Structure du Bloc IV. Dix ensembles. D’abord les excuseurs bédouins venus demander permission, contrastés à ceux qui ont menti sans même s’excuser (S9:90), puis l’exemption explicite des faibles, des malades et de ceux qui ne trouvent rien à dépenser, sincères et affligés de ne pouvoir donner (S9:91–92), et le reproche réservé, à l’inverse, aux riches qui demandent dispense (S9:93). Puis les excuses présentées après le retour et le renvoi au jugement d’Allaah et de Son rasūl, les serments des munāfiqūn pour être laissés tranquilles, qualifiés de rijs (S9:94–96). Puis les Bédouins dits plus intenses en kufr et en nifāq, et — dans le même mouvement — ceux d’entre eux qui croient et donnent avec sincérité (S9:97–99), et les sābiqūn al-awwalūn parmi les Muhājirūn et les Anṣār (S9:100). Puis les munāfiqūn connus d’Allaah seul, et ceux qui reconnaissent leurs fautes (S9:101–102), la ṣadaqa à prendre sur les biens des seconds et l’invocation apaisante du nabī, at-Tawwāb ar-Raḥīm (S9:103–106). Enfin le masjid pris par nuisance et division, opposé au masjid fondé sur la taqwā depuis le premier jour (S9:107–108), et la parabole des deux fondations — sur la taqwā, ou sur une falaise crevassée (S9:109–110).
Avertissement de méthode — plusieurs points exigeant la prudence la plus stricte. S9:100 : « as-sābiqūna l-awwalūn » (les précédents, les premiers) — ce Bloc isole strictement ce que le verset affirme lui-même : deux catégories désignées par leur rôle dans l’histoire de la communauté (les Muhājirūn et les Anṣār), et une troisième non bornée dans le temps (ceux qui les ont suivis avec excellence), une satisfaction mutuelle affirmée, et une récompense promise — sans qu’aucune frontière précise ne soit posée par ce seul verset entre « précédents » et les autres croyants, ni qu’aucune hiérarchie de mérite individuel n’en soit tirée au-delà de cette description collective ; point sensible dans l’histoire de la communauté. S9:97 : « al-aʿrāb ashaddu kufran wa-nifāqan » — une qualification générale portée sur un groupe (les Arabes nomades du désert) ; ce Bloc la rapporte telle qu’elle est énoncée, sans l’atténuer, mais signale qu’elle est immédiatement suivie, dans le même ensemble de versets, par la mention explicite de Bédouins qui croient et donnent avec sincérité (S9:99) — un contrepoint textuel direct, à lire dans le même mouvement. S9:101 : « sa-nuʿadhdhibuhum marratayni » (Nous les châtierons deux fois) — ce seul verset ne précise pas la nature exacte des deux châtiments visés ; toute identification (par exemple à une peine de ce bas monde suivie d’une peine de l’Ākhira) relève de l’inférence, non du texte lui-même. S9:107–108 : le masjid pris « par nuisance, par kufr, par division entre les muʾminūn » — la tradition biographique rattache cet épisode à un groupe et un lieu précis ; ce Bloc n’importe aucun nom, aucun récit de construction ni de démolition au-delà de ce que le texte affirme par lui-même (l’interdiction faite au nabī de s’y tenir debout). S9:110 : « ḥattā tuqaṭṭaʿa qulūbuhum » (jusqu’à ce que leurs cœurs se disloquent) — deux lectures lexicographiques attestées coexistent, l’une entendant la mort elle-même, l’autre une dissolution du doute par un autre moyen non précisé ; ce Bloc ne tranche pas arbitrairement entre les deux.
