Structure du Bloc I — ouverture de la Sourate 10. Neuf ensembles. D’abord l’exorde : les lettres séparées Alif-Lām-Rāʾ, et le rejet de l’étonnement (ʿajab) qu’un avertissement soit confié à un homme (S10:1–2). Puis la rubūbiyya d’Allaah sur la création entière — les six jours, l’istiwāʾ sur le ʿArsh, la gestion de l’affaire, et le retour promis pour la rétribution (S10:3–4). Puis les signes du soleil, de la lune et de l’alternance jour/nuit (S10:5–6). Puis les deux issues symétriques : l’insouciance de ceux qui ne comptent pas sur Notre Rencontre, et la guidance de ceux qui ont cru, dans les jardins du délice (S10:7–10). Puis la hâte humaine — si Allaah hâtait le mal comme les hommes hâtent le bien —, et le portrait de l’humain qui invoque dans la détresse puis oublie une fois soulagé (S10:11–12). Puis les générations anéanties pour leur ẓulm, et l’humanité présente installée comme successeurs pour être mise à l’épreuve (S10:13–14). Puis la demande de changer le Qurʾān, le refus du nabī d’agir de son propre chef, et la plus grande injustice — forger un mensonge contre Allaah (S10:15–17). Puis les faux shufaʿāʾ adorés en dehors d’Allaah, et le défi rhétorique : « informez-vous Allaah de ce qu’Il ne sait pas ? » (S10:18). Enfin l’unité originelle de l’humanité rompue par le désaccord, la demande d’un signe, et la clôture : le ghayb n’appartient qu’à Allaah (S10:19–20).

Avertissement de méthode — S10:3, thumma-stawā ʿalā l-ʿarsh (« puis a pris pleinement possession du ʿArsh »). Ce verset fait partie des occurrences de la formule thumma stawā ʿalā l-ʿarsh (S7:54, S10:3, S13:2, S20:5, S25:59, S32:4, S57:4 ; variante ilā s-samāʾ en S41:11). Ce Bloc retient la lecture idiomatique, attestée indépendamment du Coran, de istawā ʿalā appliquée à un pouvoir ou un royaume (« prendre pleinement possession de son autorité, en assurer la maîtrise effective »), plutôt que la lecture spatiale (une position stable au-dessus de quelque chose) — non parce que cette dernière serait linguistiquement exclue, mais parce que la première permet de porter le sens de ce verset sans mobiliser aucune connotation de lieu appliquée à Allaah. ʿArsh reste conservé en translittération.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.10:1 Lettres séparées — Alif-Lām-Rāʾ — le Kitāb empreint de ḥikma
S.10:2 L’étonnement rejeté — un homme chargé d’avertir
S.10:3 La rubūbiyya d’Allaah — les six jours, l’istiwāʾ, la gestion de l’affaire — nul shafīʿ sans Son idhn
S.10:4 Le retour promis — la rétribution selon le qisṭ
S.10:5–6 Le soleil, la lune, le calcul du temps — l’alternance jour/nuit
S.10:7–8 Ceux qui ne comptent pas sur Notre Rencontre — leur refuge, le Feu
S.10:9–10 Ceux qui ont cru — guidés par leur foi, dans les jardins du délice
S.10:11 Si Allaah hâtait le mal comme les hommes hâtent le bien
S.10:12 L’humain dans la détresse, puis l’oubli une fois soulagé
S.10:13–14 Les générations anéanties pour leur ẓulm — les successeurs mis à l’épreuve
S.10:15–16 La demande de changer le Qurʾān — « il ne m’appartient pas de le changer de mon propre chef »
S.10:17 La plus grande injustice — forger un mensonge contre Allaah
S.10:18 Les faux shafīʿ — « informez-vous Allaah de ce qu’Il ne sait pas ? »
S.10:19–20 L’unité originelle rompue — la demande d’un signe — le ghayb n’appartient qu’à Allaah

Exorde — lettres séparées, l’étonnement rejeté · S10:1–2

S.10:1 · Lettres séparées — le Kitāb empreint de ḥikma

S.10:1
الر ۚ تِلْكَ آيَاتُ الْكِتَابِ الْحَكِيمِ
Alif · Lām · Rāʾ — tilka āyātu l-kitābi l-ḥakīm Alif, Lām, Rāʾ. Voilà les āyāt du Kitāb empreint de ḥikma.
Notes lexicales
Alif · Lām · Rāʾ
lettres séparées (*ḥurūf muqaṭṭaʿāt*) — combinaison de trois lettres distincte de *Alif-Lām-Mīm* (S2/S3) et de *Alif-Lām-Mīm-Ṣād* (S7:1) ; elle revient à l'identique en ouverture de S11, S12, S14 et S15. Aucun sens n'est attribué à ces lettres — le texte donne les lettres elles-mêmes, en position d'ouverture, et ce Bloc s'en tient à cette observation.
al-kitābi l-ḥakīm
racine *ḥ-k-m* : la *ḥikma*, ce qui place chaque chose avec exactitude à sa juste place, sans excès ni défaut — voir aussi *al-Ḥakīm*, conservé en translittération lorsqu'il qualifie Allaah (par exemple S6:96, S8:10). Ici, l'adjectif qualifie grammaticalement le *Kitāb* lui-même, non Allaah directement ; il est donc rendu par l'adjectif français « empreint de ḥikma » plutôt que par la translittération réservée aux *asmāʾ* d'Allaah.

