Structure du Bloc IV. Ce Bloc s’ouvre sur une méditation générale, en écho direct au cycle des cinq récits prophétiques du Bloc III : le mécanisme de l’épreuve envoyée aux cités (malheur puis aisance, ou l’inverse), la mise en garde contre le sentiment de sécurité face à la « manœuvre » (makr) d’Allaah, et le constat que la plupart des générations passées n’ont tenu aucun engagement (ʿahd) — la majorité étant fāsiqīn (S7:94–102). Le Bloc bascule ensuite vers le plus long récit prophétique de la sourate : Mūsā envoyé à Firʿawn et à son assemblée, l’affrontement avec les magiciens convoqués par la cour, leur défaite puis leur conversion immédiate et publique malgré la menace de mutilation et de crucifixion (S7:103–126). Il se referme sur le complot renouvelé de l’assemblée de Firʿawn contre les Banū Isrāʾīl, et la réponse de Mūsā à son peuple éprouvé — une réponse construite, structurellement, en anneau avec l’ouverture du Bloc : la terre, dont l’héritage était en jeu dès S7:100, revient explicitement en S7:128–129 comme ce qu’Allaah donne en héritage et en succession à qui Il veut.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.7:94 Le malheur et le dommage envoyés à chaque cité visitée par un nabī
S.7:95 L’aisance qui suit l’épreuve, puis la saisie soudaine
S.7:96 La foi et la taqwā auraient ouvert les bénédictions du ciel et de la terre
S.7:97 Se sentir à l’abri de la rigueur venue de nuit ?
S.7:98 Se sentir à l’abri de la rigueur venue en plein jour ?
S.7:99 Se sentir à l’abri de la manœuvre (makr) d’Allaah ?
S.7:100 N’est-il pas devenu clair, pour qui hérite la terre après ses habitants ?
S.7:101 Les cités racontées — des rusul venus, un refus déjà ancien
S.7:102 Nul engagement (ʿahd) tenu chez la plupart — la majorité fāsiqīn
S.7:103 Mūsā envoyé avec les āyāt vers Firʿawn et son assemblée
S.7:104 « Je suis un rasūl du Rabb des ʿālamīn »
S.7:105 « Il m’incombe de ne dire que le ḥaqq » — la demande pour les Banū Isrāʾīl
S.7:106 Firʿawn exige un signe
S.7:107 Le bâton devenu grand serpent
S.7:108 La main devenue blanche
S.7:109 L’assemblée : « un magicien savant »
S.7:110 « Il veut vous faire sortir de votre terre »
S.7:111–112 Convoquer, dans les cités, tout magicien savant
S.7:113 Les magiciens négocient une récompense
S.7:114 La promesse d’être « des rapprochés »
S.7:115 « Toi ou nous, qui jette en premier ? »
S.7:116 Le sihr immense, les yeux ensorcelés
S.7:117 Le bâton de Mūsā engloutit leur artifice
S.7:118 Le ḥaqq s’établit, leur œuvre devient vaine
S.7:119 Vaincus, humiliés
S.7:120 Les magiciens jetés à terre, prosternés
S.7:121–122 « Nous croyons au Rabb des ʿālamīn, le Rabb de Mūsā et de Hārūn »
S.7:123 Firʿawn : une « manœuvre » concertée sans son autorisation
S.7:124 La menace de mutilation et de crucifixion
S.7:125 « C’est vers notre Rabb que nous faisons retour »
S.7:126 Le seul reproche : avoir cru — la demande de patience et de reprise en muslimīn
S.7:127 L’assemblée relance le complot — Firʿawn : tuer les fils, épargner les femmes
S.7:128 Mūsā à son peuple : chercher secours, patienter — la terre est à Allaah
S.7:129 La plainte du peuple — la promesse de succession sur la terre

L’épreuve des nations — malheur, aisance, et la manœuvre d’Allaah · S7:94–99

S.7:94 · Le malheur et le dommage envoyés à chaque cité visitée par un nabī

S.7:94
وَمَا أَرْسَلْنَا فِي قَرْيَةٍ مِنْ نَبِيٍّ إِلَّا أَخَذْنَا أَهْلَهَا بِالْبَأْسَاءِ وَالضَّرَّاءِ لَعَلَّهُمْ يَضَّرَّعُونَ
Wa-mā arsalnā fī qaryatin min nabiyyin illā akhadhnā ahlahā bi-l-baʾsāʾi wa-ḍ-ḍarrāʾi laʿallahum yaḍḍarraʿūn Et Nous n’avons envoyé, dans une cité (qarya), aucun nabī, sans que Nous ayons saisi ses habitants par le malheur (baʾsāʾ) et le dommage (ḍarrāʾ), afin qu’ils s’humilient en suppliant (yaḍḍarraʿūn).
Notes lexicales
bi-l-baʾsāʾi wa-ḍ-ḍarrāʾi … yaḍḍarraʿūn
précédent intra-coranique quasi mot pour mot : voir S6:42 (« *fa-akhadhnāhum bi-l-baʾsāʾi wa-ḍ-ḍarrāʾi laʿallahum yataḍarraʿūn* »), et le couple *baʾsāʾ/ḍarrāʾ* lui-même depuis S2:214. *Yaḍḍarraʿūn* est la forme assimilée du même verbe *yataḍarraʿūn* — racine *ḍ-r-ʿ*, l'humilité suppliante qui incline le corps et la volonté.