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.9:90 | Les excuseurs bédouins — et ceux qui ont menti sans s’excuser |
| S.9:91–92 | L’exemption des faibles, des malades, des indigents sincères |
| S.9:93 | Le reproche réservé aux riches qui demandent dispense |
| S.9:94 | Les excuses après le retour — le renvoi au jugement d’Allaah |
| S.9:95–96 | Les serments des munāfiqūn pour être laissés tranquilles — rijs |
| S.9:97 | Les Bédouins, plus intenses en kufr et en nifāq |
| S.9:98 | Celui qui considère sa dépense comme une perte forcée |
| S.9:99 | Celui qui croit et considère sa dépense comme un rapprochement |
| S.9:100 | Les sābiqūn al-awwalūn — Muhājirūn, Anṣār, et ceux qui les ont suivis |
| S.9:101 | Munāfiqūn connus d’Allaah seul — le double châtiment |
| S.9:102 | D’autres qui reconnaissent leurs fautes |
| S.9:103 | La ṣadaqa qui purifie — l’invocation apaisante du nabī |
| S.9:104 | Allaah accueille la tawba et prend les ṣadaqāt — at-Tawwāb, ar-Raḥīm |
| S.9:105 | « Agissez » — le renvoi vers Ce qui connaît le ghayb et le témoigné |
| S.9:106 | D’autres, laissés en suspens à l’ordre d’Allaah |
| S.9:107 | Le masjid pris par nuisance, kufr et division |
| S.9:108 | Le masjid fondé sur la taqwā depuis le premier jour |
| S.9:109 | La parabole des deux fondations — la taqwā, ou la falaise crevassée |
| S.9:110 | Le doute qui persiste, jusqu’à ce que les cœurs se disloquent |
Les excuseurs bédouins, et ceux qui ont menti · S9:90
S.9:90 · Ils sont venus demander permission — et ceux qui ont menti sont restés assis
- al-muʿadhdhirūn
- racine *ʿ-dh-r* : présenter une excuse, un motif qui écarte le blâme. Dit : le texte distingue nettement deux attitudes en un seul verset — ceux qui prennent la peine de présenter une excuse (quelle qu'en soit la sincérité, non jugée ici), et ceux qui, ayant menti à Allaah et à Son rasūl, ne s'en donnent même pas la peine et restent simplement assis (*qaʿada* : voir S9:81 et S9:83, Bloc III).
- al-aʿrāb
- racine *ʿ-r-b* (voir l'étude La définition du croyant selon le Coran, sur S49:14) : les habitants nomades du désert (*al-bādiya*), distincts des Arabes sédentaires des villes — non « Bédouins » au sens folklorique, mais bien des Arabes, d'où la conservation du terme translittéré.
L’exemption des faibles, des malades, des indigents sincères · S9:91–92
S.9:91–92 · Nulle gêne sur qui ne trouve rien à dépenser, s’il est sincère
- ḥaraj
- racine *ḥ-r-j* (voir S4:65 et S6:125) : l'étroitesse, le resserrement qui empêche l'issue — ici, l'absence de tout reproche pesant sur qui n'a matériellement pas les moyens.
- naṣaḥū lillāhi wa-rasūlihi
- racine *n-ṣ-ḥ* (Ibn Fāris : la pureté sans mélange, comme le miel purifié — *naṣaḥa al-ʿasal*) : la sincérité qui écarte toute duplicité, non un simple bon sentiment. Dit : le texte pose cette sincérité comme condition de l'exemption, non l'incapacité matérielle seule.
- mā ʿalā l-muḥsinīna min sabīl
- même construction (*mā ʿalā ... min sabīl*) que celle qui, en S9:93 (ci-après), qualifiera à l'inverse ceux qui méritent le reproche — un contraste voulu par le texte entre les deux versets contigus.
- aʿyunuhum tafīḍu mina d-damʿi ḥazanan
- Dit : le texte décrit un chagrin réel, visible, chez ceux qui voudraient donner ou combattre et n'en ont pas les moyens — opposé, dans le verset qui suit immédiatement, à la satisfaction de ceux qui ont les moyens et ne le veulent pas.
Le reproche réservé aux riches qui demandent dispense · S9:93
S.9:93 · Le reproche ne porte que sur les riches satisfaits de rester en arrière
- innamā s-sabīlu ʿalā
- Note de cohérence intra-coranique. Écho direct de S9:91 (ce Bloc, « *mā ʿalā l-muḥsinīna min sabīl* ») — la même expression (*sabīl* comme voie de reproche) répartit ici, terme à terme, deux catégories opposées : ceux qui sont hors d'atteinte du reproche, et ceux qui y sont seuls exposés.
