Structure du Bloc III. Cinq récits, parallèles dans leur construction. D’abord Nūḥ envoyé à son peuple : l’appel au tawḥīd, le refus de l’assemblée (al-malaʾ) qui n’y voit qu’un égarement, la défense de Nūḥ, le démenti et le sauvetage dans l’arche (S7:59–64). Puis Hūd envoyé à ʿĀd : même structure, l’accusation de folie (safāha), le rappel des bienfaits — la succession après le peuple de Nūḥ, la stature physique accrue —, la réponse de son peuple, le rijs et le ghaḍab déjà abattus sur eux, le sauvetage par raḥma (S7:65–72). Puis Ṣāliḥ envoyé à Thamūd : la chamelle d’Allaah comme signe, le rappel des bienfaits — la succession après ʿĀd, les demeures taillées dans le roc —, l’assemblée orgueilleuse qui interroge les mustaḍʿafūn, le sacrifice mutilant de la chamelle, la secousse (S7:73–79). Puis Lūṭ à son peuple : la fāḥisha sans précédent parmi les ʿālamīn, la seule réponse étant l’expulsion, le sauvetage hormis l’épouse restée en arrière, la pluie sur la cité (S7:80–84). Enfin Shuʿayb à Madyan : l’appel joint à l’exigence de pleine mesure et de pleine pesée, la mise en garde contre qui s’assied sur le chemin pour détourner et menacer, l’assemblée qui menace l’expulsion, la réponse de Shuʿayb — le tawakkul, la mashīʾa d’Allaah, la demande de jugement —, et le même sort que Thamūd (S7:85–93).

Note de méthode — la structure répétée du récit, et ce qu’elle ne tranche pas. Les quatre premiers récits de ce Bloc (Nūḥ excepté pour la formule exacte, puis Hūd, Ṣāliḥ, Shuʿayb) partagent un même schéma verbal : « Et vers [peuple], leur frère (akhāhum) [nom] » suivi de l’appel identique « Ô mon peuple, adorez Allaah — vous n’avez pas d’ilāh en dehors de Lui » (mā lakum min ilāhin ghayruhu), puis du rejet par « l’assemblée » (al-malaʾ, racine m-l-ʾ, voir S2:246 : ceux qui « remplissent » le corps dirigeant par leur rang), puis de la défense du rasūl, puis du châtiment. Dit : cette répétition volontaire est un procédé du texte lui-même, qui présente ces récits comme des variations d’un même schéma. Non-dit : le texte ne tire nulle part, dans ce seul Bloc, de conclusion explicite sur la nature exacte de ce parallélisme (typologie littéraire délibérée, ou reflet d’une même situation humaine répétée) — ce Bloc s’en tient à ce que le texte donne à lire, sans trancher au-delà. Point non théologique à signaler : l’introduction du récit de Lūṭ (S7:80, wa-lūṭan idh qāla li-qawmihi, « Et Lūṭ, quand il dit à son peuple ») ne reprend pas la formule « leur frère » (akhāhum) employée pour les quatre autres — observation purement descriptive, sans qu’aucun sens supplémentaire n’y soit attaché ici.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.7:59 Nūḥ envoyé à son peuple — l’appel au tawḥīd
S.7:60 L’assemblée : « un égarement manifeste »
S.7:61 La réponse de Nūḥ — un rasūl du Rabb des ʿālamīn
S.7:62 Transmettre, conseiller, savoir ce qu’ils ignorent
S.7:63 L’étonnement qu’un rappel vienne par un homme d’entre eux
S.7:64 Le démenti, le sauvetage dans l’arche, la noyade
S.7:65 Hūd envoyé à ʿĀd — le même appel
S.7:66 L’assemblée : « une folie », « des menteurs »
S.7:67 La réponse de Hūd — nulle folie, un rasūl
S.7:68 Transmettre, conseiller avec confiance
S.7:69 Les bienfaits rappelés — khulafāʾ après Nūḥ, la stature accrue
S.7:70 « Nous laisserions ce qu’adoraient nos pères ? »
S.7:71 Rijs et ghaḍab déjà abattus — des noms sans sulṭān
S.7:72 Le sauvetage par raḥma, la racine coupée
S.7:73 Ṣāliḥ envoyé à Thamūd — la chamelle d’Allaah, signe
S.7:74 Les bienfaits rappelés — khulafāʾ après ʿĀd, demeures taillées
S.7:75 L’assemblée orgueilleuse interroge les mustaḍʿafūn
S.7:76 « Nous sommes kāfirūn envers ce que vous croyez »
S.7:77 Le sacrifice mutilant de la chamelle, la transgression
S.7:78 La secousse — gisants dans leur demeure
S.7:79 Ṣāliḥ se détourne — « vous n’appréciez pas les conseillers »
S.7:80 Lūṭ à son peuple — la fāḥisha sans précédent
S.7:81 Le désir tourné vers les hommes, hors des femmes
S.7:82 « Expulsez-les — ce sont des gens qui se prétendent purs »
S.7:83 Le sauvetage, sauf l’épouse restée en arrière
S.7:84 La pluie [de pierres] — la fin des criminels
S.7:85 Shuʿayb à Madyan — pleine mesure, pleine pesée
S.7:86 Ne pas s’asseoir sur le chemin pour menacer et détourner
S.7:87 Patienter jusqu’au jugement d’Allaah entre les deux groupes
S.7:88 L’expulsion menacée — « même si nous en avons de l’aversion ? »
S.7:89 Le mensonge qu’ils inventeraient, la mashīʾa, le tawakkul
S.7:90 L’assemblée kāfira : « vous seriez alors perdants »
S.7:91 La secousse — même sort que Thamūd
S.7:92 « Comme s’ils n’y avaient jamais demeuré »
S.7:93 Shuʿayb se détourne — comment s’affliger pour un peuple kāfir

Nūḥ envoyé à son peuple · S7:59–64

S.7:59 · Nūḥ envoyé à son peuple

S.7:59
لَقَدْ أَرْسَلْنَا نُوحًا إِلَىٰ قَوْمِهِ فَقَالَ يَا قَوْمِ اعْبُدُوا اللَّهَ مَا لَكُمْ مِنْ إِلَٰهٍ غَيْرُهُ إِنِّي أَخَافُ عَلَيْكُمْ عَذَابَ يَوْمٍ عَظِيمٍ
La-qad arsalnā nūḥan ilā qawmihi fa-qāla yā qawmi ʿbudū llāha mā lakum min ilāhin ghayruhu innī akhāfu ʿalaykum ʿadhāba yawmin ʿaẓīm Nous avons certes envoyé Nūḥ vers son peuple. Il dit : « Ô mon peuple, adorez Allaah — vous n’avez pas d’ilāh en dehors de Lui. Je crains pour vous le châtiment d’un jour immense (ʿaẓīm). »
Notes lexicales
mā lakum min ilāhin ghayruhu
formule de tawḥīd qui reviendra, identique, dans l'appel de chacun des quatre *rusul* suivants de ce Bloc (S7:65, S7:73, S7:85) — premier maillon d'une chaîne narrative volontairement répétitive, voir le callout d'ouverture.

