Structure du Bloc III. Huit ensembles. D’abord le nabī qualifié d’« oreille » par les munāfiqūn, et la réponse qui retourne cette moquerie (S9:61), puis leurs serments pour plaire et la menace pour qui s’oppose frontalement à Allaah et à Son rasūl (S9:62–63), leur crainte d’une sourate qui dévoilerait leurs cœurs et leurs excuses de raillerie (S9:64–66). Puis les munāfiqūn et munāfiqātu décrits comme relevant les uns des autres, en miroir inversé des muʾminūn et muʾmināt qui suivent immédiatement (S9:67–72), la comparaison aux peuples anciens détruits pour leur propre tort (S9:69–70), et l’exhortation du nabī à la fermeté envers kuffār et munāfiqūn (S9:73). Puis le serment nié et la parole de kufr, l’engagement rompu envers Allaah et la conséquence qui s’ensuit, et la connaissance qu’Allaah a du secret et des conciliabules (S9:74–78). Puis le reproche fait à ceux qui raillent les modestes donateurs de ṣadaqa, et l’istighfar sans effet pour qui a démenti (S9:79–80). Enfin la joie de ceux restés en arrière, le refus de les emmener une seconde fois, l’interdiction de prier sur leurs tombes, et le contraste final avec le rasūl et les croyants qui ont lutté (S9:81–89).

Avertissement de méthode — plusieurs points exigeant la prudence la plus stricte. S9:67 : « nasū llāha fa-nasiyahum » (ils ont délaissé Allaah, Il les a délaissés en retour) emploie, pour Allaah, le même verbe qui désigne pour les munāfiqūn une défaillance de mémoire (n-s-y, oublier) — ce Bloc retient une figure de miroir rhétorique (mushākala) : la rétribution répond terme à terme à leur propre délaissement, sans qu’une défaillance cognitive ne soit, par principe, attribuable à Allaah. S9:79 : « sakhira llāhu minhum » (Allaah les rend dérisoires en retour) applique le même principe que pour yastahziʾu (voir S2:15) — une rétribution qui mesure leur propre action, non une émotion de moquerie prêtée à Allaah. S9:73 : la nature exacte de la lutte (jihād) commandée contre les munāfiqīn — de même nature que celle contre les kuffār, ou de nature distincte (fermeté de parole, de posture) — n’est pas précisée par ce seul verset ; ce Bloc ne tranche pas arbitrairement. S9:75–77, S9:80, S9:84 : trois passages (l’homme au serment rompu ; l’homme visé par le refus de pardon même répété ; l’interdiction de prier sur une tombe) que la tradition biographique rattache à des individus nommés — ce Bloc n’importe aucun de ces noms ni de ces récits, s’en tenant strictement à ce que chaque verset affirme par lui-même. S9:87 : « al-khawālif » (pluriel féminin) — deux lectures lexicographiques attestées, l’une restreinte aux femmes restées aux foyers, l’autre générique ; ce Bloc retient la seconde faute d’indication contraire, en signalant la première.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.9:61 Le nabī qualifié d’« oreille »
S.9:62–63 Les serments pour plaire — s’opposer à Allaah et Son rasūl
S.9:64–66 La sourate redoutée — les excuses de raillerie
S.9:67–68 Les munāfiqūn et munāfiqātu — la promesse du Feu
S.9:69 Comme ceux d’avant vous — la jouissance de leur part
S.9:70 La nouvelle des peuples anciens
S.9:71–72 Les muʾminūn et muʾmināt, awliyāʾ les uns des autres
S.9:73 Fermeté envers les kuffār et les munāfiqūn
S.9:74 Le serment nié, la parole de kufr
S.9:75–77 L’engagement rompu envers Allaah
S.9:78 Allaah connaît le secret et les conciliabules
S.9:79 Le reproche aux modestes donateurs raillés
S.9:80 L’istighfar répété sans effet
S.9:81–82 La joie des différés — rire peu, pleurer beaucoup
S.9:83–84 Refus de les emmener — ne pas prier sur leurs tombes
S.9:85 Que ne t’émerveillent ni leurs biens ni leurs enfants
S.9:86–87 Ceux qui ont les moyens demandent dispense
S.9:88–89 Le rasūl et les croyants qui ont lutté

Le nabī qualifié d’« oreille » · S9:61

S.9:61 · Il n’est qu’une oreille — une oreille tournée vers le bien

S.9:61
وَمِنْهُمُ الَّذِينَ يُؤْذُونَ النَّبِيَّ وَيَقُولُونَ هُوَ أُذُنٌ ۚ قُلْ أُذُنُ خَيْرٍ لَكُمْ يُؤْمِنُ بِاللَّهِ وَيُؤْمِنُ لِلْمُؤْمِنِينَ وَرَحْمَةٌ لِلَّذِينَ آمَنُوا مِنْكُمْ ۚ وَالَّذِينَ يُؤْذُونَ رَسُولَ اللَّهِ لَهُمْ عَذَابٌ أَلِيمٌ
Wa-minhumu lladhīna yuʾdhūna n-nabiyya wa-yaqūlūna huwa udhunun — qul udhunu khayrin lakum yuʾminu billāhi wa-yuʾminu li-l-muʾminīna wa-raḥmatun lilladhīna āmanū minkum — wa-lladhīna yuʾdhūna rasūla llāhi lahum ʿadhābun alīm Et parmi eux, il en est qui font du tort au nabī, et disent : « Il n’est qu’une oreille [prête à tout croire]. » Dis : « Une oreille tournée vers le bien, pour vous — il croit en Allaah, et il fait confiance aux muʾminūn, et il est une raḥma pour ceux d’entre vous qui ont cru. » Et ceux qui font du tort au rasūl d’Allaah auront un châtiment douloureux.
Notes lexicales
huwa udhunun / udhunu khayrin lakum
racine *ʾ-dh-n* : l'oreille — même racine que *idhn* (la permission), qu'Ibn Fāris rattache l'une à l'autre par l'idée d'un accès accordé : à ce qui se présente à l'ouïe, ou à ce qui se présente à l'action. Dit : le reproche moqueur (« il écoute et croit tout ce qu'on lui dit ») est retourné par le texte lui-même en qualité positive — une oreille tournée vers ce qui est *khayr*, au profit des croyants, non une crédulité indifférenciée.
yuʾminu billāhi wa-yuʾminu li-l-muʾminīn
Dit : le texte distingue nettement deux constructions du même verbe — *yuʾminu bi-* (croire en, avec la préposition *bi-*) et *yuʾminu li-* (accorder foi à la parole de, avec la préposition *li-*). La croyance en Allaah et la confiance accordée à la parole des muʾminūn sont ainsi posées comme deux choses distinctes, non confondues par le texte.