S.10:2 · L’étonnement rejeté — un homme chargé d’avertir

S.10:2
أَكَانَ لِلنَّاسِ عَجَبًا أَنْ أَوْحَيْنَا إِلَىٰ رَجُلٍ مِنْهُمْ أَنْ أَنْذِرِ النَّاسَ وَبَشِّرِ الَّذِينَ آمَنُوا أَنَّ لَهُمْ قَدَمَ صِدْقٍ عِنْدَ رَبِّهِمْ ۗ قَالَ الْكَافِرُونَ إِنَّ هَٰذَا لَسَاحِرٌ مُبِينٌ
A-kāna li-n-nāsi ʿajaban an awḥaynā ilā rajulin minhum an andhiri n-nāsa wa-bashshiri lladhīna āmanū anna lahum qadama ṣidqin ʿinda rabbihim — qāla l-kāfirūna inna hādhā la-sāḥirun mubīn Était-ce, pour les hommes, un étonnement que Nous ayons révélé à un homme parmi eux : « Avertis les hommes, et annonce à ceux qui ont cru qu’ils ont, auprès de leur Rabb, un acquis de sincérité » ? Ceux qui sont kāfirūn dirent : « Celui-ci est certainement un sorcier manifeste. »
Notes lexicales
ʿajaban
racine *ʿ-j-b* : l'étonnement devant ce qui dépasse l'attente ordinaire — non nécessairement un jugement négatif en soi, mais ici employé pour signaler une objection : le texte pose comme rhétoriquement absurde le fait qu'une révélation confiée à un homme (*rajul*), et non à une entité d'un autre ordre, suscite la surprise.
rajulin minhum
**Dit** : le texte affirme explicitement que celui à qui la révélation est confiée est un homme (*rajul*) « parmi eux » — de la même nature humaine que ceux qu'il avertit, non un *malak* ni une entité d'une autre nature. Cohérence avec S6:9 (Sourate 6, Bloc I) : un *malak* envoyé aurait nécessairement pris une apparence humaine.
qadama ṣidqin
idiome, racines *q-d-m* (ce qui va devant, ce qui est déjà avancé — le pied lui-même, par métonymie, désigne ce qui précède ou ce qui est acquis en avance) et *ṣ-d-q* (la sincérité, la conformité entre la parole et le réel). *Qadam ṣidqin ʿinda rabbihim* : littéralement « un pied [une avance] de sincérité auprès de leur Rabb » — les lexicographes classiques y voient un mérite ou une rétribution déjà acquise, allant devant celui qui l'a méritée, l'attendant par avance. Aucun mot français isolé ne portant cette double image (l'avance et la sincérité), ce Bloc rend le sens par un groupe de mots, « un acquis de sincérité », plutôt que de calquer l'image du pied, sans portée équivalente en français.
sāḥirun mubīn
racine *s-ḥ-r* : le *siḥr*, qui apparaît sous la forme substantive en S5:110 (une « magie manifeste ») — ici sous la forme active, désignant la personne même qui la pratiquerait (*sāḥir*, « sorcier »). **Cohérence intra-coranique** : la même accusation — devant des signes matériellement distincts — revient ici sous sa forme personnelle, appliquée directement au *nabī* plutôt qu'au signe lui-même ; ce Bloc y reconnaît le même procédé rhétorique de refus, sans qu'aucune évaluation ne soit portée sur la nature propre de ce que chaque signe désigne.

La rubūbiyya d’Allaah — création, istiwāʾ, retour promis · S10:3–4

S.10:3 · Les six jours, l’istiwāʾ, la gestion de l’affaire — nul shafīʿ sans Son idhn

S.10:3
إِنَّ رَبَّكُمُ اللَّهُ الَّذِي خَلَقَ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضَ فِي سِتَّةِ أَيَّامٍ ثُمَّ اسْتَوَىٰ عَلَى الْعَرْشِ ۖ يُدَبِّرُ الْأَمْرَ ۖ مَا مِنْ شَفِيعٍ إِلَّا مِنْ بَعْدِ إِذْنِهِ ۚ ذَٰلِكُمُ اللَّهُ رَبُّكُمْ فَاعْبُدُوهُ ۚ أَفَلَا تَذَكَّرُونَ
Inna rabbakumu llāhu lladhī khalaqa s-samāwāti wa-l-arḍa fī sittati ayyāmin thumma-stawā ʿalā l-ʿarshi yudabbiru l-amra — mā min shafīʿin illā min baʿdi idhnihi — dhālikumu llāhu rabbukum fa-ʿbudūhu — a-fa-lā tadhakkarūn Votre Rabb, c’est Allaah — Ce qui a créé les cieux et la terre en six jours, puis a pris pleinement possession du ʿArsh : Il administre l’affaire [de toute chose]. Nul shafīʿ si ce n’est après Son autorisation (idhn). Voilà Allaah, votre Rabb — adorez-Le donc. Ne vous rappelez-vous donc pas ?
Notes lexicales
fī sittati ayyāmin thumma-stawā ʿalā l-ʿarsh
voir l'avertissement de méthode en tête de ce Bloc, qui applique ici la lecture retenue pour S7:54. « Six jours » (*sittati ayyām*) : ce seul verset ne précise pas la nature exacte de ces « jours » (*yawm*, susceptible dans l'usage coranique de désigner une durée qui n'est pas nécessairement celle d'une rotation terrestre, cette dernière n'existant pas encore au moment décrit) — ce Bloc le nomme comme *non-dit*, sans importer une durée précise que le texte ne fournit pas lui-même.
yudabbiru l-amr
racine *d-b-r* : ce qui vient après, l'arrière, la suite d'une chose — voir la forme *dābir* (« couper le *dābir* », l'anéantissement jusqu'au dernier vestige, S6:45, S8:7). La forme II *dabbara* en dérive le sens de conduire une chose vers son terme, en disposer l'ordonnancement — d'où *tadbīr*, la gestion, l'administration qui mène une affaire à son aboutissement. Rendu ici « administre l'affaire », au sens de la gestion continue de l'ensemble de la création, non d'une décision unique et ponctuelle. Cette même expression revient à l'identique en S10:31, dans une question rhétorique adressée aux *mushrikūn*.
mā min shafīʿin illā min baʿdi idhnihi
*shafīʿ*, racine *sh-f-ʿ*, conservé en translittération (voir l'étude La shafāʿa ; S6:51/70, S7:53 : non une plaidoirie qui arracherait une décision contre une volonté, mais une association à la cause d'un autre). *Idhn*, racine *ʾ-dh-n* (la même que celle de l'oreille, l'écoute) : l'autorisation explicitement accordée, le fait de donner licence. **Dit** : ce verset ne nie pas l'existence même d'un *shafīʿ* — il en conditionne strictement l'exercice à une autorisation préalable d'Allaah, sans laquelle aucune *shafāʿa* ne s'exerce.
a-fa-lā tadhakkarūn
racine *dh-k-r* : se rappeler, revenir à la mémoire de ce qui était déjà connaissable.

