Structure du Bloc II. Dix ensembles. D’abord le rappel de l’avertissement fait aux fils d’Ādam par des rusul issus d’eux-mêmes, et le sort de ceux qui traitent les āyāt de mensonge (S7:35–39) : le rejet mutuel des umam dans le Feu, chacune maudissant celle qui l’a précédée. Puis les portes du ciel fermées à ceux qui s’enorgueillissent, et l’image du chameau passant par le chas de l’aiguille (S7:40–41). Puis les compagnons de la janna, la rancune arrachée de leurs poitrines (S7:42–43). Puis le dialogue entre les deux compagnies et la malédiction proclamée sur les ẓālimūn (S7:44–45). Puis les gens des Aʿrāf — les hauteurs qui donnent son nom traditionnel à la sourate —, qui reconnaissent les deux camps à leurs marques (S7:46–49). Puis l’eau refusée aux compagnons du Feu, pour avoir pris leur dīn en jeu (S7:50–51). Puis le Kitāb détaillé et l’attente de son taʾwīl, le jour où ceux qui l’avaient oublié chercheront en vain des shufaʿāʾ (S7:52–53). Puis le verset pivot de ce Bloc : la création des cieux et de la terre, l’istiwāʾ sur le ʿArsh, la nuit et le jour, les astres soumis, et tabāraka (S7:54). Puis l’invocation en humilité et en secret, la mise en garde contre le fasād, la raḥma proche des muḥsinīn (S7:55–56). Enfin les vents annonciateurs, la pluie qui revivifie une terre morte — signe de la résurrection —, et la parabole de la bonne et de la mauvaise terre, qui referme la séquence en préparant le cycle des récits prophétiques ouvert au verset suivant (S7:57–58).
Avertissement de méthode — S7:54, thumma stawā ʿalā l-ʿarsh (« puis S’est pleinement rendu maître du ʿArsh »). Ce verset est la première occurrence d’une formule qui revient telle quelle en six autres endroits du Coran (S10:3, S13:2, S20:5, S25:59, S32:4, S57:4), avec une variante en S41:11 (ilā s-samāʾ) — la position retenue ici vaut donc pour toutes ses occurrences. Ce Bloc nomme deux lectures linguistiquement défendables de istawā ʿalā — l’une spatiale (un mouvement s’achevant en une position stable sur/au-dessus de quelque chose), l’autre idiomatique et attestée indépendamment du Coran (l’accession à la pleine maîtrise d’un royaume ou d’un pouvoir) — et retient la seconde, par refus de toute connotation de lieu appliquée à Allaah, refus déjà appliqué de S6:3/S6:18 à S6:100/S6:103/S6:158. Voir le callout dédié à cet endroit, qui développe entièrement ce raisonnement.
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.7:35 | Nouvel avertissement aux fils d’Ādam par des rusul issus d’eux |
| S.7:36 | Ceux qui démentent et s’enorgueillissent — compagnons du Feu |
| S.7:37 | Qui est plus injuste que l’inventeur de mensonge contre Allaah ? |
| S.7:38 | Le rejet mutuel des umam dans le Feu — chacune maudit sa devancière |
| S.7:39 | La première umma répond à la dernière — nul avantage |
| S.7:40–41 | Les portes du ciel fermées, le chameau et le chas de l’aiguille, le mihād de jahannam |
| S.7:42 | Les compagnons de la janna — nulle charge au-delà du wusʿ |
| S.7:43 | La rancune arrachée des poitrines — l’héritage de la janna |
| S.7:44 | Le dialogue entre les deux compagnies — la promesse vérifiée |
| S.7:45 | Ceux qui détournent du sabīl d’Allaah et le veulent tortueux |
| S.7:46 | Le ḥijāb et les Aʿrāf — des hommes qui reconnaissent à leurs marques |
| S.7:47 | Le regard tourné vers les compagnons du Feu |
