Structure du Bloc IV. Sept ensembles, chacun resserré sur un ou deux nabī rappelés au passé, sans récit développé : Nūḥ, sauvé de la détresse immense et secouru contre son peuple (S21:76–77) ; Dāwūd et Sulaymān, le jugement rendu au sujet d’un champ, le ḥukm et l’ʿilm donnés à chacun, les montagnes et les oiseaux assujettis à Dāwūd, l’armure enseignée, le vent et les shayāṭīn assujettis à Sulaymān (S21:78–82) ; Ayyūb et sa supplication dans l’épreuve (S21:83–84) ; Ismāʿīl, Idrīs et Dhū l-Kifl, nommés ensemble parmi les ṣābirīn (S21:85–86) ; Dhū n-Nūn (Yūnus), parti en colère, sa supposition, son appel dans les ténèbres (S21:87–88) ; Zakariyyā et le don de Yaḥyā (S21:89–90) ; enfin Maryam et son fils, faits signe pour les mondes, avant la clôture sur l’unique communauté et sa division ultérieure (S21:91–93).

Avertissement de méthode. Cette traduction procède par analyse linguistique pure — racines arabes, grammaire, dictionnaires classiques (Kitāb al-ʿAyn, Maqāyīs al-Lugha, Lisān al-ʿArab) — sans recours aux tafsīrs classiques ou modernes ni aux habits culturels déjà posés sur le texte. Un point sensible est isolé dans ce Bloc (S21:87, la supposition de Dhū n-Nūn) : ce Bloc rapporte strictement ce que le texte affirme et ce qu’il tait, sans importer de doctrine extérieure.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.21:76 Nūḥ sauvé de la détresse immense
S.21:77 Secouru contre le peuple qui démentait Nos signes
S.21:78 Dāwūd et Sulaymān jugent le champ ravagé
S.21:79 Fahm donné à Sulaymān, ḥukm et ʿilm à chacun, montagnes et oiseaux assujettis
S.21:80 L’armure enseignée à Dāwūd
S.21:81 Le vent impétueux assujetti à Sulaymān
S.21:82 Les shayāṭīn qui plongent et travaillent pour lui
S.21:83 Ayyūb : « le mal m’a touché »
S.21:84 La réponse, la famille rendue, la raḥma
S.21:85 Ismāʿīl, Idrīs, Dhū l-Kifl — du nombre des ṣābirīn
S.21:86 Leur entrée dans la raḥma
S.21:87 Dhū n-Nūn parti en colère, sa supposition, son appel dans les ténèbres
S.21:88 La réponse, le salut de l’affliction
S.21:89 Zakariyyā : « ne me laisse pas seul »
S.21:90 Le don de Yaḥyā, l’empressement vers le bien
S.21:91 Maryam et son fils, signe pour les mondes
S.21:92 « Ceci est votre communauté, une communauté unique »
S.21:93 La division ultérieure, le retour vers Nous

Nūḥ, sauvé de la détresse immense · S21:76–77

S.21:76 · Nūḥ sauvé de la détresse immense

S.21:76
وَنُوحًا إِذْ نَادَىٰ مِنْ قَبْلُ فَاسْتَجَبْنَا لَهُ فَنَجَّيْنَاهُ وَأَهْلَهُ مِنَ الْكَرْبِ الْعَظِيمِ
Wa-nūḥan idh nādā min qablu fa-stajabnā lahu fa-najjaynāhu wa-ahlahu mina l-karbi l-ʿaẓīm Et Nūḥ — quand il appela, auparavant (min qablu), Nous avons répondu à son appel et Nous l’avons sauvé, lui et les siens (ahlahu), de la détresse immense (al-karb al-ʿaẓīm).
Notes lexicales
al-karb al-ʿaẓīm
*karb*, racine *k-r-b* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : le resserrement, l'approche oppressante d'une épreuve qui étreint. **Non-dit** : ce seul verset ne détaille pas la nature de cette détresse — le récit du déluge de Nūḥ (voir S7:59–64 et S11:25–49) n'est pas repris nommément ici.