S.10:4 · Le retour promis — la rétribution selon le qisṭ

S.10:4
إِلَيْهِ مَرْجِعُكُمْ جَمِيعًا ۖ وَعْدَ اللَّهِ حَقًّا ۚ إِنَّهُ يَبْدَأُ الْخَلْقَ ثُمَّ يُعِيدُهُ لِيَجْزِيَ الَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ بِالْقِسْطِ ۚ وَالَّذِينَ كَفَرُوا لَهُمْ شَرَابٌ مِنْ حَمِيمٍ وَعَذَابٌ أَلِيمٌ بِمَا كَانُوا يَكْفُرُونَ
Ilayhi marjiʿukum jamīʿan waʿda llāhi ḥaqqan — innahu yabdaʾu l-khalqa thumma yuʿīduhu li-yajziya lladhīna āmanū wa-ʿamilū ṣ-ṣāliḥāti bi-l-qisṭi — wa-lladhīna kafarū lahum sharābun min ḥamīmin wa-ʿadhābun alīmun bi-mā kānū yakfurūn Vers Lui est votre retour, tous ensemble — promesse d’Allaah, en toute vérité. Il fait exister la création une première fois, puis Il la refait, pour rétribuer selon le qisṭ ceux qui ont cru et fait les œuvres bonnes — tandis que ceux qui sont kāfirūn auront une boisson d’eau bouillante et un châtiment douloureux, pour le kufr qu’ils commettaient.
Notes lexicales
yabdaʾu l-khalqa thumma yuʿīduhu
racines *b-d-ʾ* (faire exister à partir de rien, initier) et *ʿ-w-d* (faire revenir, refaire) — le texte pose ici, comme preuve rhétorique récurrente dans le Coran, la symétrie entre la première création et la seconde (la résurrection), la seconde étant présentée comme la reprise d'un geste déjà accompli une première fois, non une opération d'une autre nature.
bi-l-qisṭ
racine *q-s-ṭ* : la juste répartition, l'équité qui donne à chaque part exactement ce qui lui revient — distincte de *ʿadl* par l'insistance sur la répartition concrète plutôt que sur le principe abstrait d'égalité.
sharābun min ḥamīmin
formule identique à S6:70 (Sourate 6, Bloc III).

