim
racine *t-w-b* (S2:160, Bloc VI de la Sourate 2 : « *atūbu ʿalayhim* », Ibn Manẓūr, *Lisān al-ʿArab* — *tāba llāhu ʿalayhi* = *qabila tawbatahu*, Il a accueilli son retour ; la préposition *ʿalā*, non *ilā*, marque un mouvement qui va vers la créature). **Dit** : ce verset atteste explicitement un premier accueil de ce retour par Allaah — suivi, malgré cela, d'une rechute dans la même cécité et surdité pour beaucoup d'entre eux. Le texte ne dit pas que cet accueil a été refusé ou repris — il constate seulement ce qui a suivi.
wa-llāhu baṣīrun bimā yaʿmalūn
*Baṣīr* : ce qui voit, ce qui perçoit sans reste — l'un des mots par lesquels on dit ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah. La clôture du verset fait écho, par contraste, à la cécité (*ʿamū*) nommée juste avant : eux sont devenus aveugles, mais rien n'échappe à Sa perception.

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