S.21:77 · Secouru contre le peuple qui démentait Nos signes

S.21:77
وَنَصَرْنَاهُ مِنَ الْقَوْمِ الَّذِينَ كَذَّبُوا بِآيَاتِنَا ۚ إِنَّهُمْ كَانُوا قَوْمَ سَوْءٍ فَأَغْرَقْنَاهُمْ أَجْمَعِينَ
Wa-naṣarnāhu mina l-qawmi lladhīna kadhdhabū bi-āyātinā innahum kānū qawma sawʾin fa-aghraqnāhum ajmaʿīn Et Nous l’avons secouru contre le peuple qui avait traité Nos signes de mensonge (kadhdhabū bi-āyātinā) — ils étaient certes un peuple de malfaisance (qawma sawʾ) — Nous les avons donc noyés tous ensemble (ajmaʿīn).
Notes lexicales
qawma sawʾ
formule identique à celle employée pour le peuple de Lūṭ (voir S21:74) : « un peuple de malfaisance ». Elle ne se réduit pas à un seul registre de faute — elle qualifie ici le démenti opposé aux signes, non un acte précis nommé.

Dāwūd et Sulaymān : le jugement, le ḥukm, l’armure, le vent, les shayāṭīn · S21:78–82

S.21:78 · Dāwūd et Sulaymān jugent le champ ravagé

S.21:78
وَدَاوُودَ وَسُلَيْمَانَ إِذْ يَحْكُمَانِ فِي الْحَرْثِ إِذْ نَفَشَتْ فِيهِ غَنَمُ الْقَوْمِ وَكُنَّا لِحُكْمِهِمْ شَاهِدِينَ
Wa-dāwūda wa-sulaymāna idh yaḥkumāni fi l-ḥarthi idh nafashat fīhi ghanamu l-qawmi wa-kunnā li-ḥukmihim shāhidīn Et Dāwūd et Sulaymān — quand tous deux rendaient un jugement (yaḥkumāni) au sujet du champ cultivé (al-ḥarth), lorsque les moutons du peuple s’y étaient répandus de nuit (nafashat) — et Nous étions, de leur jugement, témoins (shāhidīn).
Notes lexicales
al-ḥarth / nafashat
*ḥarth* : le champ cultivé, la terre labourée. *Nafashat*, racine *n-f-sh* — Ibn Manẓūr : se répandre et paître sans surveillance, de nuit. **Dit** : le texte rapporte un litige civil ordinaire — un dommage causé par des bêtes égarées — soumis au jugement de deux *nabī*.
yaḥkumāni / ḥukmihim
racine *ḥ-k-m* (voir l'étude Le Nabī n'est pas législateur ; voir aussi S21:74) : la capacité de trancher avec justesse un cas donné — non l'institution d'une norme nouvelle. Ce verset montre cette capacité à l'œuvre dans un cas concret, sous le regard direct d'Allaah (« Nous étions, de leur jugement, témoins »).

S.21:79 · Fahm donné à Sulaymān, ḥukm et ʿilm à chacun, montagnes et oiseaux assujettis

S.21:79
فَفَهَّمْنَاهَا سُلَيْمَانَ ۚ وَكُلًّا آتَيْنَا حُكْمًا وَعِلْمًا ۚ وَسَخَّرْنَا مَعَ دَاوُودَ الْجِبَالَ يُسَبِّحْنَ وَالطَّيْرَ ۚ وَكُنَّا فَاعِلِينَ
Fa-fahhamnāhā sulaymāna wa-kullan ātaynā ḥukman wa-ʿilman wa-sakhkharnā maʿa dāwūda l-jibāla yusabbiḥna wa-ṭ-ṭayra wa-kunnā fāʿilīn Nous en avons donné la compréhension exacte (fahhamnāhā) à Sulaymān — et à chacun des deux Nous avons donné ḥukm et ʿilm. Et Nous avons assujetti (sakhkharnā), avec Dāwūd, les montagnes — qui disent le tasbīḥ — et les oiseaux : et c’était Nous qui agissions ainsi (fāʿilīn).
Notes lexicales
fa-fahhamnāhā sulaymāna
racine *f-h-m* : la saisie exacte d'un cas, distincte de *ḥukm* et *ʿilm* eux-mêmes. **Dit** : le texte distingue explicitement ce que Sulaymān seul reçoit (la compréhension de ce cas précis) de ce que « chacun des deux » reçoit (*ḥukm* et *ʿilm*, de portée plus générale) — la même capacité de juger peut donc s'exercer, dans un cas donné, avec des résultats distincts chez deux *nabī* qui la possèdent également, sans que l'un soit par là disqualifié.
sakhkharnā
racine *s-kh-r* (voir S2:164, S13:2, S14:32–33) : assujettir une chose à l'usage d'une autre par un ordre qui la dépasse.
yusabbiḥna
forme verbale de la racine *s-b-ḥ* (voir *subḥāna*, S2:32) : dire le dégagement de toute limitation — non traduit par « glorifier », qui orienterait vers une louange (*ḥamd*), notion distincte. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas la nature de cet acte appliqué à une matière inanimée comme la montagne ; ce Bloc ne tranche pas entre un sens littéral et un sens figuré de ce *tasbīḥ* minéral.