S.7:95 · L’aisance qui suit l’épreuve, puis la saisie soudaine

S.7:95
ثُمَّ بَدَّلْنَا مَكَانَ السَّيِّئَةِ الْحَسَنَةَ حَتَّىٰ عَفَوْا وَقَالُوا قَدْ مَسَّ آبَاءَنَا الضَّرَّاءُ وَالسَّرَّاءُ فَأَخَذْنَاهُمْ بَغْتَةً وَهُمْ لَا يَشْعُرُونَ
Thumma baddalnā makāna s-sayyiʾati l-ḥasanata ḥattā ʿafaw wa-qālū qad massa ābāʾanā ḍ-ḍarrāʾu wa-s-sarrāʾu fa-akhadhnāhum baghtatan wa-hum lā yashʿurūn Puis Nous avons remplacé le mal par le bien, jusqu’à ce qu’ils prospèrent (ʿafaw) et disent : « Le dommage et l’aisance (sarrāʾ) ont déjà touché nos pères » — Nous les avons alors saisis soudainement (baghtatan), sans qu’ils s’en aperçoivent (lā yashʿurūn).
Notes lexicales
ʿafaw
racine *ʿ-f-w* — ici en son sens le moins fréquent dans le Coran : Ibn Fāris et Lisān al-ʿArab attestent un sens intransitif de cette racine, « devenir abondant, se multiplier, prospérer », distinct du sens de loin le plus courant (*ʿafw*, « effacer/pardonner »). Le contexte immédiat (l'aisance qui suit l'épreuve, avant la saisie soudaine) impose ce sens de prospérité, non celui de pardon.
baghtatan
voir S6:31 et S6:47 : la soudaineté, sans signe avant-coureur.

S.7:96 · La foi et la taqwā auraient ouvert les bénédictions du ciel et de la terre

S.7:96
وَلَوْ أَنَّ أَهْلَ الْقُرَىٰ آمَنُوا وَاتَّقَوْا لَفَتَحْنَا عَلَيْهِمْ بَرَكَاتٍ مِنَ السَّمَاءِ وَالْأَرْضِ وَلَٰكِنْ كَذَّبُوا فَأَخَذْنَاهُمْ بِمَا كَانُوا يَكْسِبُونَ
Wa-law anna ahla l-qurā āmanū wa-ttaqaw la-fataḥnā ʿalayhim barakātin mina s-samāʾi wa-l-arḍi wa-lākin kadhdhabū fa-akhadhnāhum bi-mā kānū yaksibūn Et si les habitants des cités avaient cru et s’étaient prémunis (ittaqaw), Nous leur aurions certes ouvert (la-fataḥnā) des bénédictions (barakāt) venant du ciel et de la terre — mais ils ont démenti, et Nous les avons saisis pour ce qu’ils s’acquéraient (yaksibūn).
Notes lexicales
la-fataḥnā … barakāt
racine *f-t-ḥ* (voir S6:44, S6:59 et S7:89, Bloc III) : « ouvrir », au sens de déverser une issue favorable — ici au sens concret d'une abondance déversée, non d'un arbitrage (voir la distinction posée en S7:89).
mina s-samāʾi wa-l-arḍi
formule de totalité (comparer S6:3, où elle est employée en contexte non spatial à propos d'Allaah) — ici appliquée aux bénédictions elles-mêmes, sans aucune question de localisation d'Allaah en jeu.

S.7:97 · Se sentir à l’abri de la rigueur venue de nuit ?

S.7:97
أَفَأَمِنَ أَهْلُ الْقُرَىٰ أَنْ يَأْتِيَهُمْ بَأْسُنَا بَيَاتًا وَهُمْ نَائِمُونَ
A-fa-amina ahlu l-qurā an yaʾtiyahum baʾsunā bayātan wa-hum nāʾimūn Les habitants des cités se sentent-ils donc à l’abri (a-amina) que Notre rigueur (baʾs) leur vienne de nuit (bayātan), alors qu’ils dorment ?

S.7:98 · Se sentir à l’abri de la rigueur venue en plein jour ?

S.7:98
أَوَأَمِنَ أَهْلُ الْقُرَىٰ أَنْ يَأْتِيَهُمْ بَأْسُنَا ضُحًى وَهُمْ يَلْعَبُونَ
A-wa-amina ahlu l-qurā an yaʾtiyahum baʾsunā ḍuḥan wa-hum yalʿabūn Ou bien se sentent-ils à l’abri que Notre rigueur leur vienne en plein jour (ḍuḥan), alors qu’ils s’amusent (yalʿabūn) ?

S.7:99 · Se sentir à l’abri de la manœuvre (makr) d’Allaah ?