| S.7:48 | Les gens des Aʿrāf interpellent — à quoi bon le rassemblement ? |
| S.7:49 | « Sont-ce là ceux dont vous juriez… » — entrez dans la janna |
| S.7:50 | L’eau demandée par les compagnons du Feu — refusée |
| S.7:51 | Ceux qui ont pris leur dīn en jeu — aujourd’hui, l’oubli symétrique |
| S.7:52 | Le Kitāb détaillé en pleine connaissance — hudā et raḥma |
| S.7:53 | L’attente du taʾwīl — la recherche vaine de shufaʿāʾ |
| S.7:54 | Le verset pivot — création, istiwāʾ sur le ʿArsh, tabāraka |
| S.7:55 | Invoquer en humilité et en secret |
| S.7:56 | Ne pas répandre le fasād après la réforme — la raḥma proche |
| S.7:57 | Les vents annonciateurs, la pluie sur la terre morte |
| S.7:58 | La bonne terre et la mauvaise — parabole de clôture |
Le rappel de l’avertissement et le rejet mutuel des umam · S7:35–39
S.7:35 · Nouvel avertissement aux fils d’Ādam
- yaquṣṣūna ʿalaykum āyātī
- racine *q-ṣ-ṣ*, même famille que *naquṣṣanna* (S7:7) — relater, non juger : le texte reconduit la même fonction assignée aux *rusul*.
- fa-mani ttaqā wa-aṣlaḥa fa-lā khawfun ʿalayhim wa-lā hum yaḥzanūn
- formule de consolation presque identique à S2:38 (et *passim*) et reprise mot pour mot en S6:48 (« *fa-man āmana wa-aṣlaḥa* ») — ici avec *ittaqā* (se prémunir) plutôt que *āmana* (croire), variante lexicale mineure signalée sans être interprétée au-delà de ce constat.
S.7:36 · Ceux qui démentent et s’enorgueillissent
- istakbarū
- racine *k-b-r* (voir S2:34 et *passim*) — même racine que *tatakabbara* (S7:13), appliqué à Iblīs lui-même.
S.7:37 · Qui est plus injuste que l’inventeur de mensonge ?
- man aẓlamu mimmani ftarā ʿalā llāhi kadhiban
- voir S6:21, S6:93, S6:144.
- naṣībuhum mina l-kitāb
- Non-dit : ce que désigne précisément cette « part du Kitāb » (une part de subsistance ou de délai déjà déterminée, une part de rétribution) n'est pas précisé par ce seul verset.
- rusulunā yatawaffawnahum
- ici, « Nos *rusul* » désigne des êtres chargés de saisir les âmes au moment de la mort (racine *w-f-y*, voir *tawaffaytanī* S5:117 et *mutawaffīka* S3:55) — non les *rusul*-*nabī* du reste du Bloc. Précision méthodologique : l'acte est ici attribué à des envoyés intermédiaires, non directement à Allaah.
S.7:38 · Le rejet mutuel des umam dans le Feu
- laʿanat ukhtahā
- *laʿana* (voir S2:89–93 et *passim*). *Ukht* (sœur) employé ici au sens figuré d'une communauté apparentée par la nature de son rejet.
- iddārakū
- racine *d-r-k*, forme VI (se rejoindre, se rattraper mutuellement) — précision, par souci de clarté : même racine que *lā tudrikuhu l-abṣār* (S6:103), mais sens grammatical et contextuel entièrement distinct ; aucun lien de sens n'est à établir entre ces deux emplois.
S.7:39 · La première umma répond à la dernière
- faḍl … taksibūn
- *faḍl* est ici en dehors du champ de la grâce accordée par Allaah : un « surplus » revendiqué entre créatures, et aussitôt nié. Réponse symétrique au rejet de S7:38.
Les portes du ciel fermées et le mihād de jahannam · S7:40–41
S.7:40 · Les portes du ciel fermées — le chameau et le chas de l’aiguille
- lā tufattaḥu lahum abwābu s-samāʾ
- Précision : cette image de portes fermées porte sur un accès refusé (une image figurative d'exclusion), non sur une localisation d'Allaah Lui-même dans le ciel — elle ne relève donc pas des cas où une expression spatiale est appliquée directement à Allaah (comparer S6:3, S6:18/61).