Les serments pour plaire, et la sourate redoutée · S9:62–66

S.9:62–63 · S’opposer frontalement à Allaah et à Son rasūl

S.9:62–63
يَحْلِفُونَ بِاللَّهِ لَكُمْ لِيُرْضُوكُمْ وَاللَّهُ وَرَسُولُهُ أَحَقُّ أَنْ يُرْضُوهُ إِنْ كَانُوا مُؤْمِنِينَ ۝ أَلَمْ يَعْلَمُوا أَنَّهُ مَنْ يُحَادِدِ اللَّهَ وَرَسُولَهُ فَأَنَّ لَهُ نَارَ جَهَنَّمَ خَالِدًا فِيهَا ۚ ذَٰلِكَ الْخِزْيُ الْعَظِيمُ
Yaḥlifūna billāhi lakum li-yurḍūkum wa-llāhu wa-rasūluhu aḥaqqu an yurḍūhu in kānū muʾminīn — a-lam yaʿlamū annahu man yuḥādidi llāha wa-rasūlahu fa-anna lahu nāra jahannama khālidan fīhā — dhālika l-khizyu l-ʿaẓīm Ils jurent par Allaah, devant vous, pour vous satisfaire — alors qu’Allaah et Son rasūl sont plus en droit qu’ils cherchent à Les satisfaire, s’ils sont réellement muʾminūn. Ne savent-ils pas que quiconque s’oppose frontalement (yuḥādid) à Allaah et à Son rasūl aura, assurément, le feu de Jahannam, où il demeurera — voilà l’humiliation (al-khizy) immense ?
Notes lexicales
an yurḍūhu
Dit : un seul pronom singulier (*-hu*, « Le ») renvoie conjointement à Allaah et à Son rasūl, mentionnés ensemble juste avant — procédé grammatical arabe courant lorsque deux instances partagent une même disposition (ici, l'agrément recherché), sans que cela ne fusionne leurs natures respectives l'une dans l'autre. Racine *r-ḍ-y* : agréer, être satisfait de ; avec Allaah pour objet, le texte parle de l'agrément recherché auprès de Lui, non d'une émotion prêtée à Allaah.
yuḥādidi llāha wa-rasūlahu
racine *ḥ-d-d* (la limite, la frontière) à la forme III (réciprocité) : se placer en frontière opposée, faire face en s'opposant — première occurrence.
al-khizyu l-ʿaẓīm
racine *kh-z-y* : l'humiliation qui expose, qui rend visible la déchéance — distincte de la honte simplement ressentie.

S.9:64–66 · La sourate redoutée, et les excuses de raillerie

S.9:64–65
يَحْذَرُ الْمُنَافِقُونَ أَنْ تُنَزَّلَ عَلَيْهِمْ سُورَةٌ تُنَبِّئُهُمْ بِمَا فِي قُلُوبِهِمْ ۚ قُلِ اسْتَهْزِئُوا إِنَّ اللَّهَ مُخْرِجٌ مَا تَحْذَرُونَ ۝ وَلَئِنْ سَأَلْتَهُمْ لَيَقُولُنَّ إِنَّمَا كُنَّا نَخُوضُ وَنَلْعَبُ ۚ قُلْ أَبِاللَّهِ وَآيَاتِهِ وَرَسُولِهِ كُنْتُمْ تَسْتَهْزِئُونَ
Yaḥdharu l-munāfiqūna an tunazzala ʿalayhim sūratun tunabbiʾuhum bimā fī qulūbihim — quli stahziʾū inna llāha mukhrijun mā taḥdharūn — wa-la-in saʾaltahum la-yaqūlunna innamā kunnā nakhūḍu wa-nalʿab — qul a-billāhi wa-āyātihi wa-rasūlihi kuntum tastahziʾūn Les munāfiqūn craignent qu’une sourate ne descende sur eux, qui leur annonce ce qu’il y a dans leurs cœurs. Dis : « Raillez tant que vous voulez — Allaah va faire sortir au grand jour ce que vous redoutez. » Et si tu les interroges, ils diront, assurément : « Nous ne faisions que plonger dans un discours vain (nakhūḍu) et jouer (nalʿab). » Dis : « Est-ce d’Allaah, de Ses āyāt et de Son rasūl que vous vous moquiez ? »
Notes lexicales
nakhūḍu
racine *kh-w-ḍ* (voir S6:68 et l'étude L'abandon du Coran) : plonger dans un discours vain et bruyant. Même sens ici : une immersion dans la dérision, non une conversation neutre.
mukhrijun mā taḥdharūn
racine *kh-r-j* (sortir) à la forme IV : faire sortir au jour, rendre manifeste ce qui était caché.

S.9:66
لَا تَعْتَذِرُوا قَدْ كَفَرْتُمْ بَعْدَ إِيمَانِكُمْ ۚ إِنْ نَعْفُ عَنْ طَائِفَةٍ مِنْكُمْ نُعَذِّبْ طَائِفَةً بِأَنَّهُمْ كَانُوا مُجْرِمِينَ
Lā taʿtadhirū qad kafartum baʿda īmānikum — in naʿfu ʿan ṭāʾifatin minkum nuʿadhdhib ṭāʾifatan bi-annahum kānū mujrimīn Ne vous excusez pas : vous avez commis le kufr après votre foi (īmān). Si Nous effaçons pour un groupe d’entre vous, Nous en châtierons un autre, parce qu’ils étaient, assurément, mujrimūn.
Notes lexicales
in naʿfu ʿan ṭāʾifatin ... nuʿadhdhib ṭāʾifatan
Dit : le texte distingue explicitement deux groupes parmi les responsables de cette raillerie — celui à qui l'effacement (*ʿafw*) est accordé, celui qui est châtié — sans nommer l'un ou l'autre. Non-dit : le critère précis de cette distinction, au-delà de la seule qualification finale (*mujrimīn*) appliquée au second groupe.