S.7:60 · L’assemblée : « un égarement manifeste »

S.7:60
قَالَ الْمَلَأُ مِنْ قَوْمِهِ إِنَّا لَنَرَاكَ فِي ضَلَالٍ مُبِينٍ
Qāla l-malaʾu min qawmihi innā la-narāka fī ḍalālin mubīn L’assemblée (al-malaʾ) de son peuple dit : « Nous te voyons certes dans un égarement manifeste. »
Notes lexicales
al-malaʾ
racine *m-l-ʾ* (remplir) — voir S2:246 : l'assemblée des notables, ceux qui « remplissent » le corps dirigeant par leur rang. Ce terme reviendra pour désigner l'opposition à chacun des quatre *rusul* de ce Bloc.

S.7:61 · La réponse de Nūḥ

S.7:61
قَالَ يَا قَوْمِ لَيْسَ بِي ضَلَالَةٌ وَلَٰكِنِّي رَسُولٌ مِنْ رَبِّ الْعَالَمِينَ
Qāla yā qawmi laysa bī ḍalālatun wa-lākinnī rasūlun min rabbi l-ʿālamīn Il dit : « Ô mon peuple, nul égarement (ḍalāla) n’est en moi — mais je suis un rasūl du Rabb des ʿālamīn. »
Notes lexicales
laysa bī ḍalālatun wa-lākinnī rasūlun
même structure de réponse (négation de l'accusation, affirmation du statut de *rasūl*) reprise mot pour mot pour Hūd (S7:67, ce Bloc), avec substitution du seul terme contesté (*ḍalāla* → *safāha*).

S.7:62 · Transmettre, conseiller, savoir

S.7:62
أُبَلِّغُكُمْ رِسَالَاتِ رَبِّي وَأَنْصَحُ لَكُمْ وَأَعْلَمُ مِنَ اللَّهِ مَا لَا تَعْلَمُونَ
Uballighukum risālāti rabbī wa-anṣaḥu lakum wa-aʿlamu mina llāhi mā lā taʿlamūn Je vous transmets (uballighukum) les messages (risālāt) de mon Rabb, je vous conseille sincèrement (anṣaḥu), et je sais, d’Allaah, ce que vous ne savez pas.
Notes lexicales
uballighukum … anṣaḥu
*balāgh* : voir S5:67/92 et l'étude Nabī et Rasūl. *Nāṣiḥ* : voir S7:21.

S.7:63 · L’étonnement qu’un rappel vienne par un homme

S.7:63
أَوَعَجِبْتُمْ أَنْ جَاءَكُمْ ذِكْرٌ مِنْ رَبِّكُمْ عَلَىٰ رَجُلٍ مِنْكُمْ لِيُنْذِرَكُمْ وَلِتَتَّقُوا وَلَعَلَّكُمْ تُرْحَمُونَ
A-wa-ʿajibtum an jāʾakum dhikrun min rabbikum ʿalā rajulin minkum li-yundhirakum wa-li-tattaqū wa-laʿallakum turḥamūn Vous étonnez-vous (a-ʿajibtum) qu’un rappel (dhikr) vous soit venu de votre Rabb, par un homme (rajul) parmi vous, pour qu’il vous avertisse, que vous vous prémunissiez, et que peut-être vous receviez la raḥma (turḥamūn) ?
Notes lexicales
dhikrun min rabbikum ʿalā rajulin minkum
Dit : le rappel vient par (littéralement « sur », *ʿalā*) un homme pris parmi le peuple lui-même — même formule reprise mot pour mot pour Hūd (S7:69, ce Bloc). Le texte insiste, à l'identique dans les deux récits, sur cette origine humaine et non extérieure du messager.

S.7:64 · Le démenti, le sauvetage, la noyade

S.7:64
فَكَذَّبُوهُ فَأَنْجَيْنَاهُ وَالَّذِينَ مَعَهُ فِي الْفُلْكِ وَأَغْرَقْنَا الَّذِينَ كَذَّبُوا بِآيَاتِنَا ۚ إِنَّهُمْ كَانُوا قَوْمًا عَمِينَ
Fa-kadhdhabūhu fa-anjaynāhu wa-lladhīna maʿahu fi l-fulki wa-aghraqnā lladhīna kadhdhabū bi-āyātinā innahum kānū qawman ʿamīn Ils le traitèrent de menteur — Nous le sauvâmes (anjaynāhu), lui et ceux qui étaient avec lui, dans l’arche (al-fulk), et Nous noyâmes (aghraqnā) ceux qui avaient traité Nos āyāt de mensonge : ils étaient certes un peuple aveugle (ʿamīn).
Notes lexicales
qawman ʿamīn
racine *ʿ-m-y* (cécité) — non-dit : le texte ne précise pas ici si cette cécité est physique ou entièrement figurée (l'aveuglement au sens moral, attesté ailleurs dans le Coran) ; les deux lectures restent linguistiquement possibles, ce Bloc ne tranche pas.

Hūd envoyé à ʿĀd · S7:65–72

S.7:65 · Hūd envoyé à ʿĀd

S.7:65
۞ وَإِلَىٰ عَادٍ أَخَاهُمْ هُودًا ۗ قَالَ يَا قَوْمِ اعْبُدُوا اللَّهَ مَا لَكُمْ مِنْ إِلَٰهٍ غَيْرُهُ ۚ أَفَلَا تَتَّقُونَ
Wa-ilā ʿādin akhāhum hūdan qāla yā qawmi ʿbudū llāha mā lakum min ilāhin ghayruhu a-fa-lā tattaqūn Et vers ʿĀd, leur frère (akhāhum) Hūd — il dit : « Ô mon peuple, adorez Allaah — vous n’avez pas d’ilāh en dehors de Lui. Ne vous prémunirez-vous donc pas ? »
Notes lexicales
akhāhum
« leur frère » — désigne un lien d'appartenance au même peuple, non une parenté biologique ; formule reprise pour Ṣāliḥ (S7:73) et Shuʿayb (S7:85), absente pour Lūṭ (voir le callout d'ouverture du Bloc) et pour Nūḥ (dont le récit, ouvrant la série, use d'une construction propre, S7:59).

