Structure du Bloc IV. Sept ensembles, chacun resserré sur un ou deux nabī rappelés au passé, sans récit développé : Nūḥ, sauvé de la détresse immense et secouru contre son peuple (S21:76–77) ; Dāwūd et Sulaymān, le jugement rendu au sujet d’un champ, le ḥukm et l’ʿilm donnés à chacun, les montagnes et les oiseaux assujettis à Dāwūd, l’armure enseignée, le vent et les shayāṭīn assujettis à Sulaymān (S21:78–82) ; Ayyūb et sa supplication dans l’épreuve (S21:83–84) ; Ismāʿīl, Idrīs et Dhū l-Kifl, nommés ensemble parmi les ṣābirīn (S21:85–86) ; Dhū n-Nūn (Yūnus), parti en colère, sa supposition, son appel dans les ténèbres (S21:87–88) ; Zakariyyā et le don de Yaḥyā (S21:89–90) ; enfin Maryam et son fils, faits signe pour les mondes, avant la clôture sur l’unique communauté et sa division ultérieure (S21:91–93).
Avertissement de méthode. Cette traduction procède par analyse linguistique pure — racines arabes, grammaire, dictionnaires classiques (Kitāb al-ʿAyn, Maqāyīs al-Lugha, Lisān al-ʿArab) — sans recours aux tafsīrs classiques ou modernes ni aux habits culturels déjà posés sur le texte. Un point sensible est isolé dans ce Bloc (S21:87, la supposition de Dhū n-Nūn) : ce Bloc rapporte strictement ce que le texte affirme et ce qu’il tait, sans importer de doctrine extérieure.
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.21:76 | Nūḥ sauvé de la détresse immense |
| S.21:77 | Secouru contre le peuple qui démentait Nos signes |
| S.21:78 | Dāwūd et Sulaymān jugent le champ ravagé |
| S.21:79 | Fahm donné à Sulaymān, ḥukm et ʿilm à chacun, montagnes et oiseaux assujettis |
| S.21:80 | L’armure enseignée à Dāwūd |
| S.21:81 | Le vent impétueux assujetti à Sulaymān |
| S.21:82 | Les shayāṭīn qui plongent et travaillent pour lui |
| S.21:83 | Ayyūb : « le mal m’a touché » |
| S.21:84 | La réponse, la famille rendue, la raḥma |
| S.21:85 | Ismāʿīl, Idrīs, Dhū l-Kifl — du nombre des ṣābirīn |
| S.21:86 | Leur entrée dans la raḥma |
| S.21:87 | Dhū n-Nūn parti en colère, sa supposition, son appel dans les ténèbres |
| S.21:88 | La réponse, le salut de l’affliction |
| S.21:89 | Zakariyyā : « ne me laisse pas seul » |
| S.21:90 | Le don de Yaḥyā, l’empressement vers le bien |
| S.21:91 | Maryam et son fils, signe pour les mondes |
| S.21:92 | « Ceci est votre communauté, une communauté unique » |
| S.21:93 | La division ultérieure, le retour vers Nous |
Nūḥ, sauvé de la détresse immense · S21:76–77
S.21:76 · Nūḥ sauvé de la détresse immense
- al-karb al-ʿaẓīm
- *karb*, racine *k-r-b* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : le resserrement, l'approche oppressante d'une épreuve qui étreint. **Non-dit** : ce seul verset ne détaille pas la nature de cette détresse — le récit du déluge de Nūḥ (voir S7:59–64 et S11:25–49) n'est pas repris nommément ici.
S.21:77 · Secouru contre le peuple qui démentait Nos signes
- qawma sawʾ
- formule identique à celle employée pour le peuple de Lūṭ (voir S21:74) : « un peuple de malfaisance ». Elle ne se réduit pas à un seul registre de faute — elle qualifie ici le démenti opposé aux signes, non un acte précis nommé.
Dāwūd et Sulaymān : le jugement, le ḥukm, l’armure, le vent, les shayāṭīn · S21:78–82
S.21:78 · Dāwūd et Sulaymān jugent le champ ravagé
- al-ḥarth / nafashat
- *ḥarth* : le champ cultivé, la terre labourée. *Nafashat*, racine *n-f-sh* — Ibn Manẓūr : se répandre et paître sans surveillance, de nuit. **Dit** : le texte rapporte un litige civil ordinaire — un dommage causé par des bêtes égarées — soumis au jugement de deux *nabī*.