S.7:99
أَفَأَمِنُوا مَكْرَ اللَّهِ ۚ فَلَا يَأْمَنُ مَكْرَ اللَّهِ إِلَّا الْقَوْمُ الْخَاسِرُونَ
A-fa-aminū makra llāhi fa-lā yaʾmanu makra llāhi illā l-qawmu l-khāsirūn Se sentent-ils donc à l’abri de la manœuvre (makr) d’Allaah ? Nul, hormis le peuple des perdants (khāsirūn), ne se sent à l’abri de la manœuvre d’Allaah.
Notes lexicales
makra llāh
racine *m-k-r* : agir de façon indirecte pour atteindre un but, souvent rendu par « ruse » ou « stratagème ». Précédent intra-coranique exact en S3:54 (« *wa-makarū wa-makara llāhu wa-llāhu khayru l-mākirīn* », traduit « ils ont usé de manœuvre, et Allaah a usé de manœuvre — Allaah est le meilleur en matière de manœuvre »), repris ici à l'identique par cohérence terminologique. Dit : le texte affirme une capacité d'Allaah, supérieure à toute manœuvre humaine, sans anthropomorphisme d'intention malveillante — le terme arabe lui-même n'est pas moralement chargé négativement en soi, à la différence de son usage le plus courant en français. Non-dit : le mécanisme exact de cette « manœuvre » n'est précisé par aucun des versets qui l'attribuent à Allaah (S3:54, S7:99).

Ce que les cités enseignent — l’absence d’ʿahd, la majorité fāsiqīn · S7:100–102

S.7:100 · N’est-il pas devenu clair, pour qui hérite la terre après ses habitants ?

S.7:100
أَوَلَمْ يَهْدِ لِلَّذِينَ يَرِثُونَ الْأَرْضَ مِنْ بَعْدِ أَهْلِهَا أَنْ لَوْ نَشَاءُ أَصَبْنَاهُمْ بِذُنُوبِهِمْ ۚ وَنَطْبَعُ عَلَىٰ قُلُوبِهِمْ فَهُمْ لَا يَسْمَعُونَ
A-wa-lam yahdi li-lladhīna yarithūna l-arḍa min baʿdi ahlihā an law nashāʾu aṣabnāhum bi-dhunūbihim wa-naṭbaʿu ʿalā qulūbihim fa-hum lā yasmaʿūn N’est-il donc pas devenu clair (a-wa-lam yahdi), pour ceux qui héritent la terre après ses habitants [disparus], que si Nous voulions, Nous les atteindrions pour leurs fautes (dhunūb) — et Nous scellons (naṭbaʿu) leurs cœurs, en sorte qu’ils n’entendent plus ?
Notes lexicales
a-wa-lam yahdi
Crux grammatical mineur, non tranché — la racine *h-d-y* est ici construite de façon intransitive (avec *li-*, « devenir clair/manifeste pour »), un usage distinct de son emploi transitif habituel (« guider quelqu'un »). Le sens retenu, purement factuel (« devenir évident »), est celui qu'exige la construction grammaticale de ce verset précis.
naṭbaʿu ʿalā qulūbihim
racine *ṭ-b-ʿ* — apparentée par le sens, non par la racine, à *khatama ʿalā qulūbihim* (S2:7 et S6:46 : « sceller les cœurs ») : deux racines distinctes pour une même image du cœur rendu imperméable.

S.7:101 · Les cités racontées — des rusul venus, un refus déjà ancien

S.7:101
تِلْكَ الْقُرَىٰ نَقُصُّ عَلَيْكَ مِنْ أَنْبَائِهَا ۚ وَلَقَدْ جَاءَتْهُمْ رُسُلُهُمْ بِالْبَيِّنَاتِ فَمَا كَانُوا لِيُؤْمِنُوا بِمَا كَذَّبُوا مِنْ قَبْلُ ۚ كَذَٰلِكَ يَطْبَعُ اللَّهُ عَلَىٰ قُلُوبِ الْكَافِرِينَ
Tilka l-qurā naquṣṣu ʿalayka min anbāʾihā wa-la-qad jāʾathum rusuluhum bi-l-bayyināti fa-mā kānū li-yuʾminū bi-mā kadhdhabū min qablu ka-dhālika yaṭbaʿu llāhu ʿalā qulūbi l-kāfirīn Voilà les cités dont Nous te racontons (naquṣṣu) une part des annonces (anbāʾ) — leurs rusul leur sont certes venus avec les preuves manifestes (bayyināt), mais ils n’étaient pas disposés à croire en ce qu’ils avaient auparavant démenti : ainsi Allaah scelle-t-Il les cœurs de ceux qui sont kāfirūn.
Notes lexicales
mā kānū li-yuʾminū bi-mā kadhdhabū min qablu
Non-dit : ce verset ne précise pas si ce refus antérieur (*min qablu*) vise un rejet initial de la même annonce par la même génération, ou un schéma plus général (voir S6:110 : le lien entre une disposition prise et le scellement qui s'ensuit). Ce Bloc s'en tient à l'affirmation du texte, sans trancher davantage.