S.7:66 · L’assemblée : « une folie », « des menteurs »

S.7:66
قَالَ الْمَلَأُ الَّذِينَ كَفَرُوا مِنْ قَوْمِهِ إِنَّا لَنَرَاكَ فِي سَفَاهَةٍ وَإِنَّا لَنَظُنُّكَ مِنَ الْكَاذِبِينَ
Qāla l-malaʾu lladhīna kafarū min qawmihi innā la-narāka fī safāhatin wa-innā la-naẓunnuka mina l-kādhibīn L’assemblée de son peuple, ceux qui étaient kāfirūn, dirent : « Nous te voyons certes dans une folie (safāha), et nous pensons certes que tu es du nombre des menteurs. »
Notes lexicales
safāha
racine *s-f-h* : la légèreté d'esprit, le manque de discernement ; distincte de *ḍalāla* (l'égarement, S7:60) employée pour Nūḥ.

S.7:67 · La réponse de Hūd

S.7:67
قَالَ يَا قَوْمِ لَيْسَ بِي سَفَاهَةٌ وَلَٰكِنِّي رَسُولٌ مِنْ رَبِّ الْعَالَمِينَ
Qāla yā qawmi laysa bī safāhatun wa-lākinnī rasūlun min rabbi l-ʿālamīn Il dit : « Ô mon peuple, nulle folie n’est en moi — mais je suis un rasūl du Rabb des ʿālamīn. »

S.7:68 · Transmettre, conseiller avec confiance

S.7:68
أُبَلِّغُكُمْ رِسَالَاتِ رَبِّي وَأَنَا لَكُمْ نَاصِحٌ أَمِينٌ
Uballighukum risālāti rabbī wa-anā lakum nāṣiḥun amīn Je vous transmets les messages de mon Rabb, et je suis pour vous un conseiller (nāṣiḥ) digne de confiance (amīn).
Notes lexicales
amīn
racine *ʾ-m-n*, même famille que *īmān*/*muʾmin* — ici au sens de digne de confiance, fiable ; qualificatif appliqué au *rasūl* lui-même, non à Allaah.

S.7:69 · Les bienfaits rappelés — khulafāʾ et stature accrue

S.7:69
أَوَعَجِبْتُمْ أَنْ جَاءَكُمْ ذِكْرٌ مِنْ رَبِّكُمْ عَلَىٰ رَجُلٍ مِنْكُمْ لِيُنْذِرَكُمْ ۚ وَاذْكُرُوا إِذْ جَعَلَكُمْ خُلَفَاءَ مِنْ بَعْدِ قَوْمِ نُوحٍ وَزَادَكُمْ فِي الْخَلْقِ بَسْطَةً ۖ فَاذْكُرُوا آلَاءَ اللَّهِ لَعَلَّكُمْ تُفْلِحُونَ
A-wa-ʿajibtum an jāʾakum dhikrun min rabbikum ʿalā rajulin minkum li-yundhirakum wa-dhkurū idh jaʿalakum khulafāʾa min baʿdi qawmi nūḥin wa-zādakum fi l-khalqi basṭatan fa-dhkurū ālāʾa llāhi laʿallakum tufliḥūn Vous étonnez-vous qu’un rappel vous soit venu de votre Rabb, par un homme parmi vous, pour qu’il vous avertisse ? Rappelez-vous qu’Il vous a établis comme successeurs (khulafāʾ) après le peuple de Nūḥ, et qu’Il vous a accrus, au sein de la création (fi l-khalq), en stature (basṭatan) — rappelez-vous donc les bienfaits (ālāʾ) d’Allaah ; peut-être serez-vous tufliḥūn.
Notes lexicales
khulafāʾa
pluriel de *khalīfa* (voir S2:30 : « celui qui vient après, qui succède, qui représente »). Repris pour Thamūd après ʿĀd (S7:74, ce Bloc) — chaîne de successions déjà amorcée en S6:165 (*khalīfa/yastakhlif*).
zādakum fi l-khalqi basṭatan
racine *b-s-ṭ* — précédent intra-coranique exact : S2:247, à propos de Ṭālūt (« *wa-zādahu basṭatan fi l-ʿilmi wa-l-jismi* », « Il l'a favorisé d'un surcroît de savoir et de corps »). La même racine, appliquée là à un roi choisi, ici à un peuple entier, désigne un accroissement de capacité physique/corporelle. Elle est à distinguer de son emploi en S5:64 (*yadāhu mabsūṭatān*, voir S5:64) : deux emplois différents d'une même racine, l'un concernant des créatures, l'autre appelant la prudence.
ālāʾa llāh
racine *ʾ-l-w* (ou *ʾ-l-y* selon les grammairiens classiques) : les bienfaits, les grâces accordées ; le pluriel *ālāʾ* reviendra à l'identique pour Thamūd (S7:74).

S.7:70 · « Nous laisserions ce qu’adoraient nos pères ? »

S.7:70
قَالُوا أَجِئْتَنَا لِنَعْبُدَ اللَّهَ وَحْدَهُ وَنَذَرَ مَا كَانَ يَعْبُدُ آبَاؤُنَا ۖ فَأْتِنَا بِمَا تَعِدُنَا إِنْ كُنْتَ مِنَ الصَّادِقِينَ
Qālū a-jiʾtanā li-naʿbuda llāha waḥdahu wa-nadhara mā kāna yaʿbudu ābāʾunā fa-tinā bi-mā taʿidunā in kunta mina ṣ-ṣādiqīn Ils dirent : « Es-tu venu à nous pour que nous adorions Allaah seul (waḥdahu), et que nous délaissions (nadhara) ce qu’adoraient nos pères ? Apporte-nous donc ce que tu nous promets, si tu es du nombre des véridiques. »
Notes lexicales
mā kāna yaʿbudu ābāʾunā
Note de cohérence : même argument du suivisme ancestral, déjà rejeté par le texte (S7:28 ; S2:170 ; S5:104), ici retourné positivement par ceux qui s'y accrochent — le texte ne fait que rapporter leur défi, sans validation.