S.21:80 · L’armure enseignée à Dāwūd

S.21:80
وَعَلَّمْنَاهُ صَنْعَةَ لَبُوسٍ لَكُمْ لِتُحْصِنَكُمْ مِنْ بَأْسِكُمْ ۖ فَهَلْ أَنْتُمْ شَاكِرُونَ
Wa-ʿallamnāhu ṣanʿata labūsin lakum li-tuḥṣinakum min baʾsikum fa-hal antum shākirūn Et Nous lui avons enseigné la façon de confectionner un revêtement protecteur (ṣanʿat labūs) pour vous, afin qu’il vous protège (li-tuḥṣinakum) de votre propre violence (baʾsikum) — êtes-vous donc reconnaissants (shākirūn) ?
Notes lexicales
labūs / tuḥṣinakum
*labūs*, racine *l-b-s* (ce qui se revêt) — ici une cotte protectrice, une armure. *Tuḥṣinakum*, racine *ḥ-ṣ-n* (fortifier, mettre à l'abri), même racine qu'*aḥṣanat* (S21:91).
baʾsikum
racine *b-ʾ-s* (voir *al-baʾsāʾ*, S2:177) : la détresse violente, le registre de l'affrontement. **Dit** : le pronom « votre » (*-kum*) désigne le groupe humain lui-même comme origine de cette violence — ce seul verset ne nomme aucun ennemi extérieur.

S.21:81 · Le vent impétueux assujetti à Sulaymān

S.21:81
وَلِسُلَيْمَانَ الرِّيحَ عَاصِفَةً تَجْرِي بِأَمْرِهِ إِلَى الْأَرْضِ الَّتِي بَارَكْنَا فِيهَا ۚ وَكُنَّا بِكُلِّ شَيْءٍ عَالِمِينَ
Wa-li-sulaymāna r-rīḥa ʿāṣifatan tajrī bi-amrihi ila l-arḍi llatī bāraknā fīhā wa-kunnā bi-kulli shayʾin ʿālimīn Et à Sulaymān [Nous avons assujetti] le vent, impétueux (ʿāṣifatan), qui courait par son ordre (bi-amrihi) vers la terre dans laquelle Nous avons placé la baraka — et Nous étions, de toute chose, pleinement savants.
Notes lexicales
bāraknā fīhā
voir S21:71 et l'étude Baraka et tabarruk : Allaah comme source qui place la *baraka*, la terre la reçoit.
bi-amrihi
**Précision de méthode.** Le pronom *-hi* (« son ordre ») renvoie ici à Sulaymān lui-même, non à Allaah — le vent obéit à l'ordre d'un homme à qui cette obéissance a été spécifiquement donnée, non à un ordre autonome de sa part. À distinguer de *bi-amrinā* (« par Notre ordre »), voir S21:73 pour les *aʾimma*.

S.21:82 · Les shayāṭīn qui plongent et travaillent pour lui

S.21:82
وَمِنَ الشَّيَاطِينِ مَنْ يَغُوصُونَ لَهُ وَيَعْمَلُونَ عَمَلًا دُونَ ذَٰلِكَ ۖ وَكُنَّا لَهُمْ حَافِظِينَ
Wa-mina sh-shayāṭīni man yaghūṣūna lahu wa-yaʿmalūna ʿamalan dūna dhālika wa-kunnā lahum ḥāfiẓīn Et parmi les shayāṭīn, il en était qui plongeaient (yaghūṣūn) pour lui et accomplissaient, en plus de cela, un autre travail (ʿamalan dūna dhālika) — et Nous étions, sur eux, gardiens (ḥāfiẓīn).
Notes lexicales
yaghūṣūn
racine *gh-w-ṣ* : plonger sous l'eau. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas la finalité de cette plongée (l'extraction de perles, évoquée par une partie de la tradition, n'est pas nommée par le texte).
ʿamalan dūna dhālika
**Non-dit** : la nature de cet « autre travail » n'est pas détaillée par ce seul verset.
ḥāfiẓīn
voir S21:32 (le ciel comme toit *maḥfūẓ*) : ici, la surveillance exercée directement sur les *shayāṭīn* eux-mêmes pendant leur activité, non sur une structure.