S.7:102 · Nul engagement (ʿahd) tenu chez la plupart — la majorité fāsiqīn

S.7:102
وَمَا وَجَدْنَا لِأَكْثَرِهِمْ مِنْ عَهْدٍ ۖ وَإِنْ وَجَدْنَا أَكْثَرَهُمْ لَفَاسِقِينَ
Wa-mā wajadnā li-akthirihim min ʿahdin wa-in wajadnā aktharahum la-fāsiqīn Et Nous n’avons trouvé, chez la plupart d’entre eux, aucun engagement (ʿahd) [tenu] — Nous avons bien trouvé la plupart d’entre eux fāsiqīn.
Notes lexicales
ʿahd
racine *ʿ-h-d* : l'engagement, le pacte tenu dans la durée — distinct du *mīthāq* (l'engagement formellement scellé).

Mūsā envoyé à Firʿawn — le rasūl, le signe · S7:103–108

S.7:103 · Mūsā envoyé avec les āyāt vers Firʿawn et son assemblée

S.7:103
ثُمَّ بَعَثْنَا مِنْ بَعْدِهِمْ مُوسَىٰ بِآيَاتِنَا إِلَىٰ فِرْعَوْنَ وَمَلَئِهِ فَظَلَمُوا بِهَا ۖ فَانْظُرْ كَيْفَ كَانَ عَاقِبَةُ الْمُفْسِدِينَ
Thumma baʿathnā min baʿdihim mūsā bi-āyātinā ilā firʿawna wa-malaʾihi fa-ẓalamū bihā fa-nẓur kayfa kāna ʿāqibatu l-mufsidīn Puis Nous avons envoyé après eux Mūsā, avec Nos āyāt, vers Firʿawn et son assemblée (malaʾ) — ils commirent l’injustice (ẓalamū) à leur égard (bihā) — regarde donc quelle fut la fin de ceux qui répandaient le fasād (al-mufsidīn).
Notes lexicales
fa-ẓalamū bihā
Dit : le pronom *bihā* (« par elles », renvoyant aux *āyāt*) rattache leur *ẓulm* (placer une chose hors de sa juste place) au traitement qu'ils ont réservé aux signes eux-mêmes. Non-dit : ce seul verset ne détaille pas le mécanisme précis de ce *ẓulm* (rejet, dénaturation, usage détourné) au-delà de cette affirmation générale — la suite du récit (S7:106 et suivants) en donne cependant le contenu concret.
al-malaʾ … al-mufsidīn
*al-malaʾ* : voir S2:246 et chacun des cinq récits du Bloc III. *Al-mufsidīn* : voir l'étude Le fasād et les mufsidūn dans le Coran (S5:33). Dès son ouverture narrative, le récit de Mūsā est ainsi rattaché à la même série que les cinq récits prophétiques qui précèdent immédiatement (Bloc III).

S.7:104 · « Je suis un rasūl du Rabb des ʿālamīn »

S.7:104
وَقَالَ مُوسَىٰ يَا فِرْعَوْنُ إِنِّي رَسُولٌ مِنْ رَبِّ الْعَالَمِينَ
Wa-qāla mūsā yā firʿawnu innī rasūlun min rabbi l-ʿālamīn Mūsā dit : « Ô Firʿawn, je suis un rasūl du Rabb des ʿālamīn. »

S.7:105 · « Il m’incombe de ne dire que le ḥaqq » — la demande pour les Banū Isrāʾīl

S.7:105
حَقِيقٌ عَلَىٰ أَنْ لَا أَقُولَ عَلَى اللَّهِ إِلَّا الْحَقَّ ۚ قَدْ جِئْتُكُمْ بِبَيِّنَةٍ مِنْ رَبِّكُمْ فَأَرْسِلْ مَعِيَ بَنِي إِسْرَائِيلَ
Ḥaqīqun ʿalā an lā aqūla ʿalā llāhi illā l-ḥaqqa qad jiʾtukum bi-bayyinatin min rabbikum fa-arsil maʿiya banī isrāʾīl Il m’incombe (ḥaqīqun ʿalā) de ne dire sur Allaah que le ḥaqq — je vous suis venu avec une preuve manifeste (bayyina) de votre Rabb — envoie donc avec moi les Banū Isrāʾīl.
Notes lexicales
ḥaqīqun ʿalā
Crux grammatical mineur, non tranché — les grammairiens classiques ont relevé deux lectures possibles de cette construction : « il m'incombe de » (une obligation portée par Mūsā), ou « je suis digne/fondé à » (une qualité déjà acquise justifiant sa parole) — les deux lectures aboutissent au même sens général et ce Bloc ne tranche pas entre elles.

S.7:106 · Firʿawn exige un signe

S.7:106
قَالَ إِنْ كُنْتَ جِئْتَ بِآيَةٍ فَأْتِ بِهَا إِنْ كُنْتَ مِنَ الصَّادِقِينَ
Qāla in kunta jiʾta bi-āyatin fa-ti bihā in kunta mina ṣ-ṣādiqīn Il [Firʿawn] dit : « Si tu es venu avec un signe (āya), apporte-le, si tu es du nombre des véridiques (ṣādiqīn). »

S.7:107 · Le bâton devenu grand serpent

S.7:107
فَأَلْقَىٰ عَصَاهُ فَإِذَا هِيَ ثُعْبَانٌ مُبِينٌ
Fa-alqā ʿaṣāhu fa-idhā hiya thuʿbānun mubīn Il jeta alors son bâton (ʿaṣā) — et voici qu’il fut un grand serpent (thuʿbān) manifeste.
Notes lexicales
thuʿbān
racine *th-ʿ-b* : *Lisān al-ʿArab* — un serpent de grande taille, distinct du terme générique *ḥayya* ou du petit *jānn*.

