Structure du Bloc V — clôture de la Sourate 9. Neuf ensembles. D’abord l’« achat » des personnes et des biens des muʾminūn par Allaah contre la Janna, et la liste de leurs qualités (S9:111–112). Puis l’istighfar interdit au nabī et aux croyants pour les mushrikūn une fois leur sort devenu clair, et l’exemple d’Ibrāhīm demandant pardon pour son père avant de s’en désavouer (S9:113–115). Puis la royauté d’Allaah sur les cieux et la terre, le retour accueilli du nabī, des Muhājirūn et des Anṣār à l’heure de la difficulté, et celui des trois dont le cas fut différé (S9:116–118). Puis un bref appel à se prémunir et à demeurer avec les véridiques (S9:119). Puis la récompense inscrite pour chaque effort et chaque dépense dans le sabīl d’Allaah, quelle qu’en soit la mesure (S9:120–121). Puis la nécessité, pour une communauté en guerre, qu’une partie seulement se détache pour approfondir sa science du dīn (S9:122). Puis l’ordre de combattre avec fermeté ceux des kuffār les plus proches (S9:123). Puis le contraste entre les croyants que chaque sourate affermit et ceux dont le cœur malade s’enfonce davantage (S9:124–127). Enfin la clôture de la sourate tout entière : le rasūl issu des croyants eux-mêmes, plein de sollicitude pour eux, et le renvoi final à Allaah seul, Rabb du ʿArsh immense (S9:128–129).

Avertissement de méthode — plusieurs points appelant la prudence. S9:111, l’« achat » (ishtarā) par Allaah des personnes et des biens des croyants contre la Janna : la racine sh-r-y est, dans les dictionnaires anciens, un ḍidd (elle porte aussi bien le sens d’acheter que de vendre) ; ce Bloc y voit, en continuité avec le « beau prêt » (qarḍan ḥasanan, S2:245, S5:12), une image d’engagement réciproque et non une transaction commerciale littérale impliquant un quelconque besoin de la part d’Allaah — waʿdan ʿalayhi ḥaqqan (« un engagement dont Il répond ») prolonge, sous une forme nouvelle, l’engagement qu’Allaah prend Lui-même sur Lui-même (kataba ʿalā nafsihi, S6:12 et S6:54), non une obligation qui Lui serait imposée de l’extérieur. S9:113–114, l’istighfar d’Ibrāhīm pour son père, puis son désaveu : ce Bloc isole strictement ce que le texte affirme — une demande de pardon motivée par une promesse antérieure (mawʿida), puis un désaveu net une fois la clarté (tabayyana) acquise sur l’inimitié du père envers Allaah — sans importer aucun récit sur la teneur exacte ou le moment de cette promesse, ni sur la nature du châtiment ou du sort du père, que ce seul passage ne précise pas ; point sensible, dans la mesure où il concerne l’action d’un nabī, traité avec la même prudence que S4:157–158 et S4:171–172. S9:128, raʾūfun raḥīm appliqué non à Allaah mais au rasūl lui-même : ces deux mêmes termes, conservés en translittération lorsqu’ils qualifient Allaah (S9:117, ce Bloc ; S2:207, S3:30 et ailleurs) pour écarter toute connotation de sentiment humain, peuvent ici être rendus dans leur registre affectif ordinaire, puisque c’est un être humain — le nabī — qui en est le sujet grammatical.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.9:111 L’achat des personnes et des biens des muʾminūn contre la Janna
S.9:112 La liste des qualités des croyants
S.9:113 L’istighfar interdit pour les mushrikūn, une fois leur sort clair
S.9:114 Ibrāhīm et son père — la promesse, puis le désaveu
S.9:115 Allaah n’égare un peuple qu’après lui avoir rendu clair ce qu’il doit craindre
S.9:116 La royauté des cieux et de la terre — nul walī, nul naṣīr hors d’Allaah
S.9:117 Le retour accueilli du nabī, des Muhājirūn et des Anṣār
S.9:118 Le retour accueilli des trois dont le cas fut différé
S.9:119 Se prémunir et demeurer avec les véridiques
S.9:120 Ne pas rester en arrière du rasūl — la récompense de chaque épreuve
S.9:121 La récompense inscrite pour chaque dépense, petite ou grande
S.9:122 Le détachement d’une partie pour approfondir la science du dīn
S.9:123 Combattre avec fermeté ceux des kuffār les plus proches
S.9:124 La sourate qui augmente la foi de ceux qui croient
S.9:125 La sourate qui ajoute une souillure à la souillure des cœurs malades
S.9:126 L’épreuve répétée chaque année, sans retour ni rappel
S.9:127 Les regards échangés, et les cœurs qu’Allaah détourne
S.9:128 Un rasūl issu de vous-mêmes, plein de sollicitude, Raʾūf, Raḥīm
S.9:129 Clôture — « Allaah me suffit », le Rabb du ʿArsh immense

L’achat des personnes et des biens des muʾminūn, et leurs qualités · S9:111–112

S.9:111 · Allaah a acheté aux muʾminūn leurs personnes et leurs biens, contre la Janna