S.7:71 · Rijs et ghaḍab déjà abattus

Note — rijs et ghaḍab. Ce verset associe deux termes rencontrés ailleurs : rijs (S5:90, à propos du khamr/maysir — « une souillure ») et ghaḍab (S1:7 ; S5:60/80). Ils sont gardés ici en transcription. Seule différence structurelle, purement descriptive : ils sont dits « s’abattre » (waqaʿa ʿalaykum, un événement) sur le peuple de Hūd, plutôt que qualifiés par la construction innamā … rijs de S5:90 (une identité catégorique).

S.7:71
قَالَ قَدْ وَقَعَ عَلَيْكُمْ مِنْ رَبِّكُمْ رِجْسٌ وَغَضَبٌ ۖ أَتُجَادِلُونَنِي فِي أَسْمَاءٍ سَمَّيْتُمُوهَا أَنْتُمْ وَآبَاؤُكُمْ مَا نَزَّلَ اللَّهُ بِهَا مِنْ سُلْطَانٍ ۚ فَانْتَظِرُوا إِنِّي مَعَكُمْ مِنَ الْمُنْتَظِرِينَ
Qāla qad waqaʿa ʿalaykum min rabbikum rijsun wa-ghaḍabun a-tujādilūnanī fī asmāʾin sammaytumūhā antum wa-ābāʾukum mā nazzala llāhu bihā min sulṭānin fa-ntaẓirū innī maʿakum mina l-muntaẓirīn Il dit : « Un rijs et un ghaḍab de votre Rabb se sont déjà abattus sur vous (waqaʿa ʿalaykum) — disputez-vous avec moi au sujet de noms que vous avez nommés, vous et vos pères, sans qu’Allaah y ait fait descendre aucun sulṭān ? Attendez donc — je suis, avec vous, du nombre de ceux qui attendent. »
Notes lexicales
asmāʾin sammaytumūhā … mā nazzala llāhu bihā min sulṭānin
Dit : ces noms (probablement ceux des idoles adorées par ʿĀd) sont explicitement qualifiés de simples désignations humaines, sans fondement (*sulṭān*) descendu par Allaah — voir S3:151, S4:91/144/153, S7:33.

S.7:72 · Le sauvetage par raḥma, la racine coupée

S.7:72
فَأَنْجَيْنَاهُ وَالَّذِينَ مَعَهُ بِرَحْمَةٍ مِنَّا وَقَطَعْنَا دَابِرَ الَّذِينَ كَذَّبُوا بِآيَاتِنَا ۖ وَمَا كَانُوا مُؤْمِنِينَ
Fa-anjaynāhu wa-lladhīna maʿahu bi-raḥmatin minnā wa-qaṭaʿnā dābira lladhīna kadhdhabū bi-āyātinā wa-mā kānū muʾminīn Nous le sauvâmes donc, lui et ceux qui étaient avec lui, par une raḥma venant de Nous, et Nous coupâmes jusqu’à la racine (qaṭaʿnā dābira) ceux qui avaient traité Nos āyāt de mensonge : ils n’étaient pas croyants.
Notes lexicales
qaṭaʿnā dābira
*dābir*, racine *d-b-r* (ce qui vient en dernier, l'arrière, la trace ultime) : l'image d'une extirpation totale, ne laissant aucune trace ni postérité.

Ṣāliḥ envoyé à Thamūd · S7:73–79

S.7:73 · Ṣāliḥ envoyé à Thamūd — la chamelle, signe

S.7:73
وَإِلَىٰ ثَمُودَ أَخَاهُمْ صَالِحًا ۗ قَالَ يَا قَوْمِ اعْبُدُوا اللَّهَ مَا لَكُمْ مِنْ إِلَٰهٍ غَيْرُهُ ۖ قَدْ جَاءَتْكُمْ بَيِّنَةٌ مِنْ رَبِّكُمْ ۖ هَٰذِهِ نَاقَةُ اللَّهِ لَكُمْ آيَةً ۖ فَذَرُوهَا تَأْكُلْ فِي أَرْضِ اللَّهِ ۖ وَلَا تَمَسُّوهَا بِسُوءٍ فَيَأْخُذَكُمْ عَذَابٌ أَلِيمٌ
Wa-ilā thamūda akhāhum ṣāliḥan qāla yā qawmi ʿbudū llāha mā lakum min ilāhin ghayruhu qad jāʾatkum bayyinatun min rabbikum hādhihi nāqatu llāhi lakum āyatan fa-dharūhā taʾkul fī arḍi llāhi wa-lā tamassūhā bi-sūʾin fa-yaʾkhudhakum ʿadhābun alīm Et vers Thamūd, leur frère Ṣāliḥ — il dit : « Ô mon peuple, adorez Allaah — vous n’avez pas d’ilāh en dehors de Lui. Une preuve manifeste (bayyina) vous est certes venue de votre Rabb : voici la chamelle d’Allaah (nāqatu llāh), un signe (āya) pour vous — laissez-la donc se nourrir sur la terre d’Allaah, et ne lui faites aucun mal (sūʾ), sinon un châtiment douloureux vous saisirait. »
Notes lexicales
nāqatu llāh
*nāqa* (la chamelle) en annexion (*iḍāfa*) au nom d'Allaah — construction d'attribution ou d'honneur, non de possession corporelle : cette *iḍāfa* place la chamelle sous la protection directe d'Allaah et la constitue en signe (*āya*), sans qu'aucune question d'anthropomorphisme ne soit ici en jeu (la chamelle est une créature, non une désignation d'Allaah Lui-même). Non-dit : l'origine exacte de cette chamelle (sa provenance miraculeuse, souvent développée par les récits extérieurs au Coran) n'est pas précisée par ce seul verset — ce Bloc s'en tient à ce que le texte affirme : son statut de signe, l'ordre de la laisser en paix, la sanction en cas de mal.