Les signes du soleil, de la lune et du temps · S10:5–6

S.10:5–6 · Le soleil, la lune, le calcul du temps — l’alternance jour/nuit

S.10:5
هُوَ الَّذِي جَعَلَ الشَّمْسَ ضِيَاءً وَالْقَمَرَ نُورًا وَقَدَّرَهُ مَنَازِلَ لِتَعْلَمُوا عَدَدَ السِّنِينَ وَالْحِسَابَ ۚ مَا خَلَقَ اللَّهُ ذَٰلِكَ إِلَّا بِالْحَقِّ ۚ يُفَصِّلُ الْآيَاتِ لِقَوْمٍ يَعْلَمُونَ
Huwa lladhī jaʿala sh-shamsa ḍiyāʾan wa-l-qamara nūran wa-qaddarahu manāzila li-taʿlamū ʿadada s-sinīna wa-l-ḥisāb — mā khalaqa llāhu dhālika illā bi-l-ḥaqqi — yufaṣṣilu l-āyāti li-qawmin yaʿlamūn C’est Lui qui a fait du soleil une clarté [rayonnante] et de la lune une lumière [réfléchie], et Il lui a déterminé des stations, pour que vous connaissiez le nombre des années et le calcul [du temps]. Allaah n’a créé cela que porté par le ḥaqq — Il détaille les āyāt pour un peuple qui sait.
S.10:6
إِنَّ فِي اخْتِلَافِ اللَّيْلِ وَالنَّهَارِ وَمَا خَلَقَ اللَّهُ فِي السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ لَآيَاتٍ لِقَوْمٍ يَتَّقُونَ
Inna fi khtilāfi l-layli wa-n-nahāri wa-mā khalaqa llāhu fi s-samāwāti wa-l-arḍi la-āyātin li-qawmin yattaqūn Dans l’alternance de la nuit et du jour, et dans ce qu’Allaah a créé dans les cieux et sur la terre, il y a certes des āyāt pour un peuple qui se prémunit.
Notes lexicales
ḍiyāʾan … nūran
**Note de linguistique pure.** Le texte n'emploie pas le même terme pour le soleil et pour la lune : *ḍiyāʾ* (racine *ḍ-w-ʾ*, la clarté qui rayonne d'elle-même, la source de lumière) pour le soleil, *nūr* (racine *n-w-r*, la lumière comme qualité perçue, qui peut être reçue ou réfléchie) pour la lune. Cette distinction lexicale correspond à une différence observable — le soleil comme source, la lune comme ce qui réfléchit —, sans que ce Bloc n'aille au-delà de cette observation lexicale et physique déjà portée par le choix même des deux termes.
qaddarahu manāzila
racine *q-d-r* : mesurer, déterminer avec exactitude — même racine que *taqdīr* (S6:96 : « la détermination précise »). *Manāzil*, pluriel de *manzil* : les stations, les étapes d'un parcours réglé.
ikhtilāfi l-layli wa-n-nahār
racine *kh-l-f* : la succession, l'alternance de ce qui vient après — même racine que *khalāʾif* (S10:14, ce Bloc). Ici, l'alternance régulière de la nuit et du jour, l'un succédant à l'autre.

Les deux issues · S10:7–10

S.10:7–8 · Ceux qui ne comptent pas sur Notre Rencontre — leur refuge, le Feu

S.10:7
إِنَّ الَّذِينَ لَا يَرْجُونَ لِقَاءَنَا وَرَضُوا بِالْحَيَاةِ الدُّنْيَا وَاطْمَأَنُّوا بِهَا وَالَّذِينَ هُمْ عَنْ آيَاتِنَا غَافِلُونَ
Inna lladhīna lā yarjūna liqāʾanā wa-raḍū bi-l-ḥayāti d-dunyā wa-ṭmaʾannū bihā wa-lladhīna hum ʿan āyātinā ghāfilūn Ceux qui ne comptent pas sur Notre Rencontre, qui se sont satisfaits de la vie d’ici-bas et s’y sont installés dans une sécurité tranquille, et ceux qui sont insouciants de Nos āyāt —
S.10:8
أُولَٰئِكَ مَأْوَاهُمُ النَّارُ بِمَا كَانُوا يَكْسِبُونَ
Ulāʾika maʾwāhumu n-nāru bi-mā kānū yaksibūn ceux-là, leur refuge (maʾwā) est le Feu, pour ce qu’ils acquéraient.
Notes lexicales
liqāʾanā
racine *l-q-y* (voir S6:31, « *liqāʾu llāh* ») : le fait de se trouver mis en présence, la réalité effective et inéluctable de la reddition de comptes, non une donnée visuelle ou spatiale. Ce Bloc conserve « Notre Rencontre » avec majuscule pour signaler un terme technique, la manière dont elle se réalise restant un *non-dit*. Cette même expression revient trois fois dans ce seul Bloc (S10:7, S10:11, S10:15) — reprise constante, non une simple répétition rhétorique isolée.
ṭmaʾannū bihā
racine *ṭ-m-ʾ-n* : se poser, s'installer dans un état d'assurance et de repos. **Dit** : le texte pose une gradation de trois attitudes — ne pas espérer la Rencontre, se satisfaire de la vie d'ici-bas, s'y installer avec assurance — sans que ce seul verset ne les distingue davantage l'une de l'autre.
ghāfilūn
racine *gh-f-l* : l'inattention, l'absence de vigilance envers ce qui devrait retenir l'attention.
maʾwāhumu n-nār
formule récurrente (voir S3:162, S5:86, entre autres) : *maʾwā*, le refuge, le lieu où l'on se retire.