Ayyūb et sa supplication · S21:83–84

S.21:83 · Ayyūb : « le mal m’a touché »

S.21:83
۞ وَأَيُّوبَ إِذْ نَادَىٰ رَبَّهُ أَنِّي مَسَّنِيَ الضُّرُّ وَأَنْتَ أَرْحَمُ الرَّاحِمِينَ
Wa-ayyūba idh nādā rabbahu annī massaniya ḍ-ḍurru wa-anta arḥamu r-rāḥimīn Et Ayyūb — quand il appela son Rabb : « Le mal m’a touché (massaniya ḍ-ḍurr), et nul, parmi ceux qui disposent de raḥma, n’en dispose plus que Toi. »

Point de méthode — S21:83, arḥamu r-rāḥimīn. Cette formule élative (« le plus raḥīm d’entre les rāḥimūn ») revient à plusieurs reprises dans le Coran pour Allaah (notamment S7:151, S12:64, S23:109/118). Raḥma, comme ar-Raḥmān/ar-Raḥīm eux-mêmes, est conservé en translittération depuis S1:1 : aucun mot français unique (« miséricorde », « compassion ») n’en rend la portée sans y projeter un registre affectif humain. La même réserve s’applique ici : la comparaison elle-même (« nul n’en dispose plus que Toi ») est portée dans la structure du français, sans recourir à l’adjectif « miséricordieux ».

Notes lexicales
massaniya ḍ-ḍurr
racine *ḍ-r-r* (voir S6:17 et S10:107 : *wa-in yamsaska llāhu bi-ḍurrin*, « si Allaah te fait toucher un dommage ») : le mal qui atteint, le dommage qui nuit — distinct de *karb* (S21:76 : le resserrement oppressant) et de *al-ghamm* (S21:88 : l'affliction qui enveloppe).

S.21:84 · La réponse, la famille rendue, la raḥma

S.21:84
فَاسْتَجَبْنَا لَهُ فَكَشَفْنَا مَا بِهِ مِنْ ضُرٍّ ۖ وَآتَيْنَاهُ أَهْلَهُ وَمِثْلَهُمْ مَعَهُمْ رَحْمَةً مِنْ عِنْدِنَا وَذِكْرَىٰ لِلْعَابِدِينَ
Fa-stajabnā lahu fa-kashafnā mā bihi min ḍurrin wa-ātaynāhu ahlahu wa-mithlahum maʿahum raḥmatan min ʿindinā wa-dhikrā lil-ʿābidīn Nous avons alors répondu à son appel et avons dissipé (kashafnā) le mal qui était en lui — et Nous lui avons rendu les siens, et leur pareil avec eux, comme raḥma venant de Nous et comme rappel (dhikrā) pour les ʿābidīn (ceux qui rendent un culte).
Notes lexicales
kashafnā
racine *k-sh-f* : écarter un voile, dissiper ce qui couvrait.
ahlahu wa-mithlahum maʿahum
**Non-dit** : ce seul verset ne précise pas le mécanisme de ce don (restitution des mêmes personnes, ou don d'une famille nouvelle « pareille » à l'ancienne) — les deux lectures restent possibles sans que ce Bloc tranche.

Ismāʿīl, Idrīs, Dhū l-Kifl : l’endurance · S21:85–86

S.21:85 · Ismāʿīl, Idrīs, Dhū l-Kifl — du nombre des ṣābirīn

S.21:85
وَإِسْمَاعِيلَ وَإِدْرِيسَ وَذَا الْكِفْلِ ۖ كُلٌّ مِنَ الصَّابِرِينَ
Wa-ismāʿīla wa-idrīsa wa-dhā l-kifli kullun mina ṣ-ṣābirīn Et Ismāʿīl, et Idrīs, et Dhū l-Kifl — chacun d’eux était du nombre des ṣābirīn (ceux qui tiennent dans l’endurance patiente).
Notes lexicales
dhā l-kifl
nom propre — **crux non résolu** : *kifl*, racine *k-f-l*, désigne dans l'usage classique une part attribuée ou une charge garantie ; aucune autre précision textuelle ne permet, dans ce seul verset ni ailleurs dans le Coran, d'identifier cette figure au-delà de son nom et de son rattachement aux *ṣābirīn*. Ce Bloc n'importe aucune identification extérieure.
ṣābirīn
racine *ṣ-b-r* (voir S2:45, *wa-staʿīnū bi-ṣ-ṣabri*).