S.7:74 · Les bienfaits rappelés — khulafāʾ et demeures taillées

S.7:74
وَاذْكُرُوا إِذْ جَعَلَكُمْ خُلَفَاءَ مِنْ بَعْدِ عَادٍ وَبَوَّأَكُمْ فِي الْأَرْضِ تَتَّخِذُونَ مِنْ سُهُولِهَا قُصُورًا وَتَنْحِتُونَ الْجِبَالَ بُيُوتًا ۖ فَاذْكُرُوا آلَاءَ اللَّهِ وَلَا تَعْثَوْا فِي الْأَرْضِ مُفْسِدِينَ
Wa-dhkurū idh jaʿalakum khulafāʾa min baʿdi ʿādin wa-bawwaʾakum fi l-arḍi tattakhidhūna min suhūlihā quṣūran wa-tanḥitūna l-jibāla buyūtan fa-dhkurū ālāʾa llāhi wa-lā taʿthaw fi l-arḍi mufsidīn Et rappelez-vous qu’Il vous a établis comme successeurs après ʿĀd, et vous a installés fermement (bawwaʾakum) sur la terre — vous édifiez, de ses plaines, des châteaux, et vous taillez (tanḥitūna) les montagnes en demeures. Rappelez-vous donc les bienfaits d’Allaah, et ne semez pas le trouble (lā taʿthaw) sur la terre en fauteurs de fasād (mufsidīn).
Notes lexicales
bawwaʾakum fi l-arḍi
racine *b-w-ʾ* (voir S3:121 : *tubawwiʾu*, assigner une position) — ici « installer fermement, donner assise » sur la terre, apparentée par le sens à *makkannākum* (S7:10).
taʿthaw … mufsidīn
*ʿathā*, racine *ʿ-th-w* (semer le désordre), glosée par le texte lui-même au moyen de *mufsidīn* (voir S5:33 et l'étude Le fasād et les mufsidūn dans le Coran).

S.7:75 · L’assemblée orgueilleuse interroge les mustaḍʿafūn

S.7:75
قَالَ الْمَلَأُ الَّذِينَ اسْتَكْبَرُوا مِنْ قَوْمِهِ لِلَّذِينَ اسْتُضْعِفُوا لِمَنْ آمَنَ مِنْهُمْ أَتَعْلَمُونَ أَنَّ صَالِحًا مُرْسَلٌ مِنْ رَبِّهِ ۚ قَالُوا إِنَّا بِمَا أُرْسِلَ بِهِ مُؤْمِنُونَ
Qāla l-malaʾu lladhīna stakbarū min qawmihi li-lladhīna stuḍʿifū li-man āmana minhum a-taʿlamūna anna ṣāliḥan mursalun min rabbihi qālū innā bi-mā ursila bihi muʾminūn L’assemblée de son peuple, ceux qui s’enorgueillissaient (istakbarū), dirent à ceux qu’on jugeait faibles (istuḍʿifū), à ceux d’entre eux qui avaient cru : « Savez-vous que Ṣāliḥ est envoyé (mursal) par son Rabb ? » Ils dirent : « Nous croyons certes en ce avec quoi il a été envoyé. »
Notes lexicales
istakbarū … istuḍʿifū
*istakbara* : voir S2:34 et *passim*, S7:13/36. *Istuḍʿifa*, racine *ḍ-ʿ-f* (forme X, être jugé/traité comme faible) ; le texte oppose structurellement les deux groupes par ce doublet, l'un se jugeant supérieur, l'autre socialement rabaissé mais désigné comme celui qui croit.

S.7:76 · « Nous sommes kāfirūn envers ce que vous croyez »

S.7:76
قَالَ الَّذِينَ اسْتَكْبَرُوا إِنَّا بِالَّذِي آمَنْتُمْ بِهِ كَافِرُونَ
Qāla lladhīna stakbarū innā bi-lladhī āmantum bihi kāfirūn Ceux qui s’enorgueillissaient dirent : « Nous sommes, envers ce en quoi vous croyez, kāfirūn. »

S.7:77 · Le sacrifice mutilant, la transgression

S.7:77
فَعَقَرُوا النَّاقَةَ وَعَتَوْا عَنْ أَمْرِ رَبِّهِمْ وَقَالُوا يَا صَالِحُ ائْتِنَا بِمَا تَعِدُنَا إِنْ كُنْتَ مِنَ الْمُرْسَلِينَ
Fa-ʿaqarū n-nāqata wa-ʿataw ʿan amri rabbihim wa-qālū yā ṣāliḥu tinā bi-mā taʿidunā in kunta mina l-mursalīn Ils mutilèrent (ʿaqarū) la chamelle, et transgressèrent (ʿataw) l’ordre de leur Rabb, et dirent : « Ô Ṣāliḥ, apporte-nous ce que tu nous promets, si tu es du nombre des envoyés. »
Notes lexicales
ʿaqarū
racine *ʿ-q-r* : sectionner les jarrets d'un animal pour l'immobiliser avant de l'abattre — un mode de mise à mort brutal et délibéré, distinct d'un simple abattage.
ʿataw ʿan amri rabbihim
racine *ʿ-t-w* (transgresser avec insolence, dépasser toute limite).

S.7:78 · La secousse

S.7:78
فَأَخَذَتْهُمُ الرَّجْفَةُ فَأَصْبَحُوا فِي دَارِهِمْ جَاثِمِينَ
Fa-akhadhathumu r-rajfatu fa-aṣbaḥū fī dārihim jāthimīn La secousse (ar-rajfa) les saisit alors, et ils se retrouvèrent, dans leur demeure, gisant à terre, immobiles (jāthimīn).
Notes lexicales
ar-rajfa
racine *r-j-f* (trembler, être secoué violemment) ; ce même châtiment frappera aussi Madyan à l'identique (S7:91, ce Bloc), en une formule répétée mot pour mot.
jāthimīn
racine *j-th-m* : rester accroupi, immobile, prostré au sol sans vie.

S.7:79 · Ṣāliḥ se détourne

S.7:79
فَتَوَلَّىٰ عَنْهُمْ وَقَالَ يَا قَوْمِ لَقَدْ أَبْلَغْتُكُمْ رِسَالَةَ رَبِّي وَنَصَحْتُ لَكُمْ وَلَٰكِنْ لَا تُحِبُّونَ النَّاصِحِينَ
Fa-tawallā ʿanhum wa-qāla yā qawmi la-qad ablaghtukum risālata rabbī wa-naṣaḥtu lakum wa-lākin lā tuḥibbūna n-nāṣiḥīn Il se détourna d’eux et dit : « Ô mon peuple, je vous ai certes transmis le message de mon Rabb, et je vous ai conseillés sincèrement — mais vous n’appréciez pas ceux qui conseillent sincèrement. »
Notes lexicales
lā tuḥibbūna n-nāṣiḥīn
*yuḥibbu* (racine *ḥ-b-b*) est ici appliqué au peuple de Ṣāliḥ envers les conseillers sincères : un emploi humain, rendu par « apprécier » (être attaché à, tenir en estime). Il est à distinguer de l'emploi de ce verbe pour Allaah (voir S5:80/87/93, S6:141, S7:31/55), où la racine est rendue par « honorer ».