- ḥattā yalija l-jamalu fī sammi l-khiyāṭ
- idiome de l'impossibilité absolue, attesté dans l'usage arabe classique indépendamment du Coran — dit : une impossibilité pure et simple est affirmée ; non-dit : le texte ne développe pas cette image au-delà de son usage rhétorique.
S.7:41 · Le mihād de jahannam
- mihād
- racine *m-h-d* (étendre, aplanir en préparant une couche).
- min fawqihim ghawāshin
- Précision (comparer S6:65) : ce *fawqa* qualifie les voiles de *jahannam* recouvrant les damnés, non Allaah Lui-même — distinct de *al-qāhiru fawqa ʿibādihi* (S6:18/61). *Ghāshiyah*, même racine que *yughshī* (S7:54) : recouvrir, envelopper entièrement — lien purement lexical entre les deux emplois, sans rapport de sens.
Les compagnons de la janna, la rancune ôtée · S7:42–43
S.7:42 · Les compagnons de la janna
- wusʿahā
- racine *w-s-ʿ*, l'amplitude non spatiale (voir S2:233/286, S6:80/152).
S.7:43 · La rancune ôtée — l’héritage de la janna
- nazaʿnā mā fī ṣudūrihim min ghillin
- Note de cohérence interne au Bloc : ce verset répond structurellement à S7:38 — les âmes du Feu se maudissent mutuellement, tandis que celles de la *janna* voient toute rancune ôtée de leur poitrine.
- ūrithtumūhā
- racine *w-r-th* (hériter), appliquée ici à la *janna*.
Le dialogue des deux compagnies et la malédiction sur les ẓālimūn · S7:44–45
S.7:44 · Le dialogue entre les deux compagnies
- muʾadhdhinun
- même racine que *adhān* (l'appel à la *ṣalāt*), mais employée ici en son sens générique de héraut, de proclamateur.
S.7:45 · Ceux qui détournent du sabīl d’Allaah
- yaṣuddūna
- racine *ṣ-d-d* (détourner, faire obstacle).
- ʿiwajan
- racine *ʿ-w-j* (tortuosité, déviation de la ligne droite) — opposé implicite du *ṣirāṭ mustaqīm* (S1:6).
Les gens des Aʿrāf · S7:46–49
S.7:46 · Le ḥijāb et les Aʿrāf
- al-Aʿrāf
- racine *ʿ-r-f* (connaître, reconnaître) — *al-aʿrāf*, pluriel de *ʿurf*, désigne dans l'usage lexicographique classique les hauteurs, les crêtes, les parties saillantes et élevées d'une chose (la crête du coq, la crinière du cheval). Ici, un lieu élevé, entre les deux compagnies, d'où l'on peut reconnaître (jeu allitératif avec *yaʿrifūna*, même racine) les deux camps à leurs marques. Ce terme, unique occurrence dans le Coran, donne son nom traditionnel à cette sourate. Non-dit : le texte ne précise ni qui sont exactement ces hommes, ni la nature de leur situation (état intermédiaire, épreuve, attente) — ce Bloc s'en tient à ce que le texte affirme : leur position, leur capacité de reconnaissance, leur parole.
- ḥijāb
- racine *ḥ-j-b* (voiler, séparer, faire écran).
- sīmāhum … yaṭmaʿūn
- *sīmā*, marque distinctive, signe reconnaissable. *Ṭamaʿ* (espérer, aspirer à), repris au verset S7:56.
S.7:47 · Le regard tourné vers les compagnons du Feu
- abṣāruhum
- même racine que *lā tudrikuhu l-abṣāru* (S6:103), mais employée ici en son sens le plus concret — la vue physique — sans portée théologique.