S.9:111
۞ إِنَّ اللَّهَ اشْتَرَىٰ مِنَ الْمُؤْمِنِينَ أَنْفُسَهُمْ وَأَمْوَالَهُمْ بِأَنَّ لَهُمُ الْجَنَّةَ ۚ يُقَاتِلُونَ فِي سَبِيلِ اللَّهِ فَيَقْتُلُونَ وَيُقْتَلُونَ ۖ وَعْدًا عَلَيْهِ حَقًّا فِي التَّوْرَاةِ وَالْإِنْجِيلِ وَالْقُرْآنِ ۚ وَمَنْ أَوْفَىٰ بِعَهْدِهِ مِنَ اللَّهِ ۚ فَاسْتَبْشِرُوا بِبَيْعِكُمُ الَّذِي بَايَعْتُمْ بِهِ ۚ وَذَٰلِكَ هُوَ الْفَوْزُ الْعَظِيمُ
Inna llāha shtarā mina l-muʾminīna anfusahum wa-amwālahum bi-anna lahumu l-jannata — yuqātilūna fī sabīli llāhi fa-yaqtulūna wa-yuqtalūna — waʿdan ʿalayhi ḥaqqan fi t-tawrāti wa-l-injīli wa-l-qurʾāni — wa-man awfā bi-ʿahdihi mina llāhi — fa-stabshirū bi-bayʿikumu lladhī bāyaʿtum bihi — wa-dhālika huwa l-fawzu l-ʿaẓīm Allaah a acheté (ishtarā) aux muʾminūn leurs propres personnes et leurs biens, moyennant que la Janna leur revienne : ils combattent dans le sabīl d’Allaah, tuent et sont tués — un engagement dont Il répond (waʿdan ʿalayhi), véridique, [inscrit] dans la Tawrāh, l’Injīl et le Qurʾān. Et qui donc tient mieux son engagement (awfā bi-ʿahdihi) qu’Allaah ? Réjouissez-vous donc de ce marché (bayʿikum) que vous avez conclu — voilà le fawz immense.
Notes lexicales
ishtarā ... bi-anna lahumu l-jannata
racine *sh-r-y*, que les lexicographes anciens (Ibn Fāris, *Maqāyīs al-Lugha*) classent parmi les *aḍdād* — les racines qui portent, selon le contexte, un sens et son contraire : elle désigne aussi bien l'achat que la vente. Voir l'avertissement de méthode ci-dessus : ce Bloc y voit une image d'échange réciproque et engageant, non une transaction littérale impliquant un besoin d'Allaah.
waʿdan ʿalayhi ḥaqqan
voir l'avertissement de méthode ci-dessus — construction analogue, quoique distincte, de *kataba ʿalā nafsihi* (S6:12 et S6:54) : un engagement qu'Allaah prend de Lui-même, non qui Lui serait imposé.
bi-bayʿikumu lladhī bāyaʿtum bihi
même racine *b-y-ʿ* que *bayʿa*, le pacte d'allégeance historiquement attesté — le texte reprend, pour cet engagement envers Allaah, le vocabulaire même du pacte humain, prolongeant l'image de « l'achat » du début du verset.
al-fawzu l-ʿaẓīm
voir S4:13 et les autres occurrences de cette formule.

S.9:112 · La liste des qualités des croyants

S.9:112
التَّائِبُونَ الْعَابِدُونَ الْحَامِدُونَ السَّائِحُونَ الرَّاكِعُونَ السَّاجِدُونَ الْآمِرُونَ بِالْمَعْرُوفِ وَالنَّاهُونَ عَنِ الْمُنْكَرِ وَالْحَافِظُونَ لِحُدُودِ اللَّهِ ۗ وَبَشِّرِ الْمُؤْمِنِينَ
At-tāʾibūna l-ʿābidūna l-ḥāmidūna s-sāʾiḥūna r-rākiʿūna s-sājidūna l-āmirūna bi-l-maʿrūfi wa-n-nāhūna ʿani l-munkari wa-l-ḥāfiẓūna li-ḥudūdi llāhi — wa-bashshiri l-muʾminīn Ceux qui reviennent sans cesse (at-tāʾibūn), ceux qui adorent (al-ʿābidūn), ceux qui louent (al-ḥāmidūn), ceux qui parcourent (as-sāʾiḥūn), ceux qui s’inclinent (ar-rākiʿūn), ceux qui se prosternent (as-sājidūn), ceux qui ordonnent le maʿrūf et interdisent le munkar, ceux qui gardent les limites (ḥudūd) d’Allaah — annonce une bonne nouvelle aux muʾminūn.
Notes lexicales
at-tāʾibūn
même racine *t-w-b* que *at-Tawwāb* (S9:104, Bloc IV, même sourate) — ici au sens humain du retour répété vers Allaah, non l'épithète réservée à Allaah Lui-même.
as-sāʾiḥūn
racine *s-y-ḥ* (Ibn Fāris, *Maqāyīs al-Lugha* : l'écoulement libre et continu, comme l'eau qui s'étend sur la terre sans entrave). Non-dit : la seule racine désigne un parcours, un mouvement libre et étendu ; elle ne précise pas, par elle-même, la nature de ce parcours (un déplacement physique, une quête de science, ou tout autre emploi figuré) — ce Bloc ne tranche pas au-delà de ce que la racine porte, sans importer de lecture exégétique postérieure.
al-āmirūna bi-l-maʿrūfi wa-n-nāhūna ʿani l-munkar
voir S3:104, S3:110 et S3:114.
al-ḥāfiẓūna li-ḥudūdi llāh
racine *ḥ-f-ẓ* (garder, préserver) appliquée ici aux limites (*ḥudūd*) qu'Allaah a fixées.