Lūṭ à son peuple · S7:80–84

S.7:80 · La fāḥisha sans précédent

S.7:80
وَلُوطًا إِذْ قَالَ لِقَوْمِهِ أَتَأْتُونَ الْفَاحِشَةَ مَا سَبَقَكُمْ بِهَا مِنْ أَحَدٍ مِنَ الْعَالَمِينَ
Wa-lūṭan idh qāla li-qawmihi a-taʾtūna l-fāḥishata mā sabaqakum bihā min aḥadin mina l-ʿālamīn Et Lūṭ, quand il dit à son peuple : « Commettez-vous la fāḥisha, quand nul, parmi les ʿālamīn, ne vous a précédés en cela ? »
Notes lexicales
al-fāḥisha … mā sabaqakum bihā min aḥadin
*fāḥisha* : voir S2:268, S7:28/33 : « ce qui dépasse la mesure convenable ». Dit : le texte affirme l'absence de précédent (*mā sabaqakum*) parmi les *ʿālamīn* — une antériorité absolue est affirmée pour cette pratique, sans que ce seul verset ne la nomme encore explicitement (elle est précisée au verset suivant).

S.7:81 · Le désir tourné vers les hommes

S.7:81
إِنَّكُمْ لَتَأْتُونَ الرِّجَالَ شَهْوَةً مِنْ دُونِ النِّسَاءِ ۚ بَلْ أَنْتُمْ قَوْمٌ مُسْرِفُونَ
Innakum la-taʾtūna r-rijāla shahwatan min dūni n-nisāʾi bal antum qawmun musrifūn Vous allez certes aux hommes par désir (shahwatan), en dehors des femmes — vous êtes plutôt un peuple qui commet l’excès (musrifūn).
Notes lexicales
shahwatan … musrifūn
*shahwa*, racine *sh-h-w* (le désir, l'appétit). *Musrifūn* : voir S4:6, S6:141, S7:31.

S.7:82 · « Expulsez-les — des gens qui se prétendent purs »

S.7:82
وَمَا كَانَ جَوَابَ قَوْمِهِ إِلَّا أَنْ قَالُوا أَخْرِجُوهُمْ مِنْ قَرْيَتِكُمْ ۖ إِنَّهُمْ أُنَاسٌ يَتَطَهَّرُونَ
Wa-mā kāna jawāba qawmihi illā an qālū akhrijūhum min qaryatikum innahum unāsun yataṭahharūn Et la seule réponse de son peuple fut de dire : « Expulsez-les de votre cité — ce sont des gens qui se donnent pour purs (yataṭahharūn) ! »
Notes lexicales
unāsun yataṭahharūn
racine *ṭ-h-r* (forme V, se purifier, se prétendre pur). Dit : ce sont les mots du peuple de Lūṭ eux-mêmes, rapportés au discours direct — un emploi ironique et méprisant du vocabulaire de la pureté, retourné contre ceux qui la revendiquent, non une qualification que le texte adopte à son propre compte. Non-dit : le texte ne développe pas ici la teneur exacte de cette moquerie au-delà de la parole citée.

S.7:83 · Le sauvetage, sauf l’épouse

S.7:83
فَأَنْجَيْنَاهُ وَأَهْلَهُ إِلَّا امْرَأَتَهُ كَانَتْ مِنَ الْغَابِرِينَ
Fa-anjaynāhu wa-ahlahu illā mraʾatahu kānat mina l-ghābirīn Nous le sauvâmes, lui et sa famille (ahlahu), sauf son épouse : elle fut du nombre de ceux qui restèrent en arrière (al-ghābirīn).
Notes lexicales
al-ghābirīn
racine *gh-b-r* (rester en arrière, subsister derrière). Non-dit : ce seul verset ne précise pas la raison de ce sort réservé à l'épouse — ce Bloc s'en tient à l'affirmation du texte, sans importer de récit extérieur.

S.7:84 · La pluie, la fin des criminels

S.7:84
وَأَمْطَرْنَا عَلَيْهِمْ مَطَرًا ۖ فَانْظُرْ كَيْفَ كَانَ عَاقِبَةُ الْمُجْرِمِينَ
Wa-amṭarnā ʿalayhim maṭaran fa-nẓur kayfa kāna ʿāqibatu l-mujrimīn Et Nous fîmes pleuvoir sur eux une pluie (maṭaran) — regarde donc quelle fut la fin (ʿāqiba) des criminels (al-mujrimīn).
Notes lexicales
amṭarnā ʿalayhim maṭaran
Non-dit : la nature exacte de cette « pluie » (eau, ou une autre substance) n'est pas précisée par ce seul verset ; ce Bloc s'en tient au terme générique employé ici.

Shuʿayb à Madyan · S7:85–93

S.7:85 · Pleine mesure, pleine pesée

S.7:85
وَإِلَىٰ مَدْيَنَ أَخَاهُمْ شُعَيْبًا ۗ قَالَ يَا قَوْمِ اعْبُدُوا اللَّهَ مَا لَكُمْ مِنْ إِلَٰهٍ غَيْرُهُ ۖ قَدْ جَاءَتْكُمْ بَيِّنَةٌ مِنْ رَبِّكُمْ ۖ فَأَوْفُوا الْكَيْلَ وَالْمِيزَانَ وَلَا تَبْخَسُوا النَّاسَ أَشْيَاءَهُمْ وَلَا تُفْسِدُوا فِي الْأَرْضِ بَعْدَ إِصْلَاحِهَا ۚ ذَٰلِكُمْ خَيْرٌ لَكُمْ إِنْ كُنْتُمْ مُؤْمِنِينَ
Wa-ilā madyana akhāhum shuʿayban qāla yā qawmi ʿbudū llāha mā lakum min ilāhin ghayruhu qad jāʾatkum bayyinatun min rabbikum fa-awfū l-kayla wa-l-mīzāna wa-lā tabkhasū n-nāsa ashyāʾahum wa-lā tufsidū fi l-arḍi baʿda iṣlāḥihā dhālikum khayrun lakum in kuntum muʾminīn Et vers Madyan, leur frère Shuʿayb — il dit : « Ô mon peuple, adorez Allaah — vous n’avez pas d’ilāh en dehors de Lui. Une preuve manifeste vous est certes venue de votre Rabb : donnez donc pleine mesure (awfū l-kayl) et pleine pesée (al-mīzān), ne lésez pas les gens dans leurs biens (lā tabkhasū), et ne répandez pas le fasād sur la terre après sa réforme (iṣlāḥ) — cela est meilleur pour vous, si vous êtes croyants. »
Notes lexicales
awfū l-kayla wa-l-mīzāna
*kayl* (la mesure de capacité) et *mīzān* (la pesée), racine *w-z-n* : voir S7:8–9 pour son sens eschatologique (la pesée des œuvres) — ici en son sens le plus concret, la balance commerciale.
lā tabkhasū n-nāsa ashyāʾahum
racine *b-kh-s* : diminuer frauduleusement ce qui revient de droit à autrui.
lā tufsidū fi l-arḍi baʿda iṣlāḥihā
reprise mot pour mot de S7:56 — voir l'étude Le fasād et les mufsidūn dans le Coran.