S.7:48 · Les gens des Aʿrāf interpellent
- mā aghnā
- racine *gh-n-y* (voir *al-Ghanī*, S2:263, S6:133) — ici au sens de « suffire, rendre utile », sans rapport avec la désignation d'Allaah.
S.7:49 · « Sont-ce là ceux dont vous juriez… »
- udkhulū l-jannata lā khawfun ʿalaykum
- Non-dit, crux de lecture : le texte ne nomme pas explicitement le destinataire de cet ordre — la première phrase s'adresse aux gens du Feu à propos de ceux dont ils juraient ; la seconde (« Entrez dans la *janna* ») est traditionnellement comprise comme adressée aux gens des Aʿrāf eux-mêmes, une fois leur attente achevée, sans que ce seul verset ne marque explicitement ce changement de destinataire — du même ordre que le crux signalé sur les changements d'interlocuteur en S6:91.
L’eau refusée et le dīn pris en jeu · S7:50–51
S.7:50 · L’eau demandée, refusée
- afīḍū
- racine *f-y-ḍ* (déborder, répandre en abondance).
S.7:51 · Ceux qui ont pris leur dīn en jeu
- ittakhadhū dīnahum lahwan wa-laʿiban
- voir S6:70, où l'ordre des deux substantifs était inversé (*laʿiban wa-lahwan*) — variante d'ordre signalée par souci d'exactitude, sans effet de sens distinct constaté. Distinct de *huzuwan wa-laʿiban* (S5:57–58, la dérision plutôt que le divertissement).
- nansāhum ka-mā nasū
- jeu rhétorique sur la racine *n-s-y* (oublier). Précision méthodologique : cet « oubli » attribué à Allaah est la conséquence rétributive, exactement symétrique, de l'oubli des hommes eux-mêmes — non un oubli au sens d'une défaillance de mémoire (comparer *wa-mā kunnā ghāʾibīn*, S7:7).
- liqāʾa yawmihim hādhā
- même racine que *liqāʾu llāh* (S6:31), mais ici « la rencontre de leur jour » — variante contextuelle, à ne pas confondre avec la formule dédiée de S6:31.
- yajḥadūn
- racine *j-ḥ-d* — distinction *takdhīb*/*juḥūd* (voir S6:33) : nier en sachant vrai, non simple mensonge.
Le Kitāb détaillé et l’attente du taʾwīl · S7:52–53
S.7:52 · Le Kitāb détaillé en pleine connaissance
- faṣṣalnāhu ʿalā ʿilmin
- racine *f-ṣ-l* (voir *nufaṣṣilu*, S7:32 ; S6). *ʿAlā ʿilmin* fait écho à *bi-ʿilmin* (S7:7).
S.7:53 · L’attente du taʾwīl — la recherche vaine de shufaʿāʾ
- taʾwīl
- racine *ʾ-w-l* (revenir, aboutir à son terme) — à distinguer de *tafsīr* : le *taʾwīl* désigne ici l'accomplissement effectif, la réalisation concrète de ce que le Kitāb annonçait, non une « interprétation » au sens herméneutique.
- shufaʿāʾa fa-yashfaʿū lanā
- racine *sh-f-ʿ*, conservée en translittération (voir l'étude La shafāʿa) — cette occurrence relève de la *shafāʿa* revendiquée dans le désespoir, une question sans réponse rapportée telle quelle par le texte, non une promesse.
- khasirū anfusahum
- voir S4:119, S6:31/140, S7:9.
Le verset pivot — création, istiwāʾ et tabāraka · S7:54
Point majeur de méthode — thumma stawā ʿalā l-ʿarsh. Cette formule revient telle quelle en six autres endroits du Coran (S10:3, S13:2, S20:5, S25:59, S32:4, S57:4 ; une variante existe en S41:11 avec ilā s-samāʾ) — le traitement retenu ici vaut donc pour toutes ses occurrences.