L’istighfar interdit pour les mushrikūn, et l’exemple d’Ibrāhīm · S9:113–115

Point de méthode — S9:113–114, l’istighfar d’Ibrāhīm pour son père. Ce que le texte affirme : une interdiction, pour le nabī et les croyants, de demander pardon pour des mushrikūn dont le sort est devenu clair (tabayyana) — même s’ils sont des proches ; puis, à titre d’exemple antérieur, la demande de pardon d’Ibrāhīm pour son père, présentée comme motivée uniquement par une promesse (mawʿida) qu’il lui avait faite, et son désaveu (tabarraʾa) net et immédiat une fois qu’il lui devint clair, à lui aussi, que son père était un ennemi d’Allaah. Ce que le texte ne dit pas : ni la teneur exacte de cette promesse, ni le moment ou les circonstances où cette clarté vint à Ibrāhīm, ni le sort final du père, ne sont précisés par ce seul passage — ce Bloc n’importe aucun récit narratif au-delà de ce que le texte affirme lui-même, avec la même prudence que pour les passages sans détail narratif du Bloc III (S9:75–77, S9:80, S9:84) et pour les points les plus sensibles de S4:157–158 et S4:171–172.

S.9:113 · L’istighfar interdit pour les mushrikūn, une fois leur sort devenu clair

S.9:113
مَا كَانَ لِلنَّبِيِّ وَالَّذِينَ آمَنُوا أَنْ يَسْتَغْفِرُوا لِلْمُشْرِكِينَ وَلَوْ كَانُوا أُولِي قُرْبَىٰ مِنْ بَعْدِ مَا تَبَيَّنَ لَهُمْ أَنَّهُمْ أَصْحَابُ الْجَحِيمِ
Mā kāna li-n-nabiyyi wa-lladhīna āmanū an yastaghfirū li-l-mushrikīna wa-law kānū ulī qurbā min baʿdi mā tabayyana lahum annahum aṣḥābu l-jaḥīm Il n’appartenait pas au nabī, ni à ceux qui ont cru, de demander pardon (yastaghfirū) pour les mushrikūn, fussent-ils de proche parenté (ulī qurbā), une fois qu’il leur est devenu clair (tabayyana) que ceux-ci sont les compagnons du Feu ardent (al-jaḥīm).
Notes lexicales
mā kāna li-n-nabiyyi ... an
construction que l'on retrouve en S8:67 (*mā kāna li-nabiyyin an yakūna lahu asrā*) — une limite posée à l'action même du nabī, non une simple recommandation.
min baʿdi mā tabayyana lahum
racine *b-y-n* (devenir clair, manifeste) — Dit : l'interdiction est explicitement conditionnée à une clarté acquise (le sort de ces personnes comme *aṣḥāb al-jaḥīm*), non posée dans l'absolu avant cette clarté — voir le callout de méthode ci-dessus, et S9:114 qui applique ce même principe à Ibrāhīm.

S.9:114 · Ibrāhīm et son père — la promesse, puis le désaveu

S.9:114
وَمَا كَانَ اسْتِغْفَارُ إِبْرَاهِيمَ لِأَبِيهِ إِلَّا عَنْ مَوْعِدَةٍ وَعَدَهَا إِيَّاهُ فَلَمَّا تَبَيَّنَ لَهُ أَنَّهُ عَدُوٌّ لِلَّهِ تَبَرَّأَ مِنْهُ ۚ إِنَّ إِبْرَاهِيمَ لَأَوَّاهٌ حَلِيمٌ
Wa-mā kāna stighfāru ibrāhīma li-abīhi illā ʿan mawʿidatin waʿadahā iyyāhu fa-lammā tabayyana lahu annahu ʿaduwwun lillāhi tabarraʾa minhu — inna ibrāhīma la-awwāhun ḥalīm Et la demande de pardon (istighfār) d’Ibrāhīm pour son père ne fut due qu’à une promesse (mawʿida) qu’il lui avait faite — mais lorsqu’il lui devint clair que celui-ci était un ennemi d’Allaah, il s’en désavoua (tabarraʾa). Ibrāhīm était certes plein de soupirs suppliants (la-awwāhun), longanime (ḥalīm).
Notes lexicales
ʿan mawʿidatin waʿadahā iyyāhu
racine *w-ʿ-d* — Non-dit : ni la teneur ni les circonstances de cette promesse ne sont précisées par ce seul verset. Voir le callout de méthode ci-dessus.
tabarraʾa minhu
racine *b-r-ʾ*, même famille que *barīʾ* (S8:48, S9:1) — un désaveu net, sans ambiguïté, présenté comme la conséquence immédiate et nécessaire de la clarté acquise, non un délai ou une hésitation.
la-awwāhun
racine *ʾ-w-h*, forme intensive : celui qui soupire, qui gémit fréquemment dans une supplication humble. Appliqué ici à Ibrāhīm, un être humain, ce terme n'entre pas dans le champ des précautions requises pour ce qui se dit d'Allaah.
ḥalīm
racine *ḥ-l-m* — appliquée ici à Ibrāhīm : la longanimité, la retenue devant ce qui provoquerait une réaction immédiate. Distinct de *Ḥalīm* appliqué à Allaah (voir S2:225), conservé alors en translittération pour écarter toute connotation de sentiment humain : ici, décrivant un homme, le terme peut être rendu dans son registre humain ordinaire.