S.10:9–10 · Ceux qui ont cru — guidés par leur foi, dans les jardins du délice

S.10:9
إِنَّ الَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ يَهْدِيهِمْ رَبُّهُمْ بِإِيمَانِهِمْ ۖ تَجْرِي مِنْ تَحْتِهِمُ الْأَنْهَارُ فِي جَنَّاتِ النَّعِيمِ
Inna lladhīna āmanū wa-ʿamilū ṣ-ṣāliḥāti yahdīhim rabbuhum bi-īmānihim — tajrī min taḥtihimu l-anhāru fī jannāti n-naʿīm Ceux qui ont cru et fait les œuvres bonnes, leur Rabb les guide par leur foi même — sous eux courent les rivières, dans les jardins du délice (naʿīm).
S.10:10
دَعْوَاهُمْ فِيهَا سُبْحَانَكَ اللَّهُمَّ وَتَحِيَّتُهُمْ فِيهَا سَلَامٌ ۚ وَآخِرُ دَعْوَاهُمْ أَنِ الْحَمْدُ لِلَّهِ رَبِّ الْعَالَمِينَ
Daʿwāhum fīhā subḥānaka allāhumma wa-taḥiyyatuhum fīhā salāmun — wa-ākhiru daʿwāhum ani l-ḥamdu li-llāhi rabbi l-ʿālamīn Leur invocation, là, est : « Gloire à Toi, ô Allaah ! » et leur salutation, là, est salām — et le dernier mot de leur invocation est : « La ḥamd appartient à Allaah, Rabb des mondes. »
Notes lexicales
yahdīhim rabbuhum bi-īmānihim
racine *h-d-y*. **Dit** : le texte fait ici de la foi elle-même (*īmān*) le moyen (*bi-*) par lequel cette guidance ultérieure s'exerce — non une guidance qui précéderait ou remplacerait la foi, mais l'inverse : la foi déjà là comme ce par quoi la guidance continue de s'exercer.
allāhumma
forme vocative emphatique du nom Allaah, attestée par les grammairiens classiques comme une particule d'invocation (le *mīm* final tenant lieu du *yā* vocatif ordinaire, renforçant l'appel) — distincte du nom « Allaah » lui-même employé hors invocation. Conservée telle quelle, forme grammaticale et non variante théologique du Nom.
salām
racine *s-l-m* : l'intégrité, l'absence de toute atteinte, la solidité de ce qui est préservé de toute brèche — dont dérive le sens usuel de paix. Conservé en translittération pour porter ce champ sémantique plus large que le seul mot français « paix », qui n'en retient que l'aspect relationnel.
al-ḥamdu li-llāhi rabbi l-ʿālamīn
formule identique à l'ouverture de S1 et de S6 (voir S6:45, qui « reprend, presque mot pour mot, l'ouverture même de la sourate ») — ici comme clôture ultime de l'invocation des gens de la *janna*, plutôt que comme ouverture d'un texte.

La hâte humaine et l’oubli après l’épreuve · S10:11–12

S.10:11 · Si Allaah hâtait le mal comme les hommes hâtent le bien

Note de méthode — la construction contrefactuelle. Dit : ce verset pose une hypothèse contrefactuelle explicite (« wa-law », « et si ») — non un fait advenu. Le texte affirme que, si Allaah répondait à la hâte humaine pour le mal (par exemple les invocations irréfléchies prononcées contre soi-même ou autrui dans la colère ou la détresse, S10:12 immédiatement après) avec la même promptitude que les hommes réclament le bien, leur terme (ajal) serait déjà arrivé à son terme. Non-dit : ce seul verset ne précise pas la nature exacte de ce « mal » que les hommes « hâtent » — s’agit-il d’invocations effectivement prononcées, ou d’une simple disposition psychologique généralisée à l’impatience ; ce Bloc ne tranche pas au-delà de ce que le verset affirme lui-même.

S.10:11
۞ وَلَوْ يُعَجِّلُ اللَّهُ لِلنَّاسِ الشَّرَّ اسْتِعْجَالَهُمْ بِالْخَيْرِ لَقُضِيَ إِلَيْهِمْ أَجَلُهُمْ ۖ فَنَذَرُ الَّذِينَ لَا يَرْجُونَ لِقَاءَنَا فِي طُغْيَانِهِمْ يَعْمَهُونَ
Wa-law yuʿajjilu llāhu li-n-nāsi sh-sharra stiʿjālahum bi-l-khayri la-quḍiya ilayhim ajaluhum — fa-nadharu lladhīna lā yarjūna liqāʾanā fī ṭughyānihim yaʿmahūn Et si Allaah hâtait pour les hommes le mal comme ils hâtent [la venue] du bien, leur terme aurait déjà été décidé pour eux — mais Nous laissons ceux qui ne comptent pas sur Notre Rencontre errer aveuglément (yaʿmahūn) dans leur ṭughyān.
Notes lexicales
yuʿajjilu … stiʿjālahum
racine *ʿ-j-l* : la hâte — même racine que *tastaʿjilūn* (S6:57–58 : « ce que vous cherchez à hâter »).
la-quḍiya ilayhim ajaluhum
même racine *q-ḍ-y* que *quḍiya l-amr* (S6:8/58) ; *ajal*, le terme fixé (voir S6:2).
yaʿmahūn
racine *ʿ-m-h*, distincte de *ʿ-m-y* (la cécité ordinaire) : les lexicographes classiques la définissent comme l'errance confuse de qui a perdu son chemin sans repère, une désorientation qui persiste dans le mouvement même — plutôt que la seule privation de la vue. Rendu ici « errer aveuglément » pour porter cette nuance de mouvement égaré, non d'immobilité.
ṭughyānihim
racine *ṭ-gh-y* (voir S5:64, S2:15/256–257) : le débordement hors de toute limite.

