Structure du Bloc IV. Dix ensembles. D’abord les excuseurs bédouins venus demander permission, contrastés à ceux qui ont menti sans même s’excuser (S9:90), puis l’exemption explicite des faibles, des malades et de ceux qui ne trouvent rien à dépenser, sincères et affligés de ne pouvoir donner (S9:91–92), et le reproche réservé, à l’inverse, aux riches qui demandent dispense (S9:93). Puis les excuses présentées après le retour et le renvoi au jugement d’Allaah et de Son rasūl, les serments des munāfiqūn pour être laissés tranquilles, qualifiés de rijs (S9:94–96). Puis les Bédouins dits plus intenses en kufr et en nifāq, et — dans le même mouvement — ceux d’entre eux qui croient et donnent avec sincérité (S9:97–99), et les sābiqūn al-awwalūn parmi les Muhājirūn et les Anṣār (S9:100). Puis les munāfiqūn connus d’Allaah seul, et ceux qui reconnaissent leurs fautes (S9:101–102), la ṣadaqa à prendre sur les biens des seconds et l’invocation apaisante du nabī, at-Tawwāb ar-Raḥīm (S9:103–106). Enfin le masjid pris par nuisance et division, opposé au masjid fondé sur la taqwā depuis le premier jour (S9:107–108), et la parabole des deux fondations — sur la taqwā, ou sur une falaise crevassée (S9:109–110).

Avertissement de méthode — plusieurs points exigeant la prudence la plus stricte. S9:100 : « as-sābiqūna l-awwalūn » (les précédents, les premiers) — ce Bloc isole strictement ce que le verset affirme lui-même : deux catégories désignées par leur rôle dans l’histoire de la communauté (les Muhājirūn et les Anṣār), et une troisième non bornée dans le temps (ceux qui les ont suivis avec excellence), une satisfaction mutuelle affirmée, et une récompense promise — sans qu’aucune frontière précise ne soit posée par ce seul verset entre « précédents » et les autres croyants, ni qu’aucune hiérarchie de mérite individuel n’en soit tirée au-delà de cette description collective ; point sensible dans l’histoire de la communauté. S9:97 : « al-aʿrāb ashaddu kufran wa-nifāqan » — une qualification générale portée sur un groupe (les Arabes nomades du désert) ; ce Bloc la rapporte telle qu’elle est énoncée, sans l’atténuer, mais signale qu’elle est immédiatement suivie, dans le même ensemble de versets, par la mention explicite de Bédouins qui croient et donnent avec sincérité (S9:99) — un contrepoint textuel direct, à lire dans le même mouvement. S9:101 : « sa-nuʿadhdhibuhum marratayni » (Nous les châtierons deux fois) — ce seul verset ne précise pas la nature exacte des deux châtiments visés ; toute identification (par exemple à une peine de ce bas monde suivie d’une peine de l’Ākhira) relève de l’inférence, non du texte lui-même. S9:107–108 : le masjid pris « par nuisance, par kufr, par division entre les muʾminūn » — la tradition biographique rattache cet épisode à un groupe et un lieu précis ; ce Bloc n’importe aucun nom, aucun récit de construction ni de démolition au-delà de ce que le texte affirme par lui-même (l’interdiction faite au nabī de s’y tenir debout). S9:110 : « ḥattā tuqaṭṭaʿa qulūbuhum » (jusqu’à ce que leurs cœurs se disloquent) — deux lectures lexicographiques attestées coexistent, l’une entendant la mort elle-même, l’autre une dissolution du doute par un autre moyen non précisé ; ce Bloc ne tranche pas arbitrairement entre les deux.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.9:90 Les excuseurs bédouins — et ceux qui ont menti sans s’excuser
S.9:91–92 L’exemption des faibles, des malades, des indigents sincères
S.9:93 Le reproche réservé aux riches qui demandent dispense
S.9:94 Les excuses après le retour — le renvoi au jugement d’Allaah
S.9:95–96 Les serments des munāfiqūn pour être laissés tranquilles — rijs
S.9:97 Les Bédouins, plus intenses en kufr et en nifāq
S.9:98 Celui qui considère sa dépense comme une perte forcée
S.9:99 Celui qui croit et considère sa dépense comme un rapprochement
S.9:100 Les sābiqūn al-awwalūn — Muhājirūn, Anṣār, et ceux qui les ont suivis
S.9:101 Munāfiqūn connus d’Allaah seul — le double châtiment
S.9:102 D’autres qui reconnaissent leurs fautes
S.9:103 La ṣadaqa qui purifie — l’invocation apaisante du nabī
S.9:104 Allaah accueille la tawba et prend les ṣadaqāt — at-Tawwāb, ar-Raḥīm
S.9:105 « Agissez » — le renvoi vers Ce qui connaît le ghayb et le témoigné
S.9:106 D’autres, laissés en suspens à l’ordre d’Allaah
S.9:107 Le masjid pris par nuisance, kufr et division
S.9:108 Le masjid fondé sur la taqwā depuis le premier jour
S.9:109 La parabole des deux fondations — la taqwā, ou la falaise crevassée
S.9:110 Le doute qui persiste, jusqu’à ce que les cœurs se disloquent

Les excuseurs bédouins, et ceux qui ont menti · S9:90

S.9:90 · Ils sont venus demander permission — et ceux qui ont menti sont restés assis