Munāfiqūn et munāfiqātu, muʾminūn et muʾmināt · S9:67–72

Point de méthode — S9:67, « ils ont délaissé Allaah, Il les a délaissés en retour ». Dit : le texte emploie ici une figure de miroir (mushākala) : le second verbe (fa-nasiyahum) reprend la forme exacte du premier (nasū llāha) pour construire une rétribution qui lui répond terme à terme. Ce Bloc n’affirme pas que cela impute à Allaah la défaillance de mémoire que ce même verbe désigne pour les munāfiqūn — un oubli, au sens d’une perte involontaire d’une connaissance déjà possédée, ne pouvant, par principe, s’appliquer à Allaah. Ce Bloc retient donc « délaisser en retour » : Allaah les tient à l’écart, comme conséquence de ce qu’ils ont eux-mêmes délaissé — non une défaillance cognitive qui Lui serait prêtée. Cette solution suit le même principe que pour ghaḍab, sakhaṭ et kariha (voir S5:80 et S9:46).

S.9:67–68 · Les munāfiqūn et munāfiqātu — la promesse du Feu

S.9:67–68
الْمُنَافِقُونَ وَالْمُنَافِقَاتُ بَعْضُهُمْ مِنْ بَعْضٍ ۚ يَأْمُرُونَ بِالْمُنْكَرِ وَيَنْهَوْنَ عَنِ الْمَعْرُوفِ وَيَقْبِضُونَ أَيْدِيَهُمْ ۚ نَسُوا اللَّهَ فَنَسِيَهُمْ ۗ إِنَّ الْمُنَافِقِينَ هُمُ الْفَاسِقُونَ ۝ وَعَدَ اللَّهُ الْمُنَافِقِينَ وَالْمُنَافِقَاتِ وَالْكُفَّارَ نَارَ جَهَنَّمَ خَالِدِينَ فِيهَا ۚ هِيَ حَسْبُهُمْ ۚ وَلَعَنَهُمُ اللَّهُ ۖ وَلَهُمْ عَذَابٌ مُقِيمٌ
Al-munāfiqūna wa-l-munāfiqātu baʿḍuhum min baʿḍin — yaʾmurūna bi-l-munkari wa-yanhawna ʿani l-maʿrūfi wa-yaqbiḍūna aydiyahum — nasū llāha fa-nasiyahum — inna l-munāfiqīna humu l-fāsiqūn — waʿada llāhu l-munāfiqīna wa-l-munāfiqāti wa-l-kuffāra nāra jahannama khālidīna fīhā — hiya ḥasbuhum — wa-laʿanahumu llāhu — wa-lahum ʿadhābun muqīm Les munāfiqūn et les munāfiqātu relèvent les uns des autres — ils ordonnent le munkar (le blâmable) et interdisent le maʿrūf (le convenable), et referment leurs mains [sur leurs biens]. Ils ont délaissé Allaah — Il les a donc délaissés en retour. Les munāfiqūn sont, assurément, les fāsiqūn. Allaah a promis aux munāfiqūn, aux munāfiqātu et aux kuffār le feu de Jahannam, où ils demeureront — cela leur suffit (ḥasbuhum). Allaah les a exclus de Sa miséricorde (laʿanahum), et à eux un châtiment qui perdure.
Notes lexicales
baʿḍuhum min baʿḍ
Note de cohérence intra-coranique. Contraste exact avec S9:71 (ci-après, ce Bloc) : « *baʿḍuhum awliyāʾu baʿḍ* » pour les muʾminūn. Deux appartenances opposées, posées terme à terme par le texte lui-même.
yaʾmurūna bi-l-munkari wa-yanhawna ʿani l-maʿrūf
Note de cohérence intra-coranique. Ordre exactement inversé de celui des muʾminūn en S9:71 (« *yaʾmurūna bi-l-maʿrūfi wa-yanhawna ʿani l-munkar* ») — un chiasme textuel entre les deux versets, signalé sans commentaire supplémentaire.
yaqbiḍūna aydiyahum
racine *q-b-ḍ* (resserrer, refermer) : l'image d'une main refermée sur elle-même, opposée à la dépense sur le *sabīl* d'Allaah.
nasū llāha fa-nasiyahum
Voir le callout de méthode ci-dessus.
laʿanahumu llāh
racine *l-ʿ-n* : éloigner de la raḥma — jamais rendu par un terme de haine ou de colère humaine.
hiya ḥasbuhum
même racine *ḥ-s-b* que *ḥasbunā llāh* (S3:173 et *passim*), mais employée ici en sens inverse : ce qui leur suffit comme châtiment, non comme secours.

S.9:69 · Comme ceux d’avant vous — la jouissance de leur part

S.9:69
كَالَّذِينَ مِنْ قَبْلِكُمْ كَانُوا أَشَدَّ مِنْكُمْ قُوَّةً وَأَكْثَرَ أَمْوَالًا وَأَوْلَادًا فَاسْتَمْتَعُوا بِخَلَاقِهِمْ فَاسْتَمْتَعْتُمْ بِخَلَاقِكُمْ كَمَا اسْتَمْتَعَ الَّذِينَ مِنْ قَبْلِكُمْ بِخَلَاقِهِمْ وَخُضْتُمْ كَالَّذِي خَاضُوا ۚ أُولَٰئِكَ حَبِطَتْ أَعْمَالُهُمْ فِي الدُّنْيَا وَالْآخِرَةِ ۖ وَأُولَٰئِكَ هُمُ الْخَاسِرُونَ
Ka-lladhīna min qablikum kānū ashadda minkum quwwatan wa-akthara amwālan wa-awlādan fa-stamtaʿū bi-khalāqihim fa-stamtaʿtum bi-khalāqikum kamā stamtaʿa lladhīna min qablikum bi-khalāqihim wa-khuḍtum ka-lladhī khāḍū — ulāʾika ḥabiṭat aʿmāluhum fi d-dunyā wa-l-ākhirati — wa-ulāʾika humu l-khāsirūn Comme ceux d’avant vous, plus forts que vous en puissance (quwwa), plus riches en biens et en enfants : ils ont joui de leur part (khalāq), et vous avez joui de votre part comme ceux d’avant vous ont joui de la leur — et vous avez plongé [dans le discours vain] comme ils y ont plongé. Ceux-là, leurs actes se sont annulés (ḥabiṭat) dans ce bas monde et dans l’Ākhira, et ceux-là sont les khāsirūn.
Notes lexicales
bi-khalāqihim
racine *kh-l-q*, sens dérivé (voir S2:200) : la part, le lot attribué — distinct du sens premier de création.
khuḍtum ka-lladhī khāḍū
même racine *kh-w-ḍ* que S9:65 (ce Bloc).
ḥabiṭat aʿmāluhum
racine *ḥ-b-ṭ* : s'effondrer, s'annuler comme un ventre qui se vide (Ibn Fāris).