Ce que porte la racine. Istawā est la forme VIII de la racine s-w-y, dont le sens premier (Ibn Fāris, Maqāyīs al-Lugha) tourne autour de l’égalité, la rectitude, l’achèvement d’une chose dans un état stable, complet, sans défaut ni excès (al-istiwāʾ : ce qui est droit, uni, exactement ajusté). La même racine, sous une autre forme, a un sens explicitement non spatial en lā yastawī l-khabīthu wa-ṭ-ṭayyibu (S5:100, « le vicié et le sain ne s’égalent pas ») — une confirmation intra-coranique que le champ sémantique premier de cette racine porte sur l’égalité et l’équivalence, non sur une position physique. Appliqué avec la préposition ʿalā à un objet concret, l’usage le plus immédiat en arabe classique est cependant spatial : istawā ʿalā ẓahri d-dābbati, « il s’est fermement établi sur le dos de sa monture » — un mouvement s’achevant en une position stable et maîtrisée au-dessus de quelque chose.
Mais la langue arabe classique atteste aussi, indépendamment de tout enjeu théologique, un second usage — idiomatique — de cette même construction istawā ʿalā, appliquée à un royaume ou à un pouvoir : prendre pleinement possession de son autorité, en assurer la maîtrise effective, sans qu’aucune position physique ne soit en cause. Ce sens est illustré par un vers de la poésie arabe classique, cité par de nombreux lexicographes et exégètes de traditions théologiques très diverses : qad istawā Bishrun ʿalā l-ʿIrāqi min ghayri sayfin wa-damin muhrāq — « Bishr a pris pleine possession de l’Irak, sans épée ni sang versé » — où istawā ʿalā désigne sans ambiguïté l’accession à une pleine maîtrise politique, non une position corporelle.
Ce qui est retenu, et ce qui n’est pas tranché. La lecture spatiale (un mouvement s’achevant en une position stable sur le ʿArsh) est, historiquement, la lecture majoritaire des exégètes classiques. Il n’est pas prétendu qu’elle soit linguistiquement exclue ; on constate seulement qu’une seconde lecture, idiomatique et attestée indépendamment du Coran, permet de porter le sens de ce verset sans mobiliser aucune connotation de lieu, de position ou de posture appliquée à Allaah — conformément au refus de toute connotation spatiale appliquée à Allaah, constant de S6:3/S6:18 à S6:100/S6:103/S6:158. C’est cette seconde lecture — non un jugement sur la validité linguistique de la première — que ce Bloc retient pour sa traduction française. Le terme ʿArsh lui-même est conservé en translittération (comme ṣalāt, zakāt…), plutôt que traduit par « Trône », dont la charge concrète (un siège) réintroduirait la connotation que l’on cherche justement à éviter.
S.7:54 · Création, istiwāʾ sur le ʿArsh, tabāraka
- khalaqa s-samāwāti wa-l-arḍa fī sittati ayyāmin
- Dit : le texte affirme une création en six *ayyām* (racine *y-w-m*, dont l'extension au-delà du jour solaire ordinaire est elle-même envisagée ailleurs dans le Coran, S22:47/S70:4). Non-dit : la nature exacte de ces six *ayyām* — jours au sens usuel, ou périodes de durée non spécifiée — n'est pas précisée par ce seul verset ; ce Bloc n'en tranche pas la portée.
- thumma stawā ʿalā l-ʿarshi
- voir le callout dédié ci-dessus.
- yughshī l-layla n-nahāra yaṭlubuhu ḥathīthan
- Note purement syntaxique : le pronom suffixe de *yaṭlubuhu* est grammaticalement ambigu — est-ce le jour qui poursuit la nuit, ou l'inverse ? Les deux lectures sont défendables ; ce Bloc ne tranche pas, l'image d'ensemble (une poursuite continue et sans relâche) restant la même dans les deux cas.
- musakhkharātin bi-amrihi
- racine *s-kh-r* (soumettre, assujettir à une fonction déterminée) ; homonymie radicale sans rapport de sens avec la racine *s-kh-r* de la moquerie (*sakhira*/*istahzaʾa*, voir S2:14–15) — deux racines distinctes, signalé par souci de clarté philologique.