S.9:90
وَجَاءَ الْمُعَذِّرُونَ مِنَ الْأَعْرَابِ لِيُؤْذَنَ لَهُمْ وَقَعَدَ الَّذِينَ كَذَبُوا اللَّهَ وَرَسُولَهُ ۚ سَيُصِيبُ الَّذِينَ كَفَرُوا مِنْهُمْ عَذَابٌ أَلِيمٌ
Wa-jāʾa l-muʿadhdhirūna mina l-aʿrābi li-yuʾdhana lahum wa-qaʿada lladhīna kadhabū llāha wa-rasūlahu — sa-yuṣību lladhīna kafarū minhum ʿadhābun alīm Et les excuseurs (al-muʿadhdhirūn), parmi les aʿrāb, sont venus pour qu’on leur accorde permission [de rester] — et ceux qui ont menti à Allaah et à Son rasūl [n’ont même pas cherché à s’excuser :] ils sont restés assis. Un châtiment douloureux atteindra ceux d’entre eux qui ont commis le kufr.
Notes lexicales
al-muʿadhdhirūn
racine *ʿ-dh-r* : présenter une excuse, un motif qui écarte le blâme. Dit : le texte distingue nettement deux attitudes en un seul verset — ceux qui prennent la peine de présenter une excuse (quelle qu'en soit la sincérité, non jugée ici), et ceux qui, ayant menti à Allaah et à Son rasūl, ne s'en donnent même pas la peine et restent simplement assis (*qaʿada* : voir S9:81 et S9:83, Bloc III).
al-aʿrāb
racine *ʿ-r-b* (voir l'étude La définition du croyant selon le Coran, sur S49:14) : les habitants nomades du désert (*al-bādiya*), distincts des Arabes sédentaires des villes — non « Bédouins » au sens folklorique, mais bien des Arabes, d'où la conservation du terme translittéré.

L’exemption des faibles, des malades, des indigents sincères · S9:91–92

S.9:91–92 · Nulle gêne sur qui ne trouve rien à dépenser, s’il est sincère

S.9:91–92
لَيْسَ عَلَى الضُّعَفَاءِ وَلَا عَلَى الْمَرْضَىٰ وَلَا عَلَى الَّذِينَ لَا يَجِدُونَ مَا يُنْفِقُونَ حَرَجٌ إِذَا نَصَحُوا لِلَّهِ وَرَسُولِهِ ۚ مَا عَلَى الْمُحْسِنِينَ مِنْ سَبِيلٍ ۚ وَاللَّهُ غَفُورٌ رَحِيمٌ ۝ وَلَا عَلَى الَّذِينَ إِذَا مَا أَتَوْكَ لِتَحْمِلَهُمْ قُلْتَ لَا أَجِدُ مَا أَحْمِلُكُمْ عَلَيْهِ تَوَلَّوْا وَأَعْيُنُهُمْ تَفِيضُ مِنَ الدَّمْعِ حَزَنًا أَلَّا يَجِدُوا مَا يُنْفِقُونَ
Laysa ʿalā ḍ-ḍuʿafāʾi wa-lā ʿalā l-marḍā wa-lā ʿalā lladhīna lā yajidūna mā yunfiqūna ḥarajun idhā naṣaḥū lillāhi wa-rasūlihi — mā ʿalā l-muḥsinīna min sabīlin — wa-llāhu ghafūrun raḥīm — wa-lā ʿalā lladhīna idhā mā atawka li-taḥmilahum qulta lā ajidu mā aḥmilukum ʿalayhi tawallaw wa-aʿyunuhum tafīḍu mina d-damʿi ḥazanan allā yajidū mā yunfiqūn Nulle gêne (ḥaraj) sur les faibles, ni sur les malades, ni sur ceux qui ne trouvent pas de quoi dépenser [pour la lutte] — s’ils sont sincères (naṣaḥū) envers Allaah et Son rasūl. Il n’y a, contre les muḥsinūn, aucune voie [de reproche] — Allaah est Ghafūr, Raḥīm. Ni sur ceux qui, venus vers toi pour que tu les transportes [au combat], et à qui tu as dit : « Je ne trouve pas de quoi vous transporter » — se sont détournés, les yeux débordant de larmes, affligés (ḥazanan) de ne pas trouver de quoi dépenser.
Notes lexicales
ḥaraj
racine *ḥ-r-j* (voir S4:65 et S6:125) : l'étroitesse, le resserrement qui empêche l'issue — ici, l'absence de tout reproche pesant sur qui n'a matériellement pas les moyens.
naṣaḥū lillāhi wa-rasūlihi
racine *n-ṣ-ḥ* (Ibn Fāris : la pureté sans mélange, comme le miel purifié — *naṣaḥa al-ʿasal*) : la sincérité qui écarte toute duplicité, non un simple bon sentiment. Dit : le texte pose cette sincérité comme condition de l'exemption, non l'incapacité matérielle seule.
mā ʿalā l-muḥsinīna min sabīl
même construction (*mā ʿalā ... min sabīl*) que celle qui, en S9:93 (ci-après), qualifiera à l'inverse ceux qui méritent le reproche — un contraste voulu par le texte entre les deux versets contigus.
aʿyunuhum tafīḍu mina d-damʿi ḥazanan
Dit : le texte décrit un chagrin réel, visible, chez ceux qui voudraient donner ou combattre et n'en ont pas les moyens — opposé, dans le verset qui suit immédiatement, à la satisfaction de ceux qui ont les moyens et ne le veulent pas.