S.9:115 · Allaah n’égare un peuple qu’après lui avoir rendu clair ce qu’il doit craindre

S.9:115
وَمَا كَانَ اللَّهُ لِيُضِلَّ قَوْمًا بَعْدَ إِذْ هَدَاهُمْ حَتَّىٰ يُبَيِّنَ لَهُمْ مَا يَتَّقُونَ ۚ إِنَّ اللَّهَ بِكُلِّ شَيْءٍ عَلِيمٌ
Wa-mā kāna llāhu li-yuḍilla qawman baʿda idh hadāhum ḥattā yubayyina lahum mā yattaqūna — inna llāha bi-kulli shayʾin ʿalīm Et il n’appartenait pas à Allaah d’égarer un peuple après l’avoir guidé, avant de leur avoir rendu clair (yubayyina) ce dont ils doivent se prémunir (yattaqūn). Allaah est, de toute chose, pleinement informé (ʿalīm).
Notes lexicales
mā kāna llāhu li-yuḍilla qawman ... ḥattā yubayyina lahum
Note de cohérence intra-coranique : même racine *b-y-n* que *tabayyana* (S9:113–114, ce Bloc) — le principe posé pour Ibrāhīm et pour les croyants (nulle conséquence avant que la clarté ne soit acquise) est ici formulé comme un principe général régissant l'action même d'Allaah envers un peuple.

La royauté des cieux et de la terre — le retour accueilli · S9:116–118

S.9:116 · La royauté des cieux et de la terre — nul walī, nul naṣīr hors d’Allaah

S.9:116
إِنَّ اللَّهَ لَهُ مُلْكُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ ۖ يُحْيِي وَيُمِيتُ ۚ وَمَا لَكُمْ مِنْ دُونِ اللَّهِ مِنْ وَلِيٍّ وَلَا نَصِيرٍ
Inna llāha lahu mulku s-samāwāti wa-l-arḍi — yuḥyī wa-yumītu — wa-mā lakum min dūni llāhi min waliyyin wa-lā naṣīr À Allaah appartient la royauté (mulk) des cieux et de la terre — Il fait vivre et fait mourir — et vous n’avez, en dehors d’Allaah, ni protecteur (walī) ni secoureur (naṣīr).
Notes lexicales
lahu mulku s-samāwāti wa-l-arḍi ... min waliyyin wa-lā naṣīr
quasi mot pour mot S2:107 (*a-lam taʿlam anna llāha lahu mulku s-samāwāti wa-l-arḍi wa-mā lakum min dūni llāhi min waliyyin wa-lā naṣīr*).
yuḥyī wa-yumīt
voir S2:258, S2:260 et S3:156.

S.9:117 · Le retour accueilli du nabī, des Muhājirūn et des Anṣār

S.9:117
لَقَدْ تَابَ اللَّهُ عَلَى النَّبِيِّ وَالْمُهَاجِرِينَ وَالْأَنْصَارِ الَّذِينَ اتَّبَعُوهُ فِي سَاعَةِ الْعُسْرَةِ مِنْ بَعْدِ مَا كَادَ يَزِيغُ قُلُوبُ فَرِيقٍ مِنْهُمْ ثُمَّ تَابَ عَلَيْهِمْ ۚ إِنَّهُ بِهِمْ رَءُوفٌ رَحِيمٌ
La-qad tāba llāhu ʿalā n-nabiyyi wa-l-muhājirīna wa-l-anṣāri lladhīna ttabaʿūhu fī sāʿati l-ʿusrati min baʿdi mā kāda yazīghu qulūbu farīqin minhum thumma tāba ʿalayhim — innahu bihim raʾūfun raḥīm Allaah a certes accueilli le retour (tāba) du nabī, des Muhājirūn et des Anṣār qui l’ont suivi à l’heure de la difficulté (sāʿat al-ʿusra), après que le cœur d’une partie d’entre eux avait failli dévier (kāda yazīghu) — puis Il a accueilli leur retour : Il est, envers eux, Raʾūf, Raḥīm.
Notes lexicales
kāda yazīghu qulūbu farīqin minhum
même racine *z-y-gh* que *zaygh* en S3:7 (la déviation, l'écart par rapport à une ligne droite, appliquée là aux cœurs qui suivent le *mutashābih*) — ici, une déviation qui n'a fait que s'amorcer (*kāda*, « il s'en est fallu de peu ») avant d'être immédiatement suivie de l'accueil du retour.
innahu bihim raʾūfun raḥīm
*Raʾūf* (voir S2:207 et S3:30) : conservé en translittération, pour écarter toute connotation de sentiment humain. Voir l'avertissement de méthode en tête de ce Bloc pour le contraste avec S9:128, où ce même terme qualifie le rasūl.