S.21:86 · Leur entrée dans la raḥma

S.21:86
وَأَدْخَلْنَاهُمْ فِي رَحْمَتِنَا ۖ إِنَّهُمْ مِنَ الصَّالِحِينَ
Wa-adkhalnāhum fī raḥmatinā innahum mina ṣ-ṣāliḥīn Et Nous les avons fait entrer dans Notre raḥma — ils sont certes du nombre des ṣāliḥīn.
Notes lexicales
adkhalnāhum fī raḥmatinā
formule identique, au pluriel, à celle employée pour Lūṭ seul (S21:75 : *wa-adkhalnāhu fī raḥmatinā*).

Dhū n-Nūn dans les ténèbres · S21:87–88

S.21:87 · Dhū n-Nūn parti en colère, sa supposition, son appel dans les ténèbres

Point sensible — S21:87, fa-ẓanna an lan naqdira ʿalayhi. Dit : le texte rapporte que Dhū n-Nūn (Yūnus) partit en colère (mughāḍiban) et supposa (ẓanna) quelque chose touchant Allaah, avant d’appeler, dans les ténèbres, en reconnaissant lui-même, dans l’instant suivant, avoir été « du nombre des ẓālimūn ». La racine q-d-r (Ibn Fāris, Maqāyīs al-Lugha : la mesure, d’où dérivent à la fois la capacité/le pouvoir — qadīr, voir S2:20, « capable de toute chose » — et la restriction/le resserrement d’une chose mesurée) porte ici une ambiguïté réelle. Deux lectures linguistiquement attestées, nommées sans trancher arbitrairement : (1) qadara ʿalā au sens de « avoir prise, pouvoir, maîtrise sur » — le sens le plus directement attesté par l’usage le plus fréquent de cette construction dans le Coran (qadīr ʿalā kulli shayʾin) — Dhū n-Nūn aurait alors, dans un instant de colère, momentanément supposé qu’Allaah ne le retiendrait pas, ne le rattraperait pas pour lui demander compte de son départ ; (2) qadara ʿalā au sens, moins fréquent mais attesté (cf. la restriction de subsistance, même racine, qudira ʿalayhi rizquhu), de « resserrer, restreindre » — il aurait alors supposé qu’Allaah ne resserrerait pas sur lui sa situation en punition de son départ. Ce que ce Bloc retient, sans l’imposer comme la seule lecture possible : la première lecture est portée par le mouvement même du texte — une supposition erronée, suivie aussitôt, dans le même mouvement narratif, par l’aveu explicite de Dhū n-Nūn lui-même d’avoir été du nombre des ẓālimūn (S21:87, fin), confirmé par la mention de sa détresse (al-ghamm, S21:88) dont il est sauvé. Le texte ne prête donc pas à Dhū n-Nūn une doctrine durable sur la puissance d’Allaah, mais rapporte un moment de supposition humaine, aussitôt reconnu par lui-même comme une faute (ẓulm) — sur le modèle de la prudence appliquée à S20:121 (la désobéissance d’Ādam) et à S18:74 (l’objection de Mūsā).