Le reproche réservé aux riches qui demandent dispense · S9:93

S.9:93 · Le reproche ne porte que sur les riches satisfaits de rester en arrière

S.9:93
۞ إِنَّمَا السَّبِيلُ عَلَى الَّذِينَ يَسْتَأْذِنُونَكَ وَهُمْ أَغْنِيَاءُ ۚ رَضُوا بِأَنْ يَكُونُوا مَعَ الْخَوَالِفِ وَطَبَعَ اللَّهُ عَلَىٰ قُلُوبِهِمْ فَهُمْ لَا يَعْلَمُونَ
Innamā s-sabīlu ʿalā lladhīna yastaʾdhinūnaka wa-hum aghniyāʾu — raḍū bi-an yakūnū maʿa l-khawālifi wa-ṭabaʿa llāhu ʿalā qulūbihim fa-hum lā yaʿlamūn Le reproche (as-sabīl) ne porte que sur ceux qui te demandent permission [de rester] alors qu’ils sont riches (aghniyāʾ) — ils se sont satisfaits d’être avec ceux qui restent en arrière (al-khawālif), et Allaah a posé un sceau sur leurs cœurs (ṭabaʿa), si bien qu’ils ne savent pas.
Notes lexicales
innamā s-sabīlu ʿalā
Note de cohérence intra-coranique. Écho direct de S9:91 (ce Bloc, « *mā ʿalā l-muḥsinīna min sabīl* ») — la même expression (*sabīl* comme voie de reproche) répartit ici, terme à terme, deux catégories opposées : ceux qui sont hors d'atteinte du reproche, et ceux qui y sont seuls exposés.
al-khawālif ... ṭabaʿa llāhu ʿalā qulūbihim ... fa-hum lā yaʿlamūn
Note de cohérence intra-coranique. Reprise quasi identique de S9:86–87 (Bloc III) — même racine *kh-l-f*, même scellement (*ṭubiʿa*/*ṭabaʿa*, même racine *ṭ-b-ʿ*), seule variation la clôture (*yafqahūn* en S9:87, *yaʿlamūn* ici). Ce Bloc retient, pour *al-khawālif*, la même lecture générique qu'en S9:87 (ceux qui restent en arrière), faute d'indication contraire, tout en signalant à nouveau la lecture restreinte aux femmes restées aux foyers attestée chez les lexicographes classiques.

Les excuses après le retour, et les serments des munāfiqūn · S9:94–96

S.9:94 · Ne vous excusez pas — le renvoi au jugement d’Allaah et de Son rasūl

S.9:94
يَعْتَذِرُونَ إِلَيْكُمْ إِذَا رَجَعْتُمْ إِلَيْهِمْ ۚ قُلْ لَا تَعْتَذِرُوا لَنْ نُؤْمِنَ لَكُمْ قَدْ نَبَّأَنَا اللَّهُ مِنْ أَخْبَارِكُمْ ۚ وَسَيَرَى اللَّهُ عَمَلَكُمْ وَرَسُولُهُ ثُمَّ تُرَدُّونَ إِلَىٰ عَالِمِ الْغَيْبِ وَالشَّهَادَةِ فَيُنَبِّئُكُمْ بِمَا كُنْتُمْ تَعْمَلُونَ
Yaʿtadhirūna ilaykum idhā rajaʿtum ilayhim — qul lā taʿtadhirū lan nuʾmina lakum qad nabbaʾanā llāhu min akhbārikum — wa-sayarā llāhu ʿamalakum wa-rasūluhu thumma turaddūna ilā ʿālimi l-ghaybi wa-sh-shahādati fa-yunabbiʾukum bi-mā kuntum taʿmalūn Ils s’excusent auprès de vous, quand vous revenez vers eux. Dis : « Ne vous excusez pas — nous n’accorderons pas foi à votre parole (lan nuʾmina lakum) : Allaah nous a déjà informés de votre situation (min akhbārikum). Allaah va voir votre agir, et Son rasūl [le verra aussi] — puis vous serez ramenés vers Ce qui connaît le ghayb et le témoigné, et Il vous informera de ce que vous faisiez. »
Notes lexicales
lan nuʾmina lakum
Note de cohérence intra-coranique. Même construction *yuʾminu li-* (accorder foi à la parole de, distincte de *yuʾminu bi-*, croire en) qu'en S9:61 (Bloc III) — ici niée : leur parole ne sera pas créditée.
sayarā llāhu ʿamalakum wa-rasūluhu
Dit : le verbe conjugué (*sayarā*, au singulier) précède les deux sujets qu'il partage (Allaah et Son rasūl) — accord grammatical avec le sujet le plus proche, procédé courant en arabe classique, sans que cela ne fusionne leurs natures respectives (même principe qu'en S9:62–63, Bloc III, à propos d'un pronom partagé).
ʿālimi l-ghaybi wa-sh-shahāda
racine *ʿ-l-m* (connaître) — la paire *ghayb*/*shahāda* : l'insondable, ce qui échappe à la perception ordinaire / le manifeste, ce qui est directement constatable. La construction épithète est rendue par « Ce qui connaît » plutôt que « Celui qui connaît », pour une neutralité aussi complète que possible à propos d'Allaah.

S.9:95–96 · Les serments pour être laissés tranquilles — un rijs

S.9:95–96
سَيَحْلِفُونَ بِاللَّهِ لَكُمْ إِذَا انْقَلَبْتُمْ إِلَيْهِمْ لِتُعْرِضُوا عَنْهُمْ ۖ فَأَعْرِضُوا عَنْهُمْ ۖ إِنَّهُمْ رِجْسٌ ۖ وَمَأْوَاهُمْ جَهَنَّمُ جَزَاءً بِمَا كَانُوا يَكْسِبُونَ ۝ يَحْلِفُونَ لَكُمْ لِتَرْضَوْا عَنْهُمْ ۖ فَإِنْ تَرْضَوْا عَنْهُمْ فَإِنَّ اللَّهَ لَا يَرْضَىٰ عَنِ الْقَوْمِ الْفَاسِقِينَ
Sa-yaḥlifūna billāhi lakum idhā nqalabtum ilayhim li-tuʿriḍū ʿanhum — fa-aʿriḍū ʿanhum — innahum rijsun — wa-maʾwāhum jahannamu jazāʾan bi-mā kānū yaksibūn — yaḥlifūna lakum li-tarḍaw ʿanhum — fa-in tarḍaw ʿanhum fa-inna llāha lā yarḍā ʿani l-qawmi l-fāsiqīn Ils vont jurer par Allaah, devant vous, quand vous serez revenus vers eux, pour que vous vous détourniez d’eux — détournez-vous donc d’eux : ils sont un rijs (une souillure), et leur refuge (maʾwā) est Jahannam, en rétribution de ce qu’ils se sont acquis. Ils jurent devant vous pour que vous soyez satisfaits d’eux — mais même si vous étiez satisfaits d’eux, Allaah, Lui, n’est pas satisfait du peuple des fāsiqūn.
Notes lexicales
innahum rijsun
même racine *r-j-s* qu'en S5:90 (à propos du khamr et du maysir) et S6:125 (à propos de l'incrédulité) — « une souillure ». Note de cohérence, par contraste : nouveau registre — non plus une substance, ni un état intérieur, mais des personnes elles-mêmes qualifiées. Ce Bloc note l'écart sans fondre les trois emplois en un sens unique.
fa-inna llāha lā yarḍā
Dit : le texte oppose explicitement une satisfaction humaine, révocable et sans effet sur le jugement final (*fa-in tarḍaw ʿanhum*), à une non-satisfaction d'Allaah qui, elle, demeure — la première ne change rien à la seconde.