S.9:118 · Le retour accueilli des trois dont le cas fut différé

S.9:118
وَعَلَى الثَّلَاثَةِ الَّذِينَ خُلِّفُوا حَتَّىٰ إِذَا ضَاقَتْ عَلَيْهِمُ الْأَرْضُ بِمَا رَحُبَتْ وَضَاقَتْ عَلَيْهِمْ أَنْفُسُهُمْ وَظَنُّوا أَنْ لَا مَلْجَأَ مِنَ اللَّهِ إِلَّا إِلَيْهِ ثُمَّ تَابَ عَلَيْهِمْ لِيَتُوبُوا ۚ إِنَّ اللَّهَ هُوَ التَّوَّابُ الرَّحِيمُ
Wa-ʿalā th-thalāthati lladhīna khullifū ḥattā idhā ḍāqat ʿalayhimu l-arḍu bimā raḥubat wa-ḍāqat ʿalayhim anfusuhum wa-ẓannū an lā maljaʾa mina llāhi illā ilayhi thumma tāba ʿalayhim li-yatūbū — inna llāha huwa t-tawwābu r-raḥīm Et [Il a accueilli aussi le retour] des trois dont le cas fut différé (khullifū) — au point que la terre, malgré son étendue, leur devint étroite, que leurs propres personnes leur devinrent étroites, et qu’ils surent, d’une certitude sans faille, qu’il n’est de refuge (maljaʾ) contre Allaah qu’auprès de Lui — puis Il a accueilli leur retour, pour qu’ils reviennent [à Lui] : Allaah, Lui, est at-Tawwāb, ar-Raḥīm.
Notes lexicales
khullifū
même racine *kh-l-f* que *al-khawālif* (S9:87 et S9:93, Blocs III–IV, même sourate), mais à une forme distincte : non « ceux qui restent en arrière » par choix ou par empêchement, mais ceux dont le cas fut *différé*, mis en suspens. Cohérence intra-coranique directe : ce même sort est nommé en S9:106 (Bloc IV, même sourate) — *wa-ākharūna murjawna li-amri llāh*, « et d'autres sont laissés en suspens à l'ordre d'Allaah » — ce verset en est la résolution narrative, l'attente s'y refermant par l'accueil du retour.
ẓannū an lā maljaʾa mina llāhi illā ilayhi
racine *ẓ-n-n*, qui couvre en arabe classique un spectre allant de la simple supposition à la certitude ferme selon le contexte — ce Bloc retient ici le sens fort (une certitude acquise dans l'extrémité de la détresse), le contexte (l'absence de toute autre issue envisagée) excluant une simple probabilité.
inna llāha huwa t-tawwābu r-raḥīm
voir S2:37, S2:54, S2:128 et S9:104 (Bloc IV, même sourate) : *at-Tawwāb*, Ce qui accueille sans cesse le retour.

Se prémunir et demeurer avec les véridiques · S9:119

S.9:119 · Se prémunir d’Allaah et demeurer avec les véridiques

S.9:119
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا اتَّقُوا اللَّهَ وَكُونُوا مَعَ الصَّادِقِينَ
Yā ayyuhā lladhīna āmanū ttaqū llāha wa-kūnū maʿa ṣ-ṣādiqīn Ô vous qui croyez, prémunissez-vous (ittaqū) d’Allaah, et soyez avec les véridiques (aṣ-ṣādiqīn).
Notes lexicales
kūnū maʿa ṣ-ṣādiqīn
racine *ṣ-d-q* (la véracité, la conformité entre la parole et l'acte) — Note de transition : cet appel bref referme la longue séquence sur la sincérité et le mensonge des munāfiqūn qui traverse toute la sourate depuis le Bloc III, avant que le Bloc ne reprenne, aux versets suivants, le thème du sabīl et de l'effort réel.

Ne pas rester en arrière du rasūl — la récompense de chaque effort · S9:120–121

S.9:120 · Nulle soif, nulle fatigue, nulle faim, sans qu’une œuvre saine ne soit inscrite