S.7:86 · Ne pas s’asseoir sur le chemin

S.7:86
وَلَا تَقْعُدُوا بِكُلِّ صِرَاطٍ تُوعِدُونَ وَتَصُدُّونَ عَنْ سَبِيلِ اللَّهِ مَنْ آمَنَ بِهِ وَتَبْغُونَهَا عِوَجًا ۚ وَاذْكُرُوا إِذْ كُنْتُمْ قَلِيلًا فَكَثَّرَكُمْ ۖ وَانْظُرُوا كَيْفَ كَانَ عَاقِبَةُ الْمُفْسِدِينَ
Wa-lā taqʿudū bi-kulli ṣirāṭin tūʿidūna wa-taṣuddūna ʿan sabīli llāhi man āmana bihi wa-tabghūnahā ʿiwajan wa-dhkurū idh kuntum qalīlan fa-kaththarakum wa-nẓurū kayfa kāna ʿāqibatu l-mufsidīn Et ne vous asseyez pas sur chaque chemin (ṣirāṭ) à menacer (tūʿidūn) et à détourner (taṣuddūn) du sabīl d’Allaah quiconque croit en Lui, cherchant à le rendre tortueux (tabghūnahā ʿiwajan) — et rappelez-vous que vous étiez peu nombreux, et qu’Il vous a multipliés (kaththarakum) — et regardez quelle fut la fin de ceux qui répandaient le fasād (al-mufsidīn).
Notes lexicales
taṣuddūna … tabghūnahā ʿiwajan
reprise mot pour mot de S7:45 : *yaṣuddūna ʿan sabīli llāhi* et *yabghūnahā ʿiwajan*, appliqués là aux compagnons du Feu en général, ici précisément au peuple de Shuʿayb.

S.7:87 · Patienter jusqu’au jugement d’Allaah

S.7:87
وَإِنْ كَانَ طَائِفَةٌ مِنْكُمْ آمَنُوا بِالَّذِي أُرْسِلْتُ بِهِ وَطَائِفَةٌ لَمْ يُؤْمِنُوا فَاصْبِرُوا حَتَّىٰ يَحْكُمَ اللَّهُ بَيْنَنَا ۚ وَهُوَ خَيْرُ الْحَاكِمِينَ
Wa-in kāna ṭāʾifatun minkum āmanū bi-lladhī ursiltu bihi wa-ṭāʾifatun lam yuʾminū fa-ṣbirū ḥattā yaḥkuma llāhu baynanā wa-huwa khayru l-ḥākimīn Et si un groupe (ṭāʾifa) parmi vous a cru en ce avec quoi j’ai été envoyé, et qu’un [autre] groupe n’a pas cru, patientez donc jusqu’à ce qu’Allaah juge (yaḥkuma) entre nous — Il est le meilleur des juges (khayru l-ḥākimīn).
Notes lexicales
yaḥkuma llāhu baynanā … khayru l-ḥākimīn
racine *ḥ-k-m* : voir S6:57/114 et l'étude Le Nabī n'est pas législateur (le *ḥukm* n'appartient qu'à Allaah). *Baynanā* (« entre nous ») indique ici une relation d'arbitrage entre deux parties humaines, non une localisation d'Allaah — aucune connotation spatiale en jeu.

S.7:88 · L’expulsion menacée

S.7:88
۞ قَالَ الْمَلَأُ الَّذِينَ اسْتَكْبَرُوا مِنْ قَوْمِهِ لَنُخْرِجَنَّكَ يَا شُعَيْبُ وَالَّذِينَ آمَنُوا مَعَكَ مِنْ قَرْيَتِنَا أَوْ لَتَعُودُنَّ فِي مِلَّتِنَا ۚ قَالَ أَوَلَوْ كُنَّا كَارِهِينَ
Qāla l-malaʾu lladhīna stakbarū min qawmihi la-nukhrijannaka yā shuʿaybu wa-lladhīna āmanū maʿaka min qaryatinā aw la-taʿūdunna fī millatinā qāla a-wa-law kunnā kārihīn L’assemblée de son peuple, ceux qui s’enorgueillissaient, dirent : « Nous t’expulserons certes, ô Shuʿayb, toi et ceux qui ont cru avec toi, de notre cité — ou bien vous reviendrez certes dans notre milla (millatinā). » Il dit : « Est-ce donc même si nous en avons de l’aversion (kārihīn) ? »
Notes lexicales
millatinā
*milla* : voir S6:161 (*millata Ibrāhīma ḥanīfan*) — ici employé, à l'inverse, pour désigner la voie collective des opposants eux-mêmes.
kārihīn
racine *k-r-h* (avoir de l'aversion, répugner à), appliquée ici aux croyants forcés, non à Allaah.

S.7:89 · Le mensonge, la mashīʾa, le tawakkul

Note — illā an yashāʾa llāhu. Ce verset rattache explicitement à la mashīʾa d’Allaah la possibilité même du retour de Shuʿayb et des siens dans la milla de Madyan (« illā an yashāʾa llāhu rabbunā »). Voir, pour d’autres versets sur la mashīʾa : S6:35/39/107/111/125/148/149. Le texte affirme ce rattachement ; il ne tire pas, dans ce verset, de conclusion sur le rapport entre cette mashīʾa et la responsabilité propre des croyants.