S.7:108 · La main devenue blanche

S.7:108
وَنَزَعَ يَدَهُ فَإِذَا هِيَ بَيْضَاءُ لِلنَّاظِرِينَ
Wa-nazaʿa yadahu fa-idhā hiya bayḍāʾu li-n-nāẓirīn Et il retira sa main (yad) — et voici qu’elle était blanche (bayḍāʾ) pour ceux qui regardaient.
Notes lexicales
yadahu
Précision : ce *yad* désigne la main de Mūsā lui-même, non celle d'Allaah — aucune question d'anthropomorphisme en jeu ici, à distinguer nettement de *yad Allaah* (S5:64).

L’assemblée de Firʿawn face au signe — convoquer les magiciens · S7:109–116

S.7:109 · L’assemblée : « un magicien savant »

S.7:109
قَالَ الْمَلَأُ مِنْ قَوْمِ فِرْعَوْنَ إِنَّ هَٰذَا لَسَاحِرٌ عَلِيمٌ
Qāla l-malaʾu min qawmi firʿawna inna hādhā la-sāḥirun ʿalīm L’assemblée (al-malaʾ) du peuple de Firʿawn dit : « Celui-ci est certes un magicien (sāḥir) savant (ʿalīm). »

S.7:110 · « Il veut vous faire sortir de votre terre »

S.7:110
يُرِيدُ أَنْ يُخْرِجَكُمْ مِنْ أَرْضِكُمْ ۖ فَمَاذَا تَأْمُرُونَ
Yurīdu an yukhrijakum min arḍikum fa-mādhā taʾmurūn « Il veut vous faire sortir de votre terre — que commandez-vous donc ? »

S.7:111–112 · Convoquer, dans les cités, tout magicien savant

S.7:111–112
قَالُوا أَرْجِهْ وَأَخَاهُ وَأَرْسِلْ فِي الْمَدَائِنِ حَاشِرِينَ ۝ يَأْتُوكَ بِكُلِّ سَاحِرٍ عَلِيمٍ
Qālū arjih wa-akhāhu wa-arsil fi l-madāʾini ḥāshirīn — yaʾtūka bi-kulli sāḥirin ʿalīm Ils dirent : « Ajourne-le (arjih), lui et son frère, et envoie dans les cités des rassembleurs (ḥāshirīn), qui t’amèneront tout magicien savant. »
Notes lexicales
arjih
racine *r-j-ʾ* : différer, accorder un délai.

S.7:113 · Les magiciens négocient une récompense

S.7:113
وَجَاءَ السَّحَرَةُ فِرْعَوْنَ قَالُوا إِنَّ لَنَا لَأَجْرًا إِنْ كُنَّا نَحْنُ الْغَالِبِينَ
Wa-jāʾa s-saḥaratu firʿawna qālū inna lanā la-ajran in kunnā naḥnu l-ghālibīn Les magiciens (saḥara) vinrent à Firʿawn ; ils dirent : « Aurons-nous certes une récompense (ajr), si nous sommes les vainqueurs (ghālibīn) ? »

S.7:114 · La promesse d’être « des rapprochés »

S.7:114
قَالَ نَعَمْ وَإِنَّكُمْ لَمِنَ الْمُقَرَّبِينَ
Qāla naʿam wa-innakum la-mina l-muqarrabīn Il dit : « Oui — et vous serez certes du nombre des rapprochés (al-muqarrabīn). »
Notes lexicales
al-muqarrabīn
voir S3:45 (ʿĪsā décrit comme « éminent dans ce monde et dans l'*ākhira*, et parmi les rapprochés »). Ici, par contraste frappant, le même terme est appliqué à des magiciens au service de Firʿawn : une proximité de statut social et royal, sans aucun rapport avec celle de S3:45 — même mot, deux registres entièrement distincts.

S.7:115 · « Toi ou nous, qui jette en premier ? »

S.7:115
قَالُوا يَا مُوسَىٰ إِمَّا أَنْ تُلْقِيَ وَإِمَّا أَنْ نَكُونَ نَحْنُ الْمُلْقِينَ
Qālū yā mūsā immā an tulqiya wa-immā an nakūna naḥnu l-mulqīn Ils dirent : « Ô Mūsā, ou bien tu jettes, ou bien nous serons ceux qui jettent. »

S.7:116 · Le sihr immense, les yeux ensorcelés

S.7:116
قَالَ أَلْقُوا ۖ فَلَمَّا أَلْقَوْا سَحَرُوا أَعْيُنَ النَّاسِ وَاسْتَرْهَبُوهُمْ وَجَاءُوا بِسِحْرٍ عَظِيمٍ
Qāla alqū fa-lammā alqaw saḥarū aʿyuna n-nāsi wa-starhabūhum wa-jāʾū bi-siḥrin ʿaẓīm Il dit : « Jetez. » Et quand ils eurent jeté, ils ensorcelèrent (saḥarū) les yeux des gens, les effrayèrent puissamment (istarhabūhum), et vinrent avec une magie (siḥr) immense.
Notes lexicales
istarhabūhum
racine *r-h-b*, même famille que *ruhbān* (S5:82) — ici à la forme X causative-intensive, « inspirer une terreur intense ».