- al-khawālif ... ṭabaʿa llāhu ʿalā qulūbihim ... fa-hum lā yaʿlamūn
- Note de cohérence intra-coranique. Reprise quasi identique de S9:86–87 (Bloc III) — même racine *kh-l-f*, même scellement (*ṭubiʿa*/*ṭabaʿa*, même racine *ṭ-b-ʿ*), seule variation la clôture (*yafqahūn* en S9:87, *yaʿlamūn* ici). Ce Bloc retient, pour *al-khawālif*, la même lecture générique qu'en S9:87 (ceux qui restent en arrière), faute d'indication contraire, tout en signalant à nouveau la lecture restreinte aux femmes restées aux foyers attestée chez les lexicographes classiques.
Les excuses après le retour, et les serments des munāfiqūn · S9:94–96
S.9:94 · Ne vous excusez pas — le renvoi au jugement d’Allaah et de Son rasūl
- lan nuʾmina lakum
- Note de cohérence intra-coranique. Même construction *yuʾminu li-* (accorder foi à la parole de, distincte de *yuʾminu bi-*, croire en) qu'en S9:61 (Bloc III) — ici niée : leur parole ne sera pas créditée.
- sayarā llāhu ʿamalakum wa-rasūluhu
- Dit : le verbe conjugué (*sayarā*, au singulier) précède les deux sujets qu'il partage (Allaah et Son rasūl) — accord grammatical avec le sujet le plus proche, procédé courant en arabe classique, sans que cela ne fusionne leurs natures respectives (même principe qu'en S9:62–63, Bloc III, à propos d'un pronom partagé).
- ʿālimi l-ghaybi wa-sh-shahāda
- racine *ʿ-l-m* (connaître) — la paire *ghayb*/*shahāda* : l'insondable, ce qui échappe à la perception ordinaire / le manifeste, ce qui est directement constatable. La construction épithète est rendue par « Ce qui connaît » plutôt que « Celui qui connaît », pour une neutralité aussi complète que possible à propos d'Allaah.
S.9:95–96 · Les serments pour être laissés tranquilles — un rijs
- innahum rijsun
- même racine *r-j-s* qu'en S5:90 (à propos du khamr et du maysir) et S6:125 (à propos de l'incrédulité) — « une souillure ». Note de cohérence, par contraste : nouveau registre — non plus une substance, ni un état intérieur, mais des personnes elles-mêmes qualifiées. Ce Bloc note l'écart sans fondre les trois emplois en un sens unique.
- fa-inna llāha lā yarḍā
- Dit : le texte oppose explicitement une satisfaction humaine, révocable et sans effet sur le jugement final (*fa-in tarḍaw ʿanhum*), à une non-satisfaction d'Allaah qui, elle, demeure — la première ne change rien à la seconde.
Les Bédouins, entre kufr intense et croyance sincère · S9:97–99
S.9:97 · Les Bédouins, plus intenses en kufr et en nifāq
- ashaddu kufran wa-nifāqan
- Dit : un jugement porté sur ce groupe dans son ensemble (leur éloignement matériel des lieux d'enseignement direct du nabī étant, dans la suite du verset, corrélé à leur méconnaissance des *ḥudūd*). Non-dit, et contrepoint textuel immédiat : voir le callout de méthode en tête de ce Bloc — ce même ensemble de versets nomme, deux versets plus loin (S9:99), des aʿrāb qui croient et donnent avec sincérité ; ce Bloc rapporte l'un et l'autre sans les opposer artificiellement.
- ajdaru allā yaʿlamū
- racine *j-d-r* : être digne de, porté vers par nature ou circonstance — non une impossibilité de principe.
S.9:98 · Celui qui considère sa dépense comme une perte forcée
- maghraman
- racine *gh-r-m* : une dette, une perte qu'on subit sans contrepartie voulue ; oppose une dépense vécue comme contrainte à celle, vécue comme rapprochement, du verset suivant (S9:99).