Les Bédouins, entre kufr intense et croyance sincère · S9:97–99

S.9:97 · Les Bédouins, plus intenses en kufr et en nifāq

S.9:97
الْأَعْرَابُ أَشَدُّ كُفْرًا وَنِفَاقًا وَأَجْدَرُ أَلَّا يَعْلَمُوا حُدُودَ مَا أَنْزَلَ اللَّهُ عَلَىٰ رَسُولِهِ ۗ وَاللَّهُ عَلِيمٌ حَكِيمٌ
Al-aʿrābu ashaddu kufran wa-nifāqan wa-ajdaru allā yaʿlamū ḥudūda mā anzala llāhu ʿalā rasūlihi — wa-llāhu ʿalīmun ḥakīm Les aʿrāb sont plus intenses en kufr et en nifāq, et plus portés (ajdaru) à ne pas connaître les limites (ḥudūd) de ce qu’Allaah a fait descendre sur Son rasūl. Allaah est ʿAlīm, Ḥakīm.
Notes lexicales
ashaddu kufran wa-nifāqan
Dit : un jugement porté sur ce groupe dans son ensemble (leur éloignement matériel des lieux d'enseignement direct du nabī étant, dans la suite du verset, corrélé à leur méconnaissance des *ḥudūd*). Non-dit, et contrepoint textuel immédiat : voir le callout de méthode en tête de ce Bloc — ce même ensemble de versets nomme, deux versets plus loin (S9:99), des aʿrāb qui croient et donnent avec sincérité ; ce Bloc rapporte l'un et l'autre sans les opposer artificiellement.
ajdaru allā yaʿlamū
racine *j-d-r* : être digne de, porté vers par nature ou circonstance — non une impossibilité de principe.

S.9:98 · Celui qui considère sa dépense comme une perte forcée

S.9:98
وَمِنَ الْأَعْرَابِ مَنْ يَتَّخِذُ مَا يُنْفِقُ مَغْرَمًا وَيَتَرَبَّصُ بِكُمُ الدَّوَائِرَ ۚ عَلَيْهِمْ دَائِرَةُ السَّوْءِ ۗ وَاللَّهُ سَمِيعٌ عَلِيمٌ
Wa-mina l-aʿrābi man yattakhidhu mā yunfiqu maghraman wa-yatarabbaṣu bikumu d-dawāʾira — ʿalayhim dāʾiratu s-sawʾi — wa-llāhu samīʿun ʿalīm Et parmi les aʿrāb, il en est qui considère ce qu’il dépense comme une perte forcée (maghraman), et qui attend, à votre sujet, les revers de fortune (ad-dawāʾir) — sur eux [retombera] le revers funeste (dāʾiratu s-sūʾ). Allaah est Samīʿ, ʿAlīm.
Notes lexicales
maghraman
racine *gh-r-m* : une dette, une perte qu'on subit sans contrepartie voulue ; oppose une dépense vécue comme contrainte à celle, vécue comme rapprochement, du verset suivant (S9:99).
ad-dawāʾir ... dāʾiratu s-sawʾ
racine *d-w-r* : le tour, le retournement de fortune. Dit : le texte fait retomber sur celui qui l'espérait pour autrui (« *yatarabbaṣu bikum* », il l'attend pour vous) le revers qu'il souhaitait — une figure de miroir que l'on retrouve sous d'autres formes en S9:67 et S9:79 (Bloc III).

S.9:99 · Celui qui croit, et considère sa dépense comme un rapprochement

S.9:99
وَمِنَ الْأَعْرَابِ مَنْ يُؤْمِنُ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الْآخِرِ وَيَتَّخِذُ مَا يُنْفِقُ قُرُبَاتٍ عِنْدَ اللَّهِ وَصَلَوَاتِ الرَّسُولِ ۚ أَلَا إِنَّهَا قُرْبَةٌ لَهُمْ ۚ سَيُدْخِلُهُمُ اللَّهُ فِي رَحْمَتِهِ ۗ إِنَّ اللَّهَ غَفُورٌ رَحِيمٌ
Wa-mina l-aʿrābi man yuʾminu billāhi wa-l-yawmi l-ākhiri wa-yattakhidhu mā yunfiqu qurubātin ʿinda llāhi wa-ṣalawāti r-rasūli — alā innahā qurbatun lahum — sa-yudkhiluhumu llāhu fī raḥmatihi — inna llāha ghafūrun raḥīm Et parmi les aʿrāb, il en est qui croit en Allaah et au Jour Dernier, et qui considère ce qu’il dépense comme des rapprochements (qurubāt) auprès d’Allaah, et [une occasion] des invocations du rasūl (ṣalawāt ar-rasūl) — cela est, assurément, un rapprochement (qurba) pour eux. Allaah va les faire entrer dans Sa raḥma — Allaah est, assurément, Ghafūr, Raḥīm.
Notes lexicales
qurubātin ʿinda llāh
racine *q-r-b* (le rapprochement) — même famille que *qurbā* (les proches, S8:41) mais employée ici en un sens distinct : l'acte lui-même comme moyen de rapprochement, non le lien de parenté.
ṣalawāti r-rasūl
Dit : le texte désigne ici, par le pluriel *ṣalawāt*, les invocations que le rasūl fait pour eux — non la ṣalāt rituelle des cinq prières (voir l'étude La Ṣalāt dans le Coran). Même distinction qu'en S9:84 (Bloc III, à propos de *lā tuṣalli ʿalā aḥad*) et qu'en S9:103 (ce Bloc, *ṣalli ʿalayhim*) : la racine est la même, l'objet visé diffère.