- yaḥkumāni / ḥukmihim
- racine *ḥ-k-m* (voir l'étude Le Nabī n'est pas législateur ; voir aussi S21:74) : la capacité de trancher avec justesse un cas donné — non l'institution d'une norme nouvelle. Ce verset montre cette capacité à l'œuvre dans un cas concret, sous le regard direct d'Allaah (« Nous étions, de leur jugement, témoins »).
S.21:79 · Fahm donné à Sulaymān, ḥukm et ʿilm à chacun, montagnes et oiseaux assujettis
- fa-fahhamnāhā sulaymāna
- racine *f-h-m* : la saisie exacte d'un cas, distincte de *ḥukm* et *ʿilm* eux-mêmes. **Dit** : le texte distingue explicitement ce que Sulaymān seul reçoit (la compréhension de ce cas précis) de ce que « chacun des deux » reçoit (*ḥukm* et *ʿilm*, de portée plus générale) — la même capacité de juger peut donc s'exercer, dans un cas donné, avec des résultats distincts chez deux *nabī* qui la possèdent également, sans que l'un soit par là disqualifié.
- sakhkharnā
- racine *s-kh-r* (voir S2:164, S13:2, S14:32–33) : assujettir une chose à l'usage d'une autre par un ordre qui la dépasse.
- yusabbiḥna
- forme verbale de la racine *s-b-ḥ* (voir *subḥāna*, S2:32) : dire le dégagement de toute limitation — non traduit par « glorifier », qui orienterait vers une louange (*ḥamd*), notion distincte. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas la nature de cet acte appliqué à une matière inanimée comme la montagne ; ce Bloc ne tranche pas entre un sens littéral et un sens figuré de ce *tasbīḥ* minéral.
S.21:80 · L’armure enseignée à Dāwūd
- labūs / tuḥṣinakum
- *labūs*, racine *l-b-s* (ce qui se revêt) — ici une cotte protectrice, une armure. *Tuḥṣinakum*, racine *ḥ-ṣ-n* (fortifier, mettre à l'abri), même racine qu'*aḥṣanat* (S21:91).
- baʾsikum
- racine *b-ʾ-s* (voir *al-baʾsāʾ*, S2:177) : la détresse violente, le registre de l'affrontement. **Dit** : le pronom « votre » (*-kum*) désigne le groupe humain lui-même comme origine de cette violence — ce seul verset ne nomme aucun ennemi extérieur.
S.21:81 · Le vent impétueux assujetti à Sulaymān
- bāraknā fīhā
- voir S21:71 et l'étude Baraka et tabarruk : Allaah comme source qui place la *baraka*, la terre la reçoit.
- bi-amrihi
- **Précision de méthode.** Le pronom *-hi* (« son ordre ») renvoie ici à Sulaymān lui-même, non à Allaah — le vent obéit à l'ordre d'un homme à qui cette obéissance a été spécifiquement donnée, non à un ordre autonome de sa part. À distinguer de *bi-amrinā* (« par Notre ordre »), voir S21:73 pour les *aʾimma*.
S.21:82 · Les shayāṭīn qui plongent et travaillent pour lui
- yaghūṣūn
- racine *gh-w-ṣ* : plonger sous l'eau. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas la finalité de cette plongée (l'extraction de perles, évoquée par une partie de la tradition, n'est pas nommée par le texte).
- ʿamalan dūna dhālika
- **Non-dit** : la nature de cet « autre travail » n'est pas détaillée par ce seul verset.
- ḥāfiẓīn
- voir S21:32 (le ciel comme toit *maḥfūẓ*) : ici, la surveillance exercée directement sur les *shayāṭīn* eux-mêmes pendant leur activité, non sur une structure.
Ayyūb et sa supplication · S21:83–84
S.21:83 · Ayyūb : « le mal m’a touché »
Point de méthode — S21:83, arḥamu r-rāḥimīn. Cette formule élative (« le plus raḥīm d’entre les rāḥimūn ») revient à plusieurs reprises dans le Coran pour Allaah (notamment S7:151, S12:64, S23:109/118). Raḥma, comme ar-Raḥmān/ar-Raḥīm eux-mêmes, est conservé en translittération depuis S1:1 : aucun mot français unique (« miséricorde », « compassion ») n’en rend la portée sans y projeter un registre affectif humain. La même réserve s’applique ici : la comparaison elle-même (« nul n’en dispose plus que Toi ») est portée dans la structure du français, sans recourir à l’adjectif « miséricordieux ».