- ad-dawāʾir ... dāʾiratu s-sawʾ
- racine *d-w-r* : le tour, le retournement de fortune. Dit : le texte fait retomber sur celui qui l'espérait pour autrui (« *yatarabbaṣu bikum* », il l'attend pour vous) le revers qu'il souhaitait — une figure de miroir que l'on retrouve sous d'autres formes en S9:67 et S9:79 (Bloc III).
S.9:99 · Celui qui croit, et considère sa dépense comme un rapprochement
- qurubātin ʿinda llāh
- racine *q-r-b* (le rapprochement) — même famille que *qurbā* (les proches, S8:41) mais employée ici en un sens distinct : l'acte lui-même comme moyen de rapprochement, non le lien de parenté.
- ṣalawāti r-rasūl
- Dit : le texte désigne ici, par le pluriel *ṣalawāt*, les invocations que le rasūl fait pour eux — non la ṣalāt rituelle des cinq prières (voir l'étude La Ṣalāt dans le Coran). Même distinction qu'en S9:84 (Bloc III, à propos de *lā tuṣalli ʿalā aḥad*) et qu'en S9:103 (ce Bloc, *ṣalli ʿalayhim*) : la racine est la même, l'objet visé diffère.
Les sābiqūn al-awwalūn · S9:100
Point de méthode — S9:100, un point sensible dans l’histoire de la communauté. Ce que le texte affirme, et rien de plus : il nomme deux catégories par leur rôle historique (les Muhājirūn, ceux qui ont émigré ; les Anṣār, ceux qui les ont accueillis à Médine), et une troisième non bornée dans le temps (« ceux qui les ont suivis avec excellence », bi-iḥsān) ; il affirme une satisfaction réciproque (« Allaah est satisfait d’eux, et ils sont satisfaits de Lui ») et une récompense (des jardins, un séjour éternel). Ce que le texte ne dit pas : il ne fixe, par lui-même, aucune frontière précise entre « les précédents, les premiers » (as-sābiqūna l-awwalūn) et les croyants venus après eux — question qui a fait l’objet de débats juridiques et historiques étendus dans la tradition, dont ce Bloc ne tranche aucun ; il ne construit pas davantage, à partir de cette seule description collective, une hiérarchie de mérite entre individus nommés. Ce Bloc s’en tient à ce que le verset affirme lui-même, sans importer de liste ni de rang.
S.9:100 · Les précédents, les premiers, parmi les Muhājirūn et les Anṣār
- as-sābiqūna l-awwalūn
- racine *s-b-q* (précéder) intensifiée par *al-awwalūn* (les premiers) — un doublement qui insiste sur l'antériorité, sans que ce seul terme n'en fixe la borne exacte. Voir le callout de méthode ci-dessus.
- al-muhājirīna wa-l-anṣār
- *muhājir* (voir S4, Bloc VI) : celui qui accomplit la *hijra* ; *anṣār*, racine *n-ṣ-r* (le secours), désignant ceux qui, à Médine, ont accueilli et secouru les *Muhājirūn*.
- raḍiya llāhu ʿanhum wa-raḍū ʿanhu
- Note de cohérence intra-coranique. Même formule que S9:71–72 (Bloc III, à propos des muʾminūn et muʾminātu, sans les jardins d'ʿAdn) — ici étendue explicitement à ces trois catégories nommées.
Munāfiqūn connus d’Allaah seul, et ceux qui reconnaissent leurs fautes · S9:101–102
Point de méthode — S9:101, « Nous les châtierons deux fois ». Dit : le texte affirme un double châtiment (marratayni) réservé à des munāfiqūn que le nabī lui-même ne peut identifier (« lā taʿlamuhum, naḥnu naʿlamuhum », « tu ne les connais pas, Nous, Nous les connaissons ») — une connaissance exclusive à Allaah. Non-dit : la nature exacte des deux châtiments visés (un châtiment de ce bas monde suivi d’un châtiment de l’Ākhira, ou deux épreuves distinctes de ce bas monde) n’est pas précisée par ce seul verset ; toute identification relève de l’inférence, non du texte lui-même.