Les sābiqūn al-awwalūn · S9:100

Point de méthode — S9:100, un point sensible dans l’histoire de la communauté. Ce que le texte affirme, et rien de plus : il nomme deux catégories par leur rôle historique (les Muhājirūn, ceux qui ont émigré ; les Anṣār, ceux qui les ont accueillis à Médine), et une troisième non bornée dans le temps (« ceux qui les ont suivis avec excellence », bi-iḥsān) ; il affirme une satisfaction réciproque (« Allaah est satisfait d’eux, et ils sont satisfaits de Lui ») et une récompense (des jardins, un séjour éternel). Ce que le texte ne dit pas : il ne fixe, par lui-même, aucune frontière précise entre « les précédents, les premiers » (as-sābiqūna l-awwalūn) et les croyants venus après eux — question qui a fait l’objet de débats juridiques et historiques étendus dans la tradition, dont ce Bloc ne tranche aucun ; il ne construit pas davantage, à partir de cette seule description collective, une hiérarchie de mérite entre individus nommés. Ce Bloc s’en tient à ce que le verset affirme lui-même, sans importer de liste ni de rang.

S.9:100 · Les précédents, les premiers, parmi les Muhājirūn et les Anṣār

S.9:100
وَالسَّابِقُونَ الْأَوَّلُونَ مِنَ الْمُهَاجِرِينَ وَالْأَنْصَارِ وَالَّذِينَ اتَّبَعُوهُمْ بِإِحْسَانٍ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُمْ وَرَضُوا عَنْهُ وَأَعَدَّ لَهُمْ جَنَّاتٍ تَجْرِي تَحْتَهَا الْأَنْهَارُ خَالِدِينَ فِيهَا أَبَدًا ۚ ذَٰلِكَ الْفَوْزُ الْعَظِيمُ
Wa-s-sābiqūna l-awwalūna mina l-muhājirīna wa-l-anṣāri wa-lladhīna ttabaʿūhum bi-iḥsānin raḍiya llāhu ʿanhum wa-raḍū ʿanhu wa-aʿadda lahum jannātin tajrī taḥtahā l-anhāru khālidīna fīhā abadan — dhālika l-fawzu l-ʿaẓīm Et les précédents, les premiers (as-sābiqūna l-awwalūn), parmi les Muhājirūn et les Anṣār, et ceux qui les ont suivis avec excellence (bi-iḥsān) — Allaah est satisfait d’eux, et ils sont satisfaits de Lui, et Il leur a préparé des jardins sous lesquels coulent les rivières, où ils demeureront pour toujours (abadan) — voilà le fawz immense.
Notes lexicales
as-sābiqūna l-awwalūn
racine *s-b-q* (précéder) intensifiée par *al-awwalūn* (les premiers) — un doublement qui insiste sur l'antériorité, sans que ce seul terme n'en fixe la borne exacte. Voir le callout de méthode ci-dessus.
al-muhājirīna wa-l-anṣār
*muhājir* (voir S4, Bloc VI) : celui qui accomplit la *hijra* ; *anṣār*, racine *n-ṣ-r* (le secours), désignant ceux qui, à Médine, ont accueilli et secouru les *Muhājirūn*.
raḍiya llāhu ʿanhum wa-raḍū ʿanhu
Note de cohérence intra-coranique. Même formule que S9:71–72 (Bloc III, à propos des muʾminūn et muʾminātu, sans les jardins d'ʿAdn) — ici étendue explicitement à ces trois catégories nommées.

Munāfiqūn connus d’Allaah seul, et ceux qui reconnaissent leurs fautes · S9:101–102

Point de méthode — S9:101, « Nous les châtierons deux fois ». Dit : le texte affirme un double châtiment (marratayni) réservé à des munāfiqūn que le nabī lui-même ne peut identifier (« lā taʿlamuhum, naḥnu naʿlamuhum », « tu ne les connais pas, Nous, Nous les connaissons ») — une connaissance exclusive à Allaah. Non-dit : la nature exacte des deux châtiments visés (un châtiment de ce bas monde suivi d’un châtiment de l’Ākhira, ou deux épreuves distinctes de ce bas monde) n’est pas précisée par ce seul verset ; toute identification relève de l’inférence, non du texte lui-même.