- massaniya ḍ-ḍurr
- racine *ḍ-r-r* (voir S6:17 et S10:107 : *wa-in yamsaska llāhu bi-ḍurrin*, « si Allaah te fait toucher un dommage ») : le mal qui atteint, le dommage qui nuit — distinct de *karb* (S21:76 : le resserrement oppressant) et de *al-ghamm* (S21:88 : l'affliction qui enveloppe).
S.21:84 · La réponse, la famille rendue, la raḥma
- kashafnā
- racine *k-sh-f* : écarter un voile, dissiper ce qui couvrait.
- ahlahu wa-mithlahum maʿahum
- **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas le mécanisme de ce don (restitution des mêmes personnes, ou don d'une famille nouvelle « pareille » à l'ancienne) — les deux lectures restent possibles sans que ce Bloc tranche.
Ismāʿīl, Idrīs, Dhū l-Kifl : l’endurance · S21:85–86
S.21:85 · Ismāʿīl, Idrīs, Dhū l-Kifl — du nombre des ṣābirīn
- dhā l-kifl
- nom propre — **crux non résolu** : *kifl*, racine *k-f-l*, désigne dans l'usage classique une part attribuée ou une charge garantie ; aucune autre précision textuelle ne permet, dans ce seul verset ni ailleurs dans le Coran, d'identifier cette figure au-delà de son nom et de son rattachement aux *ṣābirīn*. Ce Bloc n'importe aucune identification extérieure.
- ṣābirīn
- racine *ṣ-b-r* (voir S2:45, *wa-staʿīnū bi-ṣ-ṣabri*).
S.21:86 · Leur entrée dans la raḥma
- adkhalnāhum fī raḥmatinā
- formule identique, au pluriel, à celle employée pour Lūṭ seul (S21:75 : *wa-adkhalnāhu fī raḥmatinā*).
Dhū n-Nūn dans les ténèbres · S21:87–88
S.21:87 · Dhū n-Nūn parti en colère, sa supposition, son appel dans les ténèbres
Point sensible — S21:87, fa-ẓanna an lan naqdira ʿalayhi. Dit : le texte rapporte que Dhū n-Nūn (Yūnus) partit en colère (mughāḍiban) et supposa (ẓanna) quelque chose touchant Allaah, avant d’appeler, dans les ténèbres, en reconnaissant lui-même, dans l’instant suivant, avoir été « du nombre des ẓālimūn ». La racine q-d-r (Ibn Fāris, Maqāyīs al-Lugha : la mesure, d’où dérivent à la fois la capacité/le pouvoir — qadīr, voir S2:20, « capable de toute chose » — et la restriction/le resserrement d’une chose mesurée) porte ici une ambiguïté réelle. Deux lectures linguistiquement attestées, nommées sans trancher arbitrairement : (1) qadara ʿalā au sens de « avoir prise, pouvoir, maîtrise sur » — le sens le plus directement attesté par l’usage le plus fréquent de cette construction dans le Coran (qadīr ʿalā kulli shayʾin) — Dhū n-Nūn aurait alors, dans un instant de colère, momentanément supposé qu’Allaah ne le retiendrait pas, ne le rattraperait pas pour lui demander compte de son départ ; (2) qadara ʿalā au sens, moins fréquent mais attesté (cf. la restriction de subsistance, même racine, qudira ʿalayhi rizquhu), de « resserrer, restreindre » — il aurait alors supposé qu’Allaah ne resserrerait pas sur lui sa situation en punition de son départ. Ce que ce Bloc retient, sans l’imposer comme la seule lecture possible : la première lecture est portée par le mouvement même du texte — une supposition erronée, suivie aussitôt, dans le même mouvement narratif, par l’aveu explicite de Dhū n-Nūn lui-même d’avoir été du nombre des ẓālimūn (S21:87, fin), confirmé par la mention de sa détresse (al-ghamm, S21:88) dont il est sauvé. Le texte ne prête donc pas à Dhū n-Nūn une doctrine durable sur la puissance d’Allaah, mais rapporte un moment de supposition humaine, aussitôt reconnu par lui-même comme une faute (ẓulm) — sur le modèle de la prudence appliquée à S20:121 (la désobéissance d’Ādam) et à S18:74 (l’objection de Mūsā).