S.9:120
مَا كَانَ لِأَهْلِ الْمَدِينَةِ وَمَنْ حَوْلَهُمْ مِنَ الْأَعْرَابِ أَنْ يَتَخَلَّفُوا عَنْ رَسُولِ اللَّهِ وَلَا يَرْغَبُوا بِأَنْفُسِهِمْ عَنْ نَفْسِهِ ۚ ذَٰلِكَ بِأَنَّهُمْ لَا يُصِيبُهُمْ ظَمَأٌ وَلَا نَصَبٌ وَلَا مَخْمَصَةٌ فِي سَبِيلِ اللَّهِ وَلَا يَطَئُونَ مَوْطِئًا يَغِيظُ الْكُفَّارَ وَلَا يَنَالُونَ مِنْ عَدُوٍّ نَيْلًا إِلَّا كُتِبَ لَهُمْ بِهِ عَمَلٌ صَالِحٌ ۚ إِنَّ اللَّهَ لَا يُضِيعُ أَجْرَ الْمُحْسِنِينَ
Mā kāna li-ahli l-madīnati wa-man ḥawlahum mina l-aʿrābi an yatakhallafū ʿan rasūli llāhi wa-lā yarghabū bi-anfusihim ʿan nafsihi — dhālika bi-annahum lā yuṣībuhum ẓamaʾun wa-lā naṣabun wa-lā makhmaṣatun fī sabīli llāhi wa-lā yaṭaʾūna mawṭiʾan yaghīẓu l-kuffāra wa-lā yanālūna min ʿaduwwin naylan illā kutiba lahum bihi ʿamalun ṣāliḥun — inna llāha lā yuḍīʿu ajra l-muḥsinīn Il n’appartenait pas aux gens de Médine, ni aux aʿrāb qui les entourent, de rester en arrière du rasūl d’Allaah (an yatakhallafū), ni de préférer leurs propres personnes à la sienne — car nulle soif (ẓamaʾ), nulle fatigue (naṣab), nulle faim (makhmaṣa) ne les atteint dans le sabīl d’Allaah, et ils ne posent aucun pas qui irrite les kuffār, et n’infligent à un ennemi aucune atteinte, sans que cela ne leur soit inscrit comme une œuvre saine (ʿamal ṣāliḥ) — Allaah ne laisse pas se perdre la récompense (ajr) des muḥsinūn.
Notes lexicales
an yatakhallafū ʿan rasūli llāh
même racine *kh-l-f* que *khullifū* (S9:118, ce Bloc) et *al-khawālif* (S9:87 et S9:93) — troisième nuance de cette même racine dans la sourate : ici, un manquement qui aurait été délibéré, distinct du cas différé de S9:118 et du cas générique de S9:87 et S9:93.
ẓamaʾun ... naṣabun ... makhmaṣatun
trois substantifs désignant chacun une privation physique concrète : la soif, la fatigue, la faim.

S.9:121 · La récompense inscrite pour chaque dépense, petite ou grande

S.9:121
وَلَا يُنْفِقُونَ نَفَقَةً صَغِيرَةً وَلَا كَبِيرَةً وَلَا يَقْطَعُونَ وَادِيًا إِلَّا كُتِبَ لَهُمْ لِيَجْزِيَهُمُ اللَّهُ أَحْسَنَ مَا كَانُوا يَعْمَلُونَ
Wa-lā yunfiqūna nafaqatan ṣaghīratan wa-lā kabīratan wa-lā yaqṭaʿūna wādiyan illā kutiba lahum li-yajziyahumu llāhu aḥsana mā kānū yaʿmalūn Et ils ne font aucune dépense, petite ou grande, ni ne traversent une vallée, sans que cela ne leur soit inscrit — afin qu’Allaah les rétribue mieux que ce qu’ils faisaient.
Notes lexicales
illā kutiba lahum
Note de cohérence intra-coranique : même construction (*illā kutiba lahum*) que S9:120 (ce Bloc) — les deux versets forment un seul mouvement, étendant l'inscription de la récompense de l'effort physique (S9:120) à la dépense matérielle (ce verset).

Le détachement pour approfondir la science du dīn · S9:122

S.9:122 · Que ne sorte pas tous ensemble — qu’une partie se détache pour approfondir le dīn

S.9:122
۞ وَمَا كَانَ الْمُؤْمِنُونَ لِيَنْفِرُوا كَافَّةً ۚ فَلَوْلَا نَفَرَ مِنْ كُلِّ فِرْقَةٍ مِنْهُمْ طَائِفَةٌ لِيَتَفَقَّهُوا فِي الدِّينِ وَلِيُنْذِرُوا قَوْمَهُمْ إِذَا رَجَعُوا إِلَيْهِمْ لَعَلَّهُمْ يَحْذَرُونَ
Wa-mā kāna l-muʾminūna li-yanfirū kāffatan — fa-law-lā nafara min kulli firqatin minhum ṭāʾifatun li-yatafaqqahū fi d-dīni wa-li-yundhirū qawmahum idhā rajaʿū ilayhim laʿallahum yaḥdharūn Et il n’appartenait pas aux muʾminūn de sortir tous ensemble (kāffatan) — que ne se détache donc, de chaque groupe d’entre eux, une partie (ṭāʾifa), pour approfondir leur science du dīn (yatafaqqahū) et avertir leur peuple à leur retour — peut-être se prémuniront-ils (yaḥdharūn).
Notes lexicales
li-yatafaqqahū fi d-dīni
racine *f-q-h* (comprendre en profondeur, saisir le sens au-delà de l'apparence) — même racine que *lā yafqahūn* (S9:127, ce Bloc, à propos des munāfiqūn) : un contraste voulu par la sourate entre ceux qui s'attachent à comprendre en profondeur et ceux dont Allaah détourne la capacité même de comprendre.
dīn
conservé en translittération — non traduit par « religion ».