S.10:12 · L’humain dans la détresse, puis l’oubli une fois soulagé

S.10:12
وَإِذَا مَسَّ الْإِنْسَانَ الضُّرُّ دَعَانَا لِجَنْبِهِ أَوْ قَاعِدًا أَوْ قَائِمًا فَلَمَّا كَشَفْنَا عَنْهُ ضُرَّهُ مَرَّ كَأَنْ لَمْ يَدْعُنَا إِلَىٰ ضُرٍّ مَسَّهُ ۚ كَذَٰلِكَ زُيِّنَ لِلْمُسْرِفِينَ مَا كَانُوا يَعْمَلُونَ
Wa-idhā massa l-insāna ḍ-ḍurru daʿānā li-janbihi aw qāʿidan aw qāʾiman — fa-lammā kashafnā ʿanhu ḍurrahu marra ka-an lam yadʿunā ilā ḍurrin massahu — kadhālika zuyyina li-l-musrifīna mā kānū yaʿmalūn Et quand l’affliction (ḍurr) touche l’humain, il Nous invoque, allongé sur le côté, ou assis, ou debout — puis, quand Nous levons de lui son affliction, il poursuit son chemin comme s’il ne Nous avait jamais invoqués pour une affliction qui l’avait touché. C’est ainsi qu’est rendu attrayant, pour les musrifūn, ce qu’ils faisaient.
Notes lexicales
massa … ḍ-ḍurru
racine *ḍ-r-r* : l'affliction, le dommage qui touche. **Dit** : le texte nomme trois postures (allongé, assis, debout) pour signifier l'exhaustivité de la détresse — en toute situation corporelle, sans qu'aucune ne soit privilégiée.
kashafnā ʿanhu ḍurrahu
racine *k-sh-f* : découvrir, lever ce qui recouvrait — ici, lever l'affliction elle-même.
marra ka-an lam yadʿunā
*marra*, racine *m-r-r* : passer, poursuivre son chemin — idiome rendant le sens de la reprise d'une vie ordinaire sans transition ni mémoire de l'épisode. Pour porter le sens visé plutôt que calquer l'arabe, ce Bloc rend cette image de continuité indifférente par « poursuit son chemin », plutôt que par une traduction littérale de « il passa ».
zuyyina li-l-musrifīn
*zuyyina*, racine *z-y-n* : rendre attrayant, orner d'un aspect séduisant — au passif, sans agent nommé dans ce seul verset. *Musrifūn*, racine *s-r-f* : l'excès, le dépassement de la juste mesure. **Non-dit** : ce verset ne nomme pas l'agent de cette mise en attrait — ce Bloc ne l'attribue ni au *shayṭān*, ni à Allaah, ni à une disposition purement humaine, faute d'indication dans ce seul passage.

Les générations anéanties, les successeurs mis à l’épreuve · S10:13–14

S.10:13–14 · Les générations anéanties pour leur ẓulm — les successeurs mis à l’épreuve

S.10:13
وَلَقَدْ أَهْلَكْنَا الْقُرُونَ مِنْ قَبْلِكُمْ لَمَّا ظَلَمُوا ۙ وَجَاءَتْهُمْ رُسُلُهُمْ بِالْبَيِّنَاتِ وَمَا كَانُوا لِيُؤْمِنُوا ۚ كَذَٰلِكَ نَجْزِي الْقَوْمَ الْمُجْرِمِينَ
Wa-la-qad ahlaknā l-qurūna min qablikum lammā ẕalamū — wa-jāʾathum rusuluhum bi-l-bayyināti wa-mā kānū li-yuʾminū — kadhālika najzī l-qawma l-mujrimīn Nous avons anéanti les générations d’avant vous quand elles ont commis le ẕulm — leurs rusul leur étaient venus avec les preuves manifestes, et elles n’étaient pas disposées à croire. C’est ainsi que Nous rétribuons le peuple des mujrimūn.
S.10:14
ثُمَّ جَعَلْنَاكُمْ خَلَائِفَ فِي الْأَرْضِ مِنْ بَعْدِهِمْ لِنَنْظُرَ كَيْفَ تَعْمَلُونَ
Thumma jaʿalnākum khalāʾifa fi l-arḍi min baʿdihim li-nanẕura kayfa taʿmalūn Puis Nous vous avons établis, après elles, comme successeurs sur la terre, pour qu’il devienne manifeste comment vous agissez.
Notes lexicales
al-qurūn
pluriel de *qarn* : racine *q-r-n*, ce qui est joint, un ensemble de contemporains liés par leur époque — d'où le sens de génération.
khalāʾifa fi l-arḍ
pluriel de *khalīfa* : racine *kh-l-f* (voir *ikhtilāf*, S10:6) — ce qui vient après, prend la suite. **Dit** : le texte pose une succession dans le temps (« après elles ») entre les générations anéanties et celles qui leur succèdent sur la terre, sans détailler de mécanisme au-delà de cette succession elle-même.
li-nanẕura kayfa taʿmalūn
racine *n-ẕ-r* (avec *ẕāʾ*) : voir, observer. **Note de méthode.** Cette formule de finalité (« pour que Nous voyions comment vous agissez ») emploie, comme d'autres formules d'épreuve (*li-yabluwakum*), un verbe d'observation appliqué à Allaah. Ce Bloc ne lit pas cette construction comme l'affirmation d'une acquisition de connaissance nouvelle par Allaah — ce que la science exhaustive d'Allaah (S6:59, « les clefs du *ghayb* ») exclut — mais comme la désignation du résultat qui devient manifeste, constaté, au terme de l'épreuve elle-même. Ce point reste une question de portée que ce Bloc ne tranche pas au-delà de ce que ce seul verset affirme littéralement (un verbe de vision, sans détail sur son mécanisme).