S.9:70 · La nouvelle des peuples anciens

S.9:70
أَلَمْ يَأْتِهِمْ نَبَأُ الَّذِينَ مِنْ قَبْلِهِمْ قَوْمِ نُوحٍ وَعَادٍ وَثَمُودَ وَقَوْمِ إِبْرَاهِيمَ وَأَصْحَابِ مَدْيَنَ وَالْمُؤْتَفِكَاتِ ۚ أَتَتْهُمْ رُسُلُهُمْ بِالْبَيِّنَاتِ ۖ فَمَا كَانَ اللَّهُ لِيَظْلِمَهُمْ وَلَٰكِنْ كَانُوا أَنْفُسَهُمْ يَظْلِمُونَ
A-lam yaʾtihim nabaʾu lladhīna min qablihim qawmi nūḥin wa-ʿādin wa-thamūda wa-qawmi ibrāhīma wa-aṣḥābi madyana wa-l-muʾtafikāti — atathum rusuluhum bi-l-bayyināti — fa-mā kāna llāhu li-yaẓlimahum wa-lākin kānū anfusahum yaẓlimūn La nouvelle (nabaʾ) de ceux d’avant eux ne leur est-elle pas parvenue — le peuple de Nūḥ, ʿĀd, Thamūd, le peuple d’Ibrāhīm, les gens de Madyan, et les cités renversées (al-muʾtafikāt) ? Leurs rusul leur étaient venus avec les preuves manifestes (al-bayyināt) — Allaah n’était pas de nature à leur faire du tort ; mais c’est à eux-mêmes qu’ils ont fait du tort.
Notes lexicales
al-muʾtafikāt
racine *ʾ-f-k* (voir *annā yuʾfakūn* en S9:30, « être détourné ») — ici, participe passif féminin pluriel substantivé : les [cités] renversées. Non-dit : ce seul verset ne nomme pas ces cités par un autre terme ; leur identification s'appuie sur le contexte narratif établi ailleurs dans le Coran, sans que ce terme ne le précise lui-même.
fa-mā kāna llāhu li-yaẓlimahum wa-lākin kānū anfusahum yaẓlimūn
formule récurrente : le tort vient toujours des humains, jamais d'Allaah.

S.9:71–72 · Les muʾminūn et muʾmināt, awliyāʾ les uns des autres

S.9:71–72
وَالْمُؤْمِنُونَ وَالْمُؤْمِنَاتُ بَعْضُهُمْ أَوْلِيَاءُ بَعْضٍ ۚ يَأْمُرُونَ بِالْمَعْرُوفِ وَيَنْهَوْنَ عَنِ الْمُنْكَرِ وَيُقِيمُونَ الصَّلَاةَ وَيُؤْتُونَ الزَّكَاةَ وَيُطِيعُونَ اللَّهَ وَرَسُولَهُ ۚ أُولَٰئِكَ سَيَرْحَمُهُمُ اللَّهُ ۗ إِنَّ اللَّهَ عَزِيزٌ حَكِيمٌ ۝ وَعَدَ اللَّهُ الْمُؤْمِنِينَ وَالْمُؤْمِنَاتِ جَنَّاتٍ تَجْرِي مِنْ تَحْتِهَا الْأَنْهَارُ خَالِدِينَ فِيهَا وَمَسَاكِنَ طَيِّبَةً فِي جَنَّاتِ عَدْنٍ ۚ وَرِضْوَانٌ مِنَ اللَّهِ أَكْبَرُ ۚ ذَٰلِكَ هُوَ الْفَوْزُ الْعَظِيمُ
Wa-l-muʾminūna wa-l-muʾminātu baʿḍuhum awliyāʾu baʿḍin — yaʾmurūna bi-l-maʿrūfi wa-yanhawna ʿani l-munkari wa-yuqīmūna ṣ-ṣalāta wa-yuʾtūna z-zakāta wa-yuṭīʿūna llāha wa-rasūlahu — ulāʾika sa-yarḥamuhumu llāhu — inna llāha ʿazīzun ḥakīm — waʿada llāhu l-muʾminīna wa-l-muʾmināti jannātin tajrī min taḥtihā l-anhāru khālidīna fīhā wa-masākina ṭayyibatan fī jannāti ʿadnin — wa-riḍwānun mina llāhi akbaru — dhālika huwa l-fawzu l-ʿaẓīm Les muʾminūn et les muʾminātu sont awliyāʾ les uns des autres — ils ordonnent le maʿrūf et interdisent le munkar, accomplissent la ṣalāt, s’acquittent de la zakāt, et obéissent à Allaah et à Son rasūl. Ceux-là, Allaah va leur faire raḥma. Allaah est, assurément, ʿAzīz, Ḥakīm. Allaah a promis aux muʾminūn et aux muʾminātu des jardins sous lesquels coulent les rivières, où ils demeureront, et des demeures bonnes dans les jardins d’ʿAdn — et un riḍwān venant d’Allaah, plus grand encore : voilà le fawz immense.
Notes lexicales
baʿḍuhum awliyāʾu baʿḍ
racine *w-l-y* (walāya) : voir S8:72/75. Note de cohérence intra-coranique : contraste exact avec S9:67 (ce Bloc, « *baʿḍuhum min baʿḍ* » pour les munāfiqūn) — une même origine contre un soutien mutuel activement choisi.
jannāti ʿadnin
racine *ʿ-d-n* (Ibn Fāris : l'établissement stable, le séjour durable) ; conservé en translittération (*ʿAdn*), le terme désignant un séjour plutôt qu'un toponyme à traduire.
riḍwānun mina llāhi akbar
voir S3:15 (*riḍwān venant d'Allaah*) — ici comparé (*akbar*, plus grand) aux jardins eux-mêmes.
al-fawzu l-ʿaẓīm
voir S4:13 (« le *fawz* [succès] immense »).