S.21:87
وَذَا النُّونِ إِذْ ذَهَبَ مُغَاضِبًا فَظَنَّ أَنْ لَنْ نَقْدِرَ عَلَيْهِ فَنَادَىٰ فِي الظُّلُمَاتِ أَنْ لَا إِلَٰهَ إِلَّا أَنْتَ سُبْحَانَكَ إِنِّي كُنْتُ مِنَ الظَّالِمِينَ
Wa-dhā n-nūni idh dhahaba mughāḍiban fa-ẓanna an lan naqdira ʿalayhi fa-nādā fi ẓ-ẓulumāti an lā ilāha illā anta subḥānaka innī kuntu mina ẓ-ẓālimīn Et Dhū n-Nūn (« celui du poisson ») — quand il partit en colère (mughāḍiban) et supposa que Nous n’aurions pas prise sur lui (lan naqdira ʿalayhi) — puis il appela, dans les ténèbres (fi ẓ-ẓulumāt) : « Nul ilāh que Toi — exaltation à Toi (subḥānaka) — j’ai certes été du nombre des ẓālimūn ! »
Notes lexicales
subḥānaka
voir S2:32 : non traduit par « gloire à », qui orienterait vers une louange (*ḥamd*) — *subḥāna* dit d'abord ce qu'on peut dire d'Allaah lui-même, entièrement dégagé de toute limitation et de toute imperfection.
ẓulumāt
pluriel de *ẓulma* (voir S2:19) : les ténèbres.

S.21:88 · La réponse, le salut de l’affliction

S.21:88
فَاسْتَجَبْنَا لَهُ وَنَجَّيْنَاهُ مِنَ الْغَمِّ ۚ وَكَذَٰلِكَ نُنْجِي الْمُؤْمِنِينَ
Fa-stajabnā lahu wa-najjaynāhu mina l-ghammi wa-ka-dhālika nunjī l-muʾminīn Nous avons alors répondu à son appel et l’avons sauvé de l’affliction qui enveloppe (al-ghamm) — et c’est ainsi que Nous sauvons les muʾminūn.
Notes lexicales
al-ghamm
racine *gh-m-m* — Ibn Manẓūr : ce qui couvre, ce qui voile — d'où l'angoisse qui enveloppe et oppresse. Distincte de *karb* (S21:76 : le resserrement oppressant) et de *ḍurr* (S21:83 : le mal qui touche, le dommage) — trois registres voisins de l'épreuve que ce Bloc ne fond pas l'un dans l'autre.

Zakariyyā et le don de Yaḥyā · S21:89–90

S.21:89 · Zakariyyā : « ne me laisse pas seul »

S.21:89
وَزَكَرِيَّا إِذْ نَادَىٰ رَبَّهُ رَبِّ لَا تَذَرْنِي فَرْدًا وَأَنْتَ خَيْرُ الْوَارِثِينَ
Wa-zakariyyā idh nādā rabbahu rabbi lā tadharnī fardan wa-anta khayru l-wārithīn Et Zakariyyā — quand il appela son Rabb : « Rabbi, ne me laisse pas seul (fardan), alors que Tu es le meilleur des héritiers (khayru l-wārithīn) ! »
Notes lexicales
khayru l-wārithīn
voir S19:5–6 (la crainte de Zakariyyā pour ce qui adviendra de lui après sa mort, *yarithunī wa-yarithu min āli yaʿqūb*) — cette invocation reprend, en une formule plus brève, la même demande déjà développée là.
fardan
racine *f-r-d* : seul, sans descendance qui prolonge.

S.21:90 · Le don de Yaḥyā, l’empressement vers le bien

S.21:90
فَاسْتَجَبْنَا لَهُ وَوَهَبْنَا لَهُ يَحْيَىٰ وَأَصْلَحْنَا لَهُ زَوْجَهُ ۚ إِنَّهُمْ كَانُوا يُسَارِعُونَ فِي الْخَيْرَاتِ وَيَدْعُونَنَا رَغَبًا وَرَهَبًا ۖ وَكَانُوا لَنَا خَاشِعِينَ
Fa-stajabnā lahu wa-wahabnā lahu yaḥyā wa-aṣlaḥnā lahu zawjahu innahum kānū yusāriʿūna fi l-khayrāti wa-yadʿūnanā raghaban wa-rahaban wa-kānū lanā khāshiʿīn Nous avons répondu à son appel : Nous lui avons fait don de Yaḥyā, et Nous avons remis en état (aṣlaḥnā) son épouse — ils s’empressaient (yusāriʿūna) vers les œuvres bonnes (al-khayrāt) et Nous invoquaient dans le désir ardent et la crainte (raghaban wa-rahaban), et ils étaient, envers Nous, khāshiʿīn.
Notes lexicales
aṣlaḥnā lahu zawjahu
**Non-dit** : ce seul verset ne précise pas le mécanisme de cette remise en état — la stérilité de l'épouse de Zakariyyā (voir S19:5 et S19:8) est ici simplement levée sans détail supplémentaire.
raghaban wa-rahaban
deux noms d'action en miroir : le désir ardent qui porte vers, et la crainte qui retient — deux registres d'invocation tenus ensemble, non l'un sans l'autre.
khāshiʿīn
voir S2:45 : s'abaisser, se faire humble et calme devant plus grand que soi.