La demande de changer le Qurʾān — l’autorité du nabī · S10:15–17

S.10:15–16 · La demande de changer le Qurʾān — « il ne m’appartient pas de le changer de mon propre chef »

S.10:15
وَإِذَا تُتْلَىٰ عَلَيْهِمْ آيَاتُنَا بَيِّنَاتٍ ۙ قَالَ الَّذِينَ لَا يَرْجُونَ لِقَاءَنَا ائْتِ بِقُرْآنٍ غَيْرِ هَٰذَا أَوْ بَدِّلْهُ ۚ قُلْ مَا يَكُونُ لِي أَنْ أُبَدِّلَهُ مِنْ تِلْقَاءِ نَفْسِي ۖ إِنْ أَتَّبِعُ إِلَّا مَا يُوحَىٰ إِلَيَّ ۖ إِنِّي أَخَافُ إِنْ عَصَيْتُ رَبِّي عَذَابَ يَوْمٍ عَظِيمٍ
Wa-idhā tutlā ʿalayhim āyātunā bayyinātin qāla lladhīna lā yarjūna liqāʾanā i’ti bi-qurʾānin ghayri hādhā aw baddilhu — qul mā yakūnu lī an ubaddilahu min tilqāʾi nafsī — in attabiʿu illā mā yūḥā ilayya — innī akhāfu in ʿaṣaytu rabbī ʿadhāba yawmin ʿaẕīm Et quand Nos āyāt leur sont récitées, manifestes, ceux qui ne comptent pas sur Notre Rencontre disent : « Apporte un Qurʾān autre que celui-ci, ou change-le. » Dis : « Il ne m’appartient pas de le changer de mon propre chef (min tilqāʾi nafsī) — je ne fais que suivre ce qui m’est révélé. Je crains, si je désobéissais à mon Rabb, le châtiment d’un jour immense. »
S.10:16
قُلْ لَوْ شَاءَ اللَّهُ مَا تَلَوْتُهُ عَلَيْكُمْ وَلَا أَدْرَاكُمْ بِهِ ۖ فَقَدْ لَبِثْتُ فِيكُمْ عُمُرًا مِنْ قَبْلِهِ ۚ أَفَلَا تَعْقِلُونَ
Qul law shāʾa llāhu mā talawtuhu ʿalaykum wa-lā adrākum bihi — fa-qad labithtu fīkum ʿumuran min qablihi — a-fa-lā taʿqilūn Dis : « Si Allaah avait voulu, je ne vous l’aurais pas récité, et Il ne vous en aurait pas fait prendre connaissance (adrākum). J’ai pourtant demeuré parmi vous toute une vie avant lui — ne raisonnez-vous donc pas ? »
Notes lexicales
min tilqāʾi nafsī
idiome, racine *l-q-y* (la rencontre, ce qui se présente) : « de mon propre chef », « de ma propre initiative ». **Dit** : le *nabī* nie explicitement toute autorité personnelle de modification sur ce qui lui est révélé — même principe que pour le rôle du *tablīgh* (transmission mandatée, non législation autonome ; voir l'étude Le Nabī n'est pas législateur).
wa-lā adrākum bihi
racine *d-r-y*, forme IV causative : faire savoir, faire connaître.
labithtu fīkum ʿumuran min qablihi
**Dit** : le *nabī* invoque, comme argument, la durée déjà connue de sa vie parmi son peuple avant la révélation — un fait vérifiable par ses interlocuteurs eux-mêmes, opposé à l'idée qu'il aurait pu, de sa propre initiative, produire ou changer un tel texte.

S.10:17 · La plus grande injustice — forger un mensonge contre Allaah

S.10:17
فَمَنْ أَظْلَمُ مِمَّنِ افْتَرَىٰ عَلَى اللَّهِ كَذِبًا أَوْ كَذَّبَ بِآيَاتِهِ ۚ إِنَّهُ لَا يُفْلِحُ الْمُجْرِمُونَ
Fa-man aẕlamu mimmani ftarā ʿalā llāhi kadhiban aw kadhdhaba bi-āyātihi — innahu lā yufliḥu l-mujrimūn Qui donc est plus injuste que celui qui forge (iftarā) un mensonge contre Allaah, ou dément Ses āyāt ? Les mujrimūn ne réussissent certainement pas (lā yufliḥu).
Notes lexicales
iftarā ʿalā llāhi kadhiban
racine *f-r-y* : tailler, découper — au figuré, fabriquer de toutes pièces, inventer sans fondement. **Cohérence intra-coranique** : le même verbe revient en S10:30 (*wa-ḍalla ʿanhum mā kānū yaftarūn*) à propos de ce que les *mushrikūn* forgeaient — faux *shafīʿ*, faux associés — et relie ainsi ce verset à la section suivante (S10:18).
lā yufliḥu l-mujrimūn
racine *f-l-ḥ* (voir S5:90/100) : réussir, parvenir à ce que l'on visait, image agricole du travail qui porte son fruit.

Les faux shafīʿ · S10:18

S.10:18 · « Informez-vous Allaah de ce qu’Il ne sait pas ? »