S.9:101 · Munāfiqūn parmi les Bédouins et les gens de Médine — connus d’Allaah seul
- maradū ʿalā n-nifāq
- racine *m-r-d/m-r-n* : s'endurcir par la répétition, s'habituer jusqu'à la maîtrise d'une pratique — appliquée ici à une pratique du nifāq devenue une seconde nature par l'exercice.
- lā taʿlamuhum, naḥnu naʿlamuhum
- Dit : le texte oppose explicitement la connaissance limitée du nabī à la connaissance exhaustive d'Allaah des cœurs cachés — voir S9:78 (Bloc III : « Allaah connaît leur secret et leurs conciliabules »).
- sa-nuʿadhdhibuhum marratayni
- Voir le callout de méthode ci-dessus.
S.9:102 · D’autres qui reconnaissent leurs fautes
- khalaṭū ʿamalan ṣāliḥan wa-ākhara sayyiʾan
- racine *kh-l-ṭ* : mélanger sans séparation nette — l'image d'une vie faite d'actes bons et mauvais entremêlés, non deux compartiments étanches.
- ʿasā llāhu an yatūba ʿalayhim
- Dit : la particule *ʿasā* (il se peut que) porte, grammaticalement, sur l'incertitude ressentie par celui qui parle ou qui écoute — un tour de langue qui exprime, du point de vue humain, l'espérance d'un accueil du retour, sans que cela ne relève d'une hésitation du savoir d'Allaah Lui-même. Ce Bloc s'en tient à cette observation grammaticale, sans construire de doctrine au-delà.
La ṣadaqa qui purifie, at-Tawwāb, ar-Raḥīm · S9:103–106
S.9:103 · Prends une ṣadaqa de leurs biens — ton invocation est un apaisement pour eux
- tuṭahhiruhum wa-tuzakkīhim
- deux racines proches : *ṭ-h-r* (la purification) et *z-k-w* (même racine que *zakāt* : l'élévation, la croissance saine).
- wa-ṣalli ʿalayhim ... ṣalātaka sakanun lahum
- Dit : même racine *ṣ-l-w* que la ṣalāt rituelle, mais employée ici, à l'adresse du nabī, pour désigner une invocation faite pour eux, non la prière rituelle elle-même — même distinction qu'en S9:84 (Bloc III) et S9:99 (ce Bloc). *Sakan*, racine *s-k-n* (voir *sakīna*, S2:248) : l'apaisement qui met fin à l'agitation.
S.9:104 · Allaah accueille la tawba de Ses ʿibād — at-Tawwāb, ar-Raḥīm
- at-Tawwāb
- racine *t-w-b* (voir S2:37, S2:54, S2:128 et S4, Bloc I) : Ce qui accueille sans cesse le retour.
- huwa yaqbalu ... huwa t-tawwāb
- Note de méthode. Le pronom emphatique *huwa* (« Lui-même », « Lui ») porte ici une insistance de discours (un topique repris avec emphase), non une construction épithète « Celui qui X » — rendu par « Lui » ou « Lui-même », sans recourir à « Ce qui » qui alourdirait inutilement une tournure déjà neutre.
S.9:105 · Agissez — le renvoi vers Ce qui connaît le ghayb et le témoigné
- sayarā llāhu ʿamalakum wa-rasūluhu wa-l-muʾminūn
- Note de cohérence intra-coranique. Même formule qu'en S9:94 (ce Bloc), étendue ici explicitement aux muʾminūn — trois instances de constatation distinctes (Allaah, le rasūl, les croyants), sans que le verbe partagé au singulier ne les confonde.
S.9:106 · D’autres, laissés en suspens à l’ordre d’Allaah
- murjawna li-amri llāh
- racine *r-j-w* (forme passive) : mis en attente, différés. Dit : le texte ne referme pas ce troisième cas (contrairement au premier groupe, châtié sans appel, ou au second, dont le retour est espéré) — un sort explicitement tenu en suspens, non anticipé par ce seul verset.