La défaite du siḥr, la prosternation et la foi des magiciens · S7:117–126

S.7:117 · Le bâton de Mūsā engloutit leur artifice

S.7:117
۞ وَأَوْحَيْنَا إِلَىٰ مُوسَىٰ أَنْ أَلْقِ عَصَاكَ ۖ فَإِذَا هِيَ تَلْقَفُ مَا يَأْفِكُونَ
Wa-awḥaynā ilā mūsā an alqi ʿaṣāka fa-idhā hiya talqafu mā yaʾfikūn Et Nous révélâmes (awḥaynā) à Mūsā : « Jette ton bâton » — et voici qu’il engloutit (talqafu) ce qu’ils fabriquaient par artifice (yaʾfikūn).
Notes lexicales
mā yaʾfikūn
racine *ʾ-f-k* : détourner une chose de sa vérité — désigne ici l'illusion produite par leur *siḥr*. Non-dit : ce verset ne précise pas la nature exacte de l'engloutissement (*talqafu*) — réalité physique transformée, ou dissipation pure et simple de l'illusion — au-delà de l'image qu'il donne à lire.

S.7:118 · Le ḥaqq s’établit, leur œuvre devient vaine

S.7:118
فَوَقَعَ الْحَقُّ وَبَطَلَ مَا كَانُوا يَعْمَلُونَ
Fa-waqaʿa l-ḥaqqu wa-baṭala mā kānū yaʿmalūn Le ḥaqq s’établit alors (waqaʿa), et ce qu’ils faisaient devint vain (baṭala).

S.7:119 · Vaincus, humiliés

S.7:119
فَغُلِبُوا هُنَالِكَ وَانْقَلَبُوا صَاغِرِينَ
Fa-ghulibū hunālika wa-nqalabū ṣāghirīn Ils furent vaincus (ghulibū) sur-le-champ, et s’en retournèrent humiliés (ṣāghirīn).
Notes lexicales
ṣāghirīn
racine *ṣ-gh-r* : être rendu petit, rabaissé.

S.7:120 · Les magiciens jetés à terre, prosternés

S.7:120
وَأُلْقِيَ السَّحَرَةُ سَاجِدِينَ
Wa-ulqiya s-saḥaratu sājidīn Et les magiciens furent jetés à terre, prosternés (sājidīn).
Notes lexicales
ulqiya … sājidīn
forme passive (« furent jetés »), comme saisis d'un mouvement irrépressible, suivie de la posture de *sujūd* (voir S2:34, la prosternation des *malāʾika* devant Ādam). Non-dit : ce seul verset ne précise pas si ce geste fut d'abord un saisissement spontané devant l'évidence, ou déjà compris par eux comme un acte d'*ʿibāda* — les deux versets suivants (S7:121–122) l'assortissent en tout cas aussitôt d'une déclaration de foi explicite et nommée.

S.7:121–122 · « Nous croyons au Rabb des ʿālamīn, le Rabb de Mūsā et de Hārūn »

S.7:121–122
قَالُوا آمَنَّا بِرَبِّ الْعَالَمِينَ ۝ رَبِّ مُوسَىٰ وَهَارُونَ
Qālū āmannā bi-rabbi l-ʿālamīn — rabbi mūsā wa-hārūn Ils dirent : « Nous croyons au Rabb des ʿālamīn, le Rabb de Mūsā et de Hārūn. »
Notes lexicales
rabbi l-ʿālamīn … rabbi mūsā wa-hārūn
Dit : cette double précision — d'abord la formule générale, puis la désignation nommée par les deux frères — ferme toute ambiguïté possible sur l'identité visée par leur déclaration de foi, dans un contexte où Firʿawn lui-même se prévaut d'une forme de seigneurie sur son peuple (voir S7:127, où son propre discours révèle l'existence de ses *ālihataka*).

S.7:123 · Firʿawn : une « manœuvre » concertée sans son autorisation

S.7:123
قَالَ فِرْعَوْنُ آمَنْتُمْ بِهِ قَبْلَ أَنْ آذَنَ لَكُمْ ۖ إِنَّ هَٰذَا لَمَكْرٌ مَكَرْتُمُوهُ فِي الْمَدِينَةِ لِتُخْرِجُوا مِنْهَا أَهْلَهَا ۖ فَسَوْفَ تَعْلَمُونَ
Qāla firʿawnu āmantum bihi qabla an ādhana lakum inna hādhā la-makrun makartumūhu fi l-madīnati li-tukhrijū minhā ahlahā fa-sawfa taʿlamūn Firʿawn dit : « Vous avez cru en lui avant que je ne vous y autorise (ādhana) ! Ceci est certes une manœuvre (makr) que vous avez concertée dans la cité, pour en faire sortir ses habitants — vous saurez bientôt !
Notes lexicales
la-makrun makartumūhu
même racine *m-k-r* que *makra llāh* (S7:99, ce Bloc), mais ici appliquée par Firʿawn aux magiciens : une accusation de complot purement humaine, sans aucun rapport avec la « manœuvre » attribuée à Allaah — deux emplois de la même racine, l'un attribué à Allaah, l'autre une imputation calomnieuse portée par un tyran.