S.10:18
وَيَعْبُدُونَ مِنْ دُونِ اللَّهِ مَا لَا يَضُرُّهُمْ وَلَا يَنْفَعُهُمْ وَيَقُولُونَ هَٰؤُلَاءِ شُفَعَاؤُنَا عِنْدَ اللَّهِ ۚ قُلْ أَتُنَبِّئُونَ اللَّهَ بِمَا لَا يَعْلَمُ فِي السَّمَاوَاتِ وَلَا فِي الْأَرْضِ ۚ سُبْحَانَهُ وَتَعَالَىٰ عَمَّا يُشْرِكُونَ
Wa-yaʿbudūna min dūni llāhi mā lā yaḍurruhum wa-lā yanfaʿuhum wa-yaqūlūna hāʾulāʾi shufaʿāʾunā ʿinda llāh — qul a-tunabbiʾūna llāha bimā lā yaʿlamu fi s-samāwāti wa-lā fi l-arḍi — subḥānahu wa-taʿālā ʿammā yushrikūn Et ils adorent, en dehors d’Allaah, ce qui ne peut ni leur nuire ni leur être utile, et ils disent : « Ceux-ci sont nos shafīʿ auprès d’Allaah. » Dis : « Informez-vous Allaah de ce qu’Il ne sait pas dans les cieux ni sur la terre ? » Gloire à Lui — Ce qui transcende ce qu’ils Lui associent.
Notes lexicales
shufaʿāʾunā ʿinda llāh
pluriel de *shafīʿ* — voir S10:3. **Dit** : le texte ne conteste pas ici le principe même d'une *shafāʿa* (déjà conditionnée à l'*idhn* d'Allaah, S10:3) — il conteste la prétention que des entités qui ne peuvent ni nuire ni être utiles puissent, d'elles-mêmes et sans cette autorisation, occuper cette fonction.
a-tunabbiʾūna llāha bimā lā yaʿlamu
racine *n-b-ʾ* : informer, apporter une nouvelle (*nabaʾ*). Question rhétorique dont la force tient à la prémisse posée en S6:59 (« les clefs du *ghayb* ») : la science d'Allaah embrasse déjà les cieux et la terre, rendant absurde toute prétention à Lui « apprendre » l'existence de *shafīʿ* qu'Il n'aurait pas Lui-même autorisés.
subḥānahu wa-taʿālā ʿammā yushrikūn
formule identique à S6:100 et S7:190 : *subḥāna*, la Gloire qui écarte toute atteinte ; *taʿālā*, Ce qui transcende — rendu ici sans aucun mot évoquant une position spatiale, les termes de cette racine (*ʿ-l-w*) appliqués à Allaah n'étant pas rendus par un vocabulaire de hauteur ou de lieu.

L’unité originelle rompue, la demande d’un signe · S10:19–20

S.10:19–20 · L’unité originelle rompue — la demande d’un signe — le ghayb n’appartient qu’à Allaah

S.10:19
وَمَا كَانَ النَّاسُ إِلَّا أُمَّةً وَاحِدَةً فَاخْتَلَفُوا ۚ وَلَوْلَا كَلِمَةٌ سَبَقَتْ مِنْ رَبِّكَ لَقُضِيَ بَيْنَهُمْ فِيمَا فِيهِ يَخْتَلِفُونَ
Wa-mā kāna n-nāsu illā ummatan wāḥidatan fa-khtalafū — wa-lawlā kalimatun sabaqat min rabbika la-quḍiya baynahum fīmā fīhi yakhtalifūn Les hommes n’étaient qu’une seule umma, puis ils se sont mis en désaccord. Et sans une parole (kalima) déjà arrêtée de ton Rabb, il aurait déjà été tranché entre eux sur ce en quoi ils sont en désaccord.
S.10:20
وَيَقُولُونَ لَوْلَا أُنْزِلَ عَلَيْهِ آيَةٌ مِنْ رَبِّهِ ۖ فَقُلْ إِنَّمَا الْغَيْبُ لِلَّهِ فَانْتَظِرُوا إِنِّي مَعَكُمْ مِنَ الْمُنْتَظِرِينَ
Wa-yaqūlūna lawlā unzila ʿalayhi āyatun min rabbihi — fa-qul innamā l-ghaybu li-llāhi fa-ntaẕirū innī maʿakum mina l-muntaẕirīn Et ils disent : « Que ne fait-on pas descendre sur lui un signe (āya) de son Rabb ! » Dis alors : « Le ghayb n’appartient qu’à Allaah — attendez donc, je suis avec vous parmi ceux qui attendent. »
Notes lexicales
ummatan wāḥidatan fa-khtalafū
**Non-dit** : ce seul verset ne précise pas la nature de cette unité originelle — une unité de croyance explicite, ou seulement l'unité d'une humanité non encore divisée par la diversité des positions qui suivront. Ce Bloc ne tranche pas au-delà de l'affirmation elle-même : une *umma* unique, puis un désaccord (*ikhtilāf*, même racine que *ikhtilāfi l-layli wa-n-nahār*, S10:6, employée ici dans un tout autre registre — humain et normatif, non cosmologique).
kalimatun sabaqat min rabbika
*kalima*, racine *k-l-m* (voir S6:115, S7:137 : une parole/décret, un engagement tenu). **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas le contenu exact de cette parole déjà arrêtée (*sabaqat*, « qui a précédé ») — un délai accordé avant tout jugement définitif (comparer S6:2, l'*ajal* fixé), sans que ce Bloc n'identifie ici un contenu plus précis que ce que ce verset affirme lui-même.
innamā l-ghaybu li-llāh
*ghayb*, racine *gh-y-b* (voir S6:59 : « les clefs du *ghayb* », ce qui échappe à la perception directe). **Dit** : le texte réserve explicitement et exclusivement (*innamā*) le *ghayb* à Allaah — y compris, par implication contextuelle directe, la décision du moment et de la nature d'un signe supplémentaire à faire descendre, que le *nabī* lui-même déclare ne pas détenir davantage que ceux qui la réclament (« je suis avec vous parmi ceux qui attendent »).

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