- subḥānaka
- voir S2:32 : non traduit par « gloire à », qui orienterait vers une louange (*ḥamd*) — *subḥāna* dit d'abord ce qu'on peut dire d'Allaah lui-même, entièrement dégagé de toute limitation et de toute imperfection.
- ẓulumāt
- pluriel de *ẓulma* (voir S2:19) : les ténèbres.
S.21:88 · La réponse, le salut de l’affliction
- al-ghamm
- racine *gh-m-m* — Ibn Manẓūr : ce qui couvre, ce qui voile — d'où l'angoisse qui enveloppe et oppresse. Distincte de *karb* (S21:76 : le resserrement oppressant) et de *ḍurr* (S21:83 : le mal qui touche, le dommage) — trois registres voisins de l'épreuve que ce Bloc ne fond pas l'un dans l'autre.
Zakariyyā et le don de Yaḥyā · S21:89–90
S.21:89 · Zakariyyā : « ne me laisse pas seul »
- khayru l-wārithīn
- voir S19:5–6 (la crainte de Zakariyyā pour ce qui adviendra de lui après sa mort, *yarithunī wa-yarithu min āli yaʿqūb*) — cette invocation reprend, en une formule plus brève, la même demande déjà développée là.
- fardan
- racine *f-r-d* : seul, sans descendance qui prolonge.
S.21:90 · Le don de Yaḥyā, l’empressement vers le bien
- aṣlaḥnā lahu zawjahu
- **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas le mécanisme de cette remise en état — la stérilité de l'épouse de Zakariyyā (voir S19:5 et S19:8) est ici simplement levée sans détail supplémentaire.
- raghaban wa-rahaban
- deux noms d'action en miroir : le désir ardent qui porte vers, et la crainte qui retient — deux registres d'invocation tenus ensemble, non l'un sans l'autre.
- khāshiʿīn
- voir S2:45 : s'abaisser, se faire humble et calme devant plus grand que soi.
Maryam et son fils, signe pour les mondes · S21:91
S.21:91 · Maryam et son fils, signe pour les mondes
Point de méthode — nafakhnā fīhā min rūḥinā. Cette formulation (« Nous avons insufflé en elle de Notre rūḥ ») rejoint celle de S19:17 (fa-arsalnā ilayhā rūḥanā) : la question de l’identité du rūḥ envoyé à Maryam y est posée et laissée ouverte. Ce Bloc ne tranche pas davantage ici cette identité et signale seulement l’extension du même point.
- aḥṣanat farjahā
- *aḥṣanat*, même racine *ḥ-ṣ-n* que *tuḥṣinakum* (S21:80) : protéger, préserver intact. *Farj* : l'intimité physique. **Dit** : le texte affirme la préservation intacte de cette intimité. **Non-dit** : aucun détail supplémentaire n'est donné par ce seul verset au-delà de cette affirmation.
- āyatan lil-ʿālamīn
- voir S19:21 (*li-najʿalahu āyatan li-n-nās*, « afin d'en faire un signe pour les gens ») — étendu ici à « pour les mondes » (*lil-ʿālamīn*), portée plus large que « pour les gens », sans que ce Bloc fonde l'une sur l'autre.
La ummah unique et sa division · S21:92–93
S.21:92 · « Ceci est votre communauté, une communauté unique »
- ummatan wāḥidatan
- formule présente aussi en S5:48 et S11:118, à propos de l'unité non imposée des hommes ; elle qualifie ici positivement la communauté des *nabī* qui viennent d'être rappelés. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas si « votre communauté » désigne exclusivement les *nabī* cités dans ce Bloc ou, plus largement, l'ensemble de ceux qui les suivent à travers les époques — deux lectures possibles, non tranchées ici.
- fa-ʿbudūn
- voir S21:25 (*fa-ʿbudūni*, identique).
S.21:93 · La division ultérieure, le retour vers Nous
- taqaṭṭaʿū amrahum baynahum
- forme V (réfléchie-réciproque) de la racine *q-ṭ-ʿ* : se couper, se fragmenter entre eux. **Non-dit** : la teneur exacte de ce qui les a divisés — la communauté unique elle-même, ou un désaccord apparu après elle — n'est pas détaillée par ce seul verset.