Combattre avec fermeté ceux des kuffār les plus proches · S9:123

S.9:123 · Combattre ceux des kuffār qui sont proches, avec fermeté

S.9:123
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا قَاتِلُوا الَّذِينَ يَلُونَكُمْ مِنَ الْكُفَّارِ وَلْيَجِدُوا فِيكُمْ غِلْظَةً ۚ وَاعْلَمُوا أَنَّ اللَّهَ مَعَ الْمُتَّقِينَ
Yā ayyuhā lladhīna āmanū qātilū lladhīna yalūnakum mina l-kuffāri wa-l-yajidū fīkum ghilẓatan — wa-ʿlamū anna llāha maʿa l-muttaqīn Ô vous qui croyez, combattez ceux des kuffār qui sont proches de vous (yalūnakum), et qu’ils trouvent en vous de la rudesse (ghilẓa) — et sachez qu’Allaah est avec les muttaqīn.
Notes lexicales
alladhīna yalūnakum
racine *w-l-y* (ce qui suit immédiatement, ce qui est contigu) — Non-dit : ce seul verset ne précise pas si cette proximité est géographique, temporelle dans l'ordre du combat, ou les deux ; il pose seulement un ordre de priorité, non une limite excluant tout combat au-delà.
ghilẓatan
racine *gh-l-ẓ* (la dureté, la rudesse, opposée à la finesse ou à la mollesse).

Les sourates révélées — foi accrue ou souillure accrue · S9:124–127

S.9:124 · La sourate qui augmente la foi de ceux qui croient

S.9:124
وَإِذَا مَا أُنْزِلَتْ سُورَةٌ فَمِنْهُمْ مَنْ يَقُولُ أَيُّكُمْ زَادَتْهُ هَٰذِهِ إِيمَانًا ۚ فَأَمَّا الَّذِينَ آمَنُوا فَزَادَتْهُمْ إِيمَانًا وَهُمْ يَسْتَبْشِرُونَ
Wa-idhā mā unzilat sūratun fa-minhum man yaqūlu ayyukum zādathu hādhihi īmānan — fa-ammā lladhīna āmanū fa-zādathum īmānan wa-hum yastabshirūn Et lorsqu’une sourate est descendue, il en est parmi eux qui dit : « Lequel d’entre vous cela a-t-il augmenté en foi ? » — quant à ceux qui ont cru, cela les augmente en foi, et ils s’en réjouissent (yastabshirūn).
Notes lexicales
zādathu ... īmānan
Dit : le texte pose la foi comme une réalité susceptible d'augmentation, non un état fixe et invariable — question reprise et opposée symétriquement au verset suivant.

S.9:125 · La sourate qui ajoute une souillure à la souillure des cœurs malades

S.9:125
وَأَمَّا الَّذِينَ فِي قُلُوبِهِمْ مَرَضٌ فَزَادَتْهُمْ رِجْسًا إِلَىٰ رِجْسِهِمْ وَمَاتُوا وَهُمْ كَافِرُونَ
Wa-ammā lladhīna fī qulūbihim maraḍun fa-zādathum rijsan ilā rijsihim wa-mātū wa-hum kāfirūn Quant à ceux dont le cœur porte une maladie (maraḍ), cela ajoute une souillure (rijs) à leur souillure, et ils meurent alors qu’ils sont kāfirūn.
Notes lexicales
rijsan ilā rijsihim
Note de cohérence intra-coranique. Même racine *r-j-s* que S9:95 (Bloc IV, même sourate), où des personnes elles-mêmes sont qualifiées de *rijs* — cette occurrence prolonge ce même registre : une souillure qui s'ajoute à une souillure déjà là, non une cause qui la produirait du dehors.

S.9:126 · L’épreuve répétée chaque année, sans retour ni rappel

S.9:126
أَوَلَا يَرَوْنَ أَنَّهُمْ يُفْتَنُونَ فِي كُلِّ عَامٍ مَرَّةً أَوْ مَرَّتَيْنِ ثُمَّ لَا يَتُوبُونَ وَلَا هُمْ يَذَّكَّرُونَ
A-wa-lā yarawna annahum yuftanūna fī kulli ʿāmin marratan aw marratayni thumma lā yatūbūna wa-lā hum yadhdhakkarūn Ne voient-ils donc pas qu’ils sont éprouvés (yuftanūna) chaque année, une fois ou deux ? Puis ils ne reviennent pas (lā yatūbūn) et ne se rappellent pas (lā yadhdhakkarūn).
Notes lexicales
yuftanūna
même racine *f-t-n* que *fitna* (S8:73, S9:47–49) — ici sous une forme passive répétée, une mise à l'épreuve périodique dont ce seul verset ne précise pas la nature exacte (non-dit).

S.9:127 · Les regards échangés, et les cœurs qu’Allaah détourne

S.9:127
وَإِذَا مَا أُنْزِلَتْ سُورَةٌ نَظَرَ بَعْضُهُمْ إِلَىٰ بَعْضٍ هَلْ يَرَاكُمْ مِنْ أَحَدٍ ثُمَّ انْصَرَفُوا ۚ صَرَفَ اللَّهُ قُلُوبَهُمْ بِأَنَّهُمْ قَوْمٌ لَا يَفْقَهُونَ
Wa-idhā mā unzilat sūratun naẓara baʿḍuhum ilā baʿḍin hal yarākum min aḥadin thumma nṣarafū — ṣarafa llāhu qulūbahum bi-annahum qawmun lā yafqahūn Et lorsqu’une sourate est descendue, ils se regardent les uns les autres : « Quelqu’un vous voit-il ? » — puis ils se détournent (inṣarafū). Allaah a détourné (ṣarafa) leurs cœurs, parce que ce sont des gens qui ne saisissent pas (lā yafqahūn).
Notes lexicales
thumma nṣarafū — ṣarafa llāhu qulūbahum
Note de méthode. Même principe que *khatama*/*ṭubiʿa* (S2:6–7, S9:87) et que *nasū llāha fa-nasiyahum* / *sakhira llāhu minhum* (S9:67 et S9:79, Bloc III) : le « détournement » attribué à Allaah (*ṣarafa*) reprend, en écho lexical direct, le détournement des hommes eux-mêmes (*inṣarafū*) qui le précède immédiatement dans le même verset — une rétribution qui reproduit en miroir l'acte humain, non une cause première qui priverait ces gens, de l'extérieur, de la faculté de comprendre.
lā yafqahūn
même racine *f-q-h* que *yatafaqqahū* (S9:122, ce Bloc) — voir la note à cet endroit.