S.7:124 · La menace de mutilation et de crucifixion

S.7:124
لَأُقَطِّعَنَّ أَيْدِيَكُمْ وَأَرْجُلَكُمْ مِنْ خِلَافٍ ثُمَّ لَأُصَلِّبَنَّكُمْ أَجْمَعِينَ
La-uqaṭṭiʿanna aydiyakum wa-arjulakum min khilāfin thumma la-uṣallibannakum ajmaʿīn je vous couperai certes les mains et les pieds, en alternance (min khilāf), puis je vous crucifierai (la-uṣallibannakum) tous ensemble. »
Notes lexicales
min khilāfin
Dit : le texte précise seulement « en alternance/en opposition » (une main et le pied du côté opposé, selon la lecture classique la plus constante). Non-dit : ce seul verset ne détaille pas davantage la configuration exacte au-delà de ce terme.
la-uṣallibannakum
racine *ṣ-l-b* : voir S4:157 (« *wa-mā ṣalabūhu* », le déni d'une mise à mort par crucifixion d'ʿĪsā). Ici, à l'inverse, une menace de crucifixion proférée par un tyran humain — même racine, aucun rapport théologique avec S4:157.

S.7:125 · « C’est vers notre Rabb que nous faisons retour »

S.7:125
قَالُوا إِنَّا إِلَىٰ رَبِّنَا مُنْقَلِبُونَ
Qālū innā ilā rabbinā munqalibūn Ils dirent : « C’est vers notre Rabb que nous faisons retour (munqalibūn). »

S.7:126 · Le seul reproche : avoir cru — la demande de patience et de reprise en muslimīn

S.7:126
وَمَا تَنْقِمُ مِنَّا إِلَّا أَنْ آمَنَّا بِآيَاتِ رَبِّنَا لَمَّا جَاءَتْنَا ۚ رَبَّنَا أَفْرِغْ عَلَيْنَا صَبْرًا وَتَوَفَّنَا مُسْلِمِينَ
Wa-mā tanqimu minnā illā an āmannā bi-āyāti rabbinā lammā jāʾatnā rabbanā afrigh ʿalaynā ṣabran wa-tawaffanā muslimīn Tu ne nous reproches (tanqimu) rien d’autre que d’avoir cru aux āyāt de notre Rabb lorsqu’elles nous sont venues. Notre Rabb, déverse (afrigh) sur nous la patience (ṣabr), et reprends-nous (tawaffanā) muslimīn.
Notes lexicales
tanqimu
racine *n-q-m* : reprocher, vouloir se venger d'un tort perçu.
afrigh
racine *f-r-gh* : verser, répandre entièrement, comme on vide un récipient — image d'un déversement total, non partiel, de la *ṣabr*.
tawaffanā
même racine *w-f-y* que *mutawaffīka* (S3:55) et *tawaffaytanī* (S5:117), avec la même prudence méthodologique — traduit ici « reprends-nous », par cohérence, plutôt que « fais-nous mourir ».

Le complot contre Mūsā et les Banū Isrāʾīl — la réponse de Mūsā à son peuple · S7:127–129

S.7:127 · L’assemblée relance le complot — Firʿawn : tuer les fils, épargner les femmes

S.7:127
وَقَالَ الْمَلَأُ مِنْ قَوْمِ فِرْعَوْنَ أَتَذَرُ مُوسَىٰ وَقَوْمَهُ لِيُفْسِدُوا فِي الْأَرْضِ وَيَذَرَكَ وَآلِهَتَكَ ۚ قَالَ سَنُقَتِّلُ أَبْنَاءَهُمْ وَنَسْتَحْيِي نِسَاءَهُمْ وَإِنَّا فَوْقَهُمْ قَاهِرُونَ
Wa-qāla l-malaʾu min qawmi firʿawna a-tadharu mūsā wa-qawmahu li-yufsidū fi l-arḍi wa-yadharaka wa-ālihataka qāla sa-nuqattilu abnāʾahum wa-nastaḥyī nisāʾahum wa-innā fawqahum qāhirūn Et l’assemblée du peuple de Firʿawn dit : « Laisseras-tu Mūsā et son peuple répandre le fasād sur la terre, et te délaisser (yadharaka), toi et tes objets d’adoration (ālihataka) ? » Il dit : « Nous tuerons (sanuqattilu) leurs fils et laisserons vivre (nastaḥyī) leurs femmes — nous sommes, au-dessus d’eux, des dominateurs (fawqahum qāhirūn). »
Notes lexicales
ālihataka
Dit : ce pluriel (de *ilāh*) révèle que le culte organisé par Firʿawn comportait plusieurs objets d'adoration distincts de sa propre personne — ce seul verset ne précise pas davantage la nature de ce culte, ni le rapport exact que Firʿawn entretenait lui-même avec eux.
sanuqattilu abnāʾahum wa-nastaḥyī nisāʾahum
même politique qu'en S2:49 (« *yudhabbiḥūna abnāʾakum wa-yastaḥyūna nisāʾakum* », traduit « égorgeant vos fils et laissant vivre vos femmes »), ici annoncée par une racine différente (*qatala*, tuer, plutôt que *dhabaḥa*, égorger) : ce Bloc rend l'annonce d'une reprise de cette politique, après son interruption, en réponse au succès de Mūsā.
fawqahum qāhirūn
Point de méthode — contraste avec l'emploi pour Allaah. Cette même combinaison des racines *f-w-q* et *q-h-r* apparaît à propos d'Allaah en S6:18 et S6:61 (« *al-qāhiru fawqa ʿibādihi* »), où *fawq* est volontairement écarté de toute image spatiale. Ici, la même combinaison est mise dans la bouche de Firʿawn, à propos de lui-même : une domination humaine, revendiquée sur un plan strictement terrestre et coercitif, traduite normalement par « au-dessus d'eux, dominateurs ». Ce contraste éclaire, en creux, la raison de la prudence exercée pour l'emploi à propos d'Allaah.