Le masjid pris par nuisance, et le masjid fondé sur la taqwā · S9:107–108
Point de méthode — S9:107–108, le masjid pris par nuisance : aucun nom, aucun récit importé. Ce que le texte affirme : un groupe a pris (ittakhadhū) une masjid dans une triple intention — nuisance (ḍirāran), kufr, division (tafrīqan) entre les muʾminūn — et comme poste d’attente pour quelqu’un qui, auparavant, avait fait la guerre à Allaah et à Son rasūl ; ce groupe jure que son intention n’était que le bien, et Allaah témoigne du mensonge de ce serment ; le nabī reçoit l’ordre de ne jamais s’y tenir debout. Ce que le texte ne dit pas : ni l’identité de ce groupe, ni celle de la personne visée par le « poste d’attente », ni le lieu précis, ni aucune suite matérielle (démolition ou autre) donnée à cette masjid — la tradition biographique fournit ces éléments, mais ce Bloc ne les importe pas, comme pour les passages sans identité nommée du Bloc III (S9:75–77, S9:80, S9:84).
S.9:107 · Le masjid pris par nuisance, kufr et division
- ḍirāran
- racine *ḍ-r-r* (le tort, la nuisance) — appliquée ici à un édifice de culte lui-même.
- irṣādan li-man ḥāraba llāha wa-rasūlahu
- racine *r-ṣ-d* (surveiller, se poster en attente, comme *murṣid*, celui qui guette). Non-dit : ni l'identité de « qui a fait la guerre à Allaah et à Son rasūl auparavant », ni la nature exacte de ce guet, ne sont précisées par ce seul verset — voir le callout de méthode ci-dessus.
S.9:108 · Le masjid fondé sur la taqwā depuis le premier jour
- ussisa ʿalā t-taqwā
- racine *ʾ-s-s* (fonder, établir une assise) — annonce directement la parabole des deux fondations qui suit immédiatement (S9:109–110, ce Bloc), qui reprend la même racine.
- yuḥibbūna an yataṭahharū ... yuḥibbu l-muṭahharīn
- racine *ḥ-b-b*. Pour les hommes, *yuḥibbūna* est rendu « aiment » ; lorsqu'Allaah est concerné, *yuḥibbu* est rendu par « honorer », ce qui évite de projeter sur ce qui est dit d'Allaah un sentiment de type humain (voir S5:87, S2:190). Note de cohérence intra-coranique. *Yuṭahhiruhum* (S9:103, ce Bloc, à propos de la ṣadaqa) et *yataṭahharū*/*al-muṭahharīn* ici partagent la même racine *ṭ-h-r* — deux voies de purification rapprochées par le texte au sein du même Bloc, l'une par la dépense, l'autre par un usage non précisé par ce seul verset (rituel ou autre).
La parabole des deux fondations · S9:109–110
S.9:109 · Fonder sur la taqwā, ou sur une falaise crevassée
- man assasa ... khayrun am man assasa
- Note de méthode. Ce *man* (« celui qui ») désigne un être humain, non Allaah — la construction « celui qui X » reste ici la tournure naturelle ; « Ce qui » est réservé aux constructions dont Allaah Lui-même est le sujet désigné.
- shafā jurufin hārin
- *shafā* (le bord extrême, l'arête) ; *jurf* (une berge ou une falaise rongée, minée par en dessous) ; *hārin* (participe de *h-w-r*, ce qui s'effondre, en train de céder). Une fondation qui semble tenir, mais dont l'assise même est déjà minée.
S.9:110 · Le doute qui persiste, jusqu’à ce que les cœurs se disloquent
- illā an taqaṭṭaʿa qulūbuhum
- racine *q-ṭ-ʿ* (couper, disloquer) à forme réfléchie. Dit : le texte pose que ce doute persiste tant que dure une certaine condition des cœurs, sans autre précision. Non-dit : deux lectures lexicographiques attestées coexistent — l'une entendant cette dislocation au sens de la mort elle-même (le doute ne s'éteint qu'à la fin de la vie), l'autre une dissolution du doute par un autre moyen que ce seul verset ne détaille pas. Ce Bloc ne tranche pas arbitrairement entre les deux, conformément au callout de méthode en tête de ce Bloc.