Fermeté envers les kuffār et les munāfiqūn · S9:73

Point de méthode — S9:73, la nature de la lutte contre les munāfiqīn. Dit : le texte réunit sous un même verbe (jāhid) deux catégories — les kuffār extérieurs, contre qui le combat armé a été rattaché à des conditions précises (voir S9:5 et S9:29), et les munāfiqīn, nominalement à l’intérieur de la communauté. Non-dit : ce seul verset ne précise pas si la lutte visée contre les munāfiqīn est de même nature (armée) ou de nature distincte (fermeté de parole, exposition de leur état, rupture de confiance). La suite immédiate du verset (« wa-ghluẓ ʿalayhim », « sois ferme envers eux ») suggère une fermeté d’attitude et de posture, sans détailler davantage son mode d’exécution concret — ce Bloc ne tranche pas arbitrairement entre les deux lectures.

S.9:73 · Ô nabī, lutte contre les kuffār et les munāfiqūn

S.9:73
يَا أَيُّهَا النَّبِيُّ جَاهِدِ الْكُفَّارَ وَالْمُنَافِقِينَ وَاغْلُظْ عَلَيْهِمْ ۚ وَمَأْوَاهُمْ جَهَنَّمُ ۖ وَبِئْسَ الْمَصِيرُ
Yā ayyuhā n-nabiyyu jāhidi l-kuffāra wa-l-munāfiqīna wa-ghluẓ ʿalayhim — wa-maʾwāhum jahannamu — wa-biʾsa l-maṣīr Ô nabī, lutte (jāhid) contre les kuffār et les munāfiqūn, et sois ferme (ughluẓ) envers eux — leur refuge (maʾwā) est Jahannam, et quelle détestable destination (al-maṣīr) !
Notes lexicales
wa-ghluẓ ʿalayhim
racine *gh-l-ẓ* (l'épaisseur, la rudesse, la fermeté qui ne cède pas) — première occurrence.

Le serment nié, et l’engagement rompu · S9:74–78

S.9:74 · Ils jurent n’avoir rien dit

S.9:74
يَحْلِفُونَ بِاللَّهِ مَا قَالُوا وَلَقَدْ قَالُوا كَلِمَةَ الْكُفْرِ وَكَفَرُوا بَعْدَ إِسْلَامِهِمْ وَهَمُّوا بِمَا لَمْ يَنَالُوا ۚ وَمَا نَقَمُوا إِلَّا أَنْ أَغْنَاهُمُ اللَّهُ وَرَسُولُهُ مِنْ فَضْلِهِ ۚ فَإِنْ يَتُوبُوا يَكُ خَيْرًا لَهُمْ ۖ وَإِنْ يَتَوَلَّوْا يُعَذِّبْهُمُ اللَّهُ عَذَابًا أَلِيمًا فِي الدُّنْيَا وَالْآخِرَةِ ۚ وَمَا لَهُمْ فِي الْأَرْضِ مِنْ وَلِيٍّ وَلَا نَصِيرٍ
Yaḥlifūna billāhi mā qālū wa-la-qad qālū kalimata l-kufri wa-kafarū baʿda islāmihim wa-hammū bimā lam yanālū — wa-mā naqamū illā an aghnāhumu llāhu wa-rasūluhu min faḍlihi — fa-in yatūbū yaku khayran lahum wa-in yatawallaw yuʿadhdhibhumu llāhu ʿadhāban alīman fi d-dunyā wa-l-ākhirati — wa-mā lahum fi l-arḍi min waliyyin wa-lā naṣīr Ils jurent par Allaah qu’ils n’ont rien dit — et pourtant ils ont dit la parole du kufr, et ont commis le kufr après leur islām (leur soumission déclarée), et ont visé (hammū) ce qu’ils n’ont pas atteint. Ils n’ont rien reproché (naqamū), sinon qu’Allaah les ait enrichis, et Son rasūl, par Sa faveur (faḍl). S’ils reviennent (tawba), ce sera meilleur pour eux ; s’ils se détournent, Allaah les châtiera d’un châtiment douloureux, dans ce bas monde et dans l’Ākhira — et ils n’auront, sur la terre, ni walī ni secoureur (naṣīr).
Notes lexicales
hammū bimā lam yanālū
racine *h-m-m* (viser, projeter intérieurement). Non-dit : le texte ne précise pas la nature exacte de ce qu'ils avaient projeté et n'ont pas atteint ; aucun récit extérieur (tentative, complot ou autre) n'est importé pour combler ce silence.
naqamū
racine *n-q-m* : tenir rigueur, reprocher avec ressentiment — première occurrence.
islāmihim
racine *s-l-m* (*islām*, la soumission déclarée). Dit : le texte emploie ce terme pour désigner leur adhésion déclarée, sans garantir par ce seul mot sa sincérité intérieure — c'est précisément ce que le verset dément dans la suite (*kafarū baʿda islāmihim*).

Point de méthode — S9:75–77, S9:80, S9:84 : trois passages sans identité nommée. La tradition biographique rattache souvent ces trois versets (l’homme au serment rompu ; l’homme visé par le refus de pardon même répété soixante-dix fois ; l’interdiction de prier sur une tombe) à des individus nommés. Ce Bloc n’importe aucun de ces noms ni de ces récits — chacun de ces trois versets est traité strictement selon ce qu’il affirme par lui-même, comme pour le compagnon de la grotte (voir S9:40) et pour Ḥunayn (voir S9:25).