S.9:101 · Munāfiqūn parmi les Bédouins et les gens de Médine — connus d’Allaah seul

S.9:101
وَمِمَّنْ حَوْلَكُمْ مِنَ الْأَعْرَابِ مُنَافِقُونَ ۖ وَمِنْ أَهْلِ الْمَدِينَةِ ۖ مَرَدُوا عَلَى النِّفَاقِ لَا تَعْلَمُهُمْ ۖ نَحْنُ نَعْلَمُهُمْ ۚ سَنُعَذِّبُهُمْ مَرَّتَيْنِ ثُمَّ يُرَدُّونَ إِلَىٰ عَذَابٍ عَظِيمٍ
Wa-mimman ḥawlakum mina l-aʿrābi munāfiqūna — wa-min ahli l-madīnati — maradū ʿalā n-nifāqi lā taʿlamuhum — naḥnu naʿlamuhum — sa-nuʿadhdhibuhum marratayni thumma yuraddūna ilā ʿadhābin ʿaẓīm Et parmi ceux qui vous entourent, parmi les aʿrāb, il y a des munāfiqūn — et parmi les gens de Médine [aussi] : ils se sont endurcis dans le nifāq — tu ne les connais pas, Nous, Nous les connaissons. Nous les châtierons deux fois, puis ils seront ramenés vers un châtiment immense.
Notes lexicales
maradū ʿalā n-nifāq
racine *m-r-d/m-r-n* : s'endurcir par la répétition, s'habituer jusqu'à la maîtrise d'une pratique — appliquée ici à une pratique du nifāq devenue une seconde nature par l'exercice.
lā taʿlamuhum, naḥnu naʿlamuhum
Dit : le texte oppose explicitement la connaissance limitée du nabī à la connaissance exhaustive d'Allaah des cœurs cachés — voir S9:78 (Bloc III : « Allaah connaît leur secret et leurs conciliabules »).
sa-nuʿadhdhibuhum marratayni
Voir le callout de méthode ci-dessus.

S.9:102 · D’autres qui reconnaissent leurs fautes

S.9:102
وَآخَرُونَ اعْتَرَفُوا بِذُنُوبِهِمْ خَلَطُوا عَمَلًا صَالِحًا وَآخَرَ سَيِّئًا عَسَى اللَّهُ أَنْ يَتُوبَ عَلَيْهِمْ ۚ إِنَّ اللَّهَ غَفُورٌ رَحِيمٌ
Wa-ākharūna ʿtarafū bi-dhunūbihim khalaṭū ʿamalan ṣāliḥan wa-ākhara sayyiʾan ʿasā llāhu an yatūba ʿalayhim — inna llāha ghafūrun raḥīm Et d’autres ont reconnu (iʿtarafū) leurs fautes, ayant mêlé (khalaṭū) une action ṣāliḥa à une autre mauvaise (sayyiʾan) — il se peut (ʿasā) qu’Allaah accueille leur retour — Allaah est, assurément, Ghafūr, Raḥīm.
Notes lexicales
khalaṭū ʿamalan ṣāliḥan wa-ākhara sayyiʾan
racine *kh-l-ṭ* : mélanger sans séparation nette — l'image d'une vie faite d'actes bons et mauvais entremêlés, non deux compartiments étanches.
ʿasā llāhu an yatūba ʿalayhim
Dit : la particule *ʿasā* (il se peut que) porte, grammaticalement, sur l'incertitude ressentie par celui qui parle ou qui écoute — un tour de langue qui exprime, du point de vue humain, l'espérance d'un accueil du retour, sans que cela ne relève d'une hésitation du savoir d'Allaah Lui-même. Ce Bloc s'en tient à cette observation grammaticale, sans construire de doctrine au-delà.

La ṣadaqa qui purifie, at-Tawwāb, ar-Raḥīm · S9:103–106

S.9:103 · Prends une ṣadaqa de leurs biens — ton invocation est un apaisement pour eux

S.9:103
خُذْ مِنْ أَمْوَالِهِمْ صَدَقَةً تُطَهِّرُهُمْ وَتُزَكِّيهِمْ بِهَا وَصَلِّ عَلَيْهِمْ ۖ إِنَّ صَلَاتَكَ سَكَنٌ لَهُمْ ۗ وَاللَّهُ سَمِيعٌ عَلِيمٌ
Khudh min amwālihim ṣadaqatan tuṭahhiruhum wa-tuzakkīhim bihā wa-ṣalli ʿalayhim — inna ṣalātaka sakanun lahum — wa-llāhu samīʿun ʿalīm Prends, de leurs biens, une ṣadaqa qui les purifie (tuṭahhiruhum) et les élève (tuzakkīhim) par elle, et invoque pour eux (ṣalli ʿalayhim) — ton invocation (ṣalātaka) est un apaisement (sakan) pour eux. Allaah est Samīʿ, ʿAlīm.
Notes lexicales
tuṭahhiruhum wa-tuzakkīhim
deux racines proches : *ṭ-h-r* (la purification) et *z-k-w* (même racine que *zakāt* : l'élévation, la croissance saine).
wa-ṣalli ʿalayhim ... ṣalātaka sakanun lahum
Dit : même racine *ṣ-l-w* que la ṣalāt rituelle, mais employée ici, à l'adresse du nabī, pour désigner une invocation faite pour eux, non la prière rituelle elle-même — même distinction qu'en S9:84 (Bloc III) et S9:99 (ce Bloc). *Sakan*, racine *s-k-n* (voir *sakīna*, S2:248) : l'apaisement qui met fin à l'agitation.

S.9:104 · Allaah accueille la tawba de Ses ʿibād — at-Tawwāb, ar-Raḥīm

S.9:104
أَلَمْ يَعْلَمُوا أَنَّ اللَّهَ هُوَ يَقْبَلُ التَّوْبَةَ عَنْ عِبَادِهِ وَيَأْخُذُ الصَّدَقَاتِ وَأَنَّ اللَّهَ هُوَ التَّوَّابُ الرَّحِيمُ
A-lam yaʿlamū anna llāha huwa yaqbalu t-tawbata ʿan ʿibādihi wa-yaʾkhudhu ṣ-ṣadaqāti wa-anna llāha huwa t-tawwābu r-raḥīm Ne savent-ils pas qu’Allaah — Lui-même — accueille la tawba de Ses ʿibād, et prend les ṣadaqāt, et qu’Allaah est, Lui, at-Tawwāb, ar-Raḥīm ?
Notes lexicales
at-Tawwāb
racine *t-w-b* (voir S2:37, S2:54, S2:128 et S4, Bloc I) : Ce qui accueille sans cesse le retour.
huwa yaqbalu ... huwa t-tawwāb
Note de méthode. Le pronom emphatique *huwa* (« Lui-même », « Lui ») porte ici une insistance de discours (un topique repris avec emphase), non une construction épithète « Celui qui X » — rendu par « Lui » ou « Lui-même », sans recourir à « Ce qui » qui alourdirait inutilement une tournure déjà neutre.