S.7:89
قَدِ افْتَرَيْنَا عَلَى اللَّهِ كَذِبًا إِنْ عُدْنَا فِي مِلَّتِكُمْ بَعْدَ إِذْ نَجَّانَا اللَّهُ مِنْهَا ۚ وَمَا يَكُونُ لَنَا أَنْ نَعُودَ فِيهَا إِلَّا أَنْ يَشَاءَ اللَّهُ رَبُّنَا ۚ وَسِعَ رَبُّنَا كُلَّ شَيْءٍ عِلْمًا ۚ عَلَى اللَّهِ تَوَكَّلْنَا ۚ رَبَّنَا افْتَحْ بَيْنَنَا وَبَيْنَ قَوْمِنَا بِالْحَقِّ وَأَنْتَ خَيْرُ الْفَاتِحِينَ
Qadi ftaraynā ʿalā llāhi kadhiban in ʿudnā fī millatikum baʿda idh najjānā llāhu minhā wa-mā yakūnu lanā an naʿūda fīhā illā an yashāʾa llāhu rabbunā wasiʿa rabbunā kulla shayʾin ʿilman ʿalā llāhi tawakkalnā rabbanā ftaḥ baynanā wa-bayna qawminā bi-l-ḥaqqi wa-anta khayru l-fātiḥīn Nous aurions certes inventé un mensonge contre Allaah, si nous revenions dans votre milla après qu’Allaah nous en a sauvés (najjānā) — il ne nous appartient pas d’y revenir, à moins qu’Allaah, notre Rabb, ne le veuille (illā an yashāʾa). Notre Rabb embrasse (wasiʿa) toute chose en connaissance (ʿilman) — c’est sur Allaah que nous nous en remettons (tawakkalnā). Notre Rabb, tranche (iftaḥ) entre nous et notre peuple par le ḥaqq — Tu es le meilleur de ceux qui tranchent (khayru l-fātiḥīn).
Notes lexicales
wasiʿa rabbunā kulla shayʾin ʿilman
racine *w-s-ʿ*, l'amplitude non spatiale (voir S2:233/286, S6:80/152, S7:42) — ici appliquée directement à la connaissance d'Allaah : une étendue de savoir, non une extension physique.
ʿalā llāhi tawakkalnā
racine *w-k-l* (voir S3:122 : « remettre une affaire à quelqu'un d'autre, s'en reposer sur lui pour son issue »).
iftaḥ baynanā … khayru l-fātiḥīn
racine *f-t-ḥ* — sens spécifique attesté en arabe classique, distinct du sens usuel d'« ouvrir » ou de « conquérir » : *fataḥa bayna* signifie trancher, rendre un jugement qui met fin à un différend entre deux parties (précédent intra-coranique de même construction : S34:26). *Al-Fātiḥ* désigne ici, comme *al-Ḥākim* (S7:87), Ce qui rend la décision ultime — non une action spatiale d'ouverture.

S.7:90 · L’assemblée kāfira

S.7:90
وَقَالَ الْمَلَأُ الَّذِينَ كَفَرُوا مِنْ قَوْمِهِ لَئِنِ اتَّبَعْتُمْ شُعَيْبًا إِنَّكُمْ إِذًا لَخَاسِرُونَ
Wa-qāla l-malaʾu lladhīna kafarū min qawmihi la-ini ttabaʿtum shuʿayban innakum idhan la-khāsirūn Et l’assemblée de son peuple, ceux qui étaient kāfirūn, dirent : « Si vous suivez Shuʿayb, vous serez alors certes du nombre des perdants (khāsirūn). »

S.7:91 · La secousse — même sort que Thamūd

S.7:91
فَأَخَذَتْهُمُ الرَّجْفَةُ فَأَصْبَحُوا فِي دَارِهِمْ جَاثِمِينَ
Fa-akhadhathumu r-rajfatu fa-aṣbaḥū fī dārihim jāthimīn La secousse les saisit alors, et ils se retrouvèrent, dans leur demeure, gisant à terre, immobiles.
Notes lexicales
ar-rajfa … jāthimīn
reprise mot pour mot de S7:78 (Thamūd, ce Bloc) — même châtiment nommé à l'identique pour Madyan.

S.7:92 · « Comme s’ils n’y avaient jamais demeuré »

S.7:92
الَّذِينَ كَذَّبُوا شُعَيْبًا كَأَنْ لَمْ يَغْنَوْا فِيهَا ۚ الَّذِينَ كَذَّبُوا شُعَيْبًا كَانُوا هُمُ الْخَاسِرِينَ
Alladhīna kadhdhabū shuʿayban ka-an lam yaghnaw fīhā lladhīna kadhdhabū shuʿayban kānū humu l-khāsirīn Ceux qui avaient traité Shuʿayb de menteur furent comme s’ils n’y avaient jamais demeuré (lam yaghnaw) — ceux qui avaient traité Shuʿayb de menteur furent, eux, les perdants.
Notes lexicales
lam yaghnaw fīhā
racine *gh-n-y*, ici au sens de demeurer, séjourner en un lieu — homonymie radicale sans rapport de sens avec *al-Ghanī* (voir S2:263, S6:133 : Ce qui n'a besoin de rien), signalée par souci de clarté philologique.

S.7:93 · Shuʿayb se détourne

S.7:93
فَتَوَلَّىٰ عَنْهُمْ وَقَالَ يَا قَوْمِ لَقَدْ أَبْلَغْتُكُمْ رِسَالَاتِ رَبِّي وَنَصَحْتُ لَكُمْ ۖ فَكَيْفَ آسَىٰ عَلَىٰ قَوْمٍ كَافِرِينَ
Fa-tawallā ʿanhum wa-qāla yā qawmi la-qad ablaghtukum risālāti rabbī wa-naṣaḥtu lakum fa-kayfa āsā ʿalā qawmin kāfirīn Il se détourna d’eux et dit : « Ô mon peuple, je vous ai certes transmis les messages de mon Rabb, et je vous ai conseillés sincèrement — comment donc m’affligerais-je (āsā) pour un peuple kāfir ? »
Notes lexicales
fa-kayfa āsā ʿalā qawmin kāfirīn
racine *ʾ-s-y* (s'affliger, éprouver du chagrin). Note de clôture du Bloc : cette question rhétorique referme, en écho quasi symétrique à S7:79 (Ṣāliḥ, ce Bloc), le cycle des cinq récits — chaque *rasūl* se détourne de son peuple après avoir rempli sa seule charge, celle du *balāgh*, sans que le texte ne lui attribue de responsabilité dans le refus qu'il a rencontré.

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