S.7:128 · Mūsā à son peuple : chercher secours, patienter — la terre est à Allaah

S.7:128
قَالَ مُوسَىٰ لِقَوْمِهِ اسْتَعِينُوا بِاللَّهِ وَاصْبِرُوا ۖ إِنَّ الْأَرْضَ لِلَّهِ يُورِثُهَا مَنْ يَشَاءُ مِنْ عِبَادِهِ ۖ وَالْعَاقِبَةُ لِلْمُتَّقِينَ
Qāla mūsā li-qawmihi staʿīnū bi-llāhi wa-ṣbirū inna l-arḍa li-llāhi yūrithuhā man yashāʾu min ʿibādihi wa-l-ʿāqibatu li-l-muttaqīn Mūsā dit à son peuple : « Cherchez secours (istaʿīnū) en Allaah, et patientez (iṣbirū) — la terre appartient à Allaah ; Il la donne en héritage (yūrithuhā) à qui Il veut parmi Ses ʿibād — et la fin (al-ʿāqiba) appartient à ceux qui se prémunissent (al-muttaqīn). »
Notes lexicales
istaʿīnū bi-llāh
racine *ʿ-w-n* : voir S1:5 (« *iyyāka nastaʿīn* ») et l'étude Sourate 1 · S1:1–7 · Al-Ṭalab — La Requête.
yūrithuhā man yashāʾu min ʿibādihi
Note de structure du Bloc : ce verset reprend, en écho direct, le motif ouvert en S7:100 (« *li-lladhīna yarithūna l-arḍa* », ceux qui héritent la terre) qui ouvrait ce même Bloc — le thème de l'héritage et de la succession de la terre encadre ainsi l'ensemble du Bloc, jusqu'à sa reprise finale au verset suivant (S7:129, *yastakhlifakum fi l-arḍi*).

S.7:129 · La plainte du peuple — la promesse de succession sur la terre

S.7:129
قَالُوا أُوذِينَا مِنْ قَبْلِ أَنْ تَأْتِيَنَا وَمِنْ بَعْدِ مَا جِئْتَنَا ۚ قَالَ عَسَىٰ رَبُّكُمْ أَنْ يُهْلِكَ عَدُوَّكُمْ وَيَسْتَخْلِفَكُمْ فِي الْأَرْضِ فَيَنْظُرَ كَيْفَ تَعْمَلُونَ
Qālū ūdhīnā min qabli an taʾtiyanā wa-min baʿdi mā jiʾtanā qāla ʿasā rabbukum an yuhlika ʿaduwwakum wa-yastakhlifakum fi l-arḍi fa-yanẓura kayfa taʿmalūn Ils dirent : « Nous avons été maltraités (ūdhīnā) avant que tu ne viennes à nous, et après que tu es venu à nous. » Il dit : « Il se peut (ʿasā) que votre Rabb détruise votre ennemi et vous établisse comme successeurs (yastakhlifakum) sur la terre — et qu’Il considère alors comment vous agirez (fa-yanẓura kayfa taʿmalūn). »

Point de méthode — fa-yanẓura kayfa taʿmalūn. Ce verbe (naẓara, examiner/considérer) est construit ici avec la particule fa- de conséquence, immédiatement après l’annonce de l’établissement comme successeurs sur la terre — une construction dont la fonction s’apparente à celle des formules avec li-yaʿlama rencontrées ailleurs dans le Coran, employées pour marquer une mise à l’épreuve. Ce Bloc retient une lecture non littérale : ce « considérer » exprimerait une épreuve dont l’issue concerne les hommes eux-mêmes — ce qu’ils feront de la succession promise —, non une observation qui compenserait, chez Allaah, une méconnaissance préalable. Dit : le texte associe explicitement la succession sur la terre à une conséquence observée par la suite. Non-dit : ce seul verset ne précise pas la nature exacte de ce « considérer », et ce Bloc ne tranche pas entre la lecture retenue ici et une lecture plus littérale du verbe.

Notes lexicales
yastakhlifakum fi l-arḍi
reprend *khalīfa*/*khulafāʾ* (voir S6:165, S7:69 et S7:74) et referme, avec S7:100 et S7:128, la structure en anneau de tout ce Bloc autour du motif de l'héritage et de la succession de la terre.

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