S.9:105 · Agissez — le renvoi vers Ce qui connaît le ghayb et le témoigné

S.9:105
وَقُلِ اعْمَلُوا فَسَيَرَى اللَّهُ عَمَلَكُمْ وَرَسُولُهُ وَالْمُؤْمِنُونَ ۖ وَسَتُرَدُّونَ إِلَىٰ عَالِمِ الْغَيْبِ وَالشَّهَادَةِ فَيُنَبِّئُكُمْ بِمَا كُنْتُمْ تَعْمَلُونَ
Wa-quli ʿmalū fa-sayarā llāhu ʿamalakum wa-rasūluhu wa-l-muʾminūna — wa-saturaddūna ilā ʿālimi l-ghaybi wa-sh-shahādati fa-yunabbiʾukum bi-mā kuntum taʿmalūn Et dis : « Agissez — Allaah va voir votre agir, ainsi que Son rasūl et les muʾminūn — puis vous serez ramenés vers Ce qui connaît le ghayb et le témoigné, et Il vous informera de ce que vous faisiez. »
Notes lexicales
sayarā llāhu ʿamalakum wa-rasūluhu wa-l-muʾminūn
Note de cohérence intra-coranique. Même formule qu'en S9:94 (ce Bloc), étendue ici explicitement aux muʾminūn — trois instances de constatation distinctes (Allaah, le rasūl, les croyants), sans que le verbe partagé au singulier ne les confonde.

S.9:106 · D’autres, laissés en suspens à l’ordre d’Allaah

S.9:106
وَآخَرُونَ مُرْجَوْنَ لِأَمْرِ اللَّهِ إِمَّا يُعَذِّبُهُمْ وَإِمَّا يَتُوبُ عَلَيْهِمْ ۗ وَاللَّهُ عَلِيمٌ حَكِيمٌ
Wa-ākharūna murjawna li-amri llāhi immā yuʿadhdhibuhum wa-immā yatūbu ʿalayhim — wa-llāhu ʿalīmun ḥakīm Et d’autres sont laissés en suspens (murjawn), [dans l’attente] de l’ordre (amr) d’Allaah — soit Il les châtiera, soit Il accueillera leur retour. Allaah est ʿAlīm, Ḥakīm.
Notes lexicales
murjawna li-amri llāh
racine *r-j-w* (forme passive) : mis en attente, différés. Dit : le texte ne referme pas ce troisième cas (contrairement au premier groupe, châtié sans appel, ou au second, dont le retour est espéré) — un sort explicitement tenu en suspens, non anticipé par ce seul verset.

Le masjid pris par nuisance, et le masjid fondé sur la taqwā · S9:107–108

Point de méthode — S9:107–108, le masjid pris par nuisance : aucun nom, aucun récit importé. Ce que le texte affirme : un groupe a pris (ittakhadhū) une masjid dans une triple intention — nuisance (ḍirāran), kufr, division (tafrīqan) entre les muʾminūn — et comme poste d’attente pour quelqu’un qui, auparavant, avait fait la guerre à Allaah et à Son rasūl ; ce groupe jure que son intention n’était que le bien, et Allaah témoigne du mensonge de ce serment ; le nabī reçoit l’ordre de ne jamais s’y tenir debout. Ce que le texte ne dit pas : ni l’identité de ce groupe, ni celle de la personne visée par le « poste d’attente », ni le lieu précis, ni aucune suite matérielle (démolition ou autre) donnée à cette masjid — la tradition biographique fournit ces éléments, mais ce Bloc ne les importe pas, comme pour les passages sans identité nommée du Bloc III (S9:75–77, S9:80, S9:84).

S.9:107 · Le masjid pris par nuisance, kufr et division

S.9:107
وَالَّذِينَ اتَّخَذُوا مَسْجِدًا ضِرَارًا وَكُفْرًا وَتَفْرِيقًا بَيْنَ الْمُؤْمِنِينَ وَإِرْصَادًا لِمَنْ حَارَبَ اللَّهَ وَرَسُولَهُ مِنْ قَبْلُ ۚ وَلَيَحْلِفُنَّ إِنْ أَرَدْنَا إِلَّا الْحُسْنَىٰ ۖ وَاللَّهُ يَشْهَدُ إِنَّهُمْ لَكَاذِبُونَ
Wa-lladhīna ttakhadhū masjidan ḍirāran wa-kufran wa-tafrīqan bayna l-muʾminīna wa-irṣādan li-man ḥāraba llāha wa-rasūlahu min qablu — wa-la-yaḥlifunna in aradnā illā l-ḥusnā — wa-llāhu yashhadu innahum la-kādhibūn Et ceux qui ont pris pour eux une masjid par nuisance (ḍirāran), par kufr, par division (tafrīqan) entre les muʾminūn, et comme poste d’attente (irṣādan) pour qui a fait la guerre à Allaah et à Son rasūl auparavant — et ils jureront, assurément : « Nous ne voulions que le bien (al-ḥusnā). » Allaah témoigne qu’ils sont, assurément, des menteurs.
Notes lexicales
ḍirāran
racine *ḍ-r-r* (le tort, la nuisance) — appliquée ici à un édifice de culte lui-même.
irṣādan li-man ḥāraba llāha wa-rasūlahu
racine *r-ṣ-d* (surveiller, se poster en attente, comme *murṣid*, celui qui guette). Non-dit : ni l'identité de « qui a fait la guerre à Allaah et à Son rasūl auparavant », ni la nature exacte de ce guet, ne sont précisées par ce seul verset — voir le callout de méthode ci-dessus.