- alā lahu l-khalqu wa-l-amru
- affirmation explicite que la création (*khalq*) et le commandement (*amr*) Lui appartiennent en propre — clôt la série cosmologique avant *tabāraka*.
- tabāraka llāhu rabbu l-ʿālamīn
- voir l'étude Baraka et tabarruk, qui traite nommément cette occurrence — l'une des huit occurrences coraniques de *tabāraka* (forme VI), une forme qu'Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) atteste comme réservée exclusivement à Allaah dans l'usage de la langue classique (*lā tustaʿmalu illā li-llāhi taʿālā*). Gardé en translittération plutôt que rendu par une formule passive du type « béni soit », qui importerait une connotation (recevoir une bénédiction d'un autre) contraire au sens actif et intrinsèque établi par cette étude. *Rabb al-ʿālamīn* : voir S1:2.
L’invocation en humilité et la raḥma proche des muḥsinīn · S7:55–56
S.7:55 · Invoquer en humilité et en secret
- taḍarruʿan … khufyatan
- *taḍarruʿ*, racine *ḍ-r-ʿ* (l'humilité suppliante). *Khufya*, racine *kh-f-y* (le secret, la discrétion).
- lā yuḥibbu l-muʿtadīn
- *al-muʿtadīn* (voir S2:190, S5:87, S7:31). *Yuḥibbu*, racine *ḥ-b-b* : lorsqu'Allaah est concerné, le verbe est rendu par « honorer », comme en S5:87 et S7:31 (« Il n'honore pas… »), ce qui évite de projeter sur ce qui est dit d'Allaah un sentiment de type humain.
S.7:56 · Ne pas répandre le fasād après la réforme
- tufsidū … iṣlāḥihā
- *fasād* (voir l'étude Fasād et mufsidūn, S5:33).
- ṭamaʿan
- même racine que *yaṭmaʿūn* (S7:46).
- raḥmata llāhi qarībun
- Remarque grammaticale, purement descriptive : *qarīb* est ici au masculin alors que *raḥma* est féminin — accord irrégulier signalé par les grammairiens classiques (soit par assimilation au sens général, « proche don », soit par flottement attesté du genre de *raḥma* dans l'usage) — non tranché ici.
Les vents, la pluie sur la terre morte, la bonne et la mauvaise terre · S7:57–58
S.7:57 · Les vents annonciateurs, la pluie sur la terre morte
- bushran … bayna yaday raḥmatihi
- *bushrā* (voir *mubashshirīna*, S2:213, S6:48). *Bayna yaday* (« devant », « annonçant l'approche de ») : expression figurative appliquée ici à la *raḥma* d'Allaah, non à Allaah Lui-même — image météorologique courante, sans connotation spatiale problématique.
- ka-dhālika nukhriju l-mawtā
- Dit : analogie explicite entre la reviviscence de la terre morte et la résurrection des morts. Non-dit : le texte présente ceci comme une analogie (un *āya*, un signe), non comme une identité de mécanisme — en cohérence avec la double lecture (littérale/figurée) signalée pour la résurrection des morts en S6:36.
S.7:58 · La bonne terre et la mauvaise
- ṭayyib … khabutha
- couple *ṭayyib*/*khabīth* (voir S2:267, S3:179, S4:2, S5:100) — appliqué ici à la terre elle-même, en parabole, non à des biens ou à des personnes.
- nuṣarrifu l-āyāt
- voir Sourate 6, *passim*.
- nakidan
- racine *n-k-d* (avarice, pauvreté du rendement). Note de clôture du Bloc : cette parabole referme la longue séquence eschatologique ouverte en S7:35 en revenant, par l'image de la terre, sur le thème de la résurrection posé en S7:25 et S7:53, et prépare le cycle des récits prophétiques qui s'ouvre au verset suivant (S7:59, Nūḥ).