S.9:75–77 · L’engagement rompu envers Allaah

S.9:75–77
۞ وَمِنْهُمْ مَنْ عَاهَدَ اللَّهَ لَئِنْ آتَانَا مِنْ فَضْلِهِ لَنَصَّدَّقَنَّ وَلَنَكُونَنَّ مِنَ الصَّالِحِينَ ۝ فَلَمَّا آتَاهُمْ مِنْ فَضْلِهِ بَخِلُوا بِهِ وَتَوَلَّوْا وَهُمْ مُعْرِضُونَ ۝ فَأَعْقَبَهُمْ نِفَاقًا فِي قُلُوبِهِمْ إِلَىٰ يَوْمِ يَلْقَوْنَهُ بِمَا أَخْلَفُوا اللَّهَ مَا وَعَدُوهُ وَبِمَا كَانُوا يَكْذِبُونَ
Wa-minhum man ʿāhada llāha la-in ātānā min faḍlihi la-naṣṣaddaqanna wa-la-nakūnanna mina ṣ-ṣāliḥīn — fa-lammā ātāhum min faḍlihi bakhilū bihi wa-tawallaw wa-hum muʿriḍūn — fa-aʿqabahum nifāqan fī qulūbihim ilā yawmi yalqawnahu bimā akhlafū llāha mā waʿadūhu wa-bimā kānū yakdhibūn Et parmi eux, il en est qui avait pris engagement (ʿāhada) envers Allaah : « Si Tu nous donnes de Ta faveur, nous ferons, assurément, la ṣadaqa, et nous serons, assurément, du nombre des ṣāliḥīn. » Mais quand Il leur donna de Sa faveur, ils s’en montrèrent avares (bakhilū), et se détournèrent en se dérobant. Il fit donc succéder, dans leurs cœurs, un nifāq [qui durera] jusqu’au jour où ils Le rencontreront — parce qu’ils ont manqué à Allaah ce qu’ils Lui avaient promis, et parce qu’ils mentaient.
Notes lexicales
wa-minhum man ʿāhada llāh
Dit : le texte rapporte un engagement pris par une personne non nommée (*man*, « il en est qui »), sa rupture, et sa conséquence. Non-dit : aucune identité n'est donnée par ce passage — voir le callout de méthode ci-dessus.
bakhilū bihi
racine *b-kh-l* : l'avarice, retenir ce qu'on devrait donner — première occurrence.
fa-aʿqabahum nifāqan fī qulūbihim
racine *ʿ-q-b* (faire succéder). Dit : le texte pose une causalité explicite (« *bi-mā akhlafū ... wa-bi-mā kānū yakdhibūn* », « parce qu'ils ont manqué... et parce qu'ils mentaient ») — une conséquence de leur propre rupture et de leur mensonge, non un décret initial indépendant de leur acte. Même ligne que pour le scellement des cœurs (*khatama*, voir S2:6–7) : la conséquence suit l'acte, elle ne le précède pas.

S.9:78 · Allaah connaît le secret et les conciliabules

S.9:78
أَلَمْ يَعْلَمُوا أَنَّ اللَّهَ يَعْلَمُ سِرَّهُمْ وَنَجْوَاهُمْ وَأَنَّ اللَّهَ عَلَّامُ الْغُيُوبِ
A-lam yaʿlamū anna llāha yaʿlamu sirrahum wa-najwāhum wa-anna llāha ʿallāmu l-ghuyūb Ne savent-ils pas qu’Allaah connaît leur secret (sirr) et leurs conciliabules (najwā), et qu’Allaah connaît parfaitement (ʿallām) les ghuyūb (ce qui échappe à la perception) ?
Notes lexicales
najwāhum
racine *n-j-w* (« conciliabules ») : l'entretien tenu à l'écart, en aparté.
ʿallāmu l-ghuyūb
forme intensive (*ʿallām*) de la racine *ʿ-l-m* — la connaissance parfaite d'Allaah, sans détail sur le mécanisme de cette connaissance.

Le reproche aux modestes donateurs, et l’istighfar sans effet · S9:79–80

Point de méthode — S9:79, « Allaah les rend dérisoires en retour ». Racine s-kh-r (railler, tourner en dérision) — voir yastahziʾu en S2:14–16 (« Allaah les rend dérisoires » plutôt que « Se moque d’eux »). Dit : le texte construit ici une figure de miroir strict avec le verbe qui précède (fa-yaskharūna minhum → sakhira llāhu minhum) — une rétribution qui répond terme à terme à leur propre action. Ce Bloc n’affirme pas que cela attribue à Allaah une réaction affective de moquerie ou de dérision au sens où elle s’applique à des humains. Ce Bloc retient donc la même solution que pour yastahziʾu : « les rend dérisoires », pour porter le sens de la rétribution sans reconduire la connotation de sentiment humain propre à ce verbe.

S.9:79 · Ceux qui raillent les modestes donateurs

S.9:79
الَّذِينَ يَلْمِزُونَ الْمُطَّوِّعِينَ مِنَ الْمُؤْمِنِينَ فِي الصَّدَقَاتِ وَالَّذِينَ لَا يَجِدُونَ إِلَّا جُهْدَهُمْ فَيَسْخَرُونَ مِنْهُمْ ۙ سَخِرَ اللَّهُ مِنْهُمْ وَلَهُمْ عَذَابٌ أَلِيمٌ
Alladhīna yalmizūna l-muṭṭawwiʿīna mina l-muʾminīna fi ṣ-ṣadaqāti wa-lladhīna lā yajidūna illā juhdahum fa-yaskharūna minhum — sakhira llāhu minhum wa-lahum ʿadhābun alīm Ceux qui critiquent (yalmizūna) les muṭṭawwiʿūn parmi les muʾminūn au sujet des ṣadaqāt, ainsi que ceux qui ne trouvent que leur effort le plus modeste (juhdahum) à donner, et qui les tournent en dérision — Allaah les rend dérisoires à Son tour, et à eux un châtiment douloureux.
Notes lexicales
yalmizūna
même racine *l-m-z* qu'en S9:58 (Bloc II).
al-muṭṭawwiʿīna
racine *ṭ-w-ʿ*, forme V (voir S9:53 : « *anfiqū ṭawʿan aw karhan* ») : ceux qui donnent volontairement, au-delà de toute obligation fixée.
juhdahum
racine *j-h-d* — même racine que *jihād*/*jāhada* : ici, non l'effort de lutte, mais l'extrême limite de ce qu'on peut donner, son plus modeste avoir. Note de cohérence intra-coranique : le texte associe ainsi, par la seule racine partagée, l'effort du pauvre qui donne son *juhd* à la même famille sémantique que le *jihād* loué tout au long de cette sourate — sans que ce seul verset ne l'énonce explicitement.
sakhira llāhu minhum
Voir le callout de méthode ci-dessus.

S.9:80 · L’istighfar répété sans effet

S.9:80
اسْتَغْفِرْ لَهُمْ أَوْ لَا تَسْتَغْفِرْ لَهُمْ إِنْ تَسْتَغْفِرْ لَهُمْ سَبْعِينَ مَرَّةً فَلَنْ يَغْفِرَ اللَّهُ لَهُمْ ۚ ذَٰلِكَ بِأَنَّهُمْ كَفَرُوا بِاللَّهِ وَرَسُولِهِ ۗ وَاللَّهُ لَا يَهْدِي الْقَوْمَ الْفَاسِقِينَ
Istaghfir lahum aw lā tastaghfir lahum in tastaghfir lahum sabʿīna marratan fa-lan yaghfira llāhu lahum — dhālika bi-annahum kafarū billāhi wa-rasūlihi — wa-llāhu lā yahdi l-qawma l-fāsiqīn Que tu demandes pardon pour eux, ou que tu ne le demandes pas — même si tu demandais pardon pour eux soixante-dix fois, Allaah ne leur pardonnera jamais. Cela, parce qu’ils ont commis le kufr envers Allaah et Son rasūl. Allaah ne guide pas le peuple des fāsiqūn.
Notes lexicales
sabʿīna marratan
Dit : le texte rattache la clôture (« ne leur pardonnera jamais ») à une cause précise (le *kufr* envers Allaah et Son *rasūl*), non à une personne nommée — voir le callout de méthode plus haut. Le chiffre « soixante-dix » est, comme souvent en arabe classique (Ibn Fāris), un nombre d'intensification rhétorique plutôt qu'un compte destiné à être pris littéralement comme seuil testable : le sens porté est celui d'une exclusion sans appel, quel que soit le nombre de demandes.