S.9:108 · Le masjid fondé sur la taqwā depuis le premier jour

S.9:108
لَا تَقُمْ فِيهِ أَبَدًا ۚ لَمَسْجِدٌ أُسِّسَ عَلَى التَّقْوَىٰ مِنْ أَوَّلِ يَوْمٍ أَحَقُّ أَنْ تَقُومَ فِيهِ ۚ فِيهِ رِجَالٌ يُحِبُّونَ أَنْ يَتَطَهَّرُوا ۚ وَاللَّهُ يُحِبُّ الْمُطَّهِّرِينَ
Lā taqum fīhi abadan — la-masjidun ussisa ʿalā t-taqwā min awwali yawmin aḥaqqu an taqūma fīhi — fīhi rijālun yuḥibbūna an yataṭahharū — wa-llāhu yuḥibbu l-muṭahharīn Ne t’y tiens jamais debout. Une masjid fondée (ussisa) sur la taqwā depuis le premier jour est plus digne (aḥaqqu) que tu t’y tiennes debout. On y trouve des hommes qui aiment se purifier (yataṭahharū) — et Allaah honore (yuḥibbu) ceux qui se purifient (al-muṭahharīn).
Notes lexicales
ussisa ʿalā t-taqwā
racine *ʾ-s-s* (fonder, établir une assise) — annonce directement la parabole des deux fondations qui suit immédiatement (S9:109–110, ce Bloc), qui reprend la même racine.
yuḥibbūna an yataṭahharū ... yuḥibbu l-muṭahharīn
racine *ḥ-b-b*. Pour les hommes, *yuḥibbūna* est rendu « aiment » ; lorsqu'Allaah est concerné, *yuḥibbu* est rendu par « honorer », ce qui évite de projeter sur ce qui est dit d'Allaah un sentiment de type humain (voir S5:87, S2:190). Note de cohérence intra-coranique. *Yuṭahhiruhum* (S9:103, ce Bloc, à propos de la ṣadaqa) et *yataṭahharū*/*al-muṭahharīn* ici partagent la même racine *ṭ-h-r* — deux voies de purification rapprochées par le texte au sein du même Bloc, l'une par la dépense, l'autre par un usage non précisé par ce seul verset (rituel ou autre).

La parabole des deux fondations · S9:109–110

S.9:109 · Fonder sur la taqwā, ou sur une falaise crevassée

S.9:109
أَفَمَنْ أَسَّسَ بُنْيَانَهُ عَلَىٰ تَقْوَىٰ مِنَ اللَّهِ وَرِضْوَانٍ خَيْرٌ أَمْ مَنْ أَسَّسَ بُنْيَانَهُ عَلَىٰ شَفَا جُرُفٍ هَارٍ فَانْهَارَ بِهِ فِي نَارِ جَهَنَّمَ ۗ وَاللَّهُ لَا يَهْدِي الْقَوْمَ الظَّالِمِينَ
A-fa-man assasa bunyānahu ʿalā taqwā mina llāhi wa-riḍwānin khayrun am man assasa bunyānahu ʿalā shafā jurufin hārin fa-nhāra bihi fī nāri jahannama — wa-llāhu lā yahdi l-qawma ẕ-ẕālimīn Celui qui a fondé son édifice (bunyānahu) sur une taqwā venant d’Allaah et un riḍwān, est-il meilleur — ou celui qui a fondé son édifice sur le bord (shafā) d’une falaise crevassée et menaçant de s’effondrer (jurufin hārin), si bien qu’elle s’effondre avec lui (fa-nhāra bihi) dans le feu de Jahannam ? Allaah ne guide pas le peuple des ẕālimīn (ceux qui commettent le ẕulm).
Notes lexicales
man assasa ... khayrun am man assasa
Note de méthode. Ce *man* (« celui qui ») désigne un être humain, non Allaah — la construction « celui qui X » reste ici la tournure naturelle ; « Ce qui » est réservé aux constructions dont Allaah Lui-même est le sujet désigné.
shafā jurufin hārin
*shafā* (le bord extrême, l'arête) ; *jurf* (une berge ou une falaise rongée, minée par en dessous) ; *hārin* (participe de *h-w-r*, ce qui s'effondre, en train de céder). Une fondation qui semble tenir, mais dont l'assise même est déjà minée.

S.9:110 · Le doute qui persiste, jusqu’à ce que les cœurs se disloquent

S.9:110
لَا يَزَالُ بُنْيَانُهُمُ الَّذِي بَنَوْا رِيبَةً فِي قُلُوبِهِمْ إِلَّا أَنْ تَقَطَّعَ قُلُوبُهُمْ ۗ وَاللَّهُ عَلِيمٌ حَكِيمٌ
Lā yazālu bunyānuhumu lladhī banaw rībatan fī qulūbihim illā an taqaṭṭaʿa qulūbuhum — wa-llāhu ʿalīmun ḥakīm Leur édifice, qu’ils ont construit, ne cesse d’être un doute (rība) dans leurs cœurs — à moins que leurs cœurs ne se disloquent (taqaṭṭaʿa). Allaah est ʿAlīm, Ḥakīm.
Notes lexicales
illā an taqaṭṭaʿa qulūbuhum
racine *q-ṭ-ʿ* (couper, disloquer) à forme réfléchie. Dit : le texte pose que ce doute persiste tant que dure une certaine condition des cœurs, sans autre précision. Non-dit : deux lectures lexicographiques attestées coexistent — l'une entendant cette dislocation au sens de la mort elle-même (le doute ne s'éteint qu'à la fin de la vie), l'autre une dissolution du doute par un autre moyen que ce seul verset ne détaille pas. Ce Bloc ne tranche pas arbitrairement entre les deux, conformément au callout de méthode en tête de ce Bloc.

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