Clôture de la sourate — le rasūl issu de vous-mêmes, et Allaah seul · S9:128–129

S.9:128 · Un rasūl issu de vous-mêmes, plein de sollicitude, raʾūf, raḥīm

S.9:128
لَقَدْ جَاءَكُمْ رَسُولٌ مِنْ أَنْفُسِكُمْ عَزِيزٌ عَلَيْهِ مَا عَنِتُّمْ حَرِيصٌ عَلَيْكُمْ بِالْمُؤْمِنِينَ رَءُوفٌ رَحِيمٌ
La-qad jāʾakum rasūlun min anfusikum ʿazīzun ʿalayhi mā ʿanittum ḥarīṣun ʿalaykum bi-l-muʾminīna raʾūfun raḥīm Un rasūl vous est certes venu, issu de vous-mêmes (min anfusikum) : il lui est pénible (ʿazīzun ʿalayhi) ce qui vous accable, il est ardemment soucieux de vous (ḥarīṣun ʿalaykum), et envers les muʾminūn plein de sollicitude et de compassion (raʾūfun raḥīm).
Notes lexicales
min anfusikum
Dit : le texte insiste sur la nature humaine, issue du même corps social, du rasūl.
ʿazīzun ʿalayhi mā ʿanittum
racine *ʿ-n-t* (la peine, la difficulté qui accable).
ḥarīṣun ʿalaykum
racine *ḥ-r-ṣ* : le souci ardent, l'attention soutenue portée à quelqu'un — ici, le rasūl est ardemment soucieux de ceux auxquels il s'adresse, non « avide » de quoi que ce soit.
raʾūfun raḥīm
voir l'avertissement de méthode en tête de ce Bloc : ces deux mêmes termes qualifient Allaah en S9:117 (ce Bloc) et sont alors conservés en translittération pour écarter toute connotation de sentiment humain ; appliqués ici au rasūl, un être humain, ils sont rendus dans leur registre affectif ordinaire (sollicitude, compassion), sans que cela ne rouvre la question méthodologique posée pour Allaah.

S.9:129 · Clôture — « Allaah me suffit », le Rabb du ʿArsh immense

S.9:129
فَإِنْ تَوَلَّوْا فَقُلْ حَسْبِيَ اللَّهُ لَا إِلَٰهَ إِلَّا هُوَ ۖ عَلَيْهِ تَوَكَّلْتُ ۖ وَهُوَ رَبُّ الْعَرْشِ الْعَظِيمِ
Fa-in tawallaw fa-qul ḥasbiya llāhu lā ilāha illā huwa — ʿalayhi tawakkaltu — wa-huwa rabbu l-ʿarshi l-ʿaẓīm S’ils se détournent, dis alors : « Allaah me suffit (ḥasbiya llāh) — nul ilāh que Lui — sur Lui je m’en remets (tawakkaltu) — et c’est Lui le Rabb du ʿArsh immense. »
Notes lexicales
ḥasbiya llāh
racine *ḥ-s-b* (ce qui suffit, ce qui compte comme assez) — voir *ḥasbunā llāhu wa-niʿma l-wakīl*, S3:173, S8:62 et S8:64 — ici à la première personne du singulier, le nabī parlant en son propre nom.
lā ilāha illā huwa
*ilāh* conservé en translittération (voir S2:255, S3:2, S3:6 et S3:18 : « nul *ilāh* que Lui »).
tawakkaltu
même racine *w-k-l* que *al-wakīl* (S3:173, S8:62 et S8:64).
rabbu l-ʿarshi l-ʿaẓīm
*ʿArsh* est conservé en translittération (voir S7:54 : *thumma stawā ʿalā l-ʿarsh*, où une lecture non spatiale de la construction *istawā ʿalā* est retenue). Ici, la construction est distincte (un simple génitif, « le Rabb du ʿArsh », sans le verbe *istawā*) : la translittération du terme est néanmoins conservée, par cohérence terminologique, sans que cela ne rouvre la question spécifique de S7:54. *ʿAẓīm* qualifie ici le ʿArsh lui-même, non Allaah directement, et se rend donc sans difficulté par l'adjectif français « immense ». Note de clôture de la Sourate 9 : ce dernier verset referme la sourate sur un renvoi exclusif à Allaah — nul refuge, nulle suffisance, nul appui hors de Lui — faisant écho, par le motif du refuge (*maljaʾ*, S9:118, ce Bloc), à l'ensemble du Bloc qui précède.

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