La joie des différés, et l’absence de prière sur leurs tombes · S9:81–89

S.9:81–82 · Rire peu, pleurer beaucoup

S.9:81–82
فَرِحَ الْمُخَلَّفُونَ بِمَقْعَدِهِمْ خِلَافَ رَسُولِ اللَّهِ وَكَرِهُوا أَنْ يُجَاهِدُوا بِأَمْوَالِهِمْ وَأَنْفُسِهِمْ فِي سَبِيلِ اللَّهِ وَقَالُوا لَا تَنْفِرُوا فِي الْحَرِّ ۗ قُلْ نَارُ جَهَنَّمَ أَشَدُّ حَرًّا ۚ لَوْ كَانُوا يَفْقَهُونَ ۝ فَلْيَضْحَكُوا قَلِيلًا وَلْيَبْكُوا كَثِيرًا جَزَاءً بِمَا كَانُوا يَكْسِبُونَ
Fariḥa l-mukhallafūna bi-maqʿadihim khilāfa rasūli llāhi wa-karihū an yujāhidū bi-amwālihim wa-anfusihim fī sabīli llāhi wa-qālū lā tanfirū fi l-ḥarri — qul nāru jahannama ashaddu ḥarran law kānū yafqahūn — fa-l-yaḍḥakū qalīlan wa-l-yabkū kathīran jazāʾan bimā kānū yaksibūn Ceux qui furent laissés en arrière (al-mukhallafūn) se sont réjouis de leur position assise, après (ou : en s’opposant à) le départ du rasūl d’Allaah, et ont rejeté (karihū) l’idée de lutter par leurs biens et eux-mêmes sur le sabīl d’Allaah, et ont dit : « Ne partez pas dans la chaleur (ḥarr). » Dis : « Le feu de Jahannam est plus intense encore en chaleur » — s’ils pouvaient seulement comprendre (yafqahūn). Qu’ils rient donc peu, et qu’ils pleurent beaucoup, en rétribution de ce qu’ils se sont acquis.
Notes lexicales
khilāfa rasūli llāh
racine *kh-l-f*. Dit : deux lectures attestées coexistent pour cette préposition — l'une temporelle (« après le départ du rasūl »), l'autre oppositionnelle (« en s'opposant au rasūl »). Ce Bloc retient la formulation « après (ou : en s'opposant à) » pour ne pas trancher arbitrairement entre les deux, le contexte immédiat (la joie de rester assis pendant que le rasūl part au combat) restant cohérent avec l'une comme avec l'autre.
al-mukhallafūn
même racine *kh-l-f* qu'en S9:83, S9:87 (ci-après, ce Bloc) — participe passif : ceux qu'on a laissés, ou fait rester, en arrière.
karihū
même racine *k-r-h* que S9:46/48 (Bloc II) — ici un rejet humain, distinct de ce qu'Allaah rejette en S9:46 : deux sujets différents pour une même racine, qui ne sont pas fondus.

S.9:83–84 · Refus de les emmener — ne pas prier sur leurs tombes

S.9:83–84
فَإِنْ رَجَعَكَ اللَّهُ إِلَىٰ طَائِفَةٍ مِنْهُمْ فَاسْتَأْذَنُوكَ لِلْخُرُوجِ فَقُلْ لَنْ تَخْرُجُوا مَعِيَ أَبَدًا وَلَنْ تُقَاتِلُوا مَعِيَ عَدُوًّا ۖ إِنَّكُمْ رَضِيتُمْ بِالْقُعُودِ أَوَّلَ مَرَّةٍ فَاقْعُدُوا مَعَ الْخَالِفِينَ ۝ وَلَا تُصَلِّ عَلَىٰ أَحَدٍ مِنْهُمْ مَاتَ أَبَدًا وَلَا تَقُمْ عَلَىٰ قَبْرِهِ ۖ إِنَّهُمْ كَفَرُوا بِاللَّهِ وَرَسُولِهِ وَمَاتُوا وَهُمْ فَاسِقُونَ
Fa-in rajaʿaka llāhu ilā ṭāʾifatin minhum fa-staʾdhanūka li-l-khurūji fa-qul lan takhrujū maʿiya abadan wa-lan tuqātilū maʿiya ʿaduwwan — innakum raḍītum bi-l-quʿūdi awwala marratin fa-qʿudū maʿa l-khālifīn — wa-lā tuṣalli ʿalā aḥadin minhum māta abadan wa-lā taqum ʿalā qabrihi — innahum kafarū billāhi wa-rasūlihi wa-mātū wa-hum fāsiqūn Si Allaah te ramène vers un groupe d’entre eux, et qu’ils te demandent permission de sortir [avec toi la fois suivante], dis : « Vous ne sortirez plus jamais avec moi, et vous ne combattrez plus jamais d’ennemi avec moi. Vous vous êtes satisfaits de rester assis la première fois — restez donc avec ceux qui restent en arrière (al-khālifīn). » Et ne prie (tuṣalli) jamais sur aucun d’entre eux qui meurt, et ne te tiens pas debout sur sa tombe (qabrihi) — ils ont commis le kufr envers Allaah et Son rasūl, et sont morts en étant fāsiqūn.
Notes lexicales
wa-lā tuṣalli ʿalā aḥadin minhum
Dit : le verset interdit un acte précis désigné par le verbe *ṣallā* — ici, une invocation faite pour un défunt — distinct de la ṣalāt rituelle conservée en translittération. La racine est la même, mais l'objet visé (une invocation funéraire) diffère nettement de la prière ordinaire. Non-dit : ce seul verset ne nomme personne ; voir le callout de méthode plus haut sur les identités non importées.
wa-lā taqum ʿalā qabrihi
racine *q-w-m* : se tenir debout à un endroit. Non-dit : la nature exacte du geste visé (une invocation debout, une garde funéraire, ou un autre rite) n'est pas détaillée par ce seul verset au-delà de l'image qu'il pose.
al-khālifīn
participe actif de *kh-l-f* (rester en arrière) — distinct du participe passif *al-mukhallafūn* (S9:81, ce Bloc).

S.9:85 · Que ne t’émerveillent ni leurs biens ni leurs enfants

S.9:85
وَلَا تُعْجِبْكَ أَمْوَالُهُمْ وَأَوْلَادُهُمْ ۚ إِنَّمَا يُرِيدُ اللَّهُ أَنْ يُعَذِّبَهُمْ بِهَا فِي الدُّنْيَا وَتَزْهَقَ أَنْفُسُهُمْ وَهُمْ كَافِرُونَ
Wa-lā tuʿjibka amwāluhum wa-awlāduhum — innamā yurīdu llāhu an yuʿadhdhibahum bihā fi d-dunyā wa-tazhaqa anfusuhum wa-hum kāfirūn Que ne t’émerveillent donc ni leurs biens ni leurs enfants — Allaah ne veut que les châtier par eux dans ce bas monde, et que leurs nafs périssent (tazhaqa) alors qu’ils sont kāfirūn.
Notes lexicales
wa-lā tuʿjibka amwāluhum wa-awlāduhum
Note de cohérence intra-coranique. Reprise quasi identique de S9:55 (Bloc II), dont la note annonçait cette répétition. Seule variation relevée : « *fi d-dunyā* » ici, contre « *fi l-ḥayāti d-dunyā* » en S9:55 — variation de forme sans écart de sens décelable dans ce seul contexte.

S.9:86–87 · Ceux qui ont les moyens demandent dispense

S.9:86–87
وَإِذَا أُنْزِلَتْ سُورَةٌ أَنْ آمِنُوا بِاللَّهِ وَجَاهِدُوا مَعَ رَسُولِهِ اسْتَأْذَنَكَ أُولُو الطَّوْلِ مِنْهُمْ وَقَالُوا ذَرْنَا نَكُنْ مَعَ الْقَاعِدِينَ ۝ رَضُوا بِأَنْ يَكُونُوا مَعَ الْخَوَالِفِ وَطُبِعَ عَلَىٰ قُلُوبِهِمْ فَهُمْ لَا يَفْقَهُونَ
Wa-idhā unzilat sūratun an āminū billāhi wa-jāhidū maʿa rasūlihi staʾdhanaka ulū ṭ-ṭawli minhum wa-qālū dharnā nakun maʿa l-qāʿidīn — raḍū bi-an yakūnū maʿa l-khawālifi wa-ṭubiʿa ʿalā qulūbihim fa-hum lā yafqahūn Et quand une sourate descend [qui commande] : « Croyez en Allaah et luttez aux côtés de Son rasūl » — ceux d’entre eux qui ont les moyens (ulū ṭ-ṭawli) te demandent permission [de rester], et disent : « Laisse-nous, que nous soyons avec ceux qui restent assis. » Ils se sont satisfaits d’être avec ceux qui restent en arrière (al-khawālif), et un sceau a été posé sur leurs cœurs (ṭubiʿa), si bien qu’ils ne comprennent pas.
Notes lexicales
ulū ṭ-ṭawli
racine *ṭ-w-l* (l'ampleur, la portée) : ceux qui ont les moyens matériels, l'aisance — première occurrence.
al-khawālif
pluriel féminin de *khālifa* (même racine *kh-l-f* que S9:81/83, ce Bloc). Dit : les lexicographes classiques rattachent le plus souvent ce pluriel féminin aux femmes restées aux tentes ou aux foyers pendant que les hommes partaient, sens qui s'est ensuite élargi à quiconque reste en arrière sans se joindre à l'effort commun. Ce Bloc retient la lecture générique (« ceux qui restent en arrière »), faute d'indication contraire dans le contexte immédiat, en signalant explicitement cette double lecture.
ṭubiʿa ʿalā qulūbihim
racine *ṭ-b-ʿ* (apposer un sceau, une empreinte) — de la même famille de questions que *khatama* (voir S2:6–7). Dit : le texte enchaîne ce scellement immédiatement après avoir rapporté leur satisfaction à rester en arrière (*raḍū*) — une conséquence de leur choix déjà posé, non un décret qui précéderait ou annulerait ce choix.

S.9:88–89 · Le rasūl et les croyants qui ont lutté

S.9:88–89
لَٰكِنِ الرَّسُولُ وَالَّذِينَ آمَنُوا مَعَهُ جَاهَدُوا بِأَمْوَالِهِمْ وَأَنْفُسِهِمْ ۚ وَأُولَٰئِكَ لَهُمُ الْخَيْرَاتُ ۖ وَأُولَٰئِكَ هُمُ الْمُفْلِحُونَ ۝ أَعَدَّ اللَّهُ لَهُمْ جَنَّاتٍ تَجْرِي مِنْ تَحْتِهَا الْأَنْهَارُ خَالِدِينَ فِيهَا ۚ ذَٰلِكَ الْفَوْزُ الْعَظِيمُ
Lākini r-rasūlu wa-lladhīna āmanū maʿahu jāhadū bi-amwālihim wa-anfusihim — wa-ulāʾika lahumu l-khayrātu — wa-ulāʾika humu l-muflihūn — aʿadda llāhu lahum jannātin tajrī min taḥtihā l-anhāru khālidīna fīhā — dhālika l-fawzu l-ʿaẓīm Mais le rasūl et ceux qui ont cru avec lui ont lutté par leurs biens et eux-mêmes — ceux-là ont pour eux les khayrāt (les biens excellents), et ceux-là sont les muflihūn (ceux qui aboutissent, dans le bien). Allaah leur a préparé des jardins sous lesquels coulent les rivières, où ils demeureront — voilà le fawz immense.
Notes lexicales
al-khayrātu
pluriel de *khayr* : les biens promis, en écho contrasté aux *amwāl* et *awlād* d'ici-bas (biens et enfants), mentionnés en S9:85 comme instruments de châtiment pour les munāfiqūn.
al-muflihūn
racine *f-l-ḥ* : aboutir, réussir dans le sens le plus large — non un simple succès matériel.

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