Maryam et son fils, signe pour les mondes · S21:91

S.21:91 · Maryam et son fils, signe pour les mondes

S.21:91
وَالَّتِي أَحْصَنَتْ فَرْجَهَا فَنَفَخْنَا فِيهَا مِنْ رُوحِنَا وَجَعَلْنَاهَا وَابْنَهَا آيَةً لِلْعَالَمِينَ
Wa-llatī aḥṣanat farjahā fa-nafakhnā fīhā min rūḥinā wa-jaʿalnāhā wa-bnahā āyatan lil-ʿālamīn Et celle qui a préservé intacte sa pudeur (aḥṣanat farjahā) — Nous avons insufflé en elle de Notre rūḥ, et Nous avons fait d’elle, et de son fils, un signe (āya) pour les mondes (al-ʿālamīn).

Point de méthode — nafakhnā fīhā min rūḥinā. Cette formulation (« Nous avons insufflé en elle de Notre rūḥ ») rejoint celle de S19:17 (fa-arsalnā ilayhā rūḥanā) : la question de l’identité du rūḥ envoyé à Maryam y est posée et laissée ouverte. Ce Bloc ne tranche pas davantage ici cette identité et signale seulement l’extension du même point.

Notes lexicales
aḥṣanat farjahā
*aḥṣanat*, même racine *ḥ-ṣ-n* que *tuḥṣinakum* (S21:80) : protéger, préserver intact. *Farj* : l'intimité physique. **Dit** : le texte affirme la préservation intacte de cette intimité. **Non-dit** : aucun détail supplémentaire n'est donné par ce seul verset au-delà de cette affirmation.
āyatan lil-ʿālamīn
voir S19:21 (*li-najʿalahu āyatan li-n-nās*, « afin d'en faire un signe pour les gens ») — étendu ici à « pour les mondes » (*lil-ʿālamīn*), portée plus large que « pour les gens », sans que ce Bloc fonde l'une sur l'autre.

La ummah unique et sa division · S21:92–93

S.21:92 · « Ceci est votre communauté, une communauté unique »

S.21:92
إِنَّ هَٰذِهِ أُمَّتُكُمْ أُمَّةً وَاحِدَةً وَأَنَا رَبُّكُمْ فَاعْبُدُونِ
Inna hādhihi ummatukum ummatan wāḥidatan wa-anā rabbukum fa-ʿbudūn Ceci est votre communauté (ummatukum), une communauté unique (ummatan wāḥidatan) — et Je suis votre Rabb : adorez-Moi donc (fa-ʿbudūn).
Notes lexicales
ummatan wāḥidatan
formule présente aussi en S5:48 et S11:118, à propos de l'unité non imposée des hommes ; elle qualifie ici positivement la communauté des *nabī* qui viennent d'être rappelés. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas si « votre communauté » désigne exclusivement les *nabī* cités dans ce Bloc ou, plus largement, l'ensemble de ceux qui les suivent à travers les époques — deux lectures possibles, non tranchées ici.
fa-ʿbudūn
voir S21:25 (*fa-ʿbudūni*, identique).

S.21:93 · La division ultérieure, le retour vers Nous

S.21:93
وَتَقَطَّعُوا أَمْرَهُمْ بَيْنَهُمْ ۖ كُلٌّ إِلَيْنَا رَاجِعُونَ
Wa-taqaṭṭaʿū amrahum baynahum kullun ilaynā rājiʿūn Et ils se sont divisés (taqaṭṭaʿū), entre eux, quant à leur affaire (amrahum) — chacun, c’est vers Nous qu’il retourne (rājiʿūn).
Notes lexicales
taqaṭṭaʿū amrahum baynahum
forme V (réfléchie-réciproque) de la racine *q-ṭ-ʿ* : se couper, se fragmenter entre eux. **Non-dit** : la teneur exacte de ce qui les a divisés — la communauté unique elle-même, ou un désaccord apparu après elle — n'est pas détaillée